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Francis Bacon

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Beschreibung

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« Il est vrai qu’un peu de philosophie fait incliner les hommes vers l’athéïsme, mais une connaissance plus approfondie de la nature les ramène à la religion. »
Ce recueil des pensées philosophiques de Francis Bacon sur la religion nous permet de mieux comprendre cet éminent philosophe, père de l’empirisme. Son regard novateur sur la science posera les premiers jalons de la science moderne et inspirera les plus grands de Kant à Leibnitz. Bien que prônant la séparation de l’ordre de la science et de celui de la religion, ce grand penseur préconise la tolérance religieuse en affirmant que la superstition est plus désastreuse que l'athéisme qui, au moins, ne perturbe pas l'État.
 

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Veröffentlichungsjahr: 2019

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Pensées sur la religion

Francis BACON

Alicia Éditions

Il est vrai qu’un peu de philosophie fait incliner les hommes vers l’athéïsme, mais une connaissance plus approfondie de la nature les ramène à la religion.

Table des matières

CONSIDÉRATIONS SUR L’ATHÉISME.

LES PRINCIPALES CONSIDÉRATIONS PRÉCÉDENTES FORTIFIÉS ET DÉVELOPPÉES.

INCONVÉNIENTS DE L’INSTRUCTION DONNÉE AUX RAILLEURS ET AUX IMPIES.

MÉMOIRE DE L’IMPIE BIENTÔT DÉTESTÉE.

NATURE, OBJET ET BORNES DE LA THÉOLOGIE NATURELLE ; RECHERCHES SUR LES ANGES ET SUR LES DÉMONS, NON ÉTRANGÈRES À CETTE THÉOLOGIE.

DE L’IMMORTALITÉ DE L’ÂME.

HISTOIRE DES PROPHÉTIES ET HISTOIRE DES VENGEANCES DIVINES, PARTIE DE L’HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE.

CARACTÈRE DE BONTÉ DANS LES MIRACLES DU SAUVEUR.

CONFESSION DE FOI DE BACON.

CONTRADICTIONS APPARENTES DANS LES SENTIMENTS D’UN CHRÉTIEN.

PRIÈRE COMPOSÉE PAR BACON.

AUTRE PRIÈRE COMPOSÉE PAR BACON ET SA PRIÈRE ORDINAIRE.

PRIÈRE QUE BACON ADRESSAIT À DIEU AVANT SON ÉTUDE.

PRIÈRE QUE BACON ADRESSE ENCORE À DIEU EN TRAVAILLANT AU NOVUM ORGANUM.

EXTRAIT DU TESTAMENT DE BACON.

FONDEMENT DES GOUVERNEMENTS.

PERSONNAGES DE L’ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT QUI ONT VÉCU LONGTEMPS, ET LEUR CARACTÈRE.

MANIÈRE DONT LES HABITANTS DE LA NOUVELLE ATLANTIDE ÉTAIENT PARVENUS À LA CONNAISSANCE DU CHRISTIANISME.

LA CURIOSITÉ DE PÉNÉTRER LES DIVINS MYSTÈRES PUNIE DANS LA PERSONNE DE PENTHÉE.

ERREURS SUR LA VOLONTÉ DE DIEU : ERREURS SUR SA PUISSANCE : LES DERNIÈRES PLUS GRAVES QUE LES PREMIÈRES.

DIFFÉRENCE ENTRE LES VÉRITABLES CHRÉTIENS ET CERTAINS HÉRÉTIQUES ENTHOUSIASTES.

APOLOGIE DE LA SCIENCE CONTRE LE FAUX ZÈLE DE QUELQUES THÉOLOGIENS : RÈGLES QU’ON DOIT Y OBSERVER : ELLE NE CONDUIT POINT À L’ATHÉISME.

LA DIGNITÉ DE LA SCIENCE PROUVÉE PAR L’ÉCRITURE.

MÉPRIS DE CE MONDE : FRUIT DE LA SCIENCE.

HUMILITÉ DE L’ESPRIT AVANTAGEUSE POUR LES DÉCOUVERTES ; ET PRIÈRE ADRESSÉE À DIEU PAR BACON AU COMMENCEMENT DU NOVUM ORGANUM.

LES ERREURS DE L’HOMME, DANS LES SCIENCES MÊME, ONT LEUR SOURCE DANS SA VOLONTÉ.

