Plan de vol modifiable - Frédéric Veilleux - E-Book

Plan de vol modifiable E-Book

Frédéric Veilleux

0,0

Beschreibung

J’interceptai l’alignement de piste à une vingtaine de miles de l’aéroport de Havre-Saint-Pierre. Je procédai pour un atterrissage sur la piste 08 en effectuant une approche classique avec descente par palier. La météo était mauvaise. Dès que je pus, je plongeai pour atteindre le minimum d’altitude permis. Là, je m’écarquillai les yeux afin de voir la piste à travers le rideau de brume. J’apercevais le sol par intermittence sous l’avion, mais je ne voyais rien devant. La piste se rapprochait. Il ne restait plus que quelques secondes avant la remontée. Soudainement, elle apparut, mais j’étais presque au-dessus du seuil. Et la piste était courte…

De Montréal à Natashquan et de Wabush à Halifax, suivez les péripéties d’un pilote professionnel sur un avion corporatif. Découvrez un monde fascinant où la routine au travail n’existe pas. Des anecdotes de pilotes, par un pilote, mais pas seulement pour les pilotes!  


À PROPOS DE L'AUTEUR


Natif de Causapscal, dans la vallée de la Matapédia, Frédéric Veilleux travaille quatre années comme pilote professionnel au début des années 2000 et obtient sa licence de pilote de ligne. Il continue sa carrière d’aviateur en acceptant un poste de commandant de bord sur un avion corporatif. Par la suite, il met son expérience au bénéfice de l’organisme Sérabec, qui effectue des missions aériennes de recherche et sauvetage. Aujourd’hui propriétaire de son propre avion, ses aventures d’aviateurs sont loin d’être terminées…

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 334

Veröffentlichungsjahr: 2022

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Table des matières

Autre publication de Frédéric VEILLEUX

Remerciements

Préface

Prologue

Introduction

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Épilogue

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Titre: Plan de vol modifiable / Frédéric Veilleux ; préface de monsieur Pierre Harvey, éditeur du magazine Aviation.

Nom: Veilleux, Frédéric, 1959- auteur.

Identifiants: Canadiana 20190024755 | ISBN 9782924169964

Vedettes-matière: RVM: Veilleux, Frédéric, 1959-—Anecdotes. | RVM: Pilotes d'aéronef—Québec (Province)—Biographies.

Classification: LCC TL540.V45 A3 2019 | CDD 629.13092—dc23

2019©Éditions du Tullinois

www.editionsdutullinois.ca

Tous droits réservés.

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’Auteur, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle.

Auteur :Frédéric VEILLEUX

Titre: Plan de Vol Modifiable

Relecture : Anne-Laure PEREZ

Graphisme Couverture :Mario ArsenaultTendance EIM

ISBN papier: 978-2-924169-96-4

ISBN E-Pdf : 978-2-89809- 099-8

ISBN E-Pub: 978-2-89809-100-1

Bibliothèque et Archives Nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Nationales du Canada

Dépôt légal papier : 3e trimestre 2019

Dépôt légal E-Pdf : 1e trimestre 2021

Dépôt légal E-Pub : 1e trimestre 2021

Imprimé au Canada

Première impression : Juillet 2019

Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.

SODEC-QUÉBEC

Autre publication de Frédéric VEILLEUX

2012 Histoire d'un Pilote Trois Lunes Éditions

Remerciements

Merci à mon meilleur ami Julien et à sa mère Carole, pour la franchise et la justesse de leurs commentaires sur mon manuscrit :

Merci à mes parents, Carol et Diane, et mes deux frères, David et Simon, sur qui je peux compter en toute circonstance;

Merci à mes trois enfants, Ludovic, Maxime et Benjamin. Être votre père est ma plus grande fierté.

Par-dessus-tout, merci à ma conjointe Kathy. Merci d’être à mes côtés et de m’épauler dans tous mes projets, aussi farfelus soient-ils. Tu es le pilier de ma vie sans lequel je ne serais pas ce que je suis.

Je t’aime.

Finalement, merci à vous, chers lecteurs, de m’avoir encouragé !

Fred

Préface

Pierre HARVEYest éditeur du magazine Aviation Québec.

Ce dernier est paru pour la première fois en 1997 sous le nom « Journal Aviation Québec », le Magazine Aviation est une revue spécialisée québécoise sur l’aviation. Abordant autant l’actualité que les sujets techniques en passant par les anecdotes de pilote et les conseils pratiques, ce périodique est un magazine complet fait par des pilotes pour des pilotes!

Déconcerté et flatté, voilà comment je me sentais un beau soir du début avril, lorsque Frédéric me proposa d’écrire la préface de son nouveau livre. Malgré une longue carrière comme éditeur du « Magazine Aviation », et nombre d’article paru sous ma plume, c’était la première fois qu’on me demandait de signer une préface. J’ai accepté avec grand plaisir.

Ce livre ne raconte pas l’histoire d’un pilote de guerre; et ce n’est pas non plus le récit d’une catastrophe aérienne. L’auteur n’a pas fait les manchettes suite à un scandale ou à un acte héroïque. Il s’agit simplement d’un homme, un pilote professionnel, qui nous raconte sa passion de l’aviation à travers une série d’anecdotes inédites et captivantes. 

Bien que l’auteur possède sa licence de pilote de ligne, il n’a pas travaillé pour un gros transporteur. Il était plutôt pilote corporatif au niveau régional, dans les provinces de l’Est du Canada, et c’est ce monde qu’il nous fait découvrir. Avec en plus, un chapitre final qui plaira assurément à tous les pilotes privés. Bref, ce livre est différent de la plupart des autres livres sur le métier de pilote qu’on peut trouver.

