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Domptée par Ses Partenaires - Programme des Épouses Interstellaires - Tome 1Amanda Bryant accepte une mission dangereuse quand des aliens apparaissent et la survie de la Terre est menacée. Première Epouse Interstellaire, elle est transportée à travers la galaxie et se réveille non pas avec un seul guerrier Prillon, mais avec deux, ils n'hésiteront pas à faire le nécessaire pour la forcer à se plier à leurs ordres sensuels.Son Partenaire Particulier - Programme des Épouses Interstellaires - Tome 2Pour protéger le témoin Eva Daily, il faut la cacher dans le système carcéral. Elle quitte la planète par le programme des Épouses Interstellaires et devient Evelyn Day jusqu' à son procès. Mais le test est réel et son union avec le Haut Conseiller Tark de Trion aussi. Il exige qu'Eva se soumette, corps et âme, parce qu'il la veut comme épouse.Possédée par ses partenaires - Programme des Épouses Interstellaires - Tome 3Les triplés royaux de Viken, Drogan, Tor et Lev doivent prendre une compagne et engendrer un héritier le plus tôt possible afin dunir leur peuple mais une terrible menace met leur monde en danger. Avec leur avenir et celui de la planète en jeu, leur épouse résistera-t-elle aux exigences de son corps, ou se soumettra-t-elle finalement ?Accouplée aux guerriers Programme des Épouses Interstellaires - Tome 4Le commandant Zane Deston est ravi d'informer Hannah qu'elle est sa compagne, ainsi que celle de son second. Il exige sa soumission mais cache ses propres désirs, de peur qu'ils ne soient trop sombres. Elle fuit, ressentant qu'il cache une partie de lui-même. Zane doit révéler son côté obscur s'il veut mériter sa confiance et la dompter à jamais.
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Seitenzahl: 979
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Bulletin française
Le test des mariées
Domptée par Ses Partenaires
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Son Partenaire Particulier
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Possédée par ses partenaires
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Accouplée aux guerriers
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Contenu supplémentaire
Le test des mariées
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Domptée par Ses Partenaires
Copyright © 2017 by Grace Goodwin
Tous Droits Réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, électronique ou mécanique, y compris photocopie, enregistrement, tout autre système de stockage et de récupération de données sans permission écrite expresse de l’auteur.
Publié par Grace Goodwin as KSA Publishing Consultants, Inc.
Goodwin, Grace
Domptée par Ses Partenaires
Dessin de couverture 2020 par KSA Publishing Consultants, Inc.
Images/Photo Credit: Deposit Photos: faestock, sdecoret
Note de l’éditeur :
Ce livre s’adresse à un public adulte. Les fessées et toutes autres activités sexuelles citées dans cet ouvrage relèvent de la fiction et sont destinées à un public adulte. Elles ne sont ni cautionnées ni encouragées par l’auteur ou l’éditeur.
Amanda Bryant, Centre des Épouses Interstellaires, Terre
Impossible que ce soit réel. Ça paraissait réel, pourtant. L’air chaud sur ma peau moite. L’odeur forte du sexe. Les draps doux sur mes genoux. Le corps massif derrière moi. Un bandeau de soie occultait ma vue, il faisait nuit noire. Mais je n’avais pas besoin d’yeux pour comprendre qu’un sexe s’enfonçait de tout son long dans ma chatte. Une grosse queue bien épaisse.
C’était réel. C’était réel !
Je suis agenouillée sur un lit. Un homme me pénètre par-derrière. Ses hanches ondulent, sa queue fricote avec mes terminaisons nerveuses, mon vagin l’enserre. Ses cuisses musclées sont sous les miennes, son bras m’enlace la taille. Il prend mes seins en coupe et me cloue sur place. Je suis incapable de bouger. Je ne peux que l’accueillir tandis qu’il me prend par-derrière. Je n’ai nulle part où aller ‒ non pas que j’en ai envie. Pourquoi vouloir partir ? C’est tellement bon. J’adore sa bite qui m’écartèle, me pénètre.
L’homme derrière moi n’est pas le seul à me faire perdre mon sang-froid. Un deuxième homme — oui, je suis en compagnie de deux hommes ! — m’embrasse le bas-ventre. Il me lèche le nombril, puis plus bas, encore plus bas…
Combien de temps va-t-il mettre pour atteindre son but et lécher mon clitoris ? Ma petite éminence palpite de désir. Dépêche-toi, langue, dépêche-toi !
Est-ce bien réel ? Ces deux hommes sont-ils en train de me toucher, de me lécher, de me baiser ? Eh bien oui. L’homme placé derrière moi glisse ses grosses mains entre mes cuisses et les écarte, tandis que l’autre m’explore de ses doigts et de sa langue... et accède à mon clitoris.
Enfin ! Je me cambre, j’en veux plus.
— Ne bouge pas, partenaire. On a compris que tu avais envie de jouir, mais il va falloir attendre, murmure une voix grave en ondulant des hanches et en m’écartelant avec son sexe énorme.
Attendre ? Je ne peux pas attendre ! À chaque fois que sa verge me pénètre, la langue de l’autre homme titille et lèche mon clitoris. Aucune femme au monde ne peut supporter d’être baisée et léchée en même temps. Je gémis, je pleurniche, mes hanches ondulent de plaisir. J’adore ça. Je veux qu’ils me pénètrent tous les deux. J’ai une envie folle d’être possédée, de leur appartenir pour toujours.
Durant une fraction de seconde, mon esprit se rebelle : je n’ai pas de partenaire. Ça fait un an que je n’ai pas d’amoureux. Je n’ai jamais couché avec deux hommes en même temps. Je n’ai jamais imaginé être pénétrée et sodomisée à la fois. Qui sont ces hommes ? Pourquoi suis-je... ?
La langue délaisse mon clitoris et je hurle :
— Non !
Une bouche me suce le téton, et l’homme derrière moi rit contre ma peau douce. Il tire sur mon mamelon, il le suce jusqu’à ce que je gémisse, et je le supplie de continuer. Je vais jouir, l’orgasme approche. Cette bite qui me pénètre est incroyable, mais j’en veux encore.
J’en ai besoin.
— Encore.
Il abandonne mes lèvres avant que je reprenne mon sang-froid, et mon côté sombre frissonne de désir à l’idée du châtiment qui m’attend. Comment le sais-je ? Je suis troublée, mais je ne veux pas perdre mon temps à réfléchir. Je veux simplement profiter du moment.
Une main vigoureuse m’attrape par les cheveux et les tire violemment en arrière. L’homme dans mon dos fait en sorte que je tourne la tête dans sa direction, tout en frottant ses lèvres contre les miennes.
— Ne pose pas de questions, partenaire. Obéis.
Il m’embrasse, et sa langue entre profondément dans ma bouche. Il exécute des mouvements de va-et-vient tout en me pénétrant. Sa langue et sa queue ne font qu’un et s’introduisent en moi avant de se retirer en rythme.
Mon autre partenaire — comment ça, un partenaire ? — me doigte et se fraye un chemin dans mon vagin. Il me lèche le clitoris et souffle dessus tandis que la verge qui me pénètre s’enfonce profondément, pour se retirer quasiment dans sa totalité. Il lèche. Souffle. Lèche. Souffle. Je suis au bord des larmes, mon excitation est trop intense pour que je puisse me retenir.
— Je vous en supplie, je vous en supplie. Je vous en supplie.
Une larme s’échappe du bandeau et coule le long de ma joue, à l’endroit où ma peau entre en contact avec celle de mon partenaire. Il interrompt immédiatement son baiser. Sa langue chaude me lèche, et il émet un rugissement sourd.
— Ah, on nous supplie, maintenant. On adore quand notre partenaire nous supplie. Ça veut dire que tu es prête, me dit celui qui me torture avec sa bouche.
Je l’imagine agenouillé derrière moi.
— Tu veux bien être mienne, partenaire ? Tu te donnes à moi et à mon second librement, ou tu préfères choisir un autre mâle primaire ?