NÉCESSITÉ D’ÉTUDIER LA NATURE AVANT D’INVENTER DES SYSTÈMES, FONDÉE SUR LA RELIGION.

LOI UNIQUE ET SOMMAIRE QUI RÉGIT TOUTE LA NATURE ; ELLE A DIEU POUR AUTEUR, ET SERA TOUJOURS INCOMPRÉHENSIBLE À L’HOMME.

ENSEIGNEMENT DE L’ÉCRITURE SUR L’ORIGINE DU MONDE CONTRAIRE À LA DOCTRINE DE QUELQUES PHILOSOPHES : INUTILITÉ D’UNE RECHERCHE SUR LA MANIÈRE DONT LE MONDE AURAIT PU ÊTRE FORMÉ.

LA MORALE SOUMISE À LA THÉOLOGIE.

CAUSES FINALES ET CAUSES PHYSIQUES ; ACCORD DES UNES ET DES AUTRES. PREUVES DE LA PROVIDENCE.

ÉLOGE DE LA RELIGION CHRÉTIENNE. CALOMNIE DE MACHIAVEL CONTRE LA RELIGION CHRÉTIENNE.

CONSIDÉRATIONS SUR L’ATHÉISME.

Il est plus facile de croire à l’Alcoran, au Talmud et aux histoires de saints les plus fabuleuses, que de croire qu’aucune intelligence ne préside à l’univers. Aussi Dieu n’a jamais fait de miracles pour convaincre un athée. Les œuvres ordinaires de la Providence suffisent pour sa conviction. Il est vrai cependant qu’un peu de philosophie fait incliner les hommes vers l’athéisme ; mais une connaissance plus approfondie de la nature les ramène à la religion. En voici la raison : l’homme qui considère les causes secondes séparées et désunies peut bien quelquefois s’y borner, et ne pas aller plus avant ; mais quand il vient enfin à considérer comment ces causes sont liées et enchaînées les unes aux autres, il est forcé de recourir à une providence et à une cause première, pour rendre raison de cette dépendance mutuelle et de cet admirable enchaînement.

Il y a plus, l’école la plus fortement inculpée d’athéisme est celle qui sert le plus à démontrer l’existence d’un Dieu ; je parle de l’école de Leucippe, de Démocrite, d’Épicure1; car il est beaucoup moins incroyable que quatre éléments sujets au changement, et une cinquième essence qui n’y est pas sujette, placés convenablement de toute éternité, aient pu, sans la direction d’un Dieu, produire cet univers, qu’il n’est incroyable qu’une multitude infinie d’atomes et de semences dispersés sans ordre dans l’espace aient pu, sans l’intervention d’un divin ordonnateur, produire ce même univers, et donner naissance à cet ordre admirable et à cette beauté dont nous sommes spectateurs.

L’Écriture dit : L’insensé a dit dans son cœur : Il n’y a point de Dieu2. Elle ne dit pas : L’insensé a pensé dans son cœur. Cet insensé se dit cela au dedans de lui-même, plutôt comme une chose qu’il désirerait être véritable, que comme une chose qu’il sente, et qu’il croie véritablement.

« Personne ne nie qu’il y a un Dieu, sinon celui à qui il importe qu’il n’y ait point de Dieu » : Nemo Deos non esse credit, nisi cui Deos non esse expedit ; et rien assurément ne prouve mieux que l’athéisme réside sur les lèvres seulement, et non pas dans le cœur, que la manie qu’ont tous ces prétendus athées de parler toujours de leur opinion. Cette manie indique assez qu’ils tremblent au-dedans d’eux-mêmes, et qu’ils cherchent à se rassurer un peu par l’approbation des autres.

On voit même quelquefois des athées qui, semblables aux chefs des autres sectes, travaillent à réunir autour d’eux des disciples ; enfin, ce qui est plus étonnant encore, on en a vu qui ont mieux aimé souffrir la mort que de rétracter leur opinion. Mais si ces derniers étaient persuadés qu’il n’existe point de Dieu, quel intérêt avaient-ils de le soutenir au péril de leur vie ?

