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Zachée, la Samaritaine, Pierre, Marie-Madeleine, Paul. Cinq hommes et femmes ordinaires, qui ont un jour rencontré Jésus et dont la vie a été transformée. Au gré de ces cinq rencontres, l’auteur nous entraîne dans un passionnant voyage au coeur du Nouveau Testament et dans notre propre coeur. À notre tour, nous sommes invités à nous approcher du Christ, à découvrir la soif qui nous habite, à abandonner nos masques afin de répondre de tout notre être à la question : « Pour vous, qui suis-je ? » Ainsi pourrons-nous connaître Jésus en vérité et devenir pleinement nous-mêmes.
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Seitenzahl: 121
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Dominique Janthial
Pour vous, qui suis-je ?
Rencontrer Jésus et se découvrir soi-même
Éditions Emmanuel
Nihil obstat,
Paris, le 7 janvier 2020
Père G. PELLETIER, Cens. dep.
Imprimatur,
Paris, le 7 janvier 2020
Mgr P. CHAUVET, Vic. Ép.
Conception couverture : © Christophe Roger
Composition : Soft Office (38)
© Éditions de l’Emmanuel, 2020
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-35389-779-7
Dépôt légal : 1er trimestre 2020
Il a fallu attendre cet été pour que je m’inscrive enfin sur l’application BlaBlaCar. Comme chauffeur, je précise… C’est étonnant car, entouré comme je le suis de jeunes militants de la cause environnementale, j’aurais dû m’y mettre depuis bien longtemps. Je n’étais certes pas insensible à leurs exhortations répétées, mais ce qui m’a finalement décidé, c’est une campagne de communication organisée par l’agence de sécurité routière wallonne. L’affiche que l’on pouvait voir le long de nos autoroutes montrait une voiture avec un seul occupant et la légende était : « Encore adepte des plaisirs solitaires ? »
Là c’en était trop ! Comme prêtre, et surtout comme disciple du Christ, je me devais de rechercher toutes les occasions pour témoigner de lui et le faire connaître. Je décidai donc de m’inscrire sur la fameuse application. Lors d’un des premiers trajets proposés, une traversée Sud-Nord de la Bretagne, j’embarquai successivement dans mon véhicule un couple gay – à Vannes – et une religieuse de Saint-François-Xavier – à Pontivy. Le premier moment d’étonnement mutuel passé, nous avons échangé de manière très sympathique et je dirais presque fraternelle. Et alors que nous vantions les avantages de ce mode de transport partagé, Erwan a fait remarquer que c’était quand même l’occasion de faire des rencontres inattendues. Effectivement ! N’empêche… J’aurais aimé être une petite souris pour entendre comment nos deux compagnons de voyage auront raconté leur aventure peu banale une fois arrivés à destination : « Un curé et une nonne : mais qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? »
En dépit de ses tentations individualistes, notre époque a soif de rencontres. Et cette soif vient en partie du besoin de repères pour guider sa vie. Il existe certes une grande production de littérature de sagesse – ou de développement personnel, comme on la désigne maintenant – et nombre de nos contemporains sont à la recherche de quelque grande idée ou technique qui pourrait transformer leur existence. Mais une idée, fût-elle géniale, est-elle susceptible de transformer le fond de l’être ? Les spécialistes de neurosciences sont formels : le travail sur soi ne suffit pas, l’homme ne peut se développer en vase clos. Il a un « avide besoin des autres », comme l’écrit le psychiatre Boris Cyrulnik, spécialiste de la résilience1. « Le monde a davantage besoin de témoins que de maîtres » disait saint Paul VI, car ce qui nous transforme vraiment ce sont les rencontres.
Qu’elles aient lieu avec une personne en chair et en os, ou à travers ses œuvres ou le témoignage que d’autres ont porté sur elle, il est clair que toutes les rencontres n’ont pas le même impact sur nos vies. La plupart sont même presque insignifiantes. D’autres, pourtant, ont produit sur nous un effet bénéfique et durable, voire nous ont transformés. Réfugiée à New York pour échapper à la barbarie nazie, Raïssa Maritain considère sa vie comme achevée, « terminée par la catastrophe qui plonge la France dans le deuil, et le monde avec elle ». Elle relit alors cette vie comme une suite de rencontres décisives au travers desquelles elle et son mari, Jacques, ont rencontré le Christ et appris à aimer son Église. Depuis les tout premiers temps sur les rives du Lac de Galilée jusqu’à nos jours, la personne du Christ est sans doute celle qui a laissé le moins de monde indifférent. Et cela, même parmi ceux qui l’abordent de l’extérieur de l’Église : depuis Ibn Arabi, le grand inspirateur de la tradition spirituelle de l’Islam, qui déclare à son sujet qu’il est « le sceau de la sainteté », jusqu’à la romancière belge Amélie Nothomb qui n’a « jamais rencontré de héros d’une dimension pareille » !
