Prison pour Innocent - Justine Bourgeot - E-Book

Prison pour Innocent E-Book

Justine Bourgeot

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Beschreibung

Dophinia est une jeune dauphine âgée de deux ans, vivant au cœur de l’océan Pacifique, avec sa famille composée de six individus. Nageant en toute liberté dans ces eaux qu’elle aime plus que tout, elle se fait capturer par les humains et se retrouve dans un delphinarium. Après une séparation difficile et un long voyage, elle devient captive d’un bassin avec deux autres dauphins venant de contrées lointaines. La communication s’avère impossible, car aucun d’eux ne parle la même langue.
La jeune dauphine, qui a toujours connu la solidarité des siens, va devoir rapidement s’adapter à cet asservissement où le quotidien est rythmé par l’apprentissage des tours qu’elle effectue pour pouvoir manger, et les spectacles qu’elle doit exécuter devant des humains hystériques.
Comment des êtres vivants peuvent-ils autant s’amuser de sa servitude ? A-t-elle le moindre avenir avec ces humains ? Et surtout… Comment s’échapper ?

À PROPOS DE L'AUTEURE

Justine Bourgeot est une jeune femme de 26 ans née à Clamecy et ayant vécu toute sa scolarité dans cette petite ville. À 14 ans, elle commence ces études en animalerie pour ensuite devenir vendeuse en animalerie sur Auxerre à l’âge de ses 22 ans. Passionnée d’animaux et de littérature, elle cherche à sensibiliser à travers des romans émouvants sur la condition animale.

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Seitenzahl: 233

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Justine BOURGEOT

Prison pour Innocents

Roman

Cet ouvrage a été composé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traductionintégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN papier : 978-2-38157-075-4ISBN Numérique : 978-2-38157-076-1

Dépôt légal : 2020

© Libre2Lire, 2020

Chapitre 1 : L’océan pacifique

Avez-vous déjà plongé dans les profondeurs de ce magnifique océan, que les humains nomment le Pacifique ? À première vue, en plein ciel, les profondeurs ont des apparences obscures, mais en descendant plus bas, on peut y découvrir de multiples couleurs, des centaines, voire des milliers de poissons, tous plus colorés les uns que les autres. Orange, bleu, jaune, rouge, on en prend plein les yeux et lorsqu’on se rapproche du bord, on découvre un récif corallien époustouflant, regroupant sur les pierres vivantes, des coraux offrant refuge pour tous types d’individus microscopiques, ainsi qu’un équilibre parfait à ce monde sous-marin.

Prenez attention sur votre ouïe et vous pourrez entendre des bruits venant de tous les côtés. Avec attention, vous auriez la possibilité d’écouter le chant des baleines vous bercer avec douceur et mélodie, telle une chanson rassurante. Au rythme de ses chants, vous feriez qu’apprécier cet instant de paix. La nuit, les vagues offrent détentes, permettant alors relaxation et repos, pendant que la pleine lune, blanche et parfaitement ronde, éclaire cette nuit noire, donnant une vision claire de notre environnement, veillant sur nous tel un ange. On peut y ressentir un profond sentiment de sécurité.

Alors que la lune, d’une pureté totale et bienveillante, disparaît, pour laisser le jour éclairer ses fameuses mille couleurs dissimulées la nuit aux yeux des plus nombreux, c’est un soleil réchauffant qui apparaît, lequel vient combler le ciel de ce vide procuré par la lune, laquelle est partie se reposer, pour ainsi nous surveiller et nous protéger de nouveau les nuits prochaines. Cet astre met en valeur la couleur azurée de l’eau, mais aussi les gouttes projetées dans l’espace, reflétées par celui-ci. Celles-ci ressemblant dorénavant à des cristaux brillants de mille feux dans cet univers au-dessus de nous.

Dans cette magnifique étendue d’eau, contenant à elle seule, un monde à part, on trouvait certes un nombre incroyable d’espèces d’animaux de toutes sortes, dont notamment un banc de dauphins composé de six individus. Des animaux splendides, respectés et admirés de tous, bondissant, avec grâce et élégance telle une danse aux cadences des vagues, rendant à la pratique de la nage un spectacle remarquable, dont l’allure forçait l’émerveillement pour tout témoin de la scène.

