Polis - Thierry Bréboin - E-Book

Polis E-Book

Thierry Bréboin

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Beschreibung

14 Novembre 2083. Près de 50 ans après l'effondrement de notre civilisation thermo industrielle, les crises financières, économiques, politiques, sociétales, les catastrophes naturelles et climatiques, les migrations massives de populations, les pandémies mondiales, la disparition ou raréfaction des énergies fossiles, ont rythmé les cinq décennies écoulées. La civilisation humaine a diminué de moitié et tente de reconstruire un monde nouveau. Papy Phil vit désormais sur Polis, dont la nouvelle constitution, établie en 2035, met au rang de dogme absolu la Nature et la Terre Mère. L'organisation politique et la vie quotidienne s'inspire de ce principe fondateur. Jérémy, accompagné de l'équipe du projet révolutionnaire Hypo, et Sylvia, la Ministre de la Terre Mère sur Polis, seront amenés, malgré eux, à faire face à une menace imminente. NEOM, "Smart City" ultra futuriste, pilotée par des ordinateurs quantiques, l'intelligence artificielle et la biotechnologie, repose sur une philosophie diamétralement opposée à celle de Polis. Les humanoïdes et cyborgs y sont plus nombreux que les êtres humains. Le clonage d'humain y est pratiqué à l'échelle industrielle. Les habitants et visiteurs de NEOM sont contraints à une identification par injection d'une puce sous cutanée. Julie, génie en physique quantique et à la tête du département Intelligence Artificielle, tentera d'alerter le monde extérieur d'une menace terrible planifiée par le Gouverneur de NEOM. Elle devra faire face à son destin. Elle apprendra de son passé et devra prendre une décision déterminante pour le futur. Ce roman d'anticipation soulève des questions philosophiques sur la place de l'homme au sein de la planète Terre, sur les limites de la croissance à tout prix, sur la surconsommation et le consumérisme à outrance. La civilisation humaine vivra t-elle finalement en harmonie avec la Nature et la planète Terre ? Comprendra t-elle enfin qu'elle est hébergée pour un temps indéterminé et qu'il est donc essentiel de protéger et respecter cet Eden originel qu'est notre Terre Mère ? Ou continuera-t-elle à exploiter, piller, surconsommer, dans un esprit individualiste et de fuite en avant vers une croyance en une croissance infinie ? Est-elle capable de s'auto contrôler ou, au contraire, a-t-elle besoin d'être gouvernée, conditionnée, manipulée ? Tel est le message du Premier Tome Polis de la trilogie Après-Demain. C'est l'histoire d'un futur proche, possible, dramatique et réaliste.

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Seitenzahl: 294

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Sommaire

Préambule

I Have A Dream

Happy Birthday

NEOM

Sylvia

Fanny

Le Kauri Géant

Le Gouverneur

Astral

Love Is In The Air

Le Bien Et Le Mal

Révélations

Parenthèse Enchantée

Opération « Renard du Désert »

Neowind

Dilemme

Dialogues Palestriens

Souvenirs, Souvenirs

Feux d’Artifice

Expédition Renaissance

Remerciements

Notes

« Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence. »

Arthur Schopenhauer (1788 – 1860), Philosophe allemand

Préambule

« Les sociétés s'effritent lorsque ceux qui parlent ne savent pas, ceux qui savent ne font pas et ceux qui font ne parlent pas. » Ibrahima Nour Diagne, penseur et économiste sénégalais

La découverte du film documentaire « Demain » de Cyril Dion et Mélanie Laurent fut à la fois un choc émotionnel et une bouffée d’oxygène.

Enfin ! Me disais-je.

Alors que les médias nous informaient en continu des conséquences néfastes et catastrophiques de l’effondrement de notre écosystème Terre, « Demain » dressait une liste non exhaustive d’expériences abouties positives dans de nombreux domaines tels que l’agriculture, l’énergie, l’économie, la finance, la politique et l’éducation.

Cyril et Mélanie partirent aux 4 coins de notre planète en quête d’initiatives pour sauver notre Terre Mère et nos générations futures.

« Demain » participa à éveiller ma conscience sur notre capacité de prédation et, en même temps, que tout n’est pas perdu. Il existe des projets, des expérimentations, des réussites, … par dizaines de milliers autour de la planète démontrant que des solutions fonctionnent.

C’était en 2015.

Débordant d’enthousiasme et porté par un vent d’espoir nouveau, je retournais voir le film en salle trois fois avec mes enfants et mon entourage proche afin de les sensibiliser à ces enjeux prioritaires.

Je me demandais également. Et moi ! À mon niveau, que puis-je faire ?

La même année fut publiée le livre « Comment tout peut s’effondrer ? Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Seuil, 2015.

Confiné à des cercles d’initiés dans un premier temps, le bouche-à-oreille contribua au succès de cet ouvrage, lequel se hissa dans les meilleures ventes d’essais. Les médias s’emparèrent réellement du sujet à partir de 2018. Le terme de collapsologie venait de naître, faisait ses premiers pas dans un monde incertain, puis se répandait sur toutes les lèvres. Soudain, l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle frappait à la porte de notre conscience et de nos dissonances cognitives.

