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Lina est heureuse avec Noah. Pourtant, Lou va bouleverser ses certitudes, jusqu'à ne plus se reconnaître...
Lina vit une relation épanouissante avec Noah depuis plusieurs mois. Mais lors d’une sortie à la piscine avec ses amies, elle croise Lou, une jeune étudiante qui a bien changé depuis leur dernière rencontre. Les regards insistants et les avances de Lou la troublent profondément, remettant en question ses certitudes les plus ancrées.
Partagée entre son amour sincère pour Noah et l’attirance nouvelle qu’elle ressent pour Lou, Lina se retrouve perdue. Ses convictions vacillent, ses principes s’effritent, et elle peine à se reconnaître. Doit-elle suivre son cœur ou rester fidèle à ses engagements ? Qui est-elle vraiment, et comment faire un choix qui pourrait tout changer ?
Une romance contemporaine et touchante qui explore les questions de l’amour et de l’identité.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Christel LM a découvert l’impact puissant de l’écriture en lisant "Le Horla" de Maupassant à l’adolescence, une lecture qui a profondément marqué sa vision des livres. Mariée et mère de trois enfants, elle travaille dans le domaine du médico-social en Seine-Maritime. L’écriture est devenue pour elle un moyen d’exprimer ses besoins et ses envies, au-delà du simple divertissement.
Son premier roman, "Effet Miroir", est né d’un défi lancé à ses adolescents pour les encourager à lire. "Pourquoi pas elle ?" a été inspiré par une discussion entre amies sur l’amour non genré, explorant les complexités des relations et des choix de vie.
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Seitenzahl: 271
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Pourquoi pas
elle?
Christel LM
Romance
Image : Adobe Stock
Illustration graphique : Graph’L
Art en Mots éditions
La violence avec laquelle les gouttes d’eau gigantesques frappent le bitume est impressionnante. Noah réduit considérablement sa vitesse. Les marquages au sol sont maintenant invisibles et ne guident plus les conducteurs. Les essuie-glaces ne parviennent plus à chasser l’eau. La pluie qui s’abat sur le toit de la voiture est assourdissante et le bruit est amplifié par l’effet de résonnance de l’habitacle. Il n’est que dix-huit heures et pourtant la nuit semble s’être invitée bien plus tôt que d’ordinaire. Conduire dans ces conditions devient dangereux. Noah décide de jouer la prudence et s’arrête sur le bas-côté. Impossible de joindre Lina pour la prévenir de son retard, ils ne pourraient pas s’entendre. Son portable reste sagement sur le siège passager, le message qu’il a essayé de lui envoyer n’est toujours pas parti. Noah résiste à l’envie de se boucher les oreilles. Il fait appel à son self contrôle, ce n’est que de la pluie et il est à l’abri. Les yeux fermés, il tente de détendre sa nuque ankylosée. Les premiers boutons de sa chemise sont ouverts pour évacuer un peu de la chaleur accumulée toute la journée. Sept heures en visioconférence, à rester assis sur une chaise, concentré sur un écran, c’est tout à fait le genre de journée qu’il déteste. Heureusement, ce soir il rejoint Lina pour ensuite retrouver des amis. La journée devrait se conclure sur une note positive. Si le temps se calme. Il ouvre les yeux et examine les alentours. Évidemment, personne dans les rues. Quelques badauds sont entrés dans des boutiques encore ouvertes et patientent à l’abri. L’eau dévale la route jusqu’au carrefour en contrebas. Si l’orage ne baisse pas d’intensité rapidement, les pompiers vont devoir intervenir dans certains quartiers à cause des inondations. Résigné, Noah s’enfonce dans son siège et se positionne le plus confortablement possible. Il s’efforce de s’isoler mentalement de l’extérieur. Ses pensées sont volontairement tournées sur les clients des quinze prochains jours. L’anticipation est son leitmotiv et un de ses points forts, très apprécié de son patron. Après une dizaine de minutes, l’averse semble moins intense, le tonnerre un peu moins bruyant. Noah décide de se remettre prudemment en route, pressé de prendre une douche et de se changer.