Ce groupe de dauphin était une union parfaite, chacun se souciant des autres, l’amour et le partage étaient les choses les plus présentes dans leurs relations, les liens familiaux étaient plus forts que tout. J’ai eu la chance de naître et de grandir parmi ses liens sociaux, incroyablement forts et dévoués. Je m’appelle Dophinia, je vis avec ma mère et je suis une jeune dauphine âgée de deux ans.

Chapitre 2 : Une journée en pleine mer

Je nage au côté et au rythme de ma mère avec attention, donnant à chaque remontée en surface, de violent coup de nageoire, telle une claque offerte sans ménagement. Éclatant celle-ci en millier de gouttelettes projetées autour de moi, sans la quitter d’une semelle, je regarde avec tendresse, ainsi qu’admiration, les figures et pirouettes, qu’elle fait à son tour à l’extérieur. Je surveille également avec intérêt les moindres faits et gestes qu’elle exerce dans ses courants calmes de ce petit matin, éclairés au loin par un doux soleil encore timide et orangé, celui-ci nous accueillant avec chaleur. Il m’est inenvisageable de m’éloigner d’elle, ne serait-ce qu’un seul instant.

Se dirigeant avec détermination dans les profondeurs de cette eau très peu connue des hommes, elle effleure du bout de son nez, avec la plus grande délicatesse, le sable. Elle recherche avec clairvoyance les petits crustacés, lesquels cherchent sans doute un moyen de se cacher des dents voraces de ma mère, laquelle, une fois qu’elle les attraperait, ne les lâcherait pas. Ouvrant mes oreilles, j’écoute les ultrasons qu’elle émet et ceux-ci viennent caresser mon ouïe avec la plus grande douceur telle une chanson me tranquillisant et me rassurant.

Cet outil est une arme redoutable, propre des dauphins, un prodige de la nature. En l’invoquant, ma mère est capable de repérer tous les petits individus enfouis sous le sable, espérant ainsi être bien protégés grâce à leurs camouflages. Nageant droit devant elle en sondant cette fine couche blanche volatile recouvrant le fond des mers : elle s’arrête net, redressant à cet instant même sa grande nageoire caudale d’une musculature impressionnante en direction de la surface pour s’équilibrer et ne plus bouger se figeant devant sa proie telle une statue attendant de passer à l’action. Restant ainsi pendant quelques secondes, elle finit par enfoncer soudainement son nez dans le sable soulevant celui-ci dans tous les sens pour en ressortir un petit poisson. Coincé entre ses dents, celui-ci se débat tant bien que mal pour tenter de s’enfuir. Immédiatement, je donne un coup de nageoire à mon tour, me propulsant rapidement malgré la force de l’eau pour me diriger près d’elle dans le but de voir ce qu’elle vient tout juste d’attraper. C’est un poisson blanc, pas plus gros qu’un crustacé, celui-ci, sachant son heure arrivée, essaye par tous les moyens de se libérer, mais hélas pour lui, ma mère ouvre rapidement la gueule et d’un coup de langue elle l’emmène à l’intérieur de celle-ci, lui permettant de se nourrir.

Regardant ce spectacle intriguée, je me dirige ensuite vers ce sable, qui est encore bien mystérieux pour moi, puisque de mon jeune âge, je suis loin d’avoir tout découvert de ce monde sous-marin énigmatique pour la plupart des êtres vivants. Cherchant à l’imiter, j’essaye à mon tour de me servir de mon ultrason, je commence à comprendre comment cela fonctionne, mais je suis encore maladroite, pour le grand plaisir de ma mère, qui ne cesse de se rire de moi, alors qu’au même instant, elle est en train de me rejoindre. Posant mon regard sur elle, nous nous redressons vers la surface, admirant le reflet de l’astre flamboyant dans le ciel étouffé par l’épaisseur de l’eau, d’un bref coup de nageoire et en parfaite synchronisation, toutes les deux, nous remontons les profondeurs qui nous séparent de la douce chaleur des rayons qui bientôt toucheront notre peau lisse et délicate.

