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Je pensais ne jamais tomber amoureuse. J'avais parfaitement tort. En entrant à l'Université, Cami espère prendre un nouveau départ. Elle ne s'imagine certainement pas que celui-ci pourrait venir avec Alexander. Arrogant et séducteur, il représente tout ce que Cami déteste. Pourtant, aussi cliché que ça puisse être, elle est irrémédiablement attirée par lui. Elle le sait, elle le sent, mais elle le repousse. Avant d'aller de l'avant, Cami doit accepter les traces laissées par son passé. Comment accepter une relation si passionnelle quand elle s'empêche de vivre pleinement ? Alex n'a jamais couru après le grand amour. Enfermé dans une spirale infernale aux côtés de son frère, il n'a pas le temps pour ça. Pourtant, quand Cami le rejette, il commence à revoir ses positions. Et si elle était la nuance de bleu dans son ciel gris ?
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Seitenzahl: 513
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Aux femmes de ma vie : ma mère, ma sœur et mes grands-mères.
Je vous aime.
Et à toutes les autres à travers le monde :
Vous êtes belles.
Vous êtes fortes.
Vous y arriverez.
« You’re perfectly wrong for me.
And that’s why it’s so hard to leave. »
— Shawn Mendes
Playlist
Avertissement
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Épilogue Cami
Numéros importants
Remerciements
À propos de l’autrice
« Perfectly Wrong », Shawn Mendes
« Hurt », Christina Aguilera
« Us », James Bay
« Let Me Love You », Glee Cast
« I Love You », Woodkid
« At My Best », Machine Gun Kelly, Hailee Steinfeld
« Desire », Years & Years
« Best Years », 5 Seconds of Summer
« Crying in the Club », Camila Cabello
« Treat You Better », Boyce Avenue
« Kiss the Girl », Samuel E. Wright
« You Found Me », The Fray
« Cry Out », Loïc Nottet
« Sparkle », RADWIMPS
« Demons », Imagine Dragons
« Kiss You », One Direction
« Mum », Luke Hemmings
« Tempête », Angèle
« Sois tranquille », Emmanuel Moire
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Ce livre aborde des sujets qui peuvent heurter le lecteur. Si vous êtes sensibles à certaines thématiques, je vous invite à lire les trigger warnings ci-dessous :
Trigger warnings : Féminicide, violences conjugales, coups et agressions, relation toxique, crises d’angoisse, mention de viol, mention de suicide, stress post-traumatique.
« Allô… Jim… c’est moi.
Ce matin, je me suis réveillée avec une boule au ventre en réalisant que c’est mon dernier week-end à Portsmouth avant de partir pour l’Université. Je sais que je reviendrai ici, pour voir Jane et Gabi, mais c’est comme une page qui se tourne. Et j’espère ne trouver que du bon dans le prochain chapitre.
Je pourrais te dire que je n’ai que de beaux souvenirs dans cette ville, mais toi comme moi savons que c’est faux. Même si je pars en n’ayant que du positif en tête, les mauvais moments sont toujours là.
Car je n’oublie pas. »
❁
À la fin du mois d’août, je demande à Lily de me couper les cheveux.
Tandis que Rachel met à fond de la musique pop dans la chambre de Lily, cette dernière raccourcit mes cheveux blonds au niveau de mes épaules. Ce serait mentir de dire que j’ai décidé de me couper les cheveux sur un coup de tête — j’y ai d’ailleurs réfléchi tout l’été —, mais cela ne m’empêche pas de stresser à l’idée de voir le résultat final.
— Alors, c’est comment ? demandé-je à l’intention de Lily qui inspecte son travail fini.
— Magnifique.
— Vraiment ?
— Je confirme, intervient Rachel qui se laisse tomber dans un fauteuil poire et mange des Mini eggs1.
Je me lève et vais me regarder dans le miroir de la penderie.
Je pensais que mes meilleures amies n’étaient pas objectives, mais il s’avère que le résultat est vraiment bien. J’apprécie un moment ma nouvelle coiffure devant la glace avant de remercier Lily et de la rejoindre sur son lit.
— Nouvelle coiffure pour un nouveau départ, déclare Rachel en nous passant le paquet d’œufs en chocolat.
— On peut dire ça, réponds-je.
— J’ai hâte de commencer l’Université, ça va être génial !
L’enthousiasme de Rachel est contagieux. En grande optimiste qu’elle est, je ne suis pas étonnée qu’elle soit aussi excitée à l’idée de cette nouvelle vie qui nous attend. Pour ma part, j’ai encore cette angoisse nichée au creux de mon estomac. La seule chose qui me rassure face à cette inconnue est que mes deux meilleures amies entrent, elles aussi, à l’Université de Southampton.
— J’espère ! Dans tous les cas, je suis juste contente de quitter cette maison, dit Lily. Je crois que mes frères se sont passé le mot pour me rendre dingue tout l’été.
— C’est parce que tu vas leur manquer, assuré-je.
— Ils pourraient le montrer autrement. Je ne sais pas moi, avec des câlins et des bisous, pas avec des prank idiots. Je me suis retrouvée à trois reprises recouverte de farine, et une fois de chocolat en poudre, soupire-t-elle, ce qui nous fait rire.
Lily est l'aînée de triplés âgés de onze ans et, même si elle les aime plus que tout, je sais qu’ils lui en font voir de toutes les couleurs. C’est pour ça qu’elle a préféré emménager seule à la rentrée.
La question d’une potentielle colocation entre nous trois s’est longuement posée. Finalement, Lily et moi voulions voir si nous étions capables de vivre seules et avons préféré prendre une chambre chacune de notre côté. Rachel, quant à elle, a quand même choisi l’option « colocation », mais avec de parfaits inconnus.
— Je suis sûre que tu regretteras leurs bêtises, reprend Rachel.
— Pour l’instant, j’ai juste envie de me retrouver seule dans ma chambre d’étudiant, sans bruits, sans chamailleries et sans chocolat en poudre.
— En parlant de chambre d’étudiant, ça a été l’emménagement, Cam ? Contente d’avoir retrouvé ton futur chez toi ?
— « Chez moi » est un bien grand mot pour l’instant, mais oui sinon, ça a été.
Jane et Gabi, mes deux tutrices, m’ont aidée, la veille, à emménager dans ma chambre. La rentrée ayant lieu dans quelques jours, il était temps que je m’installe. Mon nouveau « chez moi » est actuellement rempli de piles de cartons et des quelques meubles inclus dans le logement.
— Et toi, tu as déjà rencontré tes colocataires ?
— Pas encore. De ce que j’ai compris, ils ne reviennent à l’appartement que lundi. Mais je leur ai parlé sur Whatsapp et je pense que je vais bien m’entendre avec cette petite bande. D’ailleurs, ils m’ont déjà proposé d’aller à une soirée. C’est l’avantage d’être en colocation avec des deuxièmes et troisièmes années.
— C’est clair. Tu penses pouvoir nous incruster à cette soirée ? demande Lily en oscillant ses sourcils.
— C’est possible. Tu me donnes quoi en échange ?
— Pourquoi il faut toujours que tu quémandes quelque chose ?
— Ce sont les affaires, ma chère. Alors ?
— Je te laisse prendre le dernier Mini eggs.
Lily tend le paquet vers Rachel qui inspecte l’intérieur avec dédain.
— C’est tout ?
Je regarde à tour de rôle mes amies d’un air amusé en me demandant comment cette négociation d’une extrême importance va se terminer.
— Je te laisse la dernière part de pizza lorsqu’elles vont arriver.
— Si c’est une pizza quatre fromages, c’est d’accord.
— Va pour une quatre fromages, alors.
