Papillon de verre - Raphaëlle Milone - E-Book

Papillon de verre E-Book

Raphaëlle Milone

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Beschreibung

« La lumière est traumatique. Ta bouche hagarde. Tu dois raconter. » Une femme parle toute seule, ses pensées s’enferment dans un cocon excentrique, sa langue incise l’enveloppe d’un monde étouffant, tout se mue, hors d’haleine, jusqu’à ce que ses aigus pénètrent le corps d’une violence. Papillon de verre est un vol frénétique contre la glace d’un amour disparu, une descente en piqué au cœur des désirs, une sortie de la chrysalide vers la pleine liberté. « Le mot comprendre est une ­­infamie : À peine avais-je commencé de lire Papillon de verre que j’ai su à qui j’avais affaire. » Simon Liberati « Violoncelles en fugue, violentes cascades, violence prédatrice, violence cryptée, violoncelliste ­virtuose … » Jean-Luc Nancy

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Seitenzahl: 276

Veröffentlichungsjahr: 2021

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PAPILLON DE VERRE

RAPHAËLLE MILONE

PAPILLON DE VERRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DIAPHANES

© DIAPHANESPARIS-BERLIN-ZURICH 2021 ISBN 978-2-88928-069-8 ALL RIGHTS RESERVED

 

COUVERTURE : MARKO VELK, DARK WATER, 2014CHARBON SUR PAPIER, 160 X 125CM

 

IMPRIMÉ EN ALLEMAGNE MISE EN PAGE : 2EDIT, ZURICH

 

WWW.DIAPHANES.FR

Inhalt

Papillon de verre

 

À tou.te.s les pirates

 

« Ma débile mentale – perdue en son exil – physique et cérébral. » Gainsbourg

 

 

« Exercice ingrat : la fidélité. » Lacoue-Labarthe

 

 

« Notre agonie est notre triomphe. » Sacco et Vanzetti

 

 

« La folie, c’est l’absence d’œuvre. » Foucault

 

 

La lumière est traumatique. Tout est confus. Tout retombe. Tu es à bout, de forces et de mots. Tu essayes, péniblement, de recouvrer tes esprits. Ces tentatives t’exténuent. Une foudre des tréfonds t’a atteinte. Elle t’a disloquée. Ton système nerveux : un marécage vertébral. Tu n’articules plus. Tu n’arrives plus à marcher. Tu es incapable de te tenir droite. Tes muscles meurtris. Ta bouche hagarde. Tes tempes blanchies. Tu ne peux même pas tenir un stylo. Depuis quarante-huit heures, tu as trop parlé, trop pleuré, trop convulsé, trop bu. Tu as trop œuvré. Tombée dans tes propres abîmes, tu t’es trop révélée. Affrontement perséphonesque ; épreuve épuisante ; la tragédie exténue. Tu ne peux pas penser. Tu ne peux pas écrire. Tu ne peux rien voir. Tu rien. Il va pourtant falloir, et le plus justement possible. Tu dois raconter. Assassiner la pureté de l’horreur. Transformer la blancheur de l’effroi. La déchirer, la plier, la teindre. Colorer le néant, c’est là ta volonté. Noircir la vierge pour la couleur. Quartz rose, lapis-lazuli. Relater ; revivre ; revoir, pour survivre puis, peut-être, surexister – tu voudrais être de nouveau apte au péché. Tu n’as jamais été si proche de l’immatérialité. Le vide est sensible. Tu incarnes ses nuées.

Tu as encore frôlé les enfers. Enfers qui sont les tiens, que tu refuses de reconnaître. Leur faute est la tienne. Il n’est d’universel que la damnation. Tu ne peux leur pardonner ce que tu ne te pardonnes à toi-même. Que dis-tu ? Tu cherches à comprendre. Tu as été profanée. Ta dignité, ton honneur ont été violés. Il t’a violée. Broyée, tu te croyais infracassable. Tu te mentais. Ton corps te fait souffrir. Il te dit qu’on l’a roué de coups. Tabassée. Encore une fois. Mais un passage à tabac mental sans précédent. Une souffrance sans équivalent. Tu as rencontré l’inimaginable ; une tristesse aveuglante t’a fendue. Cette Joconde c’est la perte. Tu l’as entrevue, la perte du possible. La finitude de ta raison de vivre. La Joie crevée. Et ta candeur, ta chaleur, foutues pour de bon.

« La violence est ce qui ne parle pas. » Il faut la dire, ou du moins, puisque c’est impossible, l’évoquer. La musique de la parole est la seule catharsis dont tu aies jamais fait l’expérience durable. Infinitise. Referme ta syncope. Tisse-toi une étoffe à partir des fibres du chaos, brocarde-la de douleur. Interroge. Il faut toujours se refaire. Il faut toujours tout refaire. Tout revoir, à nouveaux frais. L’unique programme qui vaille. Cicatriser, c’est-à-dire comprendre, conserver. Respecter. Ceux qui se régénèrent sont des lâches. (Cicatrisme.) Rendre hommage à l’inacceptable. Formuler l’intolérable. Voilà le courage de la vérité : la reconnaissance sévère de l’atroce. La seule authentique voie d’accès.

