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Clara découvre Alexandre, son petit ami, au lit avec sa meilleure amie. Refusant de se laisser abattre, elle accepte un poste d'enseignante à Montpellier au lycée privé de Nevers, où elle fait la connaissance de Jonathan, le prêtre de la pastorale. C'est le début d'une danse indécente composée de provocations et de désir qui emmènera Clara vers des plaisirs insoupçonnés.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Amélie Moigne n'a pas d'âge, elle est une plume libre, écrivant les plaisirs qui traversent ses pensées. Ces romans sont les scénarios indécents qu'elle partage avec gourmandise avec ses lecteurs... Apres son best-seller, "Soumise à l'assistant de son mari", elle nous dévoile à présent une nouveau roman addictif
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Veröffentlichungsjahr: 2023
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Avant de partir en vacances, j’étais vannée. En tant que professeure, je rêve souvent de leur foutre des claques en leur indiquant de la fermer. Mais à ce qu’il parait, l’éducation doit être bienveillante et on a plus le droit au châtiment corporel. Ce qui est bien dommage. Il y a des gifles qui se perdent.
Entre Sébastien, le petit rigolo de service qui va te faire mille conneries pour faire rire ses copains. Yanis qui a décidé qu’il ne branlerait rien et perturberait le cours ou encore Mélanie qui arrive en retard et vous parle à coup de « Wesh Madame, j’suis désolée, j’étais avec mon mec t’as vu… ». J’ai envie de hurler. De pousser un cri qui vient du fond de mon bide et de les tuer. Mais bon, de nos jours, les parents sont derrière à vérifier que le professeur ne harcèle pas leur petit poussin d’amour. C’est tellement fatiguant ! L’école n’est plus qu’une garderie où les géniteurs envoient leurs progénitures pour avoir la paix. Négative moi ? Oh non, seulement très réaliste sur le sujet.
Peu importe, je ne vais pas continuer à me plaindre et plutôt me présenter.
Je me nomme Clara Cazenave, je suis enseignante d’histoire et géographie au lycée Polyvalent Louise Michel de Narbonne. J’ai bientôt 32 ans. Il y a quelque temps, mon fiancé, Alexandre, m’a convaincu de postuler pour un lycée privé de la ville. Il y est aussi professeur. Je ne suis pas branchée catho, encore moins rythme de vie religieux et c’est la même chose pour mon compagnon. Lui, s’il y bosse, c’est pour le salaire un peu plus intéressant et parce que, l’autorité est bien plus respectée. Il m’a vanté tant de fois le cadre rigoureux, le bon niveau etc etc que j’ai fini par me laisser tenter. Pendant longtemps, j’ai été la prof utopiste : vouloir aider les élèves, être cette enseignante qui apporte le déclic ou je ne sais quoi, mais je rends finalement les armes.
Outre le fait que je ne me sens pas soutenue par l’éducation nationale, je n’ai plus la foi. J’ai donc passé mon concours pour être enseignante en lycée privé. J’ai tout fait comme il faut et je fais ma prochaine rentrée dans l'établissement religieux d’Alexandre. Tout est parfait et ma seule tâche pour l’instant est de profiter des vacances encore un peu.
Je suis partie quelques jours avec ma sœur, c’est une coutume que nous avons depuis plus de dix ans. À la mort de nos parents, nous nous sommes promis d’au moins passer une semaine de vacances ensemble chaque année et d'aller au camping où l’on allait avec eux quand nous étions gamines. Chaque été, en fonction de nos possibilités, nous voyageons au Pays Basque au camping plage Soubelet à Saint-Jean-de-Luz pour passer du temps toutes les deux. Je dois avouer que je ne raterais cela pour rien au monde. Outre le fait que j’adore passer du temps avec ma sœur, ce sont des vacances que je revis chaque été d’une nouvelle manière. Peu importe si je connais l’endroit par cœur, j’attends toujours cela avec impatience.