Parallèlement, je poursuivais mes recherches. Je fouillais tel un archéologue à la recherche d’indices scientifiques prouvant et démontrant que les crises et effondrements ne sont pas seulement une vue de l’esprit.

Pendant plusieurs mois, j’ai ingéré une quantité astronomique d’informations. Les travaux de nombreux scientifiques ont confirmé mon intuition.

La synthèse qu’en fait Arthur Keller résume remarquablement les enjeux auxquels nous sommes confrontés. L’impact écologique que nous avons sur notre environnement, identifié par les ressources que nous prélevons, les déchets que nous produisons et les dégradations que nous infligeons sur le système Terre, ne fait que croître. En parallèle, la capacité bio productive de notre planète, c.-à-d. sa capacité à régénérer les ressources prélevées, à absorber les déchets et pollutions rejetés et, enfin, à réparer les dégradations infligées à la Terre Mère, est déficiente et s’amenuise de plus en plus1.

Si la Terre Mère existait depuis seulement 24 heures, le premier Homme moderne apparu en Afrique il y a 300 000 ans n’aurait foulé son sol que depuis 6 secondes !

Imaginez, vous venez juste d’arriver chez votre hôte depuis quelques secondes à peine. Dans toute sa générosité, votre hôte est enclin à vous donner le gîte et le couvert pour une durée indéterminée. Et ce, sans contrepartie aucune. Vous traduisez cet accueil par un « open bar » sans limites. Sur le pas de la porte, à votre droite, une corbeille regorge de succulents fruits. Vous décidez alors de prendre une puis deux bananes jusqu’à épuisement du stock sans vous souciez des autres convives. Une fois avalé ces délicieux fruits, vous jetez les peaux de bananes à même le sol. Puis, vous attrapez le rideau situé à votre gauche et vous vous essuyez la bouche et les mains.

Comment réagiriez-vous si vous étiez l’hôte et le témoin d’une telle scène ?

La Terre Mère nous héberge. Nous sommes ses invités. Si nous continuons d’enfreindre les règles élémentaires de « savoir vivre », de reconnaissance, de bienveillance et de respect, elle pourrait nous indiquer la direction de la sortie.

Mais alors, que faire ?!

Face à un déclin programmé, le déclic se fit en deux temps.

Un passage dans l’essai de Pablo Servigne et Raphaël Stevens m’a beaucoup marqué.

«Presque tout se jouera sur le terrain de l’imagination et des représentations du monde. […] Nous avons grandement besoin de nouveaux récits […] des histoires qui raconteraient la réussite d’une génération à s’affranchir des énergies fossiles grâce, par exemple, à l’entraide et à la coopération. […] Écrire, conter, faire ressentir … ».

De même, Cyril Dion, fervent défenseur de l’utilisation de l’imaginaire, participa à cette mutation profonde qui s’opérait en moi.

Afin de transformer la société, sa pensée peut être résumée par la construction d’histoires ou de fictions suffisamment puissantes pour challenger et contrecarrer le récit dominant basé sur le consumérisme, la foi en une technologie salvatrice, l’idéologie capitalistique ou la sacro-sainte croissance infinie.

Ces sources d’inspiration m’indiquaient le chemin à suivre. Mais, je n’en avais pas encore pris pleinement conscience.

Puis, un soir de novembre 2018, une voiture vint percuter ma jambe gauche, m’immobilisant pendant de long mois. Quelques semaines après cet accident, un flash illumina mon esprit. La trame du récit, le scénario, les personnages, les chapitres du début jusqu’à la fin m’apparurent avec une clarté éblouissante.

La trilogie « Après-Demain » et son premier Tome « Polis » venait de jaillir de mon esprit, de mes tripes et de mon coeur. Mon corps tout entier avait convulsé tel une chenille se métamorphosant en un papillon. Je pris alors mon envol vers une destination inconnue mais, j’en étais certain, pleine de sens, car synonyme de renaissance.

Le récit que vous allez découvrir dans les pages qui suivent est très engagé. J’y dénonce une multitude de perversions. Je suggère également des alternatives au modèle dans lequel nous évoluons.

Après-demain mêle l’Art et la Science. Ce roman d’anticipation a vocation à inspirer, à alerter, à mettre en mouvement nos concitoyens. Autrement dit, à se réveiller !

Je n’ai nullement la prétention de détenir la vérité. Polis n’est pas une prophétie. C’est un scénario possible compte tenu des éléments scientifiques dont nous disposons à ce jour. Humblement, je me définirais tel un messager participant à la prise de conscience et l’éveil de chacun et insufflant, je l’espère, un vent d’espoir.

Vous avez probablement remarqué l’existence d’une annotation dans ce préambule. Polis est un genre nouveau associant deux styles – Le roman d’anticipation et le livre d’investigation. Vous trouverez tout au long de l’ouvrage des notes auxquelles vous pourrez vous référer à la fin du livre afin de vérifier l’exactitude des faits ou, alors, approfondir le sujet.