S’inscrivant dans la lignée du premier livre de Frédéric « Histoire d’un Pilote », paru en 2010, tout aussi divertissant et bien vulgarisé, ce deuxième tome plaira à tous les amateurs d’aviation, qu’ils soient pilotes ou non.

Bonne lecture !

Pierre Harvey

Prologue

L’avion fonce à plus de 450 km/h en cette soirée de janvier. Il fait nuit noire, bien qu’il ne soit que 18 heures. En palier à 23 000 pieds, je supervise l’autopilote qui dirige l’avion. Le ciel au-dessus de moi est dégagé, et je peux apercevoir les étoiles. Sous l’avion, c’est le contraire. Une épaisse couche nuageuse culmine vers 15 000 pieds et se poursuit presque jusqu’au sol. Les prévisions météo annoncent un plafond de 1 000 pieds avec une visibilité de trois miles. Amplement suffisant pour un atterrissage sans problème.

Le contrôleur aérien m’autorise à entamer ma descente pour Wabush, porte d’entrée du Labrador. La gravité aidant, la vitesse augmente encore et atteint les 500 km/h. Malheureusement, on m’avise qu’un avion venant de Montréal arrivera quelques minutes avant moi; je dois donc prévoir un délai pour l’approche. Je ramène les manettes de puissance vers l’arrière pour ralentir ma machine. Quelques minutes plus tard, je reçois une autorisation pour un circuit d’attente de dix minutes à 6 000 pieds. Je stabilise l’avion et je procède tel qu’il m’a été demandé.

Dehors, de gros flocons de neige humide s’écrasent sur le pare-brise. La température, anormalement chaude, est de huit ou dix degrés sous zéro, une température idéale pour la formation de givrage et effectivement, je vois une couche de glace s’épaissir sur le bord de l’aile. J’actionne les boudins de dégivrage à plusieurs reprises pour m’en débarrasser, avec plus ou moins de succès. Rien d’inquiétant pour le moment, mais il ne faudrait pas que cette attente dure trop longtemps.

Alors que je consulte ma carte d’approche, une alarme sonore retentit soudainement dans le cockpit. Électrisé, je lève instantanément les yeux vers le panneau d’avertissement. Un voyant rouge est allumé, ainsi que le gros voyant master alarm. Je presse sur ce dernier pour stopper l’alarme et je regarde le système fautif. L’autopilote s’est débranché. C’est ennuyant, mais c’est moins grave qu’une panne de moteur.

L’avion s’incline doucement vers la gauche. Je reprends le contrôle manuel et replace l’avion sur la trajectoire d’attente. J’essaie de réenclencher l’autopilote à deux reprises, sans succès. Ensuite, je serre le câble de connexion situé sous le manche. En serrant fort, l’autopilote reprend du service, mais il rend l’âme aussitôt que je relâche la pression. Inutilisable.

Qu’à cela ne tienne, je peux piloter en manuel sans problème. Toutefois, un appel du contrôleur avec le dernier bulletin météo vient compliquer la situation : plafond descendu à 400 pieds et visibilité à moins d’un mile dans les averses de neige. La charge de travail vient d’augmenter considérablement. Ce qui apparaissait comme une approche relativement facile s’est mué en beau défi en moins de trois petites minutes.

Sur les ailes, la glace s’épaissit sans que je puisse y remédier. J’envisage d’en aviser le contrôleur afin d’obtenir la priorité pour l’atterrissage, lorsque ce dernier communique enfin avec moi pour me donner l’autorisation d’approche. Je complète mon dernier tour d’attente et je manœuvre pour intercepter l’alignement de la piste, et ensuite l’alignement de descente. Dans le même temps, je configure l’avion pour l’atterrissage en réduisant la vitesse et en abaissant les roues. 

Je m’efforce de maintenir les aiguilles de guidage parfaitement au centre de l’instrument tout en surveillant mon altitude, ma vitesse et la foutue glace. À 2 000 pieds, j’allume les phares d’atterrissage, mais la neige est si épaisse qu’elle agit comme un miroir et annule presque entièrement l’éclairage. Je dois l’éteindre complètement pour ne pas risquer d’être aveuglé.

Plus je me rapproche du sol, plus le faisceau de l’alignement est étroit et plus les corrections sur les commandes doivent être délicates. Un vrai travail de chirurgien. C’est très difficile à faire lorsqu’il faut en même temps scruter l’extérieur pour trouver la piste, car je suis seul aux commandes. À 500 pieds du minimum, je commence à apercevoir un halo lumineux. La tentation est grande à ce moment de quitter les instruments et de poursuivre en visuel, mais la référence n’est pas encore assez claire, et je replonge mes yeux dans les instruments.

Je suis descendu au minimum, et c’est l’instant de vérité. Je n’ai pas plus de trois secondes pour apercevoir la piste. Dans le cas contraire, je remonte et retourne à Sept-Îles. Fébrile, je jette un coup d’œil et je la vois, droit devant l’avion, pile où elle devait être. Elle se rapproche rapidement. J’ai tout juste le temps de rallumer le phare d’atterrissage que déjà, je coupe la puissance pour arrondir. L’adrénaline retombe avec le toucher des roues.