— Rachel, tu es une mauvaise négociatrice, interviens-je en riant.
— Comment ça ?
— Je parie que Lily t’aurait laissé toute la pizza si tu avais un peu insisté.
— Eh ! ne lui donne pas des idées comme ça, s’offusque faussement cette dernière.
— Mince, j’aurais dû y penser ! s’exclame Rachel.
La fameuse pizza quatre fromages, ainsi qu’une chèvre-miel, sont livrées quelque temps plus tard. Nous décidons de nous installer dans le jardin pour dîner. L’air de cette soirée d’été est encore bien agréable malgré le soleil qui se couche à l’horizon.
Nous dévorons les pizzas en discutant de cette nouvelle aventure universitaire qui nous attend. Puis Lily propose de regarder Mamma Mia, aka notre comédie musicale préférée. Je crois que nous avons dû la voir plus d’une centaine de fois maintenant sans jamais s’en lasser.
J’aide Rachel à tirer un drap blanc entre deux arbres tandis que Lily installe le vidéo projecteur que j’ai apporté. Notre cinéma de fortune installé, nous nous enroulons dans des plaids et chantons en chœur les tubes d’ABBA.
Je grave ce moment de bonheur dans ma mémoire, me rappelant à quel point je suis chanceuse d’avoir Lily et Rachel. Je sais qu’un jour je serai capable de leur dire la vérité sur moi. Mais pas encore. Je veux profiter d’instants comme celui-ci sans que le poids de mon passé ressurgisse.
Le film terminé, nous remballons notre matériel et décidons d’aller nous coucher. Lily et Rachel s’endorment rapidement tandis que je fixe le plafond en essayant de trouver le sommeil. Dès que je ferme les paupières, de mauvais souvenirs s’infiltrent sous mon crâne. Des hurlements, des bruits sourds, des coups. Je m’agite en essayant de me sortir de ce mauvais rêve, mais je reste bloquée dans cette scène que je ne connais que trop bien. Je répète un mot en boucle.
Maman.
Son image me tord le ventre et me fait mal. Terriblement mal. Je l’appelle, mais elle ne m’entend pas. Elle ne m’entend plus. Je sens des larmes sur mes joues. Puis, finalement, je hurle. Je hurle à m’en brûler la gorge. Je pleure. Mon ventre, ma tête, mon cœur me font mal. Je vois mon père avant de finalement émerger de ce cauchemar.
Lorsque je me réveille, je suis trempée de sueur et je peine à retrouver une respiration normale. J’essaye de me calmer en silence pour ne pas réveiller Lily et Rachel qui dorment profondément sur les matelas à côté de moi. Je déglutis, maîtrise mon souffle.
Je me lève finalement et sors sur le petit balcon attenant à la chambre. L’air frais m’accueille et, enfin, je respire. Le froid s’abat sur mes joues inondées de larmes, mais la sensation est agréable. Je ferme les yeux, appréciant la brise sur mon visage. Je regarde la lune et les étoiles, me concentrant sur la luminosité de celles-ci pour penser à autre chose. En me tournant vers l’intérieur de la chambre, je me convaincs que je fais le bon choix en cachant la vérité à Lily et Rachel, en les éloignant de tout ça.
Quand je retrouve mes esprits, je décide de rentrer. Je me recouche et tente de me rendormir, en tenant à distance les cauchemars.
Malheureusement, mon sommeil a été rythmé par de mauvais rêves. En quittant Lily et Rachel en fin de matinée, je me sens fatiguée et la tête ailleurs. Même si j’aimerais rentrer à la maison et me recoucher, j’ai promis de retrouver Jane et Gabi pour déjeuner sur le port. C’est notre dernier jour ensemble avant mon départ pour Southampton.
Je rejoins les deux femmes au restaurant de fruits de mer où nous avons l’habitude d’aller, alors qu’elles sont déjà installées à une table face aux bateaux.
— Coucou, minha linda2 ! Alors, c’était bien chez Lily ? me demande Gabi. Je parie que vous avez encore regardé Mamma Mia.
Gabi nous connaît trop bien.
Je leur raconte alors la soirée, leur donne des nouvelles de mes amies et la conversation bifurque naturellement vers mon départ du lendemain.
— Tu es sûre que tu as pris tout ce dont tu avais besoin ? s’enquiert Jane. De toute façon, s’il te manque la moindre chose, tu nous appelles et nous te l’apporterons.
— J’ai tout ce qu’il me faut, ne t’inquiète pas. Et je pourrais toujours acheter ce qu’il me manque. Il y a aussi des boutiques à Southampton, tu sais ? me moqué-je gentiment.
— Je sais, je sais. C’est juste que ton départ m’angoisse, m’avoue ma tutrice.
— Il m’angoisse aussi, mais ça va aller, lui assuré-je. Je ne suis pas loin et je ne suis pas seule.
— Ça nous rassure vraiment que Lily et Rachel soient là-bas avec toi, reconnaît Gabi.
Toutes deux restent un instant silencieuses, échangeant seulement des regards complices qui me portent à croire qu’elles veulent me dire quelque chose. Et en effet, je ne m’y suis pas trompée.
— Je sais que ce départ signifie beaucoup de choses pour toi, ma chérie, commence Jane. Pour nous aussi. Gabi et moi voulions te dire à quel point nous sommes fières de toi et du chemin que tu as parcouru. Alors peu importe ce qu’il advient de ton année loin de nous, loin de Portsmouth. Peu importe si tu préfères revenir à la maison parce que c’est trop dur ou, au contraire, que tout se déroule parfaitement et que tu souhaites rester là-bas encore longtemps. Nous serons toujours là et nous te soutiendrons quoi que tu décides de faire. Pense uniquement à toi, à tes besoins et tes souhaits, parce que c’est le plus important. D’accord, ma puce ?
J’ai la gorge nouée face au discours de Jane. Ses mots résonnent dans ma tête et me réchauffent le corps. J’attrape les mains de mes tutrices par-dessus la table, les serre fort, leur signifiant par là à quel point elles vont me manquer.
— Merci d’être là pour moi.
Mon cœur se serre en me disant que c’est la dernière fois que nous déjeunons ici toutes ensemble avant bien longtemps. Nous n’avons jamais été séparées en cinq ans. C’est une première fois qui me fait plus mal que je ne le pensais. J’ai l’impression de les trahir en partant ainsi, mais nous savons toutes les trois combien il est important que je prenne un nouveau départ, et ce, loin de cette ville.
Le serveur choisit ce moment pour venir prendre nos commandes. Comme d’habitude, nous optons pour le plateau de fruits de mer à partager, ainsi que trois limonades.
Nous finissons par changer de sujet, voyant que l’ambiance tourne à la morosité. Nous discutons de nos prochaines retrouvailles, de ce que Jane et Gabi vont faire en mon absence, des cours qui m’attendent. Elles m’interrogent également sur Teddy, mon meilleur ami.
— On n’a pas encore eu le temps de s’appeler. Il est débordé par sa pré-rentrée, leur expliqué-je.
Teddy est parti en début de semaine pour Oxford où il suit un programme de sept jours pour se préparer à l’année chargée qui l’attend. Nous avons échangé quelques messages, sans plus.
Je suis reconnaissante au serveur qui nous apporte notre repas, me permettant d’évincer le sujet « Teddy » dont la présence me manque déjà. Nous déjeunons dans un silence réconfortant, avec le bruit des mouettes et du roulis de l’eau en fond. Je profite de ce moment pour ne penser à rien, ni à la rentrée, ni à Teddy, ni à Jim. À rien.
