Pour mes girls - Hayate Haïfi - E-Book

Pour mes girls E-Book

Hayate Haïfi

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Beschreibung

Quand Nada, 17 ans, apprend qu'elle va devoir quitter son 94 natal pour un petit village ardéchois, rien ne va plus! Elle qui se voyait passer son année de terminale auprès des siens, va voir sa vie totalement chamboulée par une flopée de péripéties et d'épreuves personnelles. Bien heureusement, ses anciennes et nouvelles amies seront là pour l'épauler et se serrer les coudes, car après tout, n'est-ce pas ce que font toutes les girls?

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A Myriam, Naouel, et Najoua, mes vraies girls…

Sommaire

L’annonce

Bienvenue chez nous !

Le voisin

Lily-Rose

Et Bêêê…

La mif

Dupé comme jamais !

Comme fondu dans le décor…

A vos marques, prêts, rentrez !

Olympe

De retour

Amour, quand tu nous tiens…

Adrien

Fanny

La lettre

Fiesta party

Madame Petitôt

Meilleure année

La lettre Bis

La fête foraine

Le plan

Intimidation…

Bonne nouvelle ?

Sans rancune…

Dieu merci !

Venez déguisés !

La rumeur

Ramadan Moubarak

Changement de plan

De belles amies

Tous au bal ?

Mes girls…

L’annonce

Cela faisait plus de quatre heures que nous étions sur la route. Je regardais défiler les voitures avec nonchalance, sans trop me poser de questions. Des questions, je m‘en étais assez posées. Je ne comprenais pas pourquoi mes parents avaient décidé de nous arracher, mon petit frère et moi à notre vie parisienne. Pourquoi ils avaient souhaité quitter notre univers ! C’est vrai que l’école du quartier n’était pas le meilleur établissement de France, (d’ailleurs, qui aurait envie d’être dans une école de grosses têtes ?), et que notre minuscule T3 n’avait rien d’un palace, mais je m’y plaisais, moi ! J’aimais les bouchons sur le périph’, les heures de pointe dans les transports où l’on pouvait risquer sa vie pour rentrer in extrémis dans une rame de métro, obligeant les passagers à se serrer encore plus, provoquant des regards pas toujours bienveillants. J’aimais aussi notre petit chez nous au 7ème étage, dans le quartier du Mont Mesnil de Créteil, où les appartements étaient tellement collés et mal isolés que l’on pouvait savoir ce que le voisin avait cuisiné, et ce qu’il avait regardé comme programme télé, son préféré qui n’était autre que « les zamours », une émission dont les participants devraient tous aller consulter un psy, si vous voulez mon avis ! C’est vrai ! Qui a envie de voir dévoilé en public que son mari vous appelle « mon petit cactus » en référence à vos jambes velues, ou encore « mon nounours en chocolat » en faisait allusion à sa dépendance affective et plus spécifiquement, au fait qu’il est un grand collectionneur de peluches du haut de ses 56 ans ! Et je ne vous parle même pas de celui qui appelait sa femme « petit tajine » car elle était originaire du Maroc !

Malgré tout, c’était ma vie, notre vie et je l’aimais, elle me suffisait. Jusqu’au jour où mon père a reçu un drôle de mail de sa direction. Et là, j’avais pas vu le coup venir…

- Ma belle, viens voir ! avait-il dit à ma mère.

Oui, je sais, rien avoir avec « petit cactus » ou « petit tajine », mon père avait l’art et la manière de s’adresser à ma mère.

- Ma mutation a été acceptée ! J’y croyais plus !

Euhh quoi ? Ta mutation ? Quelle mutation ? Vous imaginez bien que dans ma tête ça c’était bousculé comme un premier jour de soldes chez H&M.

- Vous parlez de quoi là ? avais-je lancé en toute innocence.

- Appelle ton frère, on doit vous annoncer une grande nouvelle, avait demandé maman.

- AMINE !

- Sans hurler ! On a des voisins ! Quoique… là où on va tu auras tout le loisir de crier à ta guise ma chérie !

- Pourquoi tu dis ça…, avais-je murmuré en essayant de comprendre ce qu’elle avait voulu dire.

- Là où on va ? Mais on va où ? avait demandé mon petit frère.

- On va déménager les enfants ! s’était écrié mon père.

