Réconciliations intérieures - Laurence Villevieille - E-Book

Réconciliations intérieures E-Book

Laurence Villevieille

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Beschreibung

Deux voix, deux histoires qui se répondent : une fille et une mère qui n'ont pas pu construire le lien d 'amour que cette relation propose et qui, pourtant, n'a rien d'évident parfois. Nos blessures intimes peuvent générer une telle difficulté à Être qu'il devient impossible d'accueillir l'autre : les liens du sang éveillent autant l'amour que la souffrance. Deux femmes, des hommes qui les relient et les séparent : toute une constellation d'êtres se répondant les uns, les autres, dans un jeu de miroirs qui n'a d'autre finalité que de permettre à chacun de se révéler. La vie, en somme, dans toute sa difficulté parfois, mais toujours au service de sa beauté. "L'amour vrai" et "ANNA - Un voyage sans retour" réunis dans un même ouvrage pour une rencontre exhaustive de toutes les facettes de cette écriture. Une ode à l'amour et une invitation à se réconcilier avec soi-même : une nécessité en ces temps difficiles où il devient important de se rappeler que la beauté peut surgir des ténèbres.

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Seitenzahl: 454

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Déjà paru :

Chez thebookedition.com :

Déambulations intérieures

2019

Chez BoD.com :

L’amour vrai

2020

ANNA – Un voyage sans retour

2020

Site de l’auteure :www.lvillevieille-auteure.fr

Table des matières

L’Amour Vrai

CHAPITRE 1 – Une rencontre inattendue

CHAPITRE 2 – Retour vers le passé

CHAPITRE 3 – Le silence de la vague

CHAPITRE 4 – Nathalie raconte

CHAPITRE 5 – Léo sait ce qu’il veut

CHAPITRE 6 – Le bon moment

CHAPITRE 7 – Une bouteille à la mer

CHAPITRE 8 – La machine est lancée

CHAPITRE 9 – Les fils invisibles

CHAPITRE 10 – Chevreuse

CHAPITRE 11 – La machine déraille

CHAPITRE 12 – L’amour vrai

Anna – Un Voyage Sans Retour

PREAMBULE

CHAPITRE 1 – Un anglais à Paris

CHAPITRE 2 – La voix d’Anna

CHAPITRE 3 – Les photos de Franck

CHAPITRE 4 – Tout quitter

CHAPITRE 5 – Étretat

CHAPITRE 6 – Biarritz

CHAPITRE 7 – Barcelone

CHAPITRE 8 – Montpellier

CHAPITRE 9 – Tout s’écroule

CHAPITRE 10 – Anna explique

CHAPITRE 11 – Le plan d’Anna

CHAPITRE 12 – Fin du voyage

CHAPITRE 13 – Et après

CHAPITRE 14 – Dernier voyage

CHAPITRE 15 – Écrire et transmettre

AVANT-PROPOS

En ces temps difficiles, il m’apparaît de plus en plus urgent de redonner une place centrale à l’amour et à l’espoir et de se rappeler que la beauté peut surgir des ténèbres. C’est pour cette raison, que l’élan m’est venu de regrouper en un seul ouvrage les deux récits qui se sont écrit sous mes doigts entre 2019 et 2020 (1).

Deux histoires qui se répondent : une fille et une mère qui n’ont pas pu construire le lien d’amour que cette relation propose et qui, pourtant, n’a rien d’évident parfois. Nos blessures intimes peuvent générer une telle difficulté à Être qu’il devient impossible d’accueillir l’autre. Les liens du sang éveillent l’amour autant que la souffrance.

Et pourtant, à bien y regarder, l’amour est toujours présent et c’est bien cette aspiration profonde à le vivre qui nous fait avancer, jour après jour, permettant parfois des retrouvailles et des réconciliations qui, bien avant de pouvoir être vécues à l’extérieur, doivent se réaliser intérieurement, dans cet espace intime où il ne s’agit plus que d’une histoire entre soi et soi.

Au cœur des ténèbres, l’amour est toujours présent et, quand il devient possible de le reconnaître, on peut alors voir que rien n’est vécu en vain et accueillir chaque moment de notre vie dans la compréhension qu’il nous a guidé vers nous-même. La paix intérieure n'est alors plus très loin.

Deux femmes, des hommes qui les relient et les séparent : une constellation d’êtres qui gravitent au cœur de cette histoire, se répondant les uns, les autres, dans un jeu de miroirs qui n’a d’autre finalité que de permettre à chacun de se révéler.

La Vie, en somme, dans toute sa difficulté parfois, mais toujours au service de sa beauté.

Montpellier, Novembre 2020

(1) L’Amour vrai et Anna – Un voyage sans retour

L’AMOUR VRAI

Il m'aura fallu faucher les blés

Apprendre à manier la fourche

Pour retrouver le vrai

Faire table rase du passé

(…) Le souffle coupé

La gorge irritée

Je m'époumonais

Sans broncher

Angora

Montre-moi

D'où vient la vie

Où vont les vaisseaux maudits

Angora

Sois la soie

Sois encore à moi

Angora – Alain Bashung

CHAPITRE 1 – Une rencontre inattendue

Je m’appelle Claire et j’ai trente-six ans. Je vis dans un grand appartement situé rue Nicolas Charlet à Paris, juste à côté de la rue de Vaugirard, dans le 15e arrondissement. C’est un appartement cossu, dans le plus pur style parisien : façades en pierre, porte lourde en bois avec un interphone me mettant à l’abri des visites inattendues ou indésirables. Je n’aime pas les surprises et je préfère garder la main en toutes circonstances. L’imprévu me fait peur. Je pense que je ne peux en attendre que des choses désagréables, comme si rien d’heureux ne pouvait surgir du chaos. Je ne suis pas très douée pour le bonheur. À moins que ce soit lui qui ne m’aime pas. Nous nous regardons, lui et moi, en chiens de faïence depuis si longtemps que je ne sais plus lequel de nous deux a jeté l’éponge le premier… C’est une longue histoire qui a débuté quand j’étais enfant et j’avoue que je ne me penche pas souvent sur elle. Je l’ignore. Comme si le manque d’attention de ma part avait le pouvoir de la réduire à néant et de l’effacer définitivement.

Mais je ne suis pas assez bête pour croire que ça puisse arriver. Et puis qu’est-ce que j’y mettrais dans cet espace miraculeusement libéré ? Qu’est-ce qui pourrait bien venir se nicher dans ce grand trou que cela creuserait en moi ? Moi qui ai horreur de l’imprévu, voilà bien un scénario insupportable à envisager. Alors pour que l’inattendu n’envahisse pas mon existence, je planifie, j’organise, je gère. Bref, je contrôle. Ça demande pas mal d’énergie parce qu’il ne faut jamais relâcher son attention mais c’est un effort qui vaut la peine.