— J’accepte votre demande, guerriers.
Aussitôt, mes partenaires rugissent, ils perdent leur sang-froid.
— Selon le rite du nom, tu nous appartiens. Tu nous appartiens et nous tuerons tout guerrier qui osera te toucher.
— Que les dieux en soient témoins et te protègent.
Un chœur de voix s’élève tout autour de nous, et je halète tandis que l’homme agenouillé derrière moi me mordille l’intérieur des cuisses, annonçant le plaisir à venir.
— Jouis pour nous. Montre-leur à tous comme tes partenaires savent procurer du plaisir.
L’homme placé derrière moi met son ordre à exécution. Il plaque sa bouche sur la mienne et me colle un baiser torride.
Un instant, qui sont les autres ? Je n’ai pas le temps de réfléchir que l’autre homme plaque sa bouche sur mon clitoris, il me lèche, il me suce, je vais jouir.
Je hurle, et le son se perd dans les vagues de jouissance qui me parcourent. Mon corps est tendu comme un arc, ma chatte se contracte autour de cette verge qui me pénètre. Au fond, tout au fond, et toujours cette langue qui lèche tout doucement mon clitoris.
La chaleur m’envahit. Des éclairs clignotent derrière mes paupières, j’ai des fourmillements dans les doigts. Non, c’est tout mon corps qui fourmille. Mais mes partenaires n’ont pas terminé leur petite affaire. Ils ne me laissent pas le temps de reprendre mon souffle, et le sexe épais se retire. J’entends les draps froissés, le lit qui bouge. On me place sur lui. Les mains sur mes hanches, il m’empale sur son sexe. Une seconde plus tard, il me pénètre à nouveau. Il me donne des coups de boutoir tandis que mon autre partenaire caresse mon clitoris. Je suis hyper sensible, je vais jouir.
Le désir monte, je me raidis, je retiens mon souffle tandis qu’une chaleur intense me parcourt. Je vais encore jouir. Ils s’affairent sur moi, ils connaissent mon corps, ils savent comment me toucher, comment me lécher et me sucer. La pénétration atteint un tel niveau de perfection… je ne peux que jouir. Inlassablement.
— Oui. Oui. Oui !
— Non.
L’ordre me fait l’effet d’un coup de fouet, et mon orgasme est stoppé net. Une main vigoureuse s’abat sur mes fesses nues. Cela produit un bruit mat, et la sensation est cuisante. Trois fois. Quatre. Il s’arrête. Une chaleur torride m’envahit. Je devrais le détester. Il m’a frappée ! Mais non. Mon corps, ce traître, aime ça, cette sensation extraordinaire irradie jusque dans mes seins, mon clitoris. Tout mon corps est en feu, j’ai encore envie. Je veux être à leurs ordres. Je veux qu’ils me dominent. Je le désire. J’ai besoin que mes deux partenaires me pénètrent, me baisent, me possèdent. Je veux leur appartenir pour l’éternité.
Des mains me saisissent fermement les fesses et les écartent pour le partenaire situé derrière moi. Il plaque ses hanches contre moi et me baise dans un rythme saccadé avec un immense bonheur.
Ma chatte est pleine à bloc, comment fera mon autre partenaire pour me sodomiser ? Comment parviendront-ils à me posséder sans me faire mal ? Je savais que ça me plairait.
Je me rappelle ce gros plug qui m’écartelait, qui me préparait à ce qui allait arriver, et ça me rassure. J’ai aimé sentir ce plug plonger en moi pendant qu’ils me baisaient. Je mourrais certainement de plaisir si j’étais pénétrée par deux bites à la fois.
Nul besoin de me faire baiser par deux partenaires en même temps. C’est seulement pour accéder à ma requête et faire en sorte que ces hommes me soient dévoués pour toujours. C’est uniquement possible par double pénétration. J’aime ces hommes. Je les désire. Tous les deux.
Mon partenaire insère un doigt dans mon anus vierge, mais je sais qu’il rentrera parfaitement. Les deux hommes sont puissants et dominateurs, mais doux. L’huile lubrifiante dont il enduit un doigt, puis l’autre me procure une sensation de chaleur. Je halète tandis que ses doigts chauds me dilatent peu à peu, pour s’assurer que je sois fin prête.
Le partenaire derrière moi plaque mon dos contre son torse large. Sa main descend le long de ma colonne vertébrale.
— Cambre-toi. Oui, comme ça.
Il sort ses doigts d’entre mes fesses. J’étais prête et grande ouverte, je me sens vide. J’en veux encore. Le partenaire derrière moi continue.
— Une fois que j’aurai enfoncé ma bite dans ton petit cul douillet, tu nous appartiendras pour toujours. Tu es le lien qui nous relie en tant qu’entité.
Son énorme gland s’avance, doucement. Il me pénètre, et je manque défaillir de plaisir.
Du liquide pré-séminal s’échappe de son membre et glisse en moi, irradiant tout mon corps telle une décharge électrique qui se propage jusqu’à mon clitoris.
J’essaie de me retenir, de bien me comporter, de refouler ce tourbillon de plaisir, d’attendre leur permission, mais c’est impossible.
Je jouis en hurlant, et mon vagin se contracte si puissamment que mes spasmes expulsent quasiment la deuxième verge de mon corps. Je ne peux ni penser ni respirer, chaque coup de boutoir de mes partenaires me mène au paroxysme, jusqu’à ce que je jouisse à nouveau...
— Oui !
— Mademoiselle Bryant.
La voix de femme semble venir de nulle part, elle s’insinue dans mon esprit avec une réalité implacable. Je l’ignore, je cherche à atteindre cette extase nouvelle, mais plus j’essaie de me concentrer sur mes partenaires, moins je les sens en moi. Leur odeur a disparu. Leur chaleur a disparu. Leurs sexes ont disparu. Je pleure de dépit. Des doigts froids me saisissent l’épaule et me secouent.
— Mademoiselle Bryant !
Personne ne m’a jamais touchée ainsi. Personne.
Grâce aux années d’arts martiaux et de combats à mon actif, je tente de tendre le bras pour bloquer le geste de l’inconnue. Je ne veux pas que ces mains froides me touchent. Personne ne peut me toucher, hormis mes partenaires. Leurs grosses mains si douces.
La douleur dans mes poignets attachés me ramène à la réalité. Je ne peux pas repousser sa main ni la chasser d’une tape. Je suis piégée. Attachée à une espèce de chaise. Sans défense. Je cligne des yeux et regarde autour de moi, pour essayer de reprendre mes repères. Dieu du ciel, ma chatte se contracte de désir, j’ai le souffle court. Je suis nue, vêtue d’une espèce de blouse d’hôpital, et je suis attachée à une table d’examen qui tient plus du fauteuil de dentiste que du lit d’hôpital. Je respire rapidement, je suis essoufflée, j’essaie de me calmer. Mon clitoris gonflé dégouline. Je veux le toucher avec mes doigts, terminer ce que les hommes ont commencé, mais c’est impossible. Attachée, je ne peux que serrer les poings.
J’ai eu un orgasme, ici, dans ce fichu fauteuil, attachée et nue, comme une bête de foire. Je suis espionne depuis cinq ans. On m’a confié cette mission parce que mon pays compte sur moi pour maintenir l’ordre dans l’espace. Et non pas pour me faire sodomiser et supplier d’avoir un orgasme avec le premier extraterrestre venu, dont la bite bien dure m’a excitée au point d’oublier qui je suis.
Je reconnais les signes, je sais que je rougis en pensant non pas à un mâle alpha dominant, mais deux, qui me font mouiller, que je supplie. Un seul amoureux ? Une once de normalité ? Non. Pas pour moi. Il fallait que je complique les choses et que je m’imagine en train de baiser avec deux mecs en même temps. Mon Dieu, ma mère doit se retourner dans sa tombe.
