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Un conflit au sein du petit groupe de réflexion religieuse que fréquente l'autrice de ce recueil sera l'occasion pour elle de revisiter son enfance, sa jeunesse, pour comprendre d'où lui viennent sa colère, son silence et sa difficulté à exprimer son désaccord. Dans "réconciliation", elle nous fait part du chemin parcouru et des solutions pour retrouver la paix intérieure, afin de se réconcilier , que ce soit avec elle même ou avec autrui.
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Seitenzahl: 131
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Introduction: Faire attention aux autres
Chapitre 1: Premières rencontres
Chapitre 2: Ça se complique
Chapitre 3: Le débarquement
Chapitre 4: L’accident
Chapitre 5: Les placements
Chapitre 6: Nous irons seulement la revoir. Amiens
Chapitre 7: Les vacances
Chapitre 8: Arras et les séjours en pension
Chapitre 9: L’adolescence
Chapitre 10: Étudiante à Paris
Chapitre 11: Démarrages
Chapitre 12: Les amis
Chapitre 13: Les voyages
Chapitre 14: Exister
Chapitre 15: Quelques colères. Alexis
Chapitre 16: Notre petite maison, notre appartement, notre mariage
Chapitre 17: Encore les colères et réconciliation
Remerciements
Avec mon frère David, nous avons acheté une petite maison dans les Flandres. David y habite, et il s’occupe de l’entretien du jardin. Mon mari Alexis et moi le retrouvons certains week-ends, et ce samedi, David m’a dit : « Cette semaine il fait chaud, je ne tonds pas la pelouse pour sauver les papillons ». Bien sûr, ça ne fait pas que ça, mais j’ai trouvé ça intéressant, de faire attention aux papillons !
Parce que, il faut que je vous avoue, j’ai un petit problème avec les personnes qui exercent leur autorité d’une façon imposante. Je le ressens comme une injustice ; par exemple, je ne supporte pas la responsable du club de bridge que je fréquente. Elle décide si tu es bonne joueuse ou mauvaise et fait des remarques chaque fois que tu poses une carte. Une manière de ne pas faire attention aux personnes, à leur manière personnelle de faire ou de jouer…
Et puis j’ai aussi des problèmes avec les responsables de tout poil, s’ils dirigent de façon un peu trop rigide, voire dictatoriale, leur petit monde ; ces personnes qui savent comment il faut être, comment il faut faire… Normalement leur rôle est de faciliter la circulation de la parole ou des idées, ou d’aider les membres à trouver leur place. Eh bien j’en ai connu qui ne le faisaient pas, et alors, dans ces cas-là, je ne suis pas du tout indulgente, ça me met dans des états intérieurs difficiles à supporter d’autant qu’en général, je ne le dis pas… Ça me fait des colères rouges ou rentrées, ou… le plus souvent, je fuis. Mais ce n’est pas la solution, et je ne l’ai pas encore trouvée. Je n’arrive ni à le dire ni à le digérer. Je n’ai pas résolu mon problème.
Dernièrement, j’ai mal vécu l’éjection d’un membre d’une petite communauté de réflexion religieuse à laquelle j’appartiens depuis les années 90, dans la région du Nord, où j’habite. J’ai alors ressenti un sentiment de grande injustice qui m’a donné envie de passer en revue toutes les colères refoulées depuis mon enfance… et qui m’ont empêchée d’exister… de vivre… de me déployer…
Cette petite communauté est composée de neuf personnes : un(e) accompagnateur spirituel, un(e) responsable, et sept mem-bres. La ou le responsable est choisi par l’équipe et est établi pour deux ou trois ans. Son rôle est d’être attentif à chaque membre, et de l’aider à prendre sa place en respectant celle des autres. Il est en lien avec l’accompagnateur, soucieux de la croissance de chacun dans les perspectives proposées par ladite communauté et acceptées par les membres : s’entraider à trouver son chemin dans la foi en tant que chrétiens. Elle ou il tient le cadre : les horaires, les préparations des réunions, leur rythme.