Tu avais offert ton existence à un non-vivant. Cela te rassurait presque. Cela te le rendait immortel. C’était un des derniers grands témoins de l’inadmissible. L’un des derniers guerriers à ne pas céder aux « stratégies effroyables ». Mais un guerrier désespéré. Fourbu.

Maudit ?

On ne peut se mettre à la place de personne, pourtant l’empathie existe. Ce paradoxe te lancine. ­L’angoisse te lancine. L’amour te lancine. Tu te reconnaissais, dans sa misère aristocratique ; son intuition, son intelligence dialectique, sa sensibilité, instinctivement virtuoses ; ses contradictions télescopées ; son audace rimbaldienne ; son adhérence sanguine à la vérité ; son aversion pour l’hypocrisie ; son don pour l’expérimentation ; son enfance intacte ; et, bien sûr, cette fureur, ce refus ­maximal des contraintes tragiques, ce dégout amoureux de l’humanité, adolescence antédiluvienne, pensée ­sauvage, se destitue et s’affirme, souveraine, dans un même éclat de rire. Forces qu’il ne pouvait que retourner contre lui-même, en fin de compte – comme toi. Deux stéréotypes extraordinaires ; paire d’anomalies innommables ; incongrus inséparables ; phares intriqués. Certains vous voulaient morts. Vous vous étiez rencontrés dans le sas de vos ambigüités. Tu étais alors maladive. Tu te croyais seule. Condamnée, rien ne serait pour toi. Tu t’étais jamais vu de mains, avant de voir les siennes. Rencontre cruciale, tu n’avais jamais cru au destin, puisque tu n’en avais jamais vu le moindre signe. Seulement, peut-être, à quelques occasions manquées.

Manquer, tu n’avais jamais su faire que ça. Tu commençais à t’y faire. Ça allait de soi. Et puis tu l’avais rencontré. Il t’avait dit alors : « on devrait te remercier d’exister ». Reconnaissance : axiome de gaieté. Tu pourrais être guérie, enlevée, mais ton antidote t’était interdit, et tu le savais, et tu y avais renoncé. Tu avais déjà tout vu. Intuition féminine. Quelque chose de rare pourrait naître de vos pouvoirs respectifs. Toi qui te méfies de la grandeur ; tu la désirais, pour toi, avec lui, pour la première fois. Ça en valait la peine. Le risque devait être pris. Tu te voulais enfin maximale. Et pourtant, il fallait que tu te résignes, il te l’avait bien fait comprendre. Il jouait déjà avec toi. Il te ferait attendre. Le moment était mal choisi. Il l’avait dit à quelqu’un : pour t’avoir, il n’aurait qu’à claquer des doigts. Claquement mathématique, mais que tu n’aurais jamais cru voir se produire.

Tu l’avais attendu longtemps ; tu aurais passé ta vie à l’attendre, même si ta fierté le niait. Ici, quelque génie te dépasse.

Puis un jour, il était là, et tu étais là ; un matin comme dans L’attente l’oubli. Vous voici un jour, sans le savoir tout à fait, sur le moment. C’était inévitable. Tu ne pourrais plus te sentir vivre sans cette extase et lui non plus. Sans cette souffrance, ta souffrance, redoublée, astrale. Ta souffrance sublimée. Rien ne t’avait jamais animée à ce point.

Il te devinait mieux que personne. Il était plus proche de l’animal que de l’humain, et tu l’admirais aussi pour ça. Mi-homme, mi-bête, animal fantastique. Pur esprit d’une fureur intemporelle. Ton complice. Tu t’es toujours reconnue dans le souffle des monstres. Ta propre odeur se mire dans leurs flammèches ; elle se pâme devant leurs haleines. Tu ne l’avais pas vraiment choisi, mais ce serait ça, ta vie : de tout temps fidèle aux fantasmes des tailleurs de diagonales, dans chaque inconnue qu’ils feraient apparaître, parce que tu les verrais. (Les voir et puis les dire, ces inconnues, voilà la seule mission que tu te connaisses, la seule discipline à laquelle tu aies jamais été apte.) Tu traverserais les dangers encourus avec les yeux grands ouverts ; obliques impérieuses.