J’ai matérialisé cette bulle au cœur de cet appartement que j’ai choisi au 3e étage. La hauteur rajoute encore de la distance avec la rue. Personne ne peut me héler du trottoir : je n’entendrais rien de toute façon. Seuls les rares intimes savent le chemin jusqu’à mon antre. Ils en connaissent les règles et les rituels : toujours téléphoner avant ou attendre d’être conviés à passer, s’identifier à l’interphone et attendre le déverrouillage de la porte – que je peux encore refuser au dernier moment –, gravir à pied les innombrables marches de l’escalier en pierre pour enfin atteindre mon palier. Ils ne sont pas nombreux à être initiés. Certains se sont découragés et ont cessé de venir. Ils sont donc une poignée auxquels s’ajoute un permanent, mon fils, Léo, âgé de seize ans. C’est un gentil garçon, plein d’indulgence pour les fragilités de sa maman. Il est très philosophe pour son âge… Il vit sa vie d’adolescent avec beaucoup d’autonomie, autonomie qu’il a acquise très tôt. C’était le seul moyen d’échapper à l’enfermement que les dingueries de sa mère lui promettaient de vivre.

Nous partageons cet espace de vie, rempli de tentures et de tapis, où seules les lumières tamisées ont droit de cité. C’est feutré, confortable, sécurisant. Et là, je peux enfin m’abandonner et me relâcher un peu. C’est mon royaume et j’en connais les moindres provinces, les moindres contrées, les moindres habitants. Pour les habitants, il faut compléter le tableau avec des perruches et un vieux chat à moitié sourd qui défie le temps depuis si longtemps que j’ai l’impression qu’il a toujours été là. Bien sûr, je pourrais calculer la durée exacte de notre cohabitation mais ça m’obligerait à me souvenir et à replonger dans le passé et c’est un exercice que je refuse consciencieusement.

Que dire d’autre ? J’ai la possibilité de ne pas me soucier de la façon dont je gagne ma vie en raison d’un héritage familial conséquent qui me mets à l’abri du besoin. J’échappe à un isolement complet en travaillant quelques heures par semaine dans une société de gestion immobilière pour laquelle j’effectue quelques travaux de secrétariat. Ça me laisse pas mal de temps pour faire ce qui me plait le plus : lire et écrire. Je collabore à une revue pour enfants et je fournis régulièrement de jolies histoires qui, je l’espère, les font rêver autant que j’ai pu rêver quand j’étais encore une petite fille enfermée dans ses livres.

Nous sommes le 3 février et je finis de me préparer pour rejoindre une amie journaliste avec qui j'ai prévu de déjeuner. Je suis en retard et, bien sûr, j’ai horreur de ça. Il faut dire que j’ai détesté toute cette matinée : une accumulation d’imprévus, une succession de choses impossibles à contrôler, une avalanche de situations refusant de se laisser diriger dans la direction que je souhaiterais leur donner, bref une catastrophe ! Heureusement, je parviens à retrouver mes clés (c’est insensé, je ne les perds jamais), j’attrape mon sac à dos et je dévale en courant les escaliers, non sans avoir laissé un mot à Léo pour lui dire de ranger sa chambre en rentrant.

Je m’engouffre dans le métro et en ressort quarante minutes plus tard, juste devant la brasserie Le Courcelles, avec quinze minutes de retard. Nathalie a dû recevoir mon SMS et doit donc m’attendre sereinement, en sirotant un verre de vin blanc. Donc, tout va bien. Je prends quelques secondes pour me calmer, respiration ventrale et centrage, manœuvre que j’ai apprise depuis fort longtemps et qui m’a sauvé la vie en maintes occasions. C’est donc d’un pas plus serein que je pénètre dans le restaurant.

Je l’aperçois au fond de la salle, assise sur la banquette du fond. Elle n’est pas seule. Un homme, dont je n’aperçois que le dos, est assis face à elle. Mon pouls s’accélère. Il n’était absolument pas prévu que nous soyons trois. Elle aurait pu m’en parler quand même ! À moins que ce type se soit incrusté et qu’elle n’ait pas su – voulu – dire non. Elle est comme ça, Nathalie, toujours prête à foncer dans des trucs nouveaux. Je suis bien certaine que ce n’est pas une de nos connaissances communes. Je ne reconnais pas ce dos, cette nuque. C’est que je suis la reine, moi, pour flairer l’inconnu. Je sais tout de suite si je peux y aller ou si je dois partir en courant. D’ailleurs, je suis en train d’y penser. À partir en courant.

Trop tard ! Nathalie lève les yeux et me voit, plantée au milieu de la salle, hésitante, en pleine débandade. Elle sait le désarroi, le début de colère qui m’envahit. Alors elle se lève et vient à ma rencontre, me prends dans ses bras et me contient, de toute la force de son amitié. Quand elle relâche son étreinte, j’aperçois par-dessus son épaule, le visage de l’inconnu qui s’est retourné.

Et là, je manque de tomber. Je connais ce visage ou plutôt devrais-je dire : j’ai connu ce visage, avec vingt-quatre ans de moins. J’ai l’impression que tout se met à tourner autour de moi. Je m’accroche au bras de Nathalie.

— Ça va ? Tu es toute pâle. Viens t’asseoir.

— Attends Nathalie, tu connais Jean ? Que fait-il là ? Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?

Tant d’émotions contradictoires se succèdent en moi que je ne sais plus ce qui l’emporte : colère, peur, chagrin, joie aussi… Parce que si je connais ce visage, c’est qu’il a été présent tout au long de mon enfance. Cette silhouette longiligne, ces yeux verts, cette barbe de trois jours, ce sourire doux et chaleureux, cette façon de se tenir en retrait pour me laisser le temps de venir vers lui de façon consentante : je retrouve tout en un éclair. Il a été une référence importante pour moi, de ma naissance à douze ans et c’est un pan entier de ma vie qui remonte violemment à la surface.

— Je sais, chuchote-t-elle, je te demande pardon. J’ai fait sa connaissance pour des raisons professionnelles. Je vais tout t’expliquer mais viens t’asseoir, s’il te plait.

En me dirigeant vers la table, je m’exhorte au calme. Je me dis que tout va bien. Qu’après tout il est lié à de belles choses et qu’il n’y a peut-être aucune raison d’avoir peur.

— Bonjour Claire, dit-il de cette voix que je retrouve tout à coup, grave, profonde, chaleureuse.

Je ne sais pas quelle attitude adopter. Dois-je l’embrasser, lui serrer la main, le prendre dans mes bras ? Il ne m’impose rien, me laissant décider ce que je souhaite exprimer.

— Bonjour Jean, dis-je d’une voix redevenue ferme.

Et je lui plaque deux grosses bises sur les joues, comme avant. Je choisis de m’asseoir à côté de Nathalie. Il était temps : nous commencions à être la cible de tous les regards et ça devenait franchement gênant.

— Garçon, je veux bien un whisky s’il vous plait. Maintenant, vous me devez des explications tous les deux.

Jean garde le silence, invitant de cette façon Nathalie à s’exprimer la première.