La pluie battante frappe les carreaux de l’appartement par intermittence au grès des bourrasques. Le ciel noir se déchire au rythme des stries lumineuses et les murs tremblent à chaque coup de tonnerre. Cet orage d’été est particulièrement impressionnant. Lina sursaute lorsque la musique ne couvre plus le bruit assourdissant. Elle a toujours aimé les manifestations de la nature. L’orage, les tempêtes, les vagues des grandes marées… mais de loin. L’orage est quasiment au-dessus d’elle. Comment les êtres humains et leur égo démesuré peuvent-ils ne pas se sentir si fragiles et humbles devant ça ? Contente de ne plus être exposée, elle se niche un peu plus profondément dans son canapé. Ses cheveux encore humides ondulent légèrement grâce à l’averse qui l’a trempée jusqu’aux os. Les deux cents mètres qui séparent l’arrêt du bus de son appartement ont suffi à nécessiter un changement complet de tenue. Jusqu’aux sous-vêtements. Si elle n’avait pas prévu de ressortir ce soir, elle ne porterait qu’un débardeur et une culotte pour supporter la chaleur. Pestant contre le temps qui perturbe les connexions, elle délaisse la télévision qui n’affiche plus rien. Son MP3 dans la main, elle fait défiler ses chansons préférées tout en sirotant une boisson tout juste sortie du réfrigérateur. L’orage ne rafraichit même pas l’atmosphère et le bénéfice de sa douche involontaire est vite effacé. Son corps moite réclame le ventilateur qui git sagement dans un coin, débranché.
Subitement inspirée par le titre qu’elle entend, Lina se lève du canapé, monte encore le son et esquisse quelques pas de danse.
— « Et toi, qu’est-ce que tu regardes ? T’as jamais vu une femme qui se bat ? Suis-moi dans la ville blafarde, et je te montrerai comme je mords, comme j’aboie… »
Ses écouteurs sans fil vissés aux oreilles, elle chantonne et se détache du spectacle de désolation qui assombrit tristement la pièce. Son corps ondule sur le rythme de la chanson et sa sensualité naturelle est accentuée par des déhanchés osés. Seule, sans aucune retenue, les bras levés, les yeux fermés, elle se laisse enivrer par la cadence de la musique et oublie le reste. Tout à son plaisir de la danse, elle ne prête plus aucune attention à son environnement. Noah franchit la porte d’entrée et contemple la jeune femme dont la silhouette se détache devant la fenêtre en ombre chinoise à la faveur d’un éclair. Un sourire étire ses lèvres pleines en entendant sa petite amie fredonner. Elle a beaucoup de qualités, mais le chant n’en fait pas partie. Il referme doucement la porte, bien décidé à la surprendre. S’avançant dans la pièce, il profite des quelques secondes avant qu’elle ne se rende compte de sa présence pour la couvrir du regard des pieds à la tête. Il n’en revient pas qu’elle soit entrée dans sa vie. Sa beauté l’émeut toujours autant, surtout en sueur, son chemisier épousant indécemment sa poitrine qu’il connait par cœur, quelques cheveux collant sa nuque et ses tempes comme après l’amour. Il oublie bien vite son envie de lui faire peur. La danse sensuelle et langoureuse qu’elle lui offre fait accélérer son cœur. Sa bouche s’assèche et son corps réagit avec force. Il se retient de la prendre dans ses bras et profite encore du spectacle. Lina, instinctivement, ouvre les yeux et sourit à l’homme qui la dévisage d’un air vorace. Il plante ses yeux dans les siens et le regard animal, que toute personne revêt lorsqu’il laisse parler ses instincts primaires, fait naitre une chaleur au creux du ventre de la jeune femme. Consciente de son pouvoir, sans un mot, elle continue à danser tout en déboutonnant doucement son chemisier. Un son primitif franchit les lèvres de son amoureux qui reste figé à la contempler. Oublié le temps exécrable, oubliées les minutes qui s’écoulent. Seule comptent la magie de cet instant, la complicité et l’excitation mutuelle de ces deux personnes. La température qui règne dans la pièce, l’orage qui joue les spots lumineux donnent une atmosphère lourde et particulièrement intime à ce jeu de séduction. Le chemisier tombé au sol dévoile un soutien-gorge noir sexy qui peine à retenir une poitrine opulente. Noah a devant ses yeux une femme superbe qui se déhanche juste pour lui sur un rythme qu’il devine. Il est prêt à remercier tous les dieux qui existent pour cette chance-là. Il avance d’un pas chancelant, luttant contre son envie de franchir les derniers mètres pour lui arracher le reste de ses vêtements. La jupe rejoint le chemisier en quelques secondes. Lina caresse son corps doucement, langoureusement. Ses mains remontent lentement de ses cuisses à ses hanches, puis trouvent le soutien-gorge qu’elles dégrafent rapidement libérant deux seins généreux. Noah halète, il est prêt à exploser. Décidé à reprendre un minimum de contrôle, il franchit la distance qui les sépare et l’empoigne vigoureusement par la nuque. Leur baiser est intrusif, gourmand et violent. Lina gémit, des vagues de chaleur la submergent. Le striptease qu’elle vient de lui offrir l’a tout autant excitée. Rapidement, il déboutonne son pantalon, baisse son caleçon et propose à la main de sa belle un sexe viril. La culotte brutalement arrachée n’est plus un obstacle. Il la soulève sans aucun effort en la saisissant par les cuisses. Poussée contre le mur, dans une attente presque douloureuse, elle présente une intimité humide à Noah qui la pénètre sans ménagement. La violence des éléments naturels qui se déchainent au-dehors trouve alors un écho dans celle des plaisirs arrachés aux deux amants.
