Quatrième génération - Delphine Thelliez - E-Book

Quatrième génération E-Book

Delphine Thelliez

0,0

Beschreibung

"Quatrième Génération": Trois femmes d'une même famille racontent tour à tour leurs vies, ses épreuves et ses joies. "J'suis pas jalouse mais...": C'est l'anniversaire de Martin, tout le monde est là pour faire la fête, sauf le principal intéressé. Les langues se délient alors que tout le monde attend. "Gothic Lolitas !" : Quatre jeunes filles décident de créer un club de Lolita pour s'occuper après l'école. Mais l'une d'entre elles cache un terrible secret.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 162

Veröffentlichungsjahr: 2016

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Sommaire

Personnages

SUZANNE

MARIE

FANNY

SUZANNE

MARIE

FANNY

SUZANNE

MARIE

FANNY

SUZANNE

MARIE

FANNY

JULIA

J'SUIS PAS JALOUSE MAIS...

PERSONNAGES

Scène 1 : Thomas et Julie

Scène 2 : Thomas Julie et Maxime

Scène 3 : Julie, Thomas, Maxime et Philippine

Scène 4 : Philippine, Thomas

Scène 5 : Philippine, Thomas, Scarlett et Aurélien

Scène 6 : Aurélien, Scarlett, Thomas, Philippine, Julie et Maxime

Scène 7 : Thomas, Julie, Philippine, Maxime, Aurélien, Scarlett et Chloé

Scène 8 : Philippine, Chloé, Scarlett et Aurélien

Scène 9 : Julie, Thomas, Aurélien, Scarlett, Philippine, Chloé et Maxime

Scène 10 : Philippine et Julie

Scène 11 : Thomas, Maxime, Aurélien, Chloé et Scarlett rentrent

GOTHIC LOLITAS !

Personnages

ÉPISODE 1

SCÈNE 1

SCÈNE 2

SCÈNE 3

SCÈNE 4

SCÈNE 5

SCÈNE 6

SCÈNE 7

SCENE 8

SCENE 9

SCENE 10

SCENE 11

SCENE 12

SCENE 13

EPISODE 2

SCENE 1

SCENE 2

SCENE 3

SCENE 4

SCENE 5

SCENE 6

EPISODE 3

SCENE 1

SCENE 2

SCENE 3

SCENE 4

SCENE 5

Personnages

SUZANNE,la grand-mère

MARIE,la mère

FANNY,la fille

JULIA,la petite-fille

SUZANNE :

D'aussi loin que je me souvienne, il me semble que je l'ai toujours connu. J'ai grandi dans un petit village où tout le monde se connaissait. Son père était instituteur, le mien tenait une épicerie. Enfin, devrai-je plutôt dire l'épicerie, la seule du village. Je me souviens d'un gamin qui jouait aux billes accroupi devant le café où se rendait son père tous les soirs. L'épicerie de mes parents se trouvait juste en face. Debout derrière la vitrine, je le regardais parfois, jusqu'à ce que mon père ou ma mère ne me rappelle à l'ordre pour que j'aille faire mes devoirs.

Je n'étais pas amoureuse de lui à l'époque. On ne peut pas décrire cela comme ça. Disons que j'avais plutôt une sorte de fascination pour ce garçon aux yeux bleus qui s'amusait à tirer les cheveux des filles qui passaient trop près de lui. Il n'était pas très bavard. Lorsque mes parents croisaient les siens à la sortie de l'église le dimanche, et qu'ils se mettaient à bavarder, il baissait la tête, regardait ses pieds et feignait de jouer avec un caillou. Je ne devais pas l'intéresser. Les filles c'est nul, surtout quand elles sont sages et qu'elles se mettent à geindre dès qu'on les bouscule. Toujours à avoir peur qu'on salisse leurs beaux vêtements.

