Pétrichor, l'hiver... - Oihan Lorent - E-Book

Pétrichor, l'hiver... E-Book

Oihan Lorent

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Beschreibung

Une station balnéaire ; l'arrière saison. Calme, insouciance. Un homme, une femme, qui s'initient au bonheur. Mais, très vite, leur harmonie se fissure puis se brise, sans explication rationnelle, l'homme ne pouvant simplement plus supporter la simple présence de l'autre. Incapable d'en comprendre la cause, maintenant sans attache et sans repère, il part sur les routes pour tenter de retrouver la source d'une odeur insolite, apparue peu après la rupture. Celle-ci le guide vers des rencontres de hasard, certaines émanant du passé ; d'autre non, mais pourtant si étrangement familières, comme des reflets imparfaits sur une eau troublée. Quelques jeune adultes qui se livrent aux jeux si classiques de la séduction et de l'attirance ; qui se cherchent, se jaugent, s'effleurent ou s'évitent... Un lecteur inattentif ne verra dans ce livre qu'une comédie romantique légère, rafraichissante et gaie, et il pourra d'ailleurs parfaitement s'en contenter et s'en satisfaire même si, dans ce cas, il sera sans nul doute déconcerté par les dernières pages. Un autre, moins distrait, comprendra que, sous une forme onirique et derrière un style volontairement déstabilisant, se cache l'introspection profonde d'un homme, une recherche de sa propre vision idéalisée du couple... Mais peut-être le lecteur y trouvera-t-il tout autre chose, ce texte laissant, de par sa conception même, une large part à l'imagination et à la rêverie.

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Seitenzahl: 268

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Sommaire

À mes dames…

Pétrichor

PARTIE 1 : DÉRIVE

Avant…

Doutes

Attirance

Vent de terre

Départ

PARTIE 2 : TENTATIVES

Souvenirs

Épidémie

23 octobre

17 novembre

Action

Réaction

19 Novembre

Embranchement

7 décembre

Conditionnel. 12 décembre

PARTIE 3 : ÉGAREMENTS

La quête

Retrouvailles

Interlude

Choix

Fuite

PARTIE 4 : ACCOUPLEMENT

Illuminations. 16 décembre

16 décembre

Exploration. 17 décembre

Exigences. 18 décembre

Complicité

Attentions

23 décembre

Nouvelle année…

Samedi 8 janvier

Lundi 10 janvier

Remous

21 janvier

PARTIE 5 : INTERFÉRENCES

Fusion. 24 janvier

Fission. 24 janvier

Collision

6 février

Dialogues

Cohabitation

Amies

Conjonction

8 avril

Éveil

NOTES

À mes dames…

Valérie, ma si nécessaire, mon inséparable ;

Ève, ma sœur, avec mon infini respect et mon affection illimitée ; ma première et plus fervente lectrice ;

Jeanne, ma mère, bien sûr ;

Nicole, pour sa relecture.

Pétrichor :

Liquide huileux sécrété par certaines plantes, puis absorbé par les sols pendant les périodes sèches et chaudes.

Après la pluie, cette huile dégage des composés qui, en se combinant avec la géosmine, produisent en été cette odeur si plaisante de terre mouillée.

Ce mot vient de « petra » (pierre) et « ichor » (le sang des dieux, en grec ancien).

PARTIE 1 : DÉRIVE

Avant…

La langue blanche vient lécher le sel sur ses pieds ; repart vers l’océan avec sa provende dans un bruit de succion. Emporte avec elle un peu de la chaleur corporelle ; peau qui pâlit, perte de sensibilité au niveau des orteils.

Phi ne remet pas ses chaussons de néoprène ; aime la confrontation avec les éléments, la jouissance de les dompter ; tout du moins d’en avoir l’illusion éphémère.

Car la lutte est inégale. Lui mourra un jour, peut-être. Enfin, certainement. Voudrait que ce soit dans une ultime confrontation, broyé par cette puissance et recraché à terre, trophée dérisoire.

Et qu’importe… Sa seule crainte est de ne pas choisir son destin.

L’océan, lui, restera, sans fierté ni suffisance ; sait la pérennité de la houle du large qui l’abreuve, sa force et la vulnérabilité des hommes.

Il est tôt. Le soleil rechigne à se hausser au dessus des toits des immeubles de l’avenue des Hippocampes. Pas de brise, ou si peu… Mais pourtant, les murailles bleues, vertes, souvent rouges aussi du sable qu’elles brassent, viennent s’effondrer dans une violence paisible, ponctuant leur chute d’un grognement monstrueux. À peine l’une s’est-elle déversée qu’une autre, plus haute encore, se dresse dans un jeu de séduction létal pour tenter les fous qui oseraient les défier.