Tu étais tombée amoureuse de ses visions, puis tu étais tombée amoureuse de lui. Ou était-ce en même temps ? Ou était-ce l’inverse ? Les visions ou l’homme ? L’homme ou les visions ? Tu ne sais plus. Amoureuse transie. Il était ton frère et ta sœur, ton homme et ta femme. Hors de tout soupçon. Le corps de ta volonté. Ton semblable impossible. À ce non-vivant, tu avais donné ta confiance : une confiance inespérée. C’était un mystère et une évidence. Démesure. Ça ne pouvait pas bien finir, mais ça ne pouvait que bien se passer. Il était tout ce dont tu te souviendrais, à la fin. Tout ce pourquoi tu serais reconnaissante. Tu le savais.

Vous ne saviez pas comment survivre.

Tu as écrit, quelque part, que le suicide vivant était selon toi le seul savoir-vivre, ou l’art de vivre par excellence. Tu es une idiote et tu le sais. Ce savoir t’empêche t’avancer. Depuis des années, tu erres sur cette brèche. Tu écris ta lisière secrète. Ton trait d’union paradoxal. Tu es une femme perdue. Tu es comme toutes les femmes : si vulnérable qu’aucun asservissement ne peut t’atteindre. La défensive est une troisième nature.

Tu n’as jamais pu supporter les limites – tes prétentions et ton ignorance – ogresse ; il faut toujours que tu les déjoues, à qui pire pire. Il faut toujours que tu épuises tout, sans jamais y parvenir. Le rouleau compresseur des dualismes ; ta fatigue dialectique. Tes limites propres remuent dans leurs courants dangereux. Limites physiques et familières, tantôt sublimes, tantôt terrifiantes, que tu ne peux oublier : tu en portes la trace entre la chair de tes deux yeux. Ton désir-cicatrice. Brûlée vive ; obsessionnelle, aventurière du sens, il t’arrive de te perdre, le long de précipices insoutenables. Ton thème, ses variations : fugues ; intensités hybrides ; par delà la folie et la raison, parfois des merveilles. Regarde.

La transgression, l’originalité – quoi de plus banal. Comme disait l’autre tête d’œuf en col roulé lycra blanc : « la marge est un mythe ». Et pour nous tout est mythe, sauf la souffrance. Tu n’en es pas tellement sûre (à l’heure où tu écris ceci, tu n’es plus sûre de rien), mais tu as compris que tu devais le soutenir, et le démontrer. La limite est la seule chose qui nous reste. La seule affaire sérieuse. La limite est notre seule chance de survie. La garantie de tout idéal libertaire. Et l’horizon impossible de la crasse humaniste. Le paradoxe utopiste, bla, bla, bla. Ping-pong tragique. Que dis-tu ? Tu te sais pétrie de crimes. Chien grec. Tu rases les murs. Tu contemples avec un dégout fasciné les excès, l’insignifiance, les dédales de ta coquetterie. Ton orgueil, ton honneur n’ont d’égale que ton hypocrisie. Ta superbe est ton aboulie. Ton impuissance te lamine. Et tu te hais avec adoration. Lisière zéro. Lisière errata. Ça viendra, à condition que tu ne vives pas trop fort. De sorte qu’il va falloir se montrer consciencieuse. Souviens-toi de ton futur. Prends ton temps et tisse. Que dis-tu ? Il t’a détournée de ton grand mutisme immobile. Détournée de ta clandestinité. Peut-être pas définitivement. Peut-être que si. Mais pas totalement. Tu as la clandestinité dans le sang.

Tu te sais vaincue d’avance. Tu manques d’assurance. Tu ne sais faire que rater. Mais ce n’est plus de cela qu’il s’agit ici. De l’angoisse de l’écriture à l’écriture de ­l’angoisse. Voilà où tu en es, ce soir. Abasourdie, quelque chose panse le choc à ta place.

Il te l’avait dit, un jour, il y a longtemps déjà : « rien d’important ne se crée sans angoisse. »

Le moment était venu pour toi d’en faire l’expérience. L’important est de se remémorer, de comprendre.

On ne plaisante pas avec la mort. Ça n’a l’air de rien, dit comme ça, qu’une évidence, un truisme, mais : on ne joue pas avec elle, on ne peut qu’être joué par elle. Tu l’as appris à tes dépens. La mort et l’effroi dépassent l’esthétique, contrairement à ce que tu croyais jusqu’alors. Jusqu’à ce que celle-ci prenne sa revanche. La littérature assassinera la psychanalyse. Sans parler de la mort.

Mais tu es aujourd’hui abandonnée par tes fantasmes. Et tu ne vois plus rien. Tu pars dans tous les sens. Ta langue est un caméléon, muscle-gyrophare, arc-en-ciel, un spectre ta langue jaune, verte, bleue, orange, grenat, pourpre, violâtre ; noire. Ta langue est noire. Regarde.