J’écoute Jane me raconter sa réunion des professeurs, ris aux blagues de Gabi et me délecte de mon repas. J’aimerais mettre cet instant sur pause et y rester plongée encore un moment. Parce que je sais ce que je quitte en partant de Portsmouth, mais je ne sais pas ce qui m’attend à Southampton. Et cet inconnu m’inquiète.
1Mini oeufs en chocolat de la marque Cadbury
2« Ma belle », en portugais
« Jim, c’est encore moi.
Aujourd’hui est un jour particulier car j’entre à l’Université de Southampton.
J’imagine que si tu avais été quelqu’un d’autre, tu aurais été fier de moi. Tu m’aurais préparée pour ce jour si spécial en me donnant des conseils sur les cours, sur le campus, sur mes fréquentations, peut-être sur les garçons… Tu m’aurais aidée à faire mes cartons et tu m’aurais accompagnée jusqu’à ma nouvelle chambre universitaire. Tu m’aurais souhaité bonne chance, me disant que tu serais toujours là s’il y avait le moindre souci, et que je pourrais revenir à la maison si nécessaire. Tu aurais été quelqu’un de bien.
Je ne sais pas pourquoi je continue d’imaginer des scénarios différents quand la réalité n’est rien.
Peu importe… Le plus important est que cette rentrée marque le début d’une nouvelle aventure pour moi.
Et j’espère enfin t’oublier. »
❁
En ce dimanche matin ensoleillé, je suis en route pour Southampton, mon dernier carton d’affaires posé à côté de moi sur la banquette arrière du taxi.
Même si je les ai quittées il y a seulement une demi-heure, Gabi et Jane m’ont déjà envoyé plusieurs messages remplis d’amour et de bons sentiments. Elles me souhaitent bon courage pour la rentrée, mais surtout pour le rangement qui m’attend.
Quelques minutes plus tard, je pose le dernier carton sur le sol de cette chambre qui va devenir mon refuge pour les trois ans à venir. Elle manque de décoration et les piles de cartons s’y entassent, mais elle me plaît déjà.
Je me décourage face à l'ampleur du rangement qui m'attend maintenant et me laisse aller sur mon lit. Je flâne quelques minutes, fixant le plafond, quand je sens mon portable vibrer dans la poche avant de ma salopette.
— Meuf, t’es arrivée ? me demande directement Rachel lorsque je décroche.
— Oui, tout juste. Et toi ?
— Oui, je suis arrivée il y a une heure, mais j’en ai déjà marre de déballer mes cartons. Ça te dirait qu’on aille prendre un café en ville ? On pourrait découvrir le centre-ville par la même occasion.
— Avec plaisir ! Ça me fera une excuse pour ne pas me mettre au rangement.
— Ravie de te servir d’alibi ! plaisante-t-elle. Lily n’arrive que ce soir, du coup ce sera seulement nous deux.
— Ça marche. On se retrouve directement en ville ?
— Oui, à tout de suite.
Après avoir raccroché, je délaisse déjà mon petit appartement et me rends dans le centre de Southampton à vélo. Rachel m’a envoyé l’adresse d’un petit café qu’elle a envie de tester. Je l’y retrouve une quinzaine de minutes plus tard.
Nous passons commande au comptoir — un thé glacé à la pêche pour moi et un café latte pour Rachel — puis nous donnons nos noms à la serveuse qui les note sur deux gobelets. Je laisse le soin à Rachel d’aller nous chercher une table sur la terrasse extérieure et j’attends pour récupérer nos boissons. Une fois prêtes, je me saisis des deux gobelets et me dirige vers la sortie quand une main se glisse sur mon épaule. Je sursaute à ce contact et sens mon cœur battre la chamade dans ma poitrine.
Ce n’est rien,
ce n’est rien,
tout vas bien, tenté-je de me rassurer en peinant à retrouver une respiration normale.
Pourquoi est-ce que je me mets encore dans tous mes états pour un simple effleurement ? Ça ne s'arrêtera donc jamais ?
Dans ma panique, je me rends compte que j’ai lâché mon thé glacé. Le café de Rachel est sauvé, mais ma boisson est écrasée à mes pieds.
— Oh merde, je suis désolé. Je ne voulais pas t’effrayer, déclare le jeune homme face à moi. Est-ce que ça va ?
Je retrouve mon calme peu à peu et prends le temps de regarder mon interlocuteur. Le type, qui ne semble pas plus âgé que moi, me dépasse d’une bonne tête, si bien que je dois me tordre le cou pour l’observer. Il a un visage carré, le teint clair et des cheveux bruns en bataille. Ses yeux, d’un gris presque transparent, me regardent avec tant de culpabilité que je ne lui en veux déjà plus de m’avoir touchée.
— Je crois que tu as pris le gobelet de… euh… mon amie, continue-t-il en me montrant du doigt la dite amie qui l’attend de l’autre côté du café, le nez plongé vers l’écran de son téléphone.
Il soulève le gobelet qu’il tient où s’étale le prénom de Rachel. Ce n’est qu’à ce moment-là que je me rends compte que le mien dit « Raquel ».
— Effectivement. Désolée.
— C’est plutôt à moi de m’excuser pour t’avoir fait peur. Je peux te repayer ta boisson pour me rattraper ?
— Euh… oui, d’accord.
Sur ces mots, nous retournons au comptoir où je m’excuse directement à la serveuse pour la boisson renversée, laquelle a déjà envoyé un de ses collègues nettoyer l’incident. L’inconnu repasse alors commande pour mon thé glacé avant de me demander le prénom à inscrire sur le gobelet.
— C’est Cami, C-A-M-I.
— Ok, Cami, C-A-M-I, répète-t-il avant de l’indiquer à la serveuse.
Il paye ma boisson puis reste avec moi le temps que celle-ci arrive. Nous patientons dans un silence gêné et je me demande pourquoi il a décidé d’attendre avec moi. Je détaille la carte des collations affichée au-dessus du comptoir puis glisse un oeil vers lui. C’est à ce moment-là que je remarque qu’il m’observe aussi. Lorsque nos regards se croisent, il m’offre un sourire qui illumine son visage. Il s’apprête à dire quelque chose, mais est interrompu par l’arrivée de son amie.
— Tu en mets du temps, déclare la jolie rousse en se penchant vers l’inconnu pour lui déposer un baiser sur la joue.
— Ouais, désolé, il y a eu un petit accident de thé glacé.
Elle soulève un sourcil face à cette explication puis hausse les épaules avant de replonger dans son téléphone. Finalement, ma boisson tant attendue arrive.
— Bon, et bien merci, pour la boisson, dis-je d’une voix maladroite.
— De rien. Et encore désolé pour tout à l’heure.
— Ce n’est rien.
Ni l’un ni l’autre ne savons comment clore cette conversation. Je fixe mes pieds, mal à l’aise, avant de sentir le regard de l’inconnu sur moi. Lorsque je relève la tête, je constate qu’il me sourit.
— Et bien, bonne journée Cami C-A-M-I.
— Merci, à toi aussi.
Je le quitte, tenant fermement mes deux gobelets et me glisse sur le siège en face de Rachel, à l’extérieur du café.
— Désolée pour l’attente, j’avais échangé ta boisson puis j’ai renversé la mienne.
Je ne prends pas la peine de lui raconter toute l’histoire, bien trop longue pour le peu d’intérêt qu’elle a.
— Ah mince. Et ne t’inquiète pas pour l’attente, je me suis occupée.
J’observe Rachel prendre une gorgée de son latte quand mon regard coule par-dessus son épaule et se pose sur l’inconnu qui s’éloigne dans la rue, un bras nonchalamment posé sur Raquel.
Je me reconcentre sur ma meilleure amie et sur son téléphone qu’elle me tend où s’affiche une photo Instagram d’une fille avec des taches de rousseur, un visage mat et des cheveux coupés courts qui bouclent sur son front.
