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Ce livre retrace un voyage à vélo de 3 mois, seul, à traverser l'Inde en plein été sur 4400 kilomètres. C'est un voyage sportif, spirituel et solidaire, avec une collecte de fonds pour l'association humanitaire Karuna Shechen créée par le moine Matthieu Ricard. Sans préparation physique, je débute ce voyage sur une plage de la pointe Sud du pays. Je découvre des zones reculées de l'Inde où les locaux sont nombreux à m'inviter pour me rafraîchir, manger ou dormir. Sous 40 degrés, l'épreuve sportive est extrêmement compliquée. Dans mes retranchements, j'apprends chaque jour de moi-même. Les péripéties sont quotidiennes. J'arrive à Mumbai en 30 jours, après 1768 kilomètres. Je me retire pendant 5 jours dans un centre de méditation Vipassana au nord de la ville où j'entre en introspection. Le 28 mai, un ami réalisateur arrive de France avec un projet de film en tête. Pour honorer mon rendez-vous dans le Nord de l'Inde, je remonte les 2 100 derniers kilomètres à vélo, en train, en voiture, en stop et en bus. Après un tronçon de 250 kilomètres à plus de 4 200 mètres d'altitude, je retrouve mon ami au Ladakh. Nous rencontrons des moines, participons à des festivités, passons des nuits dans des coins très isolés, accomplissons l'ascension à vélo de l'ancien plus haut col du monde culminant à 5 360 mètres d'altitude... Entre écart de cultures, de richesses et de températures, l'Inde est le pays des extrêmes. L'intensité des découvertes me pousse, jour après jour, à revoir mon rapport avec moi-même et au monde. Ce livre est donc un mélange d'expériences insolites et de profondes remises en question u cours d'un voyage en terre étrangère.
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Seitenzahl: 314
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Pour accompagner la lecture :
Je vous invite à regarder l’album photo “Inde 2023” sur ma page Facebook “Marceau Lemoine”. Pour cela, vous pouvez scanner le QR code suivant :
Pour les utilisateurs d’Instagram, je vous invite à visionner les stories à la une “Inde à vélo” ainsi que les posts sur mon profil :
En parallèle à ce voyage, 2 815 euros ont été récoltés au profit de l’association humanitaire Karuna Shechen. Dans la continuité d’une démarche solidaire, 5 % des bénéfices de la vente du livre seront à nouveau reversés à une association humanitaire.
Pour accompagner la lecture
Préface
Première partie
27 mars, veille du départ
28 mars, c’est le grand jour
29 mars, arrivée en Inde
30/04, J-1 grand départ
31 mars : 1er jour Kanyakumari – Kovalam, 87 km
1 avril : 2e jour. Repos à Kovalam, km 87
2 avril : Kovalam - Karicode, 82 km. Total 169 km
3 avril :. Karicode – Alleppey, 81 km. T : 250 km
4 avril : Repos à Alleppey, km 250
5 avril : Alleppey - Fort Cochin, 55 km. T : 305 km
6 avril : Fort Cochin - Thrissur, 80 km. T : 385 km
7 avril : Thrissur - Tirur, 66 km. T : 451 km
8 avril : Tirur - Koyilandy 75 km. T : 526 km
9 avril : Koyilandy - Kudukkimotta 72 km. T : 598 km
10 avril : Repos à Kudukimmotta, km 598
11 avril : Repos à Kudukimmotta, km 598
12 avril : Kudukimmotta - Kanhangad 70 km. T : 668 km
13 avril : Kanhangad – Mangalore 77 km. T : 745 km
14 avril : Mangalore – Udupi 51 km. T : 796 km
15 avril : Repos à Udupi, km 796
16 avril : Udupi – Bhatkal 101 km. T: 897 km
17 avril : Murdeshwar - Gokarna 68 km. T : 965 km
18 avril : Repos à Gokarna, km 965
19 avril : Gokarna – Canacona 85 km. T : 1 050 km
20 avril : Canacona - Vagator 90 km. T : 1 140 km
21 avril : Repos à Vagator, km 1 140
22 avril : Vagator - Chipi 80 km. T : 1 220 km
23 avril : Repos à Chipi, km 1 220
24 avril : Chipi – Wargaon 80 km. T : 1 300 km
25 avril : Wargaon - Devrukh 92 km. T : 1 392 km
26 avril : Devrukh - Chiplun 76 km. T : 1 468 km
27 avril : Repos à Chiplun, km 1 468
28 avril : Chiplun - Mumbai CBD 250 km. T : 1 718 km
29 avril : Repos à Mumbai, km 1 718
30 avril : Mumbai CBD - Global Vipassana Pagoda, Nord-Ouest Mumbai 50 km. T : 1 768 km
Deuxième partie
1 mai : Jour 31 à 36. Séjour Global Vipassana Pagoda. Mumbai
5 mai : Mumbai - Surat 300 km. T : 2 068 km
6 mai : Surat - Kunpad 175 km. T : 2 243 km
7 mai : Repos à Kunpad, Kilomètre 2 243