— J’ai rencontré Jean au sujet de l’article que je suis en train d’écrire. Mon boss m’a parlé de quelqu’un qui pourrait m’aider. Nous nous sommes contactés et il a accepté de venir à Paris pour que je lui montre mon projet et que nous en discutions. Nous avons bossé ensemble toute la journée et à un moment donné, une de tes cartes de visite est tombée de mon agenda. En la ramassant, il a reconnu ton nom et nous avons recoupé nos informations – tu sais entre journalistes, c’est un réflexe professionnel. Quand il a été certain qu’il s’agissait bien de la personne qu’il connaissait, j'ai pensé que ce serait sympa d’organiser une rencontre. C’était hier soir, je n’ai pas eu le temps de t’en parler. Et puis, je pensais que ce serait une belle surprise. Même si je sais que tu n’aimes pas ça… Pardon encore.

Tout en écoutant Nathalie s’expliquer, je scrute l’homme qui me fait face. Ce n’est pas tant ce visage surgi du passé qui me déconcerte mais plutôt le décor de notre tranche de vie commune qui fait remonter en moi un malaise profond. Quelque chose de violent que je n’ai pas forcément envie de rencontrer. Je déploie mes antennes afin de sonder s’il ressent la même chose, mais je ne capte rien. Il semble tout à fait à l’aise. Je décide de mettre ce sentiment de côté – des années de pratique, je sais faire –, de me concentrer sur l’aspect agréable de la situation et de me détendre un peu.

— Tu as peu changé, presque identique au souvenir que j’avais gardé de toi, dis-je en plantant mes yeux dans les siens. Je le pense vraiment !

— Je ne peux pas en dire autant, me répond-il en souriant, j’ai connu une enfant. Je retrouve une femme. C’est troublant…

Nous passons commande et attendons nos plats en parlant de tout et de rien, dans une vaine tentative de raccorder le passé au présent. Exercice périlleux si l’on ne veut pas tomber dans le convenu, le sentimental à deux balles. Je nous sens bien embarrassés mais nous faisons face courageusement et finalement, la légèreté prend le dessus. Une conversation à trois finit par s’installer et, très vite, le passé est mis de côté. Nous attaquons notre repas en discutant de sujets d’actualité qui, finalement, n’engagent à rien.

Au bout d’une heure passée très vite, Nathalie nous informe qu’un autre rendez-vous l’oblige à nous quitter. Ce qu’elle fait en lâchant subtilement, à la manière d’un éléphant mettant les quatre pattes dans une mare de boue :

— Je vous laisse. Vous devez avoir pleins de choses à vous raconter… Bisous Claire, je t’appelle. Au revoir Jean, on reste en contact.

Un long silence s’installe après son départ. Nous ne savons pas trop comment poursuivre. Un trou de vingt-quatre ans, ça ne se comble pas comme ça….

Ayant compris qu’il repartait le jour même par le train de 17 h, je lui propose un petit détour par le parc Monceau, situé à deux pas, avant qu’il ne repasse à son hôtel récupérer ses bagages et ne disparaisse à nouveau. Il fait beau, il accepte.

Nous marchons, sans mot dire, jusqu’à l’entrée du parc et nous trouvons un banc un peu éloigné, sous un arbre. J’adore le parc Monceau, ses arbres, ses pelouses, ses oiseaux, le vert omniprésent, les fleurs, les enfants qui jouent, les parents qui surveillent en lézardant sur une couverture – même si aujourd’hui, la météo ne le permet pas encore. C’est un endroit hors de la ville, hors du temps, qui me donne la sensation de renouer avec des racines profondes qui me viendraient je ne sais d’où. Notre silence se prolonge mais ça n’a rien d’embarrassé.

— J’avais douze ans quand tu es parti. Je n’ai pas vraiment l’habitude de revenir en arrière, c’est même un exercice que j’évite le plus possible, et je t’avoue que j’y suis aidé par une amnésie féroce qui engouffre ma vie à mesure qu’elle se déroule. Je ne décide pas vraiment. Ça se fait, c’est tout. Tu partais à Londres, c’est ça ?

— C’est ça. Le journal pour lequel je travaillais cherchait quelqu’un. Nous sommes partis avec Isabelle et les enfants. Après la disparition de tes parents, tout a changé. Enfin, tu sais… Il a fallu imaginer un nouveau départ, une nouvelle vie. Nous sommes rentrés il y a cinq ans. Les enfants sont restés. Leur vie s’est construite là-bas. J’avais perdu le contact avec tout le monde, ici. Quand nous sommes revenus, nous n’avons pas vraiment cherché à renouer. Isabelle n’y tenait pas trop. Elle a retrouvé sa famille, c’était suffisant pour elle. De mon côté, il n’y avait plus personne. Grâce au boulot, nous avons reconstruit un cercle social. Et puis mon travail me fait pas mal bouger. La vie, quoi… Aujourd’hui, nous vivons à Bordeaux. Les enfants viennent nous voir aux vacances et nous allons encore à Londres de temps en temps. Isabelle est heureuse, donc ça me va. Et toi ?

À l’allusion de la disparition de mes parents, mon cœur s’emballe. Personne ne l’avait évoqué devant moi depuis longtemps. Pour la simple raison qu’aucun témoin de cette époque ne m’entoure encore et que ce n’est pas quelque chose que je raconte aisément. Lorsque l’on m’interroge sur ma famille, je marmonne quelques mots évoquant une grande distance géographique ayant contribué à un abîme relationnel dont il n’y a rien à dire.

En un sens, cela est vrai. Je ne peux me résoudre à les envisager morts puisqu’en réalité, je n’en sais rien. S’ils sont encore vivants, c’est en un lieu inconnu de moi et donc nécessairement lointain. Et s’ils sont morts, je l’ignore. Ce qui fait que ce n’est ni un mensonge, ni une vérité, juste un moyen de ne pas admettre mon ignorance et d’être obligée de m’en expliquer.

À l’époque, la presse locale en avait un peu parlé. Mais nous n’étions pas célèbres, ni connus. C’était juste un fait divers de plus, sans impact sur le monde ; sauf sur le mien et celui de mon oncle et de sa femme qui m’ont recueillie durant les quelques années qui me séparaient de ma majorité.

Un soir, j’étais rentré du collège et j’avais trouvé la maison vide. Juste un mot sur la table de la cuisine : « Pardon. Aie confiance ». J’avais à peine terminé de lire que notre voisine qui m’avait vue arriver toquait à la porte de la cuisine comme elle le faisait chaque soir de la semaine.

Elle était âgée et remplaçait en partie la grand-mère que je voyais peu. Elle m’avait prise sous son aile lorsque nous avions emménagé sept ans auparavant. Deux solitudes qui s’étaient rencontrées et qui se répondaient. Lorsque j’étais plus petite, elle s’occupait de mon goûter et je trouvais toujours, à mon retour de l’école, une tartine de pain avec un morceau de chocolat. Parfois elle me l’apportait à la maison et d’autres fois, c’est moi qui me glissais dans sa cuisine toujours accueillante : fraîche l’été et chaleureuse l’hiver. Parfois, je dormais chez elle lorsque mes parents devaient s’absenter ou rentrer tard, ce qui arrivait relativement souvent. Nous étions très proches l’une et l’autre et je me sentais en sécurité avec elle.

Lorsqu’elle était entrée dans la pièce, elle m’avait trouvée dans un état de confusion totale, en proie à la terreur de devoir interpréter le sens de ce billet. C’est elle qui avait appelé ma tante Sophie.

