Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Lorsque l'on parle de la réalité des choses, on imagine qu'il s'agit de faits incontestables par opposition avec ceux qui sont imaginés, fictifs. L'évolution des techniques numériques à travers l'intelligence artificielle permet actuellement d'envisager des montages extrêmement performants au point d'ajouter aux faits réels des séquences préenregistrées. On parle alors de réalité augmenté. Dans la première Novella le personnage principal utilise cette technique pour tenter de faire revivre la femme qu'il aime par-dessus tout et qui a perdu la vie dans un accident. Il s'apercevra que son projet n'était qu'une illusion destinée à adoucir son chagrin. La seconde Novella parle d'une amitié entre un homme et une femme. L'histoire prend sa source en Somalie pour se terminer sur les bords du golfe du Morbihan.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 156
Veröffentlichungsjahr: 2023
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Merci à Sylvain qui m’a, encore une fois, conseillé, orienté et corrigé. Il m’a éclairé sur l’importance de la structure de mes écrits.
Merci à Danielle qui a corrigé mes nombreuses fautes d’orthographe.
Merci à Gisèle et Julie.
Merci à tous les lecteurs de mon premier livre, Palinodies. Leurs remarques m’ont beaucoup aidé à améliorer mon écriture.
L’hologramme
Les serpents de Gavrinis
Depuis un certain temps, ma vie prenait l’eau de toutes parts.
Sophie m’avait envoyé un courriel m’indiquant que tout était fini entre nous. Ce n’était pas la peine de la rappeler. Je pouvais passer prendre mes affaires quand je le souhaitais. Elle les avait rangées dans deux valises et déposées sur le palier de son appartement. J’étais tombé éperdument amoureux de Sophie il y a deux ans. Il faut dire qu’elle avait de quoi séduire. Elle possédait des jambes interminables entre lesquelles j’adorais me vautrer. Ses longs cheveux et ses yeux bleus lui donnaient un air de sirène. En plus de son physique de top model, son parcours professionnel dans l’entreprise d’informatique où elle travaillait m’en imposait.
Lorsqu’elle m’avait annoncé qu’elle ne m’aimait plus, j’étais un peu tombé des nues. OK, notre couple était plutôt déséquilibré. Elle possédait un cercle d’amis très variés qui lui faisaient découvrir les joies du Tout-Paris. Elle gagnait très bien sa vie. En tout cas, plus que mes piges de photographe. Tout cela n’avait pas empêché notre couple de fonctionner durant deux ans. Il me semblait que nous étions raccord sexuellement. Il avait été convenu entre nous que nos occupations sociales n’avaient pas à être systématiquement les mêmes. Nous étions un couple « moderne ».
Ce qui nous séparait peut-être concernait notre vision de la vie.
Chez Sophie, tout était programmé. Le boulot d’abord, le mariage ensuite, puis les enfants. Deux.
Chez moi, c’était beaucoup plus flou. Depuis tout petit, me projeter dans le futur avait toujours été compliqué. Au lieu de décider, je me laissais porter par les événements auxquels j’étais confronté. Ce n’était pas vraiment calculé. Plutôt un manque de maturité ou une certaine paresse intellectuelle.
Souvent je me demandais comment j’avais pu séduire une si belle fille. J’étais loin d’être un apollon. Il me restait l’humour. De toute évidence, mes blagues lourdingues ne l’amusaient plus. Les projets de Sophie me faisaient un peu peur. Vivre en couple dans le même appartement, à la limite, pourquoi pas. Pour les enfants, ça, je n’y étais pas prêt. Cet ultime désaccord a sans doute été la goutte d’eau qui a précipité son départ. Sophie m’avait déjà mis en garde plusieurs fois. Je ne peux pas dire que j’aie été surpris.
Je m’étais cru bien à l’abri dans notre couple. J’allais devoir me remettre en cause sérieusement. J’ai beaucoup pleuré, sans que cela me console.
Pour le travail, je n’envisageais mon métier de photographe que dans la liberté et l’indépendance. Mon patron à l’agence avait bien compris que les contraintes me rendaient peu performant. Il se contentait de m’orienter sur un sujet et je me débrouillais seul pour le reste.
