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Elle couche avec l'ennemi... Caitlyn devrait mépriser Lucas pour avoir menacé les affaires de sa famille, mais il y a quelque chose dans la nature dominante de Lucas qui réveille la soumise cachée en elle. Lucas ne mélange jamais le travail et le plaisir, mais cette règle est brisée lorsqu'il rencontre Cait. Le couple est bientôt plongé dans une aventure torride qui les obligera à choisir entre la loyauté familiale et l’amour.
Elle couche avec l'ennemi... La vie de Caitlyn se déroule sans accroc jusqu'à ce qu'elle se retrouve face à face avec un homme d'affaires impitoyable qui a l'habitude d'obtenir tout ce qu'il veut. Le problème est qu'il veut le Pat’s Pub et qu'il n'accepte aucun refus. Caitlyn devrait le mépriser pour avoir menacé l'entreprise familiale, mais il y a quelque chose dans la nature dominante de Lucas qui réveille la soumise cachée en elle. Ce qui devrait être une acquisition immobilière banale dérape rapidement lorsque Lucas rencontre la petite-fille du propriétaire. Habituellement, il ne mélange jamais les affaires et le plaisir, mais cette règle est brisée lorsqu'il rencontre Cait. Le couple est bientôt plongé dans une aventure torride qui les obligera à choisir entre la loyauté familiale et l'amour.
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Seitenzahl: 318
Veröffentlichungsjahr: 2022
L’IRLANDAIS SAUVAGE
TOME UN
Copyright © 2022 by Mari Carr
All rights reserved.
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Réalisé avec Vellum
Prologue
Sans titre
Sans titre
Sans titre
Sans titre
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Chapitre 1
Sans titre
Sans titre
Sans titre
Chapitre 2
Sans titre
Sans titre
Sans titre
Épilogue
Notes
À propos de l’auteur
Ce livre est dédié à Lexi Blake, qui, un soir, m'a gentiment faite asseoir dans un bar et m'a dit : "Tu sais, il est temps de créer une nouvelle génération d'Irlandais sauvages."
Et c’est tout ce qu’elle a dit …
- Raconte-moi encore l’histoire, Pop Pop, celle sur mon prénom.
Patrick sourit à l’enfant aux cheveux noirs, sa petite-fille adorée.
- Eh. Tu as entendu cette histoire des milliers de fois, ma puce. Tu ne préférerais pas m’entendre chanter ?
La petite fille glousse et secoue la tête, catégorique. Entre Patrick et Caitlyn, qui considère que la voix de son grand-père est trop chevrotante, c’est devenu une blague.
- Tu es sûre ? la taquine-t-il. Tu ne veux pas entendre ma Berceuse irlandaise ?
Il commence à chanter, mais il a à peine le temps d’entonner “too-ra-loo”1, qu’elle se bouche déjà les oreilles.
- Non. L’histoire ! L’histoire sur moi !
Keira, la fille de Patrick, l’avait sermonné la première fois qu'il avait raconté cette vieille histoire à sa fille, estimant qu’elle était un peu trop lourde pour une enfant de quatre ans.
Mais Caitlyn l’avait adorée, et elle voulait souvent la réentendre depuis.
- Très bien. Très bien. Mais mets-toi sous tes couvertures, avant.
Il gardait sa petite-fille pendant que Keira et Will passaient une soirée en amoureux. L’occasion ne se présentait pas si souvent, maintenant qu'ils avaient deux enfants à la maison.
Le petit frère de Caitlyn, Lochlan, dormait déjà dans son berceau et le regard ensommeillé de Caitlyn indiquait qu’elle non plus n’allait pas tarder à tomber dans les bras de Morphée.
Caitlyn se blottit sous sa couette La Belle et la Bête, où la belle princesse en robe jaune danse dans les bras de la Bête. Plus tôt dans la soirée, d’ailleurs, Patrick avait dû la faire danser de la même manière, interprétant le rôle de la Bête.
À l’exception de la faible lueur produite par la lampe de chevet, le seul point lumineux de la chambre était celui du petit aquarium situé au-dessus de la commode de Caitlyn. Un poisson d’un bleu éclatant y nageait. Grâce au bel aquarium que possède la ville, il n’est pas rare que les enfants de Baltimore adorent les poissons.
- Bien, comme tu le sais, commença Patrick, ton prénom est en fait un diminutif de Cathleen, et oh, cette Cathleen est une belle femme dans cette histoire, pas vrai ? Alors, il était une fois, deux méchants hommes arrivèrent en Irlande : ils étaient en mission pour le diable.
Dès le début de l’histoire, les yeux de Caitlyn s’ouvrent en grand, comme toujours. La petite fille aime les histoires qui font peur.
- Le diable est un méchant.
- En effet, il est méchant. Et à cette époque, il y avait la famine. Est-ce que je t’ai déjà dit ce qu’est la famine ?
- Tout le monde était affamé parce qu’il n’y avait pas de macaronis au fromage. Ni même de nuggets.
Patrick hoche la tête et sourit. C’est une petite fille brillante, mais qui ne peut pas concevoir le monde sans macaronis au fromage de la marque Kraft. Patrick n’arrive pas à comprendre pourquoi une telle perspective l’effraie tant. Même si son autre fille, Riley, dont les macaronis au fromage faits maison pourraient remporter des prix, piquerait une crise s'il lui avouait qu’il est lui aussi très friand de la boîte orange et bleue.
