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Vika est une jeune fille d’origine étrangère, slave, belle, blonde et polyglotte, qui, par le plus grand des hasards, rencontre Thomas dans un bar. Ils se revoient, une première fois dans la cuisine de « La Gloriette » pour un cours de cuisine, la seconde fois dans le même restaurant, côté « clients ». Ils font connaissance, petit à petit, et Vika se dévoile lentement, avec beaucoup de peur, de réticences, d’hésitations vis-à-vis de cet homme beau et charmant. La petite slave qui s’est laissé inviter n’est en effet pas du tout «l’oie blanche » que l’on pourrait imaginer au départ, alors qu’elle en donnait sciemment l’image, sans doute pour se protéger et par une peur rétrospective de son vécu. Le lecteur découvre en effet qu’elle est biélorusse, journaliste et révolutionnaire dans son pays, ce qui lui a valu dix années d’incarcération ; par des relations qui sont intervenues, elle a pu quitter la prison et son pays d’origine ; nous découvrons tout cela dans ses monologues et surtout dans les courriers qu’elle adresse à sa grand-mère. Mais ces dix années laissent de grosses traces de méfiance et de recul par rapport aux autres ; Vika est très lucide : « les épreuves que j’ai traversées ont fait de moi quelqu’un de froidement indépendant. Est-ce normal de me sentir forte aujourd’hui au point de préférer rester à distance de tous ceux qui pourraient me rendre à nouveau vulnérable ? » Les saveurs culinaires l’emportent cependant : tout le courrier que Vika adresse à sa grand-mère révèle les recettes originales et rares créées par Olivier et le repas avec son compagnon se termine sur une très belle note de fragilité acceptée : « Thomas m’avait fait passer une succulente soirée, il m’avait fait comprendre le sens de l’expression « redonner le goût de vivre. » Puis, il avait une touche de chocolat qui était restée au coin de ses lèvres ; pour ne pas perdre cette paillette de magie, et peut-être pour tout le reste aussi, je me suis approchée de lui, et je l’ai embrassé ».Ah ! Quelle magie !
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Seitenzahl: 95
Veröffentlichungsjahr: 2014
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Slicnost
Gledam i uranjam u oci tvoje
A iste su bas kao oci njene
i ruke tvije nezne i bijele
Grle me nocas k’o ruke njene
i nije vazno sto nisi ona jer
kraj uvijek bude po svrsetku slican
Necu ti reci nocas da te volim
takva rijec lazna bi bila
necu ti reci da si moja mila
Stobom sam nocas jer njene
oci imas
oci jedne meni bivse bliske zene
ljubavi jedne
jedne price davne
mog straha nade skrsene zelje
Ljubi me i ne govori mnogo
tisina pomaze ovaj mucan san
sklopi oci slagat cu te zeno
oprosti samo sto ni ime ti neznam
Benjamin Bikic
Avant de raccrocher, j’avais pris une profonde inspiration et je lui avais avoué mon prénom, mon vrai prénom. Il avait l’air confus, pensant qu’il s’était trompé, mais je l’ai rassuré rapidement : j’avais menti. C’était plus facile pour moi d’adresser la parole à cet homme élégant, un soir, au centre de Marche-en-Famenne, en étant quelqu’un d’autre. Tout était faux : mon nom, mon âge, ma couleur de cheveux. Une légère angoisse m’avait traversée, me disant qu’il pouvait soudainement tout annuler. Pourquoi emmener au restaurant une femme qui n’est pas, en fait, celle qu’on croyait séduire ? Mais qu’avais-je à gagner d’une relation basée sur une identité artificielle ? Peut-être que ce troisième rendez-vous était l’étape vers la sincérité. Je ne pouvais de toute façon pas continuer mon petit jeu sans en rougir. Heureusement, il avait ri. Pas d’un rire surfait ou gêné. Non, il avait ri de bon cœur en disant que c’était bien la première fois qu’on lui faisait un coup pareil !
Ma gorge se desserre et l’excitation de cette perspective de soirée romantique m’envahit. Aujourd’hui, tout allait donc changer. Après cette virée au centre de Marche-en-Famenne, cette rencontre avec cet homme trop élégant pour moi, et ce rendez-vous au restaurant… Et pas n’importe quel restaurant ! Celui où il avait déjà essayé de me surprendre… Et comment mieux charmer une femme qu’en la surprenant ?
