Prends garde à Vulcano ! - Janine Sitjar - E-Book

Prends garde à Vulcano ! E-Book

Janine Sitjar

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Beschreibung

Parce qu'elle aime voyager, que le récit est toujours une île imaginaire, lointaine et proche comme la vie, voyageuse impénitente, elle s'en fût et... revint bravement. Au coeur de paysages contrastée, cette épopée, prélude au voyage intérieur d'un "je" universel. "Rien n'est sérieux, sauf l'écriture, toute la mémoire que j'aime, murmure le poète à son oreille".

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Seitenzahl: 135

Veröffentlichungsjahr: 2016

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SOMMAIRE

CHAPITRE I : PRESSENTIMENTS

CHAPITRE II : DE CATANE A MILAZZO

CHAPITRE III : EMBARQUEMENT, ÉTRANGE VULCANO

CHAPITRE IV : REQUINO, REQUINO… CORPS CHAVIRE

CHAPITRE V : À L’OSPEDALE, HOSPITALITÉ SICILIENNE

CHAPITRE VI : RETOUR GAGNANT… DURÉE VINGT HEURES

CHAPITRE VII : DOUCE SOIRÉE POUR DIAGNOSTIC SÉVÈRE

CHAPITRE VIII : CONVALESCENCE QUI N’EST PAS DE TOUT REPOS

CHAPITRE IX : CONFLITS ORDINAIRES, RETOUR AU MONDE

CHAPITRE X : CHAMBRE PARTICULIÈRE

CHAPITRE XI : LE LARCIN

CHAPITRE XII : REGARD DISTANCE

CHAPITRE XIII : PROCHE DELIVRANCE

CHAPITRE XIV : RETOUR A SOI-MÊME

CHAPITRE XV : ATTRACTION DE L’ÎLE

I

PRESSENTIMENTS

Filant vers la Sicile depuis l'aéroport Toulouse-Blagnac il était environ 16 heures. J'aurais pu écouter une voix intérieure me soufflant que les terminaisons en « ac » et « gnac » comme crac ne sont pas de bon augure. J'aurais pu encore prêter attention aux hésitations du personnel du fret :

- Votre bagage, vous le prenez avec vous ou en soute ? C'est oui ou c'est non ?

Que de complications, observai-je :

- C'est à cause du transit à Rome, c'est moins sûr.

L'alternative se prolongea, je finis par garder la valisette près de moi en cabine sous l'œil dubitatif des jeunes employés qui ne me rassuraient pas.

En effet, le vol s'effectuait vers Catane avec une halte rapide à Rome, dont je connaissais assez bien l'aéroport.

Le soleil de septembre invitait au départ, un vrai soleil qui cogne et qui nous éblouit à l'arrivée de Rome-Fiumicino.

L'attirance pour les eaux sulfureuses et vertueuses du volcan, les contrastes des îles sous le vent, des tarifs avantageux pour un hébergement de rêve firent la différence.

L'embarquement en France dénotait une certaine monotonie, chacun suivant docilement les consignes ; les romains eux mettent une note plus fantaisiste au départ en dépit du contexte social et politique de la péninsule. Toujours volubiles, les gens s'interpellaient et se disputaient même, pour la forme.

Ce départ peut paraître étrange, la perspective de l'Etna fumant au-dessus de la ville attirait et inquiétait à la fois, mais le spectacle devait être surprenant tout comme ce peuple que l'on disait volontiers violent et chaleureux dans des régions qui ne l'étaient pas moins.

On ne pouvait échapper également à la fascination des îles éoliennes et en particulier à l’étrange Vulcano.

En débarquant de l'avion à Catane il fait nuit, ma montre indique 22 heures, je sens le vent de la mer m'effleurer le visage, les vapeurs du volcan m'étreignent les narines. L'aéroport n'est pas vaste et peu encombré à cette heure. Je ne sais où ni qui sont les hôtes qui m'accueillent. Les voix au téléphone étant d'un timbre coloré comme celles des gens du Sud, je n'exigeai pas d’autres précisions.

Ce projet me fut inspiré par Adam qui insistait pour que je lui rédige des notes de voyage sur ces îles éoliennes qui sont un atout majeur pour les rédactionnels de guide touristique. Adam est occupé par un championnat du monde qui lui prend tout son temps, cela a précipité ma décision.