— C’est qui ?
— Ma nouvelle colocataire, déclare Rachel fièrement. Enfin, l’une d’eux.
— Très jolie. Tu as rencontré tes colocataires, alors ?
— Seulement elle. Elle s’appelle Emiliana, mais elle préfère Emi, explique-t-elle avec un grand sourire tout en regardant la photo d’Emi.
C’est clair, Rachel a un crush.
— Emi. Et bien, j’ai hâte de la rencontrer.
— Tu pourras dès demain soir puisque j’ai réussi à vous incruster à la soirée dont je vous parlais vendredi.
— C’est vrai ? Super ! Par contre, tu as dit demain soir ? C’est la veille de la rentrée.
— Et c’est pour ça qu’elle s’appelle la « soirée de pré-rentrée ».
— C’est plutôt logique, ris-je. J’aurais bien aimé me reposer demain soir pour être en forme pour notre premier jour.
— Oh allez, Cami, tu ne peux pas dire non à ta première soirée universitaire.
— Je ne peux pas ? demandé-je en faisant les yeux doux à ma meilleure amie.
Elle croise ses bras sur sa poitrine.
— Non, tu ne peux pas, rétorque-t-elle sur un ton faussement sévère. Je suis ta capitaine de soirée et je refuse que tu manques celle-ci. Lily a déjà accepté, elle.
— Ok, Capitaine, alors j’en suis.
— Yes ! J’ai hâte, ça va être super !
— Si tu le dis.
Nous trinquons nos boissons à cette conclusion.
Plus tard dans la journée, je déballe mes cartons en écoutant du Shawn Mendes. Je sors en priorité mes affaires scolaires — stylos, surligneurs, feuilles, et des tonnes et des tonnes de carnets — installe quelques vêtements dans ma penderie et range mes affaires de toilette dans la salle de bain. Je continue sur le même rythme pendant plusieurs heures, aménageant chaque partie de mon petit appartement. Il reste très sommaire, mais fonctionnel. La pièce principale est composée d’un canapé-lit, d’un bureau, d’un placard, d’une petite table et d’une kitchenette. J’ai vite recouvert les murs blancs d’affiches encadrées et de photos de Rachel, Lily et Teddy. Les quelques plantes que m’ont offertes Jane et Gabi habillent cette pièce.
Avec mon ukulélé à sa place près de mon lit, mon rétroprojecteur branché et mon exemplaire des Misérables sur ma table de nuit, je commence à retrouver un peu de ma chambre de Portsmouth. Il me faudra du temps avant de trouver mes marques ici, mais y amener un peu de chez-moi m’aide à m’y faire.
Au bout de trois heures de rangement, je suis épuisée et décide d’en rester là pour aujourd’hui. Pour me récompenser de cet effort, je me fais livrer Chinois. Installée dans le cocon de mon lit, je déguste ce premier repas qui a le goût d’indépendance en regardant Your Name sur l’écran de mon projecteur.
Après le film, je sens les retombées de l’intensité de cette journée, si bien que je m’endors en quelques minutes. Et pour la première fois depuis des mois, mes rêves ne sont pas remplis de cauchemars.
Le réveil me déboussole. Je prends quelques secondes à réaliser où je suis. Puis je me souviens : un nouveau départ.
Je passe ma journée à finir de ranger tous mes cartons. J’ajoute quelques décorations ici et là — une guirlande lumineuse, un vase rempli de fleurs séchées, des bougies parfumées — avant de préparer mon sac pour la rentrée. Je remplis mon Kanken de cahiers de notes, trousse, agenda et carte de bus, le tout déposé soigneusement dans mon entrée.
Je suis en train de regarder des vidéos de pingouin sur Youtube quand mon portable sonne.
— Salut Jane.
— Salut ma chérie. Je venais aux nouvelles.
— Rien de bien nouveau depuis hier. Tu n’as pas à m’appeler tous les jours, tu sais ?
— Je sais, désolée. Mais ça m’angoisse de te savoir seule dans ton appartement.
— Je vais bien. Je n’ai eu la visite d’aucun serial killer.
Je l’entends rire à l’autre bout du téléphone.
— Me voilà rassurée, confirme-t-elle. Tu t’en sors avec tes cartons ? Si tu as besoin d’aide, nous pouvons venir en urgence ta mè… Gabi et moi.
— Non, ne t’inquiète pas, je m’en occupe. J’ai fini de tout déballer. Et puis, il faut bien que je commence à apprendre à vivre par moi-même.
— Je sais, répète-t-elle.
Elle marque une pause. Je peux sentir dans ce silence qu’elle aimerait que j’ai encore besoin d’elle, et c’est le cas, mais je dois aussi apprendre à me débrouiller seule.
— Oh attends, Gab veut te parler, finit-elle par dire avant que la voix de Gabi ne sorte du combiné.
— Coucou minha linda, alors, cette première approche de l’Université ? Tu as retrouvé les filles ? Tu as rencontré des garçons ?
— Eh ! Arrête de l'embêter avec les garçons, intervient Jane en fond.
— Je ne l'embête pas, je l’interroge, rétorque Gabi. Alors, tout va bien ?
— Oui, oui. J’ai vu Rachel hier et je les retrouve elle et Lily ce soir. On va à une soirée de pré-rentrée.
— Première soirée universitaire ! Profites bien, minha que-rida3 !
— Contem comigo4 !
Je coupe ce bref appel. Les avoir au téléphone, même quelques minutes, m’a fait du bien. Je me sens motivée à la perspective de cette nouvelle vie car je sais que je peux compter sur ces deux femmes, peu importe la distance qui nous sépare.
Après avoir raccroché, je décide d’aller prendre l’air et me rends sur le campus en vélo
Je me sens ridiculement petite face à ces grands bâtiments qui composent l’Université de Southampton. Je continue de me balader sur le campus en m’imaginant profiter de chaque endroit avec Lily et Rachel. Arrivée devant la Harley library, je prends un selfie et l’envoie à Teddy.
Bien arrivée à l’Université et j’ai déjà trouvé mon endroit préféré !
Sa réponse ne tarde pas à arriver.
Super, C ! J’ai hâte de venir te rendre visite sur le campus. Ou que tu viennes me voir à Oxford, tu adorerais !
Dans le même temps, je reçois un message de Rachel me disant qu’elle et Emi passeront me chercher dans une heure. Malgré mon envie d’explorer davantage le campus, je retrouve le chemin de ma chambre, bien décidée à me préparer pour la soirée qui m’attend.
La dernière soirée à laquelle j’ai participé a été la fête de remise des diplômes et, entre nous, j’ai seulement un vague souvenir de la fin de celle-ci. J’ai appris deux choses à cette soirée, 1) je ne tiens pas l’alcool et 2) je dois donc me contenter de boire de la bière en quantité limitée avec du sirop.
Malgré mon envie de mettre le paquet pour cette première soirée universitaire, mon choix vestimentaire se porte finalement sur la simplicité et le confort.
Me voilà donc habillée d’une robe noire à fine bretelle que j’ai enfilée sur un tee-shirt blanc. J’applique une couche de mon rouge à lèvres préféré, avant d’attacher mes cheveux en une queue-de-cheval. Je ne peux m’empêcher de jeter un coup d'oeil dans le miroir. Satisfaite du résultat, j’envoie un « Prête » à Rachel qui m’annonce qu’elles ne vont pas tarder à arriver.
En effet, quelques minutes plus tard, je retrouve les deux filles en bas de mon immeuble.
— Camiii ! hurle Rachel depuis le siège passager dès que je me suis glissée l’arrière de la voiture.
