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Que s'est-il réellement passé derrière le rideau de l'Hyper Cacher ? Après les best-sellers Le Code d'Esther et le Secret de la Ménorah, Yohan Perez vous livre une enquête inattendue sur l'attentat de l'Hyper Cacher, avec un témoignage inédit Le 9 janvier 2015 en début d'après-midi, soit deux jours après le drame tragique de l'attentat contre Charlie Hebdo qui a mis la France en émoi, un terroriste de la même sphère djihadiste que les frères Kouachi rentre dans un supermarché cacher, porte de Vincennes, pour y commettre l'irréparable. Son but ultime: assassiner le plus de personnes possibles... Quatre hommes y laisseront la vie: Yohan Cohen, 20 ans, Philippe Braham, 45 ans, François-Michel Saada, 64 ans, Yoav Hattab, 21 ans. Etes-vous prêt à vivre en immersion ce huis clos de quatre heures quatre avec les otages ? Attention certains passages peuvent heurter la sensibilité des lecteurs.
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Seitenzahl: 164
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Avertissement
Prologue
Chapitre 1. Hyper Cacher, caméra 1
Chapitre 2. Hyper Cacher, caméra 2
Chapitre 3. Hyper Cacher, caméra 4
Chapitre 4. Hyper Cacher, caméra 4
Chapitre 5. Hyper Cacher, caméra 12
Chapitre 6. Cellule de crise du RAID
Chapitre 7. Entre l’ombre et la lumière
Les Victimes
AUTRES OUVRAGES DE YOHAN PEREZ
Le Code d’Esther co-écrit avec Bernard Benyamin, First Editions, 2012 Prix Wizo 2013
Un lundi noir à Toulouse, co-écrit avec Laure Beaudonnet, First Editions, 2017
Le Secret de la Ménorah, co-écrit avec Bernard Benyamin, First Editions, 2019
Hyper-Héros, co-écrit avec Camille Salomon, HeyEditions, 2022
Aux deux héros de ma vie : Haya-Sarah et Ethan.
Yohan Perez
Le livre que vous tenez entre vos mains peut vous paraître semblable à de nombreux ouvrages déjà lus. Au bout de quelques pages, vous pénétrerez au coeur de l’attentat de l’Hyper Cacher, au plus près du terroriste. Tous les faits et tous les personnages qui apparaissent dans ce livre ne sont pas sortis de mon imagination. Ils existent, ils sont réels et pour certains personnages, ils y ont laissé leur vie…
J’ai changé le nom de mon héros, pour des raisons évidentes de sécurité.
Quatre heures quatre raconte l’enquête à travers un témoignage inédit de cette prise d’otage, sans censure, avec les moindres détails, au risque, peut-être de heurter votre sensibilité.
Faites-moi part de votre ressenti après votre lecture en nous écrivant à l’adresse suivante :[email protected]
« Pourquoi vous êtes là ?
— Je suis là parce que l’État français a attaqué l’État islamique.
— Vous avez reçu des instructions ?
— Oui.
— De qui ?
— De la part du calife. »
Échange entre un journaliste de BFM TV et Amedy Coulibaly retransmis lors du procès des attentats de janvier 2015.
« Vous êtes de quelle origine ?
— Juive.
— Vous savez pourquoi je suis là alors.
Allah Akbar ! »
Cela fait déjà trente minutes que la matinée de travail de Yoav est terminée. Le sourire aux lèvres, il déambule dans les couloirs de son entreprise, une société de commerce international. Il mesure sa chance d’y réaliser son BTS. Il salue ses référents en passant devant les différentes salles, pressé de rejoindre son petit appartement.
Quand il y pense, il est vraiment chanceux que le directeur ait accepté de lui aménager un espace de vie au sein même de cette entreprise. Dans sa poche, son téléphone sonne, il l’attrape, presse le pas et décroche alors même qu’il tourne la clef dans la serrure de son chez-lui.
« Allo ?
— Salut, cousin ! Toujours OK pour ce soir ?
— Bien sûr, compte sur moi ! Odia sera là aussi ?
— Évidemment qu’elle sera des nôtres !
— Tu veux que j’apporte quelque chose, du vin peut-être ?
— D’acc, on fait comme ça ! Dix-neuf heures ?
— Oui, je termine à dix-huit heures, le temps de me doucher et d’arriver !
