Qu'ils - Coralie R. - E-Book

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Coralie R.

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Beschreibung

Je ne suis pas exactement le genre de mec sur lequel on s'arrête. Pas une femme la trentaine à l'aise en tous cas. Pourtant elle l'a fait. Et plus encore, me pointant du doigt au milieu d'une foule d'anonymes, elle m'a assené "Ça sera Toi,enfoiré". (...)

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Seitenzahl: 72

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Qu'ils

Chapitre 1Chapitre 2Chapitre 3Chapitre 4Chapitre 5Chapitre 6Chapitre 7Chapitre 8Chapitre 9Chapitre 10Chapitre 11Chapitre 12Page de copyright

Chapitre 1

Une foule hystérique, tous bras en l’air, tape le rythme d’une musique rock, dans la fosse d’un immense concert hall. Sous les fumigènes et le ballet des spotlights apparaît la silhouette d’un homme, guitare au cou, giclant les dernières vibrations de ses cordes vocales étranglées, de sa guitare luxuriante. 

Noir total. La foule hurle. 

Noir encore. La batterie laisse place au son des pulsations minute du guitariste- chanteur.

Il ouvre les yeux, la lumière avec eux. Des yeux bleus profonds et clairs, brillant du ruissellement de la sueur qui coule sur ses sourcils.

Il ferme les yeux, la lumière avec eux.Peu à peu, les battements de son poux malmené s’étouffe derrière une montée progressive d’huées et de sifflements.

Le même regard, ou presque. Le bleu profond est altéré par une lumière farcie de néons grésillant, le clair- obscur de son regard pendu à un sourcil froncé écoute sans briller ceci :

« Alors tout est dit? On s’en tient là? Renier la joie, flageller le bonheur, éviter le devoir, voter en touche et tant pis pour ceux qui croient en toi?...

Crève l’abcès ! » Répétait-elle tantôt criant, tantôt couinant, alarmée par ma posture, celle d’un mec qui attend son tour sans ticket.

Sans ticket, moulé dans le décor, convaincu d’être responsable d’avoir foiré et pas si désolé que ça.

« Et tu la vois ta tumeur? Cette boule sur ton cœur ? Celle qui t’empêche de m’aimer ?! »

L’aimer…

Une tumeur. Y en a que ça ferait flipper.  Même ce truc là j’risquais plus de le craindre, fort d’avoir adopté les formes de ce qui m’entoure, histoire d’avoir la paix, de rester face à moi même en toutes circonstances…A ce point caméléon, depuis si longtemps que j’avais baisé ma propre forme, anesthésié mes envies pour me fondre parfaitement dans l’oubli. Alors je la gobe la tumeur, elle disparaîtra avec moi, sans mal, sans éclat.

Et voilà comme ce troquet devenait le théâtre de nos misères.

Je n’ai rien dit. Il est même possible que j’ai souri.

C’est beau de voir une femme qui se bat pour vous aimer et surtout vous faire vous aimer.

Elle aurait renversé les tables, éclaté nos tasses expresso au sol si ce fut la première fois. On a souvent changé de troquet à coups de « pardon, Monsieur » ou ironisant « ça va c’est d’ la tasse publicitaire », toujours complices pour les clins d’œil incisifs. On savait repartir main dans la main : clasher les cons était pour nous les préliminaires d’une bonne partie de baise. 

Cette fois, elle a jeté 5 balles, s’est levée, m’a giflé du regard. Je ne l’ai pas regardée partir. 

Et puis la bouffée. 

J’ai ressenti ce que tous les hommes qui quittent ou se font quitter éprouvent les premières secondes ; l’allégresse de la lâcheté, promesse d’une liberté immédiate, celle de capituler sans force, émargeant sans mot dire toute confrontation. Ne pas mettre ses sentiments à table, ne pas se trancher les tripes, ce que les femmes elles savent faire, avec autant de facilité que pardonner.

Il est même possible que j’ai souri.

J’ai souri de me voir couper la dernière branche sur laquelle j’étais assis.

J’ai souri au con que je n’aurai pas le loisir de clasher, y avait pas de préliminaires ce coup là, juste un épilogue.

10 balles de café plus tard, fallait bien prendre l’air, errer un peu et rembobiner le film.

J’ignorais comment on s’était tombé dessus, j’aimerais comprendre pourquoi on en est arrivé là.

A 16h10, le vendredi, les rues, toujours commerçantes, sont bondées des RTTards qu’on a voulu convaincre que répartir les richesses, partager le travail c’était humainement correct, et qu’on pousse chez Jardiland et Zara Home pour qu’ils se confinent coquets dans leur intérieur, pendant qu‘on leur pompe à coups de cartes de fidélité gratuites ce qu’ils pensent avoir gagné et qu’on leur redonnera taxé le mois prochain… 

A 16h10, le vendredi, les rues, toujours commerçantes sont l’illustration du cercle vicieux dans lequel je ne suis pas tombé.

Je ne travaille pas, ça coupe court à toute négociation sournoise.

Mon cercle vicieux à moi, c’est moi.

Libre de tourner en rond, en moi-même, sans attache, sans contrat. Ni avec l'Etat ni tout autre employeur, sans contrat de mariage, ni forme de famille, je saute le trou de la Sécurité Sociale, pas même affilié à une quelconque « caisse de », sans crédit auto d’ailleurs, je compte sans banque écouler les quelques liasses de cash qu’il me reste, vestiges d’un passé florissant à peine heureux.