— Je veux bien que tu m’accueilles comme ça tous les jours, ironise Noah, allongé sur le lit, les sens apaisés.
— Bien sûr, à ton service mon chéri, renchérit Lina tout en se saisissant d’un oreiller et en le molestant avec.
— Quoi ? demande-t-il en riant, tu devrais être flattée par l’effet que tu me fais…
— Oh, mais je le suis, merci, et vous m’accordez trop de considérations à m’honorer de la sorte, réplique-t-elle après un dernier lancer de coussin. Je vais prendre une douche… non non, toute seule, le prévient-elle quand il fait mine de se lever.
— On sort toujours ce soir ? On rejoint Lucas et Margot, ils vont au snooker ? crie-t-il pour couvrir le bruit émanant de la salle de bain et celui de l’orage qui s’est déjà bien éloigné.
— En fait, je n’en ai pas très envie. J’ai eu une dure journée au boulot… et demain sera difficile aussi. On est bien débordés. J’ai plutôt envie de dormir de bonne heure.
— Si tu veux, j’avoue que j’ai la flemme aussi. Je vais leur envoyer un message pour les prévenir qu’on ne vient pas… car tu es fatiguée, dit-il en finissant sa phrase à voix basse, content de lui. Par contre, demain je pars en déplacement pour trois jours, tu t’en souviens ?
— Oui, je m’en souviens. Tu as prévu de rester dormir avec moi ce soir ? demande-t-elle en le rejoignant enveloppée dans une grande serviette.
— Oui, je reste dormir avec toi, j’ai ma valise dans mon coffre.
— Chouette ! une soirée entre amoureux alors !
— Oui, enlève ta serviette, ordonne-t-il, dans un regain de vigueur
— Quoi ? Encore ? Tu as encore des forces ? ironise-t-elle, tout en le contemplant avec un appétit retrouvé.
Les origines asiatiques de sa mère ont dessiné des yeux légèrement en amande, un corps sec et musclé à son amant. Sa chevelure d’un noir épais et sa peau naturellement satinée font aussi partie de l’héritage maternel. Il dégage une force tranquille et une sensibilité presque féminine. Il sait aussi être d’une volonté hors norme et d’une virilité infaillible, héritage paternel plutôt. D’un père coureur de jupon, peu présent mais qui a réussi à maintenir quelques liens avec son fils, malgré les rancœurs de la mère de Noah.
— Oh que oui, j’ai encore des forces. Viens là, répond-il en tapotant le lit.
Lina ne se fait pas prier et le rejoint pour des ébats plus doux, qui les laisseront comblés encore une fois.
Noah est parti de bonne heure après un baiser langoureux. Lina soupire encore en repensant à la soirée, à leurs corps à corps. À vingt-cinq ans, elle a déjà eu des amants, mais aucun ne l’a jamais autant satisfaite. Il est évident que, d’un point de vue physique, ils sont en parfait accord. Elle se donne encore quelques semaines pour analyser vraiment ce qu’en pense son cœur. Six mois qu’ils sont ensemble. C’est encore trop tôt pour connaitre la profondeur de ses sentiments à elle et être sûre de ses sentiments à lui. Même si elle doit s’avouer que l’amour semble avoir enfin trouvé la route pour venir jusqu’à elle. À voir, elle a déjà été tellement déçue.
