Origines - Marie-Lé Shigo - E-Book

Origines E-Book

Marie-Lé Shigo

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Beschreibung

Roxanne est une adolescente de seize ans menant une vie simple et sympathique. Mais ce n'est pas suffisant pour cette jeune fille remplie d'imagination.

Elle rêverait qu'un évènement extraordinaire vienne changer le cours des choses. Or, un jour, elle reçoit un étrange colis d'un expéditeur inconnu. Cependant, le contenu de celui-ci la conduira bien plus loin qu'elle ne l'aurait pensé, mettant en jeu son entourage. De mystérieuses rencontres et découvertes viendront bouleverser sa vie. L'irréel, la peur et le légendaire s'animeront alors autour d'une intrigue surprenante. Roxanne sera interdite de révéler quoique ce soit, sous peine de terribles conséquences. Mais qu'en décidera la face cachée du Secret ?

Origines constitue le premier tome de la saga fantastique L'association secrète

EXTRAIT

« ROXANNE !! »
Je sursautai.
« Arrête de rêvasser comme ça !! Tu vas encore être en retard ! Se lamenta ma mère.
- Mais non ne t’inquiète pas, je vais courir, la rassurai-je.
- Oui bien sûr, comme hier, samedi, et tous les matins de la semaine dernière aussi ! Et la rentrée était il y a à peine deux semaines ! Non mais j’en ai marre... »
Elle continua à s’égosiller mais je ne l’écoutais plus. Elle faisait cela tous les matins, et à force d’entraînement, elle y arrivait très bien. Le médecin répétait en permanence à mes parents qu’il était impossible de m’empêcher de « planer ». C’était le terme qu’employait mon père, mais ma mère disait :
« Il doit bien exister un moyen pour lui éviter d’être dans la lune au moins deux minutes par jour ! ».
Ce fut là que je compris que ce qui les gênait vraiment était mon comportement et non pas ma difficulté à dormir.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Marie-Laetitia SHIGO, appelée Marie-Lé, est une jeune auteur qui commence avec ce premier roman à l'univers fantastique. En 2013, il fut sélectionné au concours du Florilège Littéraire des Écrivains en herbe de Montpellier, ville où elle étudie le cinéma à l'Université. Également passionnée d'art dramatique, elle suit des cours au Conservatoire de Béziers. Marie-Lé SHIGO voudrait se consacrer entièrement à ce qu'elle désigne comme le fil conducteur de sa vie : l'Art.

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Seitenzahl: 742

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Chapitre 1Aucune Issue

Tout commença par cela :

Je marchais lentement.

Le carrelage était recouvert de feuilles mortes et de poussière. Rien ne bougeait à part moi.

Je marchais toujours.

Les murs étaient vieux. Ils avaient tous des tableaux. Des portraits pour être plus exacte. Et ils semblaient aussi étranges les uns que les autres.

Je poursuivais ma marche.

La seule lumière qui m’éclairait était le bleu de la nuit qui transperçait les fissures des volets et qui passait par la porte d’entrée. Je m’aperçus à ce moment seulement que je l’avais laissée ouverte.

Fallait-il que je revienne sur mes pas pour la refermer ?

Non ! Je ne devais pas me retourner.

Mais soudain, je l’entendis claquer et se verrouiller toute seule. Et là, l’obscurité prit sa place, recouvrant les murs déjà gris, et ne laissant qu’un filet de lumière bleuâtre sur la porte devant moi.

Fallait-il que je m’arrête ?

Non ! Je devais continuer de marcher, et ne jamais m’arrêter.

Je commençai à avoir peur.

Je posai ma main tremblante sur la poignée de la porte. Qu’allais-je découvrir derrière ? Je l’ouvris.

J’observai. Une autre se tenait devant moi. Mais celle-ci était entrebâillée, laissant apparaître un meuble ancien éclairé par la lumière de la lune.

Une courte distance me séparait de ce passage. En effet, un long couloir se prolongeait de gauche à droite. Je n’en voyais pas le bout mais m’y engageai quand même vers la gauche et fis quelques pas.

Là, une salle apparut, encore à gauche. Pourtant, il n’aurait pas dû y avoir de pièce, puisque je venais du corridor et qu’un simple mur était censé me séparer de lui !

J’entrai dans cette salle mystérieuse. Elle ressemblait à des vestiaires abandonnés. N’y voyant pas l’intérêt de les explorer, je revins sur mes pas et retrouvai la porte entrebâillée sur son meuble. Je tendis le bras et la poussai un peu.

A une dizaine de passe présentait une forme humaine de profil, à genoux et tête levée. Elle semblait parler à quelqu’un.

Subitement, je reconnus cette personne. C’était Lana, ma sœur ! Sa chevelure brune entremêlée s’étendait le long de son dos.

Je poussai complétement la porte et tout mon corps se figea avec horreur. Lana ne parlait pas à quelqu’un, mais à une chaise à bascule qui se balançait toute seule, en grinçant et en faisant soulever de la poussière autour d’elle. Au fond de la pièce se situait un miroir qui prenait une partie du mur, du plafond au sol. Je me vis alors, vêtue d’une robe bleutée, courte, sans manche et très belle. De longues mèches couleur ébène-nuancées d’indigo remplaçaient mes courts cheveux châtains. Quant à mon teint bronzé, il laissait place à une pâleur inhabituelle. Mais le plus terrifiant était mes yeux : un noir opaque les remplissait, et ils faisaient ressentir un mélange d’agressivité et de sauvagerie hors du commun. J’avais l’air si dangereuse...

Un silence effrayant interrompit ma contemplation : la chaise était immobile. Des traces de pas dans la poussière montraient que quelque chose avançait vers moi.

J’eus peur, très peur. Mon souffle haletant le prouvait.

Je commençai à reculer, la chose continuait toujours de s’approcher lentement vers moi. Je fermai mes yeux un instant me concentrant sur ma peur, essayant de l’évacuer !

Soudain, un visage m’apparut, d’une beauté à en couper le souffle. Ses cheveux étaient noirs, tout comme ses yeux, mais contrairement aux miens, aucune présence de sauvagerie ou d’agressivité n’étaient visible. Son pâle et fin visage le rendait énigmatique. Son nez et sa bouche étaient parfaitement disposés. Trop parfaitement. Trop pour un humain.

Mon rythme cardiaque s’accéléra. Ce fut alors qu’il me dit :

« N’aie pas peur, je suis là. Näaï na Slohama. »

J’ouvris brusquement les yeux. Mon cœur battait très vite.

Aussitôt, le sol se mit à bouger, soulevant de la poussière partout ! Les portes grincèrent ! Une branche frappa contre une fenêtre !

Perdant l’équilibre, je tombai et commençai à ramper nerveusement vers la porte d’entrée. Je ne regardais pas en arrière, je ne voulais pas savoir si la chose me poursuivait.

Puis j’entendis un râle agonisant ! Je me relevai... pour m’effondrer à nouveau. Mais, dans un dernier effort, je tendis ma main vers la poignée à cinq centimètres d’elle.

Plus que trois... Un...

Je ne pus l’atteindre. Une force m’attira violemment en arrière et je perçus un hurlement monstrueux ! Ma vue se brouilla jusqu’à ne plus rien voir.

Tout à coup, je me réveillai.

Chapitre 2Mon Village

La sueur perlait sur tout mon corps. Je me précipitai dans la salle de bain et allumai la lumière. Je m’observai avec soulagement. J’avais retrouvé mes cheveux châtain clair, mes yeux couleur chocolat ainsi que mon bronzage. Je me palpai un peu tout le visage pour bien me rassurer. Je me regardai encore une fois, calmement, puis posai mes mains sur l’armoire qui me séparait du miroir situé contre le mur au-dessus d’elle.

Je promenai mes yeux sur les objets alentours et m’arrêtai sur ma montre. Alors je m’aperçus de l’heure qu’il était :

« Huit heures seize..., soufflai-je affolée. »

C’était mardi, et j’allais être en retard pour le lycée ! Vite !!

Je filai rapidement dans ma chambre et m’habillai vivement en me mettant ce qui était à portée de main.