Alors que je remonte, je sens avec un profond plaisir, l’eau me caresser la peau, nous sommes en parfaite communion avec celle-ci, je vois déjà la surface se rapprocher de moi et petit à petit, les rayons deviennent de plus en plus intenses, de plus en plus éblouissants. En parfaite symbiose avec ma partenaire de nage, nous bondissons hors de l’eau, provoquant autour de nous d’immenses vagues menaçantes, nous offrant une sortie vers le monde extérieur, permettant également de prévenir toutes les créatures autour que nous venons tout juste d’arriver. Ouvrant mon naseau placé sur le haut de mon crâne, rendant possible l’accès à mes poumons, je profite de ce moment pour prendre une profonde inspiration, laissant l’oxygène rentrer avec vivacité, me donnant ainsi un nouveau souffle. Au même instant, je ne peux m’empêcher de tourner mon attention vers ma mère, l’admirant avec douceur. Je la trouve magnifique, sa nageoire incroyablement bien musclée, des propositions parfaites, des yeux de biche recouverts de bienveillance, d’amour et de tendresse, veillant toujours sur moi, sur ma sécurité. Pour elle, le plus important, c’est que je sois en pleine forme et heureuse. J’ai à mon tour, un amour démesuré pour sa personne, je ne me voyais pas vivre sans elle, pour moi tout était déjà écrit, je vais passer le reste de ma vie avec elle.

Toujours observatrice, je suis admirative de sa faculté à contrôler ses capacités, je ne peux m’empêcher de profiter de ce moment pour m’enrichir de ses conseils :

— Maman, tu as mis combien de temps à réussir à te servir de ton radar ? demandais-je, avec espoir qu’elle m’éclaire sur cet organe dont j’ai peine à me servir.
— Oh, tu sais, tu es encore jeune, il te faudra encore beaucoup d’entraînement pour y arriver, mais je suis là aussi pour t’apprendre. Tu as encore beaucoup à découvrir que ce soit pour ton radar ou pour la chasse en elle-même, tu es encore si jeune… Me répondit-elle avec sa bienveillance légendaire.
— Oui, mais j’aimerais, moi aussi, pouvoir savoir chasser et rapporter au banc autant de poissons que toi.
— Tu verras, tu y arriveras bien plus vite que tu ne le penses. 

Sans attendre mes prochaines innombrables questions, elle prend une profonde inspiration, stockant un maximum d’oxygène, lui tolérant ainsi de subsister quelques heures dans les abysses. Immédiatement, ne souhaitant pas être loin d’elle, je l’imite et descends à mon tour, traversant une colonie de milliers de poissons gris passants au même moment, me chatouillant le corps à leur traversée. Je suis ma mère qui se dirige d’un coup de nage décidée vers le reste de mon clan retiré à quelques mètres de nous. Ce clan regroupe ma mère, moi, mon père qui est le chef du banc, un dauphin très âgé se trouvant incapable, aujourd’hui, de chasser seul, ainsi qu’une autre femelle dauphine actuellement partie à la chasse et enfin son jeune fils resté avec mon père.

Ce vieux dauphin, de quelques années maintenant, pour qui j’ai une affection sans limites, est le patriarche du banc, toujours de bon conseil, sage et rempli de maturité, il est l’un des piliers du groupe. Avec l’autre jeune dauphin, à peine plus âgé que moi, nous aimons passer des heures à écouter ses histoires, sur la mer, mais aussi sur ses aventures passées. Nous nous dirigeons à sa rencontre lorsque ma mère arrive à son niveau, elle recrache alors le crustacé qu’elle avait attrapé peu de temps avant et lui donner avec douceur.

Ma mère m’a toujours appris qu’il est important de partager ce que l’on possède avec les membres de notre famille et qu’en cas de besoin, les nôtres aussi feraient la même chose à notre égard. Au moment où elle et le vieux dauphin échangent avec tendresse et affection, mon père sonne le rappel. Je ne peux m’empêcher de donner un coup de nageoire violent et précipité dans le but de les rejoindre le plus vite possible, une fois aux côtés de celle qui m’a donné la vie, elle pose un regard tendre sur ma personne, alors qu’au même instant nous sommes rejoints par la femelle partie chasser. Enfin, au complet, le groupe démarre et tout le banc se met à suivre mon père.

Se déplaçant au rythme du courant, lequel vient toucher notre peau, nous offrant mille caresses contenant à eux seuls, bienveillances, douceurs et plaisirs, mais cependant nous exposant à une certaine résistance que nos queues musclées doivent combattre pour avancer, je sens à cet instant des vagues encore plus fortes découler d’au-dessus. Celles-ci cherchent à freiner notre progression, je relève donc la tête pour comprendre quel est cet acteur qui cause ce remue-ménage inhabituel. Je remarque un objet, métallique, étrange, maîtrisé par les hommes. Ceux-ci appelant cet engin un « bateau ».