— Mademoiselle Bryant ?
Encore cette voix.
— Oui.
Résignée, je me tourne et vois un groupe de sept femmes qui me dévisagent avec une curiosité évidente. Elles portent toutes un uniforme gris foncé avec un étrange logo bordeaux sur le sein gauche. J’ai souvent vu ce symbole durant les deux mois écoulés, c’est l’insigne de la Coalition Interstellaire. Elles travaillent toutes au Centre de Traitement des Épouses Interstellaires. Ce sont les Gardiennes, comme si la Coalition était une prison. Les femmes sont noires, blanches, asiatiques, hispaniques. Elles représentent toutes les races de la Terre. Super. Celle qui m’adresse la parole a la peau diaphane, une brune aux yeux gris sympathiques. Je connais son nom, mais ça, elle l’ignore. Je sais beaucoup de choses que je ne suis pas censée savoir. Je me lèche les lèvres et déglutis.
— Je suis réveillée.
Ma voix est éraillée, on dirait que j’ai pleuré. Oh mon Dieu. J’ai vraiment pleuré en jouissant ? J’ai supplié et gémi devant ces femmes, témoins de la scène ?
— Parfait.
La Gardienne doit avoir la petite trentaine, elle est plus jeune que moi d’un ou deux ans.
— Je suis la Gardienne Egara, reprend-elle, je suis chargée du Projet des Épouses Interstellaires ici sur Terre. Les données indiquent qu’une compatibilité parfaite a été trouvée pour vous, mais comme vous êtes la première épouse volontaire entrant dans le cadre des protocoles de recrutement des Épouses Interstellaires, nous allons devoir vous poser des questions complémentaires.
— D’accord.
J’inspire profondément et me décontracte. Le désir s’émousse peu à peu, la sueur sèche sur ma peau. L’air conditionné qui tourne à plein régime pour dissiper la fournaise de Miami au mois d’août me donne la chair de poule. Le fauteuil rigide est collant et la blouse irrite ma peau sensible. Je pose la tête sur mon fauteuil et j’attends.
D’après les extraterrestres qui ont promis de « protéger » la Terre d’une menace présumée portant le nom de la Ruche, ces femmes humaines debout devant moi ont naguère été accouplées à des guerriers extraterrestres, et ce sont désormais des veuves qui se sont portées volontaires pour servir la Coalition, ici sur Terre.
Oh, les forces de la Coalition comptent plus de deux cent soixante races d’extraterrestres, mais une petite partie seulement est compatible pour se reproduire avec des humains. C’est bizarre. Comment pouvaient-ils le savoir, si aucun être humain n’était jamais allé dans l’espace ?
Les vaisseaux de la Coalition sont apparus il y a quelques mois de cela, le mercredi 4 juin à 18 h 53. Oui, je me rappelle parfaitement l’heure, comme si j’allais oublier le moment où j’ai découvert qu’il y avait vraiment des « autres », dans l’espace. Je courais sur un tapis roulant à la salle de sports, et j’en étais à la vingt-troisième minute de mon entraînement, qui en dure quatre-vingt-dix, quand les écrans de télévision placés le long du mur sont devenus fous. Toutes les chaînes montraient des vaisseaux extraterrestres en train d’atterrir dans le monde entier, des putains d’aliens hyper grands mesurant deux mètres dix, des guerriers extraterrestres jaunes avec des armures noires de type camouflage, qui descendaient de leurs petites navettes comme si on leur appartenait déjà.
Bref. Ils parlaient notre langue et avaient décrété avoir gagné une bataille dans notre système solaire. Face à l’équipe de télévision, ils exigeaient de rencontrer les dirigeants les plus influents de la scène mondiale. Quelques jours plus tard, lors d’une rencontre à Paris, les extraterrestres avaient refusé de reconnaître la souveraineté des pays présents et avaient exigé que la Terre désigne un leader suprême, un « Prime », selon leurs propres termes. Un représentant pour le monde entier. Nos pays ne les intéressaient pas. Nos lois ? Idem. Nous faisions désormais partie de la Coalition, nous obéissions à leurs propres lois.
Cette rencontre a été retransmise en direct dans le monde entier, dans toutes les langues, non pas par nos relais télévisés sur Terre, mais par leur propre réseau satellite. Des dirigeants furieux et terrifiés en direct sur les chaînes de télévision internationale dans tous les pays ?
Franchement, la rencontre ne s’était pas déroulée au mieux.
Mon sang n’avait fait qu’un tour. Des émeutes avaient éclaté. Les gens avaient peur. Le Président avait convoqué la Garde nationale, et toutes les forces de police et les casernes du pays avaient œuvré sans relâche pendant deux semaines. C’était le laps de temps qu’il avait fallu aux citoyens pour comprendre que les extraterrestres n’avaient pas l’intention de nous exterminer et de s’emparer de ce qu’ils voulaient.
Mais ensuite... ça. Les épouses. Les soldats. Ils disaient ne pas vouloir de notre planète, prétendaient vouloir nous protéger, mais ils souhaitaient enrôler nos soldats pour combattre dans leur propre guerre, ainsi que des femmes humaines pour qu’elles se reproduisent avec leurs guerriers. Et j’étais la tarée qui s’était portée volontaire pour être le premier sacrifice humain.
Du sexe avec des extraterrestres géants et tout jaunes ? Car c’était ça que faisaient les épouses, elles avaient des rapports sexuels avec leur partenaire. Ouais, ils appellent pas ça un mari, mais un partenaire. Attention, j’arrive !
Ouais, moi.
Cette pensée cynique me fait frissonner, et je secoue la tête pour l’en chasser. Je suis en mission, une tâche délicate. L’idée de baiser avec l’un de ces guerriers gigantesques, au torse massif, à la peau dorée et à l’air dominateur ne devrait théoriquement pas m’exciter. Je ne sais pas sur qui je vais tomber, mais d’après les reportages TV, ils sont géants departout. Et tous dominateurs.
Mais ça m’excite, et je compte bien retirer du plaisir de cette mission. Sinon, ce serait un cauchemar. Ce ne serait pas mal si je pouvais m’empaler sur leurs énormes sexes et avoir un orgasme de folie, non ? C’est l’un des avantages du métier. Je dois tirer un trait sur ma vie, ma maison, ma putain de planète pour les années à venir. J’ai bien droit à quelques orgasmes pour compenser, non ?
Je sers mon pays depuis des années. J’ai confiance en mes capacités à gérer n’importe quelle situation, je m’adapte à tout. Je suis une survivante et qui plus est, je ne crois pas du tout ce qu’ils racontent. Mes supérieurs non plus. Quelles sont les preuves ? Où se cachent ces horribles créatures de la Ruche ?
Les commandants de la Coalition ont montré à nos dirigeants des vidéos que n’importe quel lycéen équipé d’un bon logiciel aurait été capable de créer. Personne sur Terre n’avait jamais vu de soldat de la Ruche en chair et en os, et la Coalition refusait de nous donner les armes et la technologie nécessaires pour nous défendre nous-mêmes contre cette menace mortelle.
Moi ? Je suis d’un naturel sceptique et extrêmement pragmatique. Si je peux faire quelque chose pour protéger mon pays, je le ferai. Le terrorisme, le réchauffement climatique, les trafiquants d’armes, le trafic de drogue, les hackers d’envergure internationale qui prennent le contrôle de notre énergie et de nos systèmes bancaires. Et maintenant ? Des extraterrestres. J’ai visionné des heures de vidéos et d’interviews avec leurs immenses commandants dorés venus d’une planète appelée Prillon Prime, mais je n’arrive toujours pas à m’y faire. Deux mètres dix de sexe à l’état pur.
