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Des personnages banals confrontés au crime
Borges a écrit que le roman policier créait « le génie de l'intellectualité », après Edgar Poe, l'inventeur d'un nouveau genre et d'un nouveau type de lecteur. Les contes de ce recueil savent ce qu'ils doivent à ces deux auteurs majeurs.
Aujourd'hui, le « noir » a pris le relais pour dire comment se comportent des personnages banals (vous et moi ?) face au meurtre et à la mort violente qui trahissent le dysfonctionnement sociétal. Peu importe qui a tué et pourquoi. C'est la mort et le mal qui sont mis en scène. La société évite ces sujets tabous en nous poussant à admettre une improbable immortalité. L'humour (noir) sert ici à faire avaler une pilule certes toujours aussi amère. Mais nul doute que le conte sera bon si l'on convient que le noir est aussi, autant que l'humour, la poli... (j'allais écrire « la police » !)... tesse du désespoir...
Grâce à ce recueil de nouvelles policières, plongez dans un univers noir et pourtant humoristique !
EXTRAIT
Je me rends compte, brusquement, que tout cela n’est que mises en scène. Hopper est le peintre du décor théâtral par excellence. Il a une façon bien à lui de découper le réel. Je me dis aussi qu’une scène de crime signe une théâtralité. L’œuvre est un meurtre prémédité. Ces décors désertés par la voix humaine, figés, morts, ces aquariums étouffants, tout cela renvoie à la chambre mortuaire. Ou au lieu du crime. Bref ! à mon propre problème…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Romancier, nouvelliste, essayiste et poète, Michel Lamart se consacre entièrement à l'écriture après avoir enseigné les lettres et la philosophie en Classes Préparatoires scientifiques et commerciales.
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Seitenzahl: 161
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Table des matières
Résumé
Avertissement
Au fil de l'eau
De main morte
Fée d'hiver
J’erre, vain
La main verte
Le compte est bon
Le flingue
Poupée rousse
Pourquoi j'ai tué (aussi) Max Aub
Tueur au salon
Un chant de neige
Un coup d'épée dans l'eau
Une filature
Une leçon de ténèbres
Extraordinaires révélations sur la mort de Poe
Le complexe de Hoffmann
Café crime
Borges a écrit que le roman policier créait « le génie de l'intellectualité », après Edgar Poe, l'inventeur d'un nouveau genre et d'un nouveau type de lecteur. Les contes de ce recueil savent ce qu'ils doivent à ces deux auteurs majeurs.
Aujourd'hui, le « noir » a pris le relais pour dire comment se comportent des personnages banals (vous et moi ?) face au meurtre et à la mort violente qui trahissent le dysfonctionnement sociétal. Peu importe qui a tué et pourquoi. C'est la mort et le mal qui sont mis en scène. La société évite ces sujets tabous en nous poussant à admettre une improbable immortalité.
L'humour (noir) sert ici à faire avaler une pilule certes toujours aussi amère. Mais nul doute que le conte sera bon si l'on convient que le noir est aussi, autant que l'humour, la poli... (j'allais écrire « la police » !)... tesse du désespoir...
Romancier, nouvelliste, essayiste et poète, Michel Lamart se consacre entièrement à l'écriture après avoir enseigné les lettres et la philosophie en Classes Préparatoires scientifiques et commerciales.
Michel Lamart
Petits noirs et café crime
Nouvelles noires
ISBN: 9782378730376
Collection Rouge: 2108-6273
Dépôt légal mars2018
© couverture Ex Aequo
© 2018 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de
traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières les bains
www.editions-exaequo.fr
Ces contes noirs, métaphoriques d'eux-mêmes, ne sont pas à lire comme des histoires policières stricto-sensu. Ce sont, bien plutôt, des nouvelles où la métaphysique n'est jamais très loin. Le récit policier traditionnel a à voir avec la mort. Qui a tué ? est son refrain le plus obsédant. Un leitmotiv macabre mais, in fine, rassurant, puisque la logique et la pensée déductive finissent toujours par avoir le dernier mot. Reste, malgré tout, le mystère suprême qui empiète sur notre idéal de bonheur : comment s'y prendre avec la mort pour l'accepter, tout en se consolant d'une vie si injuste ? Tel est notre dilemme de (pauvres) mortels. Heureusement, le plaisir de la fiction nous détourne, n'en déplaise à Pascal, de l'échéance inéluctable…
Borges a raison. La fiction policière, à la suite de Poe, a inventé un lecteur plus exigeant. Incrédule et méfiant. Quelqu'un qui ne s'en laisse pas… conter ! Poe, au dire de l'écrivain argentin, introduit l'idée selon laquelle coexistent la littérature, comme fait intellectuel orienté vers la pensée, et le roman policier. Ce qui n'implique en rien que la fiction policière ne soit pas de la littérature. Le mérite du genre, écrit-il dans son étude sur le roman policier (in Conférences, Folio essais), est qu' « il est cependant en train de sauver l'ordre à une époque de désordre. » On en mesure toute l'actualité et son réel succès commercial.
