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De Maître Fosselle à la pilule savante en passant par une réflexion de Dieu lui-même, du 19e au 22e siècle, du sérieux à l'humour, du léger à l'ironie, le lecteur trouvera dans ces nouvelles, sous forme de fictions le reflet de réflexions et d'analyses personnelles de l'auteur avec des mises en scène inattendues. Un poème fait exception à la règle. Que d'amour à partager et à transmettre sur l'humain entre autres !
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Veröffentlichungsjahr: 2019
Maître Fosselle, drapier
La distraction dominicale
L’exception confirme la règle
Que d’amour !
Nathan le bienheureux
Olympia
La concession
La pilule savante
Tout ça pour ça ?
Le remords
L’expérience de dieu
Le caoutchouc
La réparation
L’interview radiophonique
Hector Fosselle a tout pour être heureux. Il faut dire qu’il possède la plus belle boutique de tissus en tous genres de la ville. Placée sur la grande place de l’hôtel de ville, à elle seule elle est une ode au commerce du textile. Sa devanture est composée de deux vitrines, chacune de quatre mètres, de part et d’autre de la porte centrale, porte qu’Hector vient de remplacer par un tambour actionné par un commis chasseur à la disposition de ses clientes.
Hector est satisfait de son ascension depuis qu’il a succédé à son père, qui avait succédé, lui aussi, à son géniteur. Cette activité se poursuit de père en fils, et Hector compte bien sur Auguste, son fils ainé de 27 ans, pour continuer dans cette voie. D’ailleurs, Hector souhaite lui exposer ses envies d’agrandissement et d’élargissement de son offre de produits.
Et puis à l’intérieur, que de tissus : des plus simples comme les draps de coton aux plus originaux issus de nombreux pays du monde : les alpagas et les cachemires côtoient les toiles de Jouy et les madras. Plus loin, on y trouve des tulles et des mousselines. Les serges, les tweed et les coutils sont au fond de la boutique après les cuirs et les taffetas. Pieds de poules, chevrons, Prince de Galle, moleskines et chevrons viennent compléter le choix de tissus. Les soies chatoyantes quant à elles sont mises en avant pour inviter à pénétrer dans cet antre de plaisirs textiles.
Se promener dans les larges allées de sa boutique, c’est comme errer dans une oisellerie aux plumages de toutes les couleurs, des unis sombres au plus clairs, comme des imprimés géométriques, à fleurs ou bariolés. Presque tous les sens sont excités : l’ouïe au froissement des tissus, la vue de cet environnement irisé, l’odorat par les senteurs mélangées de tissus neufs, le toucher à leur contact.
Toutes les confections sont permises, des simples mouchoirs aux robes les plus sophistiquées, du classique au fantasque, du caleçon au frac en passant par le spencer.
Ce qui fait la fierté d’Hector, ce sont aussi tous ces accessoires qu’il propose à sa clientèle : des classiques boutons aux perles multicolores, des boucles de ceintures aux papillons manufacturés.
Mais encore plus, sa grande satisfaction, c’est ce réseau de lampes à gaz qu’il a installé dans toutes les allées et au-dessus de tous les comptoirs de sa boutique. Grâce à cette installation, les clientes peuvent bien apprécier les détails de ses produits, et les vendeurs font admirer les couleurs chatoyantes des tissus. Il est moins nécessaire de se rapprocher de la vitrine, voire de sortir sur le trottoir pour apprécier les produits, par temps ensoleillé. Selon Hector, sa clientèle lui reste fidèle grâce à ce dispositif d’éclairage, et surtout, il a la satisfaction de voir de plus en plus de nouvelles têtes qui délaissent progressivement ses concurrents.
Oui, Hector se sent invincible. Sa renommée va au-delà de la ville. Il le mesure lorsqu’il rencontre ses fournisseurs qui le flattent sur son commerce. Oh, il n’est pas dupe ! On ne trompe pas facilement une si grande expérience dans ce métier : c’est bien l’intérêt de ses fournisseurs de lui caresser la manche. Mais il ressent aussi une certaine part de vérité dans leurs propos.
Et que dire de son personnel : sa plus grande victoire fut de recruter le premier vendeur de Parson, son principal concurrent. Un véritable coup dur pour ce dernier. Mais, dans les affaires, Hector considère qu’il n’y a pas de place pour le cœur. Les neuf vendeurs et les quatre commis permettent de satisfaire les désidératas des clientes. Et bien sûr, sa femme Ernestine est à la caisse. Hector se sent une âme de chef d’orchestre avec tout ce petit monde autour de lui.