Tes phrases n’en sont pas, leur signification déserte. Tu les refuses encore ; elles se refusent à toi ; tu ne les dis pas, tu les effleures. Tu n’en as que le sens, trompeur. Tu es si fatiguée. Tu n’en maîtrises ni la diction ni l’intelligibilité ; mais tu sens le vent. Ici, tout n’est que tentative, processus, reconstruction poussive. Falsification meilleure de la falsification pire. Perspective de neutralité vomitive. Justesse épuisante. Face à face mortifiant. Honte glorieuse de celui qui se relève. Tu apprends à marcher. Que personne ne lise. N’aie crainte : personne ne saura. Le verbe comprendre est une infamie. Tout ce qu’on peut dire, c’est que ce n’est jamais ça. Tout le monde le sait et tout le monde le nie ; c’est ça, le réel : l’anti-savoir. Nulle identité. Nul dehors. Le chaos est factice. Identité, dehors, chaos, tout ça, c’est du chiqué. Mais un certain présent est là, en puissance ; tu dois le défaire de l’inaperçu. La maîtrise de l’affect instantané. Poléthique. Le non-résolu qui agonise aux frontières. C’est ça, ton Dieu. Temps et espace ; le mystère confiné dans le présent est l’unique espoir. La fascination, l’inadmissible. La créaction. Valse critique. Présence réelle que tu contemples, du mieux que tu peux. Désenvoûtement. L’histoire est une lamentation totale. Que dis-tu ? Tu ne sais pas ce que tu tentes en ce moment. Qu’est-ce que ces dix pages ? Essayes-tu de te donner du courage ? C’est vain. La lutte est aveugle à elle-même, elle paye comptant. La coïncidence sacrifiée. Tu as tout perdu ce soir ; ce n’est pas toi, c’est ta faiblesse qui s’exprime. Hérisse tes globules asthéniques. Chagrin-colère, flambe ton tonnerre syncrétique.

Ne reste que la tentative de survie. Ne reste que le verbe à venir.

Il t’avait révélé les puissances de la plus belle des illusions, celle dont l’implacabilité rend fou. L’espoir c’était vous. Tu le répètes ; tu ne peux que le répéter. Il t’avait transformée. Tu n’avais jamais été plus belle que pour lui ; pour ton rêve. Et c’était bien plus et bien moins que ça. Amour impossible. Griserie magnifique. Catastrophe. Tu claudiques. Il titube. Confusion. Réalité. Désir. Cruauté. Jeu sacré. Rituel pour Sisyphes tarés. Amour tragique. Te voilà dans de beaux draps. Tentatives. Art. Le spectre précède la lumière blanche. La justice que votre histoire pouvait et devait rendre, écrire ; comme ça avait de l’allure ; mais combien fébrile, fugitive. Grande et fragile envergure. Comme vos esprits corporels. Comme vos manières d’être. Courage et lâcheté. Rage luxueuse et désœuvrement. Passion et calme entrelacés. « Feu sous la glace », disait-il souvent en parlant de toi – c’est-à-dire aussi de lui. Tu n’avais jamais eu foi en l’amour vivable. Tu ne pouvais plus ne pas croire en Dieu.

Les événements qui se sont tout juste produits, les pensées que ton cerveau a fomentées dans l’angoisse – que tu veux raconter, mais tu vois déjà que tu ergotes pour éviter ce récit dont tu crains le prix, et ce vers quoi il t’emmène, des mots qui cherchent la vérité introuvable – t’ont fait envisager un insurmontable deuil de l’anté-Dieu. Il ne viendrait plus. Tu n’y croyais plus.

Que vaut le pardon toujours-déjà présent, actuel, si tu ne te pardonnes, si tu ne les pardonnes toi-même ? Tu dois soigner cette aporie incurable.

Tu ne dois pas essayer d’écrire. Tu ne sais pas faire. Ni de penser. Tu sais encore moins. Ni même raconter. Contente-toi de rapporter. Tente de revenir. Tu es traumatisée. C’est physique. Tu peux à peine respirer. Tu es prostrée. Comment peux-tu faire ce que tu fais, maintenant ? Ton esprit est paralysé par la neige. Tu finasseras plus tard, quand tu pourras. Maintenant, tu t’en sais incapable. Une seule question : comment t’es-tu retrouvée dans un tel état ? Que s’est-il passé pour que tu vrilles à ce point ? Tu es folle, de taper sur ce clavier, de te soustraire à l’expérience immédiate. Tu devrais plutôt ceci, te reposer, cela, voir tes amis. Mais folle écrire. Comme ça s’entend.