- Je suis triste pour les petits enfants affamés de ce pays. Ils devaient avoir mal au ventre.
Patrick ne doute pas une seconde que sa petite Cait soit destinée à accomplir de grandes choses, car non seulement elle est intelligente, mais elle a aussi de la compassion à revendre.
- C’est vrai, ils avaient très très faim et ils auraient bien aimé avoir un peu de ces macaronis au fromage que tu engloutis au dîner.
- Glouglou. Glouglou.
Caitlyn imite un dindon et glougloute pendant qu’il continue l’histoire.
- Alors, reprenons, le diable avait envoyé ces deux méchants hommes pour proposer un marché aux Irlandais affamés. Ils voulaient échanger leurs âmes contre de l’or.
- Et alors, ils seraient devenus riches et ils auraient pu manger tous les Happy Meals qu’ils voulaient, ajouta-t-elle.
- C’est ça. Mais est-ce que c’était une bonne chose pour ces pauvres gens ?
Elle secoue la tête, l’air sérieux.
- Non. C’est pas bien de donner son âme au diable, parce que c’est un grand méchant.
Exactement.Patrick survole certains détails de l'histoire, mais il se doute qu'en grandissant, Caitlyn finira par poser des questions sur le conte, pour mieux le comprendre. Pour l'instant, elle est heureuse de savoir qu'il y avait des méchants et...
- Et est-ce que Cathleen a vendu son âme au diable ?
Caitlyn crie, tout excitée :
- Non ! Parce que c’était une bonne personne.
- Et très intelligente, ajoute Patrick.
Caitlyn adore imaginer qu’elle est l’héroïne de l’histoire. Celle qui est destinée à sauver le monde.
- Raconte ce qu’elle a fait, insiste-t-elle.
- Quand Cathleen a réalisé ce que s’apprêtaient à faire les gens affamés, elle est allée à la rencontre des deux hommes et leur a dit qu’elle leur donnerait son âme en échange de celles de tout le pays.
- Parce que le diable voulait son âme plus que tout. Parce que c’était la meilleure. Et c’est comme ça qu’elle les a tous sauvés.
Patrick hoche la tête.
- C’est ça. Et comme ses actions étaient courageuses et altruistes, elle a été récompensée.
- Et le diable n’a pas eu son âme parce que Dieu est intervenu, il l'a attrapée et emmenée au paradis. Elle a pu s'asseoir sur les nuages avec les anges et manger tout le temps du gâteau et de la glace.
Patrick glousse en voyant à quel point Caitlyn embellit le conte à chaque fois qu'il le raconte. La dernière fois, la courageuse Cathleen avait pu chanter, danser et manger des tartines au beurre de cacahuète et à la confiture : il était clair que le paradis s’adaptait à ses goûts du moment.
- C’est ça, confirme-t-il. Elle a sauvé tous les Irlandais affamés et elle a été récompensée. Avec des gâteaux et de la crème glacée.
Le corps de Caitlyn se détend à la fin de l’histoire. Patrick se lève du rebord de son lit et se penche pour l’embrasser sur le front.
- Pop Pop, dit-elle, d’une voix que le sommeil alourdit.
- Oui, ma petit Caitie-bug ?
- Un jour, moi aussi, je sauverai les pauvres Irlandais, et quand je le ferai, je partagerai mon gâteau et ma glace avec eux pour qu’ils n’aient plus faim.
Patrick fait courir ses doigts le long de sa joue délicate.
- Lass2, je sais que tu le feras parce que tu es intelligente, courageuse et gentille.
Il lui fait un autre bisou sur le front, éteint sa veilleuse en forme d’étoile de mer, près de la porte, et quitte la chambre, priant silencieusement pour pouvoir vivre longtemps, car il espère pouvoir voir sa farouche petite-fille sauver les Irlandais.
Chapitre un
- Seigneur. Qu’est-ce qu’il fait ici ?
Caitlyn Wallace passe le pub en revue, à la recherche de l’homme qui aurait pu attirer l'attention de son cousin.
Ne repérant aucune personne notable, elle repose les yeux sur Colm.
- Qui, il ?
- Lucas Whiting.
Si Caitlyn n'a pas la moindre idée de ce à quoi peut bien ressembler Lucas Whiting, elle connaît son nom. Les Whiting sont à Baltimore ce que les Kennedy sont à Martha's Vineyard. Il y a très peu de biens dans la ville dont les Whiting ne possèdent pas de parts.
- Il est là ?
Colm hoche la tête, et désigne du menton une table du pub. Trois hommes dans de coûteux costumes sont attablés à boire des pintes de Guinness. Elle suppose que Lucas est celui qui est au centre. Il est plus âgé que les deux autres, a des cheveux gris, des yeux sérieux et autour de la bouche des sillons profonds qui indiquent qu'il ne sourit pas souvent. Ou peut-être même jamais.
- Il a l'air d'un millionnaire, non ? dit-elle.
Colm tourne sa tête, l’air perplexe.
- Tu crois ? J’ai toujours trouvé qu’il ressemblait plus à un joueur de rugby.
Caitlyn regarde à nouveau la table. De toute évidence, elle s’est trompée. Elle a arrêté de regarder après avoir posé les yeux sur le plus vieux.
- C’est lequel ?