C’est notre moment familiale. Quand nous aurons des enfants, nous les emmènerons. Pour le moment, elle est célibataire et mon compagnon n’a pas pu venir. Sa mère se remet mal de la mort de son mari et il n’a pas voulu s’éloigner d’elle. Je le comprends. Lui-même, n’est plus tout à fait le même depuis quelques temps. Il fait front, je le sais et il va « bien », mais il tournicote intérieurement les choses. On en a parlé déjà, il s’est confié. Son mal, son sentiment de solitude, ces petits riens qui lui manque. Je suis très bien placée pour savoir ce que cela fait après tout, j’ai perdu mes deux parents. Toutefois, aujourd’hui, il l’ignore, mais je rentre à la maison. Nous devions rester trois semaines, malheureusement un imprévu a rappelé ma frangine : son boulot. Elle bosse dans une grosse entreprise d’import et export qui dirigent des camions dans toute l’Europe. Sa remplaçante le temps des vacances a chopé la Covid. Visiblement, le regain du virus est violent, et la jeune femme qui la relaie a été admise à l’hôpital. Moi qui pensais qu’on en avait fini avec ça…j’espère qu’on ne va pas reprendre les masques et tout le bordel. Ce n’est pas vivable au quotidien.
Quoi qu’il en soit, avec personne aux commandes, elle a été rappelée. Et moi, je rentre à la maison, parce que je n’ai pas envie de passer une semaine toute seule au camping. J’ai donc pris le premier train pour Narbonne, récupéré ma caisse au parking de la gare et direction la maison. Je ramène à Alexandre toutes les spécialités basques qu’il adore, j’espère que cela lui fera plaisir.
Cette semaine, il avait une petite voix au téléphone. Je me dis que cela lui fera du bien de me voir. Moi et mes victuailles…
Le Pays basque me manque déjà quand même, j’aime cet endroit, un jour, je l’ai toujours dit, je retournerais vivre dans le village originel de mes grands-parents…
En rentrant dans l’immeuble, j’entends la cloche de la Cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur qui sonne midi. J’espère que le repas est prêt. Au vu de la faim qui m’habite, ce serait le top. Et sur le trajet, je pense à ce que mon petit cuistot a pu faire. Alexandre est un cordon bleu. Moi, je dirais que je me débrouille si c’est un plat surgelé de chez Picard ou autre. Ce n’est pas que je ne sais pas cuisiner, je n’aime pas spécifiquement cela plutôt. Et je ne m’y intéresse pas.
J’ai tellement la dalle que je pourrais manger un cheval entier ! Mon ventre gargouille sourdement quand je franchis le hall d’entrée. Nous habitons dans un immeuble vieillot. Le couloir sent un peu l’humidité qui remonte des caves et le renfermé. Pourtant, je renifle bien le parfum de javel et de lavande provenant des produits que la femme de ménage utilise. Elle doit avoir fait propre tout à l’heure, l’odeur s’effacera rapidement, comme toujours.
Par réflexe, je vérifie la boîte aux lettres. Le facteur est passé, mais je n’ai rien d’intéressant dedans. Des prospectus publicitaires pour essayer une voiture, une ou deux factures, rien d’intéressant.
En redressant le bout de mon nez, je croise le regard d’Agnès Bettina, je lui souris en lui disant bonjour.
« Ah je me disais bien que vous étiez rentrée… »
Je fronce les sourcils tandis qu’elle me fait un petit regard malicieux. La vieille femme a bientôt quatre-vingt-dix piges et des airs de Betty White. Cela me fait souvent sourire. je la trouve pleine de vie et rayonnante. Franchement, la croiser suffit bien souvent à me redonner la pèche.
Ceci dit, je décide de ne pas chercher ce qu’elle veut dire et grimpe vers le cinquième étage en prenant l’ascenseur. Il fait trop chaud pour que je fasse du cardio…
Dehors, c’est la canicule. Normal, nous sommes fin juillet. Ma robe courte et légère ne m’empêche pas de transpirer comme une vache.