Je pris mon sac d’un mouvement rapide tout en me tournant pour sortir de la pièce et trébuchai sur une basket. J’essayai de me rattraper à ma chaise de bureau... qui tomba à son tour.

La porte s’ouvrit brutalement et ma mère fit son entrée, visiblement en colère, ce qui était compréhensible puisque j’avais dû réveiller toute la maison.

« Mais enfin qu’est-ce que tu fais ?! Le petit-déjeuner est prêt depuis une vingtaine de minutes et tu fais un vacarme pas possible !

- Oui, désolée, désolée... euh j’ai fini de me préparer, je vais manger, lui répondis-je à la va-vite en me ruant vers l’escalier. »

J’entendis ma mère soupirer le fameux : « ...toujours dans la lune celle-là... ».

Lorsque je finis de descendre les dernières marches pour accéder au salon, on sonna à la porte d’entrée.

« Ce doit être le facteur, j’y vais. Dépêche-toi de manger, m’ordonna-telle. »

Je m’assis donc à la table et pris mon complément de fer avec un peu de jus d’orange, comme tous les matins. Cela faisait plus d’un an que, tous les soirs, je mettais du temps à m’endormir. Beaucoup trop de temps. Si bien que parfois je ne dormais pas du tout, n’en ressentant pas le besoin ou étant tout simplement stressée d’arriver au lendemain. Le médecin avait dit que c’était psychologique. Mes parents m’avaient alors fait voir des psychologues pour que je révèle tout ce que j’avais à dire. Même si j’avais beau leur répéter que cela ne servait à rien, ils n’en tenaient pas compte. Du moins, pendant les premiers mois. Voyant que la situation était toujours la même, ils avaient fini par abandonner tous ces rendez-vous ridicules. Je n’aimais pas beaucoup les psychologues, bien que je respecte leur métier. Il est vrai que pour certains, cela aide beaucoup de dévoiler leurs pensées secrètes et de, ainsi, montrer leur personnalité et leurs secrets les plus enfouis. Mais je persistais à croire que chacun devait garder sa véritable identité pour soi-même.

Enfin... c’était mon cas.

« ROXANNE !! »

Je sursautai.

« Arrête de rêvasser comme ça !! Tu vas encore être en retard ! Se lamenta ma mère.

- Mais non ne t’inquiète pas, je vais courir, la rassurai-je.

- Oui bien sûr, comme hier, samedi, et tous les matins de la semaine dernière aussi ! Et la rentrée était il y a à peine deux semaines ! Non mais j’en ai marre... »

Elle continua à s’égosiller mais je ne l’écoutais plus. Elle faisait cela tous les matins, et à force d’entraînement, elle y arrivait très bien. Le médecin répétait en permanence à mes parents qu’il était impossible de m’empêcher de « planer ». C’était le terme qu’employait mon père, mais ma mère disait :

« Il doit bien exister un moyen pour lui éviter d’être dans la lune au moins deux minutes par jour ! ».

Ce fut là que je compris que ce qui les gênait vraiment était mon comportement et non pas ma difficulté à dormir.

« Tu pourrais au moins m’écouter ! s’indigna-t-elle

- Oui je sais, mais à force je connais le discours par cœur, lui répliquai-je d’un ton narquois. »

Je saisis ma veste ainsi que mon sac et sortis de chez moi, en lançant un « A ce soir Maman ! ». Je claquai la porte.

Ouf enfin libre. Je regrettai de lui avoir parlé sur ce ton... même si cela m’avait fait un très grand bien.

Je regardai ma montre et la route qui menait au lycée. Intérieurement je pensai « aller, tu peux le faire » et je me mis à courir jusqu’au bâtiment blanc.

Tout St Marc, mon village, l’appelait comme cela. Pourtant, des bouts de peinture sèche se décollaient peu à peu au fil du temps, laissant apercevoir des morceaux de parpaings gris. De plus, parmi les deux seuls côtés visibles de ce bâtiment, des maisons s’appuyaient contre les deux autres, et le plus long était sale. Un énorme tag noir et une multitude de minuscules graffitis ne l’arrangeaient pas, déjà vieilli par le temps. Certains se servaient d’une partie de ce mur, long de quinze mètres et d’une hauteur de cinq mètres environ, comme cage de foot, et d’autres y avaient accroché un panier de basket... Evidemment des petites fissures ainsi que des traces de ballons faisaient également leur apparition.

Je continuai tout droit sur la rue principale, et lorsque je fus arrivée à l’extrémité de ce côté, je surpris un jeune encapuchonné, taguer sur le mur « ensorcelé ».

Il me regarda, sourit, puis partit en courant.

Je m’arrêtai, étonnée. Cela faisait longtemps qu’un jeune n’avait pas essayé de mettre sa marque sur ce mur, blanc comme la neige. Ce n’était pas pour rien qu’il se prénommait comme cela.

Le petit peuple de St Marc croyait à une malédiction et la plupart évitait de passer par là, car n’importe quelle inscription, graffiti ou quoique ce soit d’autre, disparaissaient mystérieusement. Des jeunes écrivaient dessus, et le lendemain, plus rien. Le mur redevenait tout blanc, tout neuf.

Je me remémorai ce que disait l’Ancien du village, hélas décédé depuis un an, à propos de cela.

Il habitait juste en face et il racontait qu’un soir, alors qu’il allait fermer ses volets, il vit une puis deux personnes sortir du mur et tout nettoyer en cinq minutes ! Tous les habitants riaient et le prenaient pour un fou. Je me rappelai qu’il n’était pas beaucoup aimé et que tout le monde préférait l’éviter, surement à cause de ces histoires farfelues qu’il débitait. Moi au contraire, je l’appréciais et j’adorais l’écouter après les cours. D’ailleurs, une fois, il m’avait révélé un secret. C’était la veille de son décès.

« Tu l’dis à personne hein p’tite ? Après ils vont croire que j’ai tout inventé, m’avait-il déclaré. »

Je m’étais contentée d’hocher la tête tout en pensant que c’était déjà fait.

« Ben voilà. Le p’tit d’la boulangère a gravé un truc sur LE mur hier soir, me chuchotait-t-il. »

Je me souvins qu’il regardait derrière son épaule, comme s’il avait peur que ce qu’il s’apprêtait à me dire constituait un délit.

« Et c’te nuit-là, j’ai pas trouvé l’sommeil et j’ai eu envie d’prendre l’air.

Lorsque j’suis sorti j’les ai r’vus. Tous les deux, certain’ment les mêmes que la dernière fois. En fait, j’ai menti sur un truc : ces gens ils sortaient pas du mur, mais d’une porte qui apparaissait dans le mur haha !! s’était-il exclamé, apparemment fier et très enthousiaste de m’avoir dévoilé cela. »

A ce moment-là, je m’étais rendue compte à quel point il commençait vraiment à perdre la tête.

« L’seul problème, c’est qu’ils m’ont vu ce soir-là et ils ont arrêté c’qu’ils faisaient pour m’observer. Qu’est-ce tu crois qu’j’ai fait ? J’suis allé vers eux pour les féliciter de venir nettoyer dès qu’y’ avait quelq’chose ! Tu vois p’tite, moi j’avais pas peur même si je venais d’les voir sortir d’une porte d’un mur !! s’était-il écrié, complètement émerveillé.

- Et ensuite ? m’étais-je enquise.

- Hein ?

- Ensuite ! Que s’est-il passé ensuite ?!

- Aheh beh..., il avait fait une petite pause, surement satisfait de constater que je l’écoutais attentivement. Ils sont r’partis aussitôt. Comme s’ils avaient été... effrayés. Pourtant c’est pas un vieux bougre comme moi qui fait peur hahaha ! s’était-il esclaffé. Bon aller il faut que j’me r’pose, ça m’a épuisé tout ça, avait-t-il affirmé avec un clin d’œil. Bonne soirée p’tite !

- Au revoir. »

Et j’étais partie.

Je ne pouvais pas deviner que cette nuit-là, un incendie se déclarerait. Je ne pouvais pas deviner qu’il allait mourir dans sa maison, brûlé. Et je ne pouvais pas non plus deviner que le lendemain, il ne resterait strictement plus rien. Car malgré l’intervention des pompiers, le feu ne s’était pas éteint tout de suite mais seulement quand toute la maison avait fini de se consumer.