La catastrophe est arrivée en plein milieu du premier confinement, en avril 2020. La DRH du groupe de presse pour lequel je travaillais depuis cinq ans a décidé qu’elle n’avait plus besoin de moi. Ou qu’elle n’avait plus les moyens de me payer. Ce qui revenait au même.
Après une première visite très décevante à Pôle emploi, j’ai dû me résoudre à tailler mon chemin tout seul. Je possédais un carnet d’adresses bien rempli. Mes appareils photo et mes caméras m’attendaient avec impatience dans leurs sacoches. Prêts à servir.
Surtout, je gardais au fond de moi la volonté farouche de prouver au monde du journalisme que j’étais le meilleur pourvoyeur parisien d’images pour alimenter la presse hexagonale. Mon orgueil pouvait paraître un peu démesuré à la vue de mon parcours. Je m’y accrochais comme à une bouée de sauvetage.
Mes compétences et un CV bien travaillé n’ont pas fonctionné. Mes contacts auprès des groupes de presse ont fait pschitt. Les décideurs qui m’appelaient, il y a quelque temps, dans une urgence fébrile pour intercaler mes images dans leurs reportages ne me répondaient plus. J’en étais réduit à faire des piges pour des journaux de deuxième zone et à compter sur le RSA pour terminer le mois.
J’occupais toujours le petit appartement de la rue de Lille que mes parents avaient acheté pour mes études aux Beaux-Arts de Paris. Sans lui, j’aurais probablement fini SDF. Je n’aurais jamais pu continuer mon métier.
En ce début de mars 2022, le moral ne s’était toujours pas relevé.
La covid encore et toujours bien sûr.
Mais pas seulement.
Le réchauffement climatique.
La menace de la guerre en Ukraine.
La sécheresse dans le sud de la France.
L’inflation…
Ces dangers bien réels provoquaient des crises d’angoisse chez beaucoup. Pourtant, ils ne faisaient que très rarement partie des discussions de tous les jours. Comme si, pour les oublier, on ne les évoquait pas.
Il n’y en avait que pour les futures élections présidentielles. À l’approche de ce rendez-vous institutionnel, les médias et les entreprises de sondages redoublaient d’analyses politiques plus ou moins étayées. De toutes les menaces auxquelles nous étions confrontés, le pouvoir d’achat tenait le haut du pavé.
Pour ma part, je dois avouer que ce qui m’inquiétait le plus restait l’évolution du climat. Un peu à contre-courant, je me suis intéressé aux mouvements qui tentaient d’alerter les politiques sur ce sujet. Je pensais sincèrement que des mesures d’urgence devaient être prises pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Seule façon d’atténuer la catastrophe qui se profilait.
J’avais également l’intuition qu’en suivant cette piste, je pourrais me démarquer de mes collègues en ramenant des images originales. Plusieurs mouvements écologistes avaient programmé des actions à travers le pays. La veille du premier tour des élections présidentielles, plusieurs manifestations avaient été organisées dans les plus grandes villes de France. J’étais certain que la manif de Paris serait couverte par une multitude de photographes. J’ai choisi de descendre à Marseille.
Arrivée à Saint-Charles avec le TGV de 10 h 24. Le soleil éclaboussait les marches du monumental escalier qui descend jusqu’au boulevard d’Athènes.
Le rendez-vous pour la manif avait été fixé à 14 heures au fond du Vieux-Port. Bien qu’ayant déjà eu maintes fois l’occasion de photographier les bateaux du Vieux-Port, j’ai remonté les quais jusqu’au fort Saint-Nicolas en mitraillant tout ce qui flottait. Les petits pointus marseillais, les vieux voiliers rutilants de tous leurs cuivres, les bateaux de régate. Un ensemble hétéroclite qui se balançait doucement sous l’effet d’un petit mistral naissant.