Notre chef tourne la tête dans notre direction, d’un regard amusé et enfantin, pour nous faire signe de le suivre.

— Allons le rejoindre, nous fit-il d’une voix ferme, émanant à la fois détermination, excitation et amusement. 

Tous ensemble, exécutant ses ordres dans une parfaite synchronisation, nous nous engageons en direction de la surface, vers l’avant de ce bateau et au fur et à mesure que nous remontons, nous percevons les vagues devenir de plus en plus brutales, je peux même les percevoir me cajoler et la force de l’eau, dans laquelle je lutte pour nager et avancer, se transforme en une poussée folle me procurant une sensation de faciliter. M’envolant vers l’avant-cale du navire qui progressivement se rapproche de ma personne, je me retrouve à quelques centimètres de celui-ci qui navigue sur ces mers avec une grande détermination et une grande aisance, je sens le déferlement de l’eau me propulser au-devant de celui-ci. Sans aucun effort de ma part, une impulsion incroyable me prend de toute part et sans pouvoir y résister, je m’élance dans les airs et je bondis de tout mon être à l’extérieur laissant librement le métal flottant me diriger.

La sensation, qui m’envahit de toute mon âme, est tellement incroyable qu’il est compliqué de l’expliquer, c’est comme si je suis allégée du poids de l’eau, comme si tout d’un coup je n’ai plus aucun effort à fournir pour évoluer dans ses courants. Comme éjectée en dehors de l’eau, je saute avec toute ma ténacité, un sentiment de divertissement m’abreuve et je ne parviens pas à contester la cupidité de batifoler avec ces flots, si agréables, qui ne cherchent qu’à m’encourager dans mon avancement.

Alors que je folâtre, ma vision est altérée par ma communauté. Je décèle instantanément que tous endurent strictement la même émotion que moi, j’assiste aux différentes élévations et prouesses de ma mère, prenant scrupuleusement la même jouissance que moi. Mon père, meneur du groupe, abandonne, le temps d’un instant, ses responsabilités et redevient un dauphin espiègle qui arrose le vieux dauphin en guise de sournoiserie. Celui-ci faiblement à l’égard, suit le groupe comme s’il a de nouveau notre âge, exploitant ce nouvel état au maximum. C’est une vraie partie de jeu et de béatitude qui s’exposent à nous.

Une bonne heure défile, alors que nous nous divertissons avec l’ardeur de la mer causée par la présence de l’embarcation. Celui-ci conservant néanmoins sa destination sans prendre le temps de se soucier de notre compagnie, mais qui nous fait bénéficier d’un temps d’accalmie face à la robustesse de l’eau, laquelle désire, sans cesse tester notre robustesse. En réalité, la nage n’est rien d’autre qu’une danse avec l’océan, lequel malgré sa grande puissance, garde toujours un œil indulgent face à ses enfants qui vivent dans ses eaux profondes. Ce temps de paix, m’a également apporté un peu de repos, cependant le crépuscule, déjà montre son arrivée, offrant une couleur orangée unique et incroyablement spectaculaire, c’est un paysage effarant auquel j’ai eu l’aubaine de participer, les nuages mutent et se transforment en couleur violâtre, la nature est étonnamment énigmatique. Je ne me lasse jamais de ces décors, mais bien que j’affectionne particulièrement ses multiples coloris qu’on peut observer autour de nous, ceux-ci disparaissent peu à peu pour laisser place à l’obscurité qui déjà, prend paisiblement la place au jour. À ce moment-là, mon père se tourne vers nous :

— Il est temps de rentrer maintenant, dit-il d’un ton presque déçu.
— Non papa, j’ai envie de continuer de jouer, répondis-je avec déception à mon tour, je batifolais tellement que je n’avais qu’un souhait c’était de prolonger ce moment avec ce bateau qui avait l’air indifférent de notre présence et ne protestait pas.
— Nous reviendrons bientôt, reprit-il.

À ces mots, mon père prend une profonde inspiration, lui consentant ainsi de subsister plusieurs heures sous l’eau et s’oriente vers les profondeurs du Pacifique, déjà il se dissipe de mon champ de vision et je sais que toutes mes revendications seraient une initiative vaine. Je prends toute mon attention vers ma mère qui me stoppe directement, m’obligeant instantanément à me taire.

