Prisonniers du sort - Julia d'Amedor de Mollans - E-Book

Prisonniers du sort E-Book

Julia d'Amedor de Mollans

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Beschreibung

Lya entame un périple dangereux et exaltant pour sauver ses amis.

Enfin, Lya sait ce qu'elle doit faire pour sauver ses amis et le mystérieux monde de Lyatora. Grâce à ce voyage à travers les différents royaumes, Lya va en apprendre plus sur elle-même et ce qui l'entoure.
Mais comment mener à bien sa quête lorsque ses amis deviennent, un à un, victimes de malédictions ? L'étau se resserre, la vérité est proche !
Entre amitié, mensonge, amour et trahison, la magie saura-t-elle faire effet ?
Les mystères de Lya n'ont jamais été aussi nombreux, suivez-là dans sa quête des reliques et de la vérité !

Découvrez le deuxième tome de cette saga fantastique addictive !

EXTRAIT

La grande Médistée venait de quitter les lieux, pourtant son aura sacrée semblait encore imprégner la salle du trône. Ses dernières paroles avaient été pour moi une prophétie. La prophétie qui m'avait menée ici, faisant de moi l'élue, celle qui sauverait Lyatora de la malédiction qui consume sa terre, son peuple, son coeur.
Cela faisait environ deux mois, deux mois que ma vie et ma conception du monde avaient changé.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Julia d'Amedor de Mollans habite dans l'Aude. A 15 ans, elle écrit le tome 1 de la série Les mystères de Lya - Au delà de la rivière. Aujourd'hui à 17 ans, elle vous présente le tome 2 de la série Les mystères de Lya - Prisonniers du sort. Quelque part entre Oksa Pollock et Harry Potter, cette jeune auteure a su trouver la porte de son univers et vous invite à le découvrir.

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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1-Macabre découverte

Une fin ? Un début ? Ce jour marquait la fin de mon initiation,le début de ma quête mais il s'agissait avant tout de marenaissance.

La grande Médistée venait de quitter les lieux, pourtant son aura sacrée semblait encore imprégner la salle du trône. Ses dernières paroles avaient été pour moi une prophétie. La prophétie qui m'avait menée ici, faisant de moi l'élue, celle qui sauverait Lyatora de la malédiction qui consume sa terre, son peuple, son coeur.

Cela faisait environ deux mois, deux mois que ma vie et ma conception du monde avaient changé.

Je venais enfin de prendre l'initiative de m'intégrer après mes deux ans de coma, chose qui ne fut pas aisée du fait que mon amnésie post-traumatique m'empêchait d'avoir accès à la moindre parcelle de souvenir. Mais à peine réussis-je à apprécier ma nouvelle vie, que je me retrouvai piégée dans un monde caché et relié à la Terre : Lyatora.

Je me souvenais encore très bien de mon réveil déboussolé à l'hôpital. Alors que je pensais tout espoir perdu de retrouver ma vie d'avant et mes souvenirs, Camélia et Roger, les gens qui m'avaient recueillie près de la rivière Lya, ont décidé de m'adopter. J'ai alors compris que je n'avais pas besoin de retrouver ma vie mais d'en fonder une nouvelle.

Cependant j'ai rapidement constaté qu'il n'était pas si facile que ça de s'adapter auprès des terriens. Ma différence s'est vite fait ressentir et je n'ai pas réussi à me faire un seul ami de toute ma scolarité.

Mais ça, c'était avant qu'Alex n'arrive. Lors de mon année de troisième, ce jeune homme a réussi à tout changer autour de moi et en moi. Pour la première fois j'avais l'impression de vraiment me sentir à ma place. J'ai aussi fait la rencontre de Sébastien, un garçon très mystérieux que j'avais appris à aimer, avant qu'il ne parte en me promettant que nos routes se recroiseraient.

Puis tout s'est gâté. Alex m'a fait entrer dans son monde et a avoué m'avoir manipulée afin que je sauve son peuple. Mon coeur meurtri n'a malheureusement pas eu le temps de se remettre de cette trahison puisqu'il m'a vite fallu faire un choix dont la vie de mon ami dépendait. Mon attachement pour le jeune homme n'avait pas disparu comme je me l'imaginais et Yasmine, la très jeune protectrice du quatrième royaume comptant sur moi, je n'avais que très peu hésité sur la bonne décision à prendre.

Un entraînement intensif s'en est suivi, durant lequel j'ai appris à maîtriser mon énergie et découvert des dons tels que "la mélodie du coeur" ou bien "ma vue cachée", ainsi que ma lame de coeur qui n'est autre qu'une épée.

Après une attaque surprise des coudas, des créatures qui se nourrissent de l'énergie des lyatois, nous avons dû quitter le repère des montagnes Gratte-ciel. Mes deux amis et moi avons rejoint le palais dans le but qu'Alex retrouve son autorité sur le premier royaume à l'aide de sa relique.

A présent, nous en étions là. Après s'être battue contre Dagydia, la créature protectrice du palais, Yasmine s'était blessée à la jambe et Alex et moi étions encore déroutés par les révélations faites par la Grande Médistée.

La vérité était que même elle qui était sensée tout savoir, était incapable de nous révéler le moyen de stopper la malédiction. Nous devions, selon elle, réunir les cinq protecteurs de chaque royaume ainsi que leur relique respective afin de munir Lyatora d'un minimum de protection. Malheureusement, cela faisait sept ans depuis l'apparition de cette étrange malédiction que les habitants de Lyatora se cachaient, éparpillés dans des repères, et les reliques, pour la plupart étaient perdues.

Nous avions cependant un indice donné par la Grande Médistée pour retrouver le grimoire recenseur, relique du deuxième royaume qui serait sans doute notre prochaine destination.

A ce moment-là, Alex et moi arpentions les couloirs du palais à la recherche de vivres ou de tout autre objet qui pourrait nous être utile durant notre quête, car nous ignorions ce qui allait nous arriver par la suite.

Alors que nous passions devant un pan de mur richement décoré de rideaux et de tentures de soie, il me sembla percevoir de faibles gémissements qui me firent sursauter de stupeur.

— A…Alex… il y a quelque chose de l'autre côté! bégayai-je en me rapprochant timidement de lui.

— Qu'est-ce que tu racontes ? souffla-t-il.

— J'ai entendu des bruits ! Il y a quelque chose de l'autre côté de ce mur, insistai-je.

Le jeune homme arqua un sourcil sceptique mais s'approcha cependant de la paroi tout en la frôlant du bout de son sceptre. Un instant plus tard, un passage se dessina dans le mur, nous révélant un affreux spectacle.

Dans la semi-obscurité de la pièce, éclairée par la simple lumière que répandait le cristal du sceptre d'Alex, nous pouvions entrevoir une vingtaine de corps, meurtris, étendus sur le sol.

Alors qu'Alex restait figé devant la scène, je me précipitai aux côtés d'une jeune femme pour vérifier si elle était toujours en vie. Je lâchai un soupir de soulagement en la voyant remuer faiblement. Après inspection, nous fûmes rassurés en découvrant plusieurs survivants, auxquels nous apportâmes quelques couvertures pour qu'ils se sentent plus à l'aise, n'ayant pas la force pas se déplacer. Nous étions affolés de les voir dans un tel état. Ils étaient incapables d'effectuer le moindre mouvement, ne serait-ce qu'ouvrir les yeux. Je me mis en quête d'indices, qui me permettraient d'expliquer leur état, tandis qu'Alex fouillait les pièces annexes.

Les meubles étaient retournés et mis en pièces par ce qui semblait être des griffures. Du sang éclaboussé tachait les murs et des cendres noires traînaient sur le sol.

— Des Coudas… murmurai-je abasourdie.

— Il semblerait en effet, répondit Alex dont je venais de constater la présence à mes côtés.

— Mais, ils sont restés sept ans enfermés avec des Coudas ? N'auraient-ils pas dû mourir depuis longtemps ? Et puis il n'y avait aucune créature de leur espèce dans le palais lorsque nous sommes arrivés.