L'ambition de ces textes est tout autre. Ils proposent un pacte non avec le diable mais entre un narrateur fort peu naïf et un lecteur compétent. Un contrat d'amitié baudelairienne, donc, avec le semblable, le frère. N'est-ce pas la moindre des choses pour aborder, en s'en amusant, des sujets aussi graves ?
Un dernier mot. « Le compte est bon » a été choisi par Claude Chabrol pour une adaptation radiophonique avec la voix de Jean Topart. Le texte a été pré-publié par la revue Brèves n° 40. Le reste du recueil est inédit.
Espérons que, pour vous, le conte sera bon…
Michel Lamart
Eaux printanières/plus émeraudes que le ciel
Barque peinte/écoutant pluie s'endormir
Wei Zhuang
Le canotage est un sport d'agrément.
On n'y lutte finalement qu'avec soi-même. Et, sans doute aussi, avec l'eau…
Nous étions dans le même bateau, Maxime et moi.
Max est un vieux camarade. Notre amitié se perd dans la nuit des temps. Il me colle aux chausses depuis toujours. Un peu comme ces ombres mouvantes des arbres qui frissonnent au fil de l'eau…
Parfois, le muscle soutient le cœur - autre muscle ! Ramer à deux n'est pas désagréable. Cela permet d'échanger en toute intimité. En toute complicité.
Qui était le muscle ? Qui manquait de cœur ? Qui était le plus courageux des deux ? Je l'ignorais et l'ignore encore aujourd'hui.
J'avais des choses à dire à Max.
Des choses importantes.
Capitales, même !
J'avais choisi, pour notre rencontre, le calme d'une navigation sur cette eau à peine ridée. Il me semblait que son cours lent, sans remous, apaisait déjà, par anticipation, ce que j'avais de grave à lui confier. Le doux clapotis de l'eau, les coups sourds des rames frappant parfois la coque, tout cela créait les conditions d'une intimité propice à la confidence.
Il faisait beau et chaud.
L'après-midi dolente coulait au diapason, comme un fleuve trop tranquille. Parfois, des rires d'enfants, échappés de leurs jeux, venaient mourir dans notre sillage. La ville, au loin, semblait un gros chat assoupi dont les ronronnements rassuraient. Nous nous balancions mollement dans cette nacelle, sur une onde rafraîchissante, au-dessus d'un abîme. On eût dit de deux frères heureux de se retrouver après une trop longue séparation.
C'était vraiment le lieu idéal pour parler de choses sérieuses.
Je ne savais pas, pour l'instant, comment aborder mon sujet. Max, rêveur, semblait savourer la grâce de l'instant. À coup sûr, il ne s'attendait en aucune façon à ce qui allait suivre. L'innocence ne s'alarme jamais, tant qu'elle est en harmonie avec une nature quiète. Les choses changent quand s'annonce la tempête…
J'étais seul maître à bord.
Du moins savourais-je ce sentiment grisant.
Il était à ma merci. Sans défense. Tout entier appliqué à l'effort qui cassait son corps. Nous étions tous deux au milieu de l'eau, comme sur une île déserte. Il est émouvant de constater à quel point le bateau évoque, tout à la fois, navigation et naufrage. Rares sont les objets porteurs de sens opposés : on périt en mer et on survit grâce à la même embarcation. Il me semble que la parole possède cette ambivalence : elle blesse tout en étant capable de soigner…
Voulais-je blesser Max ?
Voulais-je le guérir ?