À l’arrivée de Sophie, je m’efforçais encore de comprendre ce que tout cela signifiait. Elle m’apprit qu’elle avait reçu une lettre le matin même, dans laquelle mon père lui demandait de s’occuper de moi. Pas plus d’explication. J’avais douze ans.

Nous avions ressenti une incompréhension profonde et pour ma part, un sentiment d’abandon vertigineux ouvrait un gouffre béant en moi, blessure qui n’a jamais cicatrisé et qui explique certainement toutes mes « dingueries » d’adulte. J’avais ce jour-là tout rangé dans une boîte dont le couvercle était scellé.

Je tente de calmer les battements de mon cœur et m’efforce d’enchaîner le plus calmement possible :

— J’ai un fils de seize ans que j’élève seule depuis huit ans. En fait, je l’élève seule depuis longtemps mais je n’ai quitté son père que depuis huit ans. Pour être exacte, j’ai pris la décision, à son huitième anniversaire, de donner un sens aux absences répétées de son père en emménageant dans un appartement à mon nom. C’était impossible de revenir en arrière : trop de vide, trop de manque, un trou immense impossible à combler, à supposer qu’il en ait eu le désir. Nous étions très jeunes lorsque Léo est né. Ce n’était pas un vrai projet et il n’a visiblement pas eu la possibilité de l’inclure dans sa vie. Il valait mieux clarifier tout ça en mettant le fond et la forme en adéquation.

— Je vois. Tu es donc restée seule tout ce temps. Ça n’a pas dû être facile tous les jours ?

— Je suis restée seule effectivement. Pas de souci avec ça : la solitude, je connais bien. Pas facile tous les jours ? C’est vrai. Mais Léo est un garçon formidable et je connais des parents qui, bien qu’en couple, ont connu plus de difficultés que moi dans cette aventure qu’est la parentalité. Je ne me plains pas. Notre relation n’est pas trop conventionnelle et j’avoue que parfois, il est difficile de savoir qui est le parent et qui est l’enfant. Je suppose que nous nous entraidons en fonction des besoins de chacun.

Un long silence suit cet échange et nous contemplons le parc, côte à côte, plongés dans nos pensées respectives. Je ne ressens aucun malaise à me taire ; la présence de Jean ouvre un espace de paix qui me fait tant de bien. Je n’avais pas goûté cette sensation depuis… très longtemps et c’était déjà avec lui.

Nos regards se croisent et un sourire tranquille se dessine sur mes lèvres. Il n’y a rien à ajouter.

Alors, comme si la vie se remettait en mouvement après une pause, Jean me raconte ses enfants devenus grands, leurs carrières professionnelles, sa vie depuis qu’il est rentré en France.

Je l’écoute sans intervenir, bercée par le flot de ses mots. Je me contente de me laisser porter et n’ai envie de poser aucune question, comme si je voulais le laisser entièrement libre de ce qu’il souhaite partager. Ou comme si tout cela ne me concernait finalement pas.

Quand il a épuisé ce qui peut être dit, un nouveau silence s’installe. Peut-être un peu pesant, moins léger, moins confortable que les précédents ; sans doute parce que je ne relance pas la conversation.

Alors, il regarde sa montre et me dit qu’il serait raisonnable qu’il reprenne le chemin de son hôtel afin d’y récupérer sa valise pour rejoindre la gare et prendre son train.

Un moment d’hésitation…

— Tu veux m’accompagner pour que nous puissions continuer à parler ?

— Non, c’est bien comme ça. Je dois rentrer aussi.

Nous nous dirigeons vers la station de métro et nous séparons d’un baiser sur la joue, plus doux, plus intime que les deux bises que nous avions échangées quand nous nous sommes retrouvés.

Je ne lui donne pas mon numéro de téléphone et il ne me propose pas de noter le sien. J’en suis soulagée et je m’éloigne en m’efforçant de ne pas accélérer le pas malgré l’envie que j’en ressens.

CHAPITRE 2 – Retour vers le passé

Pour une fois, le train est parti à l’heure. Le wagon de 1re classe est composé d’ilots de quatre places en vis-à-vis sur la droite et d’une rangée de sièges seuls sur la gauche, séparés par une travée permettant la circulation des passagers.

Je choisis toujours un siège seul, ce qui m’épargne une promiscuité pas toujours agréable et me permet de laisser vagabonder mes pensées sans être dérangé. Je me cale de biais dans une position où je peux contempler le paysage, je mets en place les deux écouteurs de mon téléphone et lance une playlist tranquille, enchaînant des morceaux apaisants dont les paroles en anglais n’interfèrent pas avec mes vagabondages intérieurs.

Du fait de mon métier, j’ai beaucoup voyagé et je continue à bouger même si cela se limite désormais aux frontières françaises. J’ai toujours organisé ces moments, suspendus entre un point de départ et un point d’arrivée, comme des voyages au cœur du voyage : voyages au sein de mes univers intérieurs dont je ressors toujours inspiré et confiant.

Aujourd’hui pourtant, tout est différent. Pour la première fois depuis très longtemps, je ne parviens pas à contacter la paix, la sérénité qui m’accompagnent toujours au pays de mes déambulations. Le TGV quitte peu à peu les agglomérations, la campagne commence à remplacer les immeubles. Je regarde le paysage sans vraiment le voir, tout habité par cette journée et cette rencontre inattendue.

Claire ! Comment ai-je pu croire, en acceptant ce repas et donc ces retrouvailles, que tout pourrait continuer comme avant ? Et pourquoi me suis-je laissé convaincre de te revoir ?

Lorsque je me suis retourné et que je t’ai vue, un tourbillon d’émotions contradictoires m’a envahi. Et je ne saurais dire encore maintenant si c’était agréable ou désagréable. Je dirais : perturbant.

Malgré les vingt-quatre années écoulées, j’ai retrouvé immédiatement en cette femme magnifique qui se tenait devant moi, l’enfant de douze ans que j’avais laissée et aussi, en poupées russes, la trace de toutes les parts d’enfance dont j’avais été témoin depuis ta naissance. Tout est remonté d’un coup : le nourrisson de quelques heures, puis le bébé trop sage qui ne pleurait jamais et qui portait sur le monde un regard tellement sérieux, tellement profond, comme si tu savais déjà que ça n’allait pas être facile. Puis vint la petite fille qui faisait toujours preuve de tant d’application et de concentration dans tous ses jeux. Peu de rires, de bousculades, de chahuts comme si tu cherchais à ne pas trop déranger ou à ne pas te faire remarquer. Et toujours ce regard grave et insondable sur le monde.

Lorsque tu as été en âge de lire - ce qui est venu très tôt - ton absence s’est accentuée. On te trouvait roulée en boule dans un fauteuil ou allongée sur le tapis du salon, plongée dans les histoires qui t’emmenaient ailleurs, loin de nous, comme si la vie réelle était dans ces lignes et que notre monde n’avait en réalité que très peu d’intérêt.