Après un rapide petit-déjeuner, une douche bienfaisante, elle s’arrête sur le pas de la porte de l’immeuble, prête à affronter la journée. L’ombre des quatre étages atteint les jeux du parc pour enfants et des mamans en profitent déjà pour faire prendre l’air à leur progéniture avant que les jeux ne deviennent brulants et impraticables. Des hochements de tête et un sourire en guise de bonjour assurent à Lina le minimum syndical de relations entre voisins. Les locataires de l’immeuble sont soit très âgés, soit des couples avec de jeunes enfants. Elle est l’une des seules célibataires et c’est une femme. Elle veut pouvoir compter sur ses voisins en cas de problème. Réminiscence des conseils de ses parents depuis son plus jeune âge, depuis qu’elle attire bien des regards : pouvoir compter sur deux ou trois personnes fiables. Elle maintient donc des liens cordiaux avec la plupart d’entre eux, étant même très tolérante sur le bruit de ses voisins du dessous avec un enfant hyperactif. Certaines mères de famille étaient sur la retenue et méfiantes, gardant un œil jaloux sur leur conjoint. Lina est l’archétype de la femme fatale, celle devant laquelle les hommes se prosternent. Son élégance naturelle, le charisme qu’elle dégage ont fait d’elle la femme qu’on ne peut que remarquer. L’arrivée de Noah dans sa vie a grandement aidé à la faire accepter. Noah fait tourner aussi quelques têtes, féminines celles-là. La comparaison avec les hommes de la résidence est vite faite. Il est bien au-dessus. Peu de chance que Lina pioche dans le catalogue de l’immeuble. Lina lève le regard. Le ciel ce matin est bien dégagé. L’orage a finalement réussi à chasser la nappe de chaleur qui plombait la ville depuis plusieurs jours. La journée devrait être chaude et ensoleillée, mais pas étouffante. Chaussant ses lunettes noires, elle secoue sa chevelure blonde et rejoint d’un pas alerte l’arrêt du bus. Sa démarche légèrement chaloupée ne passe pas inaperçue. Les regards insistants de quelques passants masculins ne la gênent pas, elle a appris à composer avec. En partie grâce à son éducation.
Ses pensées la conduisent à la première conversation sérieuse avec ses parents à propos de la convoitise qu’elle provoque bien malgré elle. Elle se souvient de cet instant solennel comme si c’était hier. Tout juste âgée de dix ans, elle attendait, stoïque, assise à la table familiale, que son père cesse de s’éclaircir machinalement la voix pour entamer son discours. Un ami de la famille, qu’elle n’avait jamais vu auparavant, était parti en claquant la porte. Elle n’avait pas suivi les échanges mais le ton était monté très haut. Sa mère l’avait rapidement mise à l’écart, enfermée dans sa chambre. Elle attendait maintenant la sentence et cherchait ce qu’elle avait fait de mal. Son père ne parvenait pas à parler et sa mère a pris le relais.
— Dis-nous Lina. Qu’est-ce qui s’est passé avec Yoan ?
— Mais rien. J’ai rien fait. Je te promets maman. J’ai rien fait du tout. Je ne sais pas pourquoi il est en colère contre moi.
— Je sais, je sais. Ne t’inquiète pas. Rien n’est de ta faute et il n’est pas en colère contre toi. Je voudrais juste que tu me racontes ce qu’il t’a dit et ce qu’il a fait quand vous étiez tous les deux.
Lina balançait ses jambes sous la table. La tension palpable dans la pièce transgressait avec le visage souriant qu’efforçaient d’afficher ses parents. D’une voix monocorde, la fillette s’attelait alors à retranscrire machinalement les évènements.
— Bah, il m’a demandé si j’avais un petit ami. J’ai dit que c’était n’importe quoi. J’ai dix ans ! Après, il m’a dit que je ne devais surtout pas couper mes cheveux car ils sont magnifiques et que les garçons aiment passer les mains dans les cheveux des filles, et il a fait comme ça.
Machinalement, Lina a laissé une de ses mains courir le long des mèches entourant sa nuque, mimant le geste intime que Yoan lui avait prodigué. Le visage de son père, jusque-là blême, avait rougi d’un coup. La petite fille s’était alors tue, percevant l’extrême tension de ses parents.
— Continue chérie. Ne t’inquiètes pas, ça va aller. On va t’expliquer après mais on a besoin de tout savoir, a repris sa mère en l’embrassant tendrement.
— Après, il m’a demandé si je mettais déjà des soutien-gorge parce qu’il voyait à travers mon tee-shirt que mes seins commençaient à pousser.
Sa mère a dégluti alors péniblement.
— Mais j’ai pas répondu parce que ça m’a gêné qu’il me dise ça. Et puis papa est arrivé quand il m’a demandé s’il pouvait mettre sa main sur ma poitrine pour deviner la taille. Et papa s’est mis en colère. Et… voilà.
S’en étaient suivis des pleurs, des câlins et surtout une conversation qui l’avait plongée dans le monde tumultueux des adolescents et des adultes parfois malveillants. Ses parents, conscients du potentiel de leur fille, la préparaient du mieux qu’ils le pouvaient et tentaient de mettre en place chez elle des réflexes de protection bien plus poussés que la normale. Même s’ils avaient pleinement conscience que cet épisode aurait pu se passer quel que soit le physique de leur fille, ils mesuraient à présent les difficultés que risquaient de rencontrer Lina. Ces réflexes lui avaient servi à maintes reprises.