Trop tard pour celle-ci, elle s’écrasera bien avant que Phi ait rejoint l’eau. Mais peut-être est-elle la précurseure d’une série. Il réenfile ses chaussons, attache son leash et glisse sa planche sous son bras. Une fois dans la zone de ressac, il s’arrête, pour dévisager la vague avec arrogance. Le colosse ne s’y trompe pas, démasque le respect de l’homme derrière la fanfaronnade ; s’abat à ses pieds dans une longue étreinte qui le déstabilise.

La vague suivante est moins intimidante ; Phi glisse son gun au ras de l’écume, en canard pour franchir la barre et rejoindre le line-up.

Océan calme, ici, presque paisible. Il se dresse sur sa planche, se tourne vers le large et hurle :

– Vas-y, mon vieux ; reprends des forces ! Je n’en ai pas fini avec toi !

Sa voix se perd dans le silence. Pas d’écho, bien sûr.

Horizon. Lisse. Interminablement. Et soudain, au loin, l’amorce d’une intumescence.

Lui patiente. N’ignore pas que celle-ci peut se résorber, rejoindre son élément d’origine. Mais le gonflement est sensible, maintenant, prometteur comme un ventre d’épouse.

Phi se couche sur sa planche, rame, une main, l’autre, vers la côte. Derrière lui, la masse se rapproche ; il accentue le rythme, s’agenouille. Se redresse en sentant sa planche se soulever.

Il est sur la lèvre, maintenant.

Alors il s’élance dans la pente, un peu trop vite, se retrouve à droite du pic. Petit cut-back pour se rapprocher de l’écume et enfin profiter du déferlement pour prendre de la vitesse.

Le rouleau manquera d’altitude pour espérer un tube. Peu importe ; Phi remonte jusqu’à la lèvre ; eau, virages, écume, remous, envol…

Ciel.

______________

La brise de mer s’est levée, lissant la crête des vagues, les privant de s’effilocher en un voile blanchâtre. Une mèche de cheveux blonds, encore pâlis par le sel et le soleil, vient masquer un instant son regard. Il la repousse d’un geste instinctif.

Quelques pêcheurs, maintenant ; des promeneurs qui s’amusent avec leurs chiens. Une fille a posé sa serviette sur la plage, pull vert et jean. Lit, assise en tailleur ; pieds nus.

Les surfeurs arriveront plus tard, jusqu’à la nuit, jusqu’à ce que le sillon clair tracé par leurs ailerons devienne sombre, à son tour. Pour l’instant, Phi n’en distingue qu’un, au loin, vers la Gravière.

Mais ils viendront. Un cœfficient de 108, ça ne se rate pas, malgré le vent on-shore.

Sig est survenu ; s’assied, à sa droite. Tenue de ville ; il n’est pas là pour la glisse. Pas un regard vers Phi ; la perfection est là. Devant.

– Je savais que tu serais sur « La Nord ».

– Rare que j’aille ailleurs…

Silence. Regards parallèles vrillant l’immensité. Longtemps.

– Alors ?

– Alors quoi ?

– Enéa…

– Pareil. Elle doit dormir, encore.

– Tu rentres quand ?

– Plus tard ; je ne suis pas prêt.

Silence, de nouveau. Sig sait ; sait le dégoût, la nausée qui monte dans la gorge de Phi. Sait qu’il faut du temps ; quelques heures, comme chaque jour. Alors Phi pourra rejoindre l’avenue des Cigognes, sa maison. Pousser la porte, embrasser la nuque pâle à travers le fouillis des boucles brunes. Toujours derrière elle, poser ses mains bronzées sur son ventre, ses seins. Sentir le léger frissonnement du corps, la tête d’Enéa s’abandonner, en arrière, sur son épaule.

Du temps. Juste un peu de temps.

Sig parle, regard vers l’Ouest. Encore.

– Putain de beauté…

– Oui.

– Ça va bien faire du quatre mètres de houle, cet après midi. Tu reviendras ?

– Non. Ça ira mieux.

– Ne lâche pas… Ça pourrait être elle.

– Peut-être.

– Faut que j’y aille…

– À plus.

______________

Onze heures. Phi se redresse ; s’étire. Retourne à son Combi glisser la planche dans sa housse, retire sa combinaison néoprène. Ne se sent pas prêt, encore. Rejoint le Rock Food par la promenade du front de mer pour un jus de fruits en terrasse. La plage se marbre progressivement de taches multicolores. Octobre. Douceur.

Prend un magazine plié en deux dans la poche de sa veste, le temps de quelques pages. Relève les yeux, souvent ; peut-être pour faciliter sa réflexion, espérer qu’une révélation surgisse du chaos des vagues.

Promenade du front de mer, dans l’autre sens. Moteur. Boulevard de la Dune. Colline de sable blond à sa gauche, qui barre la vue mais dissuade le sel de venir ronger trop vite les peintures, corroder les tôles.