- Super ! avait lancé Amine. J’aurai une chambre à moi, et…

- Oui mon cœur ! Une chambre rien qu’à toi, un jardin et même…

- Un chien ?

- Non, pas de chien, mais une piscine, c’est mieux non ? avait ajouté maman.

Je me souviens avoir regardé tout ce beau monde faire des projets sur la comète, parlant de maison, de future partie de foot endiablée sur un immense terrain, et avoir soudainement compris ce qu’il se passait : j’avais été trahie ! Menée en bateau ! Pire même, poignardée dans le dos ! Ils avaient comploté contre nous ! Ils avaient tout planifié…

- Mais on va où ? s’était questionné mon traître de petit frère, tout content.

- A Joyeuse ! avaient-ils dit en chœur.

- Non ! Je suis tout sauf joyeuse !

- Mais non, Nada, on déménage dans le village de Joyeuse, en Ardèche, avait expliqué mon père.

Un village ! Non mais ils étaient sérieux là ! Avec des villageois en sabots, des vaches et tout le tralala ! Sincèrement, je pensais que c’était une blague, du moins, je l’espérais du plus profond de mon cœur.

- Vous rigolez là ? avais-je lancé en m’esclaffant allègrement.

- Tu sais que j’ai toujours voulu quitter la région parisienne, changer de vie littéralement !

- Toi maman ! Mais pas nous !

- Pas toi Nada ! Moi je veux une piscine et un chien !

- On a dit oui pour la piscine, mais… pas pour le chien Amine ! Un chat si tu veux, mais on en reparlera InchaALLAH !

Folle de rage, j’avais filé comme une flèche dans ma chambre. C’en était trop pour moi, je ne voulais plus entendre parler, ni de mutation, ni de piscine, et surtout pas de ce maudit village.

- Ecoute Nada, avait dit mon père avec une délicatesse que je ne lui connaissais pas, je sais que tu n’avais pas imaginé quitter tes petites habitudes et tes amies, mais c’est une belle opportunité pour découvrir un autre mode de vie et faire de nouvelles expériences en famille.

- Oui ma puce, c’est vrai que tout va changer pour nous, mais qui n’a pas rêvé d’avoir une grande et belle maison dans le sud ?

MOI, MOI, MOI ! Eughhhhhh ! Voilà ce que j’aurais voulu leur crier, mais seules des larmes roulaient silencieusement sur mes grosses joues.

- Et puis ce n’est que pour 2 ans maximum ! avait renchérit mon père. C’est super !

- Tu n’as que 17 ans ma chérie, tu auras tout le temps de te faire des amies et d’apprendre plein de choses.

Les jours et les semaines qui suivirent l’annonce de notre déménagement ne furent pas aussi simples que mes parents l’avaient imaginé. J’avais annoncé la nouvelle à mes copines de lycée qui avaient trouvé plutôt cool le fait de partir vivre la grande vie dans le sud.

- Une piscine ! Une maison ! Mais attends, moi j’aurais couru sans réfléchir si j’étais toi ! m’avait lancé Lina la commère de la classe qui laissait traîner ses oreilles un peu trop à mon goût.

- On te demande pas ton avis, ok ? Vieille meuf, celle-là !

- Vas-y laisse tomber Fatou ! Tu vas pas te prendre la tête pour moi !

- Non mais sérieux, j’ai trop le seum ! Franchement ! Tu vas partir meuf ! Et moi j’vais devoir rester avec des gens comme elle ? Peufff ! ça me dégoûte !

Fatou c’était ma pote, ma cops, ma reuss ! On n’avait pas fait les 400 coups parce qu’on avait que 17 ans et que l’on préférait manger une gaufre nutella-chantilly avant d’aller ensemble à la mosquée, mais elle me comprenait comme personne. C’était ma meilleure copine depuis la maternelle. Nous étions tellement fusionnelles que les gens du quartier nous avaient donné un petit surnom : les hijabi-sista. Ils nous avaient appelés ainsi, parce que nous avions l’habitude de nous vêtir avec un code couleur, du voile jusqu’aux baskets. C’était un peu étrange, mais ça nous faisait bien rire. Fatou était un peu la sœur que je n’avais pas eue. Je savais à l’annonce de notre déménagement que les au revoir seraient plus que déchirants. Et bien évidemment, ils l’ont été. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, et je vous passe les détails de la morve au nez dégoulinante aux yeux de tous les gens du quartier venus assister à notre départ. C’était sans compter sur ma grand-mère maternelle qui fusillait mon père du regard. Pour elle aussi, la nouvelle avait été difficile à encaisser.