Lina reprend conscience de la réalité en arrivant à l’arrêt du bus. Elle sait maintenant que l’attitude de Yoan s’apparentait à de la pédophilie et qu’elle n’était pas sa première victime. Cette expérience n’avait pas forcément été très traumatisante, ses parents avaient fait ce qu’il fallait. Mais, elle avait pris conscience que la place des filles, que les relations filles/garçons n’étaient pas si claires que ça. Tout le monde ne respectait pas, ne respecte pas et ne respectera pas les règles. Et elle a appris à vivre avec ça.
Noah conduit machinalement. Ses pensées se tournent systématiquement vers Lina. Si ses amis masculins connaissaient l’intensité des soirées qu’il passe avec elle, ils seraient verts de jalousie. Les moments passés autour de verres à se raconter leurs exploits l’amusent copieusement. Ses exploits à lui ne se passent plus qu’avec Lina et il les surpasse tous aisément. Mais c’est son jardin secret qu’il ne veut pas partager. D’un naturel plutôt pudique, il n’étale pas facilement sa vie intime, sauf peut-être avec Lucas, son collègue-ami. Déjà que ses amis trouvent la jeune femme super sexy, si en plus, il leur racontait le striptease privé auquel il a eu droit, ils risquent de ne pas le croire ou pire, de demander de plus en plus de détails qu’il gardera pour lui. S’en suivra obligatoirement des vannes amicales, des regards en coin en présence de Lina… et pourquoi pas l’apparition d’un potentiel rival. Loin d’être novice en amour, Noah bénit le jour où il a croisé la route de la jeune femme. Il est conscient qu’il a un naturel qui attire les filles et il en a déjà pas mal profité, en en faisant souffrir plus d’une. Mais, là, quelque chose lui susurre à l’oreille que l’histoire est différente. Trois jours en déplacement, trois jours sans la voir et un sentiment surprenant l’envahit. La difficulté à gérer cette petite séparation le surprend autant qu’elle l’inquiète. Il tombe amoureux et cet amour prend de plus en plus de place. C’est une première pour lui. La complicité qui les lie n’est pas que sexuelle, ils se devinent l’un l’autre, rient ensemble, se complètent. Tout semble bien parti et Noah est plus heureux qu’il ne l’ait jamais été dans une relation de couple. Si cela ne tenait qu’à lui, il tenterait bien le coup de vivre ensemble et pas chacun dans son appartement. Mais Lina a besoin de temps. Il l’a compris rapidement.
Le trajet dure plus de trois heures. Noah n’a pas vu le temps passer, tellement absorbé par ses pensées. Formateur en management, la session qui le retient trois jours risque de ne pas être de tout repos. Une société d’assez grande envergure a fait appel aux services de sa boite pour une piqure de rappel à ses cadres. Son patron n’a pas longtemps hésité sur le choix du formateur. Les cadres concernés par ces trois jours sont majoritairement féminins. Il sait que Noah a un genre de pouvoir avec la gent féminine. Instinctivement, les femmes sont dans un jeu de séduction dont Noah profite pour faire passer des messages pas toujours agréables. C’est sexiste, pas normal, mais réaliste dans la plupart des cas.
— Allo, Lina, c’est moi, annonce Noah, dès la première occasion offerte pour la joindre.
— Tu as de la chance de m’avoir, ma pause risquait de sauter, j’ai une collègue qui est malade et on court partout. Ça va ? Comme ça se passe ?
— Ça va bien. Ce matin, on était surtout dans les présentations et j’ai essayé de cerner les gens. Il y a quand même deux ou trois fortes têtes et ça ne va pas forcément être simple. Mais j’ai l’habitude et je suis très doué…
— Combien de femmes sont déjà amoureuses ? demande-t-elle un sourire dans la voix.
— Trois ou quatre je pense, réplique Noah très sérieusement.
— Eh bien mon salaud !
— C’est la rançon de la gloire. Je n’y peux rien, c’est inné… Mais non, tu sais bien qu’il n’y a que toi qui comptes. En plus, elles sont moches et vieilles…
— Bah voyons ! Je te rappelle que tu approches de la trentaine et que tu vieillis toi aussi. Tu ne pourras jouer au playboy encore longtemps…
— Je vieillis peut-être, mais je suis toujours aussi vigoureux, susurre-t-il, certain d’avoir réussi à arracher un sourire à la jeune femme.
