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Ce qui suit actuellement se veut comme une coque fissurée de l'être qui intègre son chaos interne. Conflit ou Harmonie, les histoires des quidams, si on peut les appeler ainsi, suggèrent non pas une prise de conscience de notre similitude, mais notre aptitude à nous compliquer l'existence. L'ordre de passage est hasardeux et la succession est fortuite, comme cet amas de pensées pendant un quart d'heure bien précis de ce qui peut se passer d'intrigant dans l'esprit que l'on pensait étriqué, des êtres ou de l'être en proie à son propre reflet. La remise en question n'est pas une vertu, mais juste un filtre dans lequel se plonge une poignée d'êtres qui ne craint pas le jugement. Mais qu'est-ce que le jugement, si on arrive pas à se voir soi-même sous la lumière de son essence ? L'existence pour ces derniers vient en dernier et vice versa. Une plongée dans le trouble vécu différemment au gré de plusieurs situations allant d'une banalité fugace vers des fulgurances internes. Dans ce sens, à la sortie d'une réflexion désincarnée, l'ordinaire devient extraordinaire, et dans la continuité, le contraire est aussi juste en ce sens. L'incarnation du thème de l'existence ne se conjugue point avec la légèreté des interprétations simplistes.
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Veröffentlichungsjahr: 2024
Aphorisme de départ
Quidam 1 : L’Éternel indécis
Quidam 2 : L’Écrivaillon
Interlude littéraire
Quidam 3 : L’Origine du monde
Méditation sémantique
Quidam 4 : Elle
Quidam 4 (bis) : Lui !
Quidam 5 : Sisyphe
Interlude littéraire 2
Quidam 6 : Le Spectateur
Interlude musical
Quidam 7 : Quidam à la cigarette
Quidam 8 : Quidam au livre
Interlude addictif (Addiction)
Quidam 9 : Le Porte-flambeau
Épilogue
Ô figure de nuit entre étoiles et magie, sombre est ta présence et douce fut ta mélancolie.
Encore une phrase incompréhensible, encore un conglomérat d’amalgames… que la frontière peut être mince entre le génie et l’imposture !
Pourrait-on s’avouer qu’on est les deux à la fois et s’avouer qu’on marche d’un pas hésitant vers cette tromperie envoûtante ?
Les personnages se suivent et se dissemblent, caractère énigmatique des uns en comparaison des autres… que de choses qui nous rapprochent.
Épier tel un protagoniste et s’avouer vaincu par la condition de l’homme, perdu quelque part entre l’être et le quidam qui dame sa peine et se repent de sa haine.
À l’aube, toujours la même routine, les mêmes pensées matinales. La télé est restée allumée toute la nuit avec les infos en boucle. Qu’importe, je me dis que mon cerveau a enregistré la moitié des sottises télévisuelles d’un vendredi soir sans goût, à l’audimat composé de mecs comme moi, qui ont sûrement refusé ou refuseront de s’exprimer sur leurs actes manqués. Le décor est plombé en tirant le rideau, ça doit cailler dehors, ce n’est pas trop bon pour mes sinus, telle est la première pensée qui me replonge dans mon être présent et pesant. Mon état actuel, moment T, le plus important en somme, celui où je suis le plus présent par mon absence. La soirée d’hier n’était pas folle, presque routinière. Rentré du taf à l’heure précise où mes transports pointent, en prenant les minutes de retard nécessaires pour maudire le monde urbain qui m’entoure. Me faire à manger, checker mes mails en attendant l’inattendu. Me rendre à l’évidence : je suis le stéréotype du mec moyen, celui que j’ai toujours haï durant ma vie d’adolescent.
Hier, j’ai croisé cette fille au travail, je l’ai vue au loin avec sa démarche saccadée, je ne connais pas encore son nom, il doit nécessairement se terminer avec une voyelle à l’image de toutes les femmes de sa catégorie. En fait, j’adore classer les gens dans une caste qui n’est ni sociale ni formelle, ni une forme de distinction personnelle qui me permet de me sentir en sécurité. Par la même occasion, j’évite de me placer dans l’une de mes catégories, je sais par avance que je finirai par être honnête envers moi et vu que c’est le début de la journée, je n’ai nul besoin de démarrer sur une perception négative de moi-même.
Je sors de mon appartement à 7 h 45, pratiquement comme chaque jour, prêt à arpenter la vie sous la brume matinale et deux étages plus bas, je me pose la question de savoir si j’ai bien fermé la porte de chez moi. Je me pose toujours cette question après être sorti, je remonte, je revérifie par simple précaution et je trouve mes deux tours de clé intacts. Ça se passe souvent, mais « vaut mieux prévenir que guérir » comme on dit. Par précaution, je laisse fréquemment une lumière allumée au cas où, ça évite bien des idées à des personnes mal intentionnées. Je me dis qu’avec la télé que j’oublie chaque soir, la facture d’électricité doit être salée, mais la sécurité n’a pas de prix et mon confort personnel non plus, et puis de quel confort parle-ton ? Je suis conscient d’appartenir à une époque soumise à une dualité infinie, à des conceptions diverses qui ont, somme toute, le droit d’exister. Moi je suis au milieu, comme la ligne jaune d’une route asphaltée, je ne prends pas de risque et j’attends le feu vert pour traverser l’artère principale de ma ville moyenne moyennement distinguée pour me rendre au bureau.
