Première vie - Yves Ringer - E-Book

Première vie E-Book

Yves Ringer

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Beschreibung

… Depuis, je reste sans envie,
Car je sais d’expérience
Que l’on peut rater sa vie
Pour un simple silence.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Scénariste et producteur de cinéma primé dans le monde entier, journaliste, dessinateur de presse, auteur de livres, parolier… Yves Ringer s’est essayé avec bonheur à de nombreuses formes d’écriture ; la poésie en fait partie.

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Seitenzahl: 65

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Couverture : peinture de Gordon Hopkins, Tree line shadows

Mise en page : Graphic Hainaut

 

ISBN : 978-2-931008-38-6

 

Dépôt légal : D/2020/10.213/8

 

Tous droits strictement réservés. Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie, microfilm ou support numérique ou digital, sans l’accord préalable et écrit de l’éditeur, est strictement interdite.

 

À Anne, Pauline, Martin & Sasha

1988-2011

Tu sais, il faut parfois du courage

Pour observer les nuages

Qui traversent Venise en hiver

À l’heure où se fige la lumière.

Et malgré mon retard,

J’ai attendu la nuit noire

Pour pouvoir traverser la lagune

En compagnie de la lune

Et pousser les grilles de fer

Qui gardent le cimetière.

Loin de la ville,

Tout est tranquille.

 

Silencieux dans les allées,

L’unique promeneur,

Perdu dans sa douleur,

Met du temps à te trouver.

 

Tu en as fait du chemin

Pour trouver la sérénité totale,

Il a fallu une pierre tombale

Et son poids de chagrin.

Pas d’épitaphe, pas d’autres noms,

Une simplicité de bon ton :

« Serena Zardini, 1988-2011 »

Gravé sur une plaque de bronze.

Du bout de mes doigts,

Je touche le marbre froid,

Il est réel,

Dur et cruel.

 

Silencieux dans les allées,

L’unique promeneur,

Perdu dans sa douleur,

Oublie de pleurer.

 

J’ai déposé mes fleurs

Parmi les fleurs fanées,

Puis j’ai prié

À m’en tordre le cœur.

Ton nom reste un voyage,

Mais partir à ton âge

est une injustice flagrante,

Il n’en est pas de plus grande.

Mais puisque tu dois reposer là,

Je préfère imaginer qu’en fin de journée,

Le soleil viendra te caresser

Pour te rappeler la douceur d’ici-bas.

Silencieux dans les allées,

 

Les rares promeneurs,

Perdus dans leur douleur,

Ne viendront pas te déranger.

APPARTEMENT NUMÉRO 10

Une adresse sur un bout de papier,

Le concierge n’est pas accueillant

Et l’ascenseur est lent,

Mais la porte entrouverte est là pour m’inviter

À laisser le palier austère

Pour passer de l’ombre à la lumière

Qui se joue de l’appartement numéro 10.

À travers les volets, voici Matisse,

Et chaque couleur s’affaire

Pour l’œil sans repère.

 

Tout de suite sur la gauche,

La cuisine s’ébauche.

La table miroite sous la faïence

Et les fruits disposés avec science.

Dans l’évier, un restant de vaisselle

Et déborde la poubelle.

Un désordre fait de milliers de taches,

Kandinski s’en détache

Et glisse jusqu’au sol

Où traînent quelques bols.

 

Ensuite vient le séjour,

Sobre, ordonné et plein d’amour autour.

Chaque objet appelle un souvenir

Afin d’aimer y revenir.

Je n’ose toucher à rien

Du musée tendre et serein.

Mon hôte se révèle à moi,

Sa vie est exposée là.

Je me fige dans la lumière,

Éternel éphémère d’Edward Hopper.

 

Je reviens sur mes pas

Pour découvrir la salle de bains

Aux troubles senteurs de jasmin.

Ma main court sur le carrelage froid

Et se laisse bercer par la musique

De l’eau qui goutte à goutte

Sur les éclats de mosaïque.

Avec moi, Klimt écoute,

Tant de finesse

Annonce une caresse.

Et puis la chambre au fond du couloir,

Sombre et silencieuse, les rideaux sont tirés.

Il me faut deviner

Un corps nu sous le peignoir,

Beauté endormie

Étendue sur le lit.

Modigliani me sourit,

Il sait mon émotion

Et le désir qui prend vie.

Puis elle dit doucement : « bienvenue à la maison ».

HIVER

Je m’appelle hiver,

Compagnon des ténèbres,

Je viens quand les troncs décharnés

M’implorent de leurs branches tordues

Comme de vulgaires mendiants.

Au cœur de la forêt glacée,

Je réponds à leur misère

Par mon chant funèbre

Qui glisse sur l’écorce nue

Des arbres au vent suppliants.