— Tu es bête, rigole-t-elle franchement. Tu ne vas pas pouvoir me joindre facilement ce soir. Je vais à la piscine avec les filles. On va essayer de rester le plus tard possible. Enfin, si je suis bien en repos demain comme c’était prévu. Je vais voir ça avec la cadre tout à l’heure.
— C’est ça le métier d’infirmière. Beau métier, mais chiant. Et bel uniforme… !!!
— Arrête… Mince, je vais devoir te laisser, il y a une urgence qui arrive. On se rappelle. Bisous
— Oui, fais attention à toi. Bisous
Lina raccroche, le sourire aux lèvres. Ce petit jeu de séduction/jalousie les amuse l’un comme l’autre. La jalousie excessive ne fait pas vraiment partie de son caractère. Pas de prime abord. Bien sûr, elle ne supporterait pas qu’il la trompe, mais elle a suffisamment confiance en elle et en ses charmes pour ne pas se prendre la tête pour rien. Plus que la coucherie avec une autre c’est surtout la trahison, les mensonges, la rupture de confiance qu’elle ne supporte pas. Ni pour lui ni pour elle. Elle a toujours été claire avec ses partenaires. Elle ne les trompera jamais, car si elle en éprouve le besoin c’est que la relation qu’ils ont ne la satisfait pas. Dans ce cas, soit ils en discutent et trouvent de quoi repartir sur de bonnes bases ; soit ils rompent avant d’aller voir ailleurs. Elle exige la même honnêteté de leur côté. Elle aurait pu profiter de son physique avantageux pour collectionner plusieurs amants en même temps, certains étaient même d’accord pour ça. Mais le sexe pour le sexe ne l’a jamais intéressée. Oh, elle aime ça, mais dans le cadre d’une vraie relation. Son modèle, familial évidemment, c’est construire ensemble, vieillir ensemble, être heureux ensemble. Tout ça repose avant tout sur une confiance et une honnêteté sans faille. Ça a d’ailleurs été le cas lors de deux de ses liaisons. Malheureusement, celui dont elle était vraiment éprise s’est joué d’elle. Il lui a menti plusieurs mois avant qu’elle ne s’en rende compte. Recroire en l’amour d’un homme lui demande un abandon dont elle n’est pas encore totalement capable. Pourtant, Noah fendille petit à petit sa carapace…
La journée épuisante est enfin finie. Lina quitte la clinique d’un pas ferme et rejoint Noémie qui l’attend dans sa voiture.
— Tu as tes affaires de piscine avec toi ?
— Oui, je les ai prises, regarde, réplique Lina en tendant un sac à dos.
— On rejoint directement Chloé là-bas. Elle vient avec Lou. Tu te rappelles ? C’est sa cousine. On ne l’a pas revue depuis un bout de temps. Elle était vachement sympa. Elle veut se mettre au sport aussi.
— Mokayy, balbutie Lina, la bouche pleine d’une madeleine.
— Comment tu fais pour manger aussi mal et garder la ligne ? Moi, je fais un petit écart et je prends quatre kilos…
— J’ai de la chance, répond l’infirmière en tendant une deuxième madeleine devant les yeux de son amie avant de l’engouffrer d’un seul coup.
— Tu m’énerves…
Noémie démarre en maugréant tandis que Lina éclate de rire. Leur complicité date du collège. Leur amitié a résisté aux années et aux garçons. Elles ont partagé le collège, le lycée puis chacune a continué les études de son côté. L’école privée trouvée par Noémie l’a provisoirement éloignée de son amie. Les liens s’étaient alors un peu étiolés. Mais dès que possible, elle est revenue dans sa ville natale et elles se sont retrouvées comme si elles ne s’étaient jamais quittées. Ça fait maintenant deux ans que Noémie est orthophoniste et son cabinet ne désemplit pas. Lina et elle forment un duo solide. Chacune connaissant les plus infimes secrets de l’autre.
Le trajet se passe en chamailleries d’un autre âge. Lorsqu’elles sont ensemble, elles perdent souvent des neurones et quelques années. Lina adore ces moments-là, elle ne les partage qu’avec Noémie. Même si la complicité avec Noah est réelle aussi, le lâcher-prise qu’elle s’autorise avec son amie n’est pas le même qu’avec lui.
Les deux jeunes femmes continuent à se quereller gentiment en descendant de la voiture.
— Non, je te dis que j’avais vu le scooter.
— Non. Je suis sûre que non, réplique Lina en riant. Tu lui as fait vraiment peur en arrivant vite. Il était livide.