Donc… une seule. Je ne connais qu’une seule race d’extraterrestres, sur les centaines supposées exister. Même les employée de leur centre de traitement, leurs Gardiennes, sont des humaines ayant vraisemblablement subi un lavage de cerveau. Pour un premier contact, les guerriers Prillon ne se sont pas montrés très convaincants. Leur stratégie de propagande aurait pu s’avérer plus efficace. Soit ça, soit ils n’en ont rien à foutre de ce que l’on pense parce qu’ils nous disent la vérité, et qu’une sale race d’extraterrestres très agressifs descendant en droite ligne des Borg de Star Trek menace effectivement d’éradiquer toute trace de vie sur Terre.
Je penche plutôt pour la théorie numéro un, mais la théorie numéro deux n’est pas à exclure. La Terre ne se soumettra pas.
Mon boulot ? Découvrir la vérité. Et le seul moyen de le faire, c’est d’aller dans l’espace. Ils ne réquisitionnent pas encore les soldats, j’ai de la chance, je fais partie de l’autre catégorie. Le Programme des Épouses Interstellaires.
Je n’avais pas vraiment imaginé ma journée ainsi. Non, je voulais la sempiternelle robe blanche atrocement chère, des fleurs, de la musique mièvre à la harpe et tout un tas de membres de ma famille à l’église, que j’allais devoir nourrir et qui me coûteraient un bras, bien que je ne les aie pas vus depuis dix ans. En parlant de mariage, comment diable les femmes qui se tiennent devant moi ont-elles pu être accouplées avec des extraterrestres, alors qu’on ignorait, il y a encore quelques mois de cela, l’existence même des extraterrestres ?
— Comment vous sentez-vous ? me demande la Gardienne Egara, et je réalise que j’étais perdue dans mes pensées pendant quelques minutes.
— Comment je me sens ? répété-je.
Vraiment ? Mon corps a mis un moment à récupérer. Ma chatte est trempée et cette blouse qui me démange est toute mouillée. Mon clitoris palpite au rythme de mon cœur, et je viens d’avoir les deux orgasmes les plus incroyables de toute ma vie. Sympa, le boulot d’espionne.
— Comme vous le savez, vous êtes la première femme humaine volontaire participant au Programme des Épouses Interstellaires. Nous sommes curieuses de savoir comment vous avez vécu cette expérience.
— Je suis votre cobaye ?
Elles sourient toutes, mais on dirait que seule la Gardienne Egara a droit à la parole.
— Dans une certaine mesure, oui. S’il vous plaît, dites-nous comment vous vous sentez après le test.
— Bien.
Elles ont toutes un air sérieux au visage. La brune qui m’a réveillée de mon rêve, la Gardienne Egara, s’éclaircit la gorge.
— Pendant la, hum, simulation...
Ah, c’est comme ça qu’ils l’appellent.
— … vous avez assisté au rêve en tant que tierce personne ? Ou vous avez eu l’impression que c’était réel ?
Je soupire. Comment aurais-je pu faire autrement ? J’ai l’impression d’avoir baisé comme un bonobo avec deux immenses guerriers… et j’ai adoré.
— J’étais là. C’était réel.
— Vous aviez l’impression d’être son épouse ? Votre partenaire vous voyait comme étant sa propriété ?
Sa propriété ? C’était bienplus que lui appartenir. C’était… ouah.
— Partenaires au pluriel. Eh oui.
Merde. Le rouge me monte aux joues. Au pluriel ? Pourquoi avoir avoué ?
Les épaules de la Gardienne Egara se relâchent.
— Deux partenaires ? Vraiment ?
— Je viens de vous le dire.
Elle applaudit. Je me tourne et vois qu’elle est soulagée.
— Excellent ! Vous êtes compatible avec Prillon Prime, alors tout semble marcher à la perfection.
Un grand guerrier doré rien que pour moi, comme ceux qu’on voit à la télé ? Je valide. Heureusement que je n’ai pas été accouplée à des guerriers d’autres races. D’ailleurs, je me demande si elles existent vraiment.
La Gardienne s’adresse à l’une des autres femmes :
— Gardienne Gomes, pouvez-vous informer la Coalition que le protocole a été validé dans la population humaine et semble fonctionner parfaitement ? Nous serons en mesure d’enrôler des épouses volontaires dans nos sept centres d’ici quelques semaines.
— Bien sûr, Gardienne Egara. Avec plaisir, répond la Gardienne Gomes avec un fort accent portugais. J’ai hâte de retourner voir ma famille à Rio.
La Gardienne Egara pousse un soupir de soulagement. Elle prend une tablette posée sur la table à l’autre bout de la pièce et revient vers moi.
— Très bien. Étant donné que vous êtes la première femme participant au Programme des Épouses Interstellaires, j’espère que vous ferez preuve de patience durant l’élaboration des protocoles.
Elle sourit, elle est rayonnante, m’envoyer loin de la planète pour épouser un extraterrestre inconnu la galvanise. Toutes ces femmes ont vraiment été épouses d’extraterrestres ? Pourquoi est-ce que ce sont elles qui posent les questions ? Je veux en savoir plus. Quelques mois en arrière, les extraterrestres n’étaient que des petits bonshommes verts comme dans les films, des petites créatures dégoûtantes avec des tentacules qui squattaient notre corps et déposaient des larves faisant éclater notre poitrine.
OK, j’ai dû regarder trop de films de science-fiction. J’ai les jetons, il est temps de filer.
— Hum… je dois d’abord parler à mon père. Sinon il va s’inquiéter.
— Oh, bien sûr !
Elle recule et baisse sa tablette, qu’elle met de côté.
— Faites vos adieux, Amanda. Une fois le protocole lancé, le processus de transformation débutera et vous partirez immédiatement.
— Aujourd’hui ? Maintenant ?
Eh merde. Je ne suis pas prête là, tout de suite.
Elle hoche la tête.
— Oui. Maintenant. Je vais chercher votre famille.
Elle me laisse seule, et les autres femmes sortent en file indienne derrière elle. Je fixe le plafond, serre et desserre les poings, et j’essaie de rester calme.
Mon père ? Ouais, même pas vrai. Il n’est pas de ma famille, mais la Gardienne ne le sait pas. Je ne suis pas retournée à New York depuis deux mois. Mon appart ? Disons plutôt un pied-à-terre où dormir lorsque je ne suis pas en mission. Ce qui ne se produit… quasiment jamais. Au moins, ça ne me manquera pas.
Mon patron a réussi à m’appeler durant mes trois seuls jours de congé en trois mois et m’a emmenée directement de New York au Pentagone, où j’ai passé deux mois en débriefing et préparation intensive. Lorsque j’ai atterri à Miami, ils sont venus me chercher en limousine. J’aurais dû me douter que je ne rentrerais plus chez moi une fois le processus enclenché. Putain, je le savais, mais dans un coin de ma tête, j’espérais encore que tout cela n’était qu’une vaste farce. Je n’ai pas eu cette chance, et je ne pouvais rien faire. Impossible de dire non à la Compagnie. Je ne pouvais pas abandonner mon poste aussi facilement. Ce n’était pas la Mafia, mais un espion ne peut pas démissionner pour devenir prof, par exemple. Il y a toujours une nouvelle mission. Un boulot. Une nouvelle menace, un nouvel ennemi.
Mais de là à m’envoyer dans l’espace en tant qu’épouse extraterrestre ? C’est aberrant, même pour eux. Je sais néanmoins pourquoi j’ai été choisie. Je parle cinq langues couramment, je suis espionne de terrain depuis cinq ans, et, fait important, je suis célibataire, je n’ai pas de famille et par conséquent, rien à perdre. Mes parents sont morts et je suis une femme. On dirait que les extraterrestres ne veulent que des épouses femelles, je me demande s’il y a des homosexuels parmi eux. Les guerriers gays se marient-ils ? Ou est-ce qu’ils se débrouillent avec leurs potes guerriers et s’en contentent ?
Tant de questions sans réponses. Voilà pourquoi ils ont besoin de moi.
Cobaye ? Agneau sacrificiel ? Ouais. C’était un bon résumé.