 

Je m’appelle hiver,

Quand enfin je couvre la lande

De mon manteau de givre,

Pour affamer le cerf

Et réveiller les loups.

Je pique et je brûle comme l’enfer,

Pour que vos peurs soient grandes

Et qu’elles vous délivrent

De tout ce qui est doux

Sur cette terre.

 

Je m’appelle hiver,

Et je vous déteste

De m’avoir toujours haï.

Et je vous en veux de fuir le froid

Comme on fuit la peste.

Mais je ne connais pas de frontières,

Et ma vengeance tient dans vos lèvres bleuies

Quand au seuil du nouvel an

Je viendrai vous glacer le sang

Car sur vous, je veux régner par l’effroi.

LA FILLE ASSISE À L’ARRIÈRE

À voir quelques visages

À peine marqués par l’âge

Qui appartiennent à ces amis

Qu’on laisse au fil d’une vie,

Quand les chemins se croisent

Et se décroisent,

Quand sont oubliées

Nos promesses d’amitié,

Il est parfois bon de nous rappeler

Que nous nous sommes aimés

Au moment fugace

Où jeunesse se passe.

Nous étions si fiers

Mais certains savaient déjà

Combien est éphémère

La vie au-dessus des lois.

Je n’ai qu’un seul regret,

La fille assise à l’arrière pleurait,

Qui s’en souciait ?

 

À voir quelques visages

Déjà marqués par l’âge

Qui appartiennent à ces filles

Qu’on laisse au fil d’une vie,

Quand les cœurs se croisent

Et se décroisent,

Quand sont oubliées

Nos promesses de fidélité,

Il est parfois bon de se rappeler

Que nous nous sommes aimés

Au moment trop court

Où l’on croit à l’amour.

Nous étions sans peur,

Mais certains savaient déjà,

Qu’heure après heure,

L’inconscience cède le pas.

Je n’ai qu’un seul regret,

La fille assise à l’arrière pleurait,

Qui s’en souciait ?

 

À voir quelques visages,

Lointains rivages

Où s’échouent les rires et les cris

Qu’on laisse au fil d’une vie,

Quand les ambitions se croisent

Et se décroisent,

Quand sont oubliées

Nos promesses d’éternité,

Il est parfois bon de se rappeler

Que nous nous sommes aimés

Au moment stupide

Où tout roule trop vite.

Nous étions sans foi,

Et certains savaient déjà

Que les meilleurs peuvent se briser

Au gré des marées.

Je n’ai qu’un seul regret,

La fille assise à l’arrière pleurait

Et je l’aimais.

CIVITAVECCHIA

J’arrive en avance comme toujours,

Une attente de deux jours.

Quarante-huit heures immobile

En bordure de la ville.

Civitavecchia ne survit qu’au rythme des [bateaux qui arrivent,

Civitavecchia ne vibre qu’aux cris des marins [qui dérivent.

 

Le vieux port sans avenir

Accueille encore quelques navires,

Et le fracas des trains lui donne l’illusion

D’avoir toujours une vague fonction.

Chaleur et ennui

Me poussent à la somnolence,

Et la nuit ne m’offre aucun répit

Si ce n’est le silence.

Civitavecchia ne survit qu’au rythme des [bateaux qui arrivent,

Civitavecchia ne vibre qu’aux cris des marins [qui dérivent.

 

La poussière des silos à grain

Tourbillonne depuis le matin

Pour faire cracher les dockers

Et se coller aux corps en sueur.

Je sors de ma torpeur

Qui gagnait d’heure en heure,

Enfin je devine un point

Qui danse dans le lointain.

Civitavecchia ne survit qu’au rythme des [bateaux qui arrivent,

Civitavecchia ne vibre qu’aux cris des marins [qui dérivent.

 

Un paquebot battant pavillon de rien

Glisse le long du quai sans fin.

Quelques passagers s’agitent sur le pont,

Impatience d’un voyage trop long.

Je reste là sans bouger

Espérant tromper ma nervosité.

Je te sais, je te sens

Il n’y en a plus pour très longtemps

Civitavecchia ne survit qu’au rythme des [bateaux qui arrivent,

Civitavecchia ne vibre qu’aux cris des marins [qui dérivent.

 

Ça valait la peine d’attendre,

Je te regarde descendre,

Un ami qui revient

Ça fait vraiment du bien

Civitavecchia ne vit qu’au rythme des bateaux [qui arrivent…

LE CENTRE DU MONDE

Bien sûr, il t’a giflée

Et ta joue ne peut le supporter.

Arrête de te plaindre,

Tu n’as rien à craindre,

La Terre est ronde,

Cherche un peu le centre du monde.

Regarde cet enfant au regard dur,

Regarde son corps couvert de brûlures,

Une trop grande violence

Pour un insupportable silence.

Il a connu un vrai drame,

Il a de vraies douleurs,

Il sait la vie et ses peurs,