Il fallait dire que ma mère m'habillait comme une vraie poupée à cette époque. A la moindre occasion, elle me faisait enfiler des robes pleines de dentelle et de froufrous et me faisait faire des anglaises au fer à friser. A ce moment là l'expression « souffrir pour être belle » prenait tout son sens : je me trouvais tellement jolie dans la glace mais le fer me brûlait à chaque séance de frisage. Et la robe m'empêchait de bouger comme je le souhaitais. Je ne rechignais pourtant pas, je devais d'abord être une petite fille modèle avant de de devenir une sage et vertueuse jeune femme puis une épouse et mère dévouée. C'est un schéma qui me convenait, il ne me serait jamais venu à l'esprit d'aller à son encontre.

Mon enfance n'a pas été malheureuse. Tout s'est déroulé dans une ambiance de légèreté, l'époque voulait ça. J'allais tous les jours à l'école à pieds, en toutes saisons, mon cartable en cuir à la main. Je n'aimais pas particulièrement l'école, ce que j'aimais c'était y retrouver mes amies, jouer avec elles, leur dire mes secrets. Je n'étais pas mauvaise élève, mais je n'étais pas brillante non plus. J'avais vite tendance à m'ennuyer. Comme j'avais peur de me faire disputer par mes parents, je faisais le strict minimum pour avoir des notes correctes. A la fin de la journée, je retournais chez moi toujours à pieds. J'entrais par la boutique où ma mère se tenait derrière le comptoir, et elle me disait : « Comment était l'école ma poupée ? » Et je lui répondais : «Ça c'est bien passé. »

Je passais ensuite dans l'arrière boutique, notre maison. Je m'asseyais à la table de la cuisine. J'attendais quelques instants, avant de voir paraître Maman qui me servait un verre de lait et me faisait une tartine de confiture.

Ma meilleure amie Françoise était la fille du boucher. Joséphine et Gisèle nous rejoignaient parfois. Nous chantions, nous riions, nous nous racontions des histoires sur notre futur, sur l'homme que nous allions épouser. Sera-t-il beau ? Quel métier fera-t-il ? Dans quelle maison habiterions nous ? Combien d'enfants aurons nous ? Tout cela nous semblait si lointain.

Les jours où il n'y avait pas école, nous allions chez l'une ou chez l'autre, apportons nos plus beaux poupons pour jouer à la maman. Nous faisions semblant de donner le biberon ou de bercer un bambin que les dents faisaient souffrir. Je voulais absolument devenir une bonne épouse, et une bonne mère. Je n'avais pas d'ambition de carrière. Mon jeune frère reprendrait l'épicerie de mes parents de toute façon. J'irai m'installer avec mon mari, et j’élèverai ses enfants. Je m'y voyais déjà. Je me voyais quelques années plus tard, croiser le regard d'un bel inconnu sur la place du village. Il m'inviterait à faire une ballade et en me ramenant chez mes parents, il leur demanderait ma main. Il s'avérerait que ce jeune homme en question était un riche héritier et que nous irions alors nous installer à deux pas de là dans une immense demeure. Et nous ferions 6 enfants. Qui nous feront un tas de petits enfants.

J'ai fini par grandir et j'ai obtenu mon certificat d'étude de justesse. Il n'y avait pas de collège à proximité de chez moi. Je pouvais tout à fait arrêter l'école, mais mon père voulait une meilleure éducation pour moi. Je me suis donc retrouvée inscrite en pension à 100km de là, loin de ma famille et de mes amies, dans un collège tenu par des sœurs. Mes quatre années là bas m'ont paru bien longues. La petite poupée que j'étais n'avait plus droit aux coquetteries dont m'affublait ma mère. L'éducation dispensée là bas était stricte : on devait se tenir droites et porter, même le dimanche cette horrible blouse noire en laine qui me grattait en permanence. Moi qui ait toujours étais une jeune fille bien sage, la rigidité qui régnait au pensionnat me donnait une furieuse envie d'être dissipée. En secret je rêvais de déposer de la colle sur la chaise de notre professeur de français qui n'hésitait pas à abuser de la règle en bois quand nous ne connaissions pas nos leçons. Je me souviens de mon tout premier cours dans ce lycée, un cours de catéchisme. J'avais eu l'audace de mettre un ruban dans mes cheveux ainsi que les boucles d'oreilles en or que mes parents venaient de m'offrir. Je me suis retrouvée en retenue pendant toute une semaine, à recopier encore et encore des passages de la Bible. Mes parents ont aussitôt étaient prévenus par courrier du comportement de leur fille. Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée.