Enfin... presque toute. J’avais ramassé l’unique morceau de bois qu’il en restait et je le gardais précieusement caché aux yeux de tous, chez moi, dans une petite trappe qui se situait sous le plancher, sous mon lit.

Cela procurait un effet étrange de repenser à lui, ce pauvre homme.

Je tournai la tête à droite et regardai les arbres qui perdaient leurs feuilles une à une.

Un beau parc rempli de plantes, avec deux bancs et un petit chemin qui le traversait, se situait à côté de ce bâtiment. Avant, beaucoup d’habitants venaient pour se détendre et se reposer sur un banc, ou bien écouter les oiseaux et respirer le parfum des fleurs... Ou encore pour se promener, car c’était un grand parc qui s’étendait sur cinquante mètres et qui joignait la forêt par un simple sentier. Alala ce parc, qu’est-ce que nous y étions bien !

Je me remémorai qu’une balançoire se tenait juste sous un grand et majestueux chêne. Nous y allions beaucoup Lana et moi.

Un matin, alors que nous arrivions au parc pour nous amuser, nous vîmes un groupe de quatre adolescents massacrer littéralement la balançoire. Ils ricanaient fortement et Lana et moi nous nous demandions d’où ils pouvaient bien venir. Dans mon village personne n’avait encore jamais fait cela. Oui quelques-uns taguaient mais rien de méchant, d’agressif et puis ils voulaient juste tester le Mur.

En rentrant, tristes et déçues, nous expliquâmes à notre mère pourquoi nous revenions juste après être parties. Elle nous avait répondu que le lycée qu’ils construisaient depuis un an venait de s’ouvrir pour la rentrée, et qu’il y avait eu une journée porte ouverte. Mais elle nous rassura en disant que très peu d’élèves de ce lycée étaient comme ceux que nous venions de voir. Lana fêtait tout juste ses quatre ans et moi, mes huit ans. Je regardai une feuille morte se décrocher d’un bel arbre à l’écorce scintillante grâce au soleil dont les rayons se reflétaient sur sa résine. Elle vola un moment, tourna sur elle-même avant de redescendre doucement en se balançant de droite à gauche. Je n’aimais pas tellement l’automne. Voir le frisson parcourant l’écorce des arbres pour leur faire perdre leur verte ou rose parure, me rendait triste. Quant aux parfums des roses blanches maintenant disparues, ils me faisaient envier le printemps pour à nouveau sentir leurs odeurs épanouies dans l’air pur et se mélanger à celles des autres plantes jusqu’à créer en plein effluve, le bouquet d’arôme tant attendu.

J’humai l’air. La seule odeur présente n’était autre que celle de la résine mielleuse coulant le long des arbres jusqu’au sol, se confondant avec la terre humide et l’herbe ayant accueilli la fraîche rosée du matin.

Soudain je regardai ma montre.

Huit heure vingt-trois ! Déjà !

La sonnerie retentirait à vingt-cinq et il me restait bien cinq minutes de trajet dont la plupart... en côte ! Sauf si je courais, ce que je fis sans tarder.

Mais à peine une minute plus tard, je m’arrêtai, déjà essoufflée.

Cependant, je venais d’effectuer le plus dur. Maintenant il me suffisait juste de prendre les petites ruelles ici et là. Je n’étais plus très loin de mon lycée dorénavant et à cette heure-ci dans mon village, tout le monde dormait, si bien que le seul bruit qui parvenait à mes oreilles était le brouhaha des élèves.

Je poursuivis ma marche tranquillement tout en repensant à mon étrange cauchemar, quand j’entendis la cloche sonner.

A partir de ce moment, ce fut un vrai marathon, comme si des turbos me propulsaient en avant.

Enfin, j’arrivai devant la grille encore ouverte. Je souris. Mes deux meilleurs amis se tenaient là.

Chapitre 3Léo et Salomé

Salomé était une grande fille, qui nous dépassait de peu Léo et moi, mince et très intelligente. Sa tête disposait d’une frange et de cheveux châtain clair qui arrivaient au-dessous de ses épaules. Quand elle observait une personne avec ses yeux verts menthe à eau, on avait l’impression qu’elle la lisait au plus profond d’elle-même, décelant ses moindres petits secrets. Je trouvais cela épatant mais aussi dérangeant.

On pouvait deviner sa personnalité grâce à ses habits un peu extravagants certes, mais tout de même beaux, et cela lui allait très bien.

Aujourd’hui, elle était vêtue d’un débardeur blanc dont les dessins se composaient de tâches, de traits et de petits gribouillis de toutes les couleurs qui partaient dans tous les sens. Il ne possédait qu’une bretelle, et le côté n’en ayant pas laissait son épaule droite à découvert. Elle portait un bermuda large, en jean, auquel se trouvaient des pin’s multicolores en tissu, accrochés à l’aide d’épingles. Des spartiates rouges et blanches à petits talons compensés habillaient ses pieds.

Salomé n’avait pas fort caractère mais quand une idée lui venait à cœur, elle la défendait avec de grands arguments. « La philosophe », c’est comme cela que nous la surnommions, Léo et moi.

Léo faisait ma taille, à peu près un mètre soixante-dix. Ses cheveux noirs et en bataille lui donnaient un air romantique. Quant à ses yeux marron, ils pétillaient de malice. Son beau teint mat qu’il tenait de ses parents d’origine espagnole, luisait sous le soleil. Un tee-shirt large avec un pantacourt et des baskets bon marché constituaient ses habits du jour.

Tout comme Salomé, il ne détenait pas un grand caractère et il aimait bien nous partager ses idées. Simple, gentil et charmant. Ces trois mots le décrivaient parfaitement.

« Ah ! Te voilà ! Pourrais-tu essayer de ne pas être en retard demain ? me demanda Salomé d’un ton moqueur. »

- Non mais tu te rends compte de ce que tu lui demandes ?! lui rétorqua Léo d’un ton encore plus ironique.

- C’est bon, je ferai attention demain, leur promis-je.

- Ce n’est pas pour vous inquiéter mais nous sommes censés avoir sport là, annonça Salomé.

- On sait, lui rappela Léo. On se met ensemble ?

- Comme d’habitude. Alors, qu’avez-vous à raconter ? leur demandai-je.

- Toi d’abord. Tu nous demandes toujours en premier, râla Salomé.

- Euh... eh bien... »

Je ne m’attendais pas à ce qu’elle me retourne la question.

« On rentre en cours, je vous dirai après.

- Non ! protesta Léo. On a tout le temps de t’écouter pendant le...

- Et si tu commençais par nous dire pourquoi tu étais en retard cette fois-ci ? le coupa net Salomé.

- Eh bien tout d’abord... j’ai fait un cauchemar comme jamais je n’en avais fait. Il était bizarre, du coup je n’ai pas entendu mon alarme et je me suis réveillée plus tard que prévu, leur expliquai-je. Bon ensuite je suis partie, j’ai un peu couru et j’ai vu un mec qui taguait le fameux mur alors cela m’a fait repenser à ce que disait l’Ancien, vous savez celui qui...

- A cramé avec sa maison, me coupa Léo sans aucune émotion. On sait et alors ?

- Et alors, je me suis rappelée de son histoire et je me suis aperçue qu’en fait on ne savait toujours pas comment...

- On s’en fiche ! s’exclama Salomé qui poursuivit précipitamment en voyant nos regards étonnés. Ce que je veux dire c’est que ce type était dans un état de délire total. Il était complétement atteint ! Complétement allumé ! Et franchement je ne comprends pas comment tu peux croire à des choses pareilles. Des personnes qui sortent d’un mur, et puis quoi encore ?! s’écria-t-elle.

- C’est bon calme-toi ! Et je n’ai jamais dit que je le croyais ! C’est juste que je trouve cela... étrange, c’est tout, lui rétorquai-je.

- Ouais et il y a plein d’autres choses bizarres et on en fait pas toute une crise, reprocha Léo à Salomé. »

Celle-ci baissa les yeux quelques secondes.

« C’est vrai que je me suis un peu emportée là. Excusez-moi. »

Je soupirai.