Je dédie ce premier Tome à mes deux enfants, Jérémy et Fanny, à ma compagne, Jackie, à ma famille et à mes proches, mais aussi, à vous tous, aux générations présentes et futures.

Il est temps de se réveiller. C’est maintenant et c’est tous ensemble !

Très bonne lecture.

I Have A Dream

« Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui. »

Martin Luther King (1929 – 1968), pasteur baptiste américain.

2038. Polis. Au pied du Kauri Géant, Grand Agora.

Phil se tenait, pieds nus, debout sur la scène. Face à lui, plus d’un million de personnes réparties sur le Grand Agora et dans les rues adjacentes scandaient « Polis ! Polis ! Polis ! ». Des pancartes aux slogans courts, mais percutants fleurissaient partout. Sans qu’aucun mot d’ordre n’eût été donné, le peuple s’était paré des couleurs vertes et blanches, symbolisant la nature et la pureté. Derrière lui, Le Kauri Géant, tel un ange gardien, semblait le couver de son regard en déployant ses immenses branches.

Après une longue réflexion et fort de nombreux soutiens, il avait finalement cédé et décidé de se présenter aux élections de 2038. Sa candidature pour le Ministère de la Terre Mère avait été officialisée un mois plus tôt. Mike l’avait finalement convaincu de prendre les rênes du pays. Le mouvement initié lors de la prise du pouvoir par le peuple de Nouvelle-Zélande en 2035 avait été un succès. La Nouvelle Constitution et les règles des nouvelles institutions politiques constituaient une base solide et fondatrice. Toutefois, l’engouement lors de cette révolte ne s’était pas traduit dans les faits par le changement radical tant attendu. Il restait encore beaucoup à faire.

La « Marche pour Polis » les mènerait, lui et ses partisans, sur la voie d’un changement pérenne. L’engouement fut plus rapide qu’en 2035. Et pour cause, Phil, Jackie, Mike, Manutea et tout le premier cercle étaient partis dès le premier jour d’Auckland, fort de 10 000 personnes derrière eux, en direction de Wellington. Deux semaines plus tard, un cortège de deux millions de personnes s’avançait vers la capitale. Près de la moitié de la population de Nouvelle-Zélande s’était mobilisée pour soutenir ce qui avait été accompli depuis 3 ans, mais surtout, pour poursuivre l’effort nécessaire.

Son programme avait été largement diffusé sur toute l’île pendant la « marche pour Polis ». Il tenait en quelques points clés et était compréhensibles par tous.

Tout d’abord, un manifeste (annexe en page suivante), accompagnant sa candidature, détaillait les raisons de la création de cinq Ministères : Le secrétariat d’État à la Vie rattaché au Ministère du Bonheur et du Bien Être, le Ministère du Savoir et de la Connaissance, le Ministère des Biens Durables et du Recyclage et le Ministère du Commerce Équitable.

La mesure la plus symbolique appartenait au Ministère de l’Économie et des Finances. Il perdait son prestige au profit du Ministère des Échanges et de l’Entraide.

Phil avait proposé un nouveau nom. La Nouvelle-Zélande et sa monnaie se nommeraient désormais Polis. Dès le lendemain des résultats du vote, un appel à candidature serait lancé afin d’imaginer et de créer le nouveau drapeau de Polis. Puis, un référendum national déciderait du choix définitif de ce nouvel emblème national.

De nombreuses enceintes avaient été installées sur la Grande place et dans les rues adjacentes. Les soutiens du premier jour, regroupés autour de Jackie, Mike, Manutea se tenaient en arrière-plan.

Phil s’avança vers le milieu de la scène, micro en main. La foule l’acclamant.

Manifeste pour Polis 10 priorités pour 2038

Priorité N°1 - Création dans les 3 ans de 100 000 communautés sous forme d’éco hameaux et d’éco villages. Chaque communauté sera autosuffisante sur un plan énergétique. Aide, support et formation fournis dans le cadre de la construction d’éco habitations à l’ensemble de la population.

Priorité N°2 - Arrêt total dans les 12 mois de l’agriculture intensive au profit de la permaculture et de l’agroécologie. Accès pour tous aux plantes médicinales. Aide, support et formation fournis pour le passage à l’action.

Priorité N°3 - Développement de trois sessions quotidiennes de cohérence cardiaque dans toutes les écoles et toutes les classes. Ajout d’une session quotidienne de Pilates pour tous dans les lieux publics.

Priorité N°4 - Formation immédiate des instituteurs et professeurs aux nouvelles techniques et connaissances par des mentors.

Priorité N°5 - Archivage de tous les savoirs et connaissances dans une grande banque de données accessibles à tous. Chantier étalé sur la totalité du mandat.

Priorité N°6 - Arrêt dans les 3 mois des industries polluantes au profit de l’artisanat.

Priorité N°7 - Priorité donnée au recyclage plutôt qu’à la production de nouveaux biens de consommation. Effet immédiat.