Je comprenais ta fascination et te comparais souvent à l’Alice du Pays des Merveilles, conte que tu refusais obstinément de lire au motif qu’il te terrifiait. La question qui tournait en boucle lorsque je te contemplais, toute absorbée dans tes lectures, était de savoir si ces voyages au pays des mots te permettaient de rejoindre quelque chose qui se serait trouvé caché entre l’encre et le papier ou si, au contraire, ils te permettaient de fuir un décor qui ne trouvaient pas grâce à tes yeux. À moins qu’au cœur de ce que nous appelions « réalité » ne se loge quelque chose qui te fasse peur ou dont tu devrais te protéger. La réponse était sûrement, comme souvent, quelque part au milieu de toutes ces possibilités et j’avais mon idée. Mais je ne connaissais pas ton ressenti qui ne me fût jamais révélé puisque jamais la question ne fût posée. Je le regrette aujourd’hui.

Le paysage défile sous mes yeux mais je ne le vois pas. Comment faire avec toutes ces images qui remontent à la surface ? Ce serait mentir de prétendre que je n’y ai jamais pensé pendant toutes ces années. En réalité, ce passé que nous avons en commun n’a cessé de me hanter et cette rencontre d’aujourd’hui avait certainement pour espoir secret de savoir si tu avais trouvé une réponse, une explication, un sens à ce qui s’est passé. Pourtant, face à toi, je n’ai pas pu me résoudre à aborder franchement ce qui me poursuit depuis vingt-quatre ans.

Comment ai-je pu imaginer que ce serait possible, à défaut d’être facile ? Je mesure combien mon aspiration est ambiguë : désireux de connaître une réponse à un questionnement que je n’ai pas souhaité affronter à l’époque, au point de fuir et finalement t’abandonner à mon tour. J’étais trop impliqué, trop concerné et je n’ai pas su trouver la force de rester près de toi.

Fuir, c’est finalement ce que je fais le mieux. Encore, au moment de te quitter : je ne t’ai pas demandé ton numéro et ne t’ai pas non plus donné le mien. J’ai préféré me faire croire que je n’avais rien voulu de tout ça et que seul le hasard nous avait remis en contact. Aucune suite à donner, juste une parenthèse qu’il serait facile de refermer.

Oui, tout est pour le mieux ainsi. J’attrape les notes que j’ai prises au cours de mon rendez-vous avec Nathalie et décide de travailler un peu au projet que nous avons évoqué.

Deux heures plus tard, j’arrive à la gare de Bordeaux-Saint Jean. Un taxi me ramène jusqu’à la maison où m’attend Isabelle, heureuse de me retrouver. Nous dînons de bonne heure au prétexte que cet aller-retour rapide à Paris m’a fatigué.

— Tu vieillis, Jean.

Prononcée d’une voix douce et posée, cette phrase est bien plus que le simple constat d’une évidence à laquelle nul ne peut se soustraire. Elle ne semble appeler aucune réponse et pourtant je connais par cœur tout ce qu’elle recèle d’espoirs inavoués et d’attentes qui ne seraient pas reconnues quand bien même je les formulerais à sa place. Je connais cet espace enfoui dans un endroit qu’elle croit secret, au plus profond d’elle-même. Femme au foyer depuis notre mariage, elle a élevé nos deux enfants avec un dévouement digne de l’idée qu’elle se fait de la « bonne mère ». Elle a dispensé sans compter et toujours avec le sourire, son temps, son attention, ses conseils et son amour. Issue d’une famille provinciale, élevée dans la certitude qu’une femme devait être entièrement dévouée à sa famille et en premier lieu (chronologie oblige) à son mari, Isabelle a veillé sans relâche au bien-être de ses enfants, honorant par là même son engagement auprès de l'homme qu'elle a choisi.

Mais les enfants ont quitté le nid et dans un juste retour des choses, attendu depuis si longtemps, elle espère maintenant que je revienne à elle. Allégés de tout ce qui, de son point de vue, nous a distrait l’un de l’autre pendant toutes ces années, à savoir les enfants et le travail, elle aspire à enfin reconstituer la bulle fusionnelle de notre rencontre. À sa décharge, les enfants ayant été conçus très vite et rapprochés, nous n’avons connu qu’un temps infime de vie commune préalablement à leurs naissances. Je sais qu’elle guette sans cesse les signes qu’elle pourrait m’opposer, « en toute objectivité », indiquant qu’il est temps pour moi de lever le pied, de renoncer à mes voyages et de trouver une organisation professionnelle qui lui permettrait de me garder sous son aile.

Pour autant, je ne suis pas prêt à changer tout ça et la perspective de ces retrouvailles me donne en réalité d’avantage de raisons de maintenir ce rythme le plus longtemps possible. Ce qui me lie encore à elle n’a, depuis longtemps, plus grand-chose à voir avec un quelconque sentiment amoureux et je ne parviens pas à puiser dans notre relation l’élan de la rejoindre dans sa façon de m’aimer. À la sécurité du cocon dont elle rêve, mon cœur oppose des espaces infinis remplis de rencontres et d’inattendu. Son silence quant à ses attentes profondes, la censure qu’elle exerce sur l’expression de ses aspirations au motif qu’elle souhaite « que ça vienne de moi » me permettent de faire comme si je ne savais pas.

Lorsque je me retrouve enfin dans le noir, allongé suffisamment loin d’elle dans ce grand lit que nous avons rapporté de Londres, format King Size, je ressens un soulagement intense à me soustraire enfin à ses regards et ses projections. Nous avons peu parlé pendant le repas, ce qui n’est ni une habitude ni une exception. Tout dépend de ce que nous pouvons partager. Et là, force est de constater que je n’ai pas souhaité lui raconter mes retrouvailles avec Claire. Je me suis contenté d’évoquer le projet de publication auquel Nathalie m’a proposé de collaborer puisque c’était le motif initial de ce voyage. Ce qui a, en outre, l’avantage de laisser planer la possibilité d’autres déplacements…

Pourquoi ? Pourquoi ce silence et pourquoi cette porte laissée ouverte sur d’autres rencontres ? Je n’ai pas le numéro de Claire et elle n’a pas le mien. Donc, pourquoi ? Je vois revenir à l’arrière-plan cette part d’hypocrisie qui m’est si familière. Celle qui m’a toujours permis de fuir mes responsabilités, de fuir tout court en fait, en évitant de clarifier mes zones d’ambiguïté.

J’ai rencontré les parents de Claire un an et demi avant sa naissance. À cette époque, Jacques, passionné de photo, tentait de se faire remarquer dans ce milieu et dans celui du journalisme. Il était entier, fougueux, et semblait animé par un élan féroce qui était en réalité – je le découvrirai plus tard – la contrepartie exacte d’une blessure profonde. Il se comportait comme s’il avait une revanche à prendre sur la vie et ne tolérait aucun obstacle au déploiement de son talent. Pour ma part, je tentais de mener à terme des études de journalisme, projet qui répondait également à une passion tenace, contactée dès mon plus jeune âge. Pendant que, enfant puis adolescent, je m’acharnais à rendre compte par l’écriture de tout ce dont j’étais témoin, Jacques photographiait inlassablement tout ce qui croisait l’objectif de son appareil. La même nécessité de témoigner nous habitait bien qu’exprimée de façon différente. Nos routes ne pouvaient que se croiser.