Dès 11 h 30, les premiers manifestants commençaient à converger devant le marché aux poissons. Montée sur la plateforme arrière d’une camionnette, une sono diffusait une musique d’Amérique du Sud qui donnait envie de danser. Les gens se saluaient joyeusement. On sentait bien que la manif serait bon enfant. Les associations avaient déroulé leurs banderoles. Les drapeaux flottaient, tous alignés dans le sens du vent. Les haut-parleurs crachouillaient des consignes qui se voulaient motivantes. Petit à petit, des mots d’ordre avaient fusé au-dessus des groupes de participants.
Vers 14 heures, le bas de la Canebière était noir de monde. L’impatience à bouger devenait palpable. La foule s’est finalement mise en route derrière une grande banderole jaune sur laquelle était écrit : « On n’attendra pas un autre mandat » au milieu de cette foule disparate, on trouvait toutes sortes de gens. Des familles avec leurs enfants perchés sur les épaules des papas. Des jeunes militants qui hurlaient leurs slogans. Des vieux qui étaient venus montrer leur inquiétude pour l’avenir de leurs enfants et petits-enfants. Ceux qui allaient devoir vivre sur une terre abîmée par notre négligence.
Je remontais la foule en passant sur le trottoir quand je l’ai vue.
Cette fille tenait à deux mains une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Réchauffez nos cœurs, pas la planète. » Tous les vingt mètres, elle se retournait vers l’arrière de la manif pour crier : « Notre planète brûle et les politiques regardent ailleurs. Stop au bla-bla, place aux actes. »
J’étais impressionné par son charisme. Certes, elle criait, mais quelque chose choquait. Sa bouche paraissait tellement douce qu’on ne pouvait croire que des messages violents puissent en sortir. Elle semblait vouloir nous emmener doucement dans ses choix. Elle voulait que les politiques s’engagent à modifier immédiatement les orientations des pouvoirs publics afin de lutter contre la modification du climat. Il y avait également quelque chose de sensuel dans son message. J’ai pensé que j’étais d’accord avec elle. J’allais essayer de faire mon possible pour notre planète. Surtout, je voulais bien réchauffer son cœur.
En fait de suivre la manif, j’ai suivi cette jeune fille jusqu’à Castellane et la dispersion. La carte de mon Nikon était pleine. J’ai mis mon deuxième appareil sur vidéo et j’ai continué à la suivre en filmant. Elle s’était, bien sûr, aperçue de mon manège.
Probablement depuis le début de la manif.
Dans un sourire éclatant, elle s’est retournée vers moi.
— Tu veux ma photo ?
J’ai toujours rencontré des difficultés à démarrer mes relations avec les filles.
— Ben, heu, non, j’ai tout ce qu’il me faut !
— Je peux voir ?
Elle est venue s’accrocher à mon bras pour regarder l’arrière de mon Nikon. Sa tête s’appuyait contre mon épaule. Elle sentait bon. J’ai fait défiler quelques photos.
— Pas mal ! T’es plutôt doué ! Tu travailles pour quel journal ?
J’ai dû rougir.
— Je suis free-lance. Je repars à Paris ce soir. Si tu as un peu de temps devant toi, veux-tu prendre un verre au café d’en face ?
Là, c’est elle qui a rougi.
— OK, je dis au revoir à mes copines et je te rejoins.
Incroyable ! À Paris, j’aurais sûrement essuyé un super râteau. Vive Marseille !
Je rentre au Castellane. Je repère une petite table un peu à l’écart. Je m’installe face à l’entrée. Je veux la voir arriver. Je suis un peu inquiet. Va-t-elle vraiment venir s’asseoir devant moi ?
Les minutes sont des heures.
Elle vient de pousser la porte vitrée. Elle me repère. Elle avance d’une démarche souple et balancée. Ses cheveux sont d’un noir de jais. Très courts. Elle porte un vieux blouson sur un jean élimé. Au milieu de la manif, avec son énergie, je lui avais à peine donné vingt-cinq ans. Assise devant moi, je remarque les petites ridules de chaque côté de ses yeux vert clair. Elle me plaît beaucoup.
Elle a commandé un thé. Je ne voulais pas l’effrayer tout de suite en commandant ma boisson préférée des bars. Le whisky. J’ai demandé une pression.