Celui de droite, répond Colm, avant de traverser le pub.Il prend un tabouret et se met à parler à son père, Tris, oncle de Caitlyn et propriétaire du pub. Sans le rejoindre, Caitlyn reste près de l’entrée, à regarder l’homme de droite.
- Oh.
Colm avait raison. Lucas est beaucoup plus grand, plus large et plus musclé qu'elle ne l'avait imaginé. Pour une raison quelconque, elle imaginait une mauviette, plus élégante, sophistiquée, rasée de près, bien habillée, et du genre gratte-papier. Avec ses larges épaules et sa barbe ébouriffée, Lucas Whiting ressemble à un voyou. Il a l'air d'un type qui a pris part à plus d'une bagarre. Il lui donne aussi l'impression d'être le genre de gars qui fait craquer toutes les femmes.
Son premier coup d’œil ne s’était pas arrêté plus d'une fraction de seconde sur lui, parce qu’à voir cette carrure, son cerveau l’avait classé "garde du corps".
- Tu y crois, toi, qu’il est revenu ?
Caitlyn regarde sa cousine Ailis, qui fait le service, ce soir, au pub.
- Qui ?
Caitlyn se demande si elle a raté quelque chose.
- Lucas Whiting.
- Il est déjà venu ici avant ?
Ailis hoche la tête.
- Ouais, il y a un mois à peu près. Il a discuté avec Tris et Ewan, pour qu’ils lui vendent le bar. Ils ont rigolé et lui ont répondu qu’il perdait son temps. Il est parti et je crois qu’on pensait tous que c’était terminé.
- Pourquoi je n’ai rien su de tout ça ?
Ailis grimace alors que Caitlyn passe derrière elle pour que sa cousine puisse continuer à servir les consommations.
- Je suppose que tu devais encore être plongée dans une affaire quelconque. Et puis tu es tellement accro au travail, depuis l’an dernier et ta séparation avec Sammy. C’est difficile d’avoir toute ton attention.
Caitlyn ne perd pas de temps à argumenter sur ce point. C’est la vérité. Sammy aussi l’a accusée de vivre dans sa tête, et il a même essayé d’utiliser ça pour justifier le fait qu’il l’ait trompée, ce putain de trou du cul.
Elle repose les yeux sur la table de Lucas Whiting. Il ne discute plus avec les hommes assis avec lui. Il étudie le pub, ses yeux sombres et aiguisés observant tout ce qui l'entoure.
Caitlyn fait de même, essayant de deviner à quoi pense ce Lucas. Elle entend une seconde la mélodie de ce classique de Billy Joel, Piano Man. Bien qu'on soit vendredi soir, et pas samedi, les clients habituels sont de sortie et le pub est bondé.
Hunter Maxwell, un de leurs chanteurs réguliers, est sur scène avec une guitare et un harmonica. Il est bourré de talent, et Caitlyn sait que c’est une des raisons pour lesquelles l’endroit est si fréquenté.
Hunter est destiné à devenir une vedette. Elle en est tout aussi sûre qu’elle l’est du fait qu’Hunter n’est pas l’homme qu’il faut pour Ailis, mais ce détail échappe complètement à cette dernière, qui semble ne pas en être consciente, ou qui l’ignore volontairement. Ayant passé les dix-huit premières années de sa vie dans un bus de tournée pendant que Sky et Teagan faisaient vibrer le monde avec leur musique, Ailis est déterminée à vivre sa vie d'adulte dans une maison sans roues. Le problème, c'est qu’Hunter, lui, aimerait des roues, un grand bus, et la gloire tous les soirs dans une ville différente, comme les parents d'Ailis.
Caitlyn détourne son attention de la scène. Oncle Tris est au pub, parlant football avec Pop Pop qui est assis sur “son” tabouret, au milieu du long comptoir en acajou, entouré de ses amis ; certains sont presque aussi vieux que lui, mais pas tout à fait.
La plupart de ses propres amis restent bouche bée quand elle leur dit que son grand-père a quatre-vingt-deux ans : il a l’énergie d’une personne de vingt ans de moins. Il dit que c’est sa famille qui le maintient en forme et lui donne une raison de vivre. Tante Rile, elle, dit qu'il est trop curieux pour quitter cette terre avant d'avoir vu ce que deviendraient ses petits-enfants. C'est pour cela qu’elle est convaincue qu'il les enterrera tous. Caitlyn espère sincèrement que ce soit vrai, car elle ne peut imaginer le monde sans Pop Pop.
- Pop Pop est au courant de l’offre ? demande Caitlyn.
Ailis secoue la tête
- Non. Comme je te l’ai dit, ils ont refusé et il est parti. Comme ce n’était pas un problème, ils ont décidé de ne pas déranger Pop Pop avec ça.
Elle hoche la tête.
- Bien. Je ne voudrais pas que ça l’inquiète. Même si on dirait que ce n’est plus un problème.
- Je sais. Mais Riley avait dit qu’il reviendrait. Après tout, les Whiting se sont emparés de pas mal de propriétés dans cette zone. Ewan avait l’air de penser qu'ils l'avaient convaincu qu'ils ne vendraient pas, à aucun prix, mais maintenant...
Vu les regards sombres et menaçants que Tris lance à Lucas, il est évident que son oncle est sur la défensive, prêt à défendre le pub jusqu'à la mort. Même s’il ne mènera pas seul cette bataille.