C'est difficile à dire. La vérité, si elle existe, est porteuse de cette ambiguïté. L'amitié est une eau calme. On a du mal à y faire des ronds. Perturber sa surface, c'est remettre en cause un équilibre fragile. La paix de l'âme s'accommode difficilement de ce qui peut la troubler. C'est comme remuer la vase – ce qui arrive souvent en canotant…
Épouser la barque. La formule peut surprendre. C'est éviter de faire eau de toutes parts. Il allait bien falloir surnager. Je m'y préparais, mesurant l'inégalité de la situation. Max risquait de se noyer. Comment faire autrement ? Pour moi aussi ce serait difficile. Certaines situations, cependant, sont inévitables. Le conflit est toujours une impasse. L'eau qui court et que rien n'arrête devait pouvoir permettre de passer outre…
À quel moment gagne-t-on la confiance de l'autre ?
Je me posais cette angoissante question. Je me sentais du même coup investi d'une responsabilité dont je ne pouvais me démettre qu'en ignorant ma lâcheté. Il est parfois difficile d'agir sans entraîner l'autre dans son sillage. Il perd alors tout libre arbitre. L'abus de confiance est la conséquence de la perte de liberté subie par l'autre. Le pouvoir ne fonctionne pas autrement.
Cependant, nous étions embarqués et j'avais des choses difficiles à confier à Max. Des choses qui auraient nécessairement un retentissement sur le cours de nos vies. Autrement dit, nous étions liés par ce pacte tacite dont j'étais, pour l'instant, seul à connaître le fondement. Je pouvais différer le plus longtemps possible le moment où je mettrais Max dans la confidence. J'étais l'unique décideur en la matière. J'avoue que j'en éprouvais même une réelle jouissance. Mais il ne fallait pas pour autant que mes scrupules moraux gâtent ce plaisir enfantin que je m'octroyais à vil prix.
Je ne suis pas un pervers. Je n'aime pas jouer au jeu du chat et de la souris. Je me pique d'une honnêteté intellectuelle, que, trop souvent, je reproche aux autres de ne pas cultiver, pour ne pas en assumer sans réserve les obligations.
Nos propos s'enlisaient dans les méandres de préoccupations dérisoires : le temps - exceptionnel pour la saison ! -, les tracas professionnels, les soucis du quotidien… Rien que de très neutre dans un échange langagier qui nous était devenu familier. Les vieux amis finissent, comme les vieux couples, par épuiser les sujets de conversation. Ils éprouvent alors le besoin, pour sauver les apparences, de n'échanger que de banalités, lesquelles les engagent peu et désamorcent souvent bien des conflits…
De quelles menaces le silence est-il gros ?
Je me posais cette question évidente pour moi mais qui ne l'était pas pour Max, puisque j'avais tout fait pour éteindre en lui tout questionnement. De même, cette nature paisible : je n'ignorais pas qu'elle dissimulait, sous son aspect riant, bien des drames. Par exemple : combien de brochets à l'affût ne finissaient pas par fondre sur leur proie ? Je n'osais pas en parler à mon coéquipier, de peur de rompre ce subtil équilibre qui nous rapprochait dans la même indolence.
À ce moment précis, j'ignorais encore que tout allait se précipiter, que tout allait basculer dans un dénouement que nul - pas même moi ! - n'avait prévu. C'est au moment où l'on tente de résoudre des problèmes embarrassants que les choses surviennent, le plus souvent avec une brutalité d'autant plus vive qu'elle prend de court le protagoniste…
Peu à peu, le silence avait noyé en nous tout vain bavardage. Le bruit d'étoffe que l'on déchire sous le viol de la rame suffisait à nous charmer. Le silence sait parfois être plein de sens. Il nous rapproche d'un commerce avec soi-même qui n'autorise nulle esquive. Certaines situations ravivent des souvenirs essentiels. Ma pensée à vau-l'eau laissait remonter en surface des relents littéraires d'autant plus violents qu'œil et odorat jouaient de conserve, sur la moirure liquide, à les ressusciter. Je pensais au viril rameur normand. Sa nouvelle, Sur l'eau, brûlait de son feu mon âme hantée. La métaphore faisant de la rivière un cimetière dépourvu de tombeau y prend une coloration fantastique. Maupassant déploie tout un jeu de lumières étranges qui parviennent à susciter la peur. Avec, en point d'orgue, la phrase finale, au macabre subtilement orchestré…
Le Normand en rajoutait, dramatisant à l'envi un décor qui, contrairement à la passion de son narrateur pour l'eau, finissait par rendre la nature terrifiante. En surface, tout était lisse, en profondeur…
Je me disais que notre esprit fonctionne de la même façon. L'écrivain cherchait des effets efficaces. Écrivant une nouvelle, il préparait la chute…
La chute…
J'observais Maxime du coin de l'œil.