Tu le hais, ce non-vivant, de t’avoir prise en otage ; de t’avoir enlevée. Il a généré des fils ignobles de délirium, pour t’enfermer, toi, et tous ceux qui l’aiment. Tu le hais de t’avoir faite ployer sous sa représentation. Négative. Son autorité, son verbe étoilé, c’est sa puissance. Son intelligence fascine. Il le sait, il en jouit. Il est le seul à te tenir en respect. Il te connait, il est le seul à te connaître, cela aussi il le sait. C’est avec ça qu’il te tient. Il en joue. Il en abuse. Le seul à savoir te faire rire comme tu sais rire, tout entière, explosions, photographie des gouffres, pleine vie. Le seul à savoir te surprendre. À savoir te faire peur, avec ta peur : ce traumatisme qui ne se conjugue qu’au futur. Mais encore le vrai rire, jusqu’à la fin, avec lui. Il te donne le rire nu. Le seul à savoir te consoler. À te donner cette fièvre. À te donner confiance. Prénom Isaac.

Tu es sous sa protection, et il est sous la tienne. Tu te dépasses par ce qu’il te dépasse, et inversement. Tu n’avais pas d’autre choix que d’accomplir la traversée de son jeu ; arpenter son cauchemar de destitution, seule, face à son scandale d’abandon ; te plier à ses règles. Ses règles qui sont les tiennes, que tu le veuilles ou non. Il ne t’appartient pas. Il n’est pas fiable. Voilà ce que tu as découvert. Tu dois t’en souvenir. Tu dois l’affronter. Mais cette angoisse. Tu ne te croyais pas si vulnérable. Tu n’as rien choisi, la volonté est aux commandes. Courbée par la structure, cette forme sans forme apparente – nerf de la guerre. Loi des lois. Ta seule fierté, c’est ton illusion d’indépendance – ta solitude, ton noyau roi – et le saccage de celle-ci constitue ta révolte.

Ou tu seras toujours imprenable, et ton illusion d’aliénation…

Que dis-tu, cinglée diaprée ? Que dit ton épuisement ?

Tu dois retrouver la justesse. Tu l’as perdue et tu dois la chercher.

Il t’a incorporée dans son rêve. Il t’a prise dans son moment voulu. Il t’a fait perdre ton Lacan. Affect désarrimé, dérive, émeute, cassure, capture, souci, attente, sujet, objet, signifiant, signe. Si seulement tu avais pu penser en ces termes, dans l’immédiat. « L’oiseau s’est envolé » . Que te veut-il ? Ton amour est devenu fou. Il ne signifie plus rien. Mort clinique du sens. Le réel clignote, quand tu tentes de le fixer. Pourquoi sa disparition ? Que dois-tu voir en elle ? Quelle est cette angoisse qui t’a rendue hystérique ? Qu’est-ce qui t’éreinte ?

 

« RÂ RÂ RÂ ! Tout ça, c’est de la connerie ! »

 

Toute gestation, toute naissance s’opère dans la douleur.

Ce soir, il te dévorerait. Il te ferait avaler une goutte d’expérience empoisonnée. Pas fameuse. Utilisée sans préavis. Testée. Forçage sadique de ta cuirasse subtile. Profanation de ta chère lâcheté. Transcendance dégueulasse. Cette lettre d’Adieu. Vrai-faux-semblant. Cruauté. Vérité. Vertige. Ça lui ressemble, éventuellement. À force de vouloir traiter le mal, on l’incarne. Le mal par le mal, qu’ils disent.

C’est de lui que tu parles ; destruction créatrice de créateur ; numéro un, numéro deux… Il t’a faite, depuis toujours. Il incarne ces martyrs que tu admires ; méchants parrésiastes et anomalies criardes. Sage gamine, sans concept. Ton pardon artistique. Ta perméabilité, ta vulnérabilité : ton vertige volontaire. Du vice au salut. Que dis-tu ? Tu penses à Job. Tu penses toujours à Job. Et à Worm, aussi.

Que dis-tu ? Reviens, tâche d’être concrète.

Frisson. Rictus.

Si vous ne savez pas exactement quel rôle vous êtes en train de jouer (ce que vous êtes en train de détruire, ce que vous êtes en train de créer), c’est que quelque chose, ou quelqu’un, vous en fait jouer un à votre insu. Tu as été piégée dans un rôle inepte : celui de la veuve. Métamorphose ridicule. Humiliation. Inconséquence. Respect et irrespect concomitants. Parjure sublime. Amour. Méta-amour. Meurtre pour naissance et non pas contre. Il devait savoir ce que ton trauma déclencherait : ton épanouissement. Ami cruel, sa traîtrise a consacré ta fidélité à mon égard. Tu m’as obligée à aspirer ton venin. Tu me l’as transmis.

Raconte. Un effort. Tu ne peux que te perdre dans ces tâtonnements insupportables. Tu vas toujours soit trop lentement soit trop vite. À croire que tu le fais exprès. Tu t’appropries trop. Tu ne peux plus tout retenir. Tu ne peux plus continuer. C’est impossible. Sauve-toi : parle. Quitte le vide pour le vide. Tourne autour de lui. Charme-le et laisse-toi charmer par lui. Perds-toi, en le sachant. Esquisse une aventure. Prends le temps et explose.