En janvier 1979, à l’occasion du salon du journalisme qui se déroulait à Paris, nous nous sommes enfin trouvés. Je dis « trouvés » parce qu’il s’agissait vraiment de ça. Une relation forte s’est immédiatement mise en place et, à partir de cet instant, nous ne nous sommes plus quittés. Jacques allait avoir vingt-deux ans. Je venais juste de fêter mes vingt ans.

Il m’a très vite présenté Cécile, son autre passion, son âme-sœur, son alter ego. On ne pouvait qu’aimer Cécile… ou la détester. C’était un être solaire, toute occupée à rayonner, ne s’attardant pas en chemin. Elle vous faisait la grâce de vous accueillir dans son monde : c’était à prendre ou à laisser. La condition étant de ne pas chercher à ralentir son mouvement au risque de se voir banni violemment et à tout jamais.

Cécile était passionnée d’art et de théâtre. Elle arpentait les planches depuis qu’elle savait marcher et parler. Issue d’une famille fortunée et très compréhensive, elle avait grandi au cœur d’un univers qui la soutenait, l’encourageait, lui fournissait à chaque instant les moyens (y compris financiers) de ses ambitions. En réalité, je ne crois pas que Cécile ait eu de l’ambition au sens professionnel du terme. Elle se souciait peu d’être reconnue ou validée : elle se reconnaissait elle-même à chaque instant et n’avait besoin de personne pour savoir quelle valeur se donner. Son aspiration profonde était juste de pouvoir continuer à suivre ses désirs comme bon lui semblait. Son propre plaisir était la seule chose qui lui importait vraiment.

Ces deux-là vivaient une relation si forte qu’il devenait vite impossible de les imaginer l’un sans l’autre. Ce n’était pas toujours tendre ni paisible, loin s’en faut. Ce qui les liait avait besoin d’être régulièrement testé et la vie décousue qu’il menait leur en donnait très souvent l’occasion. Soutenus financièrement par la famille de Cécile, ils se laissaient vivre et expérimentaient le plaisir sous toutes ses formes, sans se soucier du lendemain.

J’étais fasciné par Cécile et par le couple qu’ils formaient. Leur mode de vie m’étourdissait et m’invitait à découvrir des univers totalement nouveaux. Le journaliste en moi jubilait.

De mon côté, j’étais amoureux et nous devions nous marier en mai. Isabelle terminait la préparation d’un BTS en secrétariat. Elle avait déjà une piste pour un job dès qu’elle aurait le diplôme en poche : un ami d’un ami de son père. La proposition était fiable. Nous avions prévu de nous installer ensemble dès qu’elle aurait touché son premier salaire. Pour compléter nos revenus, je faisais déjà des petits boulots en parallèle de mes études. Nous espérions que cela suffirait.

Lorsque je présentais Isabelle à Jacques et Cécile, la rencontre fût cordiale mais je savais déjà qu’Isabelle aurait de la difficulté à intégrer leur monde. Elle était la plus raisonnable du groupe et beaucoup de choses l’effrayaient dans ce qui se vivait avec eux. Cécile lui accorda un peu d’attention en raison de l’amitié qui nous liait déjà mais je savais que cela resterait toujours anecdotique pour elle. Du moment qu’Isabelle n’était pas un poids, elle saurait s’en accommoder. Jacques lui réserva un accueil plus chaleureux et chercha vraiment à la connaître. Une blessure les unissait sans que je le sache alors. Il l’avait senti. C'est plus tard que j'ai compris : Jacques était orphelin. Isabelle avait été adoptée.

Nous passions beaucoup de temps ensemble, à trois ou à quatre lorsqu’Isabelle se sentait le courage ou l’envie de nous rejoindre.

Notre mariage, totalement orchestré par la famille d’Isabelle, fut en tout point conforme à leurs souhaits. Très conventionnel dans les moindres détails, la seule touche singulière résida en la présence de Jacques et Cécile : Isabelle n’avait pas osé me refuser leur présence.

En Juillet, elle m’annonça qu’elle était enceinte.

Cette grossesse ne faisait pas vraiment partie de nos projets et, en réalité, remettait complètement en question tout ce que nous avions imaginé ou envisagé. Il n’était pas concevable pour Isabelle d’y mettre un terme et nous avons donc commencé à nous organiser pour accueillir ce petit être dont l’arrivée était prévue pour le mois d’avril suivant.

Sans attendre le délai habituel des trois mois permettant de valider la stabilité de la grossesse, j’informais Jacques et Cécile de cette naissance à venir. Leur réaction fût d’abord conforme à ce que je pouvais en attendre. Ils ne manifestèrent aucun intérêt particulier qui aurait pu indiquer qu’ils se soient un jour projetés dans cette situation. Leur amitié pour nous leur permit de se montrer bienveillants mais pas le moins du monde concernés.

Pourtant, quelque chose changea assez vite entre Cécile et Isabelle. Cécile commença à la questionner sur ce qu’elle ressentait, tant physiquement qu’émotionnellement. Le bébé à venir n’intéressait pas Cécile mais l’expérience que vivait Isabelle semblait engendrer peu à peu une sorte de fascination. Un soir, au cours d’un des nombreux repas que nous partagions, elle annonça brutalement :

— Moi aussi, je vais avoir un bébé.

Elle avait exprimé ça de la même façon qu’elle partageait habituellement sa dernière lubie ou le nouveau projet qu’elle comptait réaliser.

Jacques ne semblait pas surpris, ce qui me donnait à penser qu’il était au courant de sa décision. Mais en réalité, il suivait Cécile aveuglément dans tous ses choix et son absence de réaction pouvait tout aussi bien signer, une fois de plus, la loyauté totale qu’il lui portait. Je ne me suis jamais donné l’occasion de l’interroger à ce sujet : tout ce qui relevait de leur sphère intime n’était jamais évoqué avec des tiers. C’était une règle incontournable. Aucune dérogation n’était possible.

Début octobre, Cécile nous annonça le début de sa grossesse et donc une naissance en juillet suivant.

***

Les yeux fermés je revois le film se dérouler sur mon écran intérieur. Tout est net, précis. Tout est enregistré et encore vivant en moi.

Connais-tu l’histoire, Claire ? Quelqu’un te l’a-t-il déjà racontée ? Je sais bien, derrière ma carapace d’hypocrite, que je suis le seul à pouvoir le faire, le dernier à en connaître les détails intimes. Tranche de vie protégée de mon obsession de témoignage et dont je suis resté l'unique dépositaire, muet depuis tout ce temps.

Est-ce là la raison souterraine à ces retrouvailles que je n’ai pas évitées ? La nécessité de dire l’indicible ?

CHAPITRE 3 – Le silence de la vague

Lorsque la rame de métro arrive, je m’y engouffre comme si j’avais le diable à mes trousses. Mon cœur bat trop vite et je n’aime pas du tout ce qui se passe en moi. Je voudrais tant avoir fait demi-tour lorsque j’ai aperçu le dos de Jean.