Enfermée dans la petite cabine métallique, le reflet que me renvoie la vitre de l’élévateur est sans équivoque. Mes cheveux noirs ondulent autours de mon visage, collent à ma nuque, et si le subtil maquillage qui entoure l’amande de mes yeux marron n’a pas coulé, il n’est plus très frais. Je réalise que le haut de ma tunique est un peu transparent, je n’ai pas mis de soutien-gorge et j’aperçois mes tétons sombres sous le tissu blanc à fleurs bleues. Bon, c’est peut-être l’éclairage vif de l’habitacle métallique qui veut ça. Au pire des cas, ce n’est qu’une paire de seins. Je n’ai pas la plus grosse poitrine du monde de toute façon…
Par réflexe je me tourne, pour voir si on remarque mon string. Mais la couleur chair me sauve, on ne discerne pas vraiment mes fesses…
Je finis par hausser les épaules. Je ne suis pas exhibitionniste, mais je ne vais pas me tracasser pour si peu. Je n’ai attiré aucun regard excessif et quand bien même, ma pudeur est légère. Je considère qu’il n’y a pas mort d’homme. Les gens s’affolent beaucoup trop vite sur la nudité et le reste. Ce que je ne comprends pas. Plus on en fait toute un plat, plus cela devient important ! S’en foutre, permet de relativiser les choses et ne pas trop se tracasser.
Je quitte l’habitacle de l’ascenseur et rentre chez moi en toute discrétion. Je compte faire une surprise à Alexandre jusqu’au bout, certaine que cela lui fera du bien. Mon pauvre petit chéri a besoin d’un peu de paillettes dans sa vie. Je ne dis pas que je suis la lumière au bout de son tunnel, mais je sais que cela lui fera plaisir. Un bon gros câlin de retrouvailles, pour un petit moment tout poisseux grâce à la canicule, ce sera parfait !
Je délaisse chaussures et valise dans l’entrée, afin de me faufiler dans l’appartement à sa recherche. Dès que je glisse dans le couloir, je sens la bonne odeur du repas. Tout est prêt. Je lutte contre ma faim qui hurle avec l’odeur du poulet embaumant les lieux et je continue ma quête.
Bizarre, il n’est pas dans le salon. Ni dans la cuisine. Je ne l’ai pas vu en passant devant. Il est sorti ? En laissant le repas mijoter ? Ce n’est pas son genre d’être aussi imprudent.
Il doit être aux toilettes, je vais le surprendre. Je m’avance donc vers la porte des chiottes mais des bruits étouffés provenant de la chambre me font boguer
Un sourire étire mes lippes. Je n’ose pas croire qu’il mate un film de cul ! Après c’est compréhensible. Je pense qu’on a tous notre petit jardin secret et que nos corps nous appartiennent. Il a peut-être eu très envie d’un coup et il se tire la chignole.
Une petite branlette ne fait de mal à personne. Bien entendu j’ai envie de le charrier et je quitte mon pas léger pour y aller franchement. En me retenant de rire, j’ouvre la porte d’un seul coup.
Quel spectacle…
Je pensais trouver Alexandre avec son portable dans une main, et son zgeg dans l’autre. Je pensais…je ne sais pas trop ce que je pensais. Aucun son ne sort de mes lèvres, il n’y a rien à dire…
Il me fait face, mais il n’est pas tout seul. Mon cœur bat dans ma caboche provoquant un son assourdissant. Je voudrais dire un truc, mais rien ne me vient. Sa queue est enfournée dans la chatte d’une fille au visage tordu par le plaisir. Mon corps est raide, j’ai mal au cœur, la faim s’est envolée. Il tient ses hanches, dégoulinant de sueur, sa légère bedaine posée sur son cul. Les voilà qu’ils me dévisagent avec deux airs cons, réalisant que je suis là, en face d’eux, avec eux.
Ma vue se trouble, je ne sais pas ce que je dois faire.
« Cla… Clara… c’est… c’est pas ce que tu crois. »
Ma meilleure amie glapit ces mots en essayant de cacher sa poitrine qui pendouille sous la gravité. Ses tétines lourdes ballottent dans tous les sens. Je recule. Je ne veux pas voir ça, je ne veux pas affronter cela. Mes jambes tremblent, si je tombe, je ne me relèverais pas et je refuse pourtant de rester là. Alors, je fuis, vite et je ne réalise qu’une fois dehors que je suis pieds nus dans la rue en train de courir loin, très loin de cette merde !
Ma belle-mère m’a dit.
