Récits (presque) mythologiques - Floriane Brement - E-Book

Récits (presque) mythologiques E-Book

Floriane Brement

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Beschreibung

Dix nouvelles, dix destins. De Médée à Hélène en passant par Hécube, les femmes d'avant n'ont pas dit leur dernier mot... Ce recueil retrace la vie de personnages de la mythologie grecque plus ou moins connus.

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Seitenzahl: 53

Veröffentlichungsjahr: 2018

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LC un jour,

LC toujours

Μαθήται, φιλῶ ὐμᾶς.

Sommaire

Ruine en Colchide

Tapie dans l’ombre

La main secourable

Les cygnes du destin

Promesse

Une dernière volonté

La belle épousée

Tricher n’est pas jouer

L’étrangère

Stupides petites sœurs

Ruine en Colchide

Ruine en Colchide. Tout n’est plus que ruine. Ici et là, la même désolation. Des os, qui prennent la poussière. Des temples détruits, des colonnes dans la boue, des maisons démolies, des théâtres effondrés. L’Histoire a détruit l’altière Colchide. La Mythologie l’a secourue pendant quelques temps. Vainement. L’horreur est revenue, traînant ses fantômes. Quels fantômes ! Ceux d’enfants tués par leur mère pour se venger de leur père. Enfants de Colchide. La Mythologie a oublié ces enfants. Elle a oublié la Colchide au profit du labyrinthe de Dédale. La Colchide meurt. Ruine en Colchide. Tout n’est plus que ruine. Ici et là, la même douleur. Le silence dans le jardin des Hespérides laisse entendre dans un perpétuel écho les cris furieux de Jason et les ronflements indignés de Ladon. Jason, Ladon, qu’importe… l’un trahit la Colchide, l’autre est trahi par la Colchidienne. Seulement la Colchide n’est plus. La Toison est partie, le dragon aussi. Plus d’Argonaute en Colchide. En fait, plus de vie en Colchide. Plus de survivants dans le palais. Plus de survivants non plus sur l’agora. Ruine en Colchide. Tout n’est plus que ruine. Ici et là, la même solitude.

Elle marche, pieds nus, dans la poussière, enjambant les ruines et les cadavres. La fuite est sa vie. Les cadavres aussi. Ses pieds blancs dans la poussière, elle quitte les ruines de Colchide. Les restes de son dernier fils reposent au milieu des ruines de sa première maison. Et ses pieds blancs dans la poussière l’éloignent toujours plus de la mort. Ruine en Colchide. Tout n’est plus que ruine. Ici et là, le même silence. Le silence continue de répéter en écho le cri des enfants qu’on égorge. Un silence meurtrier. La frontière est là. Plus qu’un pas à franchir et elle aura fui la Colchide. La Colchidienne se retourne et contemple le spectacle. Tout n’est plus que ruine. Ici et là, la même idée : l’idée que c’est la fin de la Colchide. C’est la fin… du monde. De son monde.

Médée s’assoit. Médée rit. Tant de devins, tant de prophètes, tant de voyants ont prédit la fin du monde. Ont-ils seulement envisagé la vérité ? Médée reste assise. Médée continue de rire. La fin du monde fait peur. Les faibles s’en protègent. Et pour s’en protéger que font-ils ? Ils fuient, enjambant les cadavres et les ruines qu’ils aperçoivent. Ils ne croient pas à la fin du monde. Ils préfèrent rire et médire. Je préfère croire que la fin du monde n’existe pas car si la fin du monde arrive, je passerai pour un idiot mais un idiot mort. La fin du monde est arrivée. Médée est vivante. Médée est assise. Médée a ri. Il résonne encore ce rire, le silence le répercutant en écho, comme un doux compagnon. Colchide n’a pas compris. Ce n’est pas l’Histoire qui l’a détruite. Ce n’est pas non plus la Mythologie qui l’a achevée. Non, c’est Médée elle-même qui a détruit la Colchide. Médée encore qui a porté l’estocade finale. Nul autre que Médée n’a provoqué la fin… de la Colchide. Nul autre que Médée n’a provoqué la fin… de son monde. Nul autre que l’homme ne peut provoquer la fin… du monde. Les prédictions n’existent que s’il y a quelqu’un pour les écouter. Les actes des hommes existent quels qu’ils soient. Les faits peuvent détruire. Les paroles non. Nul autre que l’homme ne peut provoquer la fin du monde tel que nous le connaissons. Nul autre que l’homme ne peut provoquer la fin… du monde. Médée l’a compris, assise, les pieds blancs dans la poussière de Colchide. Ruine en Colchide. Tout n’est plus que ruine. Ici et là…

Tapie dans l’ombre

Belle mais pas ravissante, gracieuse mais pas voluptueuse, intelligente mais pas brillante. Tapie dans l’ombre, la benjamine trop discrète d’une trop glorieuse famille était le témoin silencieux de tout ce qui passait de-ci de-là dans la cité. Les minutes s’écoulaient lentes et nombreuses, et pourtant si rapides à mesure que le grand festin approchait. Bien que non conviée, elle l’attendait impatiemment comme tout le monde.

Dans les cuisines, la température montait, et l’absence de vent aidant, la cour intérieure se laissait doucement envahir par des saveurs simples, connues, irrésistibles : l’orge déployait progressivement son parfum âpre à l’instar des lentilles et des légumes que l’on commençait à faire bouillir. On avait transporté les figues, les fèves et surtout les imposantes amphores de vins dans la grande salle où se déroulerait le banquet. Au large, un bateau apparut. Déjà, on avait annoncé l’arrivée de la flotte composée de deux navires. L’invité d’honneur était sur le point d’accoster. Aussi s’éclipsa-t-elle de sa chambre vétuste et longeat-elle les murs pour observer.

Enfin, la nef s’immobilisa dans le port et vomit un homme imposant drapé de pourpre. Le peuple resta bouche-bée à l’arrivée de l’hôte : une tignasse noire, une figure sévère gouvernée par un regard sombre et une mâchoire carrée, un corps fort et musclé, deux pieds intrépides enfermés dans des spartiates aussi sombre que la maison d’Hadès. La rudesse apparente du personnage n’était toutefois pas ce qui subjuguait chacun des habitants de Mycènes. Non, ce qui les choquait tant, c’était que le nouveau venu ressemblait trait pour trait au roi. L’invité n’était qu’autre que son jumeau : Thyeste, l’usurpateur.

Atrée gagna le rivage et s’immobilisa devant son convive. Après dix ans de séparation, ces retrouvailles semblaient bien étranges, mais Thyeste lui avait envoyé un message de paix et souhaitait au nom des dieux se réconcilier avec lui. Tapie dans l’ombre, elle vit le roi enlacer son frère.

— Sois le bienvenu, Thyeste, claironna Atrée. Après tant d’années d’exil, te voilà de retour chez toi.

Thyeste lui répondit par un sourire glacial qui se voulait pourtant avenant tandis que deux garçonnets gazouillaient fraternellement entre ses jambes. Atrée les observa avec douceur.

— Ils sont l’innocence incarnée, expliqua son frère. J’espère qu’ils pourront vivre et finir leur jour sur la terre de leurs ancêtres.

— Ils sont charmants. J’ai moi-même deux fils comme tu le sais, répondit le roi de la cité.

— J’ai hâte de les revoir, fit Thyeste.