On prétend qu’Épicure n’a enseigné qu’il existait quelques natures heureuses, qui se suffisaient à elles-mêmes et ne se mêlaient point du gouvernement de l’univers, que pour ne point se perdre dans l’opinion publique : qu’en tenant ce langage, il ne faisait que céder à la nécessité des temps ; mais qu’au fond il ne croyait pas qu’il existât de Dieu. Cette imputation ne me paraît pas assez bien fondée ; car voici une sentence d’Épicure, et qui est vraiment admirable et divine : Ce n’est point une profanation que de méconnaître les dieux du vulgaire ; mais c’en est véritablement une d’attribuer aux dieux les opinions du vulgaire. Platon lui-même n’aurait pas mieux parlé.

Il paraît de là que, quoique Épicure ait porté l’audace jusqu’à contester aux dieux l’administration de l’univers, il n’a pas pu la pousser jusqu’à contester leur nature.

Les Indiens occidentaux ont des noms pour leurs dieux particuliers ; mais ils n’en ont point pour signifier Dieu en général. Ils sont dans le cas où auraient été les païens, si, ayant dans leur langue les noms de Jupiter, Apollon, Mars, etc., ils eussent manqué d’un terme pour exprimer Dieu. Ce qui montre aussi que les peuples, même les plus barbares, ont la notion de la Divinité, quoique cette notion soit très imparfaite. Ainsi les sauvages mêmes se réunissent avec les philosophes pour combattre les athées.

Les athées spéculatifs sont bien rares. Un Diagoras3, un Bion, peut-être un Lucien et un petit nombre d’autres, voilà ce qui compose cette classe, bien moins nombreuse encore qu’on ne le pense ; parce que les défenseurs d’une religion ou d’une superstition qu’on attaque, s’attachent souvent et réussissent quelquefois à faire passer pour des athées leurs adversaires, qui ne sont pourtant pas sur ce point moins orthodoxes qu’eux.

Mais les plus grands athées sont les hypocrites qui traitent continuellement les choses saintes, et cela sans aucun sentiment de religion : en sorte qu’à la fin il est impossible que leur conscience ne se cautérise pas.

L’athéisme a différentes causes. La première, ce sont les divisions dans l’ordre de la religion, si elles sont en grand nombre. Une seule division n’aboutirait qu’à enflammer le zèle de l’un et de l’autre parti ; mais des divisions multipliées, en dégoûtant de la religion, conduiraient à l’athéisme. Une autre cause de l’athéisme, c’est la vie scandaleuse des prêtres quand elle en vient au point que saint Bernard avait en vue lorsqu’il s’écrie : Non est jam dicere : Ut populus sic sacerdos4 quia nec sic populus ut sacerdos. « On ne peut pas dire, comme on a dit autrefois : Le prêtre sera comme le peuple, parce qu’il ne sera pas même comme le peuple. »

Une troisième cause, c’est l’habitude de badiner et de plaisanter des choses saintes. Rien ne détruit plus sensiblement que cette habitude tout respect pour la religion.

Enfin on a remarqué que l’athéisme avait été plus commun dans les siècles où on avait le plus cultivé les lettres, surtout lorsque l’abondance et la paix régnaient en même temps ; car les adversités et les calamités ont l’avantage de tourner avec plus de force que toute autre chose l’esprit de l’homme vers la religion.

Ceux qui nient la Divinité détruisent tout ce qu’il y a de plus noble dans le genre humain. N’est-il pas effectivement certain que l’homme, par le corps, est semblable aux bêtes ? Si par l’âme il ne ressemble point à Dieu, il n’est alors qu’une vile et ignoble créature.

Les athées détruisent encore toute magnanimité et toute élévation dans la nature humaine. Jetez les yeux sur un chien : combien ne montre-t-il pas de générosité et de courage lorsqu’il se voit soutenu par son maître, qui lui tient lieu de Dieu ou d’une nature supérieure ! Ce courage est manifestement tel, qu’il ne pourrait jamais l’avoir à ce haut point sans sa confiance dans une nature meilleure que la sienne. Il en est ainsi de l’homme ; lorsqu’il fonde son espérance et son appui sur la providence et sur la grâce de Dieu, il tire de là une confiance, une force à laquelle la nature humaine livrée à elle seule ne pourrait jamais parvenir.

Ainsi l’athéisme, si digne de haine sous tous les rapports, l’est encore particulièrement en ce point, qu’il prive l’homme de la faculté qu’il a de s’élever au-dessus de la faiblesse humaine.