Priorité N°8 - Reconversion systématique des citoyens de Polis en recherche d’emplois dans la permaculture, l’artisanat et le recyclage, la construction d’éco habitations, l’enseignement et la formation des nouvelles techniques et connaissances.

Priorité N°9 - Création immédiate d’une nouvelle monnaie nommée Polis, indépendante du système bancaire mondiale. Fermeture immédiate de toutes les institutions financières sur Polis dont la bourse Néo-Zélandaise.

Priorité N°10 - Priorité donnée à l’échange et l’entraide dans le commerce. Lancement du concept de la Permaconomie.

C’EST MAINTENANT ! TOUS ENSEMBLE !

Chères citoyennes et chers citoyens de Polis,

En premier lieu, je tiens à vous remercier chaleureusement de votre présence.

Nous avons franchi ensemble des ponts et des rivières.

Nous avons foulé ensemble de nos pieds la Terre Mère nourricière.

Si vous êtes là aujourd’hui, c’est que vous savez qu’il nous reste encore un long chemin à parcourir. Que des obstacles vont joncher nos routes.

Qu’il faudra faire preuve d’abnégation et de volonté pour les contourner ou les dépasser.

Pendant ces 2 dernières semaines, j’ai eu le privilège de rencontrer des citoyens comme vous et moi, qui sont prêts pour un vrai changement, radical et pérenne. Les consciences ont évolué en 3 ans. Ce qui apparaissait comme étant du domaine de l’utopie est considérée aujourd’hui comme une nécessité, une volonté même.

Beaucoup d’entre vous, croisés sur la route, m’ont demandé Pourquoi Polis ?

Polis signifie cité en grec. Cette civilisation a inventé le principe de la démocratie, il y a un peu plus de 2 000 ans. Démocratie en grec signifie le pouvoir du peuple. Et cette démocratie a été bafouée et galvaudée à travers les siècles.

Il y a 3 ans, à l’aide de la Nouvelle Constitution, le Gouvernement du Peuple vous a redonné votre souveraineté.

C’est désormais vous qui décidez. Et non pas quelques-uns dont les intérêts individuels dictent leurs décisions au détriment du plus grand nombre.

Ce modèle-là. C’est fini. C’est le passé. Notre présent et notre futur, c’est maintenant. C’est Polis ! C’est tous ensemble !

Afin d’insérer le changement enclenché en 2035 dans notre quotidien, nous changeons de nom.

Polis sera désormais notre identité.

Et son drapeau, le symbole qui nous relie à ce nouvel ADN !

Il fit une courte pause laissant les acclamations envahir la grande place.

Mais, vous le savez, il reste encore beaucoup à faire. Tout au long de cette marche, je fus une oreille attentive à l’écoute de chacune de vos préoccupations.

Mais aussi de vos peurs, de vos craintes et de vos espoirs.

Et, à chaque fois, des centaines de fois, je vous ai répondu. Et je vous réponds une fois encore.

Il posa sa voix et inspira longuement.

Il y a 20 ans, en 2018, j’étais encore étudiant. J’avais alors 21 ans. Oui, vous connaissez désormais mon âge.

Il sourit et fit une pause. L’audience riait.

Plein d’espoir et de rêve, j’avais une envie irrésistible de croquer la vie. Puis, je pris connaissance du rapport Meadows – Les limites de la croissance. Je découvris les termes de collapsologie et d’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle. Les sujets de discussions autour du dérèglement climatique et de biodiversité étaient sur toutes les lèvres. Je compris que nous vivions dans un monde fini où les ressources ne sont pas infinies. Ça peut paraître évident aujourd’hui mais remis dans le contexte, nous étions seulement une dizaine de milliers à en avoir pris réellement conscience. Alors, je décidais de m’engager dans le militantisme non violent, mais concret. Les gouvernements nous endormaient en évoquant la transition écologique.

Désormais, nous leur enseignerons l’écologie sans transition. J’étais jeune et fougueux. C’était il y a 20 ans.

Le rapport Meadows, lui, fut publié… il y a 66 ans. Des dizaines de Millions d’exemplaires vendus plus tard, je tournais à mon tour la première page de ce livre qui changea ma vie. J’allais alors réaliser que la croissance a une limite, que notre système nous conduit dans une impasse. Je prenais alors conscience que « Le problème, ce n’est pas le fait qu’on aille dans le mur ou pas. On y va ! Non, le problème, c’est à quelle vitesse : à 50 km/h ou à 5 km/h ? »1.

La plupart des gouvernements connaissaient l’existence de ce rapport.

Dennis Meadows, lui-même, résumait très bien l’évolution de l’état d’esprit de nos dirigeants à travers les décennies qui avaient suivi la publication de son ouvrage.

Dans les Années 1970, à la suite du rapport commandé par le Club de Rome, les critiques affirmaient « il n’y a pas de limites. Tous ceux qui pensent qu’il y a des limites à la croissance ne comprennent tout simplement rien ». À la fin des trente glorieuses, les deux chocs pétroliers n’avaient pas eu raison du déni ambiant.