Son visage rond exprimait toujours la même plénitude satisfaite. Une harmonie parfaite accordait son corps au milieu naturel. Notre proximité le rassurait. Je savais qu'il me savait gré de lui offrir cette parenthèse d'insouciance dans une sienne existence, tantôt turbulente et tantôt morne. Max était plongeur dans un restaurant où j'avais quelques coupables habitudes. Ce n'était pas un intellectuel. Ce qui nous rapprochait, c'étaient les femmes. Ce qui nous éloignait ? C'étaient aussi les femmes !
Précisément !
Maupassant était de cette même eau. Parfois trouble, sinon vaseuse… En tout cas, à ce moment-là, réalité et fiction se superposaient dans ma tête sans canotier, sur laquelle tapait fort le voyou solaire…
Plus je pensais à ce que j'avais à dire à Max, plus je m'accordais de fausses raisons de n'en rien faire. Après tout, avais-je avantage à jeter sur lui le filet maillé serré de la vérité ? Gagnerait-il quoi que ce fût à la connaître ? Pouvais-je impunément détruire cette parfaite entente qui nous isolait si bien du reste du monde ? Les réponses à ces questions s'entouraient de zones d'ombre aussi épaisses que celles de la nouvelle de l'écrivain naturaliste.
Un nouveau scénario mûrissait depuis peu dans mon esprit surchauffé. La surface d'argent en fusion de la rivière brûlait mes yeux que je n'avais pas pris la précaution de cacher sous d'épais verres fumés. Je sentais monter en moi une fièvre malsaine. Elle m'enivrait. Ne pas trop charger la barque ! L'alléger au contraire ! Au maximum…
L'alléger !
C'était cela ! Il valait mieux éviter à tout prix un naufrage…
Et, dans ces instants d'urgence où tout semble perdu, il arrive parfois que tout s'éclaire dans l'action. Tout se conclut dans la violence. On ne réfléchit pas. C'est comme un éclair. Un flash. Une révélation ! L'enchaînement logique des faits nous impose alors sa loi en nous forçant la main…
Maxime venait de fermer les yeux. Sans doute pour mieux savourer encore la grâce de l'instant…
Je le frappai du plat de la rame. En plein visage. Le corps reçut la gifle dans un bruit mou suivi d'un plouf un peu ridicule.
C'était comme une mauvaise blague que je venais de faire à mon pauvre ami. En me vidant à gros bouillons d'un rire gras, je souquai ferme pour m'éloigner au plus vite des vagues concentriques qui faisaient drôlement onduler la surface à l'endroit où mon compagnon venait de couler à pic…
Maxime, plongeur du Maxim's, ce gaillard, avait poussé le bouchon un peu loin. Il en était mort…
Je porte, à présent, un secret encore plus lourd que celui que je voulais révéler à Max…
Afin de m'en alléger, j'ai confié ces notes rapides à un carnet de bord improvisé. J'en effeuille les peu glorieuses pages au fil de l'eau tranquille de ces jours sans joie…
Puisse le lecteur, qui en partage avec moi le poids le plus lourd, ne pas me condamner trop vite !
Qu'il ne me jette pas la pierre qui m'enverrait par le fond !
Aussi sûrement que la vieille, dans la nouvelle de Maupassant !
Dans mon cœur, au fil de l'eau, dérive une barque chargée du poids du ciel…
La grandeur humaine ne se mesure plus qu’à ce qu’elle fut. Nous n’allons nulle part. Le grand idéal n’est plus que de médiocrité : vaincre ses pulsions. À cause de cette prétendue dignité à se castrer sont morts bien des meilleurs. Dans leur sous-monde, ces humbles criminels s’expliquent de cela sans même s’en rendre compte, mais je ne pense pas qu’ils inspirent la pitié. Ainsi sont-ils aussi médiocres que nous-mêmes, nous qui n’osons pas crier dans l’immense procès de notre temps. Nous qui acceptons délibérément ce que l’on nous impose et qui sommes tous d’accord pour ne pas être d’accord.
Max Aub, Crimes exemplaires
On a commis un meurtre.
La mort rôde dans la nuit hérissée de couteaux. Un jeune homme a eu la gorge tranchée.
Était-ce un délinquant ?
Un trafiquant de drogue ?
Un innocent aux mains salies de nuit ?