8 mai : Kunpad - Balasinor 73 km. T : 2 316 km
9 mai : Balasinor - Modasa 72 km. T : 2 388 km
10 mai : Modasa - Udaipur 160 km. T : 2 548 km
11 mai : Repos à Udaipur, km 2 548
12 mai : Repos à Udaipur, km 2 548
13 mai : Repos à Udaipur, km 2 548
14 mai : Udaipur - Jaipur 400 km. T : 2 978 km
15 mai : Jaipur, km 2 978
16 mai : Jaipur - New Delhi 296 km. T : 3 274 km
17 mai : New Delhi, km 3 274
18 mai : New Delhi, km 3 274
19 mai : New Delhi - Manali 570 km. T : 3 844 km
Troisième partie
20 mai : 51e jour. Manali, km 3 844
21 mai : Manali - Sissu 40 km. T : 3 884 km
22/05 : Sissu - Keylong 31 km. T : 3 915 km
23 mai : Keylong - Darcha 32 km. T : 3 947 km
24 mai : Darcha, km 3 947
25 mai : Darcha, km 3 947
26 mai : Darcha - Leh 328 km. T : 4 275 km
28 mai : Leh, kilomètre 4 275
29 mai
30 mai
31 mai
1 juin
2 juin
3 juin
4 juin
5 juin
6 juin
7 juin : 69e jour. 100 km. T : 4 375 km
8 juin : Leh - Wanla 100 km. T : 4 475 km
9 juin : Wanla - Leh 120 km. T : 4 595 km
10 juin
12 juin : Leh - Khardung La - A/R 70 km. T : 4 665 km
14 juin
15 juin : Leh - Darcha 325 km. T : 4 990 km
16 juin : Darcha, km 4 990
17 juin : Darcha - Manali 105 km. T : 5 095 km
18 juin : Manali - New Delhi 570 km. T : 5 665 km
19 juin
20 juin
21 juin
23 juin
25 juin
26 juin
27 juin
Conclusion
Glossaire
Par Élise Leroy, rédactrice pour Lepetitjournal.com Inde
“India is not for beginners”. C’est la blague récurrente que les Indiens utilisent beaucoup sur les réseaux sociaux en ce moment, pour commenter des vidéos étonnantes montrant, au choix, une famille entière tranquillement installée sur une moto en marche, bébé et chien compris, une foule compacte se bousculer pour monter dans un train de Mumbai à l’heure de pointe, ou encore le cuisinier d’un stand de street food récupérant ses petites galettes frites à mains nues dans l’huile bouillante.
L’Inde ne serait pas faite pour les débutants. Au contraire, je trouve que l’Inde, diverse et accommodant déjà une population de plus d’1,4 milliard de personnes, ouvre grand ses multiples bras aux novices. Qu’on commence par un séjour dans un resort de luxe au Rajasthan, un stage de yoga dans un ashram de Rishikesh ou un road trip à vélo sur ses routes cahotantes, on trouve toujours en Inde une personne pour nous aider, un nouvel ami pour partager un repas, des curieux pour nous proposer des selfies. Quiconque se montre tolérant, curieux, pragmatique et un peu détaché trouvera en Inde un terrain de jeu illimité pour faire des rencontres, découvrir des paysages incroyables et des arts et artisanats millénaires, rire et se faire peur. Bien sûr, être étranger et avoir la peau claire aide à éviter les polarisations qui, malheureusement, divisent beaucoup la société indienne moderne… ou la société tout court ?
Lorsque j’ai découvert le projet de Marceau via les réseaux sociaux justement, j’étais partagée entre deux sentiments. J’ai tout de suite pensé que ça ferait un excellent sujet pour Lepetitjournal.com Inde, média en ligne auquel je participe et qui relaye des récits et informations concernant la communauté française en Inde, mais je dois avouer que je me suis aussi demandé si Marceau était simplement un de ces “influenceurs” (vendeurs serait plus approprié), utilisant les individus, les paysages et les cultures comme simples vitrines pour leur personnage à visée instagrammable. Qu’il me pardonne en lisant ces lignes.
Vous vous en doutez, j’ai rapidement changé d’avis. Dix minutes ne s’étaient pas écoulées lors de notre première interview que j’avais compris que j’avais face à moi un jeune homme à la fois sympathique et passionnant, franc et humble, sûr de lui et capable de se remettre en question, et doté de la dose d’humour nécessaire à l’appréciation de la complexité indienne dans toutes ses dimensions. Il n’était clairement pas là pour exploiter un filon, mais pour se lancer dans un profond questionnement sur lui-même, les yeux grands ouverts sur le monde. Et s’il pouvait au passage faire entrer du réel sur Instagram et récolter de l’argent pour l’association Karuna Shechen, c’était encore mieux. Comme il le dit lui-même très bien dans l’ouvrage qui suit, il n’était pas là pour être vu, mais pour voir.