J'ai traversé le hall de l’aérogare peu fréquenté à cette heure-là, en plusieurs sens lorsqu'en contrebas je vois deux bras, voire quatre, s'agiter dans ma direction avec une inscription : "il Caravaggio". Ce sont deux jeunes garçons qui brandissent le panneau, je lis au fur et à mesure B&B Caravaggio : on est arrivé.

Le vol s’était déroulé sans encombre, j'aimais à l'arrivée les senteurs sauvages de la végétation me rappelant les îles d'Asie Mineure du côté de la Grèce mais l'accueil avait de quoi surprendre et les jeunes gens me prirent de court : - Hello signorina Gilda ?

Je ne sais pourquoi je répondis oui à ce diminutif improvisé de mon prénom Angela.

- Nous sommes del Caravaggio, ont-ils tranché dans la langue de leur pays.

Je suis ces grands gamins qui me font monter dans un monospace noir et m'enferment avec eux à l'intérieur.

- Securita signorina.

- Je cherche un adulte, balbutiai-je dans une langue italienne approximative.

Eux se parlent dans leur dialecte, ils avalent les mots et je devine qu'ils se moquent de ma surprise teintée d’une légère inquiétude.

- Je voudrais apercevoir la ville, prego, ce qui veut dire s’il vous plaît.

On me fait comprendre que le centre-ville est fermé la nuit et je constate que les artères sont peu éclairées. On a quitté les quais et la banlieue pour aborder les boulevards de ceinture.

Je ne suis toujours pas rassurée et prononce quelques mots au hasard pour meubler le silence ou l'espace. Au bout d'une dizaine de kilomètres, le petit fourgon stoppe devant un immeuble sombre, où le salpêtre est délabré et l'on s'immobilise. Les jeunes gens me prennent le bagage, alors que le déclic d'une lourde porte se fait entendre, nous montons les quatre étages conduisant à la fameuse pension.

Devant une porte bleu acier contrastant avec l'escalier plus lugubre je vois apparaître de la lumière. La porte s'ouvre et c'est l'enchantement, le spectacle est étonnant : le vestibule est tapissé de tableaux.

- Soni del Caravaggio, demandai-je ?

- Eh non, répond la voix d'une signora installée au milieu de la pièce, affairée devant son écran informatique. Curieux spectacle qui m’est donné sous les tentures mordorées et les meubles anciens.

Je lève les yeux sur des tableaux bucoliques et paysagers : sono vero ?

- Si, si… c'est de l'authentique peinture locale. Propos que je traduis à demi-mot.

L'ordinateur trône sur une table à marqueterie précieuse devant lequel la femme de la quarantaine épanouie s'occupe.

- Sono Paola dit-elle en me tendant chaleureusement sa main. On parle en anglais c'est mieux, un peu en italien : ecco va ?

Les grands garçons ont déposé mon bagage dans une chambre proche, ils sont pressés d'aller en ville et se moquent encore de mes hésitations.

- Ridden, s’exclame Paola !

- J'ajouterais qu'ils rient de moi, de ma frayeur mal dissimulée en voiture et de ma stupeur enchantée devant tant de contrastes.

J'avais beau poser des questions, pour ces jeunes, j'étais l'étrangère et une femme, une touriste en somme.

À Paola j'expliquais sommairement l'objet de ma visite en ses terres, décontraction et inspiration, cela l'a mise à l'aise, un beau climat s'installait entre nous. Et puis une femme qui serait oisive en ces lieux, ne ferait pas bonne figure ou pas long feu… Ils préfèrent que l'on s'intéresse à l'art ou à la littérature, c'est plus honorable.

Paola m'offrit de prendre une collation assez frugale et savoureuse accompagnée de ce fameux vin de Malvoisie produit à Salinas, mais avant elle me montra ma chambre spacieuse et à l'ancienne, avec un grand lit au-dessus duquel s'exposent des portraits et paysages encore.

Du côté de la terrasse une large vitre bordée de lourds rideaux vert sombre décorés à la main de festons précieux donne à la pièce à peine éclairée par un lustre d'époque une ambiance aux couleurs du temps digne du Prince de Lampedusa.

Depuis la terrasse on devrait pouvoir apercevoir le funeste volcan dans la nuit profonde.

Son odeur âcre se répandait et j'entrebâillais la fenêtre pour ne laisser percer qu'un peu d'air en tirant les tentures de velours sombres.