« Ce n’est pas grave, on a bien besoin d’une petite engueulade de temps en temps, lui assurai-je.

- Heureusement que Roxie est là, commença Léo d’un ton un peu moqueur. Sans son petit moment nostalgique ce matin, nous n’aurions jamais eu cette conversation et nous serions parvenus à l’heure en sport. Je n’aurai pas aimé briser la tradition que nous avons depuis si longtemps d’arriver en retard au premier cours de la journée, finit-il en souriant. »

Nous rîmes tous les trois.

« Au fait, ce cauchemar, reprit Salomé, tu veux bien nous expliquer de quoi il s’agissait ?

- Mais aucun problème, répondis-je. »

Et tout en allant sur le chemin de la salle de sport, je commençai à leur raconter. Je ne voulus rien leur révéler pour le miroir ainsi que le visage qui m’était apparu, je préférais garder cela pour moi.

Quand nous rentrâmes dans la salle, le cours semblait avoir commencé.

Plusieurs groupes d’élèves s’étaient formés en fonction des différents sports proposés.

Nous nous installâmes furtivement derrière celui le plus proche de nous.

Une femme aussi grande que Léo et moi vint se placer devant le groupe.

« Bien. Je me présente, je suis Mme. Robuet, votre professeur de sport-cette année. Vous êtes pile le nombre qu’il faut. J’espère que ces cours vous plairont mes jeunes demoiselles... ah non pardon, j’ai oublié le jeune homme au fond. »

Toutes les têtes se tournèrent vers Léo, gêné.

« Enfin un volontaire qui vient de son plein gré ! déclara-t-elle en souriant. J’espère que vous ne partirez pas trop vite, lui adressa-t-elle d’un ton inquiet. Mais vous verrez, la danse est faite pour tout le monde, lui assura-t-elle. Donc, nous allons commencer par... »

Salomé s’esclaffa discrètement, jusqu’à ce que Léo lui jette un regard assassin.

« Allez, ne t’en fais pas. Ce n’est pas si nul que cela la danse. C’est génial même, lui chuchotai-je.

- Génial ?! Tu me vois en tutu toi ?! s’écria-t-il à voix basse.

- Mais non ! Tu ne seras pas en tutu ! Personne ne le sera ! C’est de la danse moderne ! Qui bouge quoi ! Au moins, ça te fera faire du sport, plaisanta Salomé, avec un clin d’œil adressé à Léo. »

Je souris, Léo ronchonna dans son coin tandis que Salomé continuait de rire.

« Au fait, reprit Léo en tournant la tête vers moi, qu’est-ce que le facteur a apporté ? me questionna-t-il pour changer de sujet.

- Euh... je ne sais pas, lui répondis-je avec surprise car je ne m’attendais pas à ce qu’il me demande cela. Je suis partie précipitamment, comme tu t’en doutes certainement d’ailleurs. »

Il sourit.

« Et je n’y ai pas tellement fait attention. Je verrai ce soir. »

La conversation s’arrêta là car Mme. Robuet nous demanda d’aller nous changer en tenue de sport, pour ainsi commencer la première séance.

Chapitre 4Le Nouveau

Le sport se passa à peu près bien, mis à part le fait que Léo tomba au mauvais moment et qu’un bel effet domino se réalisa devant les yeux de Mme. Robuet.

Quand la sonnerie retentit, Salomé et moi nous nous dirigeâmes vers les vestiaires. Une fois à l’intérieur, celle-ci m’annonça une nouvelle inattendue.

« Tu sais qu’il va y avoir un nouveau ?

- Ah bon ? Non, je ne pensais même pas que cela arriverait un jour ! plaisantai-je ».

Et il y avait de quoi. Depuis le CE1, ma classe ne changeait pas. Elle possédait exactement les mêmes élèves. Pourtant, le lycée auquel j’étais contenait douze classes de premières !

Je me rappelai de la discussion à ce sujet. Salomé pensait que les élèves étaient répartis par « niveau ». Mais elle reconnaissait elle-même que depuis le primaire, il aurait pu y avoir de nouveaux arrivants, ou l’inverse. Léo restait neutre à ce sujet. Il ne saisissait pas pourquoi Salomé et moi s’obstinions à vouloir comprendre le fonctionnement des répartitions des élèves dans les classes. Quant à moi, je songeais secrètement que c’était peut-être fait exprès... Mais pourquoi ???

« ...j’ai entendu Jade, poursuivit-elle en prononçant ce prénom avec tant de colère que j’en frissonnai, qui le disait à sa meilleure copine, continua-t-elle avec une pointe d’ironie dans la voix.

- Mais qui nous dit que c’est vrai ? Tu sais très bien qu’il ne faut jamais écouter Jade, lui reprochai-je presque.

- Evidemment qu’il ne faut jamais l’écouter celle-là ! Sauf quand il s’agit de garçon, s’exaspéra-t-elle.

- De garçon ?

- Eh oui ! J’ai dit « un nouveau ». Donc, pour la première fois depuis huit ans, nous allons avoir... ».

Je ne l’écoutais plus tant j’étais abasourdie. Et ce fut comme cela jusqu’à la fin de la matinée.

Enfin midi sonna. Nous nous rendîmes au réfectoire, et après avoir rempli notre plateau, nous nous installâmes à notre table habituelle.

« Mince, j’ai oublié de prendre un verre, m’aperçus-je. Je vais en chercher un ne m’attendez pas. »

Léo et Salomé avaient l’habitude, j’oubliais toujours quelque chose.

Je m’éloignai d’eux puis arrivai aux palettes empilées qui les contenaient. Je posai ma main pour en saisir un, quand on me poussa violemment. C’était Jade.

Au début, lorsque nous nous trouvions au primaire, elle était avec nous. Salomé, Léo, Jade et moi. On formait un groupe de choc... du moins jusqu’au collège. En fin d’année de quatrième, une dure dispute éclata entre Salomé et Jade. Celle-ci insultait Léo parce qu’il l’avait bousculée sans le faire exprès et Salomé ne pouvait pas supporter cela. Elle le défendit et Jade, sentant que la situation se retournait contre elle, se mit à dire tous les reproches qu’elle pouvait faire sur Salomé, Léo, et moi. Jade avait finalement décidé de quitter le groupe pour aller avec des filles qui n’étaient vraiment pas intéressantes à côtoyer.

« Alors quoi ? On ose passer devant moi ? »

Je levai un sourcil.

« Eh ! Tu réponds quand je te parle ! Tu me provoques c’est ça ?

- Non mais tu es complètement à la masse toi. »

Elle ne releva pas. Je pris rapidement un verre et partis, lorsqu’elle m’annonça :

« En tout cas, le nouveau, il est pour moi. »

Je haussai les épaules et continuai de marcher jusqu’à ma table.

Le reste du repas se déroula sans incident.

Puis nous sortîmes du self et allâmes à notre endroit préféré de la grande cour, qui se situait à proximité de la sortie du lycée.

Salomé s’assit sur le rebord en ciment et s’appuya contre la grille verte.

Léo s’étira en baillant et moi je restai debout, immobile.

J’observais la scène très étrange qui se déroulait juste à dix mètre de nous. Une « voiture » noire, les vitres fumées, à l’allure rapide, composée de jantes scintillantes, et visiblement de très haute qualité, était garée sur le parking du lycée réservé aux élèves, habituellement vide ou seulement composé de deux ou trois scooters. Je ne voyais que le côté conducteur mais elle semblait vide car personne n’en sortait.

Et pourtant, à ma grande surprise, une portière s’ouvrit.

Un homme émergea du véhicule. Il me tournait le dos et je ne voyais que ses cheveux flamboyants dressés en crête. Lorsqu’il s’avança vers la grille, je pus distinguer sa morphologie.

Il était musclé, cela lui donnait de l’élégance. Je le voyais de profil, mais lorsqu’il tourna sa tête dans notre direction, mon cœur fit un bond. Ce visage, c’était le même que celui de mon cauchemar !! Enfin... à quelques détails près.

Ce jeune homme possédait de beaux yeux couleur noisette et non pas noire, ainsi que des cheveux roux et des tâches de rousseurs. Mais la pâleur et la finesse de sa figure se retranscrivaient parfaitement à celles que j’avais déjà vues.