- Pourquoi tu pars ? avait-elle demandé.

- On part pour avoir une meilleure vie…

- Pourquoi ? Elle est pas belle la vie que ton père (Allahirahmo1) et moi on t’a donné en partant d’Algérie ?

- Mais si yemma, mais on a pensé aux enfants, à leur éducation, loin du quartier…

- Pourquoi ? On t’a pas bien éduqué ton père et moi dans ce quartier ?

- Si, si yemma ! Mais… mais on veut qu’ils puissent avoir de la place, de l’espace pour jouer, pour profiter…

- Pourquoi ? T’as pas profité toi, hein ? C’est vrai que ton père, c’était pas un ingénieur, mais t’as manqué de rien ! On avait pas un palace, mais je te sortais au parc, toi et tes frères tous les jours après l’école, t’as oublié ça ?

- Mais non yemma ! Je n’ai rien oublié ! Tu nous as tout donné et…et même sur un plateau…

- Saha2 ! C’est vrai sur un plateau ! Et c’est comme ça que tu nous remercies, en partant vivre la joie…

- A Joyeuse yemma…

- Soukti 3! Je sais ce que je dis ! Tu t’en vas et tu laisses ta vieille mère seule, ici !

- Samahni khalti4 ! On va pas te laisser, on part que pour 2ans inchaALLAH et on aura une grande maison avec une piscine et un grand jardin !

- Oui yemma ! Tu pourras venir quand tu veux !

- Et puis… ça sera plus facile pour tes voyages en Algérie Khalti ! Marseille n’est qu’à 2h de route environ, on pourra te déposer en voiture, jusqu’au bateau ! Tiens, pour les vacances prochaines, si tu veux, on te prend un billet !

- Mmmmhhh…C’est vrai, j’avais pas pensé… 2 ans tu m’as dit…

- Oui Khalti, moi aussi j’ai ma famille ici, je ne voudrais pas partir trop longtemps…

C’était donc en quelques mots (et avec une promesse de billet pour l’Algérie) que mon père avait réussi un tour de force magistral et avait sauvé ma mère pour la soirée. Il fallait dire que j’avais bien rigolé ce soir-là. Je savais que ma grand-mère ne prendrait pas de gants avec eux, chose que je ne pouvais pas faire du haut de mes 17 ans. A vrai dire, je pense que c’est une chose que je ne pourrai jamais faire ! C’était comme ça chez nous ! Nous devons le respect à nos parents jusqu’à notre mort, et même au-delà, mais je vous expliquerai plus tard comment fonctionnent les relations familiales chez les muz.

Et voilà pour la petite histoire. Deux mois plus tard, et en plein mois de juillet, nous voici sur l’autoroute du soleil direction Joyeuse, où comme j’aimais à l’appeler « Tristesse ».

1 Que Dieu lui fasse miséricorde

2 C’est vrai

3 Tais-toi

4 Excuse-moi ma tante

Bienvenue chez nous !

Je me demandais en mon for intérieur quand est-ce que ce calvaire autoroutier prendrait fin. Je n’en pouvais plus de voir mon munchkin de frère accroché comme un zombie à sa manette de switch. Je n’avais rien contre habituellement. Il m’arrivait d’y jouer de temps en temps, surtout aux jeux de course ou de combat, mais là, c’en était trop. Amine avait tellement joué que ses yeux (de base légèrement globuleux) semblaient être encore plus sortis de leurs orbites. Je ne comprenais pas pourquoi mes parents le laissaient dans cet état.

- Tu trouves pas qu’il joue un peu trop maman ?

- T’exagères Nada ! Et puis toi t’es H24 sur ton téléphone ! balança Amine avec une certaine rage dans la voix.

- C’est exceptionnel Nada, tu sais que ton frère a le mal des transports, et que ça l’aide à se sentir mieux, et il n’a pas joué tant que ça ! Il a fait une pause de plus d’une heure en lisant ses BD, renchérit papa.

- Et ouais ! Mais toi, t’étais trop occupée avec ton téléphone, à répondre à tes copines qui n’existent même plus !

- Eh dis donc ! C’est pas très sympa ce que tu dis là, Amine !

- Pardon maman !