Les flashes dardent leurs lames d’acier froid sur la forme recroquevillée. Des fantômes hantent le faux-jour de l’éclairage urbain. Ballet expressionniste. Scène de crime. Les flics prennent des mesures. Ils tendent des fils, ici et là, dessinent une silhouette sur l’asphalte : l’empreinte du cadavre, ombre blanche collée au sol. Une pluie fine mouille les vitrines, laque les trottoirs, s’applique déjà à laver le sang.
Rude tâche !
La rue frissonne.
Les badauds se pressent.
On veut voir.
La mort attire. On commente le crime. On réclame des coupables. La haine crépite au fond des yeux. La violence sauvage délie les langues. Des noms circulent. L’obscénité de la mort produit une inflation verbale. La pluie redouble. L’éclat tranchant des yeux blesse : indignation, crainte, révolte. La ville saigne. Le ciel aussi. Les flics suent. Moi de même.
Que fait la police ?
Il faudrait des mesures efficaces pour lutter contre l’insécurité !
Pourquoi avoir supprimé la peine de mort ?
Sous les pas sonnent les pavés.
Un gendarme orchestre le tempo adagio de la circulation de son bâton lumineux. Marcia funebre. Les autos aux yeux sclérotiques préfigurent le convoi funèbre. Sinistre décor d’une mort cependant bien réelle.
Trop réelle !
Le cœur de la ville continue de battre. L’hémorragie nocturne emplit les moindres venelles. Le néon rature le texte de la cité et le rend illisible. L’éclairage labyrinthique égare l’œil. La nitescence qui farde le corps urbain géant mime la fluidité du liquide vital. La Ville, poupée gigogne aux corps emboîtés sur le cadavre, a ses règles. Mais quelles sont celles du meurtre ?
Y a-t-il un lieu du crime idéal ? Est-ce un bois sombre ? Une cour vide ? Une chambre d’hôtel borgne ? Un lieu solitaire ou, au contraire, une foule où le meurtrier pourrait se dissoudre au milieu des visages anonymes et peut-être complices ?
Quelle est la meilleure heure du crime ?
Certains - sans doute dépourvus d’imagination - évoquent minuit… Certes, cela dépend largement du lieu où l’acte est perpétré. Et l’on a tendance à revenir à la case départ.
L’arme préméditant le crime, peut-on accorder des circonstances atténuantes à l’assassin ?
Tout dépend de l’arme en question. Le problème se pose différemment selon que le meurtrier utilisera un poignard, un revolver ou un marteau. S’il est tentant d’éprouver l’efficacité d’un calibre, on peut tout aussi bien planter des clous avec l’outil…
Qui peut, du jour au lendemain, jouer le rôle de l’assassin ?
Bien entendu, on ne naît pas assassin : on le devient. Le Jean-Baptiste Grenouille du Parfum est contraint de tuer pour inventer des parfums toujours plus subtils. Thomas de Quincey fait de l’assassinat l’un des Beaux-Arts. Ce n’est pas un emploi à plein temps. Les meurtriers sont toujours, peu ou prou, des intermittents du spectacle. Même chez les serial killers, dont le professionnalisme n’est certes plus à démontrer…
Existe-t-il une morphologie propre au tueur ?
La Belle Époque l’a cru avec l’infâme Bertillon qui inaugurait, après Cesare Lombroso, le délit de sale gueule. Bertillon considérait l’oreille comme l’organe essentiel de l’identification. Il constitue, selon ses termes, « le legs intangible de l’hérédité et de la vie intra-utérine. » Locard, sombre exégète de Bertillon, ajoute même : « Un policier qui sait son état ne perd pas son temps à dévisager l’homme à reconnaître : il regarde son oreille gauche. En une seconde il est fixé. J’ai connu un criminel de marque qui n’avait plus d’oreille gauche. Il ne s’en était pas défait sans raison. » Je ne crois pas, pour ma part, que ce criminologue détienne la vérité – ou alors ce serait prêter l’oreille à bien des calomnies ! Combien d’enfants à qui l’on a tiré les oreilles sont-ils devenus des tueurs sanguinaires ? Il existe des criminels dont la gueule d’ange leur accorderait, si l’on n’y prenait garde, le bon Dieu sans confession !
Remarque, que dire de Van Gogh qui se coupa le lobe gauche pour l'offrir à une prostituée ? N'a-t-il pas fini par se revolvériser lui-même sans que le docteur Gachet (gâchette ?) ne puisse le sauver ??
Le sexe entre-t-il en jeu quand il s’agit de meurtre ?