— Super ! J’ai hâte de te voir ! »
Yoav raccroche, son grand sourire s’épanouissant sur son visage juvénile. Ce soir, c’est shabbat, le temps s’arrête. Son mobile et sa tête se mettront en mode déconnexion. Il lui tarde de retrouver ses cousins et sa jeune soeur, Odia.
12 h 40.
Il a une bonne heure devant lui, donc assez de temps pour aller acheter du vin et peut-être même un sandwich. Comme ça, aucun risque de se mettre en retard. Le magasin cacher sera probablement pris d’assaut en fin de journée. Il se passe un peu d’eau sur le visage et une main dans les fins cheveux noirs qui lui tombent devant les yeux. Enfin, il rajuste son blouson, prêt à affronter le froid mordant de l’extérieur.
À peine cinq minutes de marche le séparent du magasin. Il quitte son appartement et longe tranquillement l’avenue du Général-de-Gaulle. Comme d’habitude, la circulation est dense, les automobilistes font grise mine derrière leur volant, les autres piétons marchent à vive allure, espérant échapper aux rudes températures et à l’humidité glaçante. Pourtant, Yoav ne se départ pas de sa joie de vivre. Il songe à la soirée qui l’attend, se raccroche à ses rêves, comme celui de visiter Chypre ou Malte. Cela lui réchauffe le coeur et l’aide à affronter le gel du mois de janvier. Il hésite encore sur la destination de ses prochaines vacances. Le soleil de Tunis lui manque aussi, tout comme les soirées foot dans les cafés avec ses frères et ses amis, avec une glace à la main, à profiter de la chaleur et du bonheur d’être bien entouré.
12 h 42.
Il tourne à gauche, suit la D120, faisant fi du bruit des moteurs, des klaxons. Il ressent une grande de fierté lorsqu’il pense à sa famille : sa soeur, Odia, suit ses traces à Paris ; ses frères mènent tranquillement leur route ; son père, Benyamin Hattab, est un rabbin respecté de Tunis et fait la fierté de ses proches. Lui, il espère travailler dans les relations internationales, le commerce peut-être. Il aimerait mener sa vie entre Paris et Tunis, et pourquoi ne pas créer son entreprise. La vie semble lui ouvrir grand ses bras, il a l’impression de n’avoir que l’embarras du choix. Il se sent béni, tout comme ses proches semblent l’être.
12 h 43.
Il prend à droite, avenue de la Porte de Vincennes, et continue le long de la rue du Commandant-L’Herminier. Le ciel s’alourdit, chargé de menaces… mais Yoav n’y prête pas attention. Il avance fièrement, la tête haute et les yeux rieurs. Il compte les heures qui précèdent sa déconnexion parfaite avec le reste du monde.
La soirée va être mémorable, songe-t-il. Sa famille, sa chère petite soeur, des rires autour de la table, une harmonie parfaite. Il lui tarde d’avoir ses parents au téléphone, pour leur souhaiter, comme d’habitude, un très bon shabbat et pour avoir des nouvelles du pays.
12 h 44.
Il tourne à gauche et aperçoit l’enseigne bleue un peu plus loin. Il accélère, pressé d’échapper au froid infernal et de se réchauffer au sein de l’Hyper Cacher.
En pénétrant dans le magasin, il est accueilli avec le sourire chaleureux de Zarie, la caissière qu’il trouve si jolie…
« Salut, Yoav ! » s’exclame Lassana.
Yoav s’éloigne vers le rayon des vins, s’attarde sur les étiquettes, ne sachant pas lequel choisir. Il préfère prendre son temps et jeter son dévolu sur la bouteille qui fera l’unanimité durant cette soirée, celle qui permettra de rendre ce moment si mémorable.
Yoav Hattab, 21 ans, célibataire. Né le 18 avril 1993. Décédé le 9 janvier 2015.
Victime d’un acte terroriste.
La cuillère levée, Philippe se concentre, prend une grande inspiration et s’apprête à imiter le seul bruit capable de faire ouvrir la bouche de son enfant :
« Tchouuu tchouuu ! » s’exclame-t-il alors, tandis que battent les petites mains joyeuses devant lui.
L’enfant ouvre grand la bouche, les yeux ébahis, et la cuillère débordante de purée s’élance alors, survolant des montagnes russes invisibles, avant de se loger au coeur des petites joues gloutonnes.
L’enfant avale, sourit et en redemande.