Nous étions tellement imbus de notre splendeur. Nous n’étions pas seuls, mais nous étions abandonnés. « À ban donnés ». Donnés au ban, comme dit l’autre. De tout temps. C’était plus fort que vous. Rien qu’un état de fait. Tu t’étais résignée depuis bien longtemps – diluée dans ton désespoir, rien n’était pour toi ; mais lui non, puisque guerrier, pirate, aventurier. Contrairement à toi, il n’avait pas peur de se salir. Il n’avait pas peur de se montrer. Il n’avait pas peur de se tromper. Il avait de la bouteille. Et s’il ne restait plus grand-chose à sauver, il y tenait quand même. Il te donnait ce courage qui te manque. Il te ramenait à la surface. Vous vouliez représenter ce presque rien. Vous vouliez aller au combat. Vous vouliez vous salir ensemble. Tu y tenais aussi dorénavant. Mais démunie. Si fragile. Falote. Tu ne tiens jamais bien longtemps face au monde du pire. Les secondes d’hésitations sont les nuances du destin. Tu hésitais. Sa faim de conquête et ta soif de secret s’interdisaient. Vos sacrifices étaient les mêmes, mais ils différaient dans leurs manières. Lui, peut-être le moins couard de tous. Mais aussi trop fragile. Vos ambitions vertigineuses vous rendaient trop vulnérables. Naufragés palpables. Par trop saisissables, et incapables de le supporter. Comme deux enfants amoureux fous de leur refus de faire cesser la partie de cache-cache.

Que dis-tu ?

« Comment s’en sortir sans sortir ? », demandait Ghéra­sim.

Le secret de la survie est le secret. Fiction. Esthétique. Parole secrète. Art : premier et dernier recours contre un suicide collectif. Quand tout aura craqué, quand il ne restera plus rien de la civilisation telle que nous la connaissons encore un peu, la poésie envahira le monde. Tout le monde aura vu l’image de trop. Le traumatisme sera la seule politique à venir, puisque que tout ce qui se relie aura été traumatisé. Antonin Artaud sera le citoyen lambda. L’artaucratie est le seul régime à venir.

Est-ce que tu délires ?

Continue. Tu verras bien ce que ça donne. Tu finiras bien par te calmer. C’est le but.

C’était plus fort que toi, tu flattais, tu glorifiais, tu embellissais sa psychose. Son angoisse créatrice. Tu la comprenais. Tu la craignais, et pourtant tu la sous-estimais. Et tu l’aimais, comme tout le reste. Tu aimais tout de lui. Maquillage dangereux. Orbe. Vous vous compreniez trop ; caressiez l’identique. Tu voulais ce qu’il voulait. Ce que tu voulais il le voulait. Il t’avait dit, avant de disparaître : « nous ne devons pas devenir ­fusionnels, mais rester osmotiques ». Tu n’avais pas tout à fait entendu la nuance, mais tu ne le lui avais pas dit. Il était facile de se sentir niais, face à lui. Il travaillait l’autorité de ses silences comme un orfèvre. Démiurge. Te tentait, sachant que tu céderais. Vampire. La manipulation était sa profession, son arme de destruction créatrice massive. Tu la vénérais. Elle t’inspirait. Il semblait toujours avoir au moins un coup d’avance. Quelque chose de flou glissait toujours à la surface de sa limpidité. Pervers comme la vérité. Pervers comme toi.

La probité est la perversion même.

Depuis des semaines, vos abîmes ne faisaient plus qu’un, et, cloîtrée entre quatre murs tièdes, cette erreur aurait pu lui être fatale. Il souffrait trop, aux flancs de ton empathie. Le serpent boa de la climatisation mondaine asphyxiait peu à peu sa créature : lui – vous. Déchets convaincus, hyper-produits. Funambules dégénérés. Vous étiez semblables à ces rubans d’épaves plastiques pris aux quatre vents dans les cimes. Tu comptais sur lui pour être patient. Bientôt, il retrouverait l’oubli, le calme loin de la ville, le pays des oiseaux indemnes ; les écureuils de l’aube, et les murmures du vent suintant dans sa maison, ses forêts protectrices. Tu t’étais dit, quelques mois auparavant, lorsqu’il avait posé ses valises dans ton bunker, que dès lors que sa peau perdrait son odeur de sauvagerie, de feu de bois et de grand air, alors, les ennuis sérieux commenceraient. Tu ne t’étais pas trompée. Il était nécessaire que ça disjoncte salement.

