Quelques nouvelles de vendée - Catherine Dutailly - E-Book

Quelques nouvelles de vendée E-Book

Catherine Dutailly

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Beschreibung

"Quelques nouvelles de Vendée" est un recueil qui nous entraîne, à travers treize histoires originales illustrées par des peintures de l'auteur, sur quelques-uns des sites les plus pittoresques de ce département des Pays de la Loire. Catherine, tout en nous faisant partager son intérêt pour la Vendée, mêle avec dextérité le réel et l'imaginaire et nous réserve quelques jolies surprises, toujours agrémentées d'humour et de poésie. A lire sans modération !

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Seitenzahl: 79

Veröffentlichungsjahr: 2016

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SOMMAIRE

L’étoile de mer

Rose

Un retard conséquent

La bouteille à la mer

Une visite inattendue

La carte postale

Souvenir d’Apremont

Vacances spéciales

Étrange similitude

Chocking !

Un tour à Boulogne

« Les bouchots »

La clé

L’étoile de mer

Saint-Jean-de-Monts

En ce premier dimanche de janvier, à 9 h, la plage de St-Jean-de-Monts est déserte ; une brume glacée recouvre l’océan dont les gris argentés se confondent avec les nuées. Nombreux logements, en cette saison, sont inoccupés et je me sens un peu seule dans le studio que j’ai loué sur le front de mer. Décidée à profiter de mes vacances, j’enfile un blouson, saisis une écharpe et descends marcher sur le sable dur et mouillé de l’estran.

L’odeur des algues et la fraîcheur du matin achevant de me réveiller, je m’achemine vers l’estacade, située à 45 mn de l’im-meuble où je réside. De temps à autre les vagues lèchent mes vieilles bottines, le soleil perce peu à peu les nuages et lorsque j’arrive au but, le ciel déploie un joli bleu faïence annonçant une belle journée. Je remarque alors un homme, penché au-dessus du sable, qui, à l’aide d’une grapette, en extirpe des pignons, petits coquillages bivalves, parfois nommés « flions » ou même « olives » et dont j’étais si friande lorsque j’étais enfant. Intéressée, je me rapproche...

– Bonjour ! Beau travail ! lui dis-je poliment.

– Bonjour ! me répond-il d’un ton bourru.

Il a dans les 70 ans, porte un pull-over bleu aux manches effilochées, un pantalon troué retenu à la taille par une simple ficelle et, raffinement suprême, un chapeau de paille défraîchi rivé sur son crâne et dont s’échappent quelques mèches grisonnantes.

– Hé ! Ne vous sauvez pas ainsi, je ne mords pas !

– Je ne veux pas interrompre votre pêche !

– Vous savez jeune dame, ce n’est pas un loisir... c’est une nécessité ! Il se redresse péniblement et vient vers moi en claudiquant. Sa voix tremble un peu, ses mains sont bleues, il a l’air transi !

– Vous êtes du coin ? me demande-t-il.

– Non je suis parisienne mais je viens souvent en Vendée !

– Moi j’ai toujours habité ici ; j’y mourrai sûrement aussi... bientôt.

– Allons, vous n’êtes pas si vieux, ne parlez pas ainsi !

Nous nous dirigeons ensemble vers l’esplanade en bois, face à la plage.

– Asseyons-nous un peu sur ce banc, cela vous reposera !

– Ah ! C’est ce satané « Crabe », qui me dévore !... Voyant mes yeux étonnés, il ajoute :

– Oui, le cancer si vous préférez...

– Avez-vous de la famille autour de vous, des amis ?

– Plus personne ma p’tite dame ! Et avec ça à peine 200 euros par mois pour vivre... Juste une petite cabane de pêcheur à deux kilomètres d’ici, avec le strict mobilier nécessaire, la photo de mon épouse, décédée l’an dernier, un peu de linge et de vaisselle, un réchaud à gaz, même pas l’eau chaude... Trop chère ! Et il fait froid en ce moment !

Il essuie quelques larmes... Le vent ? L’émotion ?

– Pauvre monsieur, vous n’avez guère de chance ! Mon studio est là, tout proche, si vous voulez, je vous invite à déjeuner ! ?

– Un vieux comme moi, je n’oserai pas aller chez vous !

– Allons, pas de chichi, il faut bien s’entraider ! Je suis en vacances et j’adore cuisiner ! Il réfléchit puis se décide :

– D’accord mais à une condition : nous mangerons mes pignons !

– Affaire conclue ! Je les cuisine comme une chef ! Et nous repartons...

Il boîte beaucoup mais, par chance, l’immeuble dispose d’un ascenseur !

– Entrez, installez-vous, moi je vais préparer le repas ! J’allume le téléviseur et vous avez aussi des journaux et des livres à disposition.

Nous nous installons bientôt à table, l’un en face de l’autre. Au début, Alphonse, c’est son prénom, parle peu, trop occupé à dévorer mes pâtes mais, au moment du dessert, il se met à me raconter sa vie en détails, un récit des plus poignants entrecoupé, heureusement, de quelques piquantes anecdotes ! Après un bon café, je dois pourtant lui signifier poliment qu’il est temps de nous séparer... Il reprend donc son panier au fond duquel il ne reste plus que quelques étoiles de mer. Choisissant la plus grande et la plus jolie, il me l’offre.

– Merci, c’est vraiment gentil, ce sera mon porte-bonheur !