A part cela, je ne me doutais de rien.

Je crus entendre quelqu’un m’appeler mais je ne voulus pas répondre. Je poursuivis mon observation sur ce bel inconnu qui passa par la grille, l’entrée et la sortie du lycée, puis se dirigea vers nous, d’un pas quelque peu hésitant.

Il portait une chemise non boutonnée, blanche à carreaux orange clair.

Dessous nous pouvions apercevoir un débardeur blanc, aux larges bretelles, qui soulignait les muscles de son torse. Il disposait aussi d’un bermuda bouffant et kaki ainsi que des baskets sans lacets d’un kaki foncé presque noir.

« Hé ho Roxanne ! me cria Salomé, qu’est-ce que tu as ?! Tu es encore dans ta lune, c’est ça ? s’exacerba-t-elle.

- Non, je ne crois pas que ce soit ça, retourne-toi, lui souffla Léo.

-Oh ! s’exclama-t-elle discrètement une fois qu’elle eut pivoté sa tête. Tu crois que c’est lui le nouveau ? me demanda – telle en murmurant. »

J’arrêtai mon observation car il s’approchait de plus en plus de nous.

« Je n’y avais pas pensé. Il est probable que ce soit lui en effet, lui répondis-je précipitamment, tandis qu’il s’avançait toujours vers nous.

- En tout cas j’espère que c’est lui, me chuchota-t-elle en souriant.

- Chut ! Il arrive ! l’avertit furtivement Léo. »

En effet, ce grand roux aux yeux marron se joignit à nous :

« Euh... bonjour, je suis nouveau et je suis un peu perdu... Il faudrait que j’aille au bureau du proviseur, est-ce...

- Tu veux qu’on te montre ? le coupa Salomé, tout sourire. »

Il sourit à son tour, au plus grand agacement de Léo que j’entendis marmonner.

« Oui merci, lui répondit-il.

- Alors, commença-t-elle en se levant, d’où viens-tu et comment t’appelles-tu ? continua-t-elle en marchant. »

Il la suivit. Je m’apprêtai à faire de même, lorsque je surpris le regard meurtrier de Léo adressé au nouveau.

« Léo ? l’interrompis-je.

- Quoi ? Oh c’est bon, j’ai le droit d’avoir un ennemi, me jeta-t-il.

- Un ennemi ? Mais on ne le connait même pas ! Tu ne serais pas jaloux par hasard ?

- Jaloux ? Pff, tu sais très bien que Salomé est ma meilleure amie, tout comme toi.

- Oui, mais si ça avait été moi qui l’accompagnais, tu n’aurais pas réagi de la même façon, lui fis-je remarquer.

- Arrête de dire n’importe quoi ! Ce qui m’énerve c’est qu’elle va sûrement lui parler comme s’ils se connaissaient depuis longtemps, et donc elle va lui révéler des trucs qu’on ne dit pas à un inconnu. T’imagine si après il va dans le groupe à Jade, combien elle sera déçue Salomé parce qu’elle aura cru que c’était un ami !

- Eh ! Calme-toi ! Tu t’emballes pour rien là ! Primo, qu’est-ce que tu veux que Salomé puisse révéler d’importants, nos prénoms ?! De toute façon il les connaîtra, parce que si c’est bien le nouveau il sera dans notre classe et...

- Waouh, sans blague, m’interrompit-il, ironique. »

Contente qu’il ait retrouvé le sourire, je continuai :

« Deuxio, Salomé a le droit d’être amie avec qui elle veut, elle n’a pas...

- Je sais, mais c’est pour éviter de la voir triste quand l’autre se sera installé dans les bras de Jade, rétorqua-t-il, de nouveau énervé.

- Est-ce que tu peux, s’il te plaît, cesser de m’interrompre ?

- Désolé. Alors, troisio ?

- Hum... on dit tertio, mais ce n’est pas grave, lui ripostai-je en mettant une main sur son épaule, le prenant pour un idiot.

- Ha ha, dit-il simplement. Alors, tertio ?, me demanda-t-il d’un air hautain.

- Eh bien... qu’est-ce qui te prouve qu’il va aller vers Jade, parce que, déjà, pour aller vers elle, il faut l’apprécier, et ce n’est pas tout le monde qui réussit à franchir cette étape, plaisantai-je, moqueuse.

Il sourit :

« Oui, je sais. Arrêtons d’en parler. »

Tout en discutant d’autres choses, nous avions suivi le nouveau et Salomé de loin. Mais celle-ci voulut nous attendre avant d’entrer dans l’établissement :

« Alors ! Vous en mettez du temps ! nous cria-t-elle, toujours en souriant. »

Nous nous dépêchâmes de les rejoindre puis nous rentrâmes dans l’établissement.

« Voilà, je t’ai tout dit à propos de notre lycée. Le bureau du proviseur est juste là, lui indiqua-t-elle en tendant la main vers une porte blanche et un peu abimée à cause du temps.

- Ok merci. Après on a bien cours dans la salle 230 ? demanda-t-il.

- Oui c’est ça, répondis-je à la place de Salomé, qui hésitait. Un surveillant te montrera certainement où c’est, lui assurai-je.

- Ok, répéta-t-il. Bon eh bien à tout à l’heure, nous lança-t-il d’un air sympathique.

- C’est ça, ciao, murmura Léo.

- A tout à l’heure ! s’écria Salomé.

- Bye, luis dis-je. »

Il frappa à la porte et rentra dans le bureau.

Léo commençait déjà à s’éloigner en direction de notre salle. Salomé me prit par le bras et me raconta ce qu’elle venait d’apprendre sur ce magnifique adolescent.

« Il s’appelle Mika et il a seize ans.

- D’où vient-il ?

- De loin. C’est tout ce qu’il m’a dit, me révéla-t-elle précipitamment en croisant mon regard interrogatif. Mais bon ce n’est pas grave, tant qu’on sait comment il s’appelle, s’extasia-t-elle. Au fait, quel est le problème de Léo ? me demanda-t-elle après quelques secondes.

- Oh, euh... de quoi parles-tu ? »

Mais la sonnerie du lycée lui coupa la parole. Salomé me fit signe que nous en reparlerions après.

Le reste de l’après-midi se déroula rapidement. Avant de commencer à rentrer chez moi, Salomé me fit remarquer que Mika ne nous avait pas rejoint en cours. Mais je la rassurai en lui disant qu’il viendrait surement demain. Et je savais que Léo espérait le contraire.

Je leur dis au revoir et partis.

Chapitre 5L’étrange Colis

« Coucou ! lançai-je en souriant dès que je fus arrivée chez moi. »

Je fermai la porte.

« Tout le monde va bien ? demandai-je, toujours enthousiaste.

- Oui. Et devine combien j’ai eu en histoire ? m’interrogea Lana, ma petite sœur qui venait de sortir de la cuisine.

- Dix-neuf ?

- Mais comment t’as fait ?

- Mon instinct, lui répondis-je avec un clin d’œil. »

Elle sourit.

« Dis, tu me fais des crêpes ? supplia-t-elle. Enfin si tu n’as pas trop de devoirs pour demain matin.

- Quelle heure est-il ?

- Dix-sept heures dix, c’est pas tard, m’annonça-t-elle tout sourire.

- D’accord je vais en faire.

- Oui !! s’exclama-t-elle, joyeuse.

- Je pose juste mes affaires dans ma chambre et j’arrive.

- Ok, je prépare la table. »

Je montai les escaliers, rentrai dans ma chambre, posai mon sac en vrac puis enlevai mon gilet que je mis sur le dossier de ma chaise. A ce moment-là, j’aperçus un petit carton posé sur mon bureau. J’hésitai à le prendre et je murmurai :

« Qu’est-ce que c’est ? »

Je l’effleurai avec ma main gauche, quand je sentis quelque chose bouger. Je retirai ma main avec stupeur. Mais... que pouvait-il bien y avoir à l’intérieur, qui avait la capacité de se mouvoir dans un si petit-espace ??

Je le fixai. La curiosité finit par me pousser à bout et, alors que je m’apprêtais à prendre une paire de ciseaux pour l’ouvrir, ma sœur entra soudainement dans ma chambre.

