Prier sans cesse - Jean Cassien - E-Book

Prier sans cesse E-Book

Jean Cassien

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Beschreibung

« Priez sans cesse ». L’invitation du Seigneur a toujours résonné dans le cœur des moines et des chrétiens comme un idéal. Il ne s’agit bien sûr pas de dire des prières continuellement, mais, comme Cassien nous l’apprend dans une fine analyse, à demeurer dans un état de prière, une disposition intérieure qui est un dialogue perpétuel avec le Seigneur. Cela ne peut se réaliser, bien sûr, que si toute notre existence tend elle-même à cette communion, quand nous l’aurons établie sur ce fondement qu’est l’humilité. Car comment rester uni à Dieu en pensée et de cœur, si nos attitudes contredisent cette communion ? Tout ce qui nous ramène à notre moi ou aux possessions égoïstes constitue ici un obstacle majeur. Cassien détaille ensuite les quatre formes de prière dont parle l’Apôtre Paul : demandes, souhaits, supplications, actions de grâces (1 Tim 2), mais pour revenir au but que poursuit sans cesse tout croyant authentique : la pureté du cœur qui seule permet l’union à Dieu. Le commentaire du « Notre Père » qui suit, est l’occasion de mettre en œuvre ces principes de base. En entrant dans l’attitude filiale que cette prière parfaite nous communique, nous réalisons le but de toute vie chrétienne : devenir un avec le Fils, comme le baptême nous en a ouvert la possibilité. Et, soyons en assurés, Dieu écoute toujours nos prières, même si nous ne sommes pas parfaits.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Jean Cassien est mal connu. On ne sait si le nom de Jean lui fut donné à son baptême ou quand il devint moine, ni s'il naquit en Dobroudja (Roumanie) ou en Provence. Il est certain que, très jeune, il fut moine à Bethléem. Vers 385 il partit pour l'Égypte avec un fidèle compagnon, le prêtre Germain, et il y passa une quinzaine d'années. Vers 400, il se rendit à Constantinople, où Jean Chrysostome l'ordonna diacre. Durant les persécutions que subit ce grand saint, Cassien se montra son disciple fidèle et reçut de son maître une mission à Rome. Il semble que Cassien revint en Orient et que, vers 415, après une seconde mission à Rome, il s'établit à Marseille où il fonda deux monastères, SaintVictor pour les hommes et Saint-Sauveur pour les femmes. Il composa vers 417 les Institutions cénobitiques, puis ses célèbres Conférences ou Collationes et composa un traité sur l'Incarnation, contre Nestorius, patriarche de Constantinople. Il mourut vers 435.

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Seitenzahl: 87

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Prier sans cesse

Conférence sur la prière

Prier sans cesse

Conférence sur la prière

La collection

La Manne des Pères

Collection dirigée

par Sœur Marie Ricard,

Bénédictine de Martigné-Briand (49)

La liste des ouvrages déjà parusse trouve en fin de volume.

TEXTE SOURCE

Conférences spirituelles de J. Cassien

éditées par dom ­E.  Pichery dans la collection Sources ­Chrétiennes N° 54 (Paris, Cerf, 1958).

[La Conférence éditée ici correspond à la Conférence 9, sur la prière.]

Mise en français fondamental :

P. Christophe Vuillaume, o.s.b. (Mahitsy, Madagascar)

INTRODUCTION et JALONS

P. Christophe Vuillaume

Un « Livret général », donnant des repères historiques,est édité à part et offert pour l’achatd’un exemplaire de la collection La Manne des Pères.

À demander à votre libraire.

Il est aussi téléchargeable sur :

saintlegerproductions.fr

dans l’espace La Manne des Pères

CARTE

Égypte monastique

TEXTE SOURCE

Conférences spirituelles de J. Cassien

éditées par dom ­E.  Pichery dans la collection Sources ­Chrétiennes N° 54 (Paris, Cerf, 1958).

[La Conférence éditée ici correspond à la Conférence 9, sur la prière.]

Mise en français fondamental :

P. Christophe Vuillaume, o.s.b. (Mahitsy, Madagascar)

INTRODUCTION et JALONS

P. Christophe Vuillaume

Mais ne pouvons-nous pas prier sans nous décourager ?

Quand on veut, on peut.

Et le Seigneur nous promet de nous donner

tout ce que nous demandons.

Alors, n’hésitons pas à prier.

Nous en sommes sûrs, quand on tient bon,

on reçoit tout ce qu’on demande,

si c’est ce que Dieu veut.

Le Seigneur nous pousse lui-même à insister,

parce qu’il veut nous donner les biens éternels du ciel

Conférence § 34

Jean Cassien (ca. 360-435).

INTRODUCTION

Qui est Jean Cassien ?