- Pas pardon maman ! Pardon Nada !

- Oui ! Pardon Nada, rajoutai-je avec une voix fausse et mielleuse.

- Pardon ! dit-il timidement.

- J’ai pas entendu…, lançai-je pour le titiller encore plus.

- PARDON ! T’AS ENTENDU AVEC TES OREILLES D’ELFE ! hurla Amine.

- Tu peux pas les voir mes oreilles, elles sont sous mon hijab, mini Goloum….

- Ho ! Stop là ! Vous n’allez pas vous battre dès maintenant ! s’écria mon père qui commençait à perdre son sang-froid. On est bientôt arrivés en plus…

- C’est vrai ?

- Oui mon grand ! On va sortir de l’autoroute, dit maman en se tournant vers nous pour nous faire un sourire.

Quelques kilomètres après avoir passé le péage, je regardais avec un peu plus d’attention par la fenêtre, pensant que le paysage campagnard et monotone à souhait changerait. Mais à mon grand malheur, je découvris que non. Des champs à perte de vue, sur des routes sinueuses et plus flippantes que les sentiers de la montagne du Mordor dans le Seigneur des anneaux.

- T’es sûr que c’est par là papa ? demandai-je légèrement angoissée.

- Oui ! On voit le clocher de l’église regarde !

Oh mon Dieu ! C’était vrai ! C’était bel et bien un village, avec un clocher, et tout et tout… Je voyais mon père et ma mère s’extasier devant ce panorama soporifique qui me donnait envie de hurler ma détresse et mon désespoir. Où étaient les tours ? Où étaient les centres commerciaux ? Et une question encore plus préoccupante, où étaient les gens ?

Je me demandais si la maison que le boulot de mon père lui avait dégotée serait à la hauteur de ses attentes. Mes parents n’avaient pas arrêté d’en parler depuis des semaines. Même sur le trajet qui nous y emmenait, je sentais l’excitation de mes parents grandir comme un enfant à qui on aurait dit d’ouvrir ses cadeaux de l’aïd après la prière et pas avant. A première vue, elle paraissait de taille plutôt moyenne. Ses pierres apparentes sur la façade lui donnaient vraiment un style villageois.

- Sortez les enfants ! Venez voir votre nouvelle maison, s’écria ma mère tout sourire.

- Houa ! C’est méga beau !

- Elle te plait Amine !

- Oui maman !

- Et toi ma chérie ? me demanda mon père.

- Elle a l’air bien, mais faudrait voir à l’intérieur, baragouinai-je sans trop d’enthousiasme.

Je ne voulais pas leur avouer mais la maison était magnifique, sans vis-à-vis, ou plutôt avec vue sur les collines. Trois chambres, deux salles de bain, un grand salon avec cuisine ouverte, un immense jardin avec garage et cerise sur le gâteau, une superbe piscine. Mon père n’avait pas menti sur la marchandise. Après avoir fait un rapide repérage des lieux, je choisis sans retenue la plus belle des chambres. J’avais imaginé refiler mon frère à mes parents afin de profiter pleinement de la salle de bain, mais mes parents ne l’ont pas vu de cet œil-là.

- Pourquoi j’peux pas avoir ma propre salle de bain, lançai-je.

- Parce que tu as un petit frère et qu’il a lui aussi besoin de se laver comme tout le monde, rétorqua maman.

- Ça c’est un argument qui n’est pas valable selon moi ! Il peut bien faire sa toilette dehors, vu qu’il fait toujours beau et hyper chaud !

- Nada !

- Ou même dans la piscine, ça lui prendra que quelques secondes, un plongeon et hop !

- NADA !

- C’est bon, je plaisante ! Je l’accepte avec moi, bon gré, malgré…, sifflai-je entre mes dents.