Il se gare devant l’entrée, pousse la porte.

Embrasse la nuque pâle à travers le fouillis des boucles brunes.

Derrière elle, pose ses mains bronzées sur son ventre, ses seins. Sent le léger frissonnement du corps.

La tête d’Enéa s’abandonne, en arrière, sur son épaule.

Plénitude.

Jusqu’à demain.

Doutes

Phi dit qu’il va au village ; que c’est le jour de sortie du magazine « Surf Session », à la maison de la presse.

– Tu m’attends ? J’ai repéré des petits vêtements sympas chez « Roxy ».

Visage de Phi, détourné. Enéa ne doit pas voir que celui-ci se creuse ; les poings qui se serrent au secret de ses poches.

– Oui, bien sûr.

Le reflet dans la vitre la dessine, qui finit de déjeuner ; longue chemise d’homme ne tenant que par deux frêles boutons qu’elle aime porter le matin, petite culotte. C’est tout. Pas encore maquillée ; probablement fraîche, lumineuse. Cheveux bouclés mi-longs qui encadrent le visage sans éclipser l’éclat des yeux gris-bleu. Devrait être belle. L’est, peut-être. Enfin… Le sera, tout à l’heure.

Elle se lève, finit d’une dernière gorgée pressée sa tasse de café. Phi la voit s’éloigner vers la chambre ; jambes fines qui ondulent, chaque pied nu se posant dans l’exact prolongement de l’autre. Chemise qui tombe au sol, dévoilant la cambrure des reins.

Phi ferme les yeux ; expirations longues, espacées. Il doit retrouver le calme, le contrôle.

– Je t’attends dans le jardin !

– D’accord ! J’en ai pour cinq minutes…

Lui, qui traverse la route ; va jusqu’au pied de la dune, en face. Entend le brame des vagues, de l’autre côté, qui l’appellent pour une nouvelle étreinte. S’efforce de calquer le rythme de sa respiration sur elles.

Enéa est déjà assise dans le Combi, côté passager. La portière n’est presque jamais fermée à clé.

Phi la rejoint, visage ombrageux ; met le contact.

Avenue des Cigognes. Devine qu’Enéa le regarde. Elle parle.

– C’était vraiment bien, hier soir.

Phi regarde droit devant, fixement. Avenue de la Grande Dune.

– Pour moi aussi.

La main gauche d’Enéa vient effleurer sa nuque ; la droite s’enfonce sous la chemise, contre son torse. Phi parvient à ne pas tressaillir ; contient le mouvement de recul.

– Si tu étais toujours comme ça…

– Comment ça ?

– Comme la nuit dernière.

Phi sait qu’elle le devine tendu, agressif.

– Tu sais, moi, le matin…

Phi trouve une place avenue Paul Lahary, pas très loin du centre.

– Bon, je vais chercher « Surf Session » et on se retrouve là.

– Tu ne viens pas avec moi ?

Silence…

– S’il te plaît… J’aime bien quand tu m’aides à choisir.

Ne peut lui refuser ; tant de douceur...

– Bon… D’accord.

Quelques pas ; ils pénètrent chez « Roxy ». Enéa déplie contre sa poitrine une marinière rose et blanche qu’elle a aperçue dans la première pile.

– Comment tu trouves ?

Phi la regarde à peine.

– Pas mal. Mais tu as un peu l’air d’une ado…

Une chemise ornée de fleurs rouges, maintenant.

– Oui, c’est bien. J’aime bien la taille haute qui arrive au dessus du nombril.

Espère qu’elle choisira vite… Que c’est fait, peut-être ; qu’une décision a été prise. Sent son trouble qui s’amplifie, de nouveau.

Enéa s’empare d’une petite robe blanche simple, mi-cuisses ; d’un short léger à rayures ciel et roses.

– Je ne peux pas essayer ça ici… Tu m’accompagnes à la cabine ?

Nausée ; ses prémices. Murs qui oscillent. Sueur qui perle sur le front de Phi. Elle retire son jean, enfile le short, derrière le rideau.

– Alors ?

– Génial !

– Phi, tu n’as même pas regardé !

Dégoût, qui le happe comme une vague scélérate.

Elle referme le rideau, boudeuse ; passe la petite robe blanche, s’observe dans la glace. Pas mal… Elle fait coulisser la tenture.

Phi n’est plus là. Nulle part.

________________

Avenue du Touring-Club. Elle l’aperçoit, qui revient de la maison de la presse. Le laisse s’approcher.

– Il t’est arrivé quoi, là ?

– Excuse-moi ; je n’étais pas bien…

– Phi, si tu as un problème, tu dois m’en parler… Tu me dois ça…

Lui baisse les yeux.

– Je le sais…

Il glisse sa main dans les cheveux d’Enéa ; sa répulsion s’est estompée, se dilue.