— Salut toi ! Et salut Emi. Merci de nous avoir invitées et de nous emmener, dis-je à la jolie brune qui se trouve derrière le volant et que je reconnais de la photo Instagram.
— Avec plaisir ! J’aime rencontrer de nouvelles têtes. Et puis, Rachel vous a très bien vendues, Lily et toi.
— Ah bon ? Je ne sais pas ce qu’elle a pu te raconter, mais je pense qu’elle a largement exagéré les choses.
— Vous n’êtes donc pas des fêtardes invétérées qui mettent l’ambiance dès qu’elles arrivent quelque part et qui connaissent les plus grands DJ de la planète ?
— Rien que ça !
Je croise le regard d’Emi dans le rétroviseur et nous nous mettons à rire en même temps.
— OK, je vous ai peut-être un peu survendues. Mais vous restez les meilleures pour moi.
— Moooh ! m’exclamé-je en pressant l’épaule de Rachel par-dessus son siège.
La bonne ambiance est au beau fixe dans la voiture lorsque nous passons prendre Lily à quelques rues de ma résidence. Avec sa jupe droite, son haut en mousseline et ses longs cheveux noirs relevés au-dessus de sa tête en deux petits chignons, Lily est magnifique. Elle a mis une légère touche de mascara qui fait ressortir ses yeux vairons bleus et verts que je n’ai cessé de jalouser depuis notre rencontre.
— Bonsoir tout le monde ! lance-t-elle à la cantonade en me rejoignant à l’arrière de la voiture. Prêtes pour cette première soirée en tant que jeunes étudiantes ?
— Je me sens vieille tout à coup, plaisante Emi qui, elle, ne fait plus partie des nouveaux étudiants fraîchement arrivés.
— Tu vas pouvoir nous chaperonner, alors, ajoute Rachel, ce qui fait rire Emi.
Nous arrivons bientôt devant la maison accueillant la soirée. La musique diffusée à l’intérieur se répercute dans le jardin où des étudiants ont envahi l’espace pour discuter ou fumer. Ou les deux à la fois. Je me sens tout de suite intimidée face à la foule qui s’agglutine à l’intérieur.
Emi trouve une place libre un peu plus loin et nous rejoignons le cœur de la fête. Même si on l’entend de l’extérieur, je reste surprise par l’intensité de la musique en m’engouffrant dans la maison. La chaleur dégagée par les corps dansant et buvant fait monter ma température corporelle d’un coup. Je me sens un instant oppressée. Il y a trop de monde, trop de contacts.
— Venez, je vais vous présenter à mes amis, déclare alors Emi.
Elle se fraie un chemin à travers la masse d’étudiants tout en levant à plusieurs reprises un appareil photo.
— Tu fais de la photo ? l’interrogé-je, en ayant l’impression de hurler par-dessus le brouhaha de la pièce.
— Ouais, de l’argentique.
— Cool !
Nous la suivons en fil indienne jusqu’à un espace un peu à l’écart de la foule et du bruit, où trônent des fauteuils et une table de ping-pong. Elle nous présente au petit groupe qui s’est entassé là, notamment ses colocataires, Cillian et Jas-mine, qui sont ravis de rencontrer Rachel, leur nouvelle cohabitante.
Cillian a un air de Robert Sheehan à l’époque de la série Misfits, avec ses cheveux bruns qui bouclent sur sa nuque. Quant à Jasmine, elle dégage un certain charme, avec sa peau brun clair, ses cheveux longs frisés qui forment comme un halo autour de son visage. Charme d’autant plus intensifié par son accent français.
— Et voici mes deux meilleurs amis, déclare Emi alors que nous rejoignons deux garçons à l’allure très différente.
Le premier, grand, à la peau noire et au crâne rasé s’appelle Jameson, ou Jamie, comme il l’a spécifié. Je me tourne vers le deuxième et tombe sur des yeux gris que j’ai rencontrés la veille. L’inconnu du café.
Le monde est terriblement petit. Il me sourit en me reconnaissant tandis qu’Emi le présente comme étant Alexander. Il est appuyé contre la table de ping-pong, un bras posé sur les épaules d’une fille aux cheveux blonds qui n’est certainement pas la Raquel avec qu’il était pas plus tard qu’hier.
— Les gars, je vous présente ma nouvelle coloc, Rachel, et ses meilleures amies, Lily et Camryn.
— Vous pouvez m’appeler Cami, précisé-je en toute hâte.
— Cami C-A-M-I, déclare soudain Alexander d’un air amusé.
Tous les regards ondulent entre nous, surpris de l’intervention d’Alexander.
— On s’est déjà rencontrés, explique-t-il en résumant brièvement notre accroc de la veille.
Tandis qu’il finit son explication, je soutiens son regard, essayant de l’analyser. Il se penche ensuite vers sa copine et lui chuchote quelque chose à l’oreille, ce qui suffit à la faire partir. Visiblement, elle n’a pas apprécié ce qu’il lui a dit.
— Tu viens, Cami ? On va s’asseoir avec les colocataires de Rachel.
J’acquiesce et commence à suivre Lily vers le reste du groupe quand je sens une présence à côté de moi.
— Salut Cami C-A-M-I.
Je lève la tête vers Alexander qui se tient tout prêt, un demi-sourire sur les lèvres.
— Salut.
— Encore désolé pour hier.
— Tu t’es déjà excusé au moins trois fois, fais-je remarquer en riant.
— Tu me pardonnes, alors ?
Je balaie sa question d’un geste de la main et réponds :
— C’est tout oublié. Il s’est passé quoi déjà ?
Mes paroles le font sourire.
— T’es une marrante, Camryn.
— C’est juste Cami, je précise à nouveau.
— Cami comment ?
— Blue, réponds-je, sans trop savoir pourquoi il me demande mon nom de famille.
Il reste silencieux un instant, me fixant de son regard gris si hypnotisant.
— « Celle-là avait des yeux bleus, de ces yeux bleus qui semblent contenir toute la poésie, tout le rêve, toute l’espérance, tout le bonheur du monde ! »5
— Pardon ?
— C’est de Guy de Maupassant.
Je hausse un sourcil face à cette conversation… originale.
— Ça t'arrive souvent de citer du Maupassant à des inconnus ?
— Seulement aux filles qui ont les yeux bleus. Comme toi.
Je contiens un rire tant sa réplique me paraît ridicule.
— Et pour les autres ? l’interrogé-je, intriguée par ses explications.
— J’ai d’autres écrivains français en réserve.
— Je vois. Tes techniques de drague sont donc bien huilées.
— Qui a dit que c’était de la drague ? demande-t-il d’un air faussement innocent.
Je le contemple en haussant un sourcil et en croisant les bras sur ma poitrine.
— Ne me dis pas que tu cites par cœur des extraits de romans juste comme ça. Tu dois bien avoir une arrière-pensée quand tu le fais auprès d’une fille, non ?
— Peut-être. Et alors, ça marche ?
— Non, pas vraiment. Désolée.
— Dommage.
Je roule des yeux. Je ne pensais pas qu’Alexander avait une idée derrière la tête en entamant cette discussion avec moi. Visiblement, je me suis trompée.
— Je ne suis pas sûre que ta copine de tout à l’heure apprécierait de te voir en draguer une autre. Du moins, essayer d’en draguer une autre. D’ailleurs, qu’est devenue Raquel ?
— Ce n’était pas ma copine. Et Raquel ne l’était pas non plus, pour information.
— Oh, OK. Laisse-moi deviner, c’était ta dixième conquête de la semaine ? Sachant qu’on n’est que lundi, ça fait déjà beaucoup.