Je ne pouvais rentrer qu'à chaque vacances scolaires. Et cette fois-ci lorsque je suis revenue chez mes parents, mon père m'a mis une gifle qu'il estimait bien méritée. J'ai éclaté en sanglots. Quand mon père a eu le dos tourné, ma mère est venue me consoler et me dire que l'on n'avait pas à punir une jeune fille qui cherche à être jolie, et qu'elle aurait sûrement fait la même chose que moi au même âge.

Je suis donc allée pendant quatre ans dans ce collège, travaillant dur, me tenant droite en permanence. Ce que les religieuses ne savaient pas, c'est que lorsque nous nous retrouvions au dortoir seules, je me mettais alors à amuser la galerie en racontant des histoires, en chantant des chansons, ce qui m'a accordé une forte popularité auprès de mes camarades qui avaient besoin de se détendre dans cette ambiance pesante. J'avais réussi à trouver une cachette dans le plancher sous mon lit où je cachais des magasines de mode que je contemplais les yeux plein d'admiration pour ces modèles luxueux que portaient les dames des grandes villes. J'avais aussi dégotté un roman d'amour parlant d'une jeune fille tout juste sortie de pension qui croise la route d'un Lord anglais qui après bien des déboires finit par l'épouser et l'emmener dans son château dans la campagne anglaise. Les sœurs nous apprenaient la chasteté, nous invitant à épouser un homme capable de subvenir aux besoins d'une famille. Je rêvais plutôt d'un lord anglais que j'aimerais, et qui m'aimerait, jusqu'à la fin des temps.

Puis j'ai eu quinze ans et le mois suivant, je quittais la pension avec mon diplôme du brevet. J'allais vivre mon dernier été d'insouciance. En septembre de la même année, l'Allemagne envahissait la Pologne, entraînant la déclaration de guerre de la France et des Alliés.

--------------------------------------------------------

--------------------------------------------------

MARIE :

Après un premier garçon, ma mère espérait que son second enfant soit également un garçon, un petit homme qui soit la version miniature de celui qu'elle avait épousé. C'était raté. En ce jeudi 10 février 1950, c'est une petite fille qui a pointé le bout de son nez. Je ne pense pas que ma mère ait été déçue. De toute façon, elle ne voulait pas se limiter à ces deux enfants, elle voulait une vraie tribu.

Je suis née chez ma grand-mère. Mes parents habitaient Paris, mais ma mère ne voulait accoucher qu'en présence de la sienne, de mère. C'est pour cela que je suis née du côté de Reims.

Notre appartement rue Laffitte était plutôt petit, mais à l'époque les enfants du quartier pouvaient jouer dans la rue sans craindre quoi que soit. Mon père était comptable, je me souviens qu'il allait tous les jours travailler en métro. Ma mère restait à la maison, son activité se résumait à aller au marché les mercredis et vendredis, nous emmener au square place Saint George ou manger des gaufres sur les Grands Boulevards.

Tous les étés, nous partions en train vers les plages de la Rochelle. C'était alors la course entre les valises qui n 'étaient pas entièrement terminées, nous les enfants qui traînions, nous devions ensuite courir vers la bouche de métro la plus proche de chez nous, direction la gare.

Le voyage me semblait interminable, j'étais une petite enfant, il m'était difficile de rester assise plusieurs heures d'affilées avec pour seule occupation ma poupée, un livre d'histoire et le paysage qui défilait sous mes yeux. Heureusement, il arrivait toujours un moment où je m'endormais, la tête posée sur les genoux de mon père.

Nous arrivions le soir à la gare de la Rochelle et nous marchions ensuite jusqu'à cette petite maison appartenant à la famille de mon père. A moitié endormie à cause du voyage, j'avais l'impression de faire le chemin en somnambule. Ma mère me mettait alors au lit dans la chambre que je partageai avec mon frère. Je me réveillais très tôt le lendemain matin, excitée par le chant des mouettes et me précipitais dans la chambre de mes parents. Je n'en pouvais plus d'attendre d'aller à la plage, de mettre les pieds dans le sable dans la mer, de courir dans tous les sens.