— Je ne sais quoi te dire. Tout ceci est étrange et puis… tu n'as rien remarqué d'autre ? me demanda-t-il d'une voix tout à coup rauque.

Je lui lançai un regard intrigué avant de le reporter sur la pièce autour de moi. A part des bibelots cassés et des corps il n'y avait rien… Mon souffle se coupa lorsque je compris où il voulait en venir.

— Aucune de ces personnes n'avaient de canaliseurs sur elles !

— Exactement. Alors même en imaginant qu'il n'y ait jamais eu de Coudas dans les parages, bien que je sois convaincu du contraire, compte tenu de l'état de la salle, ces personnes devaient déjà être mortes à cause des crises d'énergie.

— Ou de faim et de soif !

— Il se trouve que j'ai justement découvert une réserve de nourriture plus loin, à laquelle elles ne semblent pas avoir touché!

— Mais alors que s'est-il passé? lui demandai-je la voix tremblante d'incompréhension.

— Je l'ignore… nous devrons le leur demander lorsqu'elles seront rétablies. Pour le moment, il faut rejoindre Yasmine, elle doit s'inquiéter de ne pas nous voir revenir.

Sans même nous retourner nous quittâmes la salle afin de retrouver Yasmine qui s'était endormie d'épuisement, ce que nous ne tardâmes pas à faire également.

Si seulement nous avions su que nous venions de laisser passer notre seule chance d'en savoir plus…

2- Minus

Un mot peut avoir bien plus d'impact que n'importe lequel desdiscours, s'il est prononcé par la bonne personne.

Le lendemain, ce fut avec désespoir que nous découvrîmes que toutes les personnes que nous avions retrouvées dans la fameuse salle, avaient succombé à leurs blessures. Il était maintenant impossible de les interroger et Alex avait beaucoup de mal à digérer cela:

— Je suis leur protecteur et je les ai laissé mourir ! aboya-t-il hors de lui.

— Tu ne pouvais plus rien pour elles ! C'était comme si elles étaient déjà mortes quand nous les avons retrouvées ! tentai-je de le calmer.

Je n'aimais pas le voir ainsi et Yasmine non plus. La petite fille s'était réfugiée dans mes bras, tandis que nous le regardions fulminer en faisant des allers-retours incessants à travers la salle du trône.

— Argh, je ne sers véritablement à rien ! hurla-t-il de nouveau.

— Mais bien sûr Alex, tu es juste le protecteur d'un royaume avec des supers pouvoirs, mais tu as raison, tu ne sers vraiment à rien ! lui lançai-je agacée.

— Même avec tout ça je ne sers à rien ! Je ne suis même pas fichu de les aider !

Il contracta les muscles de sa mâchoire et serra de plus en plus les poings, prêt à défoncer la première chose qui lui passerait sous la main. Je commençais à m'inquiéter sérieusement de son état, et je réalisais à peine à quel point cette histoire le touchait. Sans cesser de marcher, il émit des rugissements de rage et finit par se laisser glisser contre le mur en entourant ses genoux de ses bras.

Jamais je n'aurais imaginé qu'il puisse s'en vouloir autant… Il n'avait que dix-sept ans et se sentait déjà responsable de la vie de tout un royaume. A le voir si faible face à la situation, je compris que tout ceci l'effrayait bien plus qu'il ne voulait l'admettre.

Aaaaah ! Mais moi je fais quoi pour l'aider ? Je le prends dans mes bras ? Je le réprimande ? Je le secoue comme un prunier ou bien ? Je n'en savais strictement rien. Bien avant tout cela, j'aurais sûrement su quoi faire mais… le Alex qui était là à présent n'était plus celui que j'avais connu. Il n'était plus obligé de faire semblant de vouloir se rapprocher de moi. Et même s'il n'était pas si différent qu'avant, je ne savais strictement plus comment réagir avec lui. Il fallait que je fasse quelque chose, mais quoi ?

— Laisse-moi faire Lya !

— Yasmine ? murmurai-je à la fillette qui se détacha de moi pour atteindre le corps recroquevillé du garçon. Yasmine se posta devant lui, les mains sur les hanches et la mine sévère.

— Non mais tu arrêtes de faire ta crise d'ado là? ! Tu as mieux à faire que de te lamenter sur ton sort non ? Tu veux aider ces gens ? Alors remue-toi un peu et aide Lya dans sa quête et surtout… ARRÊTE DE TE COMPORTER COMME UN MINUS ! hurla-t-elle d'une voix à l'autorité insoupçonnée.

Outch ! Je n'aurais pas apprécié être à la place d'Alex… Sous ses airs de petit ange blond et de fillette innocente, Yasmine savait frapper là où ça faisait mal.

Le jeune homme leva son visage en direction de la blondinette et esquissa un faible sourire.

— Tu as raison… lui lança-t-il en ricanant.

Yasmine sembla se détendre et lui tendit sa petite main pour l'aider à se relever. Celui-ci la saisit et la tira fortement vers lui. La jeune fille tomba dans ses bras et Alex en profita pour la serrer contre lui.

— Tu as raison… répéta-t-il.

Et tout en commençant à la chatouiller, il cria sous ses éclats de rire :

— Tu as raison sur tout sauf sur le fait que je suis un minus !

— Mais… tu…tu…es… un… minus ! pouffa-t-elle entre chaque hoquet.

— Je serais toi, je retirerais tout de suite ce que tu viens de dire ! la menaça-t-il.

— En même temps elle n'a pas tort, ripostai-je en rigolant devant la scène qu'ils m'offraient depuis un bon moment à présent.

Alex stoppa alors d'un coup net ses chatouilles, et après s'être lancés un regard complice, Yasmine et lui me fixèrent, un sourire malicieux sur le visage.

Houuuuu ! je n'allais pas tarder à y passer…

Plus tard, Yasmine m'expliqua que si Alex agissait de nouveau ainsi, le surnom "Minus" saurait lui rappeler qu'il n'en était pas un, et que je ne devais pas hésiter à l'employer. A ce moment là, j'eus vraiment l'impression de ne pas les connaître aussi bien que je l'avais cru.

3-La salle des cristaux

La confiance que nous avons en nous-même, se nourrit de celleque les autres nous accordent.

Nous avions dû attendre encore quelques jours avant de pouvoir passer à la suite, étant donné que Yasmine était blessée à la jambe. Heureusement, après une bonne exposition à la lumière de notre énergie, elle se régénéra très vite. Après avoir récupéré la nourriture qui restait consommable dans la réserve, Alex scella l'entrée de la pièce dans laquelle reposaient les corps, afin que personne ne les touche avant son retour.

Tout semblait réglé et nous n'avions plus qu'à partir mais un problème restait sans solution.

— Comment allons-nous faire pour regagner le second royaume ? demandai-je alors que nous étions, Yasmine et moi, dans la salle du trône.

— Il y a bien le passage de la rivière, suggéra timidement la jeune fille.

— Mais c'est bien trop loin ! m'exclamai-je désespérée.

— Il est vrai que le royaume du savoir, ce n'est pas la porte à côté!

— Et bien détrompe-toi Yasmine ! dit Alex qui venait de nous rejoindre.

Nous le regardâmes, interloquées, en attendant qu'il poursuive.

— Il se trouve qu'un passage est caché dans le palais. Il nous permettra de rejoindre le second royaume en un rien de temps !

— Mais c'est génial ! répondons-nous en choeur.

— Si vous êtes prêtes, nous pouvons y aller dès à présent.

Ni une ni deux, nous suivîmes Alex dans les dédales de couloirs qui devaient nous mener à cette fameuse salle.

La pièce en question semblait être cachée au fin fond du palais, puisque c’est seulement après un quart d'heure de marche que nous l’atteignîmes.

Enfin Alex s’approcha d’un mur dénudé de toute décoration, contrairement aux autres, et tout en récitant une étrange formule, il exécuta des gestes complexes à l’aide de son sceptre.