Tout en roulant sur le tarmac, je pense aux quatre personnes assises dans le terminal, impatientes de rentrer chez elles. Elles seront déçues, car il est impensable que je reparte ce soir. Avec un autopilote kaput et cette neige gorgée d’eau qui colle aux ailes, il est hors de question de redécoller maintenant. La forte intensité de cette chute de neige n’était pas prévue, sinon je ne serais pas venu ce soir. Par chance, on prévoit un dégagement pendant la nuit, et nous devrions pouvoir rentrer chez nous au matin. Heureusement, car je ne tiens pas plus qu’eux à demeurer coincé ici.

Les passagers accueillent la nouvelle sans trop se plaindre. Avec ce temps, ils devaient s’y attendre un peu. Ils saisissent leurs bagages et se préparent à retourner à leur maison de compagnie. L’un d’eux me propose de monter avec eux. Une chambre est libre dans la maison; je pourrai y dormir. Cela épargnera des frais d’hôtel. Je prends mon sac de vol et je grimpe à l’arrière du gros Ford F350.

La neige redouble d’intensité, et le vent se met de la partie. Un temps à ne pas faire voler un avion, et je me félicite de ma décision. Nous mettons une bonne quinzaine de minutes à rejoindre la maison, pourtant située à moins de quatre kilomètres seulement, dans la ville de Labrador City. Aucun son dans la maison. Tout le monde dort ou est parti travailler. On me désigne une chambre, puis mes compagnons s’éclipsent chacun dans la leur. Je rejoins la mienne au sous-sol, simplement meublée, mais propre et confortable.

Je remonte pour manger mon lunch, que j’avais prévu déguster en vol sur le voyage de retour. Ensuite, je me rends dans le salon pour regarder la télévision. Elle ne fonctionne pas. Comme il fait trop mauvais pour sortir à l’extérieur, je me résous à redescendre à ma chambre. Je m’étends sur le lit, mais il est trop tôt pour que je m’endorme.

Les moments de ce genre sont propices à la réflexion, seul, étendu sur un lit, sans aucun moyen de divertissement ni personne à qui parler. Mes pensées divaguent. Enfants, ma conjointe, magasin, avion, voyage, etc. Puis, un flash me vient à l’esprit. Une nouvelle idée de projet. Une idée d’abord saugrenue, mais qui fait son chemin tranquillement dans mon cerveau. Écrire un nouveau livre, afin de parachever l’histoire de mon premier ouvrage.

C’est à cet instant précis que se situe le commencement de cette nouvelle aventure littéraire. Plusieurs mois s’écouleront avant que je ne commence à coucher mon histoire sur papier, et sans doute plusieurs années avant de voir le produit fini. Mais la graine de l’inspiration vient de réapparaître en moi; je ne la lâcherai pas…

Introduction

Au moment où je termine l’écriture de ces lignes, je viens d’avoir 40 ans. Je suis diplômé en pilotage d’aéronef du Centre québécois de formation aéronautique à Chicoutimi, détenteur d’une licence de pilote de ligne, père de trois garçons et propriétaire d’une magnifique épicerie située à Causapscal, dans la vallée de la Matapédia.

Cet ouvrage constitue la suite de mon premier récit. L’action se déroule 12 ans plus tard et comme toujours, tout est véridique. C’est le parcours d’un homme qui croyait en avoir terminé avec l’aviation, mais qui s’aperçoit finalement que celle-ci est indispensable à son bonheur; au point qu’il est prêt à faire toutes les acrobaties nécessaires pour tenter de marier harmonieusement sa famille, ses amis, son commerce et l’aviation commerciale.

Entrepreneur et pilote d’avion professionnel? Comment réussir à concilier deux métiers en apparence inconciliables? Ce n’est pas toujours facile, mais possible. Pendant quatre années, tout en gérant mon entreprise, j’ai été commandant de bord sur un avion d’affaires turbopropulsé (King Air 90) pour une compagnie privée du Nouveau-Brunswick. Et aujourd’hui, je vole toujours régulièrement, bien que sur d’autres ailes…

L’ingrédient essentiel pour que cela marche est la passion. Je suis passionné par tout ce que je fais. La passion est la principale qualité d’un entrepreneur, peu importe le domaine d’activité. Elle l’est également pour un pilote. J’adore servir un client, aider un employé ou préparer une commande de bière . Mais aussi, j’adore échanger ce bureau contre un cockpit d’avion et me rendre à Montréal, Halifax ou Wabush.

La passion n’est pas la seule qualité commune nécessaire à chacun de ces deux métiers. La détermination, le constant désir de performer et de s’améliorer, un bon jugement et une bonne capacité de réaction face à une situation imprévue en sont d’autres exemples.

J’ajouterais aussi le goût du risque. Sans être masochiste, je dois admettre que j’aime me compliquer la vie. « Vaincre sans défi, c’est triompher sans gloire » est l’une de mes devises. En voici une autre : « La facilité rend la vie ennuyante; la complexité rend la vie excitante. » En général, je ne recherche pas spontanément la facilité. Je suis toujours en quête de nouveaux défis et j’adore le sentiment que l’on éprouve à réussir quelque chose compliqué et difficile. C’est très valorisant, et l’on en est d’autant plus fier par la suite.

-o0o-

L’engagement personnel total sans égard au nombre d’heures travaillées fait également partie de cette liste. Ce point met toutefois les deux métiers en complète opposition. Comment en effet être disponible 7 jours sur 7 au magasin et l’être en même temps pour un charter 24 heures sur 24? La planification étourdissante qui en résulte donne le vertige. Mes journées peuvent ressembler à ceci : aller porter les enfants à la garderie le matin, travailler au magasin l’avant-midi, partir le midi pour faire un aller-retour à Wabush et revenir à temps pour le bain des enfants avant le dodo.