Je sais que ça énervait ma mère de me voir aussi turbulente, elle aurait préféré une sage petite poupée, assise dans un coin dans sa belle robe de princesse. Au lieu de ça, elle avait hérité d'une mini tornade qui fatiguait tout le monde. Exténuée, elle finissait toujours par me dire :« Tiens toi tranquille, veux-tu ! Ce n'est pas comme ça qu'une petite fille modèle doit agir. Que vont dire les gens ? Crois-tu vraiment que tu trouveras un mari un jour, si tu continues comme ça ? »

Me trouver un mari. Maman j'avais 4 ans, tu pensais vraiment que je cherchais à me marier ? Même adulte je n'ai jamais cherché de mari.

Cette année-là, je trouvais maman plus fatiguée que d'habitude, elle ne me courrait plus après comme avant, elle se contentait de m'appeler lorsque je m'éloignais. Ou bien mon père s'en chargeait.

Je ne voyais pas beaucoup mon père le reste de l'année, je le découvrais au moment des vacances. Je le regardais lire son journal, assis à la table du salon. J'étais intimidée. Puis il baissait les yeux et me voyait en train de le regarder. Il me faisait une grimace, ça me faisait rire et il me prenait sur ses genoux, m'embrassant sur le sommet du crane. Je restais sans bouger pendant qu'il lisait son journal, respirant son parfum, l'eau de Cologne que ma mère lui offrait tous les ans pour sa fête.

Je m'entendais plutôt bien avec mon frère. Nous n'avions pas tout à fait deux ans de différence. On jouait à chat, on faisait des pâtés de sable. J'aurai aimé pouvoir grimper aux arbres comme lui, ou jouer aux petites voitures. Mais dès que ma mère me voyait l'imiter, elle intervenait, me demandant de jouer à la poupée, ou de faire un dessin plutôt. Maman, tu voulais un deuxième garçon n'est-ce pas ? Ne soit pas étonnée alors.

Puis nous sommes rentrés à Paris. La vie a repris son cours : mon père qui allait travailler en métro, nos jeux dans le square ou dans la cour de l'immeuble. Mon frère venait de rentrer à l'école primaire. Il avait un beau cartable de cuir, des cahiers, des crayons, j'étais jalouse. Maman ne m'avait pas inscrite à l'école maternelle, elle préférait me garder avec elle. D'ailleurs, elle m'avait appris à compter, à écrire mon nom et mon prénom. Mais quand même, j'aurais bien voulu aller à l'école avec mon frère, qui s'était fait un tas d'amis.

Il y avait quand même quelque chose d'étrange avec Maman. J'avais l'impression qu'elle était plus lente, plus fatiguée, plus irritable. Je pensais qu'elle en avait marre de moi et je faisais un effort pour être plus sage. Mais rien n'y faisait. Parfois même c'était Papa qui débarrassait la table le soir, chose qu'il ne faisait jamais avant.

Puis vinrent les fêtes de fin d'années. Comme tous les ans, nous allions chez mes grand-parents où avez lieu les festivités. Mon père ne restait que pour le jour de Noël, retournait travailler puis revenait pour la saint Sylvestre. Cette année-là, au lieu de repartir avec Papa au 1e janvier, Maman et moi sommes restées chez Mamie. Mon frère est parti avec mon père.

Je ne sais pas combien de temps nous sommes restées là-bas. Puis un jour, toute la maison s'est mise à s'agiter. Ma mère est allée s'isoler dans sa chambre. Je voulais aller la rejoindre mais grand-mère me l'avait interdit. Mon grand-père est alors arrivé avec un monsieur qui portait un gros sac, presque aussi gros que moi, je devinais que c'était un médecin. Mon grand-père m'a alors emmené me promener, il faisait très froid, de la fumée sortait de ma bouche. Nous nous sommes assis dans un café et j'ai bu un chocolat chaud. Il y avait de la buée sur la fenêtre, je me suis mise à dessiner dessus avec mes doigts. En face du café, il y avait un square avec un toboggan, nous y sommes allés faire un tour. Puis on est rentrés.