« C’est la mort de son père, ça l’a chamboulé. Il a fait une erreur, il n’était pas bien… »
Cette phrase repasse en boucle dans ma pensée tandis que je conduis le petit camion de location qui m’amène vers mon nouveau chez moi. Je ne peux pas lui pardonner. Certains trouvent que j’ai un caractère merdique, que je pourrais comprendre. Hélas, je n’ai aucune envie de comprendre.
Je ne conçois pas me faire trahir ainsi. Il était en train de baiser ma meilleure amie et d’après ce que j’ai compris, grâce à ma voisine, cela ne datait pas d’hier.
Mes copines ont baissé le nez quand je leur ai dit ce qu’il s’était passé. J’ai donc réalisé qu’elles étaient au courant. Du coup, je me suis tirée chez ma sœur. Au début, elle a fait l’intermédiaire pour me protéger. Rapidement, j’ai repris les rênes. Cocue d’accord, mais pas inapte à gérer les choses. Je ne suis pas une enfant et je n’en serais jamais une. Je veux croire que tout cela, c’est une merde comme une autre que je peux affronter.
En doublant la voiture rouge qui se trouve devant moi sur l’autoroute, je me sens sereine. Les choses se sont bousculées, tout a vite changé. Il faut dire qu’une occasion s’est présentée à moi et j’ai sauté dessus. Je devais au début rejoindre l’école d’Alexandre à la rentrée. Bonjour l’angoisse. Bosser avec lui, évoluer avec lui, je n’aurais pas supporter. Mais le directeur de l’école privée Nevers m’a contacté pour me faire une offre.
À la suite du décès prématuré d’un professeur très aimé de son établissement, il a eu besoin de quelqu’un pour le remplacer. J’ai dit oui, sans réfléchir.
Je l’ai écouté parler de son école et du professeur. Sa voix attristée m’a peiné, je ne suis pas de bois. Il m’a prévenu que je ferais mes premiers jours dans une ambiance de rentrée maussade. Certains élèves étant impactés par la perte de l’enseignant. Monsieur Briche, celui qui est mort, était fortement engagé au sein de l’établissement. Son enterrement a été peuplé de jeunes adolescents. Ce ne sont clairement pas mes anciens étudiants. Eux ne seraient venus que dans l’espoir de faire la meilleure vidéo TikTok !
Sa mort me permet de repartir du bon pied. Je ne dirais pas que je l’en remercie, mais un peu quand même. J’aurais préféré toutefois rentrer dans une ambiance plus légère, mais peu importe. J’ai récupéré quelques affaires chez moi, passant quand Alexandre n’était pas là. J’ai rempli le camion de location avec quelques potes de ma sœur, fait mes changements d’adresse et je me suis préparée pour ma nouvelle histoire. Cela ne sert à rien de se morfondre dans la vie...
Après dix ans de couple et sept ans de vie commune, recommencer en solitaire, ce n’est pas facile, mais je le vis bien. Je préfère être seule que mal accompagnée. Je ne mentirais pas en disant que cela ne m’a pas fait du mal. En vrai, mon cœur est brisé, mais cela ne m’a pas été aussi douloureux que perdre mes parents ! Lui est toujours en vie, lui, je pourrais le revoir. Lui, il sort simplement de ma vie car nos chemins divergent.
J’ai donc avalé ma douleur et je l’ai digéré. Un peu rapidement peut-être, mais tout cela, c’est pour le mieux ! Tant pis si je me voile quelque peu la face, il est préférable de faire comme ça, j’en suis convaincue. Que faire d’autres de toutes façons ? Y réfléchir ? Pleurer ? Engraisser mon cul avec des litres de glace ? non, ce n’est pas mon genre.
De ce fait, aujourd’hui je m’installe dans mon nouvel appartement. Je ne suis pas toute seule pour faire ça. Ma sœur est là, elle chante dans le camion, assise sur le siège passager et beugle sur une chanson de Céline Dion. Je lui jette des petits regards en coin amusée. Au moins, ma frangine a le mérite de me faire sourire.