J’espère donc qu’à travers ce regard double, tourné à la fois vers l'intérieur et vers l’extérieur, vous pourrez vous identifier aux questionnements de l’auteur et découvrir cette Inde fascinante, souvent amusante et parfois frustrante, dans laquelle on passe rapidement de grand débutant à expert, par passion et par nécessité.
À 18 heures, mes affaires pour partir ne sont pas prêtes et le vélo n’est pas encore emballé. Pour sa sécurité, il est conseillé d’enlever le dérailleur, la roue avant et les deux pédales. Je n’ai jamais enlevé de dérailleur et la pédale de gauche est bloquée, je ne peux pas la retirer. Advienne que pourra.
Avant chaque nouvelle aventure, je dîne en famille. Pour s'immerger dans ce voyage, nous choisissons de nous réunir dans un restaurant indien au cœur de la ville de Toulouse. Tous les membres du groupe sont contents de me voir avant le départ. Moi, j’ai le trac. Je me trouve dans un état inhabituel entre l’excitation du départ, la peur de l’inconnu, la peur de laisser ma copine si longtemps et la colère que j’ai envers moi-même pour n’avoir rien préparé en avance. Combien de fois me suis-je juré d’arrêter de ne rien planifier ? Je ne sais même plus, alors je m’énerve encore plus.
Ces émotions, je les ressens avant chaque départ. Ce sont elles, j’imagine, qui nous empêchent habituellement de partir loin alors même que nous en crevons d’envie. Ne plus être restreint par mes peurs est d’ailleurs ce qui me motive à faire un tel voyage. Lorsque j’aurais traversé l’Inde à vélo, de quoi aurais-je encore peur ?
En attendant, il est 20 heures, nous sommes en train de dîner et je ne suis même pas sûr que le carton contenant le vélo rentre dans la voiture. Me trouvant dans cette incertitude, je n’arrive pas à profiter de ces derniers moments en famille. J’ai mal au ventre et je n’ai pas d’appétit. Pour l’instant, ce voyage ressemble à une vaste blague.
À 3 h 50, le réveil sonne.
À 5 heures, je charge le vélo dans la Suzuki Swift de ma copine. La banquette arrière est rabaissée, le siège avant droit est couché. Le carton traverse la voiture en diagonale. Le siège de Lucile est avancé au maximum, elle a la tête dans le volant. Je suis recroquevillé derrière son siège, à moitié par terre et sur la banquette, la tête contre la vitre. Les conditions ne sont pas idéales, mais je n’en demande pas plus.
5 h 30, aéroport de Toulouse. Je prends Lucile une dernière fois dans mes bras pour profiter de sa présence. Après ce dernier câlin, je devrai attendre quatre-vingt-douze jours pour pouvoir sentir à nouveau contre moi la personne avec qui je partage mon quotidien depuis presque un an.
Après dix-sept heures de vol, me voilà arrivé à Cochin, capitale économique de l’État du Kerala dans le sud-ouest de l’Inde.
Il est 4 h 10 du matin heure locale, après une demi-heure d’attente pour que les colis XL soient déchargés, je récupère mon énorme bagage contenant le vélo et tout mon équipement. Quelques minutes plus tard, je rencontre la première personne qui fera partie de la longue liste de locaux qui m’aideront de manière bienveillante tout au long de ce voyage. Cette personne c’est Rajesh, un cycliste indien que j’ai rencontré via les réseaux sociaux. J’avais mis en ligne, quelques semaines plus tôt, une partie de mon itinéraire et il m’avait proposé de venir me chercher à l’aéroport et de manger un bout ensemble avant de me déposer à la gare. Je n’avais pas encore commencé mon voyage que de nombreuses personnes me proposaient déjà leur aide.
Il est environ 5 heures du matin, les restaurants sont tous fermés. Nous nous arrêtons à la seule boutique ouverte sur le chemin pour y boire un jus de fruit et un thé indien, le fameux chaï, que mon nouvel ami m’empêchera de payer. A 7 heures il me dépose à la gare ; nos chemins se séparent.
Mon train, comme la plupart des trains en Inde, a du retard. Une demi-heure sur les quais c’est deux nouvelles personnes rencontrées, Santosh et Andy. Le premier est du coin et se rend vers le sud pour le travail. Le second, originaire de Mumbai, vit au Canada depuis dix ans. Autour du petit-déjeuner partagé par Andy, nous faisons connaissance. Il nous abreuve de discours remplis de bienveillance, mais son regard et sa manière évasive de répondre à mes questions concernant la durée, le but et les prochaines destinations de son voyage, me font douter de son honnêteté.