Ma petite plaisanterie n’avait pas été du goût de tout le monde. J’étais stressée et un peu angoissée de passer la nuit dans cette nouvelle maison. J’avais eu l’habitude de dormir dans mon lit depuis toujours. Ma mère n’a jamais été très pyjama party et moi non plus. Je ne voulais passer la nuit chez personne, même pas chez les membres de ma famille, si bien que lors de la naissance de mon petit frère, ma grand-mère paternelle avait dû venir et rester les 3 semaines qui avaient été nécessaires avant le retour de ma mère et d’Amine. J’étais âgée de seulement 7 ans, mais je savais que quelque chose d’anormal se passait. On ne restait généralement pas aussi longtemps à la maternité, mais mon petit frère était né avec une malformation du cœur. Il avait dû être rapidement opéré. J’en gardais très peu de souvenirs, mais je me rappelais encore le jour où ils étaient enfin rentrés. Mouima (ma mamie) avait préparé un couscous géant et plein de gâteaux. Mes oncles et mes tantes étaient venus de loin pour les accueillir. Tous voulaient voir la nouvelle « tête » de la famille. Bien entendu, j’avais joué les jalouses, et cela m’avait permis de récolter la coquette somme de 100€ ! Personne n’avait pensé à m’acheter de cadeaux, alors, en bons rebeux qu’ils étaient tous, ils avaient dû mettre la main à la poche, et heureusement pour moi !

Après avoir avalé une part de pizza achetée à la supérette d’à côté, je sentis la fatigue du voyage m’envahir. Les meubles avaient été livrés 2 jours avant notre arrivée. Les déménageurs avaient même installé (ou plutôt jeté) les matelas dans chacune des chambres. Pour moi, cela me semblait amplement suffisant pour m’étaler comme une crêpe jusqu’au matin. En montant me brosser les dents, je sentais le regard d’Amine se poser longuement sur moi.

- Tu veux quoi petite tête ?

- Je veux monter avec toi me brosser les dents…

- Allez, file devant, je te rattrape !

Cette maison nous était encore inconnue. Je comprenais son angoisse et ses peurs, et je voulais faire ma bonne action de la journée.

- Je vais mettre le matelas d’Amine dans ma chambre, le temps qu’il s’habitue un peu…

- C’est gentil ma chérie, on allait le faire dormir avec nous, mais c’est mieux si vous restez tous les deux ! Je vous ai déjà mis des draps propres.

- Merci maman !

- Y’a des livres dans ce carton si tu veux lui lire une petite histoire ?

- Ok papa ! Bonne nuit !

- Bonne nuit ma puce, me dit ma mère avec un regard plein de tendresse.

Arrivée en haut, j’installai notre campement pour la nuit, et pour les prochaines. J’avais fait la surprise à Amine en lui apportant son coussin Chewbaka et son drap de Maître Yoda. Mon frère était un fan de Star Wars. Moi pas du tout ! Les galaxies, les Jedi, les planètes bizarres et autres vaisseaux spatiaux…merci, mais très peu pour moi ! Malgré mes réticences, j’avais dû me coltiner les deux dernières sorties au cinéma. Ne me demandez pas qui est Palpatine ou encore Boba Fett, je ne saurai vous répondre. Installée confortablement sur son matelas, je décidai de lui lire une petite histoire.

- J’ai pris un livre, je vais te lire un chapitre ou deux, ok ?

- Ok ! Mais c’est quoi le livre, demanda-t-il en faisant la moue.

- Un truc sur les animaux marins, tu sais le livre que tonton Mohamed t’avait acheté.

- C’est bien, mais je voudrais celui-ci, dit-il en me mettant sous le nez une énième histoire de sa saga galactique préférée.

- Pitié, pas encore ça !

- Allez, s’te plait…Tu sais que j’aime bien, et puis je me sens pas très à l’aise dans cette maison pour le moment… J’ai besoin d’un truc que je connais…

- Pauvre petit chat ! Fallait y penser, avant de faire la danse de la joie à notre arrivée !

- T’exagères ! Me dis pas que t’aimes pas cette baraque ?

- Non ! fis-je avec un soupçon de déni.

- Menteuse ! Je te connais ! Je t’ai vu sourire quand t’as vu le jardin et la piscine !

- Oui ! C’est vrai, elle est canon cette maison, mais sans copines, sans famille sans notre vie d’avant, elle ne me paraît plus si bien que ça…

- Moi non plus j’ai plus mes copains, je les reverrai quand on remontera pour les vacances, mais… ils vont me manquer tu sais…

Pendant tout ce temps, j’avais joué les grincheuses-boudeuses, oubliant que ma demi-portion de frère vivait la même chose que moi. Il avait quitté son école, ses camarades de classe et tous ses copains du quartier avec qui il aimait tant jouer. Mais à l’inverse de ma réaction, il ne s’était jamais plaint de la situation. Il avait accepté le déménagement et tous les désagréments que cela avait pu provoquer dans sa petite vie. Du haut de ses 10 ans, Amine m’avait donné une belle leçon de vie. Il m’avait appris qu’il fallait positiver et aller de l’avant.