Nous nous ressemblons sans pour autant paraître semblables, grandes et brunes, nous avons un menton un peu carré ainsi qu’une bouche immense et bien dessinée. Quand on sourit, on nous donnerait le Bon Dieu sans confession. Si j’ai hérité des prunelles de papa, elle a les yeux de maman : bleus azur. Parfois je suis jalouse, mais ce n’est que pour la forme. Nous sommes de belles filles…
La voilà qui me tend son « micro » fictif. Elle s’attend à ce que je reprenne avec elle J’irais où tu iras. Céder à ce genre de bêtises peut nous pousser à chanter à tue-tête. Ce serait dommage de ramener la pluie, mais bon, tant pis, je craque et me voilà à exécuter ce duo improvisé et vibrant. Cela fait du bien, putain !
Ma sœur est mon pilier comme je suis le sien. Je l’aime. Ensemble, nous sommes quasiment invincibles et je suis chagrine de m’éloigner d’elle. Heureusement, elle m’a promis de débarquer dès que l’envie la prendrait et je sais qu’elle le fera ! Maintenant que je suis célibataire, elle ne prendra plus la peine de téléphoner avant de débarquer. Loin d’être intrusive, elle sait qu’elle peut se permettre ce qu’elle veut maintenant. Cela me va, cela lui va…
Nous arrivons enfin à mon nouveau logement. Comme le lycée m’a engagé un peu au dernier moment, ils m’ont proposé de me loger dans un appartement situé dans les anciennes parties du couvent. Le lycée appartient à un groupe religieux et l’endroit était autrefois un couvent. Sa réhabilitation n’empêche pas d’avoir préservé les anciens éléments. Ils ont fait du neuf autour du vieux.
Mon logement est un brin vétuste, mais convenable. Je n’ai pas craché sur l’occasion. Surtout que le prix est plus qu’abordable et cela ne devrait pas durer. C’est juste le temps de trouver quelque chose.
Le lycée est immense, le directeur m’en a fait une petite visite il y a quelques jours. Il est magnifique, propre et contient moult infrastructures modernes et impeccables. C’est un rêve de bosser sans avoir besoin de prévoir des craies ! Et j’exagère à peine. De toutes façons, la majorité des classes sont équipées de tableaux numériques. Qu’est-ce que je vais être bien ici.
L’appartement donne sur une ancienne partie possédant sa propre sortie. Dans l’immeuble, il y a des bureaux administratifs et d’autres logements, notamment celui du prêtre responsable de la pastorale. Jonathan Etcheverry.
Je crois qu’il y en a encore quelques bonnes sœurs très âgées, qui vivent toujours dans un petit espace de l’ancien cloître. Elles font quelques cours de catéchisme à ce que j’ai compris. Cela m’importe peu, tant qu’on ne m’oblige pas à faire le cul béni. Je ne suis pas spécifiquement croyante. Je devrais je suppose, faire un petit peu semblant. J’ai quand même répondu oui à la question : êtes-vous pratiquante ?
Je sais, ce n’est pas beau de mentir, mais j’avais besoin de ce boulot et je ne voulais pas le risquer avec si peu.
Parvenu à l’intérieur pour décharger plus facilement, nous descendons du camion. Ma frangine ne retient pas un sifflement : l’endroit est réellement pas mal et sa réaction le souligne. Je suis encore impressionnée par le fait de vivre dans l’établissement, mais je considère cela temporaire. Ils ont été charitables, le directeur m’a assuré que je ne serais pas délogée tant que je n’aurais pas trouvé mon bonheur. Si je dois rester là toute l’année et bien soit. C’est sympa, mais je chercherais quand même autre chose. Je n’aime pas trop l’idée de profiter de tout ça. Même si je paye, je pense que c’est un petit privilège que je ne veux pas surexploiter.
Mon téléphone sonne quand j’ouvre les portes du camion, je regarde le message. Mon visage se durcit et mon humeur prend des teintes plus sombres.
« Oh, ça me saoule.