La lourde porte s’ouvre et mon patron entre, suivi d’un homme que je reconnais. Je l’ai déjà vu. Ils portent des costumes bleu clair, des chemises blanches, une cravate jaune et l’autre à motifs cachemire. Ils ont les tempes grisonnantes et arborent la coupe militaire réglementaire. Ils paraissent insignifiants, le genre de types qu’on croise dans la rue sans les remarquer, à moins de les regarder droit dans les yeux. Ce sont les deux hommes les plus dangereux que je connaisse, et j’en connais un tas. Le Président les a choisis pour rétablir la vérité sur cette nouvelle menace extraterrestre.
Apparemment, je ne suis pas la seule à ne pas croire à toutes les conneries débitées par ces extraterrestres ‒ nous venons vous sauver, nous voulons vos soldats et vos femmes. Aucun État sur Terre n’était très content, et les États-Unis et leurs alliés sont déterminés à découvrir la vérité. Grâce à mes origines ‒ un père irlandais et une mère moitié africaine, moitié asiatique ‒, ils sont tombés d’accord sur un fait : je suis la représentation parfaite de l’espèce humaine. Ils m’ont demandé de me porter volontaire pour cette mission.
Quelle chance.
— Amanda.
— Robert.
Je salue l’homme silencieux sur sa droite. J’ignore son vrai nom.
— Allen.
Robert se racle la gorge.
— Comment s’est déroulé le test ?
— Bien. La Gardienne Egara m’a dit que j’étais compatible avec Prillon Prime.
Allen hoche la tête.
— Excellent. Les guerriers Prillon commandent toute la Flotte de la Coalition. Nous savons qu’ils gardent leurs épouses avec eux sur les vaisseaux de combat, aux premières lignes de cette prétendue guerre. Vous aurez accès aux armes, aux informations tactiques et à leurs technologies les plus avancées.
Génial. Il y a deux semaines de ça, quand j’ai accepté cette mission, j’avais les chocottes. Et maintenant ? Mon cœur s’emballe : ce que je veux, en définitive, c’est disposer des corps torrides de ces deux guerriers extraterrestres dominateurs…
Robert croise les bras et me regarde de son air protecteur. J’ai l’habitude, mais je joue le jeu, puisqu’il y tient.
— Le Programme des Épouses est sur pied et en marche, mais ils ne sont pas encore au point concernant le processus d’enrôlement de nos soldats dans leur armée. Il leur faudra encore quelques jours pour mener le test à bien. Lorsqu’ils seront prêts, nous enverrons deux hommes pour infiltrer le groupe et vous assister dans votre mission. Les hommes ont déjà été choisis. Ce sont des types bien, Amanda. Complètement noirs.
— Compris.
C’est vrai. Par « noirs », il veut dire des agents spéciaux si importants pour la sécurité nationale, qu’ils n’ont pas d’existence officielle. Ils vont envoyer des super soldats pour être sur tous les fronts. Pendant que je fricoterai avec l’ennemi, nos hommes infiltreront leur armée.
— D’une manière ou d’une autre, découvrez si la Ruche est vraiment une menace pour la Terre, faites-nous parvenir des informations sur les armes et les plans de leurs vaisseaux, ainsi que tout ce que vous trouverez d’autre.
Je sais pertinemment ce que je dois faire, mais Robert se fait un plaisir de me le répéter une fois encore.
Les extraterrestres, grands seigneurs, ont proposé de protéger la Terre de la Ruche, mais ils ont à maintes reprises refusé de partager leurs armes ou leurs avancées technologiques avec la Terre. Les dirigeants de la Terre sont mécontents. Rien de tel qu’être les rois du monde, une superpuissance pendant des dizaines d’années, avant de se faire renvoyer dans son coin, la queue entre les jambes. Les êtres humains ne sont plus le centre du monde, mais ne sont qu’une petite partie d’un univers constitué de planètes, de races, de cultures et… d’ennemis.
Robert lève le bras et me touche l’épaule.
— On compte sur vous. Le monde entier compte sur vous.
— Je sais, Monsieur.
Aucune pression, hein ?
— Je ne vous laisserai pas tomber, ajouté-je.
La Gardienne Egara revient à ce moment précis, le sourire aux lèvres, un peu trop joyeuse à mon goût. J’ignore ce qu’elle pense de mes deux visiteurs, mais elle n’a pas l’air ravie.
— Vous êtes prête, Mademoiselle Bryant ?
— Oui.
— Vous voulez bien nous excuser, Messieurs ?
Une fois les deux hommes en costume partis, elle se tourne vers moi, la tablette sur les genoux, le sourire aux lèvres.
— Ça va aller ? Je sais combien il est difficile de quitter ses proches.
Elle regarde par-dessus son épaule en direction de la porte fermée, et je réalise qu’elle parle de Robert, mon soi-disant père.
— Oh, hum… ouais. Ça. Nous ne sommes pas… très proches.
La Gardienne m’examine attentivement un bon moment. Elle voit bien que je n’ai pas l’air très affectée, et elle poursuit :
— D’accord. Donc, pour commencer le protocole... énoncez votre nom, s’il vous plaît.
— Amanda Bryant.
— Mademoiselle Bryant, vous êtes une demoiselle, vous n’avez jamais été mariée ?
— Non.
Fiancée une fois, mais ça a capoté un soir, quand j’ai annoncé à mon chéri de quoi je vivais. Je n’étais pas censée lui dire que j’étais une espionne, dommage…
— Des enfants ?
— Non.
Elle tapote sur l’écran à plusieurs reprises sans me regarder.
— Je dois vous informer, Mademoiselle Bryant, que vous avez trente jours pour accepter ou refuser le partenaire choisi pour vous d’après les protocoles d’accouplement du Programme des Épouses Interstellaires.
— D’accord. Et si je refuse celui qu’on m’a attribué ? Que se passera-t-il ? Je retourne sur Terre ?
— Oh, non. Pas de retour ici. À partir de maintenant, vous n’êtes plus une citoyenne de la Terre.
— Attendez. Pardon ?
Ça ne me plaît pas du tout. Ne pas revenir ? Jamais ? Je pensais passer un an ou deux là-bas et rentrer, filer sur une plage et siroter des piña coladas pendant quelques années. Je ne peux plus rentrer ? Ma citoyenneté est révoquée ? Ils peuvent vraiment faire ça ?
Je me mets à trembler, non pas d’excitation, mais de peur. Personne ne m’a dit au bureau que je ne reviendrais jamais. Ils le savaient. Seigneur, après cinq ans de service, ils m’envoient dans l’espace comme… une espèce de sacrifice ? Ces connards à l’agence ont évidemment oublié de mentionner ce tout petit détail.
— Mademoiselle Bryant, vous êtes désormais une épouse guerrière de Prillon Prime. Vous vous conformerez aux coutumes et aux lois de cette planète. Si votre partenaire ne vous convient pas, vous pouvez faire une demande pour obtenir un nouveau partenaire primaire à l’issue d’une période de trente jours. Vous continuerez le processus d’accouplement sur Prillon Prime jusqu’à ce que vous trouviez un partenaire qui soit digne de ce nom.
Je tire sur les liens qui me maintiennent sur la table. Mon esprit turbine à mille à l’heure. Pouvais-je m’échapper ? Changer d’avis ? Pour toujours ? Ne plus jamais rentrer chez moi ? Abandonner la Terre à jamais m’oppresse, je manque d’air. La pièce commence à tourner.
— Mademoiselle Bryant... Oh, mon Dieu.
La Gardienne Egara effleure la tablette qu’elle pose sur la table derrière elle.
— Tout ira bien, ma petite. Promis.
Promis ? Elle me promet que tout va bien se passer alors qu’on va me faire voyager dans l’espace et que je ne… rentrerai plus jamais chez moi ?
Le mur situé derrière moi s’éclaire d’une étrange lueur bleu clair. Le fauteuil bouge légèrement et se déplace vers la lumière.