La loi de Murphy étant ce qu’elle est, je reçois souvent un call pour un vol quand cela rushe au magasin, et il arrive souvent un problème au magasin quand je suis en vol. Comme il est impossible de prévoir l’imprévisible, c’est ici qu’il faut du bon monde pour épauler, ainsi qu’un téléphone cellulaire fiable!

Néanmoins, dans l’ensemble, les désavantages sont largement compensés par le plaisir que j’éprouve à pouvoir accomplir mes deux passions. Ma recette gagnante est d’avoir de bons gérants de rayon débrouillards, une équipe d’employés fiable, un chef-pilote qui accepte mes restrictions de disponibilité, et surtout, une conjointe et des enfants compréhensifs, prêts à vivre avec toutes les contraintes que peut entraîner l’occupation de deux emplois exigeants.

L’entrepreneuriat demeure mon métier numéro 1, ma vocation si je peux dire, mais piloter un avion est pour moi un excellent moyen de « changer le mal de place », comme on dit en bon québécois. Et même si techniquement, il s’agit d’un deuxième emploi, à mes yeux, c’est un divertissement exaltant.

Chapitre 1

Le métier de pilote d’avion était mon premier choix de carrière. Ce fut le domaine dans lequel j’étudiai et travaillai pendant les quatre premières années de ma vie sur le marché du travail. En 2004, je changeai de secteur pour devenir entrepreneur à part entière. Jusqu’en 2012, où je recommençai à piloter professionnellement à temps partiel.

Le lecteur pourra se demander avec raison pourquoi il y a un trou de huit ans dans ma carrière d’aviateur. Comment et pourquoi en suis-je venu à laisser tomber l’aviation en 2004 alors que je venais d’obtenir ma licence de pilote de ligne? Un retrait que je croyais définitif à l’époque. Mon premier livre, Histoire d’un pilote, répond à cette question, mais je vais en faire ici un bref aperçu.

À la suite de la perte de mon travail de commandant de bord chez Air Saint-Laurent, en mars 2003, je fis plusieurs tentatives pour me replacer ailleurs. En temps normal, les pilotes expérimentés ayant 1 800 heures de vol ou plus, comme je l’étais, sont relativement recherchés. En atteignant ce plateau, les jeunes pilotes peuvent obtenir leur licence de pilote de ligne et ainsi s’ouvrir les portes des niveaux supérieurs de l’aviation. Ils peuvent alors postuler pour des compagnies aériennes importantes comme Jazz ou Air Inuit.

Le travail est alors beaucoup plus facile, mieux organisé et bien rémunéré. Le jeune pilote peut désormais bâtir son avenir sur des bases solides et réfléchir à des achats importants comme une maison, ou encore à avoir des enfants. Ses années de « vaches maigres » sont derrière lui. Ou, pour reprendre une expression de mon précédent ouvrage, il a mangé son entrée de « bol de merde » et peut maintenant s’attaquer au plat principal.

Je comparais ainsi une carrière en aviation à un souper trois services au restaurant. Le premier service, ce sont les petites compagnies aériennes locales et régionales, où les conditions de travail sont dures, et les pilotes sous-payés. C’est le « bol de merde ». Le deuxième service est déjà beaucoup mieux, avec des compagnies solides qui font du vol régional et national. Le troisième service, ce sont les transporteurs internationaux. Là, les conditions de travail sont excellentes, et le pilote est grassement payé. Et il le mérite!  

L’aviation a toujours été un domaine cyclique de hauts et de bas. Par contre, un événement inattendu allait plonger le monde de l’aviation en pleine crise. Cet événement se produisit le 11 septembre 2001. Ce jour-là, comme tout le monde le sait, une bande d’islamistes radicaux déroutèrent des avions de ligne avec lesquels ils allèrent se planter dans les tours jumelles de New York. Ces événements épouvantables auront des répercussions négatives importantes sur le monde du transport aérien. Les fermetures de compagnies aériennes se succédèrent par dizaines. Des centaines de pilotes se retrouvèrent au chômage ou durent retourner au niveau inférieur pour gagner leur vie et eurent ainsi droit à un deuxième « bol de merde »…

À l’automne 2003, au moment où je cherchais un emploi, les effets néfastes du 11 septembre se faisaient encore sentir dans le petit monde de l’aviation. Mes chances d’obtenir un travail dans une compagnie de 2e niveau étaient très réduites, ces dernières reprenant les pilotes qu’elles avaient dû licencier avant de songer à en engager de nouveaux.

Néanmoins, je reçus quelques offres, des postes de commandant de bord sur bimoteur léger dans des endroits comme Havre-Saint-Pierre, Blanc-Sablon, et même Kuujjuaq. Le même type de travail que j’avais accompli depuis les trois dernières années. Dur physiquement, sans assistance ou presque, dans des avions plus ou moins navigables, pratiquement sans chauffage l’hiver, sans climatisation l’été, dans des endroits éloignés au climat difficile, et le tout pour un salaire de misère. Au début de ma carrière, j’aurais sauté sur l’occasion; mais là, j’en avais mon voyage (!) et je déclinai poliment chacune de ces offres.  

-o0o-

Cette phase de transition pendant laquelle je me questionnais sur mon avenir dura, comme je l’ai dit plus haut, jusqu’au printemps 2004. À ce moment, je me suis dit : « C’est fini pour moi. » Bien que réfléchie, cette décision fut loin d’être aisée à prendre. Je trouvais particulièrement dommage de mettre fin à ma carrière alors que le pire était derrière moi. Hélas, en raison de la situation générale du marché, le « pire » risquait de se prolonger encore pendant de nombreux mois (ou même quelques années), et il était hors de question pour moi de manger un autre « bol ». Je suis un gars ambitieux. J’étais impatient de bâtir ma vie, d’acheter une maison, de faire des voyages, d’avoir des enfants et de réaliser mes rêves.