Nous retînmes notre souffle quand le mur s’effaça pour nous laisser passer. Et nous ne fûmes pas déçus de découvrir dans la pièce, quatre énormes blocs de pierres énergétites disposés en cercle. Au milieu de ce cercle, se trouvait un gros trou, aussi large que les cristaux autour.

— Whaou ! s’écria Yasmine toute émerveillée.

— Ça tu l’as dit ! Mais euh, où est le passage qui doit nous permettre d’aller au second royaume ?

— Juste devant toi, déclara-t-il en désignant les cristaux.

— Je t’avoue que je m’attendais plutôt à des portes, tu sais comme pour le passage de la rivière !

— Les passages n’ont pas tous la même forme, sinon ils seraient trop faciles à trouver. Ils ont des formes communes pour se fondre dans le paysage.

— Oui, c’est vrai, une porte sous l’eau et des blocs de pierres précieuses ça passe inaperçu !

— Réfléchis, des portes il y en a partout sur la Terre mais si nous nous étions contentés de la mettre n’importe où, tout le monde aurait pu y passer par hasard.

— Il faudrait savoir, je croyais que seul le possesseur d’une relique pouvait passer !

— On n'est jamais trop prudent.

Je n’osai pas en ajouter davantage à ce sujet, vu le regard sombre qu’il me jeta. Mais rien ne m’empêchait de parler des cristaux.

— Et pour les…

— Cristaux ? Et bien si tu veux savoir, le premier royaume est le seul endroit où l’on trouve les cristaux énergétites, et il y en a un peu partout dans le palais.

— Pourtant nous n’en avons pas vu un seul, enfin à part pour la décoration.

— C’est parce qu’ils ont dû être volés après La Fuite.

— La Fuite ?

— Oui, c’est comme ça que nous appelons le moment où tout le monde a dû fuir le royaume quand la malédiction s’est propagée.

— Wahou original comme surnom… Mais sinon, pourquoi ces cristaux n’ont ils pas été volés ?

— Bon, c’est la dernière question. Maintenant, je te rappelle que nous devons partir au plus vite. Ces cristaux sont protégés par des sortilèges très puissants et tellement anciens qu’il faut des dons disparus pour les utiliser. Donc autant dire que même si le ciel s’écroulait, ils ne bougeraient pas.

— OK, donc si on utilise ces cristaux, ils nous conduiront au deuxième royaume ?

— Tu as mis du temps à comprendre mais le résultat est là.

— Passe à l’action au lieu de discuter, ajoutai-je sous le regard amusé de Yasmine.

Il passa entre les cristaux et les examina tour à tour puis il déclara :

— Vous allez rire, mais on a un problème tout bête…

— Et lequel ? répliquai-je exaspérée.

— Je n’ai absolument aucune idée sur la façon dont je dois procéder pour ouvrir le passage !

— Attends, attends ! Tu es en train de nous dire que nous avons les portes mais pas la clef ?

— Euh ouais ! On peut dire ça comme ça, mais tu crois vraiment que c'est le moment de sortir des métaphores sur le sujet ?

Je m’assis sur le sol poussiéreux, désespérée par cette horrible nouvelle qui allait faire échouer tout notre plan.

— Ce n’est pas grave, on va trouver une solution, me chuchota Yasmine d’une voix réconfortante, ça nous prendra plus de temps mais…

— Mais justement ! Le temps c’est tout ce qui nous manque, soufflai-je en jetant un regard inquiet sur la marque à mon poignet.

Il me restait à présent moins de onze mois pour convaincre les Lyatois de s’excuser auprès des créatures et de les laisser vivre normalement. A côté de cela, je devais annuler la malédiction qui pesait sur les cinq royaumes de Lyatora.

Mais maintenant tout tombait à l’eau. Si nous ne pouvions pas ouvrir le passage, il était impossible d’accéder au deuxième royaume qui était pourtant une étape incontournable de notre quête.

— Tu n’as vraiment aucune idée de la façon dont on ouvre le portail ?

— Non, en fait ma formation de protecteur n’est pas complète, je ne sais donc pas ouvrir les passages.

— Mais comment as-tu fait pour ouvrir celui de la Terre ?

— C’est Rengorn qui me l’a appris, c’était essentiel pour te ramener chez nous, m'expliqua-t-il désolé.

— Réfléchissons : les portails doivent tous avoir la même base de fonctionnement ? Comment marche celui de la Terre ?

— C’est assez facile en fait, elle ne s’ouvre qu’au contact d’une relique.

— C’est aussi simple que ça ?

— Oui, mais c’est parce que sur Terre personne n’a de relique.

— Tu devrais essayer de faire réagir les cristaux avec ton sceptre, suggéra timidement Yasmine.

— On peut essayer.

Alex s’approcha des cristaux et tenta de mille et une façons de les faire réagir, d’abord en les touchant de la pointe de son bâton, puis en lançant des sphères d’énergie, en levant haut son sceptre et d’autres choses dont je n’ai pas vraiment compris l’utilité.

Je n’osai imaginer le temps qu’il passa à tenter de découvrir la clef du passage.

— Rien ne fonctionne, j’ai beau tout essayer, ça ne sert à rien !

D'un geste de fureur, il jeta le sceptre sur le sol de pierre.

— Essaye « sésame ouvre toi ! », dis-je pour l’amuser.

— Qu’est-ce que tu racontes ? cria-t-il encore plus énervé.

— Je vois, tu ne connais pas…

— Ecoute, ce n’est pas grave !

— Bien sûr que si, c’est grave Yasmine ! Si nous ne pouvons pas accéder au deuxième royaume, notre quête s’arrête là ! s’énerva Alex.

— Ne t’énerve pas contre elle. Ce n'est quand même pas sa faute si tu ne sais pas comment ouvrir le passage !

— Qu’est-ce que tu insinues ? Que c’est de ma faute ! me dit-il furieusement.

— Ce n’est pas de la mienne en tout cas !

— C’est bien toi, la « tant attendue héroïne" qui doit sauver Lyatora ! C’est à toi de nous sortir de là !

— Parce que tu crois que je l’ai choisi ! Je te signale que c’est toi qui m’as emmenée ici et que je ne fais que risquer ma vie ! Et à ton avis pour qui je fais ça ?

Je sortis de la salle talonnée par Yasmine toute aussi déçue que moi par l’attitude d’Alex.

Mais à la seconde où je sortis de la pièce, je me retournai et la porte se referma alors sur le visage abattu du jeune homme.

— Non !

— Qu’est-ce qu'il y a ? demanda Yasmine toujours à mes côtés.

— Rien…

En fait si. Je m’inquiétais car seul Alex connaissait le « code » pour entrer dans la salle des passages. Donc s’il ne sortait pas par lui-même…

— Pourquoi Alex s’est-il énervé comme ça ?

— Tu sais Yasmine… je crois que tout ça le stresse bien plus qu’il ne le laisse paraître.

— Il est déçu de lui-même et c'est un sentiment qu'il a beaucoup de mal à gérer. D'abord tous ces morts et à présent cela…

— Nous devrions nous installer dans la chambre la plus proche de la salle, je ne sais pas combien de temps Alex restera fâché, la coupai-je avant qu'elle ne se laisse gagner par l'angoisse à son tour.

— Alors on devrait lui laisser un message, suggéra Yasmine.

Mais le pire dans tout cela était que je le comprenais. Même s’il essayait de me faire porter le chapeau, il culpabilisait car tout ce qu’il désirait, c’était se rendre utile pour la survie de Lyatora. Et l’endroit où il avait le plus de maîtrise était bien son royaume, mais même ici il ne pouvait pas nous aider. En plus il se sentait responsable de Yasmine qui avait décidé de se joindre à nous. S’il lui arrivait quoi que ce soit, il s’en voudrait à jamais.

La fillette grava alors un message dans le mur en face de la pièce des passages. Celui-ci disait : « NOUS T'ATTENDONS DANS LA CHAMBRE D’OR. »

Puis nous repartîmes toutes les deux en direction de cette fameuse chambre.