Le sourire qu’il affiche ensuite me porte à croire que je l’amuse. Ou alors, est-ce parce que j’ai réellement vu juste ?
— J’aime bien ta répartie, Camryn Blue.
— C’est juste Cami. Et j’ai raison, pas vrai ?
Il hausse les épaules.
— Tu veux boire un verre, Camryn Blue ? me propose-t-il en évinçant ma question.
— Je veux bien. Et c’est toujours seulement Cami.
Je ne sais pas pourquoi il insiste tant sur mon nom complet.
— OK, seulement Cami, que veux-tu boire ?
— Une bière. Avec du sirop de grenadine, s’il y a.
— Je vais essayer de te trouver ça.
— Merci.
Il me fait un semblant de révérence puis s’éloigne en direction du bar. Décidément, Alexander est un drôle de… personnage. Je l’observe de loin, servant nos deux verres dans la cuisine ouverte. Il discute en même temps avec d’autres étudiantes qui passent par là, puis finit par revenir vers moi avec deux gobelets rouges remplis. Il m’en tend un. L’odeur du sirop me confirme que j’aurais bien le droit à mon mélange favori.
— Tu entres à l’Université, donc ? Tu étudies quoi ? demande-t-il après avoir trinqué avec moi.
— La littérature française, justement.
— Ah ! Tu as dû apprécier que je cite du Maupassant.
— Plutôt, oui. Même si j’ai une petite préférence pour Victor Hugo.
Il lève son verre au-dessus de sa tête, comme pour porter un toast.
— « Je t’estime autant que je t’aime »6.
— Non, sérieusement ? Tu cites aussi du Hugo ?
— Je t’ai dit que j’en avais en réserve.
Il semble content de lui. Son côté dragueur mis à part, je passe plutôt un bon moment à discuter avec Alexander.
— Et ça marche vraiment ? Avec les filles, je veux dire, reprends-je.
— Plutôt bien, oui. Ça a marché sur toi, cette fois ?
Voyant qu’il attend ma réponse avec avidité, je le laisse languir quelques instants avant de dire :
— Toujours pas. Mais c’est bien tenté.
— Qui faudrait-il que je cite pour réussir à impressionner Camryn Blue ?
Il se penche vers moi en plongeant ses yeux dans les miens.
— Je suis déjà impressionnée par ta capacité à retenir des citations juste pour draguer. C’est quand même un sacré investissement pour simplement coucher.
— Ce n’est jamais pour « simplement coucher ».
— Ah bon ? C’est pour quoi, alors ? Revaloriser ton égo quand une fille tombe dans tes bras ?
Il semble surpris par ma réponse, mais pas déstabilisé.
— Tu veux que je te dise un secret ?
— Je suis tout ouïe.
— La plupart du temps, ce sont elles qui viennent me draguer, pas l’inverse.
Cette fois, je ne retiens pas mon rire.
— Waw, tu as un égo tellement surdimensionné ! Tu es donc celui que toutes les filles s’arrachent sur le campus ?
— On peut voir ça comme ça.
Je roule des yeux face à tant de vanité. Je n’avais jamais croisé un tel cliché en dehors des teen movies.
Nous restons un instant silencieux. Je bois mon verre en espérant chasser le malaise de ce blanc. Alexander en fait de même, tout en me fixant. Je me sens étourdie sous son regard. Je crois que l’alcool commence à faire effet.
— Tu es belle.
Je manque de recracher ma gorgée.
— Quoi ?
— Tu es belle, Camryn Blue. Je trouve que c’est important de le dire quand on trouve une personne belle. Alors, je te le dis.
— OooK. Il est temps pour moi de quitter cette conversation.
Je le plante là, le laissant seul avec ses citations et ses techniques de drague toutes faites.
Je retrouve le reste du groupe qui s’est réuni autour de la table de ping-pong et joue à un jeu d’alcool tout en discutant et rigolant.
— Ça va ? me demande Lily lorsque je me cale entre elle et Rachel.
— Tu avais l’air en grande conversation avec ce gars. Alexander, c’est ça ?
— Ça va. Ouais, je discutais avec Alexander le cliché ambulant.
— Pourquoi tu l’appelles comme ça ?
— Parce qu’en l’espace de dix minutes, monsieur m’a cité du Maupassant et du Hugo en espérant me rajouter à son tableau de chasse, expliqué-je.
— Ah oui, je vois le genre, commente Rachel.
— Je ne veux pas faire l’avocat du diable, mais je le trouve super canon, intervient Lily dont les joues commencent à rougir.
— C’est vrai qu’il est pas mal, confirme Rachel.
Je ne peux nier qu’elles ont raison, mais je ne réponds pas et finis mon verre d’un trait.
— Bon, est-ce qu’il ne serait pas l’heure d’aller danser ? propose Rachel.
— Avec plaisir !
Rachel nous attrape toutes les deux par la main et nous entraîne vers la piste de danse improvisée au centre du salon.
Nous nous retrouvons au milieu des danseurs qui ondulent en synchronisation avec la musique pop. Aussitôt, Rachel et Lily les imitent. Je reste une seconde sans bouger, intimidée par tous ces corps bougeant autour de moi, mais la voix de Camilla Cabello qui chante Crying in the Club à cet instant a raison de moi et je me mets à danser. Je ferme les yeux, me laissant emporter par la musique.
En dansant, je me plonge dans une bulle où je me sens libre. Où je me sens moi. Où j’en oublie toutes les personnes autour de moi qui me touchent sans le vouloir. Mon cerveau est embrumé par la musique, par mon corps qui bouge, par tous les changements qui arrivent et vont arriver. Par ce nouveau départ qui, je l’espère, m’aidera une fois pour toute à délaisser mon passé pour profiter de mon avenir. Même si la route est encore longue, j’ai ce pressentiment que quelque chose de beau va arriver.
Quelque chose de
parfaitement bon.
3« Ma chérie », en portugais
4« Comptez sur moi », en portugais
5Citation extraite du recueil de nouvelles Monsieur Parent de Guy de Maupassant
6Citation extraite d’une lettre de Victor Hugo à Léonie Biard
Bonne rentrée mon chéri !
Je relis le message de ma mère, confus qu’elle ait pensé à moi, mais pas étonné qu’elle se soit trompée de jour. La rentrée n’a pas lieu avant demain, mais j’imagine que c’est l’intention qui compte. Je lui réponds par un simple merci avant de me replonger dans ma toile.
Je peins sans vraiment y réfléchir. J’ai juste besoin de me vider l’esprit. Alors je laisse les traits de couleur s’affirmer sur la toile blanche, sans but précis.
Je suis toujours un peu angoissé par les rentrées, parce que plus j'avance d'année en année, plus j’approche du moment où je vais devoir décider de ce que je veux faire après. Et je n’en ai pas la moindre foutue idée. Évidemment, mon frère voudrait que je le suive après avoir obtenu mon diplôme, mais il est hors de question que je plonge à 100% dans ses affaires.
Il me reste deux ans pour faire un choix.
Je suis perdu dans mes pensées quand on sonne à la porte de mon appartement. J’essuie rapidement mes mains pleines de peinture sur un chiffon et vais ouvrir. Jamie se tient sur le pas de la porte, les cheveux fraîchement rasés et son habituel sourire sur le visage.
— Salut, mec.
— Salut, Jay. Laisse-moi deviner, tu viens essayer de me convaincre d’aller à cette soirée ?
— Il se pourrait, oui.
Je souffle en m’affalant sur mon canapé, vite imité par mon meilleur ami.
— Emi a déjà essayé.
— Je sais, c’est elle qui m’envoie.
— Super.
Je roule des yeux, ce qui semble amuser Jamie qui n’a pas l’air de prendre mon refus comme acquis.