Une fois le train arrivé, notre petit groupe de discussion se divise. Ma cabine est calme, il n’y a qu’une personne assoupie. 10 euros le billet pour 300 kilomètres de train ; c’est le prix que j’ai payé pour profiter de la première classe. C’est un choix stratégique pour être sûr de me reposer et d’éviter d’être trop fatigué avant le grand départ. Quelques minutes plus tard, Santosh, dans la cabine voisine, vient me donner la moitié de son repas prévu pour le midi. Quelques bouts de crudités au milieu de deux tranches de pain de mie qui ne satisfont ni mon appétit, ni le sien. Mais pour lui, mieux valent deux personnes ayant un peu faim, qu’une personne affamée à côté d’une autre rassasiée.
Cela fait plus de vingt-quatre heures que je suis en mouvement, je cède à la fatigue. Quelques minutes les yeux fermés me suffisent pour m’endormir. Après quelques heures, je me réveille enfin et ce que je vois par la fenêtre m’émerveille. Tout est vert sur des dizaines de kilomètres à la ronde, il n’y a que des champs et des palmiers par centaines.
Le train avance à toute allure, portes et fenêtres ouvertes, pour empêcher la chaleur de nous faire suffoquer. A moitié dans le train et dans les airs, un pied sur la marche et une main sur la rambarde, les cheveux dans le vent, je me laisse voler. Entre insécurité et liberté, je me sens vivre.
À 16 h 30, après sept heures de train, j’arrive à Kanyakumari, un lieu unique à la pointe sud du pays où se rencontrent la mer d’Arabie, l’océan Indien, et le golfe du Bengale. C’est depuis cette ville, bordée par la mer, que ma traversée de l’Inde commence. Elle se terminera dans la chaîne Himalayenne, 4 000 kilomètres plus haut à l’extrême nord du pays.
Un vent bouillant m’accueille à la sortie du train. Les 35 degrés affichés par le thermomètre me surprennent. Marcher demande un réel effort. Qu’en sera-t-il pour pédaler ? Cela ne fait plus aucun doute, cette traversée de l’Inde sera éprouvante. La chaleur est bien plus élevée que je ne me l’étais imaginé, mais la sueur s’accompagne rapidement de la joie car je sais que plus c’est dur, plus l’apprentissage est grand. Lorsque l’abandon n’est pas une option, le doute n’existe pas. La difficulté pouvait être sous-estimée, mais la joie demeure.
Andy m’attend sur le quai qui est presque vide. Un homme au loin semble se diriger vers nous. Nous marchons vers la sortie. Un estropié s’y dirige aussi, à son rythme. Il fait peine à voir, il est maigre, ses cheveux sont noirs de crasse et ses vêtements sont troués. Je lui donne les restes de notre repas du midi, une poignée de riz qui sera, je suppose, son seul repas de la journée.
Nous ouvrons maintenant mon énorme carton et je peux enfin remonter mon vélo. Une à une, je sors toutes les pièces. Andy insiste, il veut rester avec moi le temps que je me prépare, mais rapidement il s’écarte et se dirige à nouveau vers l’homme estropié. Il échange quelques mots avec lui, prend un selfie, lui donne quelques billets puis revient vers moi. Je n’ai plus aucun doute, ce type est vraiment louche.
L’homme au loin nous a rejoints. Il reste stoïque, sans un mot, le regard lointain et une main posée sur le carton de mon vélo. Il est aussi sale que ses vêtements sont usés. Il est ce que j’appelle vulgairement « un corps sans âme ». Le vide dans son regard donne l’impression d’une personne morte de l’intérieur, mais dont le corps est encore vivant, errant sans but dans les rues, survivant dans un monde qu’il ne comprend plus. Ni lui, ni moi, ne savons ce qu’il fait là. Les minutes passent, il ne bouge plus et ne parle toujours pas. Andy lui propose de prendre le carton de mon vélo ; il accepte. A cet instant, je comprends que la vulgaire boîte qui protège mon vélo depuis trente-quatre heures va devenir son logis. Andy veut me prendre en photo à côté de cet homme et de son nouvel habitat, « Ça te fera un souvenir de ta première bonne action en Inde » me dit-il. Cette situation me met très mal à l’aise, je décline sa proposition. C’est définitif, cet homme est malsain.
Le vélo est monté et les bagages installés. Quinze minutes à pédaler me permettent de rejoindre l’hôtel dans lequel j’avais réservé une chambre. L’homme à l’accueil joue aux jeux vidéos, la clope au bec. Une fois la partie terminée, je semble enfin exister. Il m’annonce un prix plus élevé que celui qui était affiché sur internet au moment de la réservation. Cela fait maintenant trente-cinq heures que je voyage, je me sens fatigué et j’en ai assez vu pour la journée. Je négocie alors quelques centaines de roupies avant d’accepter de rester. Quelques heures plus tard, je me rends compte que deux hôtels portent le même nom dans cette ville. Je comprends que ma réservation ne concerne pas l’hôtel dans lequel je me trouve. La chambre est horrible, la décoration inexistante et les barreaux à la fenêtre me font penser à une prison. Plus chanceux que les prisonniers, j’ai au moins la clim.