Il n’était pas difficile d’imaginer pourquoi elle portait le nom de chambre d’or. Je n’aimais pas l’or. Pour moi cette couleur représentait le superflu, les strass, les paillettes, tout ce qui ne servait qu’à nous faire briller. Les gens qui ont besoin de se faire briller n’ont pas confiance en eux.

Mais je me fichais de la couleur de cette chambre. La seule personne à qui je pensais était Alex. Et s’il restait énervé encore longtemps, nous ne pourrions pas poursuivre notre quête.

Cette nuit-là, nous avons donc dormi dans la chambre d'or, mais notre esprit obnubilé par le jeune homme tarda à trouver le repos.

4-Les rêves

On dit que la personne qui apparaît dans nos rêves, est cellequi a pensé à nous avant de s'endormir. Chaque nuit, même situ oublies, tu dois rêver de moi.

Il était là, le beau jeune homme aux cheveux corbeau, ses yeux dorés noyés des larmes amères de la culpabilité. Il se sentait inutile, il croyait pouvoir les amener en toute sécurité vers le monde qu’il désirait pour elles.

Celles pour qui il aurait tout donné.

Mais voilà qu’il s’arrêtait au premier obstacle que lui seul pouvait déjouer.

Les deux jeunes filles étaient tellement plus admirables que lui, et si chères à son coeur… Il n'était décidément pas digne d'être à leurs côtés. Seul, dans cette salle, il s’était promis de ne pas sortir sans la solution, il ne voulait pas affronter leurs regards chargés de déception.

Il allait faire comme le lui avait enseigné son maître, il allait écouter la voix des cristaux.

Haletante, je repris mes esprits. Pour la première fois, je me rappelais de mon rêve. Avais-je toujours ce genre de vision ?

— Lya, tu vas bien ?

— Euh, ouais.

— T’es toute rouge. Tu as couru ou quoi ?

— Pas vraiment… J’ai dormi longtemps ?

— Je dirais deux ou trois jours. D’après les baisses de luminosité que je ressens, j’arrive à évaluer le temps qui passe. Tu devais être très fatiguée ! Je suis allée faire un petit tour près de la salle…

— Alex est toujours à l’intérieur, n'est-ce pas ?

— Oui, tu, crois qu’il sortira un jour ?

— Bien sûr, il ne nous abandonnera pas.

— Je sais mais…

Elle partit alors en courant en direction de la salle des passages où je ne pus que la suivre.

Je la retrouvai en train de tambouriner contre le mur de la salle.

— Alex ! Sors s’il te plaît !

— Yasmine, ça ne sert à rien.

— Ne dis pas ça, on ne va pas le laisser se débrouiller tout seul ! Il doit croire qu’on le déteste !

— Ne dis pas ça non plus ! Il sait ce qu’il a à faire !

— Et qu’est-ce que tu en sais ? !

— Laisse tomber. Epuise-toi si tu veux, même si tout ce que tu as à faire c’est de lui faire confiance.

Je repartis dans la chambre, contrariée. Je n’allais quand même pas lui dire que j’avais rêvé d’Alex. C’était un peu gênant tout de même.

Pourquoi ne me rappelais-je pas entièrement de mon rêve ?

Quelque chose m’échappait: je ne me rappelais que de l’avoir vu dans la salle, je… j’avais entendu ses pensées, mais tout ce dont je me souvenais c’était la fin, il avait décidé d’écouter « la voix des cristaux ».

C’est sûr, Alex avait un plan.

Mais je me souvenais aussi de sa souffrance. Je comprenais sa douleur, même si je ne me souvenais pas de ce qui l’animait.

Il me manquait encore plus, je savais qu’il était proche mais insaisissable et le voir dans mon rêve n’avait rien arrangé.

Cela me fit repenser aux longues et interminables périodes pendant lesquelles Alex disparaissait. En ce temps-là, j’étais loin de me douter du lourd secret d’Alex.

Dès qu’il partait je me sentais seule, j’avais peur, je doutais et… Sébastien revenait. Mais Sébastien cette fois ne reviendrait pas, il ne me soutiendrait pas, il était parti, pour de bon.

Et maintenant c’était à Alex de se sentir seul, de douter et d’avoir peur.

Mais moi, ce que je ressentais, ce sentiment de ne rien pouvoir faire pour lui montrer ma présence, ce manque, cette impuissance, les ressentait-il ?

En tout cas, lui, il était au courant de tout, je n’avais pas de secrets. Pourtant j’avais l’horrible impression de me mentir à moi-même.

C’est sur ces horribles pensées que je m’endormis de nouveau ce soir-là, épuisée par mon trop plein d'émotions.

Il était de nouveau là. Le garçon qui hantait les pensées de la jeune fille sans qu’il le sache.

Elle, ne l’avait pas appelé comme l’autre l’avait fait, ce n’était pas elle qui ne dormait plus et qui campait devant ce mur qui les séparait.

Peut-être était-elle moins démonstrative que la fillette. Peut-être était-ce sa façon à elle de lui montrer qu’il lui manquait. Ça, il en doutait.

Quoi qu’il fasse, il la décevait toujours, tandis qu’elle ne cessait de l’impressionner, de se sacrifier, et d’affronter ce que lui n’était pas capable de surmonter.

Alors qu'elle n'avait fait que du bien autour d'elle, dans ce monde, Lui avait brisé le sien, en l'emmenant de force. Il ne se pardonnerait jamais de l’avoir entraînée ici, s’il lui arrivait quelque chose…

Cependant pour l’instant, il devait sortir de cette salle, mais pas avant de trouver la solution.

Il commençait, il le sentait, il ne tarderait pas à comprendre le message des cristaux…

5-Le bon cristal

Il n'y a de secret pour celui qui admet, que la richesse d'unephrase ne se mesure pas avec la complexité des mots employés,mais avec le nombre de sens qu'elle cache derrière…

Une semaine s’écoula et nous n’avions toujours aucune nouvelle d’Alex, je le voyais seulement dans mes rêves chaque fois que je m’endormais.

Je le sentais proche du but et j’espérais à chaque fois le voir revenir triomphant, avec la solution.

J’étais désespérée, mais était-ce à cause de l’absence d’Alex ou de cette impasse qui nous barrait la route ?

Je retrouvai Yasmine, devant la salle, les yeux inondés de larmes.

Je m’assis à côté d’elle en silence.

— Il va revenir Yasmine, crois-moi. Il va y arriver.

— Qu’est-ce que tu en sais, tu dis ça rien que pour me rassurer, dit-elle entre deux sanglots.

— Viens, tu as besoin de repos.

A ma grande surprise, elle se leva sans opposer de résistance et me suivit docilement dans la chambre d’or avant de s’asseoir sagement sur le lit.

— Dis-moi une chose, lâcha-t-elle d’un ton calme.

— Oui ?

— Je sais pourquoi Alex fait tout ça, mais je me demande souvent pourquoi, toi, tu veux nous aider. Après tout ce qu’on t’a fait subir…

Je m’assis à côté d’elle, et je réfléchis longuement à ce que j’allais répondre.

— Tu sais Yasmine, dans mon monde, je n’ai jamais eu de vrais amis. j’étais souvent seule. Tout simplement parce que j’étais différente, bien que personne ne sache pour mon adoption et tout le reste, les humains ressentent ces choses-là. La différence, le fait que je n’arrivais pas à m’intégrer, que je ne pensais pas comme eux, ils n’aimaient pas ça. Alors, quand Alex est arrivé, j’avais l’impression de… de vivre enfin pour quelqu’un. Et quand Alex disparaissait… j’étais perdue, c’était comme un manque, une partie de moi-même qui s’échappait, je venais de comprendre ce que voulait dire « tenir à quelqu’un ». Alors, lorsqu'Alex m’a avoué que tout ceci n’avait été qu’une mise en scène pour m’attirer ici, je me suis sentie trahie. Je voulais croire que dans notre amitié il y avait quelque chose de vrai, mais la blessure était trop profonde. Aujourd’hui encore je ne sais pas si elle est guérie.