- C’est bon je te raconte ce que tu veux, mais demain, tu fais mon lit alors ?

- Quoi ? On n’a pas encore de lit, on dort par terre t’as oublié ?

- Pfffff ! Je sais bien ! Je voulais te faire marcher, ricanai-je de plus belle.

- Nada ?

- Quoi ?

- T’es la meilleure des grandes sœurs…

- T’es pas très objectif vu que t’en as qu’une !

- C’est vrai, mais je t’échangerai pour rien au monde, me lança-t-il en se blottissant contre moi.

Le voisin

Au petit matin, je sentis une bonne odeur de café et de pain perdu me chatouiller les narines. Les rayons du soleil me caressaient délicatement le visage et je me demandais pourquoi je n’entendais pas le bruit des klaxons et autres sons courants de la ville. La réponse à mon interrogation fut plutôt brutale. J’entrouvris un œil, m’attendant à voir le mur blanc de ma chambre, mais malheureusement, je déchantai rapidement lorsque que je vis le papier peint fleuri datant de l’entre-deux guerres. Je me levai lentement et m’aperçut qu’Amine n’était plus là. Je descendis les escaliers qui menaient au rez-de-chaussée et entrevis mon petit frère attablé, dégustant une copieuse tranche de pain sucrée à souhait.

- Salam Nada ! T’as bien dormi ? me demanda-t-il avec un large sourire.

- Bizarrement…oui !

- Pourquoi bizarrement ? m’interrogea maman.

- Parce que je n’étais pas dans mon lit, tout simplement !

- C’est peut-être pour ça que t’as pas réussi à te lever pour la prière de l’aube, renchérit mon petit frère entre deux bouchées.

- Euh…toi, on t’a pas sonné, en fait !

- Pas sur ce ton Nada ! C’est le matin ! ajouta maman. Mais c’est vrai que ton père est passé à maintes reprises pour te réveiller, mais sans succès !

Cette petite réflexion ne me laissa pas de marbre. Je montai sans attendre et ne redescendis qu’une fois ma tâche accomplie. A ma grande surprise, je constatai que la cuisine était vide. Je cherchai frénétiquement où avait bien pu passer le reste de ma famille, et découvris qu’ils étaient à présent installés sur la terrasse.

- On t’attendait ma chérie, s’écria papa.

- Prends une chaise ! Je vais te verser du thé.

- Merci maman !

Je pris une gorgée de thé qui me remonta grandement le moral. J’avais toujours aimé le thé à la menthe. C’était un peu ma madeleine de Proust. Cela me rappelait les bons moments passés en famille, les vacances au bled, les matins d’hiver ou encore les nuits de ramadan. Mon père d’origine marocaine savait le préparer comme personne. Il aimait raconter qu’il avait appris la recette à la campagne sur des charbons ardents et avec une vieille théière à laquelle il manquait le couvercle. C’est dans les vieilles théières que l’on fait le meilleur thé, me disait-il souvent. Mais moi, je savais pertinemment qu’il avait fallu plus d’un essai pour lui apprendre la véritable technique made in Morocco, et que mon grand-père était en fait à l’origine de son talent caché. Alors que j’étais en pleine dégustation, entamant à pleines dents le dernier morceau de pain perdu, je sentis ma main s’envoler, lâchant désespérément mon précieux. Comme dans une scène de cinéma au ralenti, je vis mon petit déj voltiger faisant au passage une dizaine de loopings sous mes yeux écarquillés et retomber flasquement sur la terrasse. Je compris rapidement que je venais d’être bousculée sans ménagement par un mini-keum à moitié vêtu sautant dans l’eau et m’éclaboussant copieusement au passage.

- Tu me rejoins Nada ? dit mon gnome de petit frère sans une parole, ni un regard réconfortant pour le reste de mon petit déjeuner qui trônait désormais sur le sol.

- T’es sérieux là ? Regarde ce que t’as fait, c’était la dernière en plus !

- Laisse tomber et viens te baigner !

- Pour quoi faire ? Je suis déjà assez mouillée ! Et puis, j’ai des trucs à faire…

- Comme quoi ? Parler au téléphone à tes cops ou renvoyer les mêmes messages que tout le monde s’envoie sur tsaptsap ?