Dans les années 1980, le discours était plus nuancé. Certains commençaient à avouer « d’accord, il y a des limites, mais elles sont très loin, nous n’avons pas à nous en soucier. »

Puis, dans les années 1990, la sacro-sainte économie néolibérale était élevée au rang de religion. « Les limites sont peut-être proches mais nous n’avons pas besoin de nous inquiéter à leur sujet parce que les marchés et la technologie résoudront les problèmes. »

En somme, en rajoutant de l’économie à l’économie, les experts s’attendaient probablement à retarder le retardement (2) ou à effacer l’ineffaçable.

Dans les années 2000, la méthode Coué était à son apogée. « Il faut continuer à soutenir la croissance, parce que c’est ce qui nous donnera les ressources dont nous avons besoin pour faire face aux problèmes. »3

Finalement, au milieu des années 2010, Dennis Meadow déclarait dans une interview « Nous avons simplement continué à changer les raisons de ne pas changer notre comportement. Il est maintenant trop tard pour le développement durable. Il faut se préparer aux chocs et construire dans l’urgence des petits systèmes résilients. »

Nous y sommes !

Après quelques crises financières, monétaires et économiques majeures, des migrations par millions, une crise politique et sociétale sans précédent, le Monde se réveillait et contemplait les dégâts causés par lui-même. Nous dormions éveillés. Le réveil fut brutal.

Gandhi, lui-même, ne disait-il pas « Le Monde contenait bien assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous ».

La seule différence notable est que nous n’avions pas su anticiper le choc. Nous nous sommes pris ce « foutu » mur en pleine face.

Je laisserai les experts se quereller sur la vitesse de l’impact.

Je laisserai également les critiques s’écharper pour définir le coupable.

Selon moi, nous sommes tous responsables. Hommes politiques, dirigeants d’entreprises, citoyens, nous avons tous notre part de responsabilité.

Entre nous, quel score aurait obtenu, il y a 20 ans, un candidat à l’élection présidentielle prônant un programme basé sur la décroissance énergétique et des ressources ? 0,5 %, 1 % ?

L’homo Economicus est ainsi fait. Il ne sert à rien de blâmer son voisin. Ceci est le passé.

Dirigeons-nous vers le présent et le futur.

J’ai fait un rêve la nuit dernière.

Nous étions tous dans le même bateau, travaillant et avançant ensemble. Chacun avait son rôle à jouer. Pour ma part, j’avais la lourde responsabilité de fixer le cap. Confiant dans la direction que prenait notre navire Polis. Alors oui, nous avons affronté des tempêtes. Nous avons aussi été les témoins de jours ensoleillés. « Et si nous ne pouvons pas changer la direction du vent, alors, nous allons apprendre à orienter les voiles. »2

Ainsi, nous arriverons à bon port !

Une nouvelle fois la foule acclamait Phil. Il poursuivit.

C’est pourquoi, nous devons poursuivre le travail entamé en 2035.

J’ai fait un rêve.

Nous étions tous portés par une ambition commune.

Cette ambition, je l’ai partagée avec vous, tout au long de cette marche.

Je vais vous la résumer en deux points.

Il prit alors un ton plus déterminé.

D’une part, nous allons faire croître une économie utile et décroître une économie nocive3.

Dès demain, une mobilisation générale va se mettre en oeuvre dans la construction d’éco hameaux et éco villages résilients et autosuffisants. L’objectif est d’atteindre 100 000 éco hameaux dans 3 ans.

L’agriculture intensive sera totalement éradiquée dans les 12 mois pour laisser la place à un mix entre la permaculture, l’agroécologie et l’agroforesterie.

La foule, à chaque énumération du programme, renchérissait par des acclamations.

Les industries polluantes disparaîtront dans les 3 mois au profit de l’artisanat.

L’industrie du recyclage va être élevée au rang de priorité nationale.

Les ovations couvraient presque ses paroles. Il augmenta le volume de sa voix de quelques décibels supplémentaires.

D’autre part, tirons les leçons du passé du sens de notre civilisation. L’individualisme, l’égoïsme et l’ignorance n’ont fait qu’attiser le feu d’un système devenu obsolète. Les incendies, provoqués partout sur la Terre Mère, sont les témoignages de notre cupidité et de notre avarice.

Avant de poursuivre, il imposa un instant de silence et regarda l’assistance.

J’ai fait un rêve, qu’un jour, l’entraide et le partage s’imposaient à tous comme une évidence.

J’ai fait un rêve, qu’un jour, la bienveillance et l’empathie devenaient la norme des relations entre individus.

J’ai fait un rêve, qu’un jour, nous réalisions tous que la colère, la rancune, l’égoïsme, la revanche... nous mèneraient vers une voie sans issue.

J’ai fait un rêve, qu’un jour, nous comprenions que « laisser nos coeurs nous guider sera toujours plus important que rechercher des réussites extérieures. »4.

J’ai fait un rêve, qu’un jour, nos actes quotidiens traduisent que « nous n’héritons pas la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants5.