— Qu’est-ce qui t’arrive ? »
Je tends l’appareil à ma sœur et lui laisse le loisir de découvrir le texto d’Agathe, mon ancienne belle-mère. Elle me souhaite une bonne installation, me félicite pour le nouveau boulot et me demande si j’ai bien réfléchi à tout cela. Alexandre se sent mal, elle tente de me culpabiliser en me disant qu’il n’est pas bien, que je dois le comprendre. Elle en rajoute encore avec la mort de son mari, que je suis trop sévère. Moi, ça me gave, j’ai toujours montré que j’étais une femme d’honneur. Il m’a trompé pendant toutes mes vacances, je n’appelle pas ça une erreur sur le coup. Selon moi, il en avait envie, il l’a fait. Je n’ai pas réussi à savoir si cela durait depuis longtemps. J’ai demandé, or je n’ai eu aucune réponse. J’estime que cette salope de Sarah en a profité, tout comme il n’a pas été trop regardant sur sa moralité. Cela arrive même au meilleur de se faire avoir et cela a été mon cas.
Je pense que je ne saurais jamais réellement la vérité. Qui oserait me la dire de toute façon ? Je ne me mets donc pas la rate au cours bouillon et je ne cherche pas. Cela a été fait, point.
« Elle est chiante, je ne vois pas pourquoi tu pardonnerais ça.
— On est bien d’accord, il me connait.
— En plus, ils ont baisé plus d’une fois ensemble…
— Vu ce que m’a dit la mamie du dessus, oui, clairement.
— Elle doit lui jeter un de ces regard Agnès… »
Je ricane à l’idée. Ma petite voisine va me manquer, elle m’envoie souvent des SMS pour me demander comment je vais. Elle ne me parle pas d’Alexandre, elle prend juste de mes nouvelles et je fais de même. Elle m’a par ailleurs offert une magnifique plante en pot, artificielle, mais on s’y casserait le nez.
« Oh vous n’êtes pas douée avec les plantes, vous me l’avez déjà dit, mais vous les adorez, alors… »
J’ai été touché, son anniversaire arrivant bientôt, je lui enverrais un petit cadeau : deux places de concert pour Matt Pokora. Elle en est dingue, je sais qu’elle sera aux anges.
« Elle m’a dit qu’elle porterait des talons exprès pour l’embêter. »
Ma sœur se marre, je l’accompagne en attrapant un carton. Il est temps de monter dans mon nouveau chez moi et de m’installer.
Mon logement est un joli F3, d’anciens bureaux qui ont réaménagés. Ce n’est pas moderne du tout. On retrouve sur le sol de la faïence un peu vieillotte et la tapisserie est d’un autre âge, mais j’apprécie le côté vintage. Je ne vais pas faire la difficile : à cheval donné, on ne regarde pas les dents.
J’affectionne ce petit chez moi. Quelques meubles sont déjà là, ce qui permet de compléter les miens. C'est idéal puisque je n’ai pas encore tout racheté.
Le salon possède une télé récente et un canapé banquette légèrement dur d’un bordeaux élimé style années 50. Je l’aime bien. Je trouve qu’il a de la gueule et il me rappelle le vieux sofa de mes grands parent. Je pense que je ne vais pas ramener un truc moderne, juste pour ça.
Ma grosse bibliothèque a réussi à rentrer facilement. Tant mieux, j’ai tellement d’ouvrages. C’est l’une des premières choses que j’ai fait : la ranger.
Je suis bien ici avec les grandes fenêtres donnant sur la cour.
J’ai accroché des rideaux pour boucher la vue, les vitres sont réfléchissantes au niveau extérieur, mais je préfère avoir des voilages, c’est psychosomatique.
La cuisine est une pièce longue, avec une plaque à gaz de ville et un four séparé. Un petit frigo et plein de placards, c’est amplement suffisant pour une personne seule. De toutes façons, je ne suis pas une grande adepte de la cuisine, du coup, ce n’est pas moi qui souhaiterait un équipement du feu de dieu. Mon vieux pote, le micro-onde, est le seul élément crucial que j’ai rajouté. Sans lui, comment manger mes délicieuses barquettes surgelées ?
J’ai droit à une jolie salle de bain avec une baignoire rectangulaire à porcelaine rose pastel. C’est assez kitch, et ne parlons même pas du bidet ! Je crois que je n’en ai plus vu depuis des années !