— Mais pourtant tu n’as pas hésité à te sacrifier, pourquoi ?

— Parce que, pour la première fois, j’ai une raison de vivre, je veux gagner votre amitié à toi et Alex. Je me suis souvent demandé pourquoi j’étais revenue sur cette terre. Mais ici j’ai trouvé mon utilité! Je peux vous aider tous les deux. C’est peut être pour ça que je suis revenue. Je tiens énormément à vous et j'aimerais plus que tout que ce soit réciproque… J'aimerais tellement qu'Alex revienne, je me sens si vide sans lui… murmurai-je dans un sanglot étouffé.

— Donc tu ne nous détestes pas ?

— Non, bien sûr que non.

— Et… Alex le sait… ?

— Je…

Un bruit se fit entendre de l’autre côté de la porte que j'allai ouvrir brusquement.

— Alex ! s’écria Yasmine en sautant dans les bras du jeune homme.

— Tu…tu as…

— Oui, j’ai trouvé la solution.

Il souriait, mais des larmes pointaient dans ses yeux, même s’il pensait me le cacher, je savais qu’il avait tout entendu. J'étais tellement soulagée qu'il soit là devant moi que je ne pouvais détourner mon regard de sa silhouette. Il avait un peu maigri en une semaine, sûrement avait-il voulu ménager nos provisions comme nous l'avions fait Yasmine et moi. Mais surtout, c'étaient ses gros cernes sous les yeux qui m'inquiétaient. Il n'avait pas dû fermer l'œil afin de trouver la solution.

J'avançai d'un pas, hésitant à le prendre dans mes bras comme l'avait fait Yasmine… car bien que j'en mourais d'envie, je ne savais pas s'il m’en voulait encore pour notre dispute… Il croisa mon regard mais ne put le soutenir. Je baissai la tête pour cacher ma déception, quand tout à coup des bras m'enlacèrent. Il enfouit sa tête dans mon cou et chuchota au creux de mon oreille :

— Moi aussi je tiens à toi… je t'interdis de douter là-dessus.

Mon coeur rata un battement et je cachai mon sourire dans ses doux cheveux d'ébène.

Nous nous séparâmes peu après, gênés l'un comme l'autre, puis Alex décida de rompre le silence :

— Venez.

Il était épuisé mais tentait vainement de le cacher.

Il nous fit entrer dans la pièce qui n’avait pas changé d’un poil.

— Donc, comment as-tu fait ?

— Je me suis souvenu de ce qu’avait dit mon maître.

— Rengorn ?

— Oui, étant donné que c’est l’ancien possesseur du sceptre, il m’a tout appris comme il est de coutume. Il m’a toujours dit que si j’étais devant une impasse, je devais écouter la voix des cristaux, qu’ils sauraient me guider. Bien sûr à l’époque je n’y faisais pas attention, mais il me l’a répété tellement de fois que c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit. Et j’ai compris, c’est un don que seul le possesseur du sceptre possède, « la voix des cristaux ».

— Bravo Alex ! s’écria Yasmine.

— C’est bien joué, lui accordai-je.

— Mais ce n’est pas fini… pour vous dire la vérité, je ne pensais pas entendre quoi que ce soit, car normalement l’ouverture des passages fait partie de l’enseignement des possesseurs de reliques. Mais les créateurs des passages ont dû prévoir que ce savoir se perdrait, c’est pour ça, à mon avis que ce que me disent les cristaux, c’est une énigme…

— Génial, ils ne savent vraiment pas faire simple ici. Et qu’est-ce qu’elle dit cette énigme, râlai-je

— Attends, laisse-moi la réécouter.

Il ferma les paupières, et sa silhouette fut démarquée par une douce lumière mauve. Au bout d’un moment, il ouvrit ses yeux qui avaient perdu leur couleur dorée, ils étaient ternes et sans vie. Soudain, d’une voix désincarnée, il récita :

Qui souhaite utiliser les passagesGare à toi si tu es traîtreEt ne comprends pas ce messageIl y a cinq cristaux en ce lieuQui peuvent faire office de clefA toi de trouver celle qui le mieuxSera capable de te guider

Ses yeux retrouvèrent leur couleur d’origine et il reprit conscience.

— Qu’est-ce que ça donne ? demanda-t-il hébété.

— Des menaces si tu veux savoir. On a intérêt à bien comprendre le message à mon avis, dis-je.

— Et qu’est-ce que ça signifie ?

— C’est à toi de nous le dire, je pense.

Il réfléchit un long moment puis déclara.

— Faisons les choses dans l’ordre. La première partie nous explique que seul le possesseur du sceptre peut ouvrir le passage. Et la deuxième partie nous dit comment procéder.

— J’y ai réfléchi, elle parle de cinq cristaux, mais il n’y en a que quatre…

— Justement Lya, il faut trouver le cinquième, je pense que les autres sont des leurres.

— Tu as peut être raison Yasmine. Dans ce cas nous devons chercher le cinquième !

— J’ai déjà essayé, nous avoua Alex. J’ai fouillé la pièce de fond en comble. Mais les murs et le sol de cette salle sont en pierres ordinaires et il n’y a rien d’autre ici que ces quatre cristaux.

— Tu as peut-être mal cherché. A trois on devrait être capable d’y arriver !

Nous nous mîmes alors à la recherche du fameux cristal.

Nous avons fouillé entre chaque bloc de pierres qui formaient les murs de la salle, dans chaque coin de la pièce, sous chaque grain de poussière. Rien à faire.

— On n’arrive à rien ! Ce fichu cristal n’existe pas !

— Tu sais, le but des énigmes est de rendre compliquée une chose évidente, de l’aborder sous une autre forme, tentai-je d'expliquer. La solution doit être simple pour le possesseur du sceptre. Alors ne t’énerve pas, ok ?

— Et ce serait plus simple pour chercher si tu lâchais ton bâton, dit Yasmine, pourquoi tu le gardes dans tes mains, on ne craint rien ici, tu sais.

— C’est ça le problème, je n’arrive pas à le faire disparaître. Je peux utiliser mes pouvoirs mais impossible de le faire partir.

— C’est étrange… Passe-moi ton sceptre, lui demandai-je intriguée.

Je l’inspectai minutieusement de son manche de bois aux rayures dorées jusqu'à…

— Dis-moi Alex, la pierre de ton sceptre c’est un cristal…

— Energétite. Oui pourquoi ? Oh mais oui ! Lya tu as raison, tu as trouvé !

— Euh… je n'ai pas suivi, nous avoua Yasmine.

— On a trouvé le cinquième cristal, c’est la pierre du sceptre, c’est pour ça qu’il ne peut pas disparaître dans la salle.

— C’est bien vu ! Donc il suffit de mettre le sceptre dans la serrure ?

Nous approchâmes du trou au centre de la salle, avec la même idée en tête. Nous avions la clef et la serrure. Alex approcha prudemment le sceptre du trou.

— Attends ! Et…et si on se trompait.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Et si on faisait une erreur, rappelez-vous le message, on risque gros si on se trompe, le mis-je en garde.

— Mais enfin, c’est toi qui as trouvé la solution !

— Oui, justement, s’il arrive quelque chose, ce sera de ma faute.

Il voyait bien que je manquais de confiance en moi. Il s’approcha de moi et murmura :

— Nous, on te fait confiance.

Je fis tout mon possible pour paraître indifférente à ses paroles mais ce fut peine perdue. Ils avaient confiance en moi.

Que pouvais-je faire d’autre, à part venir avec eux près de la serrure.

Je serrai les dents tandis qu’Alex introduisait le sceptre dans l'ouverture.

Un éclair de lumière mauve illumina la pièce, nous aveuglant à moitié.