J’ai fait un rêve, qu’un jour, nos enfants et nos petits-enfants aient confiance en l’avenir, qu’ils n’aient plus à craindre le changement climatique et que la violence ne soit plus qu’un souvenir d’un monde oublié.

Aujourd’hui, maintendès à présent, je fais ce souhait que nous soyons tous unis vers un même but. Tous ensemble ! Cette unicité est la clé de notre succès.

Ce n’est pas demain ou après-demain.

C’est maintenant !

Les cris de la foule submergeaient sa voix.

Ce n’est pas moi tout seul. Ce n’est pas non plus toi, toi ou toi, tout seul dans ton coin, livré à ton propre sort.

Il pointait de son index des personnes dans l’assistance.

C’est tous ensemble. Et c’est maintenant.

Réalisons tous ensemble ce rêve, dès aujourd’hui.

Merci.

Il se tut et regarda, les bras levés vers le ciel et la tête haute, le million de personnes qui l’acclamaient.

Jackie, Mike, Manutea et le premier cercle des fidèles vinrent à ses côtés et le félicitèrent.

Un moment historique venait de se dérouler et devait changer à jamais le futur de Polis et peut-être de la Terre Mère.

Discours de Philippe Busarello, Polis, le 14 mars 2038.

1 Jean-Marc Jancovici

2 James Dean

3 Edgar Morin

4 Confucius

5 Mahatma Gandhi

Happy Birthday

« Un film, c’est la fête d’anniversaire d’un metteur en scène. C’est lui qui choisit ses invités et la musique, qui décide si l’on porte des chapeaux ou pas… »

Jodie Foster – actrice, réalisatrice et productrice américaine.

14 novembre 2083, 8 heures du matin. « Gaïa Farm ».

Le vieil homme, pieds nus, sortit de son écohabitat circulaire, bâti il y a maintenant presque 50 ans, à base de chanvre et de chaux.

La brume se levait des champs alentours. Le chant des oiseaux annonçait le réveil d’une nouvelle journée. La Nature dégageait son parfum matinal composé d’humus et de rosée.

Que de chemins parcourus et d’obstacles franchis depuis son exil d’Europe en 2030 vers Polis, son engagement politique en 2038 et la construction de « Gaïa Farm ». L’effondrement du modèle thermo-industriel mondial basé sur la croissance et la surconsommation était passé par là.

Il longeait quelques écohabitats circulaires, lorsqu’il aperçut Cynthia, travaillant la terre et prenant soin d’utiliser les principes de la permaculture.

— Joyeux Anniversaire Papy Phil, lui lança-t-elle.

— Merci Cynthia. Bonne journée, lui répondit-il avec un sourire.

La Terre Mère semblait reprendre ses droits, songeait-il.

La récolte était abondante depuis presque 15 ans. « Gaïa Farm », qu’il avait créé il y a presque 50 ans avec quelques amis, avait pris de l’ampleur. Une communauté de 45 personnes vivait désormais dans cet écovillage.

Les débuts n’avaient pas été simples. Il avait fallu tout reconstruire d’A à Z, repenser un nouveau modèle privilégiant la durabilité des ressources et des énergies, le tout dans un écosystème autosuffisant.

De nombreuses autres petites communautés complémentaires, solidaires et interconnectées entre elles existaient partout sur Polis. Ce modèle communautariste de petite taille était le plus répandu et était devenu la norme depuis la prise de pouvoir par le peuple en 2035 et son élection au poste de Ministre de la Terre Mère en 2038. L’idée étant d’être le plus autonome possible en termes de ressources (eau, nourriture…) et d’énergie (électricité, chauffage…).

Un nouveau système avait été repensé afin de donner la primauté à la Terre Mère. Le capitalisme y était banni. Il existait bien une monnaie locale, le Polis, mais très souvent, le troc et l’échange de biens et de services y régnaient. L’altruisme et l’entraide faisaient partie intégrante des valeurs et traditions chères sur Polis.

Les principes de l’architecture bio dynamique avaient été rigoureusement appliqués à tous les écohabitats. L’orientation, les matériaux recyclés et la disposition des pièces permettaient de réduire radicalement la consommation d’énergie.

Le modèle architectural, en forme circulaire, était inspiré des yourtes originaires de Mongolie, des huttes, des igloos et des bories en pierres du Sud de la France, dans le Lubéron notamment. Les termitières et les fourmilières sont de forme ronde, telles un cocon ou un nid. Dans la nature, le carré n’existait pas. Tout est rond ou courbé. Le carré était une invention de l’homme.

Gaïa Farm avait été conçue autour des 4 éléments de la Nature : L’eau, le Feu, la Terre et l’Air. Les écohabitats, construits selon deux techniques différentes et similaires, en reflétaient la philosophie.