— Il avait qu’à s’arrêter au stop. C’était à moi de passer.
— Tu avais envie que je fasse des heures supplémentaires, c’est ça ?
Noémie ne répond que par un regard méprisant et passe devant elle la tête haute. Lina s’empresse de la rejoindre et glisse son bras dans le creux du sien.
— Allez viens ma conductrice d’enfer, on va entretenir ce corps de rêve.
— Bonjour les filles, ça va ?
— Salut Chloé, oui très bien. Bonjour Lou. Il me semble que tu as changé depuis la dernière fois que je t’ai vue.
— Bonjour Noémie. Eh bien tu as de la mémoire, j’ai modifié ma couleur de cheveux. Bonjour Lina.
— Bonjour Lou. Comment tu vas ?
— Très bien. Merci. Toi, en tous cas, tu n’as pas changé. Tu es toujours aussi jolie.
— Merci, c’est gentil.
— Allez les gonzesses, on y va, intervient Noémie. J’ai envie de plonger dans de l’eau froide. Je n’en peux plus de cette chaleur.
La douche fraiche obligatoire rafraichit le corps de Lina avant le saut dans la piscine. Face au mur, elle ferme les yeux, laisse couler l’eau et savoure le moment. Ses mains soulèvent ses cheveux pour réussir à mouiller sa nuque. Elle est totalement inconsciente de la sensualité de ses gestes en cet instant. Les regards des personnes présentes aux douches mixtes sont imperceptiblement attirés par cette femme dont le maillot de bain dévoile une beauté saisissante. Regards de jalousie et d’envie pour beaucoup, regard de convoitise pour d’autres. Noémie est habituée à être témoin des réactions des gens face à son amie. Tant que ça reste de loin et sans danger, elle s’en amuse. Loin d’être quelconque elle-même, elle sait que si Lina est là, elle disparait aux yeux des autres. Ça ne la gêne pas plus que ça, son amie vaut le coup d’œil. Leur amitié sincère passe avant la jalousie. Noémie ramène Lina à la réalité en l’informant qu’elle va nager. Lina reprend pied et s’écarte de la douche. Une sensation particulière fait frissonner sa peau. Quelqu’un la regarde avec insistance, elle en est persuadée. Cette fois, cette sensation ne la laisse pas indifférente, sans vraiment savoir pourquoi. Elle se retourne et croise le regard de la cousine de Chloé. Elles sont seules dans le local, les autres ont rejoint le bassin. Les yeux noirs la dévisagent ouvertement. Puis, ils descendent lentement le long de son cou gracile, caressent ses seins, dévorent son ventre, soulignent ses jambes fuselées puis remontent rapidement à ses yeux. La douceur et la sensualité de la caresse sont aussi réelles que les frissons qui parcourent la peau de la jeune femme. Le cœur de Lina s’est subitement emballé, sa respiration est saccadée et superficielle. Les bras croisés sur sa poitrine, elle cherche sa serviette, rompant volontairement le lien invisible qui s’est créé. Elle est habituée à voir du désir dans le regard des hommes, mais c’est la première fois qu’elle en voit aussi ouvertement dans celui d’une femme. La serviette l’enveloppe entièrement, formant un rempart au regard inquisiteur. Rougissante, elle tourne les talons sans un mot et s’empresse de rejoindre l’espace piscine. Soulagée et un peu honteuse de s’être sauvée de la sorte, elle plonge directement dans l’eau après avoir jeté sa serviette sur le premier transat croisé.
Peu de temps après, accoudée au rebord du bassin, elle voit au loin Chloé et Lou franchir le pédiluve. Elles devisent calmement toutes les deux. Lina est abasourdie. Si elle veut être honnête, elle n’a pas réellement fui Lou, elle n’était pas en danger. Elle a fui sa propre réaction, son corps l’a trahie. Elle était très gênée. Le regard profond et sans équivoque a fait naitre une chaleur en elle qu’elle ne s’explique pas et qui l’a mise très mal à l’aise. Lina n’est pas bête, elle a bien compris que Lou lui avait fait des avances implicites. Mais cette fille au regard de braise a-t-elle perçu le trouble qu’elle a fait naitre ? La faculté à passer outre de Lina est mise à rude épreuve. Elle arrive facilement à le faire en temps normal et la personne intéressée comprend vite que c’est sans espoir. Mais bizarrement, elle a la sensation d’être une adolescente qui fait face à des avances amoureuses et qui ne sait pas les gérer. Comment faire pour la suite ? Il va être difficile de se comporter normalement sans être gênée. Mais elle n’a pas le choix, elle ne pourra pas l’éviter, c’est la cousine de Chloé.