— Non ma chérie, la nuit arrive et il faut se mettre à l’abri des requins. 

À son tour également, elle prend une intense inspiration et braque tout son corps en direction des profondeurs si mystérieuses de l’océan dans le but de renouer avec tous ces spécimens marins, lesquels sont visibles seulement des plus chanceux. Résignée, je me décide enfin à l’imiter, plonge ma tête sous l’épaisseur de l’eau et me retrouvant perpendiculaire à celle-ci, dans un puissant battement de nageoires, je me fonds dans l’étendue des abysses regagnant ainsi mon banc qui ne s’est gère éloigné. La séparation est pour moi quelque chose d’inenvisageable, j’ai toujours le besoin d’éprouver la sensation que je ne suis pas loin d’eux. Pour cause, la solitude est une épreuve vulnérable pour tout dauphin, se retrouvant seul face à l’attaque des différents prédateurs, la mer étant à la fois un paradis, mais aussi un monde dangereux dont il est imprudent d’en ignorer les dangers. De nouveau dans les abysses, ayant désormais abandonné ce navire à son destin, pour mon plus grand regret, les courants d’eaux chaudes venant du Sud redeviennent de plus en plus difficiles sous l’avancement, de nouveau j’ai besoin de donner de puissants coups de nageoire pour pouvoir progresser, ne glissant plus sur celle-ci comme précédemment grâce à cet appareil robuste et téméraire.

Me retrouvant au côté de ma mère, nous suivons notre père qui nous amène près d’un rivage, lequel sera comme à notre habitude, notre refuge pour la nuit. Nous dormons ici, si on peut dire, puisque nous ne sommes jamais vraiment en sommeil total, toujours à l’écoute de ce qui nous entoure, mais aussi à l’affût de tout prédateur pouvant prétendre nous vouloir du mal et prendre le risque de nous attaquer durant notre assoupissement. Un individu du banc est désigné par le chef pour la nuit, pour veiller sur nous pendant que nous nous reposons, nous permettant ainsi d’être rassurés et de pouvoir complètement nous détendre durant notre somnolence.

Nous sommes à peine arrivés sur notre lieu de repos que certains membres de notre clan ont déjà trouvé le sommeil. Ma mère, quant à elle, est en surface. Je la rejoins et la regarde avec curiosité et intérêt, me demandant ce qui peut bien la captiver autant.

— Tu regardes quoi maman ? demandais-je.
— Je regarde les étoiles, répondit-elle avec tendresse dans sa voix.
— Pourquoi brillent-elles autant ? repris-je sans comprendre l’intérêt des étoiles.
— Parce qu’elles veillent sur nous et nous guident lorsque le soleil ne peut plus le faire, elle posa un regard plein de tendresse sur moi, quand tu es perdue, suis-les, elles sauront toujours te guider vers ta famille.

Je regarde ma mère avec idolâtrie et adoration. Ce moment si particulier et intime que nous sommes en train de passer ensemble, réveille en nous une folle envie de démonstration d’affection et c’est ainsi que toutes les deux, nous nous frottons l’une contre l’autre, nous témoignant le plus grand des attachements que nous éprouvons entre nous. Ces marques d’attachement sont très importantes pour nous, elles sont même vitales, sentir le corps de la personne qu’on aime contre nous est le plus beau des privilèges, jamais je ne pourrai vivre sans cette proximité dont je peux bénéficier avec cet être si important à mes yeux, mais aussi avec chacun des membres de ce groupe. Pour nous, toutes les marques d’affection sont un moyen de nous rapprocher et de fusionner. Nous sommes tous extrêmement proches les uns des autres et après une dernière marque d’affection, ma mère et moi redescendons rejoindre le reste du groupe pour nous rassembler avec eux et nous reposer, attendant patiemment, le retour du soleil, promesse d’une nouvelle journée parfaite. J’aime cette vie et par-dessus tout, je n’ai qu’une envie pouvoir continuer à vivre parmi cette famille que j’aime tant.