La maison circulaire de Papy Phil avait été bâtie à base de chanvre et de chaux. Il n’y avait ni structure, ni armature en fer, ni poutre. L’action du chanvre et de la chaux, donnant une sorte de pâte à modeler, permettait de sculpter sa propre maison. Avec le temps, par carbonatation4, ces deux composants se transforment en pierre très solide et pérenne. Papy Phil avait modelé un soleil à l’extérieur de son écohabitat d’une surface de 40 m2. À l’intérieur, il avait disposé un tapis sur le sol constitué de branches de chanvre. Ainsi, pieds nus, il était en connexion permanente avec le champ électromagnétique de La Terre Mère. Des étagères et des cavités étaient intégrées dans les murs de chanvre et de chaux. Des plantes aromatiques étaient disposées ici et là. Une cheminée sculptée, dont la façade était décorée d’un visage féminin, apportait la chaleur nécessaire à l’habitat. La forme circulaire et en dôme permettait de réduire considérablement la consommation en énergie utilisée pour le chauffage. L’aération et la lumière provenaient du Sky dôme. L’une des propriétés du chanvre était de pouvoir capter la chaleur dans la journée et de la restituer le soir5.

D’autres habitants de Gaïa Farm avaient opté pour une construction un peu différente. La construction, également en forme de dôme, était soutenue par des murs constitués de bottes de paille. Le tout était renforcé par un mélange à base de paille et de chaux permettant d’obtenir un mur isolant d’environ 40 cm d’épaisseur6.

La plupart des industries et grandes multinationales de l’ancien monde avaient disparues. De nouvelles industries dont le modèle s’inspirait de la durabilité de l’écosystème Terre avaient émergées. Mais plus généralement, le retour de l’artisanat de masse s’était substitué au modèle industriel classique. Ainsi, une industrie artisanale de récupération et de fabrication de blocs électronique de puissance était devenue florissante sur Polis.

Au sein de l’écovillage, plusieurs éoliennes de petite taille en bois trônaient fièrement encerclées par des panneaux photovoltaïques recyclés. Lorsque le moteur d’une éolienne ou une cellule photoélectrique rendait l’âme, le quartier de récupération et recyclage, situé sur la Grande Place de la capitale, permettait de pallier toutes défections.

La rivière proche de « Gaïa Farm » fournissait, grâce à un système hydraulique ingénieux, un surplus d’électricité et d’irrigation pour les champs de permaculture.

Un système autonome et durable, capable de capter l’énergie de la photosynthèse d’une plante pour ainsi créer de l’électricité, avait été introduit dans les champs. Des électrodes placées dans la terre récupéraient ainsi l’énergie libérée par la plante afin de créer un flux de courant7.

À elles seules, ces sources d’énergie fournissaient l’ensemble des besoins nécessaires à la communauté en énergie électrique. En complément, chaque habitat était équipé de volant d’inertie, permettant de stocker et de lisser la production d’électricité. Cette technologie bénéficiait d’une durée de vie très longue et nécessitait peu de maintenance.

Tous les écohabitats étaient pourvus de cheminée dans la pièce principale pour la cuisson des aliments et pour le chauffage des pièces secondaires. La saison hivernale n’était plus aussi rude. En un siècle, le réchauffement climatique global avait enregistré une augmentation de 2 °C due aux émissions de gaz à effet de serre. Ce phénomène avait déclenché de nombreuses catastrophes partout sur la Terre Mère.

La permaculture, dite « culture permanente »8, philosophie basée sur la prise en compte de la nature, de l'Être humain et du partage équitable au sein de la société, était l’un des modèles fondateurs de Polis. Le chanvre, les plantes médicinales, les plantes sauvages et comestibles, les arbres fruitiers, les légumes saisonniers poussaient en totale harmonie avec la nature dans un écosystème d’entraide naturel très productif.

Le chanvre était redevenu une industrie très prospère pour les besoins en habits, vêtements, meubles, conditionnements et isolation des écohabitats. Les plantes et herbes médicinales étaient réapparues depuis l’effondrement de l’industrie pharmaceutique, communément appelés les « Big Pharma ». En effet, comme pour de nombreuses industries, la raréfaction du pétrole et la hausse exponentielle du prix du baril ne permirent plus la fabrication, le conditionnement et le transport de médicaments à partir de 2040. Les soins étaient prodigués de façon traditionnelle par infusion ou décoction pour la plupart des maux rencontrés et leur efficacité n’était plus à démontrer.

L’eau, quant à elle, était devenue critique et très précieuse depuis l’effondrement de la civilisation industrielle telle qu’on la connut jusque dans les années 2030. Depuis la mainmise des lobbies et des industriels sur le marché mondial de l’eau, « l’or bleu » n’était plus un bien commun. De tout temps, cette ressource vitale avait été gratuite. Elle ne l’était plus et était de surcroît privatisée. Comme si l’air que nous respirons pouvait s’acheter et se vendre. Un non-sens illustrant la marchandisation mondiale des ressources communes9.

Dans les années 2010 – 2020, la consommation d’eau par personne et par jour en Europe était d’environ 150 litres. Sur Polis, la consommation n’atteignait plus que 30 litres par jour et par personne. L’une des principales raisons de cette diminution résidait dans l’utilisation des toilettes sèches. Les excréments humains et la sciure étaient réutilisés en compost pour la culture des champs. Ainsi, la boucle était bouclée.