Elle aperçoit Ewan et Riley, debout de l'autre côté de la grande ouverture entre le Pat's Pub et le Sunday's Side, le restaurant nommé en l'honneur de la grand-mère de Caitlyn, qui jettent le même regard mauvais à Lucas.
L'un des avantages, quand on appartient à une famille aussi nombreuse, c’est qu'il n'y a jamais moins de vingt personnes qui vous soutiennent. Lucas Whiting aurait été bien inspiré de digérer le refus initial et de passer à autre chose.
En pensant à ça, elle se retourne vers lui et découvre qu'il la fixe. Elle soutient son regard pendant un moment, puis détourne les yeux. Ce n'était pas un regard plaisant. Mais elle sent toujours le poids de ses yeux sur elle.
- Tu connais Lucas Whiting ? lui demande Ailis.
De nouveau face à sa cousine, Caitlyn secoue la tête.
- Non, pourquoi ?
- Parce qu’il te fixe. Et depuis un moment, d’ailleurs.
Caitlyn se force à regarder encore une fois derrière elle. Eh bien, Ailis dit la vérité. L'examen qu'il a fait du pub semble s'être terminé sur elle.
Elle ressent le besoin inexplicable d'échapper à ce regard lourd qui la déconcerte. Et, bon sang, qui l'excite. Elle ressent une excitation qu'elle n'a pas ressentie depuis des mois. Non, pas depuis des mois. Depuis un an.
Caitlyn fait de gros efforts pour chasser ce sentiment de malaise. Elle ne veut pas rester dans cet état d’esprit. Après la trahison de Sammy, elle a décidé de prendre une année sabbatique pour réparer son cœur brisé et se concentrer sur sa carrière, mettre de l'ordre dans ses priorités. Elle était restée avec Sammy pour de mauvaises raisons.
Deux mauvaises raisons, en fait.
La première est la même que pour toutes ses relations longues précédentes. L'amour. Caitlyn en a envie. Désespérément. Elle aspire à une relation comme celle de ses parents, ou de ses oncles et tantes. Elle veut rentrer tous les soirs à la maison auprès de la seule personne qui donne un sens à sa vie. Et elle le veut tellement qu'elle a essayé de forcer Sammy à jouer ce rôle. Elle a essayé de se convaincre que ce qu'ils partageaient était un grand amour durable. Tout comme elle l'avait fait avec Matt et Brad et... Chaque fois qu'une de ses relations avait échoué, elle avait été forcée d’affronter le fait qu'elle était tombée sur le mauvais homme. Un qui ne l'aimait pas autant qu'elle l'aimait, ou qui n'était pas aussi déterminé qu’elle à construire une vie de couple.
L'autre raison pour laquelle elle s'était accrochée trop longtemps à Sammy était nouvelle, par rapport à ses relations précédentes. Le sexe. C'était génial. Tellement, qu'elle avait voulu croire que le reste se passait bien. Alors que ce n'était pas le cas. Cette vérité lui était tombée dessus le soir où elle était rentrée plus tôt que prévu et où elle l'avait trouvé en train de se taper la prof de musique du collège, qui vivait en face.
Caitlyn avait fait ses valises et emménagé dans l'appartement au-dessus de l'entreprise familiale, le Pat's Pub, où elle partageait l'espace avec six de ses dix cousins. Tante Riley avait pris l'habitude d'appeler le deuxième étage le “dortoir Collins” depuis que plusieurs d’entre eux s’y étaient installés, et le nom était resté.
Elle essaie d'étouffer un bâillement. Sa famille va devoir se débrouiller seule avec Lucas Whiting. La journée a été très longue.
- Je suis crevée. Je pense que je vais monter me reposer un peu.
Après la fac de droit, elle avait choisi de travailler dans le secteur public plutôt que dans un grand cabinet. Elle avait commencé comme avocate au Baltimore Legal Aid, une société à but non lucratif qui fournissait des services juridiques gratuits aux personnes à faibles revenus, travaillant comme une folle pour un salaire dérisoire, mais acquérant de l'expérience.
Puis, lorsque son cousin Colm avait lui aussi obtenu son diplôme de droit, ils avaient ouvert leur propre cabinet, le Collins Law Firm. Collins était le patronyme de Colm, mais le nom du cabinet était plutôt un clin d'œil à leur cher Pop Pop, si fier d'eux et de leur “gros diplômes de droit si décoratifs”, comme il les appelle, qu'il en était presque mort d'émotion.
Pendant ces cinq dernières années, Colm et elle ont travaillé sans compter leurs heures pour se faire une place. Caitlyn s'est spécialisée dans les services aux personnes âgées, siégeant dans un comité local qui s'efforce de maintenir les citoyens âgés chez eux, tout en s'assurant qu'ils vivent dans un environnement sûr. La spécialité de Colm, en revanche, ce sont les services aux familles et aux enfants.
Leur cabinet a acquis la réputation de faire du trafic d'influence. Ce qui signifie qu'ils ne facturent que ce que leurs clients peuvent se permettre de payer. Sa mère, Keira, prétend que Colm et elle lui rappellent les médecins de la vieille école, échangeant leurs services contre des œufs ou un porc gras. Cette comparaison avait toujours fait rire Caitlyn, mais, il y a quelques mois, Colm a réellement accepté une truite fraîchement pêchée et une bouteille d'alcool distillé illégalement en guise de paiement. Elle a alors réalisé que les choses étaient devenues incontrôlables. Mais pas question pour eux de changer de politique. De toute façon, ils ont autant de clients qui peuvent se permettre de payer que d’autres qui ne le peuvent pas, et ils ne meurent pas de faim, donc tout va bien. Et les pauvres méritent une bonne aide juridique, autant que les riches.