Et bien sûr, il se considère le tuteur, le professeur, le maître d’apprentissage de son fils Auguste pour lui révéler toutes les ficelles de son métier.
Auguste est une source de fierté pour Hector qui le voit prendre très à cœur son rôle de futur successeur. Il apprend vite à conseiller les clientes, à les aider à faire le meilleur choix, à recommander les tailleurs selon leurs capacité, et surtout à orienter les clientes vers les produits les plus avantageux pour le bénéfice de la boutique. Bien sûr, il faudra aussi lui apprendre les ficelles de la négociation avec les fournisseurs, connaître les circuits d’approvisionnement. Mais déjà, Auguste s’intéresse aux nouveautés car il a bien pressenti que les clientes en sont particulièrement friandes. Et il n’est pas question de passer à côté.
Quant à son deuxième fils, Ernest, il veut devenir médecin. Son dernier fils semble vouloir embrasser une carrière militaire dans les colonies. Et pour sa fille, il faudra lui trouver un mari, si possible de bonne fortune.
Enfin, en dehors de sa boutique, Hector est une personne respectée. Il ne participe à aucune fonction municipale, ni cantonale, ni départementale. Mais à l’occasion de diverses manifestations organisées par les hommes politiques, sa présence est toujours appréciée. Et dans la rue, il est régulièrement salué avec déférence. Quand il revient à sa boutique, quelle satisfaction pour lui de contempler sa grande devanture et son enseigne qui balance au vent : « Hector Fosselle, Drapier ».
Dans les réunions de famille, sa parole est très écoutée.
En un mot, Hector a réussi sa vie. Dans deux décennies, certainement, il pourra se retirer avec satisfaction, acheter un manoir dans les vignobles alentours et profiter d’une vie près de la nature, y recevoir ses petits-enfants, dont l’un d’eux sera drapier, il l’espère bien. Et à l’inverse de son père, il arrêtera son commerce et laissera son fils seul aux commandes de sa boutique. Il transmettra le métier à son tour. C’est son souhait d’aujourd’hui.
Qu’il pleuve, qu’il vente, ou sous un soleil de plomb, à toute saison de l’année, la boutique ne désemplit jamais. Très rares sont les jours sans clientes qui viennent constater les nouveaux arrivages. Il n’est pas nécessaire de les informer. Auguste a compris qu’il suffit de laisser les chariots d’arrivages stationner longuement sur la place de l’Hôtel de Ville pour que la rumeur se propage dans les foyers bourgeois. Les lendemains, la boutique est pleine, les discussions animées, les envies de primautés ressurgissent et les rumeurs font écho dans les salons des clientes.
Ce dimanche là, il pleuvait fort. Personne ne souhaitait se risquer dehors pour la promenade dominicale dans le jardin public. La pluie martelait la véranda à l’arrière dans un bruit infernal. Chacun s’installait près des fenêtres pour recueillir le peu de lumière qu’un ciel orageux émettait.
- Dis Papa, se lance Auguste, je lis dans l’Excelsior qu’un pavillon de l’exposition universelle est entièrement éclairé par de l’électricité. C’est nouveau !
- Ce ne serait pas une de ces inventions qui va encore capoter ?
- Je n’en sais rien, mais ce doit être génial ! Pas de fumée, pas d’odeur.
- Je crois que c’est très dangereux. J’ai lu que des personnes ont été commotionnées dans des laboratoires ou des ateliers, du moins dans des endroits où on a testé cette élucubration de savants. Je me garde bien de m’intéresser à ces dangers.
Il se trouve que Gaston Hugard, le maire avant-gardiste de la ville, lit le même article et en retient un avis opposé à Hector. Et pourquoi pas dans sa ville ? Gaston Hugard a compris qu’une chute d’eau permet de faire tourner un générateur qui va délivrer un fluide ; et il se trouve que la Drave, la rivière qui passe fougueusement dans la ville possède une chute d’eau aux premières habitations qu’elle longe. Il suffirait d’installer le générateur à cet endroit et de faire circuler le fluide électrique à partir de ce lieu.
Evidemment questionné, Hector lui répond :