Après un peu de repos, je grimpe sur mon vélo en direction de la mer. C’est la fin de journée, le soleil se couche et l’air est supportable. À l’heure du repas, je rejoins Andy au restaurant. Je ne suis pas très emballé à l’idée de passer ma soirée avec lui, mais je n’ai pas d’ami et son comportement, tout aussi étrange soit-il, m’intrigue. Après deux heures de discussion, il m’est toujours impossible de comprendre ce que cet homme est venu faire en Inde. Son discours est bienveillant, mais ses intentions me semblent être mauvaises. Ne ressentant rien de positif à son égard, je décide après ce repas de ne plus le revoir.
Je me réveille à 8 h 30 après une douce nuit de sommeil, prêt à attaquer cette dernière journée que je laisse à mon corps pour se remettre du voyage, du décalage horaire et pour s’adapter à la pesante chaleur et humidité de l’air ambiant. J’en ai oublié la laideur de cette chambre. Pourtant, les murs sont toujours orange, le plafond bleu et le vitrage recouvert d’un film teinté qui ne laisse entrer aucun faisceau lumineux. J’ouvre la fenêtre pour mieux y voir, mais il fait déjà trop chaud pour la laisser ouverte. Les rues sont déjà bien animées. Dans cette fournaise, les journées doivent commencer très tôt. Le pic de chaleur marque une pause, puis la vie reprend en début de soirée. De l’autre côté de la rue, derrière d’innombrables fils électriques, j’aperçois des femmes qui vendent du poisson, assises au bord de la route.
Après deux heures de méditation et de yoga qui m’aident à me remettre émotionnellement et physiquement de ces premières péripéties, je prends la route pour me rendre à l’endroit exact où mon voyage à vélo commencera.
J’arrive au niveau du dernier bout de roche qui sépare les terres indiennes de la mer. C’est aussi la dernière partie accessible à pied et à vélo. S’y trouve une énorme place où se mélangent touristes, vendeurs à la sauvette et hindous en pèlerinage. A 500 mètres des côtes se trouvent deux îles. Sur celle de droite est construite une statue de 40 mètres de haut à l’effigie de Thiruvalluvar un grand poète et philosophe du pays. Sur celle de gauche, un mémorial commémoratif pour le swami Vivekananda, moine Hindou et philosophe reconnu mondialement pour avoir introduit le yoga en Occident1.
Les vendeurs à la sauvette sont nombreux, l’un d’entre eux m’aborde dans le but de me vendre un souvenir. C’est à la force de mes jambes que je vais déplacer chaque gramme qui constitue mon équipement.
Pendant un tel voyage, être minimaliste est primordial. Pour justifier mon refus, je lui partage la raison de ma présence. À l’écoute de mon histoire, celui-ci s’émerveille. Pour me porter chance, il décide de m’offrir un collier de perles blanches en plastique. Ce n’est pas si lourd et ça semble lui faire plaisir. J’accepte son cadeau puis l’accroche à mon guidon pour me souvenir de cet acte de gentillesse qui m’aidera à surmonter les difficultés que je rencontrerai en chemin.
Je rencontre ensuite Kumar, venu du nord de l’Inde dans le but d’établir le nouveau record du temps de traversée de l’Inde à moto. Il se donne soixante-douze heures pour avaler 4 000 kilomètres de route, je me donne soixante jours. Nous faisons le même voyage mais pour des raisons différentes. Il souhaite être le plus rapide pour qu’on le voie, je souhaite être lent pour pouvoir voir. Il impose son rythme à la nature, je m’agenouille et lui fait honneur. Il veut marquer l’histoire, je veux que l’histoire me marque. Il veut briller, je veux qu’on m’oublie.
Le paysage est à couper le souffle, il est celui d'une île paradisiaque, entre le bleu de la mer et le vert profond de ces forêts verdoyantes de palmiers. En fond, le chant des oiseaux vient parfaire la scène. Cela me rappelle des souvenirs du Sri Lanka qui se situe à seulement 250 kilomètres d’ici. Mais la rue, elle, me rappelle la précarité de cette région du monde. Plus je me balade, plus je vois de sans-abris. De nombreuses familles démunies passent la journée à s’abriter sous les arbres pour se protéger des rayons du soleil. Certaines familles semblent être dans la rue depuis plusieurs générations. Les malades eux aussi sont nombreux.
Au milieu de cette misère, des centaines de pèlerins et de touristes sont en quête de découverte ou de divertissement. Les plus fortunés déboursent une centaine d’euros pour une nuit dans les hôtels les plus réputés de la ville. Les riches ne regardent pas les pauvres, les pauvres ne regardent pas les riches. Visiblement, cet écart de richesse accepté et la cohabitation de ces différentes classes sociales semblent convenir à tout le monde.