Deux grandes chambres complètent l’espace, l’une d’elles est devenue mon bureau. J’y ai monté mon meuble d’ikea et installé la grosse chaise super confort qui va avec. En tant que prof, cette pièce sera mon refuge, ma forteresse de solitude, un endroit INDISPENSABLE pour mon quotidien.
Dans ma piaule, je suis restée très basique : un matelas au sol. Oui, je dois prendre le temps de commander un lit et de me le monter, mais tant que j’ai un matelas, le reste c’est subalterne. Fort heureusement, un immense placard accapare tout le mur, cela m’évite donc d’acheter une armoire !
À côté de tout cela, j’ai un cafoutche1 à l’entrée qui sert de débarras. Il est déjà en bordel, mais c’est normal, c’est le genre d’endroit réservé au désordre !
Ma première semaine s’est déroulée sans tracas. Malgré la canicule, il fait facilement frais dans l’appartement grâce aux vieilles pierres. Je n’ai pas eu la nécessité d'allumer les ventilos à fond.
Ma prérentrée en tant que prof s’est déroulée dans une ambiance chaleureuse, j’ai découvert différents enseignants. Comme pour tout dans la vie, il y a des archétypes. Le dépressif, l’enthousiaste, la timide, le défaitiste…mais on fait avec ! La majorité s’est montrée très accueillante. Bien sûr, on m’a parlé de Monsieur Briche et j’ai souri poliment. Ignorant qui il était, je ne peux pas dire grand chose à son sujet, mais j’ai écouté bien volontiers les remarques sur lui. On m’a aussi fait un rapide topo sur mes futurs élèves et des potentiels cas complexe. Cela m’a fait presque rire, parce que franchement à côté de mon lycée public, leurs étudiants à problème, c’est du pipi de chat sérieusement…
J’ai vraiment hâte de me retrouver face à eux !
***
La rentrée a sonné, les élèves sont dans la grande cour.
Je l’adore, elle me fait penser à un campus américain et je trouve le concept merveilleux. L’espace alloué est plein de zones pour se poser, sur l’herbe ou ailleurs. Une forte impression de communauté m’a sauté aux yeux. J’avoue, j’idéalise un peu trop. J’ai le syndrome du tout nouveau tout beau. C’est abusé, j’en ai conscience. Mais pour le moment, tout est tellement mieux qu’auparavant alors flûte !
Aujourd’hui j’ai opté pour une robe légère, le temps est brûlant. Celle-ci n’est pas transparente. C’est une petite blouse boutonnée bleue à pois blancs, dotée de manchettes, qui descend jusqu’au-dessus du genou. J’ai préféré miser sur quelque chose de correct et convenable pour un premier jour. Je ne veux pas sortir du lot aujourd’hui, plutôt m’y fondre.
Le discours du directeur reçoit un grand silence de la part des adolescents, je les observe. Ils sont tous si… proprets. Une véritable caricature. Bon, il y a quelques exceptions qui me rassurent : le gothique, la bimbo et autres. Alors oui, je les imaginais presque tous comme des jeunes allant au JMJ2. Doux et lavés avec Mir Laine machine. Des archétypes de gosses issus de famille catholique. Option polo, pantalon à pinces et compagnie. Ils ont l’air normaux, affreusement calmes et faciles. Ne nous faisons pas prendre par la couverture de ces livres inconnus, je préfère rester gentiment méfiante.
Je sais que je dois paraitre désabusée, mais je connais la réalité des choses et je pense que mon métier est devenu un des moins fantasmant du monde. La société a changé, le monde avec, tout ce qui marchait avant se révèle inadapté. On avance les traumatismes d’une éducation qui fonctionnait. Je ne dis pas que tout était parfait, mais à l’heure actuelle, on tend vers l’appauvrissement de la société… enfin, bref, je pourrais tenir des heures sur le sujet et ce n’est pas intéressant.
Le directeur annonce mon nom et je salue l’assemblée. On me présente, on m’accueille et puis on fait une prière pour Monsieur Biche. C’est le prêtre de la pastorale qui la prononce, je n’ai pas capté qu’il s’était approché. De dos, il ressemble à un mec lambda, jean et chemise noire. Je n’y prête pas trop attention, préférant me dévoiler respectueuse et en recueillement.