En outre, un autre élément majeur entra en ligne de compte et pesa pour beaucoup dans ma décision. Mon père possédait une épicerie de petite dimension. Il voyait l’âge de la retraite approcher et commençait sérieusement à se questionner par rapport à sa relève. Pour moi, c’était une occasion séduisante, et je me voyais très bien reprendre les rênes du commerce.

Étant une entreprise familiale, le magasin a toujours fait partie de ma vie. Très jeune, j’y allais avec mon père pour l’aider. Il me confiait de petites tâches simples, qui paraissaient importantes à mes yeux. Mon père me donnait un magnifique « un » dollar en papier avec lequel je filais au dépanneur acheter des cartes de sport ou des bonbons. Au fur et à mesure que je grandissais, j’y allais plus fréquemment, et je fus bientôt en mesure de fournir du travail utile. Le jeu était devenu un travail. 

Adolescent, je travaillais quelques soirs par semaine, et parfois la fin de semaine, si je n’avais pas de hockey. Comme mon père, je touchais à tout. Viande, fruits et légumes, surgelés ou caisse selon les besoins. Je me débrouillais partout, et mon père me confiait de plus en plus de responsabilités. J’adorais cela et j’y allais le plus souvent possible. Mes parents en étaient bien contents. Au lieu de traîner dans les rues, leur fils s’occupait du magasin, acquérant des compétences très utiles qui ne s’apprenaient pas à l’école.

Peut-être me voyaient-ils alors comme leur relève? Ils auraient facilement pu me rentrer cette idée dans la tête et me pousser dans cette voie. Au contraire, ils m’ont toujours encouragé à performer à l’école afin d’avoir le choix du métier que je pourrais faire plus tard. Épicier? Tant mieux. Mais ce choix, s’il se concrétisait, allait être le mien, non celui que mes parents m’auraient imposé. Leur but était de me donner les outils pour réussir et de me laisser ensuite choisir ma voie pour être heureux. C’est une philosophie saine et noble, et j’allais faire exactement la même chose avec mes enfants.

Bref, j’avais toujours eu en tête l’option « Alimentation Causap » lorsque je travaillais à temps plein comme pilote. Et même si ma carrière d’aviateur ne s’était pas arrêtée brusquement comme ce fut le cas, facilitant ma décision, il est très possible que j’aurais choisi de retourner à Causapscal pour prendre le magasin quelques années plus tard.

-o0o-

Quoi qu’il en soit, à l’automne 2003, je jonglais avec plusieurs options. Retourner dans l’épicerie familiale, m’expatrier en acceptant un job de pilote dans une petite compagnie aérienne quelque part dans le Nord ou dans l’Ouest canadien, ou bien retourner à l’école et changer complètement de domaine.

Flairant mon indécision, mon père prit le taureau par les cornes et me proposa de devenir son associé à temps plein et son futur successeur. Ayant déjà cette idée en tête, il n’eut pas trop de difficultés à me convaincre de revenir travailler avec lui, mais avec un bémol. Je voulais attendre au moins jusqu’au printemps suivant avant de prendre la décision ultime de devenir associé. Entre-temps, je serais un employé comme les autres et je continuerais d’essayer de me dénicher un emploi respectable de pilote.

Ce fut ainsi que je fis mon apparition, un beau matin de septembre, dans un magasin que je connaissais très bien pour y avoir passé une partie de ma jeunesse. Sans titre ni poste officiel. Mon horaire de travail était quelque peu décousu, puisque je continuais à demeurer à Rimouski le temps que ma blonde finisse ses études. Il lui restait un an de cégep.

Mes nouveaux collègues, que je connaissais tous pour la plupart, furent surpris de me voir réapparaître à leurs côtés (mon père avait gardé le secret de mon retour) et m’accueillirent chaleureusement. De même pour les clients. La réaction positive des gens me fit chaud au cœur, et je fus immédiatement à l’aise.

Certes, je dus répondre mainte fois à la question : « Pourquoi as-tu lâché un métier magnifique comme celui de pilote d’avion? » À l’époque, je me contentais d’expliquer que la compagnie qui m’embauchait éprouvait des difficultés financières à la suite du 11 septembre et qu’elle avait remercié de nombreux pilotes, dont moi. Je ne racontais pas encore ma « vraie » histoire. Celle où je me faisais exploiter à travailler comme un dingue pour un salaire de crève-faim.

De toute façon, les gens ne m’auraient sans doute pas cru. Ou, au mieux, auraient pensé que j’exagérais fortement. D’ailleurs, qui pouvait croire qu’en l’an 2000, un pilote qualifié pouvait travailler à temps plein pendant huit mois sans salaire? L’idée qu’ont les gens d’un pilote en général, c’est celle des films, où l’on voit des pilotes de ligne élégamment vêtus, dorlotés par les hôtesses de l’air, payés 250 000 dollars par année pour promener un Boeing d’un pays à l’autre.

Même si je travaillais pour une petite compagnie aérienne régionale, beaucoup de gens s’imaginaient que l’argent me sortait par les oreilles alors qu’en réalité, c’était plutôt la paille qui me rentrait dans le derrière! En fait, ma « vraie » histoire, j’allais la dévoiler dans mon livre, qui paraîtrait bien des années plus tard. Les commentaires que je reçus à ce moment en furent de stupeur et d’incrédulité. Avant cela, même mes propres parents ignoraient vraiment en grande partie ce que j’avais vécu.