« C’est bon la table est prête, j’ai mis... »

Mais elle s’interrompit.

« Qu’est-ce qu’il y a ? T’en fais une tête.

- Sais-tu ce que c’est ? lui demandai-je en lui montrant le carton.

- Ah oui ! J’ai oublié de te le dire, c’est l’facteur qui l’a donné à Maman.

- Oh... Mais de qui est ce colis ? poursuivis-je, de plus en plus surprise.

- Je ne sais pas, tu demanderas à Maman. Bon, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ces crêpes ?

- Euh... oui j’arrive, répondis-je, perplexe. »

Ma sœur descendit les escaliers aussi rapidement qu’elle les avait montés.

« Je m’occupe de toi juste après, promis-je. »

Voilà que je parlais à un colis maintenant ! Décidément, cette journée avait-réellement été éprouvante !

Avant de sortir je regardai encore une fois ce paquet, et descendis, presque à contrecœur.

Une fois le goûter préparé et terminé, je remontai dans ma chambre précipitamment.

Je n’hésitai pas. Je pris les ciseaux et m’acharnai avec pour couper l’emballage de ce colis. Celui-ci m’intriguait plus que tout.

Je réussis enfin à l’ouvrir.

Stupéfaite, je découvris un paquet de papier cellophane grossièrement enroulé autour d’un objet qui semblait tout petit.

Je le pris dans ma main et, alors que j’allais défaire cet empaquetage pour enfin découvrir ce qu’il dissimulait, trois lames en forme de crochets jaillirent en transperçant le papier !

Affolée, je lâchai ce que contenait ma main.

Sauf qu’il y eut un problème. Seul le papier cellophane tomba. Je ne voulus pas comprendre où cet objet se situait. Mais je tournai lentement ma main gauche, et je découvris avec horreur que ça s’était collé sur le dos de ma main.

Je la secouai frénétiquement dans tous les sens, mais il ne tomba pas.

Alors j’essayai de me calmer et observai cet étrange objet. Trois lames, visiblement en acier, luisaient sous les rayons du soleil qui passaient par la fenêtre de ma chambre. Elles sortaient d’un minuscule « boîtier » circulaire, bleu foncé sur le bord mais le reste ressemblait à du gris presque noir. Aucune marque de fabrication. Le tout devait faire deux millimètres d’épaisseur et trois centimètres de diamètre.

« C’est impossible, je dois faire un cauchemar, soufflai-je d’une voix incrédule. »

J’eus alors une idée.

Je posai délicatement mon index droit sur le centre de l’objet et tentai de le faire glisser vers la paume de ma main gauche.

Cela fonctionna.

J’allais très doucement... mais soudain, les lames bougèrent légèrement de haut en bas, comme si elles étaient vivantes et flexibles ! Je réalisai alors mon erreur. Une substance liquide et collante recouvrait tout l’objet. J’arrivai tout de même à le déplacer donc je continuai à faire ainsi jusqu’à ce qu’il soit parfaitement placé au creux de ma paume.

Lorsque j’entrepris de lever mon index, la substance m’en empêcha.

J’avais toutefois réussi à l’enlever un peu mais ce que je vis m’effraya.

Un rayon vert d’un centimètre environ défilait et redéfilait entre l’objet et le liquide plaqué sur mon doigt, comme s’il analysait mon emprunte.

Puis le rayon disparut et cette sorte de colle se retira de mon doigt pour se remettre uniformément sur l’objet.

Je soupirai. Déjà, ma main droite était sortie d’affaire, il ne manquait plus que...

« AÏE !!! »

La douleur chassa mes pensées. Que se passait-il ?! L’endroit auquel l’objet était situé me faisait horriblement mal, et pourtant, je ne voyais pas ce qui créait tant de douleur !

« Il est juste posé sur ma main, alors qu’est-ce qui me fait mal ? me demandai-je. »

Aussitôt, je m’aperçus avec horreur ce dont il s’agissait. La substance liquide coulait sur ma peau et la ramollissait tellement, que l’objet s’enfonçait peu à peu dans ma main !

Ma peau commença à se déchirer !! Et lorsque celle-ci fut à la hauteur des trois lames, je me demandai, avec frayeur, ce qui allait advenir. La réponse ne se fit pas attendre.

Les lames bougèrent et s’enfoncèrent rapidement dans ma peau en la lacérant de toute part !!

La souffrance était si intense qu’elle m’en coupait le souffle !

Un cri silencieux sortit de ma bouche et j’eus l’impression que mon cœur s’arrêtait de battre.

Ces lames d’acier m’entaillèrent la peau encore et encore. Le sang coulait le long de mon poignet.

Tout à coup ma vue se brouilla. Les formes ainsi que les couleurs se mélangèrent jusqu’à ne laisser qu’une sombre obscurité.

Je me sentis tomber dans un gouffre si profond que je continuais toujours de tomber.

Peut-être n’y aurait-il jamais de fin...

Chapitre 6Folie ou Réalité ?

Salomé eut à peine le temps de sonner à la porte d’entrée que celle-ci s’ouvrit d’un coup, laissant apparaître Lana, son nez recouvert de chocolat et le sourire aux lèvres.

« Coucou toi, lui adressa Salomé. Je ramène le classeur de Latin de ta sœur. Je l’avais rangé dans mon sac sans le faire exprès.

- Ok je lui donnerai, lui promit Lana en prenant le classeur.

Rentre... Roxanne a fait des trop bonnes crêpes, annonça-t-elle en s’écartant pour laisser passer Salomé.

- Oui je vois ça, se moqua gentiment Salomé en désignant le nez de Lana. »

Celle-ci rigola et s’enleva le chocolat.

« Heureusement que c’était pas du miel ! plaisanta Lana.

- J’aimerais bien rester mais j’ai un devoir de physique très compliqué à travailler, soupira Salomé.

- Oh..., fit Lana, déçue.

- Ce n’est pas grave, je viendrai un autre jour. Et puis ça te fera plus de crêpes à manger, la consola Salomé en souriant. »

Lana lui sourit en retour. Elles se dirent au revoir puis Lana referma la porte. Elle prit le classeur et monta les escaliers. Une fois arrivée en haut, elle toqua à la porte de Roxanne mais aucune réponse ne lui parvint.

« Roxie !!! J’ai ton classeur de Latin ! C’est Salomé qui t’l’avait prit sans faire attention. »

Elle frappa à nouveau. Et puisque sa grande sœur ne répondait toujours pas, Lana essaya d’ouvrir la porte mais celle-ci était fermée à clé. Elle soupira.

« Je le mets devant ta porte alors évite de marcher dessus quand tu l’ouvriras. »

Lana descendit et alla dans la cuisine pour se resservir des crêpes.

* * *

Des points bleus et noirs constituèrent ma seule vision lorsque j’ouvris les yeux. Je sentis mon cœur cogner contre ma poitrine, et des nausées me parvinrent.

Je glissai sur le côté pour pouvoir m’asseoir. Alors je m’aperçus que j’étais allongée. Pourtant il me semblait être tombée... et je ne pouvais pas m’allonger sur mon lit puisque j’étais inconsciente ! Je me souvenais de tout mais ce petit détail me troubla, d’autant plus que cette chose était maintenant dans ma main et qu’à moins de prendre un scalpel et de la déchiqueter, je ne voyais pas d’autre solution pour la retirer ! Je ne pouvais pas non plus en parler à mes parents, ils me prendraient pour une folle.

Je sentis la panique venir peu à peu. Qu’allais-je faire ? A qui pourrais-je demander de l’aide ? Et cet objet mystérieux, allait-t-il m’empoisonner, m’endormir, me tuer... ? Maintenant que l’angoisse régnait bien en moi, je devais lui faire face tout de suite. C’était ce que je faisais tout le temps, jamais je n’essayais d’ignorer les inquiétudes, le stress... Je me posais toujours les questions les plus affolantes pour me prouver que le pire n’était pas encore arrivé.

Tout d’abord, j’établis un plan. Pour commencer, j’essaierais de trouver un lien.