Thomas, c’était son prénom. J’essayais de le retenir et pour ne pas me tromper, je regardais en l’air, vers le plafond, après une source de lumière. Ça me revenait : les ampoules – Thomas Edison – il s’appelait Thomas. Ce n’était pas un nom courant dans mon pays natal. J’avais décidé de le répéter toute la soirée pour que ma mémoire l’assimile avant qu’il passe me chercher.
Enfin un vrai rendez-vous ! Je ne savais pas combien de temps j’avais attendu. Trop longtemps, j’étais restée enfermée dans ce nouvel appartement de cette nouvelle ville de ce nouveau pays. Sans contact, sans rencontre, sans loisir. Je me déplaçais alors uniquement pour le boulot. J’avais eu bien trop peur de sortir. Le monde libre m’avait tellement angoissée. Pourtant, il ne pouvait rien m’arriver. Comment avais-je survécu aussi longtemps avec cette peur dévorante au creux du ventre au point de ne pas vouloir m’extasier sur cette nouvelle contrée et ses paysages boisés ?
Une heure trente dans la salle de bains, un sac à main minuscule, une robe noire et des chaussures à talons. Me distinguer, me disais-je… Je m’imaginais déjà à son bras, passer la grille qui donnait sur cette incroyable maison de maitre et entrer dans cet univers de finesse. Quand il avait parlé pour la première fois de La Gloriette, j’étais gênée de ne pas comprendre ce nom. Mon français restait basique, n’étant en Belgique que depuis quelques mois. Je m’interrogeais seule pour ne pas poser une question qui pourrait paraitre ridicule. Gloriette ? Un rapport avec « Glorieux » ? La « Gloire » ? Aucune idée… Il devait passer me chercher quelques minutes plus tard. En l’attendant, j’avais saisi le dictionnaire pour connaitre la véritable définition de ce mot inconnu. Il y en avait deux, quelle chance ! « Petit pavillon dans un jardin » ou « Grande cage à oiseaux ». J’optai pour la première, en espérant que les propriétaires n’aient pas cherché un jeu de mots farfelu qui correspondrait à la seconde. Une voiture klaxonna devant l’immeuble de mon appartement. Il était là. Zut ! Patience, mon cher ami… Avant de fermer la porte et de descendre les escaliers, je devais comprendre ce qu’était un « pavillon », sans quoi toute recherche aurait été vaine. De quoi avais-je l’air, mon décolleté noir au-dessus d’un dictionnaire ? Je devais comprendre le nom de cet établissement. Par fierté, évidemment, dans l’optique d’appartenir à ce monde ou du moins de faire semblant. Vu le nombre de définitions que donnait le dictionnaire à propos du mot « pavillon », je décidai d’abandonner et de partir pour La Gloriette. Peu importe !
J’y mettais les pieds pour la seconde fois et cette fois-ci, j’avais décidé d’être à la hauteur de l’élégance de Thomas.
Dehors, le vent soufflait entre les feuilles orangées que perdaient doucement les arbres. Cette brise me rappela la fin de l’été que l’on connaissait en Europe de l’Est : le galop décidé de l’hiver qui s’annonçait par une bise glacée et l’arrêt de nos sèves rassasiées.
Il était beau, mon Thomas, dans son costume gris. La chemise blanche au col légèrement ouvert, sans cravate qui étranglerait ses ambitions. Il avait les mains dans les poches, m’attendant devant sa voiture. Ses cheveux toujours en bataille et ses lunettes noires lui donnaient un air d’intello détaché qui me plaisait particulièrement. Un gamin qui avait réussi, c’était l’impression qui lui collait aux os. Et on peut dire que ça avait le don de me charmer…
– Bonsoir Viktorina, dit-il avec ce « r » particulièrement prononcé en langue française.
– Excuse-moi de t’avoir fait attendre. Peux-tu d’abord m’emmener poster ceci ?
Un peu tendue, je lui montrai la lettre. Je voulais absolument qu’elle parte le plus tôt possible ; elle mettrait déjà quelques jours à arriver. L’enveloppe glissée dans la grosse boite rouge, nous pouvions enfin partir pour cette soirée romantique.
*
De là où je venais, le restaurant dans lequel les jeunes hommes rêvaient d’inviter leur petite amie n’était autre que le Mac Donald ! Il y en avait cinq dans la capitale et devant chacun d’eux toujours une longue file d’attente d’amoureux impatients de pouvoir s’offrir un hamburger. Cela peut paraitre incroyable, mais le Mac Do’ était le symbole par excellence de la réussite. Un employé devait assurer la sécurité devant cet endroit les jours de fête. Pour la Saint-Valentin entre autres.