Dans un précédent ouvrage2, je proposais un parcours pour « devenir enfin soi-même » en se laissant inspirer par sept grandes figures du Premier Testament. D’Adam à Job, en passant par Abraham et David. En scrutant l’itinéraire de ces personnages, il m’était apparu plus clairement combien chacun avec son génie propre anticipe l’un ou l’autre aspect de la formidable liberté du Christ. L’ont-ils rencontré ? C’est ce que Jésus lui-même semble dire en parlant d’Abraham : « Votre père Abraham a été rempli de joie à la pensée de voir mon jour ; il l’a vu et il s’est réjoui » (Jn 4, 56). Cette rencontre mystique se produit à l’intérieur d’une personne lorsque d’une certaine manière elle se reconnecte avec la vérité de son être qui est le Christ. C’est en effet en lui que tous nous avons été créés. Comme le dit saint Paul : « Adam, en effet, le premier homme, était la figure de celui qui devait venir » (Rm 5, 14).
En réaction à ce premier ouvrage, beaucoup m’ont dit que le parcours les avait aidés à mieux se comprendre. Un étudiant qui se définit comme athée et qui avait reçu mon livre d’un ami commun m’a même avoué que sa lecture avait « bouleversé sa vie » ! Tout en ajoutant : « Mais ça n’a pas fait de moi un croyant… » Du côté des critiques, se trouvent justement ceux qui me reprochent « d’utiliser » la Bible à des fins qui lui sont étrangères. La quête de soi est parfois décriée dans les milieux catholiques comme une concession faite au monde. « Utiliser » la foi, utiliser le Christ pour atteindre un objectif de réalisation personnelle, serait même vu par certains comme un abus, voire une perversion.
Pourtant, Jean-Paul II, dans son encyclique-programme Redemptor Hominis, écrite à l’aube de son pontificat – et certainement de sa propre main –, emploie à ce sujet des termes auxquels je n’aurais moi-même pas osé avoir recours. Il parle de « “s’approprier” et assimiler toute la réalité de l’Incarnation et de la Rédemption pour se retrouver soi-même » ! Mais écoutons le saint pape expliquer ses raisons :
L’homme qui veut se comprendre lui-même […] doit, avec ses inquiétudes, ses incertitudes et même avec sa faiblesse et son péché, avec sa vie et sa mort s’approcher du Christ. Il doit pour ainsi dire, entrer dans le Christ avec tout son être, il doit « s’approprier » et assimiler toute la réalité de l’Incarnation et de la Rédemption pour se retrouver soi-même. S’il laisse ce processus se réaliser profondément en lui, il produit alors des fruits non seulement d’adoration envers Dieu, mais aussi de profond émerveillement pour soi-même3.
Ce sont ces propos qui m’ont décidé malgré les quelques critiques à commettre ce second ouvrage peut-être encore plus audacieux. L’objectif reste le même, mais d’une certaine manière il est poursuivi de manière plus immédiate : à travers le témoignage porté par les Évangiles et les Actes des apôtres, il s’agit de comprendre comment les rencontres que cinq personnes ont faites avec le Christ leur auront permis de s’accomplir pleinement. Ces exemples illustrent comment « le Christ, Nouvel Adam, […] manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation4 ».
Comme Devenir enfin soi-même, ce livre ne se suffit pas à lui-même. Il veut offrir un espace pour mettre en contact avec la parole de Dieu qui seule transforme et donne à découvrir qui nous sommes. Cette fois-ci cependant, pour faciliter la tâche du lecteur, les textes de la Bible sont imprimés en tête de chacun des cinq chapitres. Cela a été rendu possible par la relative brièveté des passages scripturaires concernés : seulement quelques versets à chaque fois. Ainsi, il sera plus simple pour le lecteur de s’en imprégner avant de lire le commentaire et ainsi de pouvoir goûter pleinement celui-ci. J’ajoute que ce parcours porte tout son fruit lorsqu’il accompagne une marche spirituelle (Compostelle ou autre pèlerinage itinérant) ou encore une retraite individuelle ou collective. C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’il fut produit, lors de sessions organisées pour des publics divers. Puisse-t-il rendre possible cette « rencontre » avec le Christ qui a déjà permis à de si nombreuses personnes de se découvrir elles-mêmes.