Quant à moi, je me sens coupable. Coupable d’être comme ces riches, qui osent se divertir au milieu de ce chaos, sans faire quoi que ce soit pour ces gens qui, face à nous, meurent de faim.
Pour renforcer mes doutes et mes appréhensions, la chaleur me met le coup de massue final. Depuis ce matin, comme tous les gens présents dans cette ville, j’avance dans les rues en me déplaçant d’un endroit ombragé à un autre pour éviter le contact direct du soleil. Suis-je de taille pour affronter autant de difficultés ? En plein été, rouler autant de kilomètres, au milieu d’une telle misère ? Ces questions me tiraillent, elles me remplissent de peur.
En fin de journée, alors que j’observe avec étonnement la grandeur et la beauté d’une église située en dehors de la zone touristique, un groupe d’enfants se dirige vers moi en courant. Ils sont une quinzaine et ont tous l’air plus heureux les uns que les autres. Nous échangeons quelques mots d’anglais sans trop nous comprendre, mais je n’ai qu’à utiliser mon klaxon trompette pour que la petite troupe se mette à rire aux éclats. Lorsque je m’en vais, ils m’accompagnent en courant et m’invitent à revenir demain. Leur joie est contagieuse, elle me réchauffe le cœur après cette triste journée. Je dépose à cet endroit même une partie de ma peine.
A 5 heures du matin, les chants religieux hindous me réveillent. Des haut-parleurs sont placés de part et d’autre dans la rue. Le volume est si élevé qu’il m’est impossible de me rendormir. Les dévots débutent leur journée par une prière, je débute la mienne par une méditation.
A 8 h 10, je me retrouve sur la même place que la veille. J’y suis enfin. L’heure du grand départ est arrivée. L’endroit est presque vide. J’observe ce qui m’entoure et je visualise ce challenge hors norme en silence. Mon premier voyage à vélo, de Toulouse à Copenhague, s’est déroulé un peu trop tranquillement. Il n’y a pas eu assez d’effort, de moments d’inconfort ou de peurs. Dans deux mois, je devrais être en plein cœur de l’Himalaya, à plus de 5 000 mètres d’altitude. Nul doute que cette aventure sera à la hauteur de mes attentes.
Les deux premières heures me procurent un profond sentiment de paix. Les paysages célestes de la veille me suivent. La température est déjà élevée, mais diminuée par l’air marin et le bleu de la mer qui m’émerveille. Après 30 kilomètres de côtes, me voilà dans les terres. La route est bordée de palmiers qui m’offrent de l’ombre. Il n’y a pas de circulation, uniquement des arbres, des champs et des oiseaux qui chantent.
Parfois, ces grandes étendues sont séparées les unes des autres par de petits villages. Les hommes reviennent de la pêche et les femmes, installées au bord de la route, vendent le poisson. Je me sens complètement libre, calme et présent, bien loin de mes préoccupations de la veille.
35 kilomètres plus tard, suant, mais en pleine forme, je m’arrête pour prendre le petit-déjeuner dans une cabane en bord de route. Quelques hommes sont présents, aucun ne parle anglais. Je commande des idlis, le seul plat végétarien que je connaisse. C’est un plat sain, riche en protéines, léger et facile à digérer. Il est constitué de petites galettes de riz blanc et de lentilles cuitent à la vapeur, accompagnées d’un curry de légumes et d’un chutney de noix de coco. C’est le petit-déjeuner parfait pour repartir encore plus en forme.
A 11 heures, il fait déjà 36 degrés, ressentis 41. Des gens de tout âge me saluent, certains ralentissent pour discuter, d’autres m’offrent de l’eau et des fruits. Les invitations à s’arrêter se succèdent, mais je les refuse les unes après les autres. Il me reste encore une cinquantaine de kilomètres et plus le temps passe, plus la température augmente.
A midi, je n’ai plus la forme du matin. Les 43 degrés ressentis m’affaiblissent chaque minute qui passe. Je suis en sueur de la tête aux pieds, le visage rouge et cerné, mon cœur est prêt à exploser à chaque changement de dénivelé. L’heure n’est plus à l’observation ou à la détente, mais à la concentration et à l’effort intense.
J’enchaine les courtes pauses pour me protéger du soleil et me réhydrater, mais cela ne suffit pas. A 13 h 30 je n’ai plus d’énergie, mon visage est fermé. Mon corps n’est pas habitué à cette chaleur et me le fait ressentir. Il ne reste que 30 kilomètres. En bonne condition physique, à 20 kilomètres à l’heure de moyenne, ce n’est qu’une heure et demie de plus à pédaler.
Un petit vent venant de face me donne de l’air en même temps qu’il me pousse à redoubler d’efforts. Je ne suis physiquement pas prêt pour cette épreuve, mais mentalement oui. Alors j’avance, coûte que coûte, la tête baissée, sans donner d’importance à mon corps qui me supplie d’arrêter.