Ce que nous avons dit des individus se vérifie aussi dans les nations entières. Quelle nation égala jamais les Romains en magnanimité ? Or, écoulez ce que dit Cicéron : « Quelque prévenus que nous puissions être en notre faveur, pères conscrits, nous sommes forcés de convenir que nous ne l’avons point emporté sur les Espagnols par le nombre, sur les Gaulois par la force du corps, sur les Carthaginois par la ruse, sur les Grecs par l’habileté dans les arts, sur les Italiens eux-mêmes et les Latins par le sens exquis qui est comme propre et naturel à ce sol et à cette nation ; mais nous l’avons emporté sur tous les peuples et toutes les nations du monde par la piété et la religion, et par cette sagesse supérieure qui nous a fait reconnaître que cet univers était conduit et gouverné par la providence des dieux immortels. » Quam volumus, licet, patres conscripti, nos amemus ; tamen nec numeros Hispanos, nec robore Gallos, nec calliditate Pœnos, nec artibus Græcus, nec denique hoc ipso hujus gentis et terræ domestico nativoque sensu Italos ipsos et Latinus ; sed pietate ac religione æque ac una sapientia, quod deorum immortalium numini omnia regi gubernarique perspeximus, omnes gentes nationesque superavimus.

(Fideles Sermones ethici, politici, sire interiora rerum, cap. XVI.)

1Leucippe, né à Abdère, ville de Thrace, florissait vers l’an 500 av. J.-C. Selon lui, l’espace est rempli d’une matière réductible à des éléments simples, insécables, qu’il appelle pour cette raison atomes. Ces petits corps, se mouvant incessamment, se rencontrent, s’unissent, se séparent pour se rencontrer encore. Ainsi s’expliquent, sans l’intervention de qui que ce soit, et la formation de l’univers et les changements continuels dont il offre le spectacle.

Ce système a été admis, avec quelques modifications, par Démocrite, né à Abdère, vers l’an 470 av. J.-C., et par Épicure, né dans l’île de Samos (341 av. J.-C.). On voudrait aujourd’hui remettre en honneur les idées de Leucippe et d’Épicure.

2Psalm. XIII, 1.

3Diagoras, né dans l’île de Mélos, vivait vers l’an 400 av. J.-C. Une injustice, qui avait blessé son amour-propre, le jeta dans l’athéisme. L’Aréopage mit sa tête à prix à cause de ses impiétés. – Ilion, philosophe grec, florissait vers l’an 270 av. J.-C. D’abord disciple de Cratès, puis cynique et athée, il est connu par quelques sentences où se montrent également la bizarrerie, le bon sens et l’orgueil. Il mourut en demandant pardon de ses impiétés. – Lucien, sophiste grec, né à Samosate, en Syrie, vers l’an 127 de J.-C., fut d’abord rhéteur, puis philosophe de l’école de Pyrrhon. Il écrivit beaucoup contre les philosophes et les divinités du paganisme, sans épargner les chrétiens et leurs croyances.

4Isaïe XXIV, 2.

LES PRINCIPALES CONSIDÉRATIONS PRÉCÉDENTES FORTIFIÉS ET DÉVELOPPÉES.

L’insensé a dit dans son cœur : Il n’y a point de Dieu. Dixit insipiens in corde suo : Non est Deus.

Premièrement, l’insensé a dit dans son cœur. Le prophète ne dit pas, il a pensé dans son cœur ; c’est-à-dire, qu’au fond, il ne sent pas ce qu’il dit, il veut seulement le croire : il voit qu’il serait très intéressant pour lui qu’il n’existât point de Dieu : en conséquence, il s’efforce en toute manière de faire entrer cette idée de la non-existence de Dieu dans son esprit et de se le persuader à lui-même. Il s’étudie à la publier, à l’établir, à la soutenir comme un point de fait, un article accordé, un dogme véritable. Cependant cette étincelle de la lumière primitive qui nous découvre la Divinité subsiste encore ; c’est en vain qu’il s’efforce de l’éteindre totalement, et d’étouffer dans son cœur le trouble qu’elle y fait naître. Quand il avance donc qu’il n’y a point de Dieu, ce n’est pas le sens et la lumière naturelle qui dictent en lui ce jugement, c’est la corruption, c’est la perversité de sa volonté ; et il peut dire avec le poète comique : « Mon esprit s’est rendu à mon sentiment » : Tunc animus meus accessit ad sententiam meam ; comme si son esprit et lui formaient deux différents personnages. Ainsi, je le répète, l’athée dit bien dans son cœur, mais ne sent point dans son cœur qu’il n’y a point de Dieu 1.