Je ne peux pas regarder. Je ferme les yeux et me concentre sur ma respiration. Je ne dois pas paniquer. Jamais. Ça ne me ressemble pas.
D’un autre côté, c’est la première fois que j’éprouve des orgasmes multiples dans un putain de fauteuil. Et je n’ai jamais ô grand jamais fantasmé sur deux partenaires en même temps. Je n’ai jamais rien éprouvé de pareil sur Terre. Serait-ce comme ça ? Allais-je ressentir ce genre de choses avec mes hommes ? La Gardienne pose doucement ses doigts chauds sur mon poignet. J’ouvre les yeux, et elle se penche sur moi, l’air inquiet. Elle me sourit comme une institutrice de maternelle sourirait à un enfant de quatre ans terrorisé lors de son premier jour d’école.
— Ne vous inquiétez pas. Vous êtes compatibles à quatre-vingt-dix-neuf pour cent. Votre partenaire vous convient parfaitement et vous lui convenez également. Le système fonctionne. Lorsque vous vous réveillerez, vous serez auprès de lui. Il prendra soin de vous. Vous serez heureuse, Amanda. Je vous le promets.
— Mais...
— Lorsque vous vous réveillerez, Amanda Bryant, votre corps aura été préparé pour le protocole d’accouplement de Prillon Prime et les attentes de votre partenaire. Il vous attend.
Sa voix est plus formelle, on dirait qu’elle récite le protocole par cœur
— Attendez... je...
Je voulais parler, mais aucun son ne sort. Deux gros bras métalliques équipés d’énormes aiguilles à leur extrémité sont pointés vers mes tempes.
— Qu’est-ce que c’est ?
Je sais que j’ai l’air paniqué, je n’y peux rien. Je ne veux pas de piqûre.
— Ne vous inquiétez pas, ma petite. On va vous insérer des neuro-processeurs qui iront se greffer au centre du langage de votre cerveau. Comme ça, vous pourrez parler et comprendre n’importe quelle langue.
OK. Bon sang, on va m’implanter leur technologie avancée. Je me tiens parfaitement immobile, tandis que les deux aiguilles me percent les tempes, juste au-dessus des oreilles. Dans le pire des cas, je rentrerai chez moi et Robert m’enlèvera ces foutues puces, et je ne sais quoi d’autre, d’ailleurs, du crâne. Le pire, c’est que je sais qu’il le fera. Et si je ne reviens jamais ? Et si les extraterrestres disent vrai ? Et si je m’amourache de mon partenaire… ?
Mon fauteuil glisse dans une sorte d’habitacle. Je suis immergée, avec mon fauteuil, dans un tube chaud et relaxant rempli d’une étrange eau bleue.
— Le processus s’enclenchera dans trois… deux… un.
Commandant Grigg Zakar, Flotte de la Coalition, Secteur 17
À l’extrémité droite de l’aile de mon avion, le vaisseau éclaireur de la Ruche passe en trombe, mais je n’y fais pas attention. C’est le croiseur lourdement armé devant moi qui m’inquiète.
— Le vaisseau de commandement de la Ruche est à portée. J’y vais.
J’informe mon équipage resté à bord du Vaisseau de guerre Zakar, mon vaisseau, afin qu’ils puissent coordonner le combat autour de mon attaque.
— Et pas de conneries, cette fois.
Le ton sec dans mon oreille est celui de mon meilleur ami, docteur émérite du secteur spatial, Conrav Zakar. Rav, pour moi ça a toujours été Rav, mon cousin. Nous combattons ensemble depuis plus de dix ans, et nous sommes des amis de longue date.
Ma bouche se fend d’un sourire désabusé. Ce connard parvient à me faire rire en plein combat.
— Tiens-toi prêt à me recoudre.
— Un de ces jours, je te laisserai te vider de ton sang.
Il ricane et mon sourire se mue en rictus derrière la visière transparente de mon casque de pilote.
— Non.
Je secoue la tête en guise de réponse à son humour à deux balles, tandis que je vise une faille sous le vaisseau de la Ruche et envoie un coup de canon sonar qui va fracasser, du moins je l’espère, cette putain de coque en deux. Sur ma droite, en formation de combat, deux de mes pilotes font crépiter leurs canons à ions en même temps. La luminosité engendrée par l’attaque est éblouissante.
Des applaudissements retentissent dans mon oreillette tandis que le vaisseau de la Ruche explose en morceaux devant moi. Nous devons encore tirer sur quelques vaisseaux éclaireurs, mais je ne perdrai plus le moindre transporteur ou terminal de transport supplémentaire dans ce système solaire. Du moins pas avant un bon moment, et pas sous mon commandement.
— Beau boulot, Commandant.
J’entends le sourire percer dans la voix de Rav.
— Et maintenant, ramène ton cul dans ce vaisseau, là où il est censé être, ajoute-t-il.
— Ma place est ici, parmi les combattants.
La voix de mon second, le Capitaine Trist, rugit dans mes oreilles. Il ne cache pas son désaccord :
— Plus maintenant.
Merde. C’est le genre de type réglo, à s’enfiler le manuel de réglementation.
— Si je restais au poste de commandement, Trist, vous vous ennuieriez.
— Vous prenez trop de risques, Commandant. Des risques que vous ne devriez pas prendre. Vous êtes responsable d’environ cinq mille guerriers, leurs épouses et leurs enfants.
— Très bien, Capitaine, si je dois mourir aujourd’hui, ils seront entre de bonnes mains.
Rav intervient :
— Non. Ils imploreraient le Général Zakar d’avoir pitié d’eux.
— C’est noté. Je rentre au vaisseau.
Si je dois mourir, ou pire, être capturé et contaminé par la Ruche, mon père, le Général Zakar, prendrait personnellement les commandes du Vaisseau de guerre Zakar. Je suis peut-être quelque peu aventurier, mais mon père est cruel et ne pardonne jamais. S’il reprenait du service, le décompte des morts doublerait, voire triplerait dans les deux camps.
Nous travaillons d’arrache-pied pour que la Ruche reste à sa place, pour endiguer leur expansion dans cette zone de l’espace. Mon père essaierait de les vaincre, de les faire battre en retraite. La réponse de la Ruche consisterait en l’envoi d’un plus grand nombre de soldats et d’éclaireurs. Ce serait l’escalade, comme ça s’est déjà produit. Nous nous sommes arrangés pour les reléguer dans différentes zones de l’espace. Nous avons inexorablement affaibli notre ennemi en le privant de nouveaux corps à assimiler, tout en clairsemant ses rangs. L’agression de mon père ruinerait des années de stratégie de la Coalition, des années de travail et d’organisation.
Mon père était trop arrogant et buté pour entendre raison. Il avait toujours été ainsi.
J’ai deux frères cadets qui s’entraînent au combat sur la planète Prillon Prime. Ils ont dix ans de moins que moi, et ne sont pas du tout prêts au combat. Ma mort obligerait mon père à abandonner son statut de conseiller sur Prime, à reprendre du service et à monter au front. L’autre possibilité, l’abandon du nom de Zakar afin que notre vaisseau soit affecté à un autre clan guerrier, n’était pas acceptable. Mon père préférerait mourir plutôt que voir sa famille déshonorée. Ce groupe de combat portait le nom de Zakar depuis plus de six cents ans.
Trist détesterait qu’on lui retire son commandement, et les types de mon vaisseau le détesteraient aussi parce que… Bon sang, tout le monde déteste le général. Ça prouve que je dois rester en vie. Je ne suis ni chaleureux ni tendre, mais je suis doué pour ce putain de travail.