— Allez Alex, c’est la soirée de pré-rentrée ! C’est l’occasion de rencontrer les premières années. Tu ne vas pas me dire que tu n’es pas intéressé de voir les nouvelles étudiantes ?
Je hausse les épaules.
— J’ai toute une année pour les rencontrer. Je n’ai vraiment pas envie de sortir. J’ai la tête en vrac.
— Tout va bien ?
Je peux voir l’inquiétude de mon meilleur ami lorsque je me tourne vers lui. Je sais que je peux tout lui dire, alors je me lance :
— Ouais, à part que Liam me met un peu plus la pression. Que je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie. Que j’ai parfois l’impression d’être un gros nul.
— Oh mec, tu sais bien que c’est faux. Pour Liam, je ne peux malheureusement pas t’aider, mais pour le reste, tu sais que je suis là. Tu finiras par trouver ce que tu veux faire. Rien ne presse.
— Merci, Jay. Mais, au contraire, j’ai l’impression que le temps défile à une vitesse folle. Tu vas être diplômé à la fin de l’année, et l’an prochain, ce sera mon tour.
— Je sais que c’est une sacrée pression, mais tu verras, les choses t'apparaîtront clairement le moment venu. N’y pense pas trop, profite de l’instant. OK ?
— OK.
— Et tu sais quoi ? Tu profiterais vachement de l’instant en venant à la soirée de pré-rentrée.
Les paroles enthousiastes de mon meilleur ami finissent de me convaincre. Je soupire à nouveau parce que, comme d’habitude, je n’arrive pas à dire non à Jamie.
— Il y aura qui à la soirée ?
— Emi, Jasmine, Cillian, leur nouvelle coloc et deux de ses amies. Ça va être cool, tu verras.
— OK, j’en suis.
La soirée commence tranquillement. Nous discutons avec les colocs et Jay, en buvant des bières fraîches. Une deuxième année du nom d’Olivia, avec qui j’ai eu une aventure d’un soir, vient à ma rencontre et entame la conversation. Elle me pose tout un tas de questions en laissant traîner ses mains gracieuses sur tout mon corps, qui réagit aussitôt. Je la laisse faire, même si je sais que ce petit jeu entre nous n’ira pas plus loin. Si je couche à nouveau avec elle, elle ira s’imaginer des choses que je ne peux pas lui offrir. Je le sais, j’en ai déjà fait les frais. Alors je préfère ne pas retenter l’expérience.
J’ai un bras nonchalamment posé sur ses épaules lorsque Emi fait son entrée, suivie de sa nouvelle coloc, Rachel, et de ses copines, Lily et Camryn. Je salue les trois dernières arrivées d’un hochement de tête en les détaillant un instant avant de me rendre compte que je connais le troisième nom. Ou du moins, que je l’ai déjà rencontrée. Cami C-A-M-I. La fille du café.
Je l’observe un moment, prenant le temps de mieux la contempler sous les éclairages colorés de la soirée. Mon impression de la veille ne change pas, elle est vraiment très belle. Elle est de ces filles qui sont jolies sans vraiment savoir à quel point, avec ses cheveux blond clair coupés au-dessus de ses épaules, ses lèvres bordées de rouge et ses yeux bleus qui ont accroché tout de suite mon regard. Je mentirais si je disais que Camryn Blue ne m’a pas attiré en premier par sa beauté.
Face à cette fille, j’en oublie rapidement Olivia vers qui je me penche pour lui chuchoter que je ne suis pas un gars pour elle et qu’il ne se passera rien entre nous. Je la regarde s’éloigner avec une moue de dégoût, mais, honnêtement, ça me passe au-dessus de la tête. Ce qui m’importe, à présent, c’est mon inconnue du café.
Je m’approche d’elle, assez près pour qu’elle sente ma présence. Lorsqu’elle lève ses grands yeux vers moi, j’engage la conversation en m’excusant une nouvelle fois pour l’incident de la veille. Nous discutons un moment puis, après un court silence, je me lance :
— « Celle-là avait des yeux bleus, de ces yeux bleus qui semblent contenir toute la poésie, tout le rêve, toute l’espérance, tout le bonheur du monde ! »
L’expression de son visage ne trompe pas : ma citation n’a pas eu l’effet escompté sur elle.
Je reconnais que cette manière d’aborder les filles n’est pas la plus probante, mais elle a eu quelques résultats sur des demoiselles qui ont apprécié l’effort. Et puis, je connais ces citations par cœur à force de lire et relire ces œuvres littéraires que j’apprécie, alors autant les utiliser auprès de la gent féminine.
Camryn réplique à toutes mes paroles. Plus je converse avec elle, plus je découvre une fille avec de l’esprit et une répartie que j’aime particulièrement. Cette Camryn Blue a quelque chose d’intrigant.
Je suis surpris par la façon dont nous échangeons fluidement. Notre conversation n’est pas des plus profondes, mais elle m’amuse par sa simplicité et par les réponses de Camryn.
Puis, finalement, un silence s’installe. Je la sens plutôt mal à l’aise, mais, de mon côté, je profite de cet instant pour la détailler. Son visage à la peau blanche est marqué de deux grains de beauté directement positionnés sous son oeil gauche. Je remarque que celui-ci aborde une teinte de bleu un peu plus foncé que celui de droite. Sa bouche rouge ne sourit qu’à moitié, créant une fossette au creux de sa joue. Ce sont de simples détails que je prends le temps de contempler avant de lui dire :
— Tu es belle.
Ma remarque l’interpelle. Malheureusement, j’ai mal estimé son effet auprès de Camryn qui finit par prendre la fuite. Je me retrouve seul à siroter ma bière avec un goût d’inachevé en bouche.
Aucune autre occasion de discuter avec Camryn ne se présente au cours de la soirée. Je l’observe de loin, tantôt dansant avec ses amies, tantôt discutant avec les colocataires. Je ne sais pas pourquoi je n’arrive pas à détacher mon regard de cette fille. Peu importe, je dois arrêter de la fixer sinon elle va me prendre pour un psychopathe.
Je reporte mon attention sur Emi et Jamie qui sont partis sur un débat sans queue ni tête, comme ils ont l’habitude de le faire depuis le lycée. Je m’inclus à leur conversation et je comprends qu’ils sont en train de décider quel film de Noël est le meilleur. Emi soutient que c’est The Holiday, quand Jamie défend son favori qui est A christmas prince.
— Si je peux me permettre, Love actually est sans conteste le meilleur. Il n’y a pas débat, je rétorque.
— Tu rigoles ? Ce vieux film ?
— Je ne te permets pas de traiter ce classique de vieux film ! m’exclamé-je à l’intention d’Emi. C’est une merveille ce film, avec un casting cinq étoiles. C’est le film de Noël par excellence. Et je te ferais remarquer que The Holiday n’a que quelques années de plus.
— Au moins on est d’accord sur ce point, Em, ce film craint, confirme Jay.
Je lance un regard noir à mon meilleur ami qui ne trouve rien de mieux à faire que d’appuyer sa remarque en faisant un high five à Emi.
— Je savais que vous n’aviez pas de goût, de toute façon.
— Oh, ça suffit Calimero. Et ce n’est pas une question de goût, mais de nostalgie. Tu aimes ce film parce que tu le regardes chaque décembre avec ton frère. C’est vrai, non ?
Jamie me connaît trop bien pour ne pas avoir raison sur ce point. C’est vrai que j’ai une part d’attachement à ce film parce que c’est… c’était quelque chose que je partageais avec Liam. Mais ça n’enlève en rien la qualité de ce classique. Et je n’en démordrai pas là-dessus.