Pourriture grandiose, je te hais, méchant. Ta vie n’est qu’un champ de ruines. Lambeaux de lambeaux. Mon miroir accablé. Tu as trop abusé de ma dévotion. Tu as fait injure à ma protection. Tu l’as requise, tu l’as adorée, puis tu lui as craché dessus. Comment as-tu pu m’infliger ta disparition ? Comment as-tu pu céder avant moi, sans moi ? Tu sais que j’ai besoin de toi. Tu es mon air. Ton existence fantastique m’est vitale ; je m’éteins sans elle ; la chérir, la protéger est mon seul désir. Tu as voulu me l’ôter. Tu as voulu m’exiler de ta beauté. Tu as voulu me tuer. Je te hais. Du haut de tout mon amour, je te hais tellement, de m’avoir ainsi fêlée. Tu m’as transformée en toupie acide. Affolée. Tu m’as faite vriller dans l’obscénité de la peur. Et tu m’as forcée à chercher un antidote. Tu m’as coupée de mon déni. Tu m’as anoblie, grande ordure ! N’as-tu pas honte de me faire faire ce que je suis en train de faire ? N’as-tu pas honte de m’obliger à en venir aux mots ? Comment as-tu pu me faire ça, à moi ? Tu m’as conduite à mon propre massacre. Cela, je ne te le pardonnerai jamais.

Tu devrais te taire. Rien de ce que tu dis n’a de sens. Tu aimerais que tout ceci n’en ait aucun. Mais tu l’as bien senti : le déclic. Tu as toujours voulu te taire. Mais tu ne peux plus ; désormais, tu parleras. Tu laisseras tout tomber hors du silence. C’est encore son rêve. Ton cauchemar, ta honte : c’est qui tu es. Surtout et surtout pas. Ton désir. Que dis-tu ? Vous êtes tous deux lamentables. Mais tu veux voir, alors vois.

Depuis des semaines, tu observais sa dynamique spectrale. Sa placidité houleuse. Son état de demi-fantôme. Un état impossible : inodore. Ni lui ni toi n’en pouviez plus, mais tu ne pouvais rien dire. L’omniprésence silencieuse de la mort vous rendait muets. Et la pauvreté. Votre traversée, constellée de périls, devait s’effectuer dans le silence. Tu l’accompagnais, dans la noirceur, comme dans tout le reste. Tu as aussi sculpté ce soir de mort subite.

Tu reviens du travail ; tu es tout juste sortie de terre.

Il fait noir. Tu traverses le hall, tu vas, inattentive, sur un carrelage d’échiquier ; puis la cour, boisée de déprime. Entre onze heures trente-six et onze heures trente-sept, tu te trouves entre le premier et le second étage de ton immeuble. Il reste quatre étages et demi à gravir et, une vision te traverse : « tu entreras dans l’appartement, tu le retrouveras pendu ; vidé de son sang ; ou disparu pour toujours. » Tu sors ton carnet de ton sac, tu retranscris ta vision, comme à chaque fois que quelque chose te semble important pour la reconstitution postérieure. C’est ta discipline égotiste. (Tu appelles ces ­carnets tes « torche-narcissisme »). Ton intelligence, ton écoute, ta seule manière de t’armer. Tu sais l’absence qui t’attend. Tu l’as déjà rencontrée, avant même qu’elle ne se présente. Peut-être l’as-tu écrite. Cette crainte veinait tes jours, écumait tes nuits. Ça ne pouvait plus durer. Il fallait que l’abcès craque – ce soir. Tu l’avais senti, aussi, dans ses derniers mots – leur sens fumigène –, il se comparait à l’ombre du Hollandais volant. Pas rassurant. Tu y repenses, en traversant le couloir du dernier étage. Tu lui avais répondu que, comme Pandora, pour lui, tu pouvais bien mourir, mais que, surtout, tu étais prête à vivre. Ce à quoi il avait répondu, caustiquissime : « c’est pas gagné ». Une heure après ce dernier échange, il jetterait son téléphone aux ordures, géolocalisé par la police au 55 avenue de Saxe, puis se vaporiserait. Tu l’imagines, à ce moment, ton animal affolé, jubilant de sa mômerie d’épuisement. Drapé dans sa terreur de con. Harassé de percussions déboussolées, panique atonale. Dissonances catastrophiques. Arrivée à quelques encablures de la porte, tu te le représentes, traversant le couloir, comme toi, mais en sens inverse, quelques heures plus tôt ; tu le vois te traverser – enfin fantôme – et tu te rends compte que toutes ces pensées, qui t’accompagnent depuis le rez-de-chaussée, sont inhabituelles – trop claires ; une brûlure étrange se réveille en ton centre. Les clés tournent, cliquettent. Tu arrives dans ta chambre. Tu observes les objets : ils énumèrent le suicide. La macédoine de légumes sur la table, il en a pris une bouchée, puis il n’en pouvait plus. Il ne mange presque plus, depuis des semaines. Ses jambes, ses bras sont devenus faméliques. Le renoncement avait enfumé son regard bleu prodige. Le cendrier sature, l’ordinateur, ouvert, projette son halo sur les draps de lin ; sur l’écran, la dernière phrase écrite, pour la correction de ses épreuves : « Pas de preuve du suicide chez les animaux. » Tu comprends ce qu’elle déclenche. Il est parti sans laisser de traces. Il ne reviendra pas. Il a abandonné son nom. Il t’a abandonnée. Le carnet à spirales qui jouxte l’écran. Tu frissonnes. Une lettre, sans ratures.