– J’aurais voulu... Vraiment… Je ne pouvais pas…

– Tu ne pouvais pas quoi ?

– Rester.

Ils progressent lentement le long de l’avenue, dans l’autre sens ; chacun perdu dans ses propres inquiétudes.

– On prend un verre ?

– Si tu y tiens…

Au café de Paris, ils demandent des jus de fruits frais pressés ; qu’importe lesquels.

Enéa agite nerveusement sa paille dans le verre, la tord, la dépose sur la table métallique. Finit par la replacer parmi les glaçons.

– Tu es homo, Phi ?

Lui, petit rire agacé ; regard abaissé pour ne pas croiser les yeux d’Enéa…

– Si c’était le cas, il y a longtemps que je te l’aurais dit. Ce n’est pas une tare…

– Tu ne m’aimes pas ?

Phi, de nouveau, presque sans réfléchir, apparemment irrité qu’Enéa ait pu formuler cette hypothèse ; qu’elle ait simplement pu l’envisager :

– Ça serait quoi, ma vie, sans toi ? Je ne conçois pas…

– Alors ?

– C’est compliqué.

Chacun se replonge dans son verre, médite.

– Il y en a une autre ?

Phi, voix froide…

– Non. Ça aussi, je te l’aurais dit.

_______________

Ils regagnent l’avenue des Cigognes, le bruit du moteur ne masquant pas leur conversation, puisqu’inexistante.

Phi erre sans but dans le jardin. Gazon vert, dense, le ciel n’étant pas avare d’ondées, par ici, et le climat très doux. Hortensias qui ont, depuis quelques semaines, renoncé à fleurir. Un palmier à droite, un albizia à gauche ; cela suffit. Phi aime les vues dégagées. Regrette souvent la présence de la dune, derrière lui, même s’il la remercie pour sa protection, lors des tempêtes d’hiver.

S’assied sur une des chaises longues, feuillette les premières pages de son magazine, mais les mots ne parviennent pas jusqu’aux yeux, errent dans le vide.

Attirance

Se sont rencontrés en juin, au non hasard d’une soirée chez Sig et Ninon.

Ninon avait côtoyé Enéa sur les bancs de la fac de lettres, à Pau ; elles s’étaient découvert des goûts communs, appréciaient les mêmes loisirs, le même humour décalé ; les mêmes hommes, parfois.

Quant à Sig et Phi, longue histoire de deux amis de primaire qui ne s’étaient jamais perdus de vue, unis par leur passion commune pour le surf et l’océan.

Enéa et Phi étaient sans attache depuis quelques mois… Ninon et Sig avaient jugé opportun de provoquer une collision bénigne entre leurs destins, avec la curiosité amusée de voir ce qu’il adviendrait.

Situation ubuesque, théâtre de boulevard.

Mais ainsi que, dans l’histoire, la chance et la sérendipité ont présidé à bien des découvertes majeures comme la pénicilline ou la tarte Tatin, Enéa et Phi signèrent sans hésiter – bien que d’un stylo fébrile – le constat à l’amiable de leur attirance réciproque.

Durant tout l’été, ils partagèrent leurs soirées. Enéa habitait non loin du Skatepark, à Capbreton. Ils se rendaient tantôt chez l’un, parfois chez l’autre.

Une fois le repas pris, le plaisir advenu, l’invité repartait chez lui. Se retournait invariablement, quelques pas après la porte, pour un rituel maintenant immuable : mimer un baiser, embrassant le creux de sa propre main puis soufflant sur sa paume pour faire parvenir à l’autre l’illusion du contact. Phi devait nourrir et sortir le chien de ses voisins, en voyage à l’étranger ; Enéa traduire en Basque des articles et nouvelles pour la diffusion confidentielle d’un magazine local ; elle privilégiait pour cela le silence apaisant de la nuit, laissant parfois ses doigts parcourir le clavier jusqu’aux prémices de l’aube. Se levait tard, forcément.

Ce fut Enéa qui proposa, la première, aux derniers jours d’août. Avait la tête posée sur la poitrine de Phi, comme pour se bercer de sa respiration ; les jambes mêlées aux siennes sur les draps, comme une tresse.

– Je n’ai pas envie de rentrer chez moi, ce soir.

Phi tourna la tête vers elle, surpris…

– Tu n’as pas un article à rendre, pour demain ?

– Si, mais l’ordi est dans ma voiture. Mon chargeur de batterie a rendu l’âme et j’ai emmené mon portable avec moi, chez le réparateur, pour qu’il ne se trompe pas de modèle… Il y en a tellement !

Phi plonge longuement son regard dans le sien ; calme et douceur.

– Reste…

Enéa le récompense d’un petit baiser.

– Merci !

Se dresse, voile juste sa nudité d’un long pull emprunté à Phi et sautille, nu-pieds, jusqu’à la porte d’entrée, la voiture. Revient lestée du portable, dans sa housse rose.