A 16 heures, le calvaire cesse enfin. A bout de souffle, les cuisses, les mollets et les avant-bras brûlés par le soleil, traînant une intense migraine depuis plus de deux heures, j’utilise le peu d’énergie qu’il me reste pour monter l’escalier jusqu’à ma chambre. C’est la moins chère de l’hôtel, la seule à 10 euros la nuit, la seule sans climatisation. Pour me rafraîchir, je m’allonge sous le ventilateur à la sortie de la douche.
Trois heures plus tard, j’ouvre enfin les yeux. Je me sens plus en forme, suffisamment pour observer ce qui m’entoure. La chambre est minuscule, mais plus propre que celle de la veille. Depuis la fenêtre je ne vois que la mer et cette grande plage étendue sur plusieurs kilomètres, bordée de nombreux cocotiers. Regarder au loin ce lieu où le ciel rencontre la mer m’apaise. Ce qui était n'existe alors plus, j’oublie la pénibilité de cette journée et la paix me gagne à nouveau.
Comme chaque jour, l’un de mes moments préférés est celui du repas. Il rime avec surprises, nouvelles saveurs et nouvelles rencontres. Le réceptionniste m’indique la direction jusqu’à un dhaba2, le genre de restaurant populaire où l’on se sent comme à la maison. Celui-ci, comme de nombreux autres, est tenu par une famille. Les enfants au service, les parents en cuisine. En extension à la maison familiale, une grande salle à manger est bâtie à même le sol, entourée de plexiglas et de tôles pour protéger du vent et de la pluie. Une dizaine de tables sont recouvertes de nappes dépareillées et accompagnées de chaises en plastique.
Personne n’y parle anglais, mais le régime végétarien étant très répandu en Inde, je n’ai qu’à répéter « veg food » (nourriture végétarienne) pour que ma requête soit comprise. En quelques minutes on m’apporte un plat qui pourrait nourrir au moins deux personnes. C’est un meal, également connu sous le nom de thali dans le nord du pays. C’est le repas emblématique de l’Inde, connu pour être sain et copieux, constitué d’un assortiment de mets dont la composition varie d’une région et d’un restaurant à l’autre. Dans celui-ci s’associent merveilleusement du riz, des légumes, un curry de pois chiches, un chutney de coco, des crudités et un papad3.
De retour à l’hôtel, allongé sous le ventilateur, la fenêtre ouverte, l’estomac rempli et le cœur joyeux, je m’abandonne au bruit des vagues et ma nuit commence.
Dès 8 heures du matin, l’air est chargé à 70% d’humidité et la température ressentie dépasse les 36 degrés. La fatigue est encore présente, mais cette chaleur m’empêche de rester au lit. Je prends la journée pour me reposer.
Dans les rues, les chants hindous sont remplacés par les appels à la prière des musulmans. Récités d’une voix douce et pénétrante, ils me procurent un sentiment de paix. Toute la journée, ils rappellent aux pratiquants l’heure de prier, tandis qu’ils sont pour moi une invitation à la pleine conscience. Je mets de côté ce que je suis en train de faire et me déconnecte du mode de pilotage automatique pour donner, pendant quelques instants, de l’importance à ma respiration et mes sensations corporelles.
A midi, les rues sont presque vides. Il fait beaucoup trop chaud. Je m’arrête dans un dhaba dans le cœur historique de la ville pour déjeuner loin de l’agitation touristique. Lorsque je rentre, tous les clients me regardent. Il n’y a que des hommes, dont nombre d’entre eux avec de longues barbes. Le restaurant est sombre, le plafond noir de saleté, les murs bleus, seuls quelques faisceaux lumineux qui passent à travers des barreaux éclairent de manière naturelle la pièce. Les serveurs connaissent quelques mots en anglais, mais pas suffisamment pour m’expliquer ce qu’ils proposent à manger. A gauche de la pièce, se trouve un énorme buffet, sur lequel sont disposées de grosses marmites. Comme hier, je leur répète plusieurs fois « veg, veg ». Leur anglais est très limité et pourtant, remplis de gentillesse, deux serveurs, aidés d’un client, essaient tant bien que mal de m’expliquer ce qu’ils proposent. A plusieurs reprises, pendant le repas, le personnel et d’autres clients assis aux tables qui m’entourent s’assurent que tout se passe bien et font en sorte que je ne manque de rien. Si je m’étais arrêté à la première impression, j’aurais fait demi-tour dès mon arrivée dans ce dhaba. Lorsque j’en sors après un copieux déjeuner, j’espère de tout mon cœur avoir la chance de recevoir un tel accueil dans les prochains restaurants que je visiterai.
Ayant quelques réglages à faire sur le vélo, je pars ensuite à la boutique de Shihabudeen, le réparateur du quartier recommandé par l’un des serveurs.