1. BorisCYRULNIK, Psychothérapie de Dieu, Paris, Odile Jacob, 2017, p. 92.
2. Dominique JANTHIAL, Devenir enfin soi-même à la suite des grands hommes du Premier Testament, Paris, Emmanuel, 2017.
3. Saint JEAN-PAUL II, lettre encyclique Redemptor Hominis (RH), n° 9.
4. RH, n° 8.
Rencontre avec Zachée à Jéricho
Luc 19, 1-10 : Jésus était entré dans Jéricho et traversait la ville. Or, un homme riche appelé Zachée, chef des collecteurs d’impôts, cherchait à voir qui était Jésus, mais il n’y parvenait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut en avant et monta sur un sycomore pour voir Jésus, parce qu’il devait passer par là. Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux, [le vit] et lui dit : « Zachée, dépêche-toi de descendre, car il faut que je m’arrête aujourd’hui chez toi. » Zachée s’empressa de descendre et l’accueillit avec joie. En voyant cela, tous murmuraient en disant : « Il est allé loger chez un homme pécheur. » Mais Zachée, se tenant devant le Seigneur, lui dit : « Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens et, si j’ai causé du tort à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Alors Jésus dit à son propos : « Le salut est entré aujourd’hui dans cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »
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Introduction
Avouons-le : le succès des réseaux sociaux repose en grande partie sur la capacité qu’ils nous offrent, comme à monsieur Tout-le-monde, d’avoir soudain des disciples – pardon ! des followers. Il est incontestablement assez grisant de se sentir soudain devenir un « influenceur » en regardant monter progressivement le nombre de ceux qui nous suivent sur Instagram ou sur Twitter. Cela ne coûte pas grand-chose : juste quelques clics ! Mais nous sommes-nous demandé ce qui se cachait derrière cette frénésie à vouloir faire école ? Ne serait-ce pas une manière de se rassurer à bon compte, nous cachant à nous-mêmes le fait qu’en réalité nous sommes perdus ? Lorsque j’étais aux États-Unis, certains automobilistes avaient apposé avec humour sur leur hayon arrière un autocollant qui portait : « Don’t follow me, I am lost too. » Tout le monde n’a pas cette honnêteté, malheureusement…
Il est peu vraisemblable que Jésus de Nazareth – ou plutôt de Capharnaüm, puisque c’est là qu’il s’est installé chez son ami Pierre depuis le début de sa vie publique – tînt un compte précis de ses disciples. Mais les apôtres le feront à certains moments comme lors de la multiplication des pains, prétextant des problèmes d’intendance : « environ cinq millehommes, sans les femmes et les enfants » (Mt 14, 21). Ainsi, les foules suivent Jésus dans ses déplacements – et Jésus se déplacera beaucoup pendant les trois dernières années de sa vie. Il parcourt la Galilée et les régions voisines, mais aussi, comme de nombreux Juifs pieux, il se rend deux à trois fois par an avec ses disciples à Jérusalem pour y célébrer les fêtes dites « de pèlerinage » : Pâques, Pentecôte et la fête des Tentes.
Un certain fils d’Adam, nommé Zachée
La rencontre de Jésus avec Zachée se situe lors d’une de ces montées à Jérusalem. En l’occurrence, il s’agit de la dernière étape de son voyage, mais aussi de l’ultime étape de son parcours terrestre, avant ce qu’il vient d’annoncer une nouvelle fois à ses disciples : sa mort et sa résurrection à Jérusalem. Il a vraisemblablement prévu de se reposer dans cette bourgade que la chaleur rend parfois très inhospitalière, mais qui offre à la fin de l’hiver une halte agréable à l’ombre des palmiers.
Aux abords de Jéricho, juste avant d’entrer dans la ville, Jésus vient de poser un signe particulièrement frappant. Un aveugle a retrouvé la vue. Sans doute la nouvelle de cette guérison a-t-elle été plus vite que Jésus. Avec son cortège de disciples, il devait mettre du temps à se déplacer. Un certain Zachée en a eu connaissance et veut voir de ses yeux celui qui a réalisé un tel miracle. La foule s’étant densifiée, il avise un sycomore qui lui tend ses branches basses et grimpe aisément à une hauteur suffisante pour apercevoir le fameux rabbi. Nous savons très peu de chose sur ce Zachée si ce n’est sa profession – collecteur d’impôts –, sa fortune – il est riche – et son prénom – d’une origine hébraïque indubitable, mais dépourvu de résonance biblique significative5. Contrairement à l’habitude orientale, le nom de son père n’est pas accolé au sien. Il n’est pas appelé Zachée Ben Untel ; la seule certitude que nous ayons au départ c’est donc qu’il est un être humain. Il est simplement Zachée Ben Adam, un fils d’Adam, comme nous…
« Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu »
Mis à part son prénom, nous avons un certain nombre d’informations qui se rapportent à l’extérieur de cet homme : il est collecteur d’impôts, riche et de petite taille. Mais le texte nous apprend aussi quelque chose de fondamental sur ce qui se passe à l’intérieur de Zachée : il désire voir « qui est Jésus6 ». En outre, à la fin du récit, Jésus nous apprendra autre chose : avant leur rencontre, Zachée « était perdu ». Et en nous révélant ainsi une part du cœur de Zachée, le Seigneur nous dévoilera également son propre cœur, son projet, ce qui le motive, qui il est au fond : « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Jésus, pour sa part, n’est donc pas du tout perdu. Il sait très bien où il va, il sait très bien ce qu’il fait : tandis qu’il vient chercher ce fils d’Adam sur son arbre, lui, le Fils de Dieu, mène à son accomplissement ce que son Père avait entrepris dès l’origine. En effet, les premières pages de la Bible nous montrent un Dieu qui vient en personne chercher Adam dans le jardin d’Éden. C’était après que celui-ci, entraîné par sa femme, elle-même trompée par le serpent, avait mangé du fruit de l’arbre.