Phi la regarde, amusé, pendant qu’elle enfile une culotte, des socquettes.

Mime un air sévère et hautain.

– Bon, d’accord, Mademoiselle ; je vous prends à l’essai. Mais, pour un C.D.I., il faudra déjà faire vos preuves !

Sourire d’Enéa qui regagne le bureau pour y brancher son matériel.

_______________

Septembre passa, si vite... Enéa travaillait tard, Phi se levait à peine après son assoupissement.

Lui vivait de petits travaux, essentiellement du jardinage ; tonte de pelouses, taille de haies, élagage d’arbres ; de temps en temps, donnait un coup de main à un ami shaper pour poser la fibre de verre et la résine sur des surfs que celui-ci construisait, surtout en période estivale où la demande était forte.

Aurait pu travailler beaucoup, comme bien des artisans ; préférait à un surplus d’argent du temps libre pour glisser sur l’océan, profiter d’Enéa.

Son Combi était ancien ; il le réparait lui-même avec des pièces de récupération. Juste la remorque pour transporter les débris végétaux qui vivait péniblement ses derniers instants. Il faudrait la remplacer. Un jour.

À midi, il rentrait, ses tâches généralement achevées.

Le repas était ascétique, Enéa venant souvent à peine de s’éveiller. Ils se contentaient la plupart du temps d’un sandwich et d’un fruit pour lui ; pour elle d’un laitage, d’une biscotte ; une tasse de café.

S’ensuivait une balade sur la plage, quand le temps s’y prêtait.

Enéa régissait l’intérieur, le ménage, l’entretien du linge ; s’agaçant un peu du laisser-aller de Phi quant à ses habits délavés, troués, tissus rongés de trop de lavages ; mais c’est ainsi qu’il les affectionnait ; dans ceux-ci qu’elle l’aimait.

Deux à trois fois par semaine, elle retournait à son appartement récupérer son courrier, picorer des vêtements qui lui dureraient quelques jours. N’avait pour l’essentiel entreposé chez Phi que le nécessaire pour sa toilette et son maquillage, son ordinateur.

C’est le soir que Phi laissait s’exprimer tout son talent culinaire. Il déposait sur la table un axoa de veau, un dos de cabillaud au chorizo, des nems de boudin basque et pommes à la gelée de piments Sakari… La liste semblait sans fin et provoquait à chaque fois le même ébahissement des papilles.

Quand la soirée était douce, ils la concluaient dans le jardin autour d’une boisson fruitée et rafraîchissante.

Comme une ado délurée, Enéa jouait à faire croître le désir de Phi par des attitudes équivoques ; langue qui pourléchait plus que nécessaire sur les lèvres le sucre du mocktail, jambes qui se croisaient insuffisamment sous la courte robe d’été, si courte qu’elle suggérait à elle seule le bonheur et dont la bretelle glissait peu à peu pour dévoiler l’épaule, confesser l’absence de soutien-gorge.

Dans l’urgence, ils abandonnaient souvent les verres à moitié pleins sur la table du salon de jardin ; les retrouvaient au matin dilués de rosée ou de pluie.

Puis Enéa regagnait le bureau, se mettait au travail. À son éveil, Phi était bien sûr déjà parti.

_______________

En octobre, le hasard fit qu’Enéa se trouva moins sollicitée pour des traductions. D’autre part, la pluie s’installa durablement sur Hossegor, ce qui contraignit Phi à décommander plusieurs travaux d’extérieur. Ils se levaient donc presque ensemble et, à peine une tasse de café avalée, Phi s’enfuyait vers le hangar pour bricoler son vieux Combi ou enduire de paraffine ses multiples planches.

Quand la nécessité l’obligeait à retourner à la maison, ses pas le menaient toujours vers une pièce qu’Enéa venait de déserter. Pour se raser, il attendait qu’elle ait fini de prendre sa douche, ne s’aventurait dans la cuisine que s’il la savait dans le bureau.

Enéa n’y prêta pas une attention excessive ; la matinée passait vite, au gré des tâches ménagères et, quand Phi revenait vers midi, il l’enlaçait, l’embrassait avec tendresse. Fit le choix d’imputer au hasard le fait que Phi semblait s’enfuir, le matin, quand elle pénétrait dans la pièce où il se trouvait.

_______________

L’attitude de Phi chez « Roxy » avait laissé Enéa ébranlée, incertaine. Un moment de détente lui permettrait peut-être de désapprendre ses inquiétudes. Téléphona à Ninon pour la persuader de l’accompagner à Saint-Jean-de-Luz pour flâner dans les boutiques du centre-ville. Dans un magasin pour touristes, Enéa acheta une minuscule planche de surf argentée accrochée à une chaîne, pour lui. Ça l’amuserait, le ferait sourire.