J'avais l'impression d'être un joueur de baby-foot à qui on ne cessait de faire faire des roulettes. Ou encore que je passais à la machine à laver. Ou bien que je faisais un tour de montagnes russes et que ma tête ne cessait de ballotter. Ou alors… enfin, en bref, c'était une sensation très désagréable

La seconde d’après, nous étions allongés sur l’herbe vert émeraude.

6- La véritable nature des Coudas

Quand nous sommes petits, la mort nous paraît si loin que nous pensons qu'elle ne nous atteindra jamais. Se rendre compte que nous mourons chaque seconde un peu plus, c'est un pas que nous faisons vers ce qu'on appelle "devenir adulte". Ce qui n'est, en fin de compte, que le principe de prendre conscience de la véritable nature des choses.

— On est arrivé ?

— Chut.

Une main venait de se plaquer brusquement sur ma bouche.

C’était Alex. Yasmine était cachée derrière lui, son visage déformé par la peur. J’observais ce qui se passait autour de moi, constatant que le Soleil aurait déjà dû se lever alors que la nuit persistait autour de nous.

C’est alors que je les vis, les silhouettes noires qui approchaient lentement, traînant derrière elles un voile de brume. Leurs horribles visages inhumains, comme cousus au fil impitoyable de la laideur étaient tournés vers nous avec curiosité. Une angoisse sans nom prit possession de mon corps au souvenir de mes dernières interactions avec des Coudas. J'avais frôlé la mort, une première fois par leur faute et ils avaient détruit le repère, sans compter qu'ils s'en étaient sûrement pris aux pauvres gens que nous avions retrouvés dans le palais du premier royaume. Je tremblais mais me ressaisis, nous n'avions pas de temps à perdre !

Je me levai alors, décidée à faire face aux horribles créatures.

— Lya !

— On ne va pas rester caché quand même, on a le pouvoir de les affronter. On a dû fuir le repère prématurément à cause d'eux, on ne les laissera pas une fois de plus influencer le cours de notre quête !

Yasmine se leva alors vaillamment tandis qu’Alex faisait apparaître son sceptre.

Cette fois nous étions prêts à en découdre.

Des sphères d’énergie naquirent au creux de mes mains.

Je les lançai adroitement sur les créatures qui ne cillèrent pas devant cette attaque. Je sortis alors mon épée et courus défier une des créatures.

Ma lame fendait l’air, laissant des traînées pourpres dans le ciel qui s’éclairait au rythme de nos attaques. Les mains pourvues de griffes de mon assaillant ne cessaient de s'abattre sur moi, mais j'esquivais les coups avec une agilité dont je ne me pensais pas capable. A la vue de l'intense lumière qui s'échappait de mon cristal, je compris que mon énergie n'était pas étrangère à ma rapidité hors-norme. Je me risquai à jeter un coup d’œil à mes compagnons, ce qui me valut une légère éraflure qui m'obligea à déployer un bouclier. Derrière la paroi transparente, je contemplais, fascinée, le combat que menaient mes amis.

Yasmine lançait des rayons de lumière qu'elle savait manier mieux que quiconque. Elle envoyait de l'énergie en direction du ciel qui la redistribuait ensuite sous forme d 'éclairs, foudroyants sur place les créatures. Les lueurs furtives qui striaient ainsi le ciel, rendaient la scène encore plus irréelle. La clairière qui bordait la rivière était le seul témoin de cet horrible spectacle et en fut totalement saccagée.

La terre était retournée par nos pas qui prenaient appui profondément dans le sol lors de nos attaques et l'air autour de nous était alourdi par les particules de cendre des Coudas. Une odeur métallique de sang et de rage était la preuve d'un combat sans merci qui nous rendait d'humeur plus hargneuse encore. A l'opposé de Yasmine, je pouvais voir Alex réaliser des sauts prodigieux qui rendaient ses coups plus puissants et lui donnaient un avantage incomparable lors de ses esquives. J'apercevais son énergie d'une belle couleur lilas se canaliser dans ses pieds, cette dernière se libérait lorsqu'il prenait son élan, le propulsant à une hauteur et à une vitesse fulgurante dans le ciel.

Impressionnée, je fis disparaître mon bouclier de protection et fléchis les genoux dans l'idée de reproduire la technique d'Alex, mais cela n'eut pas l'effet escompté. Non seulement j'échouai dans ma tentative mais en plus de cela le couda en profita pour me porter un coup. Par réflexe, je contrai son attaque à l'aide de mon champ d'énergie, celui-ci prit la forme d'un poing envoyant valser le monstre quelques mètres plus loin. Un peu déçue par mon échec cuisant de tantôt, je fus tout de même soulagée de constater que les créatures esquivaient nos coups avec moins de vitesse à chaque fois.

— Yasmine, elles fatiguent, porte-leur le coup final.

Comprenant où je voulais en venir, elle leva vers le haut sa main grande ouverte.

L’énergie l'enveloppa et l’éleva de quelques centimètres. Son corps devint lumineux et bien qu’il n’y eût pas de vent, ses cheveux s’agitèrent comme pour montrer la force de l’énergie qui émanait d’elle.

Un rayon de lumière s’échappa de la paume de sa main pour percer le ciel, là où l’obscurité persistait.

La lumière prit le dessus et le jour se leva de nouveau au loin.

Le soleil effleura de ses doux rayons le paysage qui s’étendait autour de nous. C’était un décor extraordinaire comme sorti d’un conte merveilleux. La pelouse verte et brillante s’étendait jusqu’aux reliefs gris orage qui pointaient vers le ciel azur. De l’autre côté, je pouvais apercevoir les montagnes gratte-ciel qui semblaient frôler le Soleil, leur donnant un aspect métallique, comme de l’or.

Le plus étonnant et qui rendait ce paysage fabuleux, c’étaient ces arbres dont les fleurs aux multiples nuances de violet formaient des grappes pendantes qui faisaient se courber les branches brunes. Ils étaient parsemés un peu partout dans la vallée et donnaient un aspect féerique à l'ensemble. Sans parler de la rivière qui paraissait faite de cristal.

Mais alors que le rayon de lumière de Yasmine disparaissait, des cris à glacer le sang se firent entendre. Il s'agissait des créatures dont la lumière du jour leur brûlait la peau. Des morceaux de chair charbonneuse disparurent dans le ciel comme de la cendre. Je m’approchai d’un des corps recouvert de poussière noire et me figeai de stupeur.

— Alex tu devrais venir.

Il s’avança prudemment devant mon air inquiet.

— Qu’est-ce qu'il y a ?

Le vent balaya les cendres laissant apparaître ce qu’elles cachaient. Un corps…d’humain…

C’était un homme d’un certain âge dont la peau était recouverte de cicatrices et de traces ensanglantées.

— Trilin ! s'exclama Alex stupéfait.

— Trilin ? tu le connaissais ?

— Pas personnellement, mais Trilin était un des gardiens de la salle des Canaliseurs, m'expliqua-t-il.

— Attends une seconde ! S’il est là, c’est que nous sommes toujours dans le premier royaume !

— Sans doute…

— Mais pourquoi ?

— Les passages ont été trafiqués. C’est un piège, comprit Alex.

— Après tout le mal qu’on s’est donné, qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?

Il allait me répondre mais des pleurs silencieux coupèrent notre discussion.

— Yasmine. Je sais, ça fait toujours quelque chose de voir un mort. Mais c’est la vie et…

— Tu ne comprends pas ce que ça veut dire Lya ? hurla-t-elle.

— Je…

— Les Coudas sont des humains, ils ont été transformés en… en monstres ! Nous avons tué des hommes !

— Yasmine, nous ne le savions pas, lui rappelai-je désolée.

— Depuis qu’ils sont apparus nous ne faisons que les tuer, sans savoir qu’ils sont des nôtres ! Je ne sais combien d’hommes et de femmes ont quitté les montagnes dans le but de les détruire pour qu’ils ne fassent plus de mal.

— Yasmine, ils nous ont attaqués…

— Ce n’était pas leur faute, nous sommes des meurtriers ! continua-t-elle à crier.