A la maison, la tension n'était plus là, il y planait plutôt une atmosphère triste. Est-ce que ma mère était malade ? Ma grand-mère avait un air grave. Elle s'est isolée dans la cuisine pour parler à mon grand-père, en chuchotant. Je les ai rejoins j'ai demandé où était Maman. Grand-mère m'a alors dit que je pouvais aller la rejoindre dans sa chambre. Je suis montée à l'étage. Ma mère était allongée dans son lit, les traits tirés, les yeux rouges. Quand elle m'a vu entrer, elle m'a attiré à elle et m'a serré contre elle. Maman, pourquoi tu pleures ? Elle m'a répondu « Ce n'est rien, Maman est juste très fatiguée. Je t'aime ma princesse. » . Je t'aime aussi Maman

--------------------------------------------------------

-------------------------------------------

FANNY :

Je n'ai pas connu mon père, du moins je n'ai pas connu mon vrai père. Certains jours ma mère me parlait de comment il était, ce à quoi il ressemblait, ce qu'il aimait, comment ils s'étaient rencontrés. D'autres fois, elle me disait qu'elle ne savait pas avec qui elle m'avait conçu, qu'elle en avait aimé plusieurs à la fois. Je me demandais alors si je n'étais pas issu d’une relation adultère, et que ma mère ne l'assumait pas.

J'ai grandi dans un appartement en banlieue parisienne, à Élancourt précisément, seule avec ma mère. Je l'admire pour tout les sacrifices qu'elle a fait afin que j'ai une enfance heureuse, qu'il ne me manque jamais rien. Elle travaillait beaucoup, elle était infirmière à l'hôpital Charcot, au Plaisir. La plupart du temps, lorsqu'elle travaillait, j'étais gardée par Mme Bouton, une dame d'une soixantaine d'année qui habitait deux étages en dessous du notre. Je n'aimais pas comment ça sentait chez elle, cette odeur très particulière, mélange de médicaments, de produits ménagers et de biscuits cuits au four.

Je préférais quand maman me laissait chez la famille Zerfaoui qui habitait sur le même palier, parce qu' ils avaient quatre enfants. Fouzia, qui avait mon âge, était ma grande copine. On était dans la même classe et on était inséparable. On l'a été jusqu'à notre adolescence, jusqu'à ce que je dérape.

Maman, pourquoi je peux pas aller chez Fouzia ? « Ses parents travaillent aujourd'hui. »

Mais j'aime pas aller chez Mme Bouton. « Je sais mon ange mais nous n'avons pas le choix. Allez, dépêche toi je suis déjà en retard. »

Ma mère était toujours pressée, chacune de ses actions étaient minutées. Malgré cela nous étions tout le temps en retard et devions courir: pour aller à l'école, pour aller chez les voisins, pour aller voir mamie.

J'aimais beaucoup ma grand-mère, elle était belle, elle ne faisait pas aussi vieille que Mme Bouton, elles avaient pourtant presque le même âge. Ma grand-mère s'habillait toujours en noir, les cheveux attachés en un chignon strict. On aurait dit une de ces veuves sicilienne. Un jour la voisine de palier de Mamie m'a dit que les seules fois où elle la voyait sourire, c'est quand ses enfants venaient chez elle.

J'aimais beaucoup aller chez Mamie, parce qu'elle habitait la grande ville, que ça bougeait beaucoup, et qu'elle m'emmenait toujours au cinéma, et parfois au théâtre. Mamie, elle me disait alors :

« Il faut te sortir un peu de ta banlieue. Tout est si pauvre là bas, rien pour se divertir. Je me demande ce que ta mère est partie faire là-bas. Je n'ai pas envie que tu deviennes une sauvageonne inculte. Mon Dieu, et ces vêtements ! Ma pauvre chérie, la prochaine fois que tu viens, je t'achète une nouvelle robe. »

Tu as bon goût Mamie en matière de robe, mais tu sais, Maman ne me les faisait enfiler que quand on allait chez toi. J'avais alors l'impression d'endosser un rôle, mettre ma robe me transformait en un autre personnage, la petite fille que ma grand-mère voulait que je sois.

Mais ce que j'aimais surtout c'est quand mon oncle Yves venait déjeuner avec sa femme Annick.