-o0o-

Donc, l’automne et l’hiver passèrent dans une relative quiétude. Je demeurais à l’affût d’un job de pilote, mais sans trop y croire et sans vraiment mettre les efforts nécessaires pour en dénicher un. Bien que je me fusse gardé jusqu’au printemps pour annoncer ma décision, mon choix fut réglé dans ma tête quelques semaines seulement après mon retour. Notre magasin, quoique très bien mené, n’avait pas encore atteint son plein potentiel, et les projets se bousculaient dans ma tête.

L’entrepreneur qui sommeillait en moi s’était soudaine-ment réveillé. Je connaissais le magasin comme ma poche, mais je le voyais maintenant différemment. Soudain, je remarquais les imperfections physiques et les détails agaçants, et j’imaginais les solutions. C’était comme si j’avais retiré mes lunettes d’employé pour enfiler celles d’un employeur.

L’épicerie que mon père possédait était ce que l’on appelait un magasin de « petite surface ». bien aménagé et doté de tous les services, il était néanmoins trop petit pour satisfaire à la demande d’un village comme Causapscal et ses environs. Il y avait donc un intéressant potentiel de développement pour un jeune releveur comme moi.

Ainsi, au printemps 2004, l’entente fut conclue. Pour ma blonde et moi, il s’agissait d’un retour aux sources. Les conditions matérielles pour bâtir notre existence étaient enfin en place. Pour Carol, la quête d’un releveur était terminée, et cela lui enleva l’immense poids qui était sur ses épaules. Combien de propriétaires d’entreprise durent fermer leurs portes par manque de relève? Énormément!

Et l’aviation dans tout cela? L’avais-je complètement oubliée? Jamais de la vie! Pilote un jour, pilote toujours! Néanmoins, à ce moment précis de ma vie, je n’éprouvais pas tant le désir de piloter. Ayant effectué plus de 1 600 heures de vol en trois ans dans des conditions souvent difficiles, j’avais eu ma dose pour un bon moment. De plus, le congédiement injuste dont j’avais été l’objet de la part de mon ancien employeur m’avait vraiment dégoûté de la « petite » aviation commerciale, et il aurait fallu une méchante bonne offre pour me faire changer d’avis. Malgré tout, je resterais toujours un pilote et ferais le nécessaire pour conserver ma licence de pilote de ligne. Et puis, je me promettais d’avoir mon petit avion personnel un jour pour le simple plaisir de voler.

-o0o-

Au début mai 2004, nous emménageâmes dans un appartement à Causap. Le logement appartenait à la compagnie et était situé dans la cour même du magasin. Trente secondes de marche les séparaient. Ma blonde, qui venait tout juste de terminer ses études, commença sa recherche d’emploi dans la région.

Puis, à peine quelques jours plus tard, nous décidâmes sur un coup de tête de partir en Europe. Bien sûr, nos finances en souffriraient. Cela épuiserait presque complètement les maigres réserves que j’avais accumulées au cours des derniers mois. De ce fait, nous dûmes limiter la durée de notre beau voyage à un peu plus de trois semaines. Mais Dieu que cela en valut la peine!

Exception faite de l’argent, c’était le moment idéal. Kathy n’avait pas encore de job (donc pas de vacances ni de congé à réclamer), c’était une période tranquille à l’épicerie, et nous n’avions pas d’enfant. De plus, c’était l’un de nos rêves à tous deux d’aller en Europe. Le manque d’argent ne nous empêcha pas de voir ce que nous voulions voir, mais nous économisions au maximum sur la bouffe (sandwichs la plupart du temps) et le logis (auberges de jeunesse, hôtels cheap). Ce voyage fut sublime et mémorable.

À mon humble avis, tout le monde devrait faire un trip comme celui-là quand on est jeune, sans enfant, et je dirais même sans argent. « Les voyages forment la jeunesse », dit le dicton. Je dirais aussi que cela développe la débrouillardise. Un exemple : nous arrivâmes à Prague (une ville de 4 millions d’habitants, capitale de la République tchèque) sans connaître un mot de tchèque, sans carte, sans monnaie locale et sans aucune idée de l’endroit où nous allions coucher le soir même.

Le simple fait de trouver un hôtel fut une aventure passionnante. Tout d’abord, baragouiner en anglais dans un kiosque touristique pour trouver une adresse correspondant à notre budget. Puis, se rendre jusqu’à cet endroit en voiture, dans une immense ville où la circulation est infernale, la signalisation peu ou pas respectée, à travers une multitude de ruelles sinueuses aux noms indéchiffrables! Ah oui, j’oubliais, le tout au volant d’une voiture à transmission manuelle. Que de plaisirs… et de bons souvenirs!

Nous avions tellement adoré cette expérience que nous repartîmes l’année suivante pour un nouveau trip. La Chine, cette fois, accueillit nos pas pendant trois semaines. L’étincelante ville de Hong Kong, la magnifique région de la rivière Li, la mystérieuse ville de Xian et sa légendaire armée de terre cuite, ou Beijing, la bourdonnante capitale, bourrée de joyaux architecturaux, sans oublier la sublime et majestueuse Grande Muraille de Chine. Autant de sites que nous eûmes la chance de visiter. Un vrai voyage d’aventure, rien que nous deux, sac au dos, dans un pays gigantesque où la barrière linguistique est absolument infranchissable. Dépaysement total et assuré, mais moments magiques et inoubliables.