En tant que commandant, je ne suis pas censé voler durant les missions de combat. Mais être assis aux commandes, aboyer des ordres et voir d’autres guerriers mourir à ma place n’est pas l’idée que je me fais de l’honneur. Si j’avais su que c’était aussi dur, j’aurais refusé le commandement d’une troupe de combattants. Je suis le plus jeune commandant depuis un siècle, et le plus téméraire selon certains. Les généraux plus âgés me qualifient de franc-tireur. Ils ne peuvent pas comprendre. J’ai besoin de combattre. J’ai besoin d’adrénaline. Parfois, je refuse de penser, je veux seulement me battre… ou baiser, et comme je n’ai pas de partenaire, combattre calme mes ardeurs. La mission accomplie, j’aurais dû me sentir apaisé. Libéré. Ce n’est pas le cas. Loin de là.
Une femelle gentille et consentante à la peau douce et à la chatte mouillée me ferait peut-être abandonner ces courses au combat effrénées.
Les éclaireurs de la Ruche ont infiltré notre espace depuis plusieurs semaines. Ils ont envoyé des équipes de trois à six hommes, ont pénétré nos périmètres de défense afin d’encercler et d’attaquer notre pôle de transport et nos transporteurs. En gros, ils me faisaient passer pour un nul sur ma planète.
Tous les soirs, j’ai droit à un appel de mon père, après qu’il a pris connaissance des rapports quotidiens. Il en a marre de voir que mon secteur perd du terrain dans cette guerre. Qu’il aille se faire foutre.
Si ce connard coincé m’appelle ce soir, il a intérêt à me féliciter d’avoir récupéré cette zone de l’espace.
Mon regard glisse vers le radar de surveillance à ma gauche tandis que mon avion de combat vire sur la droite en direction du vaisseau, à la base. Ouais, ce mastodonte de vaisseau en métal, c’est chez moi. D’après les explosions qui émaillent l’écran et les hurlements des combattants dans mes oreilles, le restant de la flotte de la Ruche, détruite, a battu en retraite.
Je donne l’ordre à la Septième Escadrille de Combat de rentrer à la base avec moi tandis que les deux autres terminent de pourchasser et d’éliminer nos ennemis. Impossible d’être capturé. Quand la Ruche capture un homme, on ne le revoit plus jamais. Ceux qui ont survécu sans séquelles dans les Centres d’Intégration de la Ruche sont irrémédiablement perdus, envoyés à La Colonie pour vivre leurs derniers jours en tant que guerriers contaminés, morts aux yeux de tous.
Non. Je préférais ne pas faire de prisonniers. La mort était un acte de bienveillance que je me faisais une joie d’accorder.
— Commandant, attention !
L’avertissement arrive au moment où l’alarme de mon vaisseau éclaireur retentit. Le bruit de l’explosion me parvient alors que mon appareil est éventré.
Le vaisseau explose dans un rai de lumière aveuglante. Mon corps est éjecté dans la noirceur de l’espace. Ma combinaison de pilote est la seule chose qui me maintient en vie. L’intensité de l’explosion et la force de mon éjection au fin fond de l’espace sont le pire traumatisme que j’aie jamais éprouvé.
— Commandant ? Vous m’entendez ?
Je pars en vrille, trop vite pour prendre mes repères, trop vite pour suivre l’énorme étoile rouge-orangé qui me relie au système planétaire. Impossible de reprendre le contrôle, de m’arrêter. La pression exercée sur mes organes est douloureuse, j’ai du mal à respirer, je gémis en luttant pour ne pas perdre connaissance.
— Sortez-le de là !
— Un autre vaisseau !
Je perds le compte du nombre de voix alors qu’une explosion de lumière et de chaleur s’abat sur mon flanc gauche. Des débris me dépassent à toute vitesse, si rapides qu’ils sont impossibles à suivre, tandis que le vaisseau de la Ruche explose.
Je ressens une douleur cuisante dans ma cuisse. Je serre les dents, et le sifflement de ma combinaison de pilote indique une perte de pression, me glaçant le sang. Le système de réparation intégré de la combinaison colmate immédiatement la brèche, pour me maintenir en vie.
Mais je crains que ça ne prenne trop de temps.
Sans cesser de tournoyer, je ferme les yeux et j’essaie de stopper les claquements de la visière de mon casque. J’ai la nausée, de la bile me monte à la gorge.
— Il est touché, Capitaine. Sa combinaison n’est plus étanche.
— Combien de temps ?
— Moins d’une minute.
— Transporteurs, vous pouvez le localiser ? demande Trist.
— Non, Monsieur. L’explosion a endommagé son émetteur.
— Qui se trouve à proximité ? Capitaine Wyle, quelle est votre position ?
— Six nouveaux combattants de la Ruche détectés, ils se dirigent droit sur lui.
— Dégommez-les.
Du Trist tout craché.
— On y va, dit le Capitaine Wyle.
— Non, gémis-je alors que Wyle ordonne à la Quatrième Escadrille de Combat une opération suicide à l’approche des nouveaux combattants de la Ruche.
— Putain ! Sortez-le de là, bordel. Maintenant ! aboie Trist, me donnant mal à la tête.
Les capteurs de mon cœur se mettent à biper, comme si je ne savais pas que ma tension artérielle était dangereusement haute et que mon cœur battait bien trop vite.
— J’envoie un patrouilleur médical.
C’est Rav.
— Pas le temps. Wyle, sortez le bras de transmission.
— Sa combinaison risque de se désintégrer sous le choc.
C’est encore Rav.
— C’est ça ou se faire capturer par la Ruche, répond Trist.
Je refuse d’y penser.
— Rien à foutre. Wyle, vas-y.
Je préfère exploser en million de menus morceaux plutôt qu’intégrer l’équipe des cyborgs de la Ruche.
— Oui, Monsieur.
La poussée dégagée par le bras de transmission déployé du Capitaine Wyle me donne l’impression de percuter un mur, et mon front heurte mon casque. Violemment.
Je suis complètement sonné. Je ne peux réprimer un cri d’agonie, j’ai l’impression que ma jambe est entièrement arrachée au niveau du genou. Des explosions éclatent alentour, et je les compte pour ne pas perdre connaissance.
J’arrive jusqu’à cinq, et c’est le trou noir.
Docteur Conrav Zakar, Vaisseau Zakar, Unité Médicale
— Il est mort ?
La voix du nouvel interne tremble, et je n’ai pas eu le temps de lui demander son nom. Je m’en fiche, d’ailleurs.
— Ferme-la et aide-moi à lui enlever sa combinaison.
La combinaison de pilote standard de la Flotte de la Coalition est une armure noire quasiment indestructible, créée automatiquement par les générateurs de matière dans notre vaisseau, les GM. J’utilise un scalpel laser pour découper une manche lorsque le jeune officier fait une suggestion qui me ramène à la réalité.
— Et si on le mettait dans le générateur de matière et qu’on demandait au vaisseau de s’en charger ?
Génial. Je continuais de détester ce petit con quand même.
— Déplaçons-le.
Je prends mon cousin et meilleur ami par les aisselles et le soulève avec toute la force des guerriers Prillon. J’aurais pu le porter moi-même, mais mon assistant s’avance et soulève Grigg par les genoux.
Il ne va pas mourir maintenant. Il a fait son putain de travail, à mon tour de faire le mien. Ce n’est pas le moment de penser qu’effectivement, s’il n’avait pas quitté son poste de pilotage, je serais en train de faire la fête avec les autres au lieu de le ramener à la vie. Quel crétin !
On le déplace aussi précautionneusement que possible sur un matelas tout noir. Les scanners des GM se mettent à l’œuvre avec leur quadrillage vert. Ils examinent l’armure de Grigg, la lui retirent couche par couche. Le revêtement supérieur de l’armure de Grigg comporte une multitude de minuscules coupures, en lieu et place d’entailles franches et profondes. Du sang s’écoule de sa botte gauche, et les gouttes s’écrasent au sol avec un bruit qui me fait grincer des dents. Son casque est tellement déformé qu’on ne parvient pas à le déverrouiller et à le retirer. La visière est brisée, des milliers de fêlures m’empêchent de voir son visage.
Si les biomoniteurs n’avaient pas démontré qu’il était toujours vivant, que son cœur battait, je n’aurais jamais cru qu’on puisse survivre dans cette armure détruite.