Les yeux brillants, très ému, il m’embrasse sur les deux joues, me remerciant chaleureusement, tandis que je lui glisse un billet de 50 euros dans la poche... Je le conduis jusqu’à l’ascenseur, puis refermant la porte sur cette rencontre insolite, me rends sur le balcon pour lui faire un signe d’adieu. Il ne se retourne même pas !...

– Mais c’est qu’il ne boîte plus, il court le vilain animal ! ! ! Au moins j’ai gagné une belle étoile !

Rose

Plage du Bois de la Chaise

Clémence, veuve, 85 ans, mène une vie paisible et solitaire dans sa villa située à l’orée du Bois de la Chaise, sur l’île de Noirmoutier. Les seules visites qu’elle reçoit, deux fois par semaine, sont celles de son aide ménagère, Rose, la seule qui l’accompagne aussi en promenade de temps à autre. Il est 14 h quand celle-ci se présente au portail :

– Bonjour Clémence !

– Bonjour Rose ! Mais quel jour sommes-nous donc ?

– Lundi !

– Ah, oui,déjà ! Je devrais prêter davantage attention au calendrier !

– Je commence par le « musée » ?

– Oui, bonne idée, d’autant que j’ai reçu de nouveaux coffrets ; j’aimerais que vous les mettiez en place !

– Bien sûr ! Vous en avez de la chance d’avoir des enfants qui pensent à vous !

– C’est vrai ! Ils habitent loin, je ne les vois guère mais ils m’en-voient toujours des coffrets des villes qu’ils visitent ! Voyez, je les ai laissés dans le carton, près du salon...

Clémence est une boxoferrophile ! Depuis son mariage, voici soixante ans, elle collectionne les boîtes en métal, exclusivement les « coffrets à biscuits ». Joseph, son époux, lors de leur voyage de noces à Paris, fut le premier à lui en offrir un, petit clin d’œil sans doute à l’emploi qu’elle occupait alors à la biscuiterie Cantreau de Fontenay le Compte... Il représentait les bouquinistes sur les quais de la Seine et Clémence le trouva particulièrement joli ; par la suite, chacun de leur voyage fut marqué par l’achat de nouvelles boîtes métalliques lesquelles s’étaient progressivement entassées sur les étagères du salon. Joseph les avait fabriquées au fur et à mesure, en les numérotant et maintenant il n’en restait plus qu’une de disponible, celle qui courait à la limite du plafond ! La pièce était devenue « le Musée » !

– Rose, s’il vous plaît, posez donc ces boîtes sur la grande table, ainsi nous en profiterons un moment avant que vous ne les rangiez.

Les deux femmes examinent avec admiration les quatre nouveautés, représentant Carcassonne, Nîmes, Arles et Avignon ; Clémence en profite pour coller sous chacune d’elles une étiquette portant le numéro de l’étagère, les noms de la ville et de l’acheteur, la date de réception, puis retranscrit ces renseignements dans son grand livre, ajoutant pour chacune une petite remarque. Ceci étant fait, elle laisse Rose à son travail lequel lui prendra bien deux bonnes heures car « faire les poussières », comme elle se plaît à dire, n’est pas ici une mince affaire !

Quand elle termine enfin, il ne lui reste qu’une demi-heure pour aider Clémence à faire quelques pas sur le chemin qui mène à la plage et la raccompagner chez elle. Toutes deux se disent au revoir mais la vieille dame n’est pas sans remarquer la superbe voiture qui se gare au bout de l’allée et vient chercher Rose. Le vendredi suivant, elle ne résiste pas à lui en faire la remarque...

– Dites-moi Rose, il en a une belle voiture votre ami ! ? Je croyais qu’il était au chômage...

– C’est vrai mais il a eu la chance de gagner au loto !

– Félicitations, je suis très contente pour vous deux !

Aujourd’hui j’aimerais que vous m’aidiez à trier un peu mes papiers et à rédiger quelques courriers. J’ai honte mais je perds la mémoire ; tantôt j’oublie de régler des factures, tantôt il m’arrive de les payer deux fois et j’ai du mal ensuite à me faire rembourser...

– Ne vous inquiétez pas, nous allons nous en occuper !

Le travail effectué, elles partent marcher un peu puis s’assoient papoter sur un banc, face à l’océan ; elles sont rejointes par Marion, une amie de Rose.

– Bonjour Madame ! Bonjour Rose ! Alors ce nouvel appartement, quand pendez-vous votre crémaillère ? J’ai hâte de le visiter !

– Très bientôt, tu sais bien que je ne t’oublierai pas ! Mais si tu veux bien, nous en reparlerons plus tard, car il est déjà 16 h 30 et je dois raccompagner Clémence...

– OK ma belle, je comprends ! Salue Roger de ma part et à très vite !

– Oui, c’est promis, au revoir !

Clémence est très étonnée...

– Vous avez déménagé ? Quelle surprise, vous êtes bien cacho-tière !

– Je voulais vous en parler mais c’est tout récent et j’avoue que je suis un peu dépassée !

– Votre ami avait donc gagné une très grosse somme à ce jeu de loto ! ?

– Oui c’est vrai, mais on nous a conseillé de ne pas ébruiter la nouvelle...

– Ah, je comprends ! Allez-vous quitter votre emploi ?

– Non, non, pas question, je m’ennuierais trop !

– Cela me rassure car vous me manqueriez beaucoup !

– À moi aussi, vous remplacez un peu la mamie que je n’ai plus...

– Vous êtes si gentille ! Mais il se fait tard et j’ai un peu froid, rentrons !