- Tu redescends après ? demande Ailis.
Caitlyn hausse les épaules. Ailis s’inquiète pour elle. En fait, tout le clan Collins s’inquiète pour elle. Ces derniers mois, tous les membres de sa famille ont à un moment ou à un autre réussi à la prendre à part pour lui parler de son style de vie “ toujours travailler, jamais s’amuser ” et du fait que cette situation n'est pas saine. Ils ne lui disent rien qu'elle ne sache déjà, mais elle a trop de mal à rompre avec ce schéma.
Au début, le travail a été un remède à ses blessures. Aujourd’hui, c'est tout ce qu’elle a. Elle a trop peur de chercher l'amour, ou même simplement le sexe. Sa relation avec Sammy a été un désastre. Merde, ses trois dernières histoires d'amour longues se sont mal terminées, chacune lui a laissé le cœur brisé.
Elle commence à avoir peur de l’amour. Peut-être qu'elle n'est pas faite pour le mariage et tout ce qui s’ensuit. Évidemment, elle a envie de pleurer à chaque fois que cette pensée lui traverse l'esprit, alors elle la refoule.
- Caitlyn, l’appelle sa cousine.
Si je ne m’endors pas sur le canapé, je reviens dans une heure à peu près.Caitlyn jure d’essayer de tenir sa promesse, mais elle est épuisée, fatiguée jusqu'à la moelle, et elle n’est pas d'humeur à être entourée de gens ou de bruit ou...
Elle grogne doucement.
Sammy entre dans le bar.
- Sérieusement ? murmure-t-elle. Vie de merde.
Heureusement, il ne l’a pas encore remarquée.
Ailis grogne.
- Seigneur, il a grossi. Si Oncle Tris le remarque, c’est un homme mort. Je vais faire diversion pendant que tu t’échappes.
Depuis “la seule fois où il l'a trompée”, Sammy l'a appelée, lui a envoyé des messages et l'a harcelée sur les réseaux sociaux pour la supplier de lui pardonner. Au début, elle lui a dit d'aller se faire foutre. Puis elle l'a bloqué sur tous les réseaux. Quand il a réalisé qu'il ne pouvait pas l'atteindre par les canaux habituels, ce crétin lui a envoyé 20 dollars par Venmo1 parce qu'il a réalisé qu'il pouvait lui envoyer un long message avec l'argent. Elle a empoché l'argent, effacé le message sans le lire et menacé de lui coller une ordonnance restrictive s'il ne la laissait pas tranquille.
C'était il y a quatre mois. Elle pensait que la menace avait été suffisante, car depuis, il s'était tenu tranquille.
Caitlyn la remercie d'un signe de tête et se dirige à l'arrière du pub, vers la porte qui mène aux escaliers du deuxième étage. Elle a presque réussi son évasion quand quelqu’un lui bloque le chemin. Quelqu’un avec un torse très grand, large et puissant.
Elle ne se donne pas la peine de lever les yeux. Elle sait qui se trouve sur son chemin.
- Excusez-moi.
Elle essaie d'éviter Lucas Whiting, mais il accompagne sa trajectoire, ne la laissant pas passer. Elle lui lance un regard furieux.
- J’ai dit “excusez-moi”.
Bien que la plupart des affaires qu’elle suit se règlent dans des espaces de discussion, il arrive qu'aucun accord ne puisse être trouvé. Les salles d'audience ne lui sont donc pas inconnues. Avocate, elle maîtrise de nombreuses tonalités. Elle sait être conciliante, furieuse ou sympathique, selon ce qu'elle pense être le plus efficace sur le juge ou les jurés. À cet instant, son ton est purement irrité.
Veuillez m’excuser.Son visage ne reflète pas ses paroles. Il n’est pas désolé. Ce n’est pas non plus un voyou. Elle ne l’a vu que de loin, de l’autre côté de la pièce. De près, Lucas Withing appartient à une catégorie qu’elle n’a jamais croisée avant. Dans un monde où tu es soit sexy, soit pas, Lucas est entre les deux. Il est beau, mais terrifiant. Attirant, mais trop intense. Chaque trait agréable de son visage semble entaché de quelque chose, qu’elle pense être du pouvoir… ou peut-être de la faim.
Ses yeux profonds, couleur nuit, sont trop concentrés pour qu'elle puisse en apprécier la couleur. Sa mâchoire ciselée semble être un petit peu trop serrée. Et elle se demande s’il porte la barbe pour cacher son visage trop sérieux ou pour suivre la mode. Peut-être pense-t-il que ça le rend moins intimidant. Elle en rit presque à voix haute. Cet homme est l’intimidation incarnée.
Je me demandais si vous voudriez vous joindre à moi pour prendre un verre.Évidemment. Manifestement, Whiting sait qui elle est. La petite-fille du propriétaire.
Ce trou du cul pense sûrement qu’après quelques verres elle lui racontera tous les secrets de famille.
- Non, merci. Je partais.
Il fronce les sourcils et regarde derrière lui. Il indique l’autre côté du pub.
- La sortie est par là-bas.
Elle est à deux doigts de lui répondre “et moi j’habite par là” mais le doute la prend au dépourvu.