Au hasard de leurs déambulations, elle évoqua le comportement de Phi. Confia sa propre incompréhension ; ses doutes.

Ninon ne parut pas surprise.

– Sig m’a déjà parlé de ça ; il faut attendre que ça passe, c’est tout…

– Et tu sais pourquoi ?

– Compliqué… Je ne suis pas certaine d’avoir compris, d’avoir saisi la logique… Il n’y a que Phi qui pourrait t’en parler. Mais je crois que, même lui, ça l’effraie. Laisse-lui un peu de temps…

Ninon s’arrête, fixe Enéa…

– Ne t’inquiète pas ; il n’y a que toi, dans sa vie. Et il t’aime.

Enéa reste pensive ; corrige :

– Me désire, oui ; sans doute…

_______________

Soir. Phi a dressé la table, a préparé des chipirons à la plancha accompagnés, fait rare chez lui, d’une bouteille d’Irouleguy blanc.

Il ne s’est pas rasé ; sait qu’Enéa apprécie qu’une ombre blonde tranche sur sa peau bronzée. A revêtu une chemise en toile d’un bleu délavé, un pantalon d’aviation aux larges poches latérales, sportif et élégant.

Enéa s’est parée d’un petit haut blanc simple qui lui dévoile le nombril, d’une courte jupe bouffante sombre, si légère que la moindre brise la soulève lorsqu’elle la porte dans la rue, la forçant parfois à contenir son envol d’un geste hâtif.

Ils se tiennent les mains, s’observent, supputent les pensées de l’autre.

Enéa n’a pas souhaité, osé formuler les questions. Ne pas gâcher l’instant. Demain, peut-être…

Ils évoquent leurs journées respectives.

La chambre rejointe, ils s’étreignent avec rage, violence, une âpreté inusuelle.

Recommencent, presque aussitôt.

Patience et douceur, cette fois.

_______________

5 heures. Enéa ne sait ce qui l’a éveillée. Tend le bras vers la droite pour effleurer le corps de Phi, se rassurer de sa présence. La place est vide, froide.

Elle se lève, passe un pull, explore chaque pièce dans la pénombre. Ne veut pas allumer les lumières ; peut-être ne parvenait-il pas à dormir et est-il allé s’étendre sur le canapé, pour ne pas la déranger. Ne souhaite pas le réveiller, s’il a enfin croisé le sommeil.

La maison est vide ; elle gagne le jardin. Le Combi est là. Peut-être a-t-il rejoint la plage, par la dune.

Une ombre, sur une des chaises longues ; Enéa se dirige vers elle, une branche craque sous ses pas.

Voit l’ombre courir, se précipiter ; grimper dans le Combi, mettre le contact, démarrer.

Les phares s’éloignent déjà dans l’avenue des Cigognes.

Elle, figée ; ne pouvant que constater.

Se retourne, plus tard. Il fait froid.

Enfin… Cette sensation-là.

_______________

Phi revient, vers 10 heures. La porte de la maison n’est pas fermée à clé.

S’aperçoit avant d’entrer que la voiture d’Enéa n’est plus là. Le vide s’est substitué à la trousse de toilette, l’ordinateur. Même le sac à linge sale ne contient plus que ses propres vêtements.

Sur la table de la cuisine, un petit mot :

Pour le C.D.I., laisse tomber…

Vent de terre

Phi erre dans les rues, au volant de son Combi. Ne cherche pas la trace d’Enéa. Le pourrait mais contourne même Capbreton pour ne pas trop s’approcher du Skatepark, risquer d’apercevoir sa voiture.

Le temps des explications n’est pas venu, ne viendra pas. Il comprend son départ, sa réaction ; aurait aimé lui apporter plus, lui donner davantage. N’avait rien d’autre à offrir.

Hait ce courant de baïne qui, chaque matin, emporte son esprit à l’écart de toute logique ; sait que quelque tentative que ce soit pour l’affronter est inutile. Ne reste plus qu’à se laisser porter vers le large, se laisser dériver et regagner la côte plus loin, plus tard. Retrouver la raison.

Même l’océan ne l’attire pas, aujourd’hui.

Minutes ; heures… S’étonne de se retrouver sur la route de la côte, vers Mimizan plage ; a sans doute oublié de tourner à Soustons… Fait demi-tour.

La jauge de son réservoir d’essence s’abaisse périlleusement. Phi guette une station d’essence, en trouve une, s’y arrête. Son portefeuille est resté sur la table basse, à Hossegor.

Parcourt encore quelques dizaines de kilomètres. Moteur qui hoquette ; il se gare précipitamment à l’écart de la route.

L’obscurité est tombée. Il songe à appeler Sig, mais il est tard, déjà… Se sent vide, épuisé.