Matthieu, notre nouveau responsable, est un homme énergique. Il porte une famille où les soucis ne manquent pas : une épouse malade, deux filles brillantes qui cherchent encore leur équilibre. Il est enseignant en collège, et a une parole sûre. Il est très compétent et les jeunes ainsi que ses collègues l’apprécient. Il a vécu une période de tensions, en étant atteint par un état de fatigue chronique qui l’empêchait parfois de se déplacer. Il prit comme le reste, ce problème à bras le corps, et à l’aide d’une personne spécialisée en cette matière, non seulement il guérit, mais devint à son tour thérapeute et en fit son métier.
Cette énergie, ces victoires sur les obstacles rencontrés dans sa vie et autour de lui, lui ont donné des certitudes fortes. Le problème est que cela s’exprime parfois d’une manière très envahissante. À force d’avoir trouvé des solutions, Matthieu impose les siennes, au risque d’éteindre la parole de son ou ses interlocuteurs, puisqu’il imagine que ses solutions s’appli-quent forcément aux autres. Il a pris l’habitude d’imposer ce qu’il pense et cela prend beaucoup de place.
Il s’est passé quelque chose de cet ordre avec Damien, lorsque celui-ci a proposé lors du dernier confinement lié à l’épidémie de Covid, de nous retrouver en visioconférence. Or Matthieu avec notre accompagnateur avait envisagé un échange par mails interposés. Il s’ensuivit une énième querelle entre Damien et Matthieu devant laquelle les membres sont encore une fois restés silencieux. Même si l’accompagnateur avait pris soin d’interroger chacun par téléphone pour comprendre ce silence qui entourait leurs différends, Damien fut éjecté.
Ce qui me questionne, ce n’est pas tant ce qui s’est passé, après tout qu’ils aient eu tort ou raison d’éjecter Damien m’importe peu. Mais alors, la relation avec Matthieu est devenue pour moi insupportable. Cette impression que j’ai de subir la toute-puissance, a réveillé en moi de vieux démons et ce qui m’étonne encore plus, c’est la non-réaction des membres du groupe que je n’ai pas réussi à interpeller… Alors j’ai quitté le groupe et ne suis pas pour autant en paix. C’est cela que j’ai eu envie de regarder. Pourquoi cette colère et ce silence ?
Dans la Genèse au chapitre 4, verset 7, Le Seigneur s’adresse à Caïn qui vient de vivre ce qui lui semble une injustice :
Si tu agis comme il faut, tu reprendras le dessus, sinon le mal est tapi à ta porte, comme un monstre à l’affût ; il désire te dominer, mais c’est à toi d’en être le maître.
Les groupes humains engendrent sou-vent des situations d’injustice…
La relation avec mon père a débuté de façon particulière. En 1947, il y avait peu de maternités et les futures mamans accouchaient chez elles ; mon père assista donc à ma naissance.
Je suis née à Sommervieu, petit village du calvados près d’Arromanches ; j’avais le cordon ombilical autour du cou, je ne respirais pas, mon père m’a attrapée par un pied et secouée, frictionnée avec de l’alcool, j’ai alors daigné crier. Je lui dois d’être vivante.
Ce premier geste pour le moins musclé, énergique, me remplissait à la fois d’admiration (mon père ne manquait pas de sang-froid), peut-être d’amour, mais aussi un peu de peur. Cette peur qui m’a accompagnée toute la vie.
Quand j’étais petite, il me prenait dans ses bras… Je n’ai pas ce souvenir avec ma mère qui, elle, accaparée par les tâches de la vie familiale et femme de devoir n’était pas du tout encline aux câlins.
Mon père rêvait d’avoir une petite fille danseuse… Il avait émis ce souhait devant moi et ça me tentait beaucoup. Mais c’était avec ma mère que nous passions le plus de temps, et c’était elle qui tenait les cordons de la bourse. Lorsque je lui demandai de m’inscrire à la danse, elle refusa, c’était trop onéreux. Je le regrette encore. Il faut dire qu’ils ont connu tous les deux de grandes périodes de galère.