Chapitre 3 : Une capture au grand large

Le soleil se lève majestueusement sur cet océan, étalant au plus nombreux la féerie que peuvent procurer ses rayons lorsque ceux-ci viennent toucher la surface de l’eau pour réchauffer celle-ci avec la plus grande des générosités. Malgré le fait que nous vivons parmi ces eaux, je sais qu’ils cachent encore d’innombrables secrets, mais je n’ai qu’une seule motivation c’est de les percer au grand jour et par conséquent, chaque nouvelle journée est une fête pour moi, car c’est l’occasion de me mettre au travail. Petit à petit, chaque membre du groupe s’éveille paisiblement au chant des mouettes lesquelles viennent, tel un réveil naturel, nous rappeler que la vie doit se réanimer. Tous se mettent à se câliner, les uns les autres, avec une montagne d’émotion, ravis de se revoir, comme si, durant leur sommeil, ils avaient été séparés pendant une longue période et que tout d’un coup, ils viennent de se retrouver. Mon père d’ailleurs, ne se prive pas, pour mon plus grand bonheur, pour venir me cajoler de tous les côtés. Je jouis, de ce moment, pour à mon tour, lui démontrer toute mon affection et je me blottis de tout mon être contre sa personne, montrant tout l’amour que je peux avoir à son attention.

Au même moment, des chants dans le groupe se font entendre, des chants de joie, festifs, accueillants et célébrant cette nouvelle journée, pour la plus grande euphorie de tous. Ainsi, même les autres dauphins s’échangent des démonstrations d’attachement se préparant pour de nouvelles aventures. Une fois toutes ces marques d’affection données et échangées entre nous, mon père sonne le rassemblement et donc donne l’alerte pour le départ de la chasse, laquelle arrive enfin. Mon estomac me rappelle également que je dois le remplir.

— Il est temps d’y aller, les poissons ne nous attendront pas, fit mon père sous le ton de l’humour.
— Nous te suivons mon cher, la météo sera clémente aujourd’hui, nous devrions en profiter, répondit le patriarche de la famille.
— Dans ce cas, suivez-moi, ordonna avec douceur mon père qui commença déjà à nager. 

Le groupe suit donc mon père qui nage rapidement. De mon côté je reste le plus près possible de ma mère, nageant à travers les courants, flanc contre flanc, toutes les deux, nous les suivons, pour s’orienter vers le grand large croisant au même moment une baleine laquelle avance bien plus lentement que nous dans la même direction, là, où nous savions déjà que nous aurions la chance de trouver un nombre incalculable de poissons qui rapidement satisferaient notre grand appétit.

Progressant à un rythme soutenu, je ne peux qu’apprécier ce sentiment de béatitude que me procure la sensation de cette eau vive, effleurant ma peau, telle une caresse, laquelle me dorlote et m’encourage malgré sa force. Je perçois également ma mère se presser contre moi, cela entraîne parallèlement un profond sentiment de sécurité qui ne fait qu’accentuer mon impression de bien-être total. J’entends le chant de la baleine, déjà loin derrière nous, qui m’enthousiasme, offrant à ma nage sous-marine de légères figures d’excitation pouvant être décrites comme une danse, me motivant ainsi à aller encore plus vite pour pouvoir rejoindre l’emplacement de nos proies et festoyer avec mon banc.

Nous avons quelques kilomètres à parcourir pour rejoindre ce fameux banc de poissons qui nous attend, ce qui malgré la distance, me réjouit. Personnellement, j’adore nager et j’aime donc cet instant si exceptionnel à mes yeux.

Le courant d’eau chaude venant du Sud rend la température de l’eau idéale. Certains d’entre nous s’amusent à freiner la progression des autres de manière espiègle, la traversée se fait dans une ambiance divertissante et joyeuse. Rien ne semble nous arrêter dans notre avancée, cependant, un filet placé au milieu de nulle part, arrête mon père dans sa progression. Stoppée à mon tour, je ralentis ne comprenant pas ce que cela signifie, ma mère, quant à elle, arbore un regard tout aussi confus avant de se diriger en surface. Inquiète et prise en otage par la curiosité, je l’imite souhaitant connaître les raisons de notre arrêt.

— Que se passe-t-il maman ? demandais-je avec beaucoup d’inquiétude dans ma voix.

Tout cela est anormal, jamais nous n’avons été stoppés ainsi.

— Je ne sais pas mon ange, me répondit-elle aussi inquiète que moi. 