« Tu penses qu’on a bien fait de mettre les enfants à l’école aujourd’hui ? lâche sa femme dans un souffle.
— Mais oui, ne t’inquiète pas, ils vont l’attraper, ce petit con. Personne ne reste impuni en ce monde. »
Sa femme lui sourit, même s’il ne le voit pas, trop occupé à assurer le spectacle devant les grands yeux noirs et innocents qui lui font face.
La veille, un fou a assassiné une policière à quelques mètres à peine d’une école.
Clarissa Jean-Philippe, née le 1er septembre 1988, décédée d’une balle dans le dos le 8 janvier 2015 d’un acte terroriste. À 26 ans seulement.
Avec Valérie, Philippe en a beaucoup discuté, ils espèrent un jour gagner Israël, faire leur Alya1, un rêve qu’ils chérissent depuis longtemps. Jamais la situation en France ne leur a semblé aussi anxiogène et propice à un départ. Mais, des rêves, ils en ont d’autres. Philippe vient de lancer son agence d’assurances vie et répond à une vraie demande. Pas question de repartir de zéro pour l’instant. Sa femme, elle, rêve de passer son concours de professeur des écoles.
Ils viennent d’amorcer de grands changements dans leur vie et ils ont hâte de voir aboutir ces rêves-là, montrant ainsi à leurs trois enfants que la détermination et la passion peuvent être les moteurs essentiels d’une vie personnelle et professionnelle épanouie.
« À quelle heure viennent-ils dîner déjà ce soir ? redemande Philippe, un peu tête en l’air, qui a un instant oublié qu’ils avaient des invités pour Shabbat.
— À dix-huit heures, je te l’ai dit au moins une dizaine de fois ! » s’amuse Valérie, le coeur débordant d’amour.
L’ultime cuillère, les dernières montagnes russes et Philippe se lève, embrassant les cheveux fins de son dernier né, se gorgeant ainsi des effluves du savon et de l’enfance.
« Je file acheter deux ou trois bricoles.
— D’accord, reviens vite !
— Promis ! »
Valérie le rejoint dans l’entrée et lui donne un dernier baiser.
Il attrape les clefs de sa voiture, sourit en songeant aux réflexions moqueuses de ses amis.
Philippe n’est pas sportif et ne nourrit guère l’envie de le devenir. Plus vite il sera parti, plus vite il sera rentré. Pour une fois qu’il ne travaille pas un vendredi !
Il fourre la liste des courses dans sa poche : du boeuf, des pois chiches, des aubergines et du vin.
La prochaine fois, se dit-il, je ferai les courses la veille, histoire de n’avoir à penser qu’à mes enfants et au repas que je pourrai mitonner tranquillement.
13 h 00
Arrivée à l’Hyper Cacher. Pas grand monde dans le magasin. Génial, pense-t-il, ce sera vite fait bien fait. Il dégaine son sac, salue la gentille caissière et hoche la tête à l’adresse des autres clients. Tout comme lui, la plupart se trouvent là pour acheter les derniers mets oubliés pour fêter shabbat comme il se doit.
Il va d’un rayon à l’autre, prend quelques minutes, le temps de choisir de bons produits et puis se laisse tenter par ce qui n’est pas sur sa liste. Après tout, se dit-il, il faut bien se laisser aller de temps en temps. La soirée n’en sera que plus festive, plus mémorable.
Philippe Braham, 45 ans. Né le 9 juillet 1969. Décédé le 9 janvier 2015.
Victime d’un acte terroriste. Laisse derrière lui une veuve et trois enfants.
1. Acte d’immigration en terre d’Israël par un Juif. Les immigrants juifs sont appelés « Olim ».
Yohan est en poste depuis l’ouverture du magasin à neuf heures. Les clients ne cessent d’entrer et de sortir. Le flux est modéré, mais continu. C’est l’un des plus gros jours de la semaine, c’est toujours comme ça le vendredi. Il sait que jusqu’à la fermeture les clients viendront acheter les derniers mets manquants pour préparer le repas traditionnel qui marque le début d’un week-end de repos. Lui, il le passera avec toute sa famille.
Il a déjà repéré les habitués : Yoav, le petit jeune que connaît Lassana, venu acheter du vin ; M. Braham, le père de famille, toujours joyeux, qui ne s’éternise jamais dans les rayons. Un homme avec une casquette se trouve là également, il est accompagné d’un ami, semble-t-il. L’un comme l’autre flânent dans les rayons, le deuxième homme remplissant son Caddie.