Peut-être qu’il ne sait pas qui elle est.
Oui. Mais …Caitlyn se demande comment faire. Si Lucas ne sait pas qui elle est, peut-être qu’elle pourrait l’utiliser. Elle pourrait accepter de prendre un verre, l'entraîner dans une conversation à propos du pub et sonder ses intentions.
Sammy la rejoint avant qu'elle ne puisse trouver la meilleure façon de mettre son plan à exécution.
- Tu es là.
Oubliant un instant Lucas Whiting, Caitlyn se retourne au son de la voix de son ex.
- T’as envie de mourir ?
- Ça fait des mois, Caitie.
- Ne m’appelle pas comme ça.
- Caitlyn, corrige rapidement Sammy, comme si sa correction pouvait avoir une conséquence positive.
Elle a atteint ses limites avec cet idiot.
- Je remplirai demain matin le formulaire d’ordonnance restrictive.
Sammy blêmit.
- Tu ne peux être encore fâchée contre moi. Je me suis excusé des milliers de fois. Et je suis vraiment désolé. Je me suis botté le cul tous les soirs depuis que tu es partie. J’ai merdé. Une énorme connerie. Je le sais. Ce qu’on avait… c’était spécial. Tu me manques. Nos …
Il marque une pause, et elle sait ce qu’il allait dire.
Le sexe. La baiser lui manque.
Wow, est-ce que c’est censé la faire se sentir spéciale ?
- C’est fini entre nous, Sammy. Je ne sais pas quoi te dire pour être plus claire. Retourne voir madame la prof de musique.
Sammy secoue la tête rapidement.
Non. Non. Je ne veux pas d’elle. Elle ne comprend pas. Elle n’aime pas ce que nous aimons, nous, dit-il en déglutissant bruyamment.Caitlyn rougit de colère, serrant le poing. Elle n’a jamais frappé personne avant, mais elle est prête à le tuer.
- Comment oses-tu …
- Je pense que vous devriez partir. La demoiselle vous a dit que c’était fini.
Caitlyn sursaute à l’intervention de Lucas. Elle avait supposé qu'il serait passé à autre chose dès le début de la scène de Sammy. Pour une raison étrange, la conscience de sa présence lui permet de se calmer. Elle est presque certaine qu’un de ses coups de poing ne laisserait aucune marque à Sammy, mais Lucas Whiting, lui, a l'air du genre à faire de sérieux dégâts. Et c’est exactement ce qu’elle veut.
Qui êtes-vous ?Sammy garde un ton assez neutre. Probablement parce qu'il est assez intelligent pour jeter un coup d’œil à Lucas et comprendre qu'il ne l’emporterait pas dans une bagarre.
- Je vais te dire qui je suis. Je suis ton pire cauchemar si tu ne sors pas de ce pub et si tu ne laisses pas cette femme tranquille.
Sammy cligne plusieurs fois des yeux, essayant sans doute de comprendre s'il a bien entendu ce qu'il pense avoir entendu. L'abruti la regarde pour demander de l'aide et il lui faut toute sa force pour ne pas lever les yeux au ciel.
- Rentre chez toi, Sammy. Et ne reviens jamais.
Sammy soutient son regard une seconde de plus, et elle sent ses poumons laisser échapper tout leur air. Il tourne enfin les talons et part.
Elle se retourne vers Lucas, souriant malgré l’agacement que lui cause cette situation.
- C’était quoi ça ? Vous avez imité Liam Neeson, une seconde ? Ou qui d’autre ? Je vais trouver. “Je suis ton pire cauchemar”, singe-t-elle d'une voix grave et menaçante.
Lucas ne la regarde pas, et ne relève même pas sa blague. Il continue à regarder la silhouette de Sammy qui s’en va.
Caitlyn voit son ex sortir du pub. Puis elle jette un coup d’œil vers le comptoir. Il s’est passé très peu de choses qu'oncle Tris n'ait pas vues ou entendues. Il la dévisage une seconde. Elle lui fait un clin d’œil discret pour lui faire savoir que tout va bien. Mais son visage reste impassible avant qu'il ne lui fasse un imperceptible signe de tête.
Il va la laisser tranquille, pour l'instant, du moins, mais elle est sûre et certaine qu’il la surveillera comme un faucon guette sa proie tant qu’elle parlera à Lucas Whiting.
Merci de m’avoir aidé, dit-elle à Lucas.Son regard glisse vers la porte de son appartement. Elle est toute proche de son pyjama et d’un verre de vin qu’elle pourrait siroter en regardant Lucifer à la télé.
- Mon attitude chevaleresque a-t-elle était suffisante pour vous convaincre de vous joindre à moi pour un verre ?
Elle pose les yeux sur la table qu’il occupait, surprise de la voir complètement vide.
- Qu’est-il arrivé à vos amis ?
- Ce sont des associés. Notre réunion est terminée. Ils sont rentrés chez eux retrouver leur femme.
Il fait un geste vers une chaise et elle cède. La fatigue fait place à la curiosité.
- Pas de femme pour vous ?
Il secoue la tête.
- Vous aurai-je invité à prendre un verre si c’était le cas ?
- L’idiot que vous venez de mettre à la porte venait me rejoindre chez nous après le travail. Puis un jour il a décidé que ce serait une bonne idée d’inviter une autre femme dans notre lit. Vous me pardonnerez si je ne fais pas facilement confiance.