Enfin à l’abri dans mon appartement, je mesure le chaos qui s’annonce. Je me dirige dans la cuisine et me prépare un thé bien fort. Je tente de reprendre le cours de ma journée comme si le fait de ne pas m’attarder sur ce que je ressens avait réellement le pouvoir d’y mettre un terme. Toutes mes ruses, mes stratégies habituelles sont mobilisées. L’arrivée de Léo m’offre la fuite dont j’ai absolument besoin si je veux que tout ce qui vient de se passer puisse s’effacer temporairement. Ouf, ça y est, je reprends le contrôle !

Quand je peux enfin rejoindre ma chambre et le cocon de mon lit, je redoute la confrontation qui m’attend et que je sais ne plus avoir la force d’éviter. Je me réfugie dans ma bulle au cœur de cet appartement que j’ai voulu comme une forteresse, un bastion imprenable au sein duquel rien ni personne ne peut m’atteindre à moins que je ne lui en ai donné l’autorisation. Ce lit gigantesque qui n’accueille que moi, bien trop grand pour ce corps esseulé, abandonné depuis si longtemps, est le dépositaire de tous mes tsunamis intérieurs, de toutes mes rêveries, de toutes mes errances psychiques. Il est le seul endroit où je me laisse aller quand la pression est trop forte et que plus aucune de mes stratégies d’évitement ne fonctionne. Ici, je suis en sécurité, loin de tout regard extérieur. Ici, je peux me mentir sans que personne ne me le fasse remarquer : je peux m’écrouler et faire semblant que ce ne soit pas arrivé lorsque, après avoir pleuré tout mon soûl, je retrouve des forces pour repartir. Je passe en revue les photos, les images, les objets accumulés au fil du temps, les lourds rideaux de velours rouge qui me protègent de la lumière et du froid, les vêtements jetés en désordre sur les fauteuils. Je tente de gagner du temps, de repousser peut-être l’inéluctable, mais le cœur n’y est plus. Ma résistance est factice.

Je sais parfaitement que ce moment devait arriver un jour, que je n’ai fait que tenter d’être la plus discrète possible afin que peut-être la vie oublie ce rendez-vous. C’est ce que j’ai toujours fait, en réalité. Je sais que ma soi-disante capacité d’amnésie n’est que le subterfuge destiné à figer dans une apparente immobilité tous les mouvements du passé. Le sommeil de la Belle au bois dormant étendu aux expériences de mon enfance. Sauf que le prince charmant s’est pointé sans que je l’aie sonné !

Ça a été le leitmotiv de mes jeunes années : être discrète, ne pas faire de bruit, disparaître. Les livres ont été mes compagnons indéfectibles. Je ne pouvais vivre qu’entre leurs pages. Dans l’autre monde, je ne faisais que tenter de survivre. Comment aurait-il pu en être autrement ? Je crois bien avoir senti dès mes premiers instants que je n’avais aucune place dans ce décor. J’ai su tout de suite qu’il serait extrêmement difficile de capter l’attention de ma mère. J’aurais pu me battre, devenir une enfant difficile attirant le regard des adultes en encaissant punitions et réprimandes. Mais mon instinct était puissant et j’ai su très vite que c’était déjà perdu et que rien n’y ferait. Alors j’ai fait en sorte de ne pas déranger.

En grandissant, je suis devenue spectatrice de son rayonnement. J’étais fascinée et malgré la certitude que j’avais de devoir me faire oublier, une part de moi ne renonçait pas totalement. Peut-être, un jour, une porte s’entrouvrirait-elle ? Alors j’alternais les moments où je disparaissais et ceux où, faisant fi de son absence de réaction, je m’obstinais à lui raconter en détail mes états d’âme et les péripéties de mes journées. Elle faisait à peine semblant de m’écouter et jamais aucun conseil, aucun commentaire ne vint répondre à mes monologues. Parfois, cependant et à condition qu’elle en ait décidé elle-même, elle me faisait la grâce d’un moment avec moi où elle me racontait ses lubies du moment, sans se préoccuper de savoir si j’étais en âge d’entendre ses confidences. Je touchais alors l’extase tout en sachant par avance la morsure de la chute, dès lors qu’elle repartirait vers ce qui semblait toujours l’appeler ailleurs. Je la vénérais et je la haïssais.

Mon père m’accordait d’avantage d’attention. Enfant de la Ddass, ayant enchaîné les familles d’accueil sans pouvoir jamais s’adapter, il gardait en lui un espace d’amour à combler et ma présence lui faisait miroiter une possibilité de réparation. Il devait sentir ce gouffre de solitude qui m'habitait et qui faisait écho au sien. Nous partagions des moments de présence intense qui prenait racine dans l’absence de ma mère quand il lui arrivait de sortir sans lui. Elle avait besoin de ces moments solitaires au cours desquels elle écumait Paris et ses lieux nocturnes, dans des expériences fortes où la présence de Jacques n’était pas requise. Nous restions alors tous les deux, perdus dans cette maison soudain trop grande du fait de son absence, accrochés l’un à l’autre tels des naufragés, liés par la crainte que cette fois, elle ne revienne pas. Nous savions tous deux que ce scénario était improbable tant le lien qui l’unissait à mon père était puissant, profond. Mais nous demeurions comme en apnée jusqu’au moment où nous entendions sa clé dans la serrure. Nous pouvions alors reprendre notre souffle.

Pour occuper le temps jusqu’à son retour et pour tromper les angoisses qui se faufilaient dans nos silences, mon père lisait à voix haute. Je partais avec lui au cœur des paysages imaginaires que nous voyions se déployer sur les murs de ma chambre. Il était le seul à me rejoindre dans ces endroits-là et il était conscient de l’immense privilège que je lui accordais. Conscient également de la raison profonde de cette faveur. Mais il était sous le joug de cette fascination que ma mère provoquait chez tous les hommes qui l’approchaient. Alors, plus souvent, il la suivait dans ses déambulations et me laissait, seule, au creux de ces espaces arides de solitude.

La famille côté maternel se résumait à des grands-parents, Jules et Adèle, que je voyais peu et un oncle, Dominique, frère ainé de ma mère, que je voyais un peu plus souvent. Il était marié avec une femme un peu dépressive, Sophie, dont le drame secret était de ne pas avoir d’enfant. Nous n’étions pas intimes mais nous nous réunissions quatre ou cinq fois dans l’année. Dominique et ma mère avaient une relation compliquée faite d’amour et d’incompréhension. Leurs univers respectifs étaient très différents et n’avaient que peu de frontières communes. Disons que ma mère représentait le grain de folie que mon oncle ne s’autorisait pas et qu’à ce titre, elle lui était précieuse.

Mon seul vrai point d’ancrage et de sécurité, en dehors de mes livres, était Jean.

Je sais qu’il a été présent dès le départ et que je n’avais que quelques heures quand nous avons fait connaissance. J’ai toujours eu le sentiment qu’il était le seul à me voir vraiment, le seul à s’intéresser à ce que j’étais et à ce qui pouvait se passer en moi. Pour autant, je ne me confiais pas à lui mais je savais cet espace disponible et c’était suffisant. Il figure sur toutes les photos que j’ai récupérées et qui sont enfermées dans un placard que je n’ouvre jamais. Je ne les conserve que pour Léo qui décidera un jour de ce qu’il veut en faire. Je ne peux plus les regarder. J’y ai usé mes yeux dans les mois qui ont suivi la disparition de mes parents, guettant un indice, une explication, quelque chose me permettant de comprendre ce qui s’était passé. Est-ce que ce qui est arrivé était visible sur ces clichés ? Je n’ai jamais trouvé. Je n’ai peut-être pas cherché au bon endroit.