Yohan pense brièvement à Sharon, sa fiancée, celle pour qui il a tout lâché pour rentrer dans la vie active. Son objectif ? Travailler et se marier rapidement pour fonder une famille.
« T’es dans la lune, Boss-Boss2 ! » s’exclame Lassana en rigolant.
Pris en flag, pense-t-il en souriant.
« Alors, tu fais quoi ce soir ? reprend son collègue, profitant du calme qui règne généralement dans le magasin à cette heure-là.
— Ma famille et celle de Sharon se rejoignent pour le dîner. On se marie dans un an ! Faut qu’on s’habitue à passer du temps tous ensemble ! » lance-t-il joyeusement.
Dehors, il fait toujours gris, très froid ; mais, dans le coeur du jeune homme, c’est toujours l’été. Il retourne à sa palette, aux produits qu’il doit ranger sur les étagères près de la vitre, pour combler le vide du raz-de-marée causé par les clients. Il aime se trouver là où son regard peut se perdre au loin. L’hiver est une saison qui lui plaît, qui a du charme selon lui, même s’il préférerait être en terrasse avec ses copains, à trinquer à l’une des victoires de l’Olympique de Marseille. Il apprécie tout de même le calme qu’apporte bien souvent le manteau neigeux.
Soudain, un coup de klaxon retentit et le fait sursauter. Des éclats de voix font brièvement monter sa tension. La veille, une policière de 26 ans a été tuée près de l’école. Sharon, sa fiancée, ne voulait pas qu’il vienne travailler aujourd’hui. Mais le boulot, c’est le boulot et il n’y a pas de petites économies, surtout l’année précédant le mariage ! C’est le prix à payer s’ils veulent rapidement emménager ensemble. Il va falloir gagner sa croûte.
« Qu’est-ce qui se passe ? murmure Lassana, un trait soucieux se dessinant sur son front.
— Bah, des mecs qui se grillent l’un et l’autre la priorité, comme d’hab. »
Rassuré, Lassana s’éloigne. Il se retourne néanmoins pour dire à son ami :
« T’as jamais l’air d’avoir peur, toi.
— Dehors, c’est la jungle, et là j’ai peur. Tu sais, généralement je préfère avoir ma capuche et garder ma kippa à l’abri des regards. Quand je sors d’ici, souvent je retourne mon sac de courses, pour ne pas montrer le nom de l’enseigne… À l’intérieur, c’est différent. Dans ce magasin, je n’ai pas à cacher que je suis juif, tout le monde s’attend à nous trouver là. J’imagine que ceux qui ne nous aiment pas ne seront pas assez fous ou stupides pour venir jusqu’ici.
— Tu sais qu’il y a des tarés partout…
— On est tous humains, on est tous frères. Je préfère me raccrocher à cette idée, ça m’aide à rester calme et à ne pas m’inquiéter pour rien.
— T’as sûrement raison, Boss-Boss… »
Yohan regarde son ami s’éloigner d’un air triste, il n’aime pas cette inquiétude qui enveloppe sa communauté depuis quelque temps. Il faut rester optimiste, se dit-il. Plus que quelques heures avant que sa journée prenne fin, il pourra enfin retrouver sa dulcinée. Il tourne le dos à la porte, à la vitre, puis reporte son attention sur les bocaux et les conserves.
Heureusement, dans le magasin s’élèvent les paroles de sa compil de rap. Celle que Lassana et lui aiment bien écouter. Ils ont la chance d’avoir un patron cool.
Il sourit, se concentre et chante dans sa tête les paroles qui remplissent l’espace :
« Je mettrai tout en oeuvre pour aller toucher mes rêves Je vivrai l’instant présent, car la vie est trop brève Seul Dieu sait ce qui est écrit pour moi Alors, je verrai bien, je fais mon chemin, demain on verra… »
Yohan Cohen, 20 ans. Né le 22 octobre 1995. Décédé le 9 janvier 2015.
Victime d’un acte terroriste. Laisse derrière lui sa toute jeune fiancée.
2. Surnom donné par Lassana Bathily à Yohan Cohen.
« Fais attention, papa, ne sors pas trop quand même.
— Ne t’inquiète pas, chérie. On ne va pas s’empêcher de vivre, hein ? Allez, dis-moi, quel temps fait-il en Israël ?