Dès lors, j’avais du mal à imaginer comment expliquer le décor de La Gloriette à babouchka. Le charme de cet intérieur, de ces tables sobres et élégantes, de ce plafond si haut, inaccessible, qui m’intimidait toujours. Le genre d’endroit où, ébahi, on se contente de sourire poliment, attendant la carte des menus, pour s’y plonger et reprendre là sa respiration.
La première fois que Thomas m’avait présenté La Gloriette, c’était un jeudi soir. Le contexte était différent. Il n’y avait personne dans le restaurant. Les tables étaient dressées, certes, mais le calme des lieux et les rencontres dans les cuisines m’avaient mise plus à l’aise. Ce soir-là, il avait décidé de m’emmener à un cours de cuisine. Il était passionné. Personnellement, je n’avais ni les manières, ni le raffinement qui étaient de mise, mais Thomas m’avait juré que cette expérience me plairait. Je savais qu’avec lui, je devrais faire beaucoup d’efforts : me mêler à un autre milieu, essayer de parler correctement français, ne rien divulguer sur moi.
C’était un rendez-vous très spécial. Il avait prévenu Olivier (le patron du restaurant) que je l’accompagnerais à ce cours. On était neuf, répartis en trois équipes : entrée, plat, dessert. Les recettes en main, on descendait alors dans les cuisines pour se mettre au travail. J’étais séparée de Thomas, il se trouvait au plat, tandis que j’étais à la réalisation du dessert. J’étais intriguée qu’il m’invite à passer une soirée où nous serions chacun de notre côté. Mais au final, j’avais adoré ce moment. Tout le groupe était très sympathique, l’ambiance était bon enfant. Le chef et son second vérifiaient nos gestes, et nous guidaient dans les tâches moins simples.
M’appliquant au maximum, j’avais tout de même réussi à faire de belles gaffes. La première avait été de verser la farine en trop grande quantité et de voir les chiffres sur la balance s’arrondir et s’engraisser. À l’aide d’une petite cuillère, j’avais alors dû retirer progressivement ce qui était en trop. Dès le pesage, c’était certain, je n’aurais pas une image de bonne élève ce soir ! La deuxième bêtise s’était déroulée avec un appareil dont je n’avais apparemment pas compris le fonctionnement puisqu’il s’était retrouvé couvert de jus d’orange… Ou encore en n’ayant pas le coup de poignet idéal pour réaliser des meringues ni trop petites ni trop grandes ni trop… Et il y en avait eu bien d’autres ! Ma maladresse devenait légendaire. Heureusement que ces incidents avaient été des occasions pour rire de bon cœur ! Je me rendais compte que j’attirais l’attention, mais que tous les participants s’empressaient de m’aider. Il n’y avait aucune raison d’être mal à l’aise ! Thomas gardait d’ailleurs un large sourire sur le visage à chaque fois que je me faisais remarquer.
Le malaise avait pourtant repris quand j’avais vu l’ingrédient principal de notre dessert : un potiron… Au début, j’avais cru à une blague ou à une erreur. Le potiron devait forcément se trouver sur le plan de travail de l’équipe qui préparait l’entrée, non ? Du potiron, on en fait du potage, pas vrai ? Eh bien, pas toujours ! Nous allions préparer un dessert au potiron. Ça existe ! J’étais soulagée que d’autres soient étonnés au même titre que je l’étais. Si ces personnes savaient que le seul dessert que j’aie jamais réalisé était une mousse au chocolat…
Durant le cours, je m’étais surprise à avoir les mains baladeuses… Je touchais à tous les plats pour sentir leur texture. Je trempais mes doigts pour goûter avant même que ce soit prêt. Je virevoltais, sans honte, et m’appropriais chaque miette, chaque goutte qui me passait sous la main. J’avais découvert cet érotisme culinaire qui donne à la langue d’infinies sensations.
Thomas m’aurait proposé, ce soir-là, qu’on passe la nuit à deux, je l’aurais certainement dévoré, avide de redécouvrir l’éveil de mes sens ! Comme un élan, comme une overdose et une envie de plus. Toujours plus. Rester dans cet univers parallèle où les sens sont maitres et nous conduisent à l’excès. Du plaisir, autrement. Un appétit développé, criant au prestige des papilles. Chaque bouchée était un baiser donné, une caresse interdite.