Elle a parlé pendant près d’une heure. Elle savait tout des phénomènes climatiques. Avec passion, elle a décrit tous les mécanismes qui conduisent aux modifications que nous subissons déjà. Chaque affirmation était dûment référencée. Sa bible s’appelait le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Entre deux gorgées de thé, elle avait déroulé son argumentaire :
— Sais-tu que 80 % de la hausse des températures est liée à la combustion d’énergies fossiles ? Il faut absolument convaincre notre gouvernement de s’engager à changer notre système énergétique et développer les énergies renouvelables. C’est pour ça que je manifeste aujourd’hui.
— En dehors des manifs pour le climat, que fais-tu dans la vie ?
— Je suis prof de piano au conservatoire Pierre-Barbizet de Marseille. La manif n’est pas passée très loin de nos locaux tout à l’heure. Et toi, en dehors des photos, tu fais quoi ?
— Quelquefois, comme aujourd’hui, je rencontre des gens qui m’intéressent.
— Je t’intéresse ?
— Effectivement. Pourrait-on se revoir ?
— Tu pars déjà ?
— Oui, mon train !
— OK, ne bouge pas !
Elle a sorti un feutre de son blouson et inscrit son numéro de téléphone sur mon avant-bras. Elle s’est levée. En retournant vers la porte de sortie, elle a agité sa main en disant :
— Bye-bye, paparazzi !
Elle a disparu sur la gauche du trottoir de la place
Castellane. J’ai mis quelques minutes avant de pouvoir bouger.
Un coup d’œil à ma montre. 18 heures.
« Bon sang, je suis à la bourre. »
J’ai payé les consommations à toute vitesse. Je me suis levé brusquement pour me précipiter dans les escaliers du métro. Chance, la rame est arrivée en même temps que moi. J’ai bousculé tout le monde dans l’Escalator, traversé en courant le hall de la gare Saint-Charles et sauté dans le TGV.
Assis à ma place, mon cœur a repris doucement sa cadence normale. Le train a démarré juste à l’heure. En passant le long des ports, le soleil nous a gratifiés de ses derniers rayons sur un ciel immaculé.
En retirant mon blouson, je suis tombé sur le numéro de téléphone de mon inconnue. Avant qu’il ne s’efface, j’ai sorti mon téléphone de la poche et enregistré son 06 dans mes contacts.
« Quel est son nom ? Je n’ai même pas pensé à le lui demander. Quel con ! Elle ne connaît pas le mien non plus… »
Dans l’incertitude, j’ai inscrit : « Ma Passionaria. »
C’est le journal La Provence qui m’a fait la meilleure offre pour quatre photos de la manif. Mon inconnue n’apparaissait sur aucune de ces quatre photos. D’un certain côté, j’étais plutôt satisfait de pouvoir la garder pour moi tout seul. D’un autre côté, je trouvais qu’au moins une de ses photos où elle brandit sa pancarte « Réchauffez nos cœurs, pas la planète» aurait pu avoir sa place en première page.
J’ai constitué deux dossiers de mes rushs. Un pour la manif, l’autre pour mon inconnue. Ce second dossier a tourné en boucle sur l’écran de ma télévision. Sur certaines photos, je faisais un arrêt sur image pour m’approcher de l’écran et la regarder de plus près.
Pour la première fois, une femme me séduisait en dehors de critères d’esthétique. Elle n’était pas très grande, un peu ronde, avec un nez un peu courbé. J’aimais beaucoup ses cheveux courts. Sa bouche n’était pas très grande mais ses lèvres ressemblaient à un petit coussin très doux sur lequel je rêvais, dans un tendre fantasme, d’appuyer les miennes. En fait, je l’aimais en mouvement. Tous ses gestes participaient à sa volonté de faire adhérer les passants à ses idées pour le climat. Son corps tout entier voulait convaincre.
Est-ce que j’étais le seul à être touché par cette jeune femme ? Si oui, tant mieux. Pour que cette rencontre ait une suite, il valait mieux que je sois le seul sur les rangs.
Plusieurs semaines ont passé.