- Euh…. Ouais ! lançai-je férocement avant de ramasser mon bout de pain.

Exaspérée par la tournure que venait de prendre la fin de mon petit déjeuner, je le frottai vigoureusement contre un mouchoir en papier, m’apprêtant à mordre dedans quand j’aperçus une tête inconnue au bataillon me faire des signes par-dessus le portail. C’était un homme d’une cinquantaine d’années à la chevelure grisonnante et au visage rondouillet. Je n’étais ni habillée convenablement ni hijabisée. Prise de panique, je jetai mon pain sur la table et fis un plongeon dans la piscine, me cachant de sa vue.

- MAMAN ! hurlai-je à pleins poumons.

- T’as changé d’avis ! T’as vu comme elle est bonne l’eau…

- Oui, oui, s…su…super ! Va appeler maman ou papa et dis leur que y’a un homme au portail.

- Ok ! fit Amine en sortant tout dégoulinant.

Quelques minutes plus tard, j’entendis les voix de mon père et de cet inconnu rire allègrement. J’en profitai pour m’extirper de l’eau à mon tour, prenant au passage mon petit pain qui avait gracieusement atterri sur l’assiette. Je me faufilai discrètement à l’étage, histoire de me changer et venir rapidement aux nouvelles, intriguée par ce visiteur qui était arrivé comme une grosse mèche sur la soupe.

- C’était qui au portail ? demandai-je.

- C’était notre voisin, me répondit papa.

- On a des voisins ? questionnai-je stupéfaite.

- Oui, la maison au bout du chemin, tu sais avec le grand portail et les chiens !

Je réfléchis un court instant essayant de me souvenir de notre seul et unique passage datant de la vieille.

- Tu veux parler des 2 supers molosses qui se sont jetés sur notre voiture ?

- Oui ! C’était là ! reprit papa.

- Ben… on me verra pas roder près de chez lui !

- Moi non plus Nada ! lança Amine, j’aime bien les chiens d’habitude, mais là ils me font un peu peur !

- Normal, ils ont ta taille ! Tu pourrais monter dessus comme un cheval en fait ! Et…il voulait quoi le voisin si je peux me permettre ?

- Il s’est présenté et nous a souhaité la bienvenue dans le village !

- C’est sympa ! Et il a ramené des muffins ou des confitures à la Bree Van De Kamp ?

- Bree… quoi ?

- Laisse tomber papa !

- Non, il n’a rien apporté mais il m’a juste dit qu’on pouvait l’appeler si on avait besoin de quelque chose, c’est gentil non ?

- Oui, très même ! dit Amine, surtout s’il vient sans ses chiens !

- Ne t’inquiète pas, je lui ai dit l’accueil qu’ils nous avaient réservé hier en passant, et il m’a dit qu’il avait oublié de fermer son portail !

- Faudrait pas que ça arrive trop souvent, car en voiture un malheur est si vite arrivé, si vous voyez ce que je veux dire, surtout s’ils se jettent sur nous !

- Nada ! Ne dis pas ça ! protesta mon père.

- Mais quoi ! C’est vrai, non ?

Depuis toute petite j’avais une peur bleue des chiens. J’avais néanmoins une petite idée sur le pourquoi du comment. Pendant mon enfance, j’allais passer quelques jours de vacances d’été chez ma tante en Bretagne. Durant nos longues balades conviviales, mon cousin et sa sœur s’amusaient à me faire croire que j’étais poursuivie par un caniche (je sais, c’est pathétique) en imitant même gentiment les aboiements pour faire plus vrai que nature. Bien entendu, je tombais dans le panneau, essayant de grimper tant bien que mal à un arbre m’écorchant bras et jambes au passage. Voilà pourquoi, je n’avais jamais apprécié le meilleur ami de l’homme, contrairement à mon frère qui m’échangerait bien contre une de ces petites bêtes à poil.

- Et on en a des autres des voisins ? demanda Amine curieux.

- Non pas vraiment, les autres sont tous au village.

- C’est bon à savoir papa, au cas où un nouveau villageois taperait l’incruste chez nous, ni vu, ni connu !

- Oui, c’est sûr, rit papa. Mais je pense malgré tout que l’on va s’y plaire, même toi ma chérie ! Tu vas finir par te faire des amis, je ne m’en fais pas pour toi !