Au salon, dans cet univers, Paola auréolée d'un casque de cheveux blond vénitien est presque trop jeune pour être la mamma de ces trois garçons dont je n'en ai entrevu qu'un. Elle s'informe de mes papiers d'identité en tapotant sur les touches d'ordinateur et reformule sa proposition : formaggio, olives e frutas, con el vino ? À 22 h 30 dans ce contexte, on aurait accepté n'importe quoi…

Quelque chose de grec baigne l'atmosphère même si le lieu est dédié au peintre-pirate né à… l'Isola del Giglio, dont on entendrait parler mondialement un peu plus tard, ainsi des circonstances. Depuis lors, les évènements s’étant déroulés je serai invitée à revenir en Sicile, j'hésiterai mais ces souvenirs-images pourraient emporter la partie, mon adhésion.

- Ah ces Français toujours le problème du choix, me dit une Belge qui s'est assise en face de moi sur un canapé fauve.

J'hésitais à voix haute entre plusieurs chemins et modes de locomotion pour le lendemain, fascinée par la croisée des chemins, est-ce la croix ou le point central qui intéresse, là où la pointe tient l'ensemble ? À quoi tiennent une chose et un évènement ? À peu de chose, c'est tenu voire subtils tous ces liens mystérieux qui nous échappent et bousculent nos habitudes.

Nous conversions avec Paola, je m'informais des horaires de bus, des prix de location automobile en deux ou trois langues ce qui dégourdit mon esprit.

- Volo partire à Vulcano per Milazzo. Possibile de cui ?

- Ma si, con mio figlio grande !

- Ah, il y a encore de la progéniture, nous verrons demain.

J'avais du mal à envisager les tarifs à cette heure tardive : Otro figlio ?

- Ah, si répond Paola fièrement… é bello ! Expression compréhensible par tous.

J'émis une réserve sur le prix à venir comprenant que ce n'était pas le moment de marchander et que l'on pourrait toujours discuter le lendemain.

Je tentais une avancée dans la discussion : le prix doit être élevé en voiture ?

- Sé arréglara.

On comprend que tout peut s'arranger surtout si l'on fait l'aller-retour et si je fais mes comptes. Prendre un taxi ou le bus jusqu'à l'aéroport puis un nouveau bus cela prend beaucoup trop de temps, la proposition autre est tentante. La nuit portera conseil.

Le lendemain après un fort bon somme, je suis éveillée par le bruit et l'odeur des tasses à café. J'entrouvre la porte à côté, il y a une kitchenette où s'occupent le mari et le plus jeune des fils. Le mari a tout l'air de descendre de ces occupants normands qui occupèrent les terres pendant des décennies et ont laissé leurs empreintes sculpturales à la cathédrale de Palerme. Les envahisseurs ne manquent pas, Phéniciens, Arabes, Aragonais jusqu'aux Vénitiens et Génois, cela donne un curieux métissage et de beaux vestiges.

Au petit-déjeuner assez copieux composé de fruits exotiques et marmelades, on tente de blaguer avec les voyageurs belges installés à la table voisine.

- Alors la Mafia, on va la croiser ?, demande une femme tout exaltée.

Ce ne sont pas de bonnes questions, la discrétion sur ce sujet est de règle, dans la famille on ne plaisante pas avec les sujets tabous.

Si l'on a un peu de clairvoyance on comprend que s'est répandue un peu de crainte dans ce pays où se côtoient la pauvreté et non pas la misère et ceux qui subito roulent carrosse.

Après une rapide toilette dans la salle d'eau recouverte de mosaïques beige, je vais tâcher de prendre le bus, gagner la place cathédrale et le cours sur lequel demeurent des décombres anciens de tremblements de terre.

J'ai pris rendez-vous avec Paola pour le début d'après-midi et je descends quatre à quatre les étages prudemment puisque je suis gênée dans mes déplacements. Une fois dehors je suis frappée par la relative allégresse qui règne sur la ville surplombée de volutes grises et des fumées du volcan qui ne sont pas lointaines. Je suis aidée au cœur du trafic urbain par un homme ventru qui m'accompagne jusqu'au château et au palais réservé au bel canto Bellini. La ferveur se porte évidemment sur les belles voix, les édifices baroques en témoignent. Dévoué le bonhomme, tout en rondeur, ne voulut pas un centime d'euros pour la course. La rue ne me parut pas franchement joyeuse ce n'était plus « Vacances romaines » et le volcan qui toujours fume et éternue au-dessus de la ville n'a rien de rassurant.

Dans le bus, le public semble fataliste, pressant le pas pour gagner les bureaux ou les services des hôtels. Où encore des ombres traînent devant les bars accostant les touristes. Catane est aussi un port passage convoité de tous les trafics.