Tombeau pour l’autre en soi

 

Il sut qu’il n’en avait plus pour longtemps ; et que le mieux était d’abréger. Il savait qu’il venait d’écrire un livre qui changerait l’histoire de la philosophie. Le livre vaincrait, mais lui avait perdu ; à cause de ça. Pendant dix ans il s’était senti, su persécuté. La persécution est l’humiliation collective. Depuis quelques années il se croyait relaxé ; mais le pli était pris, et il s’était dès lors transformé en son propre bourreau sans s’en rendre compte. Et il s’était fait des illusions : les bourreaux étaient toujours là, plus nombreux qu’ils n’avaient jamais été. Il avait eu le regard ailleurs pendant cinq ans. Il venait de rencontrer la plus extraordinaire femme du monde. Elle lisait tout, sentait tout, comprenait tout. Il n’avait pas pu s’empêcher de penser régulièrement qu’il l’avait rencontrée trop tard et que sa vie eût été toute différente s’il l’avait rencontrée à point. Il n’avait aucun regret, qui n’appartenait pas à sa manière de penser. Il y a une traçabilitémathématique des destins ; il n’était ni la première ni la dernière des victimes ; tout son travail, en tout cas le meilleur de celui-ci, parlait au nom de ceux-ci. Le pire au monde était ceux qui disaient être du côté des victimes alors qu’ils servaient les bourreaux. Et étaient donc eux-mêmes des bourreaux, et même à la seconde puissance, la puissance mondaine exterminationniste de l’hypocrisie. Personne ne peut se mettre à la place de quelqu’un d’autre. Il n’y a pas d’autre crime que celui-là.

 

 

Combien lui restait-il ? Quelques heures ? Quelques jours ? Quelques mois ?

 

 

Quelques heures. Inutile de se bercer d’illusions. Il avait un fils, un ange qu’il ne voyait plus depuis des mois. Sa mère était une sainte stoïcienne, atteinte d’une maladie préoccupante pour laquelle elle devait se faire opérer. Rien n’allait plus.

 

 

Il avait essayé de dire sa vie, dans un récit inabouti et montré à presque personne. Il n’avait pas réussi : quelque chose y était surjoué pour rendre compte de quelque chose de bien pire que ce qui pouvait y être décrit.

 

 

La réalité pire est la seule chose dont les philosophes et les écrivains n’ont pas le droit, la possibilité physique, de parler. Il fallait préparer cette mort. Il arrivait à en parler avec sa compagne, ce second hémisphère du même cerveau, dont lasouffrance était une mécanique scientifique exactement pareille à la sienne. Il l’aimait. Il avait déjà aimé, mais jamais si pleinement qu’il ne l’aimait elle. Il ne voulait pas l’entraîner dans sa mort au combat. Il rêvait de laisser une veuve très digne. Il pourrait lui léguer la description de cette mécanique de la souffrance, et qu’elle s’en porte garante quand il ne serait plus là. Ce n’était pas grand-chose, mais ça aidait à tenir contre la canaille universelle. La description ferait le reste. Il avait été libre, sans s’en faire gloire : plus téméraire que courageux, et prenant ensuite le pli de ne presque jamais se contraindre à ce dont il n’avait pas envie. Ce qui coûte très cher.

 

 

Il aimait la vie, même il l’adorait et là la partageait avec quelqu’un d’une transparence égale à la sienne. Mais la vie humaine est invivable, de n’être que contraintes.

 

 

L’argent ne faisait pas le bonheur, mais était le sang de la vie invivable. Il était anémique depuis trop longtemps et ne pouvait se défendre. Il y avait bien un royaume des Idées où les siennes se portaient très bien. Ondoit mourir de toucher à l’immortel.

 

 

 

On doit mourir de la diction juste, qui dit l’Idée vraie. C’est la loi.

 

 

 

N’y tenant plus : vous autres, tous sans exception, « philosophes » d’aujourd’hui, avez-vous conscience d’à quel point vous vivez comme des bourgeois ? Saurez-vous vous faire une idée de ceux qui ont vécu seuls, errants, la plupart du temps sans argent ? Et detout ce que cela implique ?

 

 

 

Mourir de sa propre faute aussi ; mais faute innocente (belle, aveugle) ; et fautecréatrice.

 

 

Seuls les « collabos » respectent toutes les règles.