Shihabudeen tient une boutique d’une dizaine de mètres carrés où sont entassés une trentaine de vélos dans un état pitoyable ainsi que des jantes, des pneus, des chambres à air et des outils en tout genre disposés un peu partout sur le sol. Le tout recouvert d’une épaisse couche de poussière. Shihabudeen trouve au milieu de ce bazar une chaise qu’il prend soin de nettoyer avant de m’y faire asseoir. Lui est assis au sol, sur une marche, au milieu d’outils rouillés, d’où il opère sa magie.
Google traduction nous permet de discuter et petit à petit, j’en apprends un peu plus sur cet homme. Si Shihabudeen est bien connu dans le coin c’est parce qu’à cinquante et un ans, cela fait déjà quarante ans qu’il répare les vélos du quartier. Ce magasin dans lequel nous nous trouvons, lui a été légué par son père, qui lui-même, l’avait reçu de son père. Il ne travaille pas pour économiser, mais pour nourrir sa famille au jour le jour. Au rythme de dix heures par jour et sept jours sur sept, c’est son travail qui ordonne sa vie. Ayant quitté l’école très tôt, il ne sait ni lire, ni écrire. C’est en me montrant d’un air timide une lettre non ouverte que je comprends comment épeler son prénom.
Lorsque nous parlons ensemble de choses positives, Shihabudeen finit toujours ses phrases par Allahu Akbar. Une mûre réflexion l’a-t-elle guidé vers la piété ? Ou cette orientation s’est-elle imposée à lui dans cet environnement islamique omniprésent, rappelé à longueur de journée par les prières diffusées par les haut-parleurs placés aux quatre coins du quartier ?
Après plus d’une heure et demie de discussion, c’est d’une accolade que je quitte Shihabudeen, avec mon vélo qu’il a pris soin de réparer. Il me faudra insister pour que cet homme, pauvre à l’extérieur mais si riche de l’intérieur, finisse par accepter la centaine de roupies que je lui dois. Si Dieu existe, qu’il entende ma gratitude pour cette rencontre qui marquera à jamais mon cœur. Aussi brève soit-elle, c’est ce genre de rencontre qui me procure une partie de la motivation dont j’ai besoin pour faire face aux difficultés que je croise.
Je passe le reste de la journée en terrasse, face à la mer, à lire et reposer mon corps qui est encore endommagé de la veille. Jusqu’à 16 heures, il n'y a personne sur la plage. Personne d’assez fou pour s’ébouillanter au soleil pendant le pic de chaleur. Ce n’est qu’en fin de journée que, petit à petit, les touristes sortent de leur hôtel climatisé pour aller profiter de la mer. Si le soleil est évité de tous aux heures chaudes, je dois alors, moi aussi, m'adapter à cette météo. Je décide donc de revoir mon organisation, afin de faire en sorte de ne plus pédaler après la fin de matinée.
5 h 30, le réveil sonne. La nuit n’a pas été bonne. La température n’est pas descendue en dessous de 27 degrés. Je me suis réveillé à plusieurs reprises à cause de la chaleur. La seule chose que je puisse faire pour me refroidir pendant ces moments est de prendre une douche et de me jeter dans le lit complètement trempé. En dessous du ventilateur, l’air me rafraîchit suffisamment pour me rendormir quelques heures, avant de me réveiller à nouveau.
C’est l’heure du lever du soleil. À gauche j’observe le vert des palmiers, en face le beige du sable, plus loin le bleu de la mer et en haut, le ciel recouvert d’un magnifique voile rose. Le décor est féerique, la contemplation d’une telle vue suffit amplement pour oublier toute fatigue et rancœur de la nuit. Trois bananes avalées, quelques fruits secs, cinq minutes d’étirements, cinq de plus pour ranger mon équipement, me voilà prêt pour attaquer cette nouvelle journée. Il est 6 h 10 au moment du départ, j’ai donc face à moi une fenêtre de sept heures, pour avaler les 82 kilomètres de la journée et arriver avant 13 heures à la prochaine ville étape.
À cette heure-ci, pédaler est agréable. Les routes sont désertes, le calme règne et en roulant à une vingtaine de kilomètres à l’heure, l’air qui caresse ma peau en est même plaisant. C’est le meilleur moment de la journée pour se balader et de nombreuses personnes en profitent pour sortir. C’est aussi l’heure où les quelques cyclistes du pays font leur sortie quotidienne. En Inde, le vélo est un moyen de transport très répandu. Mais dans ce pays où une grande partie de la population peine à subvenir à ses besoins, se balader à vélo pendant des heures est réservé aux classes supérieures qui ont le privilège d’avoir du temps libre pour se détendre et pour prendre soin de leur corps. Au croisement d’une rue, je rencontre l’un d’eux, Kumar, un haut gradé de la police avec qui