Sa vie

Né vers 360, dans un pays incertain, mais proba­blement en Europe centrale1, Jean Cassien est issu d’une famille suffisamment riche pour lui donner une éducation solide selon le programme des études classiques du temps. Il est probable qu’il ait grandi en Gaule provençale, région où l’on parlait le grec et le latin, deux langues qu’il possède bien.

Vers 17-18 ans, il part avec son ami Germain pour la Palestine (actuel Israël) pour « se former à la milice spirituelle », c’est-à-dire à la vie monastique. Il séjourne pour cela dans un monastère cénobitique à Bethléem pendant environ deux ans, avec son ami Germain. Il reçoit là une première formation à la doctrine chrétienne et à la vie spirituelle.

Très vite attirés par la solitude et une vie monastique plus exigeante, les deux amis obtiennent la permission, contre une promesse de retour qu’ils ne tiendront pas2, d’aller s’instruire dans les monastères d’Égypte, alors réputés pour leur excellence. La rencontre avec Abba Pinufe, venu se cacher dans leur monastère pour fuir la célébrité, a incité les deux jeunes moines à tenter cette expérience. La célébrité des moines d’Égypte, la rigueur de leur discipline et l’élévation de leur vie spiri­tuelle expliquent aussi l’attirance qu’ils exercent sur Cassien et Germain, comme sur bien d’autres.

Les deux jeunes frères habitent quelque temps dans plusieurs monastères égyptiens au bord de la Méditerranée et y reçoivent un premier ensei­gnement, en particulier d’Abba Jean et d’Abba Pinnule, proba­blement à Panéphysis3. Mais, entendant parler des solitudes du Sud de l’Égypte, nos deux pèlerins se rendent à Nitrie et à Scété, deux grandes et célèbres colonies monastiques. Là, ils reçoivent l’enseignement de Pafnuce, supérieur d’une des fondations de Macaire l’Égyptien et Abba Moïse, supérieur à « tous, par le ­parfum plus suave de son ascèse et de sa contem­plation »4. À Nitrie, Cassien a sans doute fréquenté Évagre le Pontique5 dont il a retenu un grand nombre de principes spirituels. Il est probable que les deux jeunes moines soient enfin descendus jusqu’en Thébaïde dont Cassien décrit précisément les coutumes6.

Commence alors une période troublée pour Cassien et Germain. En effet, le patriarche ­d’Alexandrie, Théophyle, dénonce (vers 399) les représentations trop humaines de Dieu que défendent les moines d’Égypte avant de les chasser du pays. Beaucoup de moines partent d’eux-mêmes pour la Palestine toute proche. Cassien et Germain se rendent quant à eux à Constantinople (l’actuelle Istanbul, en Turquie) où ils sont reçus par Jean Chrysostome. Remarquant leurs qualités et leur savoir, l’évêque ordonne prêtre Germain et diacre, Cassien. Mais, obligés de ­nouveau de ­quitter la ville, en 404, ils sont chargés d’aller défendre Jean Chrysostome devant le pape Innocent, à Rome. Ordonné prêtre dans la Ville sainte, Cassien reste sans doute dans l’entourage du pape pendant une dizaine d’années. Après la mort de Germain (415), il se rend à Marseille.

Là, grâce à l’expérience qu’il a acquise en Palestine et surtout en Égypte, Cassien fonde deux monastères, l’un de moines, l’autre de vierges (ou moniales). Il meurt en 435.

Œuvre et postérité

La qualité de la vie monastique menée à Marseille par les disciples de Cassien montre assez de quel maître ils avaient reçu leur formation. Plusieurs évêques, comme saint Prosper d’Aquitaine, et papes, comme saint Grégoire le Grand, parlent de lui avec admiration et reconnaissent son mérite d’avoir apporté en Gaule une nouvelle forme de vie monastique. Son influence a été considérable surtout parce que saint Benoît lui reconnaît, dans sa Règle, une grande autorité. À travers le Moyen Âge, en passant par le xviie siècle français et jusqu’à nos jours, Cassien a suscité un vif intérêt pour sa synthèse ascétique et spirituelle inspirée de l’Orient monastique.

Cassien a écrit plusieurs livres. Les plus connus sont les Institutions cénobitiques (rédigées vers 420-424) et les Conférences spirituelles (426). Les Conférences, en latin Collationes, désignent non un enseignement magistral, mais des entretiens familiers. Cassien y ­rapporte les colloques que Germain et lui ont eus avec les Anciens (les Abbas7). On est dans la droite ligne des Pères du Désert8.

Le but des Institutions est d’enseigner comment vivre dans les communautés monastiques. C’est donc un texte plutôt pratique, alors que les Conférences expliquent longuement le développement de la vie spiri­tuelle sous sa forme intérieure. On pourrait dire que les Institutions représentent la « vie pratique » (l’ascèse), première étape de la vie spirituelle selon le schéma d’Évagre et de Cassien, tandis que les Conférences enseignent les voies de la « vie théorique » (théoria ou contemplation), étape supérieure de l’itinéraire spirituel.

