9,99 €
"Passer l’été" nous précipite au coeur d’un été caniculaire, alors que la sécheresse et les feux de forêts font rage. Dans le jardin d’une maison familiale, on subit, dans l’impuissance et le repli, la brûlure de cette chaleur écrasante.
Page après page, ce sont les mutations profondes et inquiétantes de notre environnement qui apparaissent.
De tout être que l’on voit
arbre
ruisseau
roitelet
on se demande
s’il passera l’été.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Irène Gayraud est née à Sète en 1984. Elle est écrivaine, poétesse, traductrice et maîtresse de conférences en littérature comparée à Sorbonne Université. Elle est l’autrice d’un roman, "Le Livre des incompris" (Éditions Maurice Nadeau, 2019), et de quatre livres de poésie : "À distance de souffle, l’air" (Éditions du Petit Pois, 2015), "Voltes" (Al Manar, 2016), "Point d’eau" (Le Petit Véhicule, 2017) et Téphra (Al Manar, 2019).
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Seitenzahl: 20
Veröffentlichungsjahr: 2024
PASSER L’ÉTÉ
Irène Gayraud
Délaissant les grands axes, j’ ai pris la contre-alléeA. Bashung et J. Fauque
Paradoxalement, les institutions devraient garantir le droit à la fragilité des individus. Le droit, en somme, de ne pas renoncer à sa propre humanité…Roberto Scarpinato
© (éditions) La Contre Allée (2024)
Collection la sentinelle
Y arriba quemando el sol
Violeta Parra
Je ne parlerai pas de ce qu’il est trop facile d’imaginer en ce temps de croissante violence, ni même de ce qui hante nos songes ; mais de ce que j’ai vu dans les circonstances les plus claires et les plus banales.
Philippe Jaccottet
It can’t be summer, – that got through
Emily Dickinson
Juillet. Depuis début juin on attend
la pluie.
C’est peu de dire qu’elle ne vient pas.
On se souvient d’une phrase qui décrit
la première goutte de pluie tapant au carreau
comme un caillou
on se souvient
de la fin de cette longue phrase
longue comme une chute d’eau
de cette fin toute simple qui dit
« c’est la pluie »
et cela nous semble d’un autre monde.
On tambourine avec nos doigts
sur nos fronts fiévreux
pour retrouver dans nos crânes le bruit des gouttes drues.
On se prend à regretter l’hiver.
Le pommier au fond du jardin
largue tout ce qu’il peut
perd ses pommes encore vertes
ses feuilles jaunies.
C’est son dernier recours.
Nous
ce que nous perdons
c’est le monde lui-même.
Et l’été comme un poing nous écrase.
De tout être que l’on voit
arbre
ruisseau
roitelet
on se demande
s’il passera l’été.
Il a fallu couvrir le potager avec des draps
de vieux châles.
On les a tendus sur des piquets
et maintenus avec des pinces à linge.
Parfois à cause du vent
inflammé de ce juillet-là
les draps s’arrachaient.
On le voyait par la fenêtre et il fallait
sortir raccrocher tout ça sous le soleil
dans l’air ardent.
À chaque fois
la sueur en gouttes énormes
on vacillait
on respirait court
on croyait crever
pour ainsi dire.
C’est comme ça qu’on a sauvé les courges
les tomates les aubergines
et tout le reste.
Au moins pour cette fois.
Sous les draps
les abeilles continuaient à butiner
les chats se cachaient pour dormir
la terre soufflait un peu.
Sur les draps c’était si brûlant
on ne pouvait même plus poser la main.
L’air brûle en cramoisi en doré partout
un doré qui fait mal aux yeux
comme un éclat de lame.
On n’a jamais tondu l’herbe du jardin