— C’est quand la dernière fois que tu as vu ton frère ? demande soudainement Emi qui doit voir que l’évocation de Liam m’a rendu morose.
— Il y a quelques semaines. Mais je l’ai régulièrement au téléphone.
— Il t’entraîne toujours dans ses histoires ?
— Ouais.
— Tu as essayé de lui parler ?
Je secoue la tête. Elle sait que je n’arrive pas à parler à mon frère, mais, comme Jamie, elle espère qu’un jour je prendrai mon courage à deux mains pour le faire.
— Tu finiras par y arriver, tu verras.
— Ouais, je ne sais pas trop.
L’atmosphère est devenue pesante avec cette conversation, si bien que je suis ravi quand Cillian et Jasmine nous entraînent dans un beer pong. Rachel, Lily et Cami nous rejoignent après avoir quitté la piste de danse et déclarent qu’elles vont rentrer. Emi propose à Lily et Cami de les ramener en voiture chez elles, puis de continuer la soirée à la Coloc pour ceux qui restent. Nous acceptons tous et disons au revoir au petit groupe qui nous salue en quittant la maison. Je suis une certaine tête blonde du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse dehors.
Quelques dizaines de minutes et un beer pong plus tard, nous arrivons à la Coloc où nous retrouvons Rachel et Emi. Je m’installe entre Cillian et ma meilleure amie sur les canapés et nous commençons à discuter de tout et de rien. Cillian nous parle de son projet où il doit écrire et réaliser un court métrage, qui comptera pour sa note finale avant d’obtenir son diplôme à la fin de l’année. Il évoque ce projet et son cursus en cinéma avec tellement de passion que j’en viens à jalouser son implication dans ses études. Il a trouvé sa voie et je l’envie pour ça. Je suis entré à l’Université en psychologie avec l’assurance que c’était ce que je souhaitais faire. Mais aujourd’hui, je suis perdu. Est-ce vraiment ce que j’ai envie de faire toute ma vie ? Devenir psy ? Ou enseigner cette matière ? Je ne connais même pas les débouchés de ce cursus. J’ai choisi celui-ci pour des raisons que je croyais pertinentes, nécessaires. Mais plus le temps passe et les cours avancent, plus je me rends compte de mon erreur. Je sais qu’il n’est pas trop tard pour changer, mais pour faire quoi d’autre ?
— Et toi, Alex ?
Je me tourne vers Cillian qui vient de me sortir de mes pensées avec sa question.
— Désolé, tu disais ?
— Tu voudrais jouer dans mon court métrage ?
— Euh… je ne sais pas. Je ne suis pas sûr d’être très doué pour jouer la comédie.
— Tu le fais bien avec toutes les filles avec qui tu sors, se moque Emi. Tu leur fais croire au grand amour avant de les rejeter quand elles veulent aller trop loin.
— Eh ! c’est faux.
— Em n’a pas tort, intervient Cillian. En un an que je te connais, j’ai vu comment tu agissais avec elles. Tu es plutôt doué lorsqu’il s’agit de jouer, au contraire.
— Vous vous foutez de moi ?
Le ton dans ma voix est mêlé de surprise et d'offense. Je ne pensais pas que mes potes me voyaient comme ça, et pourtant…
— Oh, allez, mec. Tu sais très bien comment tu es avec ces filles. Ne me fais pas croire que tu es soudain gêné par la situation.
— Un peu… je n’ai pas l’impression que je joue avec elles. Je suis très clair avec elles dès le début. Je suis honnête en ce qui concerne mes intentions. C’est elles qui ne m’écoutent pas et finissent par en vouloir plus.
— Vraiment ? demande Emi qui paraît étonnée.
— Oui, vraiment, insisté-je Vous pensiez réellement que je leur promettais monts et merveilles pour les mettre dans mon lit avant de les jeter après une nuit ?
— Bah ouais, répond Cillian en haussant les épaules.
— Emi ?
Je me tourne vers ma meilleure amie qui me connaît bien. Du moins, c’est ce que je croyais vu sa réaction.
— J’avoue que je pensais ça aussi. En même temps, tu restes discret sur tout ça. On n’a jamais réellement rencontré les filles avec qui tu étais. C’est normal de se poser des questions sur tes agissements.
— Je ne vous les fais pas rencontrer justement pour éviter qu’elles ne se fassent des idées. Content de voir que vous me preniez pour un connard qui joue et ment aux filles pour coucher avec elles.
— C’est pas ça, Alex. Honnêtement, on pensait que tu n’arrivais simplement pas à trouver la bonne, et c’est pour ça que tu les enchaînes. Et non que tu ne souhaitais tout simplement pas de relation.
La sincérité dans les paroles d’Emi me pousse à croire que je leur ai envoyé une image de mes relations qui n’est pas la réalité. Tu m’étonnes qu’il me prenne pour un connard de joueur !
— Ce n’est pas que je ne veuille pas de relation, c’est juste que… je ne sais pas. J’ai envie de m’amuser.
— Être en couple ne veut pas dire que tu ne peux plus t’amuser, rétorque Cillian.
— Tu sais très bien ce que je veux dire.
— Pas vraiment, non. Emi a raison quand elle dit que tu n’as pas trouvé la bonne. Lorsque ce sera le cas, tu verras que tu auras juste envie de te poser. Demande à Jasmine. Elle ne voulait pas de relation stable avant de rencontrer Elliot.
Je coule un regard vers Jasmine qui discute joyeusement avec Jamie et Rachel, tout en entortillant une mèche de cheveux blonds — qui détonne parmi le reste de sa chevelure brune — autour de son doigt.
— Ils ne vivent même pas dans le même pays, lui fais-je remarquer en pensant au copain de Jasmine qui est resté en France tandis qu’elle est partie faire ses études ici, à Southampton.
Jasmine est la petite Française du groupe. Elle s’est mise avec son copain l’été précédant son entrée à l’Université. Avant Elliot, elle n’était jamais tombée amoureuse, par choix. Aujourd’hui, ils semblent vivre la parfaite histoire d’amour, malgré la distance. J’ai pu rencontrer Elliot à quelques reprises et il est évident que l’un comme l’autre sont fou amoureux. Ce que me confirme Cillian :
— Et ça ne les empêche pas de s’aimer et de s’éclater ensemble. C’est ça, l’amour. Malgré la distance, rien ne change entre eux parce qu’ils s’aiment trop pour cela.
— T’es vraiment un romantique, toi.
Cillian hausse les épaules, un sourire en coin sur les lèvres.
— Peut-être, ouais.
— Comment ça se fait qu’un gars comme toi ne soit pas encore en couple ?
— Parce que je n’ai pas trouvé la bonne, justement.
J’essaye de réfléchir à ce que me dit Cillian, mais j’ai du mal à comprendre le concept de l’amour. Je n’ai jamais eu ce fameux « coup de foudre », ni aucune réelle attirance, autre que physique, pour toutes ces filles. Peut-être qu’il a raison, peut-être que je n’ai pas encore trouvé la bonne. Comment savoir s’il s’agit de la bonne, d’ailleurs ? Et si elle ne souhaitait pas de moi ? Et si…
je l’avais déjà rencontrée sans le savoir ?
Des bruits provenant de la pièce d’à côté m’ont réveillée dans la nuit. Je suis descendue de mon lit et suis sortie de ma chambre le plus discrètement possible. J’ai traversé le couloir sur la pointe des pieds, gardant mon doudou serré contre moi pour me donner du courage. Les bruits se sont intensifiés, bientôt rejoints par des cris. Je suis arrivée devant la porte fermée de la chambre de mes parents. Je n’avais beau avoir que cinq ans, j’avais compris qu’ils étaient en train de se disputer.