Alors, oui, Jean était la seule lumière dans mes ténèbres. Isabelle était gentille aussi mais distante et très occupée par ses enfants dont je n’ai jamais été proche. On ne voyait pas souvent Isabelle et les enfants. Je sentais, quand nous étions tous ensembles, comme un reproche muet adressé à Jean et qui nous concernait, mes parents et moi.

Je me tourne et me retourne au fond de mon lit. Je sens monter le raz de marée qui va bientôt me submerger. Le barrage est en train de s’effriter et je sais que rien ne peut plus empêcher son effondrement. Curieusement, je ne ressens plus cette panique familière qui m’a tant de fois envahie lorsque je ne parvenais pas à garder le contrôle. Ce qui émerge ressemble … à de la curiosité ! Comment est-il possible qu’au moment où je vois approcher un tsunami émotionnel susceptible de m’anéantir, je ressente de la curiosité ? C’est comme si j’observais tout ça d’un endroit de calme profond, comme si plus rien n’avait d’importance ou plutôt comme si je savais de façon absolue que je ne serai pas dévastée. Je suis comme dédoublée : une part de moi observe, sans émoi, le mur de cette vague géante se rapprocher et un autre endroit sait qu’il n’y survivra pas.

La vague s’abat sur moi et m’engloutit. Je me noie.

Je revois alors l’instant exact où je suis rentrée à la maison, ce fameux jour. Je pose mon sac sur une chaise et je remarque que, contrairement à d’habitude, la cuisine est parfaitement rangée. Je ne vois pas le mot de mes parents et je fais un tour au salon pour constater que, là aussi, tout est en ordre. Je ne pousse pas plus loin. À cet instant précis, je SAIS que quelque chose ne va pas. Je reviens dans la cuisine, tous mes sens en alerte, et là, je le vois. Je sais, avant même de lire, que je ne vais pas aimer ce qui est écrit.

Du fond de mon lit une voix résonne alors en moi, puissante, comme une supplique lancée à l’enfant que j’étais : ne lis pas ! Comme s’il était possible de tout annuler, rembobiner pour écrire une autre suite. Ou plutôt comme une tentative de ne pas revivre l’émotion de cet instant.

Mais bien sûr, je lis. Et tout s’écroule. Parce que, pendant une fraction de seconde, je comprends exactement ce qui se passe : Ils sont partis. C’est fini ! Juste le temps de reconnaître l’écriture de mon père. Ça ne dure qu’un instant et aussitôt, un voile sombre s’abat sur mon esprit et je ne comprends plus rien. La voisine arrive à ce moment-là.

J’ai l’impression de vivre la suite comme si j’étais au fond d’un aquarium. J’entends, je réponds quand on me questionne mais c’est comme si je n’étais pas là. Ma tante Sophie arrive et me prends dans ses bras. La voisine aussi a fait ça. J’imagine qu’elles pensent me réconforter. Elles ne peuvent pas imaginer qu’il n’y plus aucun espace à réconforter en moi. Un abîme sans fond s’est ouvert et rien ne saura jamais le combler. Au terme d’un long conciliabule à voix basse, il est décidé qu’il serait peut-être moins douloureux pour moi de rester dans ma maison en attendant que des décisions soient prises me concernant. J’entends des mots comme disparition inquiétante, signalement, impossible ou irresponsable. Ma tante évoque une lettre qu’elle aurait reçue le matin même. J’ai envie de leur crier que tout ceci ne sert à rien, qu’ils sont partis et qu’ils ne reviendront pas. Mais aucun mot ne sort de ma bouche. Je me replie en moi, je m’absente de la même façon que je le fais quand je plonge dans mes livres. Je me suis bien entraînée toute ces années. Je suis au point : ne pas faire de bruit, ne pas déranger. Sauf qu’il n’y a plus personne à déranger.

La vague est passée et je suis vivante.

Je reste un moment, un peu surprise, guettant des mouvements de fonds à venir, tels les répliques d’un tremblement de terre. Mais rien ne vient. J’ose à peine respirer, comme s’il me fallait être attentive à ne pas réveiller un monstre endormi, un dragon gardien des souvenirs enfouis. Mais là encore, rien ne se passe. Tout est calme, silencieux, de ce fameux calme après la tempête, ce silence qui se déploie sur le champ de bataille lorsque les tirs ont cessé. J’observe, dubitative. C’est tout ?

Et d’un coup, je sens monter en moi un mouvement puissant, sauvage, comme un élan de vie surgi d’un endroit dont j’ignore tout. J’aurais dû mourir mais je suis en vie. Un sentiment d’invulnérabilité m’envahie. Je me sens invincible, bien décidée à prendre une revanche sur la vie pour toutes ces années vécues à moitié, en sourdine, dans la peur de l’inattendu. L’inattendu a déjà frappé ma vie dans une version dévastatrice et j’ai survécu. Plus rien ne peut désormais m’atteindre. Je ne me reconnais pas et cela m’effraie un peu quand même. Mais cet appétit de vivre qui m’habite soudain est si bon. Rien ne me semble impossible.

Difficile de trouver le sommeil après tout ça. J’ai le sentiment qu’un bouchon vient de sauter. Je comprends que ma peur de recontacter ce moment était le seul obstacle et je suis stupéfaite de ne pas avoir ressenti à nouveau cette dévastation intérieure, cet anéantissement. J’ai été spectatrice, sans aucune implication émotionnelle et même si je m’en étonne, le cadeau est trop beau pour être refusé.

Je finis malgré tout par dormir quelques heures et me réveille pleine d’entrain malgré ma courte nuit. J’ignore encore, à ce moment-là, que les nuits courtes vont devenir la norme.

Lorsque je rejoins Léo dans la cuisine pour le petit déjeuner, il remarque immédiatement que quelque chose a changé.

— Salut m’man, tu vas bien ?

— Parfaitement bien, mon bouchon, parfaitement bien. Je ne me suis jamais sentie aussi bien.

— M’man, m’appelle pas comme ça. J’suis plus un bébé. Ben ouais, ça se voit que c’est pas comme d’habitude. Il s’est passé un truc ?

— D’une certaine façon, oui. Je crois qu’il est temps que je sorte de ma tanière et que je me mette à vivre.

— Waouh ! Ben, ça alors ! T’as fumé, t’as rencontré un mec, t’es tombée dans une potion magique ?

— Rien de tout ça. Encore que, une rencontre masculine ait certainement contribué à ce « réveil », mais ce n’est pas ce que tu crois. Dépêche-toi, tu vas être en retard ! on se voit ce soir.

Lorsque Léo quitte la pièce pour aller se préparer, il ne peut s’empêcher de me jeter un dernier regard rempli d’incrédulité et de quelque chose qui pétille.