Des puits et des citernes enfouies dans le sol étaient disposés un peu partout dans « Gaïa Farm » pour les besoins des champs et de la permaculture.

Afin de rendre l’eau potable, un système ingénieux de récupération et d’acheminement en eau de pluie avait été mis en place.

Papy Phil se dirigeait vers le bâtiment principal. L’Agora était le lieu de rassemblement, d’événements, d’écoute et de résolution au sein de la communauté.

Le bâtiment avait été construit en forme de zome10, contraction des mots zonaèdre et dôme. Le zome était formé par un assemblage de losanges, avec des arêtes de longueur identiques, lui donnant cette apparence de dôme. L’Agora était suffisamment grande pour accueillir l’ensemble de la communauté de Gaïa Farm.

C’est dans l’Agora que se tenait une fois par semaine le comité « PFH » du village. Le PFH signifiait « Putain de Facteur Humain ». Dans le passé, de nombreux écovillages et écolieux avaient échoué dans leurs tentatives de construire une communauté basée sur un système résilient. La raison principale était liée aux conflits entre individus, mais surtout aux difficultés de communication pour les résoudre. Conscient des effets néfastes du PFH au sein de Gaïa Farm, Papy Phil avait mis en place les principes de « Communication Non Violente ». Inspiré de Marshall B. Rosenberg, dont le livre « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) » s’était écoulé à plusieurs millions d’exemplaires.

Le principe, très facile à retenir, était basé sur 4 étapes clés de communication et de résolution des conflits. L’acronyme « OSBD », pour Observation, Sentiment, Besoin et Demande, était un moyen mnémotechnique facilitant la mémorisation de la méthode.

Cette méthode avait produit des résultats dépassant les espérances de Papy Phil. Désormais, la CNV (« Communication Non Violente ») était enseignée à l’école dès le plus jeune âge11. Soudain, Jérémy accourut vers Papy Phil et se jeta dans ses bras.

— Bon anniversaire Papy Phil, l’embrassant très affectueusement.

— Merci Jérémy. 86 ! Le nombre d’années commencent à peser sur ma vieille carcasse.

— N’est-ce-pas toi qui m’as appris cette citation dont j’ai oublié l’auteur « La vieillesse est peut-être moins le sentiment de notre propre fin qu'un certain effacement des choses et des gens qui nous entourent », riant à pleine voix.

— Philippe Bouvard ! Ça vient de Philippe Bouvard. Du coup, je ne me sens pas si vieux que ça, finalement. J’ai la chance d’être très bien entouré, lui répliqua-t-il sur un ton amusé.

— Vas-tu donner ton cours aujourd’hui ?

— Oui, c’est économie et politique sur la période 2030 – 2040. Tout un programme. Une heure pour traiter de l’ensemble de ce sujet, ça va être dense. Hier, je leur ai fait un cours sur les enjeux de la fission nucléaire versus fusion nucléaire.

— Quelles furent les réactions ?

— Le sujet du cours a dévié sur Astral, la Smart City Soeur. Ils me demandaient quand la fusion nucléaire serait réellement opérationnelle. Est-ce que nous pourrions l’utiliser sur Polis et comment ? Je fus assailli de questions. Ils manifestaient un intérêt évident pour le sujet. Je les comprends. La fusion nucléaire a toujours été annoncée comme l’énergie du futur. Une énergie illimitée et propre.

— Que leur as-tu répondu ?

— Les premières expériences ont débuté en 1950. Puis le projet ITER et DEMO12 ont permis de faire de grandes avancées. Astral est la Smart City la plus avancée sur ce sujet. Ils utilisent des réacteurs nucléaires de 4e génération. Puisque tu vas rencontrer aujourd’hui la Ministre de la Terre Mère, Demande-lui où en sont les avancées technologiques sur Astral. Des échanges ont lieu mensuellement, je crois.

— Je verrais si le moment est propice pour aborder ce sujet. Ce n’est pas l’objet de notre rencontre.

— Oui. Il y a un enjeu beaucoup plus important. Tu as raison.

— J’adorais lorsque tu nous donnais des cours. On écoutait tous avec une grande attention. Je me souviens que Charles et moi-même étaient les plus assidus et nous étions toujours en avance pour tes cours. Charles avait une préférence pour les sciences.

— C’est certain que tu préférais ça aux cours de couture et de cuisine, ricanant à son tour.

— Es-tu prêt pour ton rendez-vous ? Ajouta Papy Phil.

— On a encore fait un test en réel hier. Tout a fonctionné à merveille. Je dois être au chantier dans 2 heures. On est prêt. L’équipe est très excitée et un peu nerveuse. Le moment est crucial.

Jérémy, sous son apparence athlétique, venait de franchir la trentaine. Ses cheveux châtains tombaient et ondulaient telle une crinière sur ses épaules. Sa barbe, taillée avec précision, lui donnait un charme et une séduction auxquels les femmes de son