Regarde toi ... - Sandrine-Laure Rebillet-Evrard - E-Book

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Sandrine-Laure Rebillet-Evrard

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Beschreibung

Le récit d'une femme au travers de sa maladie. Son amour pour Mathieu, ses filles, ses angoisses et ses peines. Une belle histoire pleine de tendresse et de vérité. Un livre émouvant et poignant . Une leçon de courage et d'espoir. Un livre dédié à la vie et à l'amour.

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Seitenzahl: 107

Veröffentlichungsjahr: 2015

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A Mes Filles, Léa et Claudia,

A Mathieu, parce qu'il sait qui il est,

A Mon Frère, Sébastien,

A Mes Parents, Martine et Claude,

A Ma Famille,

A Ma Cousine Isabelle, parce que nous

sommes de la race des poux,

A Marie-Laure, Parce que c'est comme ça...

A vous tous qui m'avez soutenue et

accompagnée.

Et enfin et surtout au nom de l'amour...

Sommaire

Début du texte

LETTRE A MON FRERE

LETTRE A CLAUDIA

LETTRE A LEA

LETTRE A MON PERE

LETTRE A MATHIEU

LETTRE A MA MERE

Je suis née en aout 1965. Je suis le fruit des amours de jeunesse de ma sublime maman.

Martine, ma mère, a aimé Jean-Pierre, mon père biologique, d’un amour passionné et exclusif. Il l’a abandonnée lorsqu’il a su qu’elle portait en elle leur bébé.

Maman a vécu sa grossesse éloignée de sa famille, rejetée et montrée du doigt par tous. Seul mon oncle Gilbert est resté à ses côtés.

Il a assisté à ma naissance et m’a donné mon prénom et mon nom : Sandrine – Laure – Sidonie Rebillet.

Mon grand-père ne m’a vue qu’à notre sortie de la maternité. A la minute où il m’a prise dans ses bras, je suis devenue sa raison d’être. Il m’appelait : ‘’ La huitième merveille du monde’’.

J’ai poussé au milieu de mes oncles et tantes : Gilbert, Marie-Christine, Marie-Joëlle, Jean-Marc et Thomas. Mes 2 mamys. J’étais une petite fille très discrète, sage et observatrice, j’ai appris seule à jouer aux Dames à 3 ans en regardant les grands disputer de longues parties. Je suçais mon pouce en tournant mes boucles et je les observais. Je me faisais câliner par mes mamys, faisais tourner en bourrique mes oncles et tantes et j’attendais les retours de ‘’Gros-Père’’ avec impatience…

Il était mon Dieu, je n’obéissais qu’à lui. Je voyais ma maman les week-ends. Elle venait de plus en plus souvent avec son amoureux et celui-ci, de plus en plus souvent, venait me chercher pour aller au Zoo, au manège, en balade… Je l’aimais bien.

Un jour, maman m’a demandé si je voulais que Claude devienne mon papa. Du haut de mes 3 ans j’ai répondu :

« Non je ne veux pas. »

Il a fallu un petit séjour à l’hôpital pour que dans ma peur des docteurs, je m’accroche à Claude en pleurant :

« T’en va pas mon papa ! »

J’ai fait fondre le cœur de cet homme exceptionnel…Il m’a prise dans ses bras et a dit :

« Papa revient tout de suite mon bébé, ne t’inquiète pas. »

J’avais donc un papa, et à compter de ce jour, j’ai découvert ce que voulait dire le mot ‘’NON’’.

J’ai changé de nom, de maison, et je suis devenue une petite fille normale. Une petite fille qui allait à l’école, qui rangeait ses jouets, qui mangeait ce qu’elle avait dans son assiette, une petite fille qui allait au coin lorsqu’elle se montrait capricieuse, une petite fille qui prenait des fessées… Je défiais mon père ! Je le regardais dans les yeux et je lui lançais :

« Tu n’es pas le commandant de moi !!!! »

Il m’a confié bien plus tard que mon insolence et mes provocations le rendaient malade.

Mon frère est venu agrandir notre famille, nous avons quitté Paris et sommes arrivés en Normandie.

Ce fut pour moi une cassure très douloureuse. Ma vie de petite parisienne me manquait terriblement.

Mon enfance s’est déroulée normalement, je suis devenue une adolescente un peu turbulente. J’étais terriblement complexée, alors je faisais le clown pour être drôle puisque je ne me trouvais pas jolie…

A la maison, j’étais calme et révoltée à la fois. Je vouais à mon père un véritable culte. Et il m’adorait… Nous parlions de tout… De la vie… Des garçons… ‘’Ces petit merdeux qui tournaient avec leur mob’’. Papa me protégeait comme un trésor.