— Yasmine ! Ne dis pas de telles choses, nous ne savions pas, nous ne faisions que nous défendre !

— Et si… et si mes parents…

C’était donc ça qui la tracassait tant. Elle se demandait si ses parents s'étaient transformés en Coudas et s’ils avaient été tués, tout comme nous l’avions fait avec les gardiens.

— Ne pleure plus Yasmine, je suis sûre que tes parents n'ont pas été tués. Le pire qu'il a pu leur arriver est d'avoir été transformés en Coudas à leur tout et si c'est le cas nous trouverons le moyen de les sauver.

Elle hocha la tête et je la pris dans mes bras pour la réconforter.

Je n’étais pas moi-même convaincue de ce que j’avançais mais j’avais envie d’y croire.

Assis au milieu des corps sans vie des gardiens, Alex laissait couler ses larmes en contemplant son royaume de nouveau illuminé par le Soleil.

***

Allongée dans l’herbe fraîche, les étoiles et la nuit au-dessus de ma tête, je me remémorais le chemin parcouru. Pourquoi le passage n’avait-il pas fonctionné ? J'essayais de relativiser en songeant que grâce à cela nous connaissions à présent la véritable nature des Coudas, mais je ne pouvais m'empêcher de ressentir de la frustration.

A présent qu’allions-nous faire ?

Je jetai un œil sur le corps de Yasmine qui se reposait de son trop plein d’émotions.

Elle était trop jeune, beaucoup trop jeune pour affronter tout ça. Même si finalement, elle avait vécu plus longtemps que moi. A son âge elle ne pouvait pas affronter la mort, le danger, la souffrance, la peur, sans conséquences, personne ne le pouvait réellement.

— C’est triste, hein.

Alex couché à mes côtés regardait le ciel, une lueur attristée dans le regard.

— Quoi ? Le fait que le passage n’ait pas marché, que nous ayons tué des hommes sans le savoir, que Yasmine ne mérite pas ce qui lui arrive ou que je ne sache pas quoi faire…

— Un peu de tout je crois. Mais je ne pense pas que la situation soit si désespérée.

— Il faudrait que le ciel s’écroule pour que la situation te paraisse désespérée.

— Qu’est-ce qui nous empêche d’avancer dans tout ce que tu viens de me dire ?

— Je te signale que nous sommes toujours dans le premier royaume et à mon avis ça règle tout de suite la question !

— En fait ça m’arrange si tu veux savoir.

— Pourquoi ça ?

— Parce que si les gardiens de la Salle des Canaliseurs sont là, cela signifie que nous n'en sommes pas loin.

— Et ?

Il se retourna vers moi et dans ses yeux je pus retrouver cette belle couleur dorée qui me plaisait tant.

— Peut être… enfin je me suis dit que… il y aurait sûrement un Canaliseur pour toi là-bas. Et… ça pourrait mettre fin à tes crises d’énergie.

J’étais loin de me douter qu’il allait me dire une telle chose.

Il était vrai que mes crises devenaient de plus en plus fréquentes et douloureuses. Mais Yasmine elle aussi les affrontait et sans rien dire ; du coup j’en faisais de même.

Alors pourquoi lui ? Pourquoi y pensait-il ? Et si Yasmine avait raison, peut-être s’en faisait-il vraiment pour moi ?

— Et si ce n’était pas le cas, si je n’en trouvais jamais…

— Si tu peux utiliser l’énergie, il y en aura forcément un pour toi. Tu le sauras dès que tu seras entrée dans la salle, m'assura-t-il.

— Si tu le dis, soupirai-je.

J’aurais tant aimé qu’il ait raison mais il me restait peu d’espoir.

7-La salle des Canaliseurs

Il peut être rassurant de trouver un peu de réalité dans nos rêves, mais lorsque le monde des songes influence la vraie vie, faut-il s'en inquiéter ?

Le jour suivant, malgré nos problèmes, je ne pouvais m’empêcher de retenir mon souffle en regardant le paysage de Lyatora sous le Soleil, sans ces épais nuages noirs qui nous bloquaient la vue sur l'horizon.

Un moment plus tard, nous étions en chemin vers la salle des Canaliseurs comme l’avait prévu Alex.

Yasmine était encore un peu secouée même si elle n'en laissait rien paraître. Tandis que moi, je ne cessais de penser au fait que nous étions toujours coincés dans le premier royaume. Mais Alex semblait avoir un plan et je n’allais pas tarder à le découvrir. Peu de temps après il s'arrêta.

— Nous sommes arrivés, annonça-t-il.

Devant nous se dressait une immense porte rectangulaire d’un alliage de métaux que je ne connaissais pas, lui donnant des teintes allant de l’argent au cuivre.

De chaque côté de celle-ci, se dressaient deux grandes colonnes entièrement faites de cristaux énergétites. Le sommet de la porte était couronné de trois autres cristaux qui lui donnaient un aspect encore plus majestueux. Une puissance incroyable émanait de ce lieu. C'était comme si une force invisible vous guidait vers elle. La porte et tout ce qu'elle contenait devaient être aussi importants que mystérieux.

Cependant le fait qu'elle soit posée en plein milieu du chemin bordé d’arbresS aux fleurs violettes sans rien autour me parut étrange et absurde.

— Wahou, s’écria Yasmine enthousiaste à l'idée de pénétrer dans la célèbre Salle des Canaliseurs. Elle se précipita vers la porte et l’ouvrit, mais après l’avoir passée elle fit une moue de déception.

— Bah ! zut alors !

En effet, dès qu’elle l’eut ouvrit passa de l’autre côté et se retrouva de nouveau sur le chemin. Comme si la porte ne menait nulle part.

— Si c’était aussi simple Yasmine…

Alex s’approcha, sortit son sceptre, et d’un simple geste ouvrit celle-ci, qui laissa s’échapper une puissante lumière mauve.

— Pour une fois que ça marche du premier coup, dis-je pour le taquiner.

Il se mit à bouder, vexé qu’on ne reconnaisse pas son mérite. Comme pour le cacher il expliqua :

— La porte ne réagit qu’au sceptre du pouvoir.

— J’ai toujours rêvé de voir la Salle des Canaliseurs ! se réjouit Yasmine en avançant vers la porte, Alex sur ses talons.

J’allais les suivre mais un horrible malaise me prit soudainement avec son flot coutumier de questions.

Et si je ne trouvais jamais de Canaliseur ?

Je risquais de mourir à tout moment ! Sans oublier que de toutes les façons de mourir, ce serait vraiment la plus idiote et la plus douloureuse.

Me voyant hésiter, Alex me prit la main et la pressa doucement.

— N’aie pas peur…

Je hochai la tête et nous avançâmes côte à côte.

D'un simple geste Alex était capable de faire s'envoler le moindre de mes maux.

Frappée par l'intense lumière, je dus mettre mes mains en visière et avancer guidée par Alex. Quand la vue me revint, je sursautai de surprise en apercevant de véritables montagnes d'objets divers, qui s’étendaient à perte de vue devant nous. Il m'était impossible de deviner la couleur des murs et du plafond tant la salle était vaste et pleine à craquer. Je marchais distraitement, amusée de constater la diversité des Canaliseurs. Il y en avait de toutes formes et de toutes couleurs et semblaient provenir de différentes époques. Yasmine courait entre les piles et regardait les objets, un air envieux sur le visage.

— Moi aussi ! Un jour j’aurai ma relique ! Hé ! Regardez ! La personne qui va posséder ce Canaliseur sera vraiment narcissique ! dit-elle en brandissant un miroir à main parsemé de cristaux.

Je regardai Alex d’un air interrogateur.

— On dit souvent que le Canaliseur révèle la personnalité de son possesseur. Mais ce n’est pas toujours vrai, et encore moins pour les reliques…

J’avançai entre les tas d’objets dans l’espoir que l'un d'eux réagisse à mon approche.