« Un lien entre des faits étranges, que je trouverai j’en suis sûre, et ce qui m’est arrivé, pensai-je. »

Mais avant tout, je me levai et me dirigeai doucement vers mon bureau. Je me sentais vaciller par moment, surement à cause de l’évanouissement. Enfin je m’assis précautionneusement sur ma chaise, en face de mon ordinateur. Là, je me mis à chercher la boîte qui contenait la chose.

Je ne la trouvai pas. Pourtant cette boîte ne pouvait pas avoir disparu toute seule ! Déçue mais pas découragée pour autant, j’allai vers la porte de ma chambre.

Lorsque j’essayai de l’ouvrir, je m’aperçus qu’elle était fermée à clé !

Tiens, encore un mystère. Il faudrait que je fasse une liste de tous ces incidents étranges.

Je pris la clé, posée sur un tas de livres aussi intéressants les uns que les autres, à côté de moi. Soudain, une pensée me traversa l’esprit.

Lana.

Vite je déverrouillai la porte, l’ouvris et appelai ma sœur.

« Lana !! Est-ce que tout va bien ??? Aaaaaaaah ! »

Ce fut le cri que je poussai alors que je tombai en cascade dans l’escalier.

Une fois arrivée en bas, j’entendis ma sœur accourir vers moi tout en m’appelant :

« Roxie ?! Mais..., elle m’aida à me relever avec un regard complètement affolé.

- Aïe ! Ma cheville ! »

Celle-ci me faisait atrocement souffrir et sans le soutien de Lana, je ne serais pas parvenue toute seule jusqu’à la table du salon.

« J’espère que c’est pas trop grave, paniqua ma sœur.

- J’ai dû me faire une entorse et un peu plus... »

Je grimaçai en me massant le poignet droit quand un bruit parvint des escaliers.

Un cahier arriva sur la dernière marche.

Je vis Lana se raidir et mettre une main devant sa bouche pour ensuite me regarder, toute horrifiée.

« Je suis désolée !! Je t’avais mis le cahier de Salomé devant ta porte parce que tu ne répondais pas quand je t’appelais, donc je pensais que...

- Ne t’en fais pas, la coupai-je. Va prendre le téléphone et donne-le-moi s’il te plaît. Je vais appeler maman. »

Je la vis quitter le salon pour aller dans la cuisine.

Alors je jetai un coup d’œil rapide à ma main gauche.

Aucune cicatrice n’apparaissait. Pourtant, j’avais bien vu ce que faisaient ces lames et cette chose était bel et bien dans ma main ! Ou alors avais-je rêvé ?

Ma main semblait totalement normale et je ne sentais rien quand je la bougeais. Des hallucinations me montaient peut-être à la tête ?

Cette pensée me fit frissonner. Non je n’étais pas folle. J’ai vu ce que j’ai vu. Et si j’avais rêvé, pourquoi étais-je allongée, un mardi après les cours, alors qu’énormément de devoirs m’attendaient paresseusement dans mon sac ? Pourquoi la porte était-elle fermée à clé alors que jamais je ne me servais de cette clé ??

Mais une autre pensée jaillit soudainement.

Je n’avais pas trouvé la boîte en question. Et même si j’essayais de me rassurer, je savais bien qu’au fond de moi toutes ces raisons ne signifiaient pas que cette scène avec l’objet s’était forcément passée. Justement, peut-être que la fatigue me surmenait donc j’ai fermé la porte à clé pour que l’on ne puisse pas me déranger pendant que je me reposais.

Non cela ne tenait pas non plus debout.

Je regardai encore une fois ma main et éclatai de rire. Je commençais vraiment à perdre la tête. Rien, à part d’étranges « souvenirs », n’indiquait quelque chose de bizarre.

« Faire une liste de tous les incidents étranges..., chuchotai-je pour moi-même. »

Je devais être en quête d’anormalité.

Je souris à cette pensée. Toutes les journées étaient les mêmes. Tout le monde avait ses mêmes habitudes, ses mêmes choses dans son sac à tel jour et à telle heure. Je me sentais surement lasse de cette monotonie et je m’étais mise à inventer toute cette histoire.

Maintenant que je repensai à ce qu’il s’était passé, ou plutôt à ce que j’avais rêvé, je trouvais cela plutôt drôle.

Lana apparut subitement, le téléphone à la main.

« Tiens, me dit-elle en me tendant le téléphone. Essaye d’abord d’appeler Papa, je sais que maman a un rendez-vous chez le dentiste vers dix-sept heures trente.

- D’accord... Et arrête de t’inquiéter, lui exprimai-je d’un ton rassurant.

Je ne vais pas mourir, lui fis-je avec un clin d’œil. »

Elle me sourit.

« Mais c’est où que t’as mal ?

- A la cheville gauche et à mon poignet droit, mais ne t’inquiètes pas, répétai-je précipitamment en voyant son petit air inquiet. Je vais rester assise jusqu’au retour de papa et maman. Et en attendant, si on faisait un jeu de société ? lui proposai-je. Ou alors tu as des devoirs pour demain ? Je peux t’aider tu sais. Je ne me sens pas de faire les miens maintenant.

- Eh ben nan j’ai pas de devoirs demain puisque j’ai pas cours le mercredi matin MOI, rigola-t-elle.

- Hahaha très drôle, lui fis-je. Choisis ce que tu veux faire.

- D’accord, me répondit-elle, plein d’entrain. »

Pendant qu’elle allait chercher un jeu, je contactai mon père.

Une fois l’appel terminé, Lana revint avec seulement une petite feuille et un crayon dans les mains.

« Alors, qu’est-ce qu’il t’a dit ?

- Que je devais mettre de la pommade en attendant qu’il arrive. Ensuite il m’amènera chez le médecin.

- De l’hôpital ?

- Oui c’est le plus proche. Euh, c’est pour quoi ça ? questionnai-je en désignant de la tête ce qu’elle tenait entre les mains.

- Euh... eh bien comme on se voit pas tellement à cause des cours, je voulais te poser quelques questions... »

Je souris. Lana avait toujours souhaité devenir journaliste et ce n’était pas la première fois qu’elle me faisait une interview flash de deux minutes. Pour une raison que j’ignorais, elle ne voulait pas le révéler à mes parents. Et par conséquent, j’étais la seule qui participais et qui l’aidais à ses petits reporters.

Je me souvins de l’an dernier, où nous avions dû traverser au moins une dizaine de champs à la poursuite d’un jeune et très mignon lémurien que Lana désirait prendre en photo. Finalement l’histoire s’était assez bien finie.

Nous étions tombées, dans le sens propre du terme, à côté de la « maison » de ces petites bêtes. En effet mes pieds avaient eu la formidable idée de se prendre les seules racines qui dépassaient de tous les champs que nous avions parcourus jusque-là.

Toutes les photos effectuées se situaient maintenant dans un album, décoré par Lana et moi, dont l’emplacement secret n’était connu que de nous deux.

« Alors je vais vous poser la première question, êtes-vous prêtes Mademoiselle Roxie ?

- Oui Madame la Journaliste. »

Elle grimaça. Lana ne supportait pas qu’on l’appelle « Madame ». Et tout comme moi, elle trouvait totalement stupide de supprimer le mot « mademoiselle » de la langue courante.

« Parfait. Quel changement s’est dernièrement produit en vous ? Euh qu’elle est la cause de ce gloussement Mademoiselle ? me demanda-telle, surprise, dès qu’elle eut fini de poser sa question.

- Non rien, lui assurai-je. »

En réalité, la majorité deces questions avait été élaborée par moi-même, sur demande de Lana en raison de « mon niveau de langage réfléchi ».

Elle aimait bien s’exprimer comme une « grande ». Et comme cela n’apparaissait que dans ces interviews, il était assez amusant de l’entendre parler ainsi.

« Non rien ?! s’indigna-t-elle en répétant ma réponse. Tel que j’te connais t’aurais pu trouver quelque chose de plus argu... argumenteux ! »

Cette fois je ne pus m’empêcher de rire. A dire vrai, elle avait bien raison. « Non rien » était une façon grossière de dire, pour Lana, « Je ne veux pas t’en parler » et pour moi « J’ai la paresse de t’expliquer ». Nous aimions bien définir ce genre d’expressions pour éviter de les utiliser.