Je reste en surface, le plus près possible de ma mère, inquiète de la suite des évènements. Je finis par tourner mon attention sur ce qui m’entoure, pour comprendre ce qui est en train de se dérouler autour de nous. Je remarque, trois, quatre bateaux, tous de vieux navires de pêche, les coques rouillées par l’usure, c’est à se demander comment ils peuvent encore naviguer sur ces eaux. Souhaitant décrypter ce qui se passe à bord, je lève ma tête observant la scène. Je remarque que chacune des embarcations est composée d’un équipage regroupant sur chacune, une dizaine d’humains qui courent dans tous les sens, ne sachant plus où donner de la tête.

— Ne les laissez pas passer ! fit au loin un des hommes d’un ton froid qui m’en donna des frissons.

Paniqué, mon père fait le tour de ce piège qui vient de totalement nous encercler, déjà refermé derrière nous, par ce même filet, le chemin par lequel nous venions tout juste d’arriver, est dorénavant infranchissable. Plongeant sous l’eau, nageant en surface, il cherche alors désespérément une sortie, mais au fur et à mesure que les secondes s’écoulent, je remarque que les bateaux se rapprochent de plus en plus de nous refermant petit à petit la souricière.

Je regarde ces vieux cargos avec mépris et incompréhension, une profonde détresse me submerge, jamais les hommes ne nous avaient attaqués, c’est bien la première fois qu’ils représentent une menace pour nous. Que nous veulent-ils ? Que vont-ils nous faire ? Nous avions toujours navigué avec eux en bons termes, nous jouions même parfois avec eux, je ne comprends pas ce qui est en train de se passer à cet instant. Je ne quitte pas des yeux les hommes présents sur le navire, plongée dans mes observations, je sens brusquement quelque chose d’étrange me serrer la gorge.

Immédiatement, dans un mouvement de panique, je me débats, je hurle de toute mon âme, espérant attirer quelqu’un face à mon désarroi. Ma mère paniquée se rapproche de moi.

— Accroche-toi Dophinia, me dit-elle d’un ton désespéré.
— Maman, au secours, aide-moi, lui suppliais-je, avec beaucoup de terreur dans ma voix. 

Plus je tente de me débattre, plus ce lien autour de ma gorge se resserre, arrivant pratiquement à m’étrangler et à pénétrer dans ma peau. Ma nageoire caudale frappe de toutes ses forces, créant des bonds sur moi-même, éclaboussant tout autour de ma personne sans que cela ne relâche l’emprise qu’ils ont. J’essaye de plonger : pas de résultat, rien ne semble fonctionner. Soudain, j’entends au loin le cri de détresse d’un autre dauphin. Je tourne la tête et je remarque avec stupeur que c’est le jeune dauphin du banc qui vient lui aussi d’être capturé.

Il lâche un profond cri de détresse, un cri si strident que celui-ci pénétra dans mon cœur, le brisant en milliers de morceaux, tel un coup de couteau donné à l’intérieur de moi-même. J’aurais aimé me dégager et voler à son secours, mais je suis prisonnière et, hormis être spectatrice de cette scène horrible, je ne peux rien faire. Il se débat avec fureur et détermination, il tire sur le lasso, qui vient de l’attraper, dans l’espoir de la faire céder. Il continue un moment, déterminé à retrouver sa liberté. L’horreur se produit alors devant mes yeux, le lasso qui tient la tête de mon ami pénètre avec vivacité dans sa peau, s’enfonçant jusqu’à provoquer une immense entaille dans la gorge, décapitant mon ami. Sans prendre le temps de réaliser ce qui se passe, il s’est déjà vidé de son sang, c’est désormais un corps inerte et sans vie, lequel flotte à la surface.

Des hurlements de protestation se font entendre immédiatement, la mère de mon ami pleure de souffrance. Je n’arrive pas non plus à retenir mon chagrin, déchirée à la simple idée de savoir que jamais je ne le reverrai, j’entrouvre ma gueule et je laisse des pleurs déchirants sortir. Un cri de profond désespoir, un cri débordant de larmes. Paisiblement, ces pleurs se dispersent dans le banc et bientôt tous se mettent à pleurer sous le même ton, offrant un concert rempli de désolation.

Je regarde ma mère craignant le même sort que lui, posant mes yeux dans les siens, fusionnant une dernière fois avec elle, je constate qu’elle a exactement le même effroi que moi, elle s’approche avec tendresse et bienveillance, les yeux remplis de mélancolie et d’incertitude.

— Je t’aime ma fille, me fit-elle avec tout l’amour du monde, mais aussi résilience face à son impuissance.
— Je t’aime maman, répondis-je sur le même ton.