Mais rien ne bougea…

Je me retournai vers Alex qui me suivait d’un air anxieux.

— Comment… comment ça se passe d’habitude ?

— Je ne sais pas, les possesseurs des reliques ne sont pas introduits dans cette Salle, c’est la Grande Médistée qui nous annonce, et dès que c’est fait nous prenons possession de la relique auprès de son ancien maître. Mais d’après ce que je sais, l’objet aurait déjà dû se manifester…

Cette fois c’était sûr, je ne trouverais jamais de Canaliseur.

Je fus alors prise d’un violent mal de tête qui me mit à genoux.

La douleur lancinante m'empêcha de réagir et je demeurai au sol.

— Lya !

Les mains sur les oreilles, je sentis à peine les bras robustes d’Alex s’enrouler autour de ma taille.

Et je finis par perdre conscience.

J’avançais prudemment entre les ruines d’une ville qui, jadis, devait rayonner de splendeur.

Je devinais au loin les tours penchées d’un palais touchant les étoiles. Mais en levant la tête, je constatai que ce n’était pas un ciel qui surplombait la cité, mais un océan, comme si je me trouvais sous l’eau.

Je m’avançai vers le grand édifice dont la construction toute en hauteur se fondait dans le décor des arbres au feuillage vert émeraude et aux fleurs fuchsia, leurs cimes se perdant dans les profondeurs du ciel d’eau.

Même si je le voyais ainsi, je savais qu’en vérité, autour de moi ce paysage était mort et détruit depuis bien longtemps. Je passai les immenses portes de cristaux violets du palais…

— Lya ! Lya ! Réponds ! Réveille-toi bon sang !

J’ouvris les yeux et rencontrai le visage d’Alex défiguré par la peur, penché au-dessus de moi.

— Je me disais bien avoir entendu ta voix mélodieuse m’aboyer dessus.

Il sourit brièvement à ma remarque et m’aida à me redresser.

— Tu nous as fait une peur bleue !

Je ne répondis pas car mon étrange vision était encore bien trop présente dans mon esprit, on aurait dit un genre de… simulation. Depuis que j’étais à Lyatora, je faisais des rêves de plus en plus étranges et j’arrivais à m’en souvenir… mais maintenant que j’y pensais, la première fois que j’avais réussi à me remémorer un rêve, ce fut le jour où j'avais rencontré Alex… tout semblait être lié à Lyatora et à Alex d'une manière que je n'arrivais pas à expliquer.

— Qu’est-ce qui s’est passé au juste ? demandai-je un peu sonnée.

— Tu es tombée dans les pommes, comme ça, d’un coup ! Et tu es restée dans cet état au moins une demi-heure ! Une demi-heure… j’avais l’impression que cela avait duré dix minutes.

Le temps que j’arrive aux portes de cet immense château… Mais qu’est-ce que cela voulait dire ? Je ne connaissais pas cet endroit. Comment pouvais-je rêver de quelque chose que je n’avais jamais vu… C’était comme lorsque j’avais rêvé d’Alex sans le connaître et que je m’en étais rappelé en le rencontrant pour de vrai.

Ce songe allait-il aussi se réaliser ? Etait-ce ce qu’on pouvait appeler un rêve prémonitoire ?

Quoi qu’il en soit, si je révélais ce que j’avais vu, je devrais raconter à Alex que je l’avais vu en rêve, non seulement le jour de notre rencontre mais aussi lorsque celui-ci était dans la salle des passages.

Et en somme cela revenait à dire que je leur avais menti…

Je n’aimais pas la façon dont mes secrets s’empilaient au fond de moi, prisonniers de ma conscience.

— Lya, ça va ?

— Hum, oui ! Euh… Nous ne sommes plus dans la Salle des Canaliseurs à ce que je vois.

Nous étions de nouveau devant la porte, à l’ombre d’un arbre aux branches majestueuses.

— Ouais, vu que tu avais l’air de te sentir mal dans cette salle, nous t’avons portée dehors, de toute façon il ne sert plus à rien de rester ici.

— En effet…

Evidemment j’étais affolée de constater que je ne trouverais peut-être jamais de Canaliseurs, mais j'étais encore trop sonnée pour vraiment réaliser l'ampleur de mon problème.

Mais la quête devait continuer, il était temps de trouver un nouveau plan.

— Et tu as une idée pour la suite ?

— Oui il en a une ! s’écria Yasmine.

— Yasmine ! Je t’ai dit que ça n’allait peut-être pas marcher…

— Elle a le droit d’en décider ! rétorqua la jeune fille.

— De quoi parlez-vous ?

— Alex a eu l’idée d’utiliser la porte au fond de la rivière pour aller au second royaume car il permet de rejoindre n'importe quel royaume, mais il craint que ce passage soit aussi trafiqué.

— Nous devons prendre le risque… c’est ça ou rien de toute manière, décidai-je.

— Bien, allons-y maintenant alors ! s'exclama le jeune homme avec impatience.

— T’es bête ! Peut être qu’elle veut se reposer ! Elle n’a pas l’air très en forme …

— Oui, que veux-tu faire ?

— La rivière est-elle loin ?

A sa tête je compris que c'était le cas et je choisis de tenter quelque chose…

Me plaçant au milieu du chemin, à distance des arbres et de mes amis, je me mis à fléchir les genoux tout en prenant appui sur le sol avec mes pieds. Me concentrant de toutes mes forces, je tentai de canaliser mon énergie dans mes jambes comme l'avait fait Alex durant le dernier combat. Malheureusement comme la première fois, mes efforts ne donnèrent aucun résultat.

Alex et Yasmine m’observaient au loin, l’air railleur. J'étais ridiculisée.

Mais il était hors de question que je perde la face devant eux, sinon ils allaient en parler encore longtemps.

— Allez ! Un petit effort ! me répétai-je pour m’encourager, car visiblement il ne fallait pas compter sur Alex et Yasmine.

Rien à faire, je n’arrivais toujours à rien. Je ne sentais pas les petits fourmillements dans les membres que je ressentais d’habitude.

— Tu veux de l’aide ? proposa Alex

— Non, je me débrouille très bien toute seule, rétorquai-je sèchement.

Mais il m’était très difficile de mentir à Alex. Et cela m'agaçait d'autant plus que lui restait indéchiffrable.

— Allez, viens là.

Il se plaça devant moi, mit ses bras autour de ma taille et me tint fortement contre lui.

— Tu es prête ?

— Hum….

— Concentre toi, pense à ce que tu veux faire.

Je fermai les yeux et visualisai mon énergie se concentrer dans mes pieds. C’est alors que je sentis le front d’Alex contre le mien.

Ce simple contact embrasa mon corps et je ressentis les fourmillements parcourir ma peau. Puis je perçus l’énergie descendre jusque dans mes jambes. Nos corps se resserrèrent tandis que nos pieds décollèrent du sol dans un saut prodigieux. Ouvrant les yeux, je découvris non sans peur que nous étions à plus de dix mètres au-dessus du sol. En bas, Yasmine nous faisait de grands signes. Nous pliâmes les genoux pour amortir le choc lorsque nous retombâmes sur le sol et avec un regard complice nous prîmes un plus grand élan encore. Le vent me fouettait le visage et la force que je sentais en moi m'enivrait tant et si bien que je n'aurais voulu redescendre pour rien au monde. Heureusement, le saut semblait s'éterniser de lui-même tant nous avions été propulsés par notre énergie.

Je me concentrai à apprécier le paysage pour échapper au regard doré d’Alex qui me fixait avec intensité.

Mais je ne pouvais l’ignorer plus longtemps.

Je tournai mon visage vers lui et à peine mes yeux croisèrent les siens que je fus comme prisonnière de son regard.

Etait-ce leur couleur peu banale ou bien les sentiments que je croyais lire à travers qui me captivèrent alors que je le regardais.

— Lya…

Pour la première fois, Alex baissa les yeux tandis qu’il s’apprêtait à me dire quelque chose.

— Alex ?

— Je voulais te dire que…