Va s’étendre à l’arrière du Combi, sur une couverture. Espère que des jeunes ne tenteront pas d’incendier son véhicule pendant son sommeil, juste pour s’occuper en rentrant ivres de boîte de nuit.

_______________

Matin, 10 h 30. Sig gare sa voiture près de la camionnette, sort un bidon du coffre.

Ne prononce pas un mot, l’air sombre. Sait, déjà ; sans doute Enéa a-t-elle téléphoné à Ninon. Aide Phi à remplir un peu le réservoir, lui tend son portefeuille qu’il est passé chercher avenue des Cigognes. La porte était ouverte, bien sûr.

Regagne sa voiture, se retourne vers Phi.

– Faut qu’on parle…

Remet le contact ; s’éloigne.

_______________

Café de la plage, place des Landais. Soleil timide et absence de brise de mer, qui rendent la terrasse encore fréquentable.

Phi a commandé une boisson alcoolisée, exceptionnellement. Sig a fait de même, parle.

– Évite de passer chez nous en ce moment. Ninon t’enverrait balader. Elle t’en veut ; vraiment.

– Je sais… Enfin j’imagine… Si j’avais pu éviter…

– Bon sang, tu n’aurais pas pu faire un effort, pour une fois ?

– Pas une question d’effort… Après midi, c’était parfait. J’y ai même cru, un moment. C’est tous ces matins, ces saletés de matins…

Silence.

– Ça allait, au lit ?

– Je ne savais même pas que ça pouvait ressembler à ça… Tu connais des mots pour décrire le paradis, toi ?

Sig cherche…

– Sublime ?

– Oui, à peu près ça… C’est l’idée.

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Phi lui a raconté, un jour. Agacé ; gestes brusques…

– Faire ça. Ne faire que ça. Se satisfaire de ça… Pas possible. Je n’y arrive pas…

– Faire quoi ? Baiser ?

– Oui, si tu veux… On peut dire ça comme ça… Surement pas le mot que j’aurais choisi mais, bon, on parle de la même chose…

– Où est le problème ?

– Pas de le faire, bien sûr… C’est même le seul bon moment, le seul instant de vrai partage. Mais tu m’explique, à part ça, à quoi ça sert de se mettre en couple ? Ça sert à avoir des gosses ? Oui… Admettons. Mais enfin, on n’est pas aux pièces… Il n’y a pas urgence, surtout vu l’avenir qu’on leur prépare… Alors pourquoi, toi et moi, on s’encombre de contraintes ? Rentrer à heure à peu près fixe ; laisser ses chaussures dans l’entrée ; aller déjeuner chez les beaux-parents chaque week-end alors qu’il fait beau et qu’on pourrait être en train de glisser sur la vague ? Mettre nos vêtements dans le panier à linge sale plutôt que de les laisser en vrac au milieu de la pièce ; et j’en passe de bien pires… On ne l’accepte que parce qu’on a des pulsions ; et que ces maudites pulsions, il faut les assouvir… Tu veux résumer l’après-midi d’un homme – et ça pourrait être moi, d’ailleurs, cet homme… Je ne suis pas mieux que les autres … – ? Facile : il y a les moments où il le fait, où il « baise », comme tu dis, et les moments où il a envie de le faire. Rien d’autre ; point final, même s’il donne l’impression d’être occupé à autre chose. Parce qu’imagine : il marche avec elle sur la plage. Il pense à quoi ? Aux vagues ? Non… À elle. Et, évidemment, pas à son intelligence, à son humour, à sa gentillesse, à son rire attendrissant. Non… Juste à son corps, à ses jambes, à ses… Enfin, bon… Je ne te fais pas la liste exhaustive : tu connais… On n’est pas à un étal de boucher à choisir les meilleurs morceaux… Peut-être que, pour elle, c’est pareil, d’ailleurs… Je ne sais pas… J’imagine que ça dépend des femmes… Reste une petite moitié de la journée, quand on a fini par obtenir ce qu’on voulait et où le désir nous laisse suffisamment tranquilles, où l’on pourrait prendre un peu de recul, profiter simplement de sa présence… Échanger. Poser les premières pierres d’une complicité qui ne soit pas liée à une simple attirance. Mais, généralement, on est trop pris par les contraintes annexes comme manger, dormir, travailler… On lui fait un cadeau ? Ce n’est pas parce qu’on l’aime, il ne faut pas se mentir... C’est pour avoir son susucre, sa récompense… Son soulagement, quoi... Ou pour la remercier de nous l’avoir déjà accordé… On est des animaux, où quoi ?

– Ben… Dans l’absolu, oui…

– O.K. Donc, une poupée gonflable et Ninon, pour toi, c’est la même chose…

– Non, évidemment… Parce que ça, c’est en plastique… Enfin… un truc mou… Et puis, avec Ninon, on a des conversations…

– Sur quoi ?

– Sur ce qu’on a fait, dans la journée… Sur ce qu’on fera le lendemain.