- Je ne suis pas marié, ni fiancé d’ailleurs. Je ne vis avec personne et je ne suis engagé dans aucune relation.
Caitlyn se retrouve à essayer de déterminer l'âge de Lucas. Il a un de ces visages qui rend la devinette impossible. Inutile de se poser longtemps la question. On trouve beaucoup d'informations sur Internet. Elle pourra avoir la réponse sur son téléphone après une rapide recherche Google.
Divorcé peut-être ? demande-t-elle.Non plus.Elle réalise que leur conversation a dévié, et essaie de la ramener sur le sujet principal.
- Au fait, je me rends compte que je ne me suis pas présentée : je suis Caitlyn Wallace.
À l’annonce de son nom, l’expression de Lucas ne laisse rien paraître du fait qu’il le connaisse ou pas. S’il avait fait la moindre recherche sur le pub, il était certainement tombé sur le nom de sa mère.
Pop Pop et Grand-mère Sunday avaient élevé leurs sept enfants dans l'appartement du haut, celui que Caitlyn partage avec ses cousins, tout en gérant le pub et le restaurant en dessous. Quand les enfants étaient devenus adultes, Tris avait repris la moitié du pub avec Pop Pop, tandis que Keira Wallace, la mère de Caitlyn, avait continué à gérer le Sunday avec l’oncle Ewan.
- Lucas Whiting.
- Je sais.
Pour la première fois, elle remarque la trace d’un sourire sur son visage. Ça le rend presque humain.
- L’homme qui vient de partir … Sammy, ajoute-t-elle.
- Ex petit ami ou ex mari ?
- Ex petit ami. C’est une belle consolation de savoir que j’ai au moins été assez intelligente pour ne pas me marier avec lui.
- Il avait fait sa demande ?
Elle secoue la tête.
- En fait, non. Il ne l’a jamais faite.
Mais la dernière chose dont Caitlyn a envie de parler ce soir, c’est de Sammy. Surtout avec Lucas Whiting.
- Vous faites beaucoup de réunions d’affaires dans les pubs ?
Lucas hausse une épaule avec désinvolture.
- Ça dépend du business.
Hello, monsieur ‘Vague’. Elle essaie d’en savoir plus.
- D’accord. Alors ce soir c’était une affaire digne d’un pub ?
- Acquisition immobilière.
Cet enfoiré est doué. Il ne laisse échapper aucune information.
- Je peux vous ramener quelque chose à boire ?
Ailis regarde Caitlyn avec curiosité.
- Je prendrai une autre Guinness. Caitlyn ?
Pareil pour moi. Merci.Elle espère que sa cousine ne va rien dire qui pourrait révéler son identité. L’avocate qui est en elle est déterminée à découvrir la vérité dans les courtes réponses de Lucas.
Ailis attend une seconde encore, mais comme Caitlyn ne la regarde plus et ne dit rien de plus, elle se retourne et se dirige vers le bar.
- Je ne peux pas croire qu’il y ait encore beaucoup de biens immobiliers à Baltimore que votre famille n’ait pas déjà acheté.
Le regard de Lucas accroche intensément le sien.
- Il y a toujours plus à acheter.
Sa réponse l’agace pour plusieurs raisons.
- Et si quelqu’un ne veut pas vous vendre son bien ?
Ses yeux se plissent un tout petit peu. Quelqu'un de moins attentif ne l'aurait même pas remarqué, mais Caitlyn est accrochée à lui. Ses mots ont déclenché quelque chose. Merde. Elle a montré son jeu. Elle s’est dévoilée.
- Tout le monde a un prix.
Pas sa famille. Pas quand il s’agit de ce type de business. Ce n’est pas seulement le gagne-pain des Collins. C’est leur maison, leur héritage, et ils ont bien l’intention de le préserver pour les prochaines générations. D’une certaine façon, le pub est le battement du cœur de leur famille, ce qui les lie tous.
- Alors personne ne vous a jamais dit non ?
Pour la première fois, Lucas sourit. Caitlyn est secouée. Elle est partagée entre l’envie de fuir le loup affamé et celle de montrer son cou à la bête.
Oh merde.
Il se penche plus près d'elle, ses sombres yeux pénétrants ne perdant rien. Son expression semble dire qu'il sait qu'elle ne lui dirait pas non.
Son intimité se contracte et elle sent un filet d'humidité entre ses jambes. Mais qu'est-ce qui se passe ? Lucas lui jette un regard sexy et elle serait prête à arracher ses vêtements ? Il est vraiment temps de recommencer à sortir. Ses hormones ont décidé de faire leur retour... et de se venger ; et cela ne lui plaît pas du tout, surtout à cet instant.
Elle essaie d'imaginer à quoi Lucas ressemble sans sa chemise. A-t-il des tatouages ? Ses bras épais et musclés semblent faits pour l'encre.
- À quoi pensez-vous ? murmure-t-il.
Aux tatouages ? Il lui faut un moment pour arrêter de le déshabiller du regard et se rappeler sa question.
Elle lui demandait si quelqu’un lui a déjà dit non.
Je ne sais pas.Elle déteste le souffle coupé qu’elle discerne dans sa voix. Ses joues chauffent sous son regard intense et elle craint d’être en train de rougir. Lucas ne se soucie pas de cacher son attirance pour elle. Ses yeux descendent sur sa poitrine, et l’ombre d’un sourire réapparaît.