Je marche et je me retourne parfois en arrière. Dans chaque femme que je croise, je sens un peu de la fille du boulot. C’est fou, depuis une semaine, je presse le pas en pensant à elle et au fait de la voir encore une fois sans rien tenter ou, peut-être si. Après une dizaine de tentatives ratées dans mon subconscient qui finiront par une remise à niveau de mes songes, ou une excuse débile qui fera de moi, à la moindre maladresse, un pervers de plus au travail aux yeux de la gent forte et sensible à la fois… Qui a dit que Dieu était une femme ? Je ne me souviens plus, mais à quoi bon y penser ? Il est 7 h 55 et je commence à me rapprocher du carrefour.
Dans mes élans de solitude, je soliloque en me rappelant que le malheur m’a tout de même épargné : j’ai un travail et un chez-moi, j’ose même laisser la lumière allumée. Financièrement, j’arrive à gérer mes fins de mois. Je me rappelle mes jeunes années d’étudiant. Je n’aurais pas espéré mieux. Je m’autorise des sorties de temps à autre, des collègues de bureau ou d’anciens amis, ça me permet de me reconnecter avec l’autre. Je sais pertinemment que mon problème de catégorisation me pousse par moments à considérer tous les autres comme une seule et même entité. C’est une arrogance interne assumée, un péché matinal qui me revient de plein fouet. Je suis arrivé au boulot à temps, en ayant dans les oreilles la ballade de Nothing Else Matters de Metallica. J’aurais aimé avoir plus de temps pour apprécier cette musique, mais bon, l’heure est au spectacle, show must go on ! Mon masque est bien en place. Ça commencera par des bonjours en attendant la pause et ainsi de suite… que le spectacle de l’homme moderne commence !
Au fil de mes déambulations et élucubrations internes répétées, dans une illumination prosaïque, je conviens de ma future condition. Un air me vient en tête, je l’ai écrit au fil d’une prise de conscience toujours en cours… un air bienveillant… sacralisant mon entrée timide dans la vie du commun :
« À mon entrée, en titubant, le regard au loin, je sentais au foisonnant de mon désintérêt ce qui a pu me préoccuper. Au loin, comme à l’approche du néant, la brume, en introduction de ce soir d’hiver où le solstice guette. La vie fut, et rien ne se passa. Mon reflet dans une glace entourée de buée annonciatrice d’une suite peu commune, d’un relâchement comme par intérêt commun. Douce tendresse de l’être désincarné… aux sens troublés. Maladie du siècle d’un contenant sans contenance, d’une épave rouillée, d’os raclés. Vie au loin, vis en satire, vie de faits et gestes de plomb, aussi belle est la brume des silhouettes vierges de sens, aussi belle est la buée de l’impersonnel, aussi profonde que se situe mon errance de ce commun monde aux idées communes. Du chaos naquit l’inspiration et la vie reprend son droit ultime. Nous ne naissons guère tristes, mais nous nous habituons à la joie. »
Je me suis toujours imaginé comment ma vie serait si j’avais appris à jouer de la guitare. C’est cette pensée intempestive qui est venue s’incruster entre deux feuilles de calcul Excel. Ma collègue m’a invité à un afterwork dans un bistrot du coin, j’ai dit que j’avais à faire, c’était faux ! Quel genre de musicien aurais-je pu être ? un mélange savant d’introverti à la Kurt Cobain et, une fois l’instrument à la main, une exubérance assumée de type Jimi Hendrix ou Stevie Ray Vaughan. Au lieu de cela, je jongle avec mes feuilles de calcul, je me console en me disant que le génie est une question de domaine et disons que moi, j’aime bien écrire et m’asseoir sur mon bureau. Après un coup d’œil en direction de mon cellulaire, je prends conscience d’un événement inhabituel, une série d’appels manqués d’un numéro non enregistré. Je décide de prendre ma pause, il est 9 h 30 et ça caille, mais pas assez pour calmer ma curiosité, je recompose le numéro, je regarde autour de moi, je prends mon briquet et j’allume ma clope du bout des lèvres avec ma main droite. Une voix féminine me répond :
— Bonjour monsieur… Nous sommes la maison d’édition à laquelle vous avez soumis votre manuscrit il y a deux mois, et nous avons le plaisir de vous annoncer que votre production littéraire a attiré notre attention, nous vous proposons un rendez-vous avec notre responsable éditorial.