Ils se sont rencontrés en 1936, à Roubaix, lors de la soirée de mariage de la sœur aînée de Maman. Elle avait dix-neuf ans et, entourée de frères, moqueurs elle était probablement peu sûre d’elle. À mon avis ce bel homme qu’était mon père devait lui faire un peu peur, car les présentations faites, ma mère a déclaré : « pff, il ne me fera pas danser ! »… Un peu défaitiste quand même !
Mais il est vrai que mon père était très beau : grand, brun, cheveux ondulés, un corps d’athlète, des mains immenses, des yeux brillants, élégant, bref, impressionnant, si j’en juge par les photos des albums conservés de leur jeunesse.
Mon père piqué au vif, intrigué et attiré par la sincérité de cette jeune fille a choisi de danser avec elle, et ils sont restés ensemble toute la soirée… Ils se sont mariés en 1937 ; Gérard, mon père avait vingt-cinq ans, et Marie Pierre, ma mère, vingt ans.
Mon père, dont le père était médecin, né dans les Flandres dans une famille bourgeoise, a préféré quitter toutes ces manières et autres traditions pour vivre à la campagne et élever des vaches laitières. Son choix s’est porté sur la Normandie où bientôt le père de ma mère, que nous appelions Grand-Père, et ses enfants non mariés, les ont rejoints pour un temps, afin de fuir la guerre en 1940.
Grand-Père, lui-même issu d’un milieu privilégié a craint pour sa fille un trop grand dépaysement et a loué pour le jeune couple, un manoir à Sommervieu, où sont nés tous mes frères et sœur, sauf Adrien, car ledit manoir était en 1941 occupé par les Allemands.
Je n’ai pas de souvenir de cette grande maison car je n’y ai pas vécu, mais mon grand-père paternel que nous appelions Bon Papa avait l’habitude de prendre pinceaux et tubes de peinture quand il se déplaçait à la campagne ; il en a fait un joli tableau qui trône encore sur le mur de la maison d’un de mes frères.
C’est une grande demeure, donnant sur un jardin composé d’une pelouse entourée d’une allée. Une tour carrée sur le côté gauche donne un air tout à fait romantique et charmant à cet ensemble, composé d’une porte d’entrée majestueuse et de nombreuses fenêtres à petits carreaux, le tout sur fond de verdure et de ciel bleu. Sur la droite une barrière donne envie d’aller courir dans la nature.
Les trois premières années, ils menaient la grande vie. Beaucoup de leurs amis venaient leur rendre visite et ils étaient accueillis chaleureusement. On mettait souvent les petits plats dans les grands, et les bons vins, le cidre, et parfois le champagne coulaient à flots.
Dès le début de l’année 1938, leur premier garçon est arrivé. Frank est né en janvier, et il faisait bien froid dans cette grande maison où le chauffagiste était justement en train d’installer un nouveau poêle à charbon. Heureusement, notre Bon-Papa médecin est arrivé avec du champagne et en a vite donné une petite cuillère au bébé pour le réchauffer.
Un autre petit garçon n’a pas tardé à arriver, puisque Clément a pointé le bout de son nez dès le mois de décembre de la même année.
Les affaires de mon père florissaient et son adaptation à cette nouvelle région se passait tellement bien qu’il a assez vite pu se présenter et être élu maire de la petite commune normande. Il n’était pourtant pas très branché sur la politique, mais il avait, ancien chef scout, un solide sens de l’organisation et une âme de leader. Je n’ai pas connu mon père à cette époque, mais j’imagine que sa jeunesse, sa force et sa récente formation à l’école d’agriculture de Genest lui donnaient envie de participer à l’entraide ; plus tard il fera partie d’un groupe de résistants.
Ils n’avaient pas de voiture à l’époque, et mon père a bien essayé d’initier ma mère à la conduite d’une voiture à cheval… Je crois que les villageois ont bien ri en voyant ladite voiture tourner en rond autour de la place du village, Maman ne sachant que faire de ces rênes censées guider les chevaux ! J’ose faire le parallèle avec les rênes qui tiennent un cadre quand on élève des enfants ? Il est vrai que cela non plus n’a pas semblé facile pour elle.
