Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
… Depuis, je reste sans envie,
Car je sais d’expérience
Que l’on peut rater sa vie
Pour un simple silence.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Scénariste et producteur de cinéma primé dans le monde entier, journaliste, dessinateur de presse, auteur de livres, parolier…
Yves Ringer s’est essayé avec bonheur à de nombreuses formes d’écriture ; la poésie en fait partie.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 65
Veröffentlichungsjahr: 2020
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
www.180editions.com
www.facebook.com/180editions
www.instagram.com/180editions
Couverture : peinture de Gordon Hopkins, Tree line shadows
Mise en page : Graphic Hainaut
ISBN : 978-2-931008-38-6
Dépôt légal : D/2020/10.213/8
Tous droits strictement réservés. Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie, microfilm ou support numérique ou digital, sans l’accord préalable et écrit de l’éditeur, est strictement interdite.
À Anne, Pauline, Martin & Sasha
1988-2011
Tu sais, il faut parfois du courage
Pour observer les nuages
Qui traversent Venise en hiver
À l’heure où se fige la lumière.
Et malgré mon retard,
J’ai attendu la nuit noire
Pour pouvoir traverser la lagune
En compagnie de la lune
Et pousser les grilles de fer
Qui gardent le cimetière.
Loin de la ville,
Tout est tranquille.
Silencieux dans les allées,
L’unique promeneur,
Perdu dans sa douleur,
Met du temps à te trouver.
Tu en as fait du chemin
Pour trouver la sérénité totale,
Il a fallu une pierre tombale
Et son poids de chagrin.
Pas d’épitaphe, pas d’autres noms,
Une simplicité de bon ton :
« Serena Zardini, 1988-2011 »
Gravé sur une plaque de bronze.
Du bout de mes doigts,
Je touche le marbre froid,
Il est réel,
Dur et cruel.
Silencieux dans les allées,
L’unique promeneur,
Perdu dans sa douleur,
Oublie de pleurer.
J’ai déposé mes fleurs
Parmi les fleurs fanées,
Puis j’ai prié
À m’en tordre le cœur.
Ton nom reste un voyage,
Mais partir à ton âge
est une injustice flagrante,
Il n’en est pas de plus grande.
Mais puisque tu dois reposer là,
Je préfère imaginer qu’en fin de journée,
Le soleil viendra te caresser
Pour te rappeler la douceur d’ici-bas.
Silencieux dans les allées,
Les rares promeneurs,
Perdus dans leur douleur,
Ne viendront pas te déranger.
APPARTEMENT NUMÉRO 10
Une adresse sur un bout de papier,
Le concierge n’est pas accueillant
Et l’ascenseur est lent,
Mais la porte entrouverte est là pour m’inviter
À laisser le palier austère
Pour passer de l’ombre à la lumière
Qui se joue de l’appartement numéro 10.
À travers les volets, voici Matisse,
Et chaque couleur s’affaire
Pour l’œil sans repère.
Tout de suite sur la gauche,
La cuisine s’ébauche.
La table miroite sous la faïence
Et les fruits disposés avec science.
Dans l’évier, un restant de vaisselle
Et déborde la poubelle.
Un désordre fait de milliers de taches,
Kandinski s’en détache
Et glisse jusqu’au sol
Où traînent quelques bols.
Ensuite vient le séjour,
Sobre, ordonné et plein d’amour autour.
Chaque objet appelle un souvenir
Afin d’aimer y revenir.
Je n’ose toucher à rien
Du musée tendre et serein.
Mon hôte se révèle à moi,
Sa vie est exposée là.
Je me fige dans la lumière,
Éternel éphémère d’Edward Hopper.
Je reviens sur mes pas
Pour découvrir la salle de bains
Aux troubles senteurs de jasmin.
Ma main court sur le carrelage froid
Et se laisse bercer par la musique
De l’eau qui goutte à goutte
Sur les éclats de mosaïque.
Avec moi, Klimt écoute,
Tant de finesse
Annonce une caresse.
Et puis la chambre au fond du couloir,
Sombre et silencieuse, les rideaux sont tirés.
Il me faut deviner
Un corps nu sous le peignoir,
Beauté endormie
Étendue sur le lit.
Modigliani me sourit,
Il sait mon émotion
Et le désir qui prend vie.
Puis elle dit doucement : « bienvenue à la maison ».
HIVER
Je m’appelle hiver,
Compagnon des ténèbres,
Je viens quand les troncs décharnés
M’implorent de leurs branches tordues
Comme de vulgaires mendiants.
Au cœur de la forêt glacée,
Je réponds à leur misère
Par mon chant funèbre
Qui glisse sur l’écorce nue
Des arbres au vent suppliants.
Je m’appelle hiver,
Quand enfin je couvre la lande
De mon manteau de givre,
Pour affamer le cerf
Et réveiller les loups.