– Tous les deux, ensemble ?

– Pas forcément… Enfin, pas souvent…

– Supposons… Tu rentres à la maison. Ninon n’est pas là. Tu penses quoi ?

– Qu’elle est en retard…

Silence… Phi, de plus en plus exalté, maintenant, qui se lance dans une narration obscure, sibylline. Histoire d’un prélude au sommeil. Étreinte douce avec une fille adorable ; lumière qui s’éteint, heures qui passent.

– … et puis, plus tard, tu la devines qui te frôle, s’approche, se hisse sur ton corps. Elle en a envie, sans doute, encore… Pas de mal à ça. Mais il y a quelque chose d’étrange… Celle qui te chevauche, tu ne la reconnais pas ; tu pressens une anomalie. Tes yeux s’accoutument à la pénombre. Et, peu à peu, Elle apparaît. La Laideur…

– Quoi, la laideur ? Tu viens de remarquer qu’elle avait quelques dents pourries ? De vilaines cicatrices ? Les seins format gants de toilette ?

– Non… Là, tu me parles d’imperfections ; tout le monde en a. Moi je te parle d’une laideur indescriptible parce qu’absolue, totale. Une laideur violente, agressive ; la laideur en tant que concept. Une laideur qui ne laisse aucune place à l’apitoiement ou à la compassion car délibérée, assumée. La femme sur toi EST la laideur ; sa définition… Son incarnation… Et tu devines, tu sais déjà que c’est avec elle que tu as couché, la veille.

Sig, osant une interprétation :

– Ben, oui … Un cauchemar, quoi... J’en ai eu d’autres, bien pires… Pas le même que toi, forcément ; tout dépend de tes propres traumatismes, des blessures morales dont tu n’as pas pris conscience. J’ai vu une émission là-dessus, un soir où Ninon était partie voir une copine… Carrément ennuyeuse, d’ailleurs… Enfin, je parle de l’émission ; pas de Ninon ou de son amie… Bref, à chaque coup, tu te retrouves au bas du lit, en sueur, réveillé parce que tu as crié, ou gémi, inconsciemment. Faut juste se lever, aller se promener ou lire un peu pour ne pas se rendormir tout de suite et revivre la même chose… Normal…

Phi a attendu que la voix de Sig s’éteigne pour reprendre :

– Oui… Se lever… Aller se promener avant de se rendormir… Si seulement je pouvais…

– Comment ça ?

– Parce que ce n’est pas la nuit, que je ressens ça. C’est le matin, à l’instant même où je me lève. Tous les matins…

– …

– Et difficile donc de me réveiller, puisque je le suis déjà…

Silence volontaire, pour laisser à Sig le temps d’analyser la situation ; d’en comprendre les implications, les conséquences. Puis :

– Enfin, j’exagère un peu… La femme n’est pas toujours aussi effroyable que ça… Et, vers midi, ça s’estompe, progressivement. Aucune idée pourquoi, d’ailleurs… Mais, dans tous les cas, je peux t’assurer que tu ne penses qu’à une chose, quand ça t’arrive : partir, loin, le plus vite possible pour essayer de te débarrasser de cette vision. Alors, pour ce qui est des caresses ou des élans affectueux, je ne te fais pas un dessin… Et puis, il y a aussi ce dégoût, cette répulsion ; pas seulement d’elle : de soi, aussi... Comme quand tu as trop bu, la veille ; que tu es mal, que tu regrettes. Que tu te dis : « Plus jamais ! ». Que tu implores pour ne plus exister ; que tu te méprises. Mais pourtant, tu recommences, le soir même… Pour les cuites, j’ai vécu ça une paire de fois ; erreurs de gamin… Mais c’est du passé ; je sais éviter, maintenant… Pour le reste… Tu imagines le miroir, le matin ? Le miroir de la salle de bain ? Oublie. Tu l’oublies. Tu apprends à l’oublier, à détourner les yeux. Ni ton visage, ni le sien. Ce serait impossible… Parce que tu te dégoûtes d’accepter que votre couple se résume à ça ; à si peu… Parce qu’elle te dégoûte d’en être complice. Bon sang… Ce n’est pas possible d’envisager autre chose, quand on est deux ? Je ne sais pas… Une forme de communion ? Enfin, pas au sens religieux, bien sûr…

Quand Phi eut fini de parler, ce jour-là, Sig convint que c’était quand même un problème dont il y avait lieu de se préoccuper.

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Phi a abandonné son verre presque plein ; les vapeurs d’alcool l’écœurent.

– Tu as des nouvelles d’Enéa ?

– Ninon doit en avoir… Elle est partie la voir…

– J’espère ne pas lui avoir fait mal… Enfin, pas trop… Elle ne le mérite pas…

– Sûr…Et toi, tu le vis comment ?