Sur mon téléphone, je faisais régulièrement défiler les numéros de la liste de mes contacts jusqu’à « Ma Passionaria». Le doigt suspendu au-dessus du bouton vert d’appel. Comme souvent, j’hésitais. Pouvais-je me permettre de la déranger ? Est-ce qu’elle allait se souvenir de moi ? Est-ce qu’elle avait envie de m’entendre, de me revoir ?
Un jeudi soir pluvieux et triste, après avoir éclusé un grand whisky pour me donner du courage, j’ai appuyé. Elle a répondu presque tout de suite.
— Ah ben dis donc ! Tu en as mis du temps pour me rappeler !
Je ne m’étais pas préparé à une telle réponse. J’ai menti, prétextant quelque chose comme :
— J’avais beaucoup de travail !
C’était vraiment une réponse minable. Elle n’a pas été dupe.
— Vraiment ! Tu m’avais expliqué que tu étais le seul maître de ton calendrier.
Cette conversation commençait mal. J’ai voulu élever les débats :
— Maintenant que les électeurs ont choisi notre président, comment comptes-tu faire avancer tes idées pour le climat ?
— Bonne question. Je crains que celui que les Français ont élu n’aille pas assez loin dans des actions efficaces rapidement. Je vais continuer à militer auprès des candidats aux élections législatives. Je continue d’espérer que le bon sens l’emportera. Le groupe d’influenceuses pour le climat que nous avons construit avec des amies se réunit vendredi soir, chez moi. Nous allons préparer la prochaine manif. J’ai été chargée de rédiger un compte rendu de cette réunion pour la presse. Tu pourrais peut-être prendre quelques photos pour illustrer ce reportage.
Heureusement que le téléphone n’était pas sur vidéo ! Elle m’aurait aperçu les yeux exorbités et la bouche grande ouverte pour retrouver un peu d’air.
— Allô, tu es toujours là ? Je ne t’entends plus.
— Oui, oui. Je suis là. C’est une très bonne idée. Je vais devenir un spécialiste des reportages sur les manifs pour le climat. Où se retrouve-t-on et quand ?
— Je viens te chercher à la gare Saint-Charles. Tu n’as qu’à m’envoyer ton horaire d’arrivée.
— OK, mais Saint-Charles, c’est grand !
— Tu n’auras qu’à suivre la musique.
Elle a raccroché tout de suite après.
Le cerveau en mode pause, j’ai regardé mon téléphone s’éteindre doucement. Suivre la musique ? Quelle musique ? Comment allais-je pouvoir entendre de la musique dans un hall de gare comme Saint-Charles, bourré de monde ?
Je suis resté éveillé avec toutes ces questions une bonne partie de la nuit. J’ai réservé mon billet de train dès le lendemain matin. Il n’était pas question de louper un tel rendez-vous.
Un SMS à ma « Passionaria » : « J’arrive vendredi à Saint-Charles avec le TGV de 15 h 58. »
Les panneaux indicateurs de la gare de Lyon à Paris affichaient midi. Mon train était à l’heure. Avant de monter dans la voiture, je me suis demandé si tout n’allait pas un peu trop vite. Je ne pouvais pas m’empêcher d’idéaliser ce rendez-vous. Ce ne serait pas la première fois que je me faisais des idées.
« Bon, je verrai bien. Si je ramasse un râteau, je me contenterai de prendre les photos de la réunion. Ensuite, j’irai me promener le long des quais du Vieux-Port de Marseille. Il y a pire comme week-end. »
Après trois heures de voyage, le train est passé sous le dern ier tunnel avant d’entrer sous les ferrures « Eiffel » du toit de la gare. J’avais le trac. J’ai suivi le flux des passagers qui quittaient le train et j’ai avancé vers le hall des pas perdus. Je me suis arrêté sous l’horloge. J’ai tourné plusieurs fois sur moi-même. Au milieu des passagers en mouvement, j’ai cherché ma « Passionaria ». Ça commençait mal, elle n’était pas là !
Tout à coup, j’ai perçu comme des notes de piano amorties par la distance et le brouhaha. Je me suis rapproché du bruit. Derrière le McDo, une foule compacte et immobile faisait bouchon. Je me suis frayé un passage à travers les derniers rangs. Enfin, je l’ai vue.
C’était donc ça, suivre la musique !