Je place la main sur le panneau d’activation et ordonne au vaisseau d’ôter son armure à Grigg. Impatient, je ne détourne pas le regard lorsque la faible lueur verte éclaire son corps.
Une fois la lumière éteinte, Grigg est nu et saigne sur le matelas. Mon cœur va s’arrêter.
— Putain, Grigg. Quel merdier !
Grigg est tout ensanglanté, et sa peau habituellement or foncé est maculée un peu partout d’étranges taches orange et rouge. Sa jambe gauche est ouverte jusqu’à l’os entre le genou et la cuisse, et le sang coule à flots à chaque battement de cœur
Je m’agenouille et pose un garrot. Ça ne le guérira pas, mais ça arrêtera l’hémorragie pendant que je porte cette tête de mule jusqu’à la Capsule ReGen.
— J’ai besoin d’aide !
Des assistants et des techniciens arrivent en courant.
— Aidez-moi. Attention à sa jambe.
Je le soulève en le tenant par les aisselles et j’essaie de faire en sorte que sa tête ne retombe pas comme celle d’une poupée en chiffon. D’autres viennent me prêter main-forte, et on le descend rapidement de la table.
— Capsule ReGen ?
— Oui, immédiatement.
Nous nous déplaçons de concert vers la grande unité d’immersion à taille humaine que l’on utilise pour les blessures les plus graves.
— On l’endort ?
— Tu la fermes ou tu dégages, rugis-je.
— Bien, Monsieur.
La porte de l’unité médicale s’ouvre et le Capitaine Trist déboule dans la pièce. Il jette un regard à Grigg et s’arrête net.
— Il est mort ?
— Non. Mais il le sera bientôt si on ne l’installe pas dans le ReGen.
Trist se place entre deux techniciens et les aide à soulever Grigg. Si mon cousin était un guerrier Prillon de taille moyenne, nous n’aurions pas besoin d’être cinq pour le déplacer, mais c’est un géant de deux mètres dix. Grigg, comme tous les membres de l’escadrille des guerriers de Prillon Prime, est un gros bestiau pesant pas loin des cent trente kilos de muscles. Conçue pour la guerre, la race Prillon est plus grande et plus forte que n’importe quelle autre race de la Coalition. Et la famille Zakar ? Grigg et moi appartenons à l’un des plus anciens clans guerriers de la planète. D’un point de vue génétique, il est prédisposé à être aussi massif.
Je pousse un soupir de soulagement une fois le commandant plongé dans la lumière bleue de la Capsule ReGen. Le couvercle transparent se referme automatiquement sur le corps abîmé de Grigg, et les capteurs se mettent immédiatement à l’œuvre. Nous reculons et regardons les brûlures et vilaines coupures clairement visibles sur son visage.
— Il a eu de la chance de ne pas perdre son œil droit, dit l’interne qui m’a aidé avant de se déplacer vers le tableau de commande.
Il y fait les réglages nécessaires pour s’assurer que Grigg se rétablisse aussi rapidement que son corps le lui permettra.
— Il peut s’estimer heureux d’être en vie.
Trist abat sa main couverte de sang sur la partie supérieure du couvercle transparent.
Il se tourne vers moi et je secoue la tête.
— Inutile de me regarder comme ça.
— Tu es son second. Sa famille. Tu peux pas le contrôler, bon sang ? Il ne peut pas continuer comme ça.
La colère de Trist fait prendre une teinte or foncé à sa peau d’ordinaire jaune pâle.
— C’est le commandant de cette unité de combat, pas un fantassin ou un pilote de chasse. On ne peut pas se permettre de le perdre.
— Les hommes l’admirent, dit l’interne situé à l’autre bout de la Capsule ReGen avec un respect teinté d’effroi. On parle de lui à la cafeteria. Partout, putain. On ne parle que de lui.
— Vous êtes obligé de rester là ? demande Trist.
L’interne regarde le tableau de commande.
— Le commandant se rétablit correctement. Tous les protocoles nécessaires à sa régénération sont enclenchés.
— Vous êtes obligé de rester là ? répéta Trist.
— Techniquement, non.
La jeune recrue semble choquée, et sa peau pâle vire au même gris maladif que son uniforme. Il a peur de Trist. À juste titre. Le capitaine est aussi grand que Grigg et deux fois plus méchant.
— Laissez-nous.
Quelques secondes plus tard, je me retrouve seul avec le capitaine, qui s’affale dans un fauteuil à l’autre bout de la pièce.
— Comment l’arrêter ? poursuit-il. Il est en train de devenir fou. Bon sang, on dirait une bête furieuse, un putain de berserker Atlan.
Le danger écarté, la colère se mêle au soulagement tandis que je m’assois à côté de Trist pour veiller sur le corps inconscient du commandant. Nos mains et nos uniformes sont maculés de sang.
— On ne peut pas l’arrêter.
Je fixe mes paumes ensanglantées du regard. J’ai envie d’étrangler Grigg. Je l’aime comme un frère, mais c’est allé trop loin, à cause de la folie de son père. Il a pris trop de risques. Il joue à un jeu très dangereux et il va perdre. Il est vivant, alors ce n’est pas un échec total, mais la prochaine fois ? Et la suivante ? La prochaine fois, il n’aura pas cette chance. La prochaine fois, il pourrait y rester.
J’en ai marre. Trist en a assez, lui aussi.
J’y ai beaucoup réfléchi, et je ne vois qu’une seule solution. Je n’en ai jamais parlé auparavant. Grigg et moi n’avons aucun secret, mais pour le coup, je n’ai rien dit. J’y pense depuis longtemps. Il est dans la Capsule ReGen, en train de se remettre d’une artère fémorale sectionnée, d’un fémur cassé, de graves commotions, et allez savoir quoi d’autre encore. Le moment est venu.
— Si on est incapable de le persuader d’arrêter, sa partenaire y arrivera peut-être.
Trist étend ses jambes devant lui.
— Il n’a pas de partenaire.
Je me tourne lentement vers lui.
— Alors, on va lui en trouver une.
Trist tourne les yeux vers moi.
— Et comment donc ?
Je me lève et fais les cent pas.
— En ce moment précis, c’est toi qui commandes.
La hiérarchie s’apprend dès le premier jour d’école de combat. Je n’ai pas d’explication à fournir à Trist.
— Et ?
— Il est commandant dans la Flotte de la Coalition. Il a droit à une partenaire via le Programme des Épouses Interstellaires. Ordonne-moi de lui trouver une partenaire. Ordonne-moi d’amorcer le protocole de compatibilité.
Trist écarquille les yeux face à mon idée. Il n’est pas tête brûlée comme Grigg. Il est réfléchi et méthodique.
— Et lorsqu’il se réveillera ?
Je souris. Moi aussi, je suis réfléchi et méthodique.
— Le processus est subconscient. Ce sera comme dans un rêve. Il ne se souviendra de rien, et après, il sera trop tard. Il ne saura pas ce que nous avons trafiqué jusqu’à l’arrivée de sa partenaire, en chair et en os.
Trist sourit. Bon sang, il sourit. C’est la première fois que je le vois comme ça. Je pensais que son visage était endommagé ou qu’il était resté coincé de façon permanente sur une expression hagarde.
— Et après, il sera trop occupé à la sauter pour se foutre dans la merde, dit Trist avant d’éclater de rire.
Je suis trop abasourdi pour enregistrer ses paroles.
— Vas-y, Docteur. Trouve-lui une partenaire. C’est un ordre, ajoute-t-il.
Commandant Grigg, Quartiers Privés, Vaisseau de guerre Zakar
Pour la dixième nuit d’affilée, j’ai les yeux fixés au plafond au-dessus de mon lit, incapable de trouver le repos. J’attends.
Je l’attends.
Qui est-elle, je l’ignore. Une déesse, peut-être ? Le fruit de mon imagination ? Une séquelle de mon accident ?