Je suis hors statistique Insee sans être un paria.  

Je ne gêne personne. Ne dépend de personne. N’existe pas. Ou peu.

J’ai choisi de glisser jusqu'à ce que le toboggan de l’oisiveté me pète la gueule contre un mur, histoire de voir si je réagirai ou crèverai du choc.  

Glisser oui, mais sans hâte, prenant le temps d’observer qu’on ne me remarque plus.

D’une scène de show au âpre spectacle de mon retour à l’anonymat, j’ai maintenant la lucidité de voir que je suis devenu transparent.

Encore que les ruines d’un fan club de quelques 3000 fidèles suivant ma non-actualité depuis des années sur ma page web communautaire me sauve l’ego et l’effrite en même temps.

Avant ma cote suivait les fluctuations des parts d'audimat de TF1.  Aujourd’hui mon audimat de 3000 m’offre une visibilité formatée répartit entre:

- 15% d’anciennes pucelles désormais heureuses mères de « Kevin » ou « Kelly » qu’elles poursuivent, friteuse sous le bras, dans un pavillon Kauffman&Broad  d’une banlieue du 76 ;  

- 8% de gogos danseuses ramassées dans les clubs mytho-miteux que je transpire parfois à base de vodka-coc pour dorer de glam’glauque mon existence cafardeuse

- 6% de « gens du métier » avec qui je n’ai jamais travaillé, mais c’est toujours bon d’avoir ça dans sa vitrine ;

- 2 % de vrais amis, d’enfance le plus souvent ;

- Le reste que je n’identifie pas, qui me survole parfois. Une indifférence réciproque malgré une supposée connectivité. 

Finalement c’est peut-être la part la plus honnête de mon portefeuille d’individus ? 

De ce tout mélangé je reçois 500 « pouces levés » les jours de succès de mes faibles publications. Je leur poste ma belle gueule, mon capital survie… qui génère donc seulement un sixième d’intérêt sur l’ensemble de ma communauté dans les moments fastes. Alors je confirme : même sur le web on ne me remarque plus.

Encore qu’elle m’avait remarquée, et ça j’avais pas eu le temps de le voir.

Suis pas exactement le genre de mec sur lequel on s’arrête, pas une femme la trentaine à l’aise en tous cas.

Pourtant elle l’a fait, et plus encore, me pointant du doigt au milieu d’une foule d’anonymes, elle m’a asséné « Ca sera Toi, enfoiré ».

Je connaissais des gens qui connaissaient des gens qui connaissaient des gens qui la connaissaient, et elle aussi. 

D’après la bible des réseaux sociaux, nouvelle vague de l’approche décomplexée, nous étions « amis ». Elle faisait partie de la « part la plus honnête ».

Bref, la rencontre 2.0 que t’as pas vu venir, noyé dans la masse de contacts groupiesques, l’uppercut placé parfait : je regardais mes pieds, elle m’a relevé le menton, forcé à regarder là-haut, là où elle semblait siffloter gaiement la Vie et déclencher par là même une vibration de discussions que je n’avais plus, sur tout et rien, sur le monde, sur moi. 

Taclé à distance,  avec le sourire, sans l’ombre d’un KO mais avec l’envie de me faire remonter sur le ring...Gratos.

En fait on s’est tombé dessus dans le hasard virtuel, si tant est que la coïncidence existe. 

Y a pas plus d’explication à se reconnaître dans le regard de quelqu’un au détour d’un rayon de supermarché, haut lieu du mythe du Coup de Foudre, qu’à se flairer sur le Web. Ce qui compte c’est de se voir. Et la pupille qu’elle dilatait sur moi, sans que je ne l’aie encore rencontré me donnait le sentiment de la connaître depuis toujours et ne pas être étranger à sa vie. 

On a explosé le trafic web reliant le nord et le sud de la France à base d’emails frénétiques à tout se dire, même plein de riens, jamais enclavés dans ce que le quotidien a de lourd, chacun posté au seuil de ses fantasmes, assez mûrs pour être cueillis par ceux de l’autre. Elle était idéaliste. J’idéalisais ce qu’elle écrivait, non sans talent d’ailleurs. Une romance épistolaire ponctuée de caresses, d’étreintes voraces et d’impatience.

Elle a organisé la Rencontre, celle en 3D. M’a jeté dans un avion, m’a fait déposer dans un hôtel haut de gamme qui surplombait la baie azuréenne, dont le cachet ne trahissait pas son goût pour les choses authentiques.  

Elle m’attendait en haut de cette route étroite, hostile au trafic, décourageante pour les curieux, tout sourire sur ses escarpins noirs vernis, dans sa chemise blanche sans soutien-gorge, naturelle, sobre et solaire. Je l’aurais reconnu même dans le hall bondé de l’aéroport. Elle avait choisi pour Notre moment, la discrétion. Une discrétion hors du temps. 

Ne pas mettre de soutien gorge. J’avais trouvé ça classe. Avec d’autres j’aurais trouvé cela aguicheur. 

Je n’aurais jamais dû oublier cette sensation distinguée et apaisée pour notre avenir.