Elle détourne les yeux quand il devient impossible de cacher son propre désir malvenu. Malheureusement, en baissant les yeux, elle s’aperçoit que ses tétons pointent sous son chemisier. Ils se sont dressés dès qu'elle s'est assise à la table et a senti l'odeur de l’eau de Cologne musquée qu’il porte. Ce qui signifie que Lucas sait exactement l’effet qu’il produit sur elle.
- Les gens me disent non constamment, Caitlyn.
Elle lève les yeux, en se demandant si elle aurait la force de lui refuser quelque chose. Dans son esprit, elle l'imagine lui demander de se déshabiller, de s'agenouiller, de se pencher sur la table. Et vu ce qu’il éveille en elle, elle ne doute pas une seconde qu'elle s'exécuterait.
- Des gens, murmure-t-elle. Des femmes ?
La question glisse de ses lèvres.
Lucas ouvre les siennes pour parler, mais elle secoue la tête pour l'interrompre.
- Je ne voulais pas dire… peu importe.
Elle bégaye comme une idiote. Il est temps qu’elle se reprenne.
- Quand les gens vous disent non, quand ils déclinent votre offre, vous acceptez leur refus sans broncher ?
Lucas semblait vouloir répondre à son stupide lapsus. Elle lui est reconnaissante d’abandonner. Il incline la tête.
- Je ne renonce jamais. Comme je l'ai dit, tout le monde à un prix.
Caitlyn essaie de se souvenir de la dernière fois où elle s’est sentie si désemparée. Les années passées dans son cabinet d'avocats ont aiguisé ses compétences et sa capacité à tenir tête aux brutes les plus vicieuses. Le problème, c'est que Lucas, lui, ne lui semble pas être un tyran.
Il ressemble davantage - elle déglutit péniblement - à un dominant.
Et elle est terrifiée à l'idée qu'il puisse voir au fond d'elle et surtout qu’il puisse y découvrir ce qu’elle veut absolument cacher à Lucas Whiting.
Sa mère lui a dit un jour que la pire chose qu'une personne puisse faire est de cacher sa véritable personnalité, de nier qui elle est et d'essayer de dissimuler ce qui la rend belle, ce qui la rend spéciale.
Mais sa mère sait qui est Caitlyn. Elle le sait parce qu'elles sont pareilles toutes les deux. Elle en a toujours été consciente et a toujours essayé d'encourager très subtilement Caitlyn à accepter sa soumission, et même à s’en saisir, à ne pas la considérer comme une faiblesse.
Mais Caitlyn est en lutte perpétuelle avec sa propre capacité d’acceptation, et elle n'a jamais eu de difficultés à cacher cette caractéristique à presque tout le monde.
Jusqu'à maintenant.
Le problème c’est que Lucas la regarde de trop près. Son langage corporel, son port, la façon dont il se tient, Seigneur, tout en lui l'attire plus près du feu.
Elle serre ses jambes l'une contre l'autre, cherchant désespérément à arrêter la pulsation soudaine de ses muscles internes qui réclament ce dont ils ont besoin. Elle a besoin de se ressaisir, de se libérer de... peu importe de quoi. Lucas Whiting est l'ennemi, une menace pour les affaires de sa famille. Penser à sa famille l'aide à se reprendre.
- Je ne suis pas d'accord. Certaines choses ne peuvent tout bêtement pas être achetées. Même à n'importe quel prix.
Lucas ne prend pas la peine de lui répondre. Son expression froide indique clairement qu'il pense avoir raison et qu'elle a tort. Son attitude hautaine l’agace.
- Qu’est-ce que vous faites pour gagner votre vie, Caitlyn ?
- Je suis avocate.
- Au pénal ou au civil ?
Au civil, j’ai mon propre cabinet.Encore un peu et elle allait lui dire le nom de son cabinet, mais elle s’arrête juste à temps. Lucas n’a peut-être pas reconnu le nom de Wallace, mais il ne fait aucun doute qu’il risque de connaître celui de la famille Collins, propriétaire du pub.
- Un gros cabinet ?
- Non. Petit. Juste mon cousin et moi, même si nous avons récemment commencé à nous interroger sur l’opportunité d’étendre notre cabinet en recrutant un ou même deux avocats supplémentaires.
- C’est que les affaires marchent, alors.
- Oui. Elles marchent. On travaille avec des familles à faibles revenus et des personnes âgées.
- Je vois.
- Je m'occupe principalement des conflits de propriété, des problèmes des propriétaires et des locataires, d'immigration. Mon cousin, lui, gère ce qui concerne les divorces et les affaires de garde d'enfants.
- Donc vous n'êtes pas des chasseurs d’ambulances.
Elle secoue la tête et sourit.
- Non. Nous ne sommes pas des chasseurs d’ambulances.
Ailis revient et pose leurs pintes de bière sur la table. Tris doit avoir compris que Caitlyn prépare quelque chose, parce qu'en apportant des boissons à la table voisine de la leur, il a simplement dit qu'il viendrait les voir dans un moment.
S'ils comptent tous sur Caitlyn pour obtenir des informations, ils vont être cruellement déçus. Elle est en train de se planter. Et pas qu'un peu.
Elle jette un nouveau coup d’œil vers la porte de son appartement. Ce jeu du chat et de la souris la rend nerveuse. Et l’excite beaucoup.