Je pique et je brûle comme l’enfer,
Pour que vos peurs soient grandes
Et qu’elles vous délivrent
De tout ce qui est doux
Sur cette terre.
Je m’appelle hiver,
Et je vous déteste
De m’avoir toujours haï.
Et je vous en veux de fuir le froid
Comme on fuit la peste.
Mais je ne connais pas de frontières,
Et ma vengeance tient dans vos lèvres bleuies
Quand au seuil du nouvel an
Je viendrai vous glacer le sang
Car sur vous, je veux régner par l’effroi.
LA FILLE ASSISE À L’ARRIÈRE
À voir quelques visages
À peine marqués par l’âge
Qui appartiennent à ces amis
Qu’on laisse au fil d’une vie,
Quand les chemins se croisent
Et se décroisent,
Quand sont oubliées
Nos promesses d’amitié,
Il est parfois bon de nous rappeler
Que nous nous sommes aimés
Au moment fugace
Où jeunesse se passe.
Nous étions si fiers
Mais certains savaient déjà
Combien est éphémère
La vie au-dessus des lois.
Je n’ai qu’un seul regret,
La fille assise à l’arrière pleurait,
Qui s’en souciait ?
À voir quelques visages
Déjà marqués par l’âge
Qui appartiennent à ces filles
Qu’on laisse au fil d’une vie,
Quand les cœurs se croisent
Et se décroisent,
Quand sont oubliées
Nos promesses de fidélité,
Il est parfois bon de se rappeler
Que nous nous sommes aimés
Au moment trop court
Où l’on croit à l’amour.
Nous étions sans peur,
Mais certains savaient déjà,
Qu’heure après heure,
L’inconscience cède le pas.
Je n’ai qu’un seul regret,
La fille assise à l’arrière pleurait,
Qui s’en souciait ?
À voir quelques visages,
Lointains rivages
Où s’échouent les rires et les cris
Qu’on laisse au fil d’une vie,
Quand les ambitions se croisent
Et se décroisent,
Quand sont oubliées
Nos promesses d’éternité,
Il est parfois bon de se rappeler
Que nous nous sommes aimés
Au moment stupide
Où tout roule trop vite.
Nous étions sans foi,
Et certains savaient déjà
Que les meilleurs peuvent se briser
Au gré des marées.
Je n’ai qu’un seul regret,
La fille assise à l’arrière pleurait
Et je l’aimais.
CIVITAVECCHIA
J’arrive en avance comme toujours,
Une attente de deux jours.
Quarante-huit heures immobile
En bordure de la ville.
Civitavecchia ne survit qu’au rythme des [bateaux qui arrivent,
Civitavecchia ne vibre qu’aux cris des marins [qui dérivent.
Le vieux port sans avenir
Accueille encore quelques navires,
Et le fracas des trains lui donne l’illusion
D’avoir toujours une vague fonction.
Chaleur et ennui
Me poussent à la somnolence,
Et la nuit ne m’offre aucun répit
Si ce n’est le silence.
Civitavecchia ne survit qu’au rythme des [bateaux qui arrivent,
Civitavecchia ne vibre qu’aux cris des marins [qui dérivent.
La poussière des silos à grain
Tourbillonne depuis le matin
Pour faire cracher les dockers
Et se coller aux corps en sueur.
Je sors de ma torpeur
Qui gagnait d’heure en heure,
Enfin je devine un point
Qui danse dans le lointain.
Civitavecchia ne survit qu’au rythme des [bateaux qui arrivent,
Civitavecchia ne vibre qu’aux cris des marins [qui dérivent.
Un paquebot battant pavillon de rien
Glisse le long du quai sans fin.
Quelques passagers s’agitent sur le pont,
Impatience d’un voyage trop long.
Je reste là sans bouger
Espérant tromper ma nervosité.
Je te sais, je te sens
Il n’y en a plus pour très longtemps
Civitavecchia ne survit qu’au rythme des [bateaux qui arrivent,
Civitavecchia ne vibre qu’aux cris des marins [qui dérivent.
Ça valait la peine d’attendre,
Je te regarde descendre,
Un ami qui revient
Ça fait vraiment du bien
Civitavecchia ne vit qu’au rythme des bateaux [qui arrivent…
LE CENTRE DU MONDE
Bien sûr, il t’a giflée
Et ta joue ne peut le supporter.
Arrête de te plaindre,
Tu n’as rien à craindre,
La Terre est ronde,
Cherche un peu le centre du monde.
Regarde cet enfant au regard dur,
Regarde son corps couvert de brûlures,
Une trop grande violence
Pour un insupportable silence.
Il a connu un vrai drame,
Il a de vraies douleurs,
Il sait la vie et ses peurs,