La jeune femme se raisonne et décide d’évacuer toute la tension de sa journée et de ce dernier quart d’heure en enchainant les longueurs. Sa vigueur est impressionnante et ses amies ne peuvent pas la suivre. Elle se concentre sur sa respiration et ferme son esprit à toutes pensées. Nager a toujours été salvateur depuis ses études d’infirmière. Une séance hebdomadaire lui permet d’évacuer le stress et de se maintenir en forme. Dernière longueur et elle a fini son kilomètre. L’effort physique lui a apporté l’apaisement qu’elle espérait. Elle sort de l’eau détendue, forte d’avoir retrouvé la maitrise d’elle-même et prête à laisser Lou à son approche infructueuse.
— Je vois que vous êtes en plein effort, sourit-elle en rejoignant ses amies sur les transats.
— Non, mais tu as mangé du lion aujourd’hui ? C’est parce que Noah n’est pas là, tu as de l’énergie à revendre ? plaisante ouvertement Noémie.
— Bah oui, il n’est pas là pour m’épuiser au lit, répond Lina en croisant volontairement le regard de Lou.
Autant profiter de l’allusion de son amie pour dire clairement les choses. Elle est en couple, elle est hétéro et satisfaite par son homme.
— Ouah !!! renchérit Noémie surprise par une réponse aussi directe. Tu en as de la chance d’avoir un homme qui t’épuise au lit ! Tu verrais son copain, franchement, il est à tomber. J’en bavais presque la première fois que je l’ai vu, ajoute-t-elle à l’intention de Lou.
Lina est bien contente que Noémie enfonce innocemment le clou. Au moins, les choses sont dites maintenant. Lou rit ouvertement à la remarque de la jeune femme. Lina est surprise. Aucune trace d’animosité, d’une légère jalousie, aucun regard ambigu. Lou réagit comme toute personne le ferait. Lina écoute d’une oreille distraite la suite de la conversation et replonge dans ses pensées. J’ai mal compris l’épisode de la douche ? J’ai mal interprété le regard de Lou ? Si c’est le cas, cela devrait la rassurer et pourtant, elle se surprend à être légèrement déçue. Désireuse de passer à autre chose, elle s’allonge sur le transat disponible et les quatre jeunes femmes s’octroient une pause réparatrice après leurs efforts sportifs. Pressée par Noémie, Lina raconte les dernières péripéties amusantes de son service. En tant qu’infirmière au service de chirurgie générale, des cas très surprenants et insolites font presque partie de son quotidien. Les raconter provoque toujours des réactions qui vont du plus profond dégout à l’hilarité générale. Cette fois, en plein milieu de la piscine, elle écarte les cas les plus écœurants pour ne se concentrer que sur les plus drôles. Chacune de ses comparses partage les rires et les questions fusent. Le petit groupe s’amuse beaucoup et attire les regards parfois réprobateurs des maitres-nageurs. Lou demande des précisions et renchérit par des blagues pas toujours drôles, mais qui ont le don de provoquer des éclats de rire par le flop qu’elles font. L’ambiance est particulièrement agréable et détendue. Lina oublie l’épisode de la douche. Rien dans l’attitude de la jeune femme au regard noir n’est équivoque. Ce qu’elle a pris pour du désir n’était sans doute que de la curiosité et de l’envie. Elle a déjà connu ça. Les échanges entre les quatre nageuses sont intenses. Lou s’intègre au groupe facilement et Lina retrouve la jeune femme rigolote, sans prise de tête dont elle se rappelait. Au bout d’un temps indéterminé, un maitre-nageur s’approche des jeunes femmes.
— Mesdames, désolé de vous déranger, mais la piscine ne va pas tarder à fermer. Il faut vous diriger vers les cabines.
— Hum, si j’avais su que vous étiez là, je pense que j’aurais fait un malaise dans l’eau et il m’aurait certainement fallu un bouche-à-bouche, n’hésite pas à dire Noémie, en battant rapidement des cils et en restant dans l’ambiance des blagues douteuses.
Le silence général qui suit sa réplique est soudain percé par des fous rires qui se répercutent sur les murs de la piscine. Lina s’étrangle. La vue du visage cramoisi du jeune homme ajoute des larmes supplémentaires sur les joues des jeunes femmes.
— Pardon. On y va. Désolée, excusez mon amie, elle adore l’humour…, tempère laborieusement Lou.
Péniblement, le groupe se lève, encore secoué par les rires étouffés, tandis que le maitre-nageur rejoint rapidement l’autre extrémité du bassin.