Ce voyage fut le fait saillant de 2005. Nous avions tous les deux des emplois stables et valorisants et étions prêts pour écrire un nouveau chapitre de notre vie commune : une maison et des enfants. Deux étapes qui ne tardèrent pas. Nous trouvâmes et achetâmes une maison à l’été 2006, et nous eûmes notre premier enfant à la fin octobre de la même année. Un garçon, prénommé Ludovic.

Cet enfant, comme tous les bébés (spécialement les premiers-nés), occupa notre vie à 100 % durant les premiers mois. Tranquillement, la routine familiale s’établit. Ludovic grandissait et se développait à vue d’œil sous nos yeux de parents émerveillés. 

Ainsi, les années 2007 et 2008 filèrent à toute vitesse sans même que l’on s’en rende compte.

Ma blonde se retrouva de nouveau enceinte en février 2009. L’arrivée prochaine de ce nouveau bébé, et le « divertissement » qui viendrait avec, me poussa à accélérer l’écriture de mon premier livre. J’avais démarré ce projet en 2003, près de six ans auparavant, dans le but d’en faire un souvenir familial.  Depuis peu, je m’étais mis dans la tête que je pourrais malgré tout essayer de le faire publier. Mais si je voulais que cela se réalise, je devais le compléter au plus vite, car j’aurais encore moins de temps avec le bébé. Donc, je me forçais à m’asseoir devant l’ordinateur. Pour moi, le plus dur dans l’écriture est de me mettre en marche. Mais une fois que mes doigts commencent à courir sur le clavier, l’histoire coule de source, et je ne veux plus m’arrêter.

Je terminai l’écriture au début du printemps 2009. Le manuscrit faisait un bon volume d’environ 200 pages. Je m’attaquai alors au laborieux travail de dénicher un éditeur. Comme il y avait plusieurs dizaines de maisons d’édition au Québec, je devais cibler celle qui correspondait à mon type de livre. Finalement, après avoir essuyé quatre ou cinq refus pour diverses raisons, je signai un contrat avec un éditeur de la région. Commença dès lors l’interminable travail de correction du manuscrit. L’entente prévoyait que je devais débourser les frais d’impression (environ 2 000 dollars), mais que tout le reste (distribution, publicité, correction, mise en page, etc.) était aux frais de l’éditeur.

-o0o-

Concernant l’industrie du transport aérien, les dernières années avaient vu les choses se replacer. Le 11 septembre était loin. Les grosses compagnies aériennes redevenaient rentables. Les gens avaient repris confiance en ce moyen de transport et voyageaient plus que jamais. Le plateau des deux milliards de passagers annuels avait été dépassé, et cela continuait de croître de façon exponentielle. Par contre, la petite compagnie régionale « Air St-Laurent », celle qui m’avait employé et exploité sans scrupule pendant deux ans, avait fermé ses portes. Disons que je n’ai pas pleuré à l’annonce de cette nouvelle…

En jasant avec des pilotes, j’appris que les conditions de travail s’étaient améliorées grandement pour les jeunes qui débutaient. Le travail était toujours aussi dur, mais au moins, ils étaient payés pour. Wow! Même les copilotes. Pas grand-chose évidemment, mais payés quand même. 

En outre, l’embauche de nombreux pilotes par les grosses compagnies engendrait un effet d’entraînement à tous les niveaux de l’aviation (régionale, nationale et internationale). Tous les pilotes en bénéficiaient en progressant plus vite dans leur carrière. Certains parlaient même d’une pénurie prochaine de pilotes (en 2018, cette pénurie serait bien réelle). De fait, cela aurait été un bon moment pour commencer une carrière ou, dans mon cas, pour en reprendre le fil.

Est-ce que cette idée me traversait l’esprit à cette époque? Pas vraiment. Pourtant, je conservais ma licence de pilote de ligne continuellement à jour. Tous les quatre ans, je passais un test en vol complet sur un bimoteur. En 2004, j’étais allé à Saint-Honoré (Saguenay) et en 2008, à St-Hubert. Avec l’expérience de vol que je possédais, j’aurais eu de très bonnes chances de dégotter un poste chez Jazz ou une autre compagnie du genre. Bien payé et bien traité, mais cela aurait signifié l’abandon total de ma vie actuelle. 

Condition sine qua non préalable à un éventuel retour, il aurait fallu déménager en ville. Montréal, Toronto, Halifax ou, au mieux, Québec si j’avais été vraiment chanceux. Et cela ne serait pas le seul déménagement. La progression d’une carrière de pilote engendre de nombreux déplacements n’importe où au pays. Le conjoint et les enfants doivent être prêts à subir les sacrifices que cela signifie.

De plus, le métier de pilote implique que la personne doit régulièrement s’absenter, souvent pour plusieurs jours. Maintenant que j’étais devenu un papa, je m’étais rendu compte que j’aurais eu beaucoup de difficultés à être éloigné régulièrement de mes enfants. J’étais ennuyeux plus que je ne le pensais. On s’habitue à tout il paraît (et peut-être que cela aurait été mon cas), mais quoi qu’il en soit, je ne voulais pas que mes enfants grandissent avec un papa à mi-temps.

Néanmoins, je dois bien admettre que l’envie de voler avait recommencé à me tenailler de temps à autre. Surtout le printemps ou l’automne, quand un soleil radieux brillait sur un ciel bleu sans nuages. Ce sont les meilleures périodes pour voler. L’été, la chaleur élevée provoque des turbulences désagréables quasi continuelles alors qu’en hiver, il fait froid, et la neige complique tout.