« Argumentatif, la corrigeai-je gentiment. Oui, tu n’as pas tort, je ferai plus attention la prochaine fois, lui promis-je. »

Eh oui dur dur d’avoir une petite sœur qui posait plein de questions sur la grammaire.

Lana s’apprêtait à me répondre quand mon père arriva.

Chapitre 7Colère et grosse Fatigue

Je sortis de l’hôpital et nous montâmes dans la voiture. Lana et mon père m’accompagnaient. Celui-ci avait appelé ma mère pour lui dire de ne pas s’inquiéter et que nous rentrions. Lana était venue car elle se sentait toujours coupable. Je me rappelai encore son attitude dans la salle d’attente.

« Dis, ça t’a pas trop fait mal hein ? m’avait-elle demandé, anxieuse.

- Mais non. Le médecin m’a juste fait une échographie. Je n’ai rien senti. »

Ma réponse parut la rassurer. Du moins, jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’elle ne faisait que gesticuler sur sa chaise et qu’elle se rongeait les ongles, chose rarissime. Ce ne fut qu’après une heure d’attente que nous prenions enfin connaissance des résultats et en fait...

« Youou Roxanne !! Qu’est-ce que t’es dans la lune toi ! plaisanta ma sœur.

- Hein ? De quoi ? balbutiai-je, surprise mais contente qu’elle aille mieux.

- Tu sais pendant que t’es pas avec nous, la vie continue. Alors le temps que tu finisses de penser ou que quelqu’un t’interrompe, ce que je fais en général, eh bien...

- Oui ok j’ai compris, l’interrompis-je. Pourquoi sommes-nous arrêtés ? Et où est Papa ?

- Ben on est arrivé à la maison ! C’est ce que je me tue à te dire, s’exaspéra-t-elle.

- Ah bon j’y vais alors. Merci de m’avoir « réveillée ». »

Je commençai à descendre de la voiture mais Lana m’agrippa le bras et me ramena brusquement dedans.

« Quoi ? Qu’y a-t-il ? lui demandai-je énervée. »

Elle me tendit mes béquilles.

« Et ça ? Ne me dis pas que t’as oublié qu’tu as une entorse à la cheville gauche et une foulure au poignet droit ? Et que, comme t’as pas voulu être en fauteuil, ben tu prends des béquilles.

- Non je n’avais pas du tout oublié. Quand même, je ne suis pas si tête en l’air que ça. Et puis mon poignet ne me fait pas si mal que cela, sinon je n’aurais pas pris les béquilles.

- Mouais. Heureusement que j’suis là pour te rappeler les choses essentielles, me répliqua-t-elle en me mettant les béquilles dans les mains. »

Je soufflai, agacée, et sortis de la voiture en prenant soin de me cogner la tête avant. Puis je trébuchai sur la petite marche du perron alors que j’allais entrer, ce qui m’irrita encore plus. Et cela ne s’arrangea pas quand ma mère vint vers moi en courant, en criant et se lamentant comme si c’était la fin du monde.

« Mais quand même, t’aurais pas pu te faire ça un autre moment ?!

Maintenant comment on va faire ? Et puis ça doit être désagréable...

-Non tu crois ? murmurai je pour moi-même en m’asseyant sur le fauteuil à proximité de moi.

-Tu te rends compte ?! Une entorse, une ENTORSE !

- Ouais et une foulure aussi !lui criai-je, haineuse.

- Et tu peux me dire comment tu vas escalader la montagne ?! »

La montagne ?? Oh non... C’était la semaine où nous devions aller en Savoie. Mes parents avaient pris exceptionnellement deux semaines de congés d’affilée ! Même si les vacances ne duraient que dix jours.

« Les deux seules semaines de vacances que nous avons de toute l’année, dit-elle d’une voix chevrotante.

- Mais elle a pas fait exprès ! Et en plus c’est à cause de moi si elle est tombée, le classeur, c’est moi qui l’ai mis devant sa porte ! s’égosilla Lana.

- Le docteur a dit que tu devais rester au repos pendant un mois voire plus. Les vacances sont dans quatre jours, nous avons réservé le gîte et payé. Elle ne peut pas venir avec nous, déclara mon père.

- Mais... co... comment ça ? Tu ne penses tout de même pas que nous allons la laisser toute seule pendant deux semaines à la maison ?! S’exclama ma mère.

- Non évidemment que non ! Elle ira chez Salomé. Débrouille-toi pour rester chez elle durant les vacances et la période de cours, m’ordonna-t-il.

- Et pourquoi l’un de nous ne resterait pas ici avec Roxanne ? lui demanda ma mère.

- D’accord. Tu n’auras qu’à rester ici et moi je...

- Oh que non ce ne sera pas MOI qui resterai ici parce que je te signale que... »

Ils continuèrent à se crier dessus, mais je ne voulus pas en entendre plus.

Je montai aussi discrètement que possible les escaliers avec mes béquilles pour aller dans ma chambre.

Une fois à l’intérieur de celle-ci, je m’affalai sur mon lit. J’étais exténuée. Je ne souhaitais penser à rien et un mal de tête m’envahit soudainement.

« Aller endors-toi, ce n’est qu’un mauvais rêve. Tout va s’arranger, me murmurai-je pour moi-même. »

Je regardai l’heure. Vingt heures trente-sept. Ma journée ne pouvait être plus remplie que cela. D’abord ce cauchemar, puis la course pour aller au lycée, le sport, Mika, arrivée chez moi, crêpes, cascade dans l’escalier, hôpital, presque deux heures d’attente, échographie puis encore trente minutes pour les résultats, dispute avec mes parents, vacances.

« Et ces fichus maux de tête qui ne veulent pas me quitter ! M’exclamai-je. »

J’étais en ce moment même l’esclave de la colère et de la fatigue.

Puis, je ne sus comment, je parvins à trouver le sommeil.

Chapitre 8Drôles de Messages

Lorsque je me réveillai, une migraine infernale me mitraillait la tête. Je m’assis lentement et regardai autour de moi.

Je ne vis rien.

« Ah, quelqu’un a fermé mes volets, pensai-je à voix haute. »

Je levai mon bras lourd pour atteindre l’interrupteur et après quelques minutes, je réussis enfin à allumer la lumière. Elle m’éblouit et je dus clignoter des yeux pendant un bon moment.

« Mais c’est quelle heure ? J’entends personne. J’ai dormi si longtemps que ça ? me demandai-je, pas très bien réveillée. »

Une douleur aigüe au poignet droit me fit rappeler que je devais demander à Salomé si je pouvais passer les vacances et quelques jours en plus-chez elle.

Je cherchai mon portable des yeux partout dans ma chambre, jusqu’à ce que je me souvienne qu’il était dans ma poche étant donné que, trop fatiguée la veille, je ne m’étais pas changée en pyjama.

« Cc la philosophe es tu la pendan les vacs Si oui serait il possibl qe je les pass chez toi »

Et j’envoie. J’ai plus qu’à attendre qu’elle me réponde et ensuite j’irai me recoucher, me dis-je d’une petite voix.

Alors que je somnolais légèrement, j’obtins la réponse de Salomé :

« ?!!! Nan mais t’es malade ! Il est 4h du mat’ !! T’aurais pas pu me demander ça demain matin au lycée ?! »

Quatre heures du matin... Elle va m’assassiner demain, soupirai-je. Mais cela ne l’a pas empêchée de me répondre, et en général, que fait-on à quatre heures du matin ? On dort. Alors pourquoi elle ne dort pas à cette heure-ci ? me demandai-je.

Ce ne fut qu’à partir de ce moment que je commençai peu à peu à me réveiller.

Je ne lui ai jamais écrit à cette heure mais venant de Salomé cela m’étonne qu’elle ne dorme pas. Surtout que nous avons un contrôle de physique demain matin, murmurai-je pour moi-même.

Je m’imaginai plein de choses incroyables. Peut-être qu’elle était une sorte de « Superwoman », qui sauvait les gens... une héroïne.

Je ris à cette pensée. N’importe quoi. Je délirais totalement. Mais bon, je devais bien avouer qu’avec tout ce qu’il s’était passé en une journée, je saturais. Et une petite rigolade me faisait un très grand bien. Je répondis à son message :

«