Et puis ma sœur Marie Pierre est arrivée au printemps 1940, joie pour mes parents d’accueillir une petite fille après deux garçons. Elle est née en tout début de la guerre 40-44.
En mai, mobilisation générale, la drôle de guerre a emmené mon père dans les Ardennes pour un ou deux mois. Pendant ce temps, ma mère, avec ses trois enfants petits, seule dans la ferme où elle avait eu peu d’occasions de s’occuper des bêtes, a heureusement pu recevoir les coups de main nécessaires à la bonne marche des affaires. Peu de temps après, les Allemands sont arrivés, et ont réquisitionné le manoir et les chevaux… L’un d’eux s’appelait Trompette, ce nom me faisait rêver.
Cependant, la naissance d’un troisième enfant permettait la démobilisation des jeunes pères.
Papa a pu revenir en Normandie, et le manoir étant occupé, ils ont déménagé dans la ferme qui jouxtait la grande maison.
Ce fut, je crois pour chacun une période à la fois difficile, mais aussi chargée de moments forts, en regroupements de famille puisque Grand-Père et quelquesuns de ses douze enfants les avaient rejoints. Pour s’éloigner des zones de conflit, ce dernier avait acheté une propriété à Bazenville, village proche de Sommervieu.
À ceux restés dans les Flandres, famille et amis, ils pouvaient envoyer du beurre, et des légumes.
Maman qui faisait presque toutes ses courses et démarches à vélo se faisait souvent arrêter par les Allemands à qui elle tenait tête et savait au besoin leur demander des services. Il y avait parmi eux un médecin qui a pu lui prêter main forte lors de grippes ou bronchites en lui donnant de la pénicilline, premiers antibiotiques qui ne circulaient pas encore en France. Ils étaient parfois accueillis par les cris de mes frères, « Maman, voilà les sales boches », difficile de les faire taire ! Mais je crois que ces derniers avaient bien conscience qu’on ne les aimait pas trop.
La voiture à cheval était encore utilisée, et à un retour de courses, Papa a vu arriver la voiture au grand galop, Maman prête à accoucher de son quatrième enfant. Adrien a failli naitre dans la carriole ! C’était en septembre 1941.
Maman, un peu débordée par tous ces enfants et événements, était heureusement aidée par sa sœur puinée, tante Germaine, que mes frères et ma sœur adoraient. Les deux aînés, Frank et Clément faisaient souvent des bêtises, et quand Papa les grondait, ils étaient enfermés dans le poulailler, où il entendait Frank dire à Clément « Viens, on va se mettre dans les courants d’air, comme ça on sera malade et Papa va se faire attraper par Maman ».
Tante Germaine, d’une dizaine d’années plus jeune que ma mère, considéra longtemps mes frères et ma sœur comme ses enfants, puisqu’elle assistait Maman régulièrement et particulièrement longtemps à chacune des nombreuses naissances ! Elle se fiança au moment de mon baptême, avec le fils d’amis de mes parents, ce qui nous a permis de revenir régulièrement revoir la Normandie par la suite, après son mariage. Quleques années plus tard, mes poupées porteraient le prénom de ses premiers enfants, tellement ça avait l’air d’être bien d’être son enfant ! J’ai entendu tant de fois mes frères parler d’elle avec des étoiles dans les yeux. Elle leur préparait régulièrement des pommes au four, dont ils étaient privés quand ils n’étaient pas sages, et qu’ils réclamaient « ma pomme, tante Germaine, ma pomme », en promettant de ne plus recommencer.
Ma mère était une personne facilement inquiète, en ce qui concernait notre santé. Alors qu’elle n’est plus parmi nous depuis quelques années, je l’entends encore me dire de bien me couvrir ou de me questionner sur mes heures de sommeil et la qualité de ce que je mange… Elle prenait soin de nos corps, mais sans les cajoler, ce qui je crois nous a, à tous, beaucoup manqué.
Il est arrivé qu’à une fête familiale, Maman me reprochât d’être collante, alors que je recherchais l’affection d’un oncle qui m’aimait bien et qui me le montrait.