— Meilleur qu’en France, j’imagine. Il fait beau, papa.
— Je sais que tu t’inquiètes, ma puce. Mais crois-moi, tout va bien se passer. Je dois raccrocher, j’ai quelques courses à faire. Shabbat shalom, ma fille.
— Shabbat shalom, papa. Je t’aime. »
La phrase de sa fille tourne en boucle dans sa tête tandis qu’il écoute les informations à bord de sa berline.
Traversant tant bien que mal le Paris très encombré des heures de pointe, il ne se décide pourtant pas à changer de station. Deux jours seulement se sont écoulés depuis l’attentat contre Charlie Hebdo.
Il le pense, du plus profond de son coeur : il faut continuer à avancer, à regarder vers l’avenir, surtout ne pas regarder en arrière, sous peine de trébucher sur un obstacle.
Shabbat, pense-t-il, ce soir, j’aurai une pensée pour toutes les victimes et pour toutes ces familles au coeur brisé. C’est l’occasion de se réunir, de se changer les idées, de passer un moment agréable malgré tout, malgré toutes les menaces qui planent lourdement au-dessus de nos têtes. Il pense à Astérix, ce petit héros de papier qu’il aime bien. Non, se dit-il, le ciel ne nous tombera pas sur la tête.
Du pain ! Il ne manque que le pain, et il pourra profiter de l’après-midi pour préparer sa petite réception du soir, avant que sa femme ne revienne du travail. Il a le temps désormais de prendre soin d’elle, de s’occuper de tout. Ce sont les avantages de la retraite : profiter enfin de la vie. Plus de stress, plus de pression, plus d’obligations, plus de soirées passées au travail : il ne s’est jamais senti aussi serein !
Et puis un franc sourire fleurit sur son visage.
Le 31 décembre dernier, alors qu’il se trouvait avec ses enfants en Israël, son fils lui a annoncé une grande nouvelle : il allait être grand-père !
Aurait-il pu recevoir un plus beau cadeau que celui-ci ?
Grand-père ! Grand-père ! Je vais être grand-père…
Le bel évènement est prévu pour le mois de juillet. Il s’imagine déjà voyager davantage pour rallier Israël, et en profiter pour nourrir cet enfant à naître et ceux qui suivront de douces réflexions sur la vie et le monde qui les entoure. L’année sera donc placée sous le sceau des babillements et des petons à peine plus grands que sa paume.
Sa femme sera bientôt libérée de son travail également et ils partiront alors s’installer là-bas, près des leurs. L’avenir se profile, placé sous le ciel ensoleillé d’Israël, bercé de l’unité familiale.
12 h 55.
Presque arrivé. Le temps de trouver une place où se garer…
Il se replonge dans son passé, passe en revue son parcours, ce qu’il pourrait en tirer pour abreuver sa future petite-fille ou son futur petit-fils d’histoires insolites, capables de la ou le faire sourire, se questionner et profiter de ses expériences.
L’école de commerce, son service militaire au Gabon, son poste aux Galeries Lafayette comme acheteur de tissus, puis son intégration chez Biedermann, Cacharel, Tati, 3 Suisses et enfin son poste de directeur chez Wrangler. Il n’a jamais cessé de gravir les échelons, de s’affirmer, avec un seul et unique objectif : le bien-être de sa famille, la capacité de subvenir à leurs besoins. Ce qu’il a réussi et ce dont il est le plus fier.
En songeant à sa carrière, nul doute qu’il aurait de quoi alimenter les conversations avec sa descendance. Il s’imagine déjà en papi gâteau, « un peu gauchiste, un peu révolutionnaire dans l’âme », comme s’amuse à le décrire son beau-frère, celui qui dira toujours oui et jamais non.
13 h 04.
François-Michel est heureux, il ne voit pas l’agitation qui règne autour de lui, ni que le rideau de fer du magasin est en train de se baisser. Une seule pensée lui traverse l’esprit : Mon pain ! Mon pain ! Il me faut du pain à tout prix pour ce soir !
Alors il court, animé par l’envie d’accomplir cette mission. Il entrera, coûte que coûte.
François-Michel Saada. Né le 6 juin 1951. Décédé le 9 janvier 2015.
Victime d’un attentat terroriste à 63 ans. Laisse derrière lui une veuve et deux enfants.
« Tiens, prends ça.
— C’est quoi ? »