Les avenues sont larges, ont été rénovées en dépit des blocs de lave, je suis le mouvement en regardant le marché plein de couleurs jaune vert et rouge, mauves les courgettes, rouges feu les tomates « natura » !

On ne se fait pas héler aux devantures, sur la grande place néanmoins, je serre mon sac contre moi selon les consignes, attentive aux Vespas qui tournent autour de la Fontaine. J'arpente la grande avenue sur laquelle quelques grands hôtels s'ouvrent : le Uno est vanté par le guide du Routard, pour sa décoration très design, j'y jette un coup d'œil et suis un peu perdue dans le grand hall alors je décide de monter sous les arcades qui dominent l'entrée pour voir le spectacle.

Le marbre et la pierre sont un peu austères et pour réchauffer l'ambiance, le serveur à l'allure ibérique propose : pasta a la Norma, signora ? Tout un chacun se rappelle en principe que Norma était l'œuvre interprétée par la Diva, divine Callas, même si les nouvelles générations ne se souviennent pas, il y a ici le culte du lyrisme.

Va pour Norma opéra de Bellini et l'étonnante soprano. On se pourlèche les babines car l'heure du déjeuner avance, le serveur s'empresse et m'explique que l'on n'est pas très libre dans l'hôtel, ni libre de se confier.

- Tiens les murs auraient-ils des oreilles ?

- No, des caméras signora !

J'avale la pasta comme l'on dit qui n'a pas de saveur, la sauce bolognaise sort tout droit de sa boîte métallique ! C'est la première fois qu'en Italie je n'apprécie pas les pâtes. Le lieu me déçoit, je regagne la rue bien plus ensoleillée même si ce soleil joue à cache-cache avec les fumées de l'Etna.

Je repris un autobus qui me déposa d'un trait sur la via Veneto qui ne ressemble pas à sa jumelle romaine mais où se cachent des surprises. Devant l'immeuble par exemple, sur le trottoir attend une belle cylindrée italienne, un coupé bleu nuit, dois-je comprendre qu'il est posté à mon intention ? Plus haut dans l'immeuble au numéro 46 on m'ouvre, mon bagage rangé dans le couloir, je m'installe posément dans l'antichambre. Paola arrive s'excusant d'un tout petit retard. J'observe cependant que j'ignore les horaires des navettes pour Milazzo, port qui fait face à Vulcano : No sapiamo noi si parte la nave oggi ?

Dans une langue où s'entremêlent les conjugaisons hispano-latines je déduis que les départs depuis le port de Milazzo sont soumis aux impondérables.

- Bah, Milazzo est peut-être un joli port ?

Paola sourit. Ce n'est jamais ce que l'on imagine surtout avec les hydrocarbures que l'on exploite entre le détroit de Messine et Palerme.

II

DE CATANE A MILAZZO

– Vous êtes prête ? Ready ?

Mon chauffeur a fait son apparition, sourire lumineux qu'il a emprunté au père et à sa mère une fossette et une chevelure châtain-clair. Le voyage peut être de bonne compagnie. Je comprends que nous en avons pour plus de deux heures. M'adressant à Paola je remarque : vous avez une grande diversité de type avec ces trois fils.

– E più ! qui veut dire qu'elle en a encore davantage.

Elle vient d'être grand-mère d'une petite Eléonara ! La famille est soudée, mes compliments lui vont droit au cœur et elle me fait presque cadeau de la nuitée, presque bien entendu, témoignage de sa considération.

Il est difficile d'aborder encore le prix de la course, mon chauffeur m'en donnera sa philosophie au bout du parcours. Ce fils qui me conduit tout droit vers mon destin a tout à fait l'allure de ces acteurs italo-américains que l'on retrouve dans les séries B devenues cultes aujourd'hui. Je regarde peu ces nourritures télévisées mais Michelo est beaucoup mieux que cela et peut-être pire.

En montant je me cogne à la portière du coupé sombre, un peu bas, il accourt, prévenant sans trop en faire à l'inverse des compères de la péninsule qui ne vous lâchent pas autour de la Fontaine Trévise ou du David de Michel Ange. Il reste à sa place, il pilote, respectant même les limitations de vitesse, parfumé discrètement et cultivé avec cela il connaît sa ville, les humeurs du volcan et du temps. Michelo ne récite pas une leçon à l'intention des touristes étrangères comme à Florence ou Rome, il dit l'essentiel et passe à autre chose.