C’était lors de ces magnifiques journées que je regrettais de ne pas avoir d’aéroport à proximité, d’où je pourrais louer un avion. L’idéal aurait été d’avoir le mien bien sûr, mais je n’avais pas les moyens pour le moment. Il faut compter une bonne soixantaine de milliers de dollars pour un appareil monomoteur léger en bonne condition, somme à laquelle il faut rajouter les frais d’exploitation, qui tournent aux alentours de 100 dollars de l’heure de vol. Et il y a aussi les frais d’assurance et d’entreposage qui ne sont pas à négliger. Bref, avec des enfants en bas âge, il faut y aller par priorité. Mais le jour viendrait…

-o0o-

Malheureusement pour moi, Causapscal était situé à 2 heures 30 de route (aller) de l’avion à louer le plus proche. Il s’agissait du Cessna 172 de l’école de pilotage de Grand-Sault, au Nouveau-Brunswick. Cela commençait à faire beaucoup de route pour satisfaire un besoin. Donc, je n’y suis allé qu’à deux reprises seulement. Mais l’un de ces deux vols fut admirable. Une charmante dame de Causap, âgée de 85 ans, m’avait approché pour effectuer un survol des monts Chic-Chocs en Gaspésie. Après avoir repoussé le vol à deux ou trois reprises pour des raisons météorologiques au courant de l’été 2009, nous réussîmes à prendre l’air le premier septembre. Nous traversâmes la Gaspésie de part en part du sud au nord pour rejoindre Sainte-Anne-des-Monts, où nous fîmes une halte-repas. Nous y retrouvâmes sa fille, qui ferait le restant du voyage avec nous. Ensuite, nous allâmes nous promener au-dessus du parc de la Gaspésie. Des paysages époustouflants de hautes montagnes, de vallées encaissées, de tortueuses rivières et de lacs d’un bleu scintillant s’offraient à leurs yeux éblouis.

Aux commandes de l’appareil, j’avais autant sinon plus de plaisir que mes passagères. C’était mon premier gros vol depuis longtemps. Bien sûr, un petit Cessna 172 est une machine simple et facile à piloter, mais la planification d’un vol de ce type demande tout de même beaucoup de préparation. Surtout que je n’avais pas de GPS à bord. Carburant, météo, plan de vol, cartes, masse et centrage; tout cela me rappelait de bons souvenirs…

-o0o-

L’année 2010 allait être fertile en rebondissements avec le lancement de mon livre et le méga projet d’agrandissement de mon commerce. Ce projet me trottait dans la tête depuis longtemps. Le magasin était trop petit, c’était clair, et je voulais résoudre ce problème depuis longtemps. 2010 serait l’année où je passerais à l’action.

Concernant le livre, j’avais terminé le laborieux processus de correction des fautes d’orthographe et autres. Le texte étant prêt, il restait de nombreux détails à régler tels que trouver le titre, choisir le type de papier et de reliure, sélectionner les photos, écrire le résumé à l'arrière du livre et définir la page de couverture. Guidé par mon éditrice, j’en arrivai à un résultat qui, sur l’ordinateur, me convenait parfaitement. Fébrile, je donnai mon accord pour procéder à l’impression finale du manuscrit.

À la mi-août, un transporteur débarquait devant ma porte une palette de boîte contenant les 1 000 exemplaires demandés. Presque sept ans jour pour jour après en avoir commencé l’écriture. J’étais immensément fier d’avoir poursuivi ce projet jusqu’au bout. J’allais bientôt tenir mon propre livre dans mes mains. Si, étant jeune, quelqu’un m’avait dit que je publierais un bouquin un jour, je ne l’aurais vraiment jamais cru...

L’émotion était palpable au moment d’ouvrir la boîte. Ma blonde prit des photos de ce moment historique pour moi. Et le voilà enfin! Magnifique, même s’il n’était pas exactement comme je l’imaginais. Avec sa couverture noire et un avion argenté, il symbolisait parfaitement l’esprit de l’ouvrage. Il ne restait plus qu’à procéder au lancement officiel, prévu une semaine plus tard. Une semaine où la nervosité ne me quitterait pas…

Puis, le soir fatidique arriva. La salle bien disposée, les livres bien en vue. Excité comme un enfant dans un magasin de jouets, j’accueillis chaque invité à son arrivée. Une cinquantaine de personnes se présentèrent. L’ambiance était décontractée et amicale. L’étonnement de me voir lancer un livre se lisait sur le visage de beaucoup d’entre eux. Je leur livrai un discours simple, où je résumais mon cheminement de carrière et les raisons qui m’avaient poussé à écrire ce livre. Ensuite, ceux qui le désiraient pouvaient se procurer le livre. Pratiquement tous les invités en prirent un, et je passai l’heure suivante à dédicacer les exemplaires.

Quelques entrevues avec les journalistes complétèrent cette soirée mémorable. Une soirée agréable, sans longueur, bien appréciée des convives. En fait, c’était exactement le lancement que je souhaitais. Une bouteille de champagne offerte par mes parents vint couronner le tout.

Les jours suivants furent palpitants. La nouvelle s’était répandue dans le village, et plusieurs personnes vinrent me voir au magasin pour s’en procurer un exemplaire. En même temps, je recueillais les premiers commentaires des lecteurs. En général, les gens étaient ébahis par mon histoire. Leurs réactions et commentaires furent très positifs. Certains réclamèrent même une suite. Plusieurs entrevues avec des médias régionaux furent inscrites à mon agenda, ainsi que le Salon du livre de Rimouski et divers autres événements.