L’itinéraire de la vie spirituelle d’après les conférences

Dès la première conférence, Cassien établit clairement quel est le but de la vie du moine : le Royaume de Dieu, parfois appelé Royaume des cieux ou Règne de Dieu. Mais il ne s’agit pas d’abord ici du Royaume que Dieu établira définitivement à la fin des temps. Pour Cassien, en accord avec la prédication de Jésus lui-même, le Royaume est déjà inauguré, il est « au milieu de nous » (Luc 17, 21), même si son accomplissement total et définitif est encore à venir. C’est donc une ­réalité avant tout intérieure. Ainsi, l’homme peut dès cette vie connaître Dieu à travers la contemplation9.

Comment parvenir au Royaume ?

L’itinéraire ascétique que propose Cassien est essentiellement une purification. Elle découle de l’idée que Cassien (et une grande partie de la Tradition chrétienne) se fait de l’homme comme « image de Dieu » (cf. Genèse 1, 26-27), mais abîmée par le péché. L’image de Dieu est conservée en tout homme, mais la ressemblance à Dieu a été perdue par le premier péché. Toute la conversion consiste donc à retrouver ce qui a été perdu par Adam par un effort de libération des tendances de l’homme contraires à sa vraie nature10. Le but est de devenir un homme spirituel selon Dieu. L’homme spirituel, dont l’Apôtre Paul a déjà parlé, a le cœur purifié (cf. 1 Corinthiens 2, 15 ; 15, 46 ; Romains 8, 5). S’il a le cœur pur, il a en lui la charité qui est aussi « science spirituelle », c’est-à-dire vraie connaissance personnelle de Dieu11.

Ici, il ne faut pas se tromper. Tout cet effort ascétique n’est pas une sorte de conquête de l’homme accomplie grâce à ses seuls efforts ou à ses connaissances. Tout le but de l’ascèse consiste seulement à s’ouvrir au ­travail de l’Esprit Saint en nous. Dès les premiers pas, les ­premiers désirs, c’est le secours, la grâce de Dieu qui agit en nous. Nous ouvrons la porte du cœur pour laisser l’Esprit nous sanctifier, nous rendre dociles à sa conduite, devenir « spirituels ».

Les étapes

L’itinéraire de la croissance spirituelle que propose Cassien comprend deux grands « temps ». Il reprend ici une ancienne tradition qui remonte à Origène, qu’on retrouve chez Grégoire de Nysse et chez Évagre, un des maîtres de Cassien.

Il y a d’abord ce que les Anciens appellent la « pratique » (praktikè, en grec), ou « vie active » qui n’a rien à voir ici avec l’apostolat. Il s’agit de tous les efforts qu’on peut faire dans la vie chrétienne pour chercher à avoir un cœur plus pur. C’est ce que les anciens moines appellent les « travaux ascétiques » : le jeûne, la veille, la lecture, la médi­tation* de l’Écriture Sainte, le travail continuel, la pauvreté, la ­privation et la solitude12. Mais il s’agit là seulement ­d’instruments, de purs moyens, non pas de buts en soi.

C’est ce que Cassien appelle le premier des trois renoncements de la vie monastique. Il s’agit encore ici de se détacher des choses extérieures à nous : les richesses, les choses qu’on possède, les biens matériels qui nous encombrent.

Le deuxième renoncement est nettement plus difficile, car il demande qu’on se libère de sa vie passée, en particulier des vices* et des passions de l’esprit comme de la chair13. Cassien, à la suite d’Évagre, donne une liste de huit vices qui s’enchaînent les uns aux autres : aimer bien ou beaucoup manger (gastrimargia), l’impureté, l’amour de l’argent ou d’autres biens (philargyria : avarice, convoitise), la colère, la tristesse, l’acédie (ennui et dégoût de la vie spiri­tuelle, monastique), la vanité (kenodoxia) et enfin l’orgueil qui nous assimile au péché de Satan.

Le troisième renoncement consiste à ne plus ­penser aux choses présentes et visibles, pour regarder, à la lumière de la foi (contempler), et désirer les choses invisibles et à venir.

Ces trois renoncements correspondent à l’ensei­gnement de trois livres de l’Ancien Testament : les Proverbes, ­l’Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques. Ils font aussi passer par trois « âges » ou « états » différents de la vie spirituelle. Au premier âge, l’homme est encore charnel, il est prisonnier de ses vices* (cf.1 Corinthiens 3, 2). Puis, il passe à l’âge animal, encore incapable de connaître et de recevoir ce qui est spirituel (1 Corinthiens 2, 14). Enfin, il parvient à l’âge spirituel où « il juge de tout et n’est jugé par personne », selon l’enseignement de l’Apôtre Paul (1 Corinthiens 2, 15).

Cassien utilise aussi des images plus parlantes pour parler de ces trois étapes. Dans la première, l’homme est encore comme un esclave