L’année de mes 18 ans, lors d’une dispute avec maman, une dispute où je lui ai dit que mon père était l’amour de ma jeune vie, pour une raison que je comprends aujourd’hui, maman m’a regardée froidement et m’a lancée :

« Ton père que tu aimes tant, il n’est même pas ton père !!! »

Je me souviens de ce jour comme si c’était hier, j’ai poussé mon premier cri de douleur…

J’étais folle de chagrin… Qui était cet homme que j’appelais Papa… Alors c’était bidon lui et moi ? Il ne pouvait pas m’aimer…

Je n’étais pas sa fille…

Je ne devais plus lui adresser la parole pendant plus d’une semaine… Il m’avait trompée…

Un soir, il est rentré plus tôt. Les yeux cernés et rougis par le chagrin. Il a mis mes affaires dans un sac et nous avons pris la route. Quelques jours pour se parler…Pour se comprendre…

« Tu ne sors pas de mes couilles, mais je t’aime parce que tu es ma fille…Tu es ma petite fille à moi et tu es ce que j’ai de plus cher au monde. »

Il pleurait la tête dans mon cou, je sentais ses larmes couler. J’ai caressé sa nuque et j’ai murmuré :

« Je t’aime papa… Pourquoi tu ne m’as rien dit ? »

Il m’a tout raconté. Ces quelques jours nous ont appris à nous connaitre et à nous aimer encore davantage.

J’ai rencontré mon géniteur et mon respect pour mon père a été plus fort encore.

J’ai vécu ma vie de toute jeune femme à Paris, puis à Londres. Entre mes amours et une vie professionnelle un peu instable.

En 1992, j’ai retrouvé par hasard l’homme qui m’avait, dix ans plus tôt, fait découvrir les jeux du corps. Je n’ai pas su résister à son charme et de nos nuits de folies est née Léa en octobre 1993. Eric est parti à la seconde où il a eu connaissance de mon état.

Maman a appelé son acte de courage : ‘’La malédiction des filles Rebillet ‘’.

J’étais quant à moi folle de joie.

Pierre, l’un des meilleurs amis de mon frère, m’a accompagnée tout au long de ma grossesse et nous nous sommes unis pour le meilleur et pour le pire (Je dirais même beaucoup pour le meilleur, mais trop souvent pour le pire), le 9 juillet 1994.

Claudia est venue agrandir notre famille le 20 juin 1995.

Pierre est un homme courageux et gentil, mais notre union n’a jamais été ni euphorique, ni passionnée.

Ma belle-famille a abimé notre mariage. Trop de différences, trop de non-dits. Seuls nos congés d’été nous rapprochent... C’est peu, ce n’est pas assez.

En 2008, je m’inscris sur ‘’Copains d’avant’’, et je retrouve Enzo…Enzo et ce souvenir ému de nos regards furtifs de lycéens. A force de mails, de sms plus enflammés les uns que les autres, nous nous retrouvons à Paris en mai.

Notre relation sera passionnée, magique, magnifique. Nous nous sommes aimés à la folie.

A partir de cette période mon mariage est fini. Pierre souffre, mais il est trop tard, je le quitterai en octobre 2011. Et je ne reviendrai plus jamais vivre auprès de lui. Il reste mon ami et le papa de nos deux merveilleuses filles.

Le 18 novembre 2010, Maman nous a quittés. Elle était la joie de vivre faite femme. L’annonce de son cancer en 2009, nous a fait l’effet d’une bombe. Notre maman était le pilier de la famille. Notre père était fou d’elle.

Maman avait un cancer du côlon et des métastases hépatiques. Sa chimiothérapie fut longue et lourde. Cette épreuve ne devait pas la guérir mais juste prolonger un peu sa vie…

Elle était courageuse, elle souriait tout le temps et ne se plaignait jamais. Notre père occultait totalement sa maladie. Il était même souvent très injuste avec elle. Je pense qu’il ne se rendait pas compte de ses souffrances.

En juillet 2010, l’état de maman s’est aggravé. Nous avons pris la décision, mon frère et moi, de rencontrer son médecin. Il nous a reçus un vendredi en tout début de soirée et nous a annoncé le pire. Nous étions Sébastien et moi comme deux enfants perdus.

« Lorsque j’ai vu votre mère pour la première fois en novembre 2009, je lui ai dit tout de suite qu’elle était condamnée. Elle sait depuis le début que la médecine ne peut pas la soigner. »

J’ai pris la main de mon frère… C’était terrible. Maman savait donc depuis le début et elle ne nous disait rien. Par pudeur, par amour…Tout simplement pour ne pas nous faire peur, pour nous protéger comme elle l’avait toujours fait. Quelle femme, quel courage admirable !

Nous réalisons soudain comme il a du être pénible pour elle de nous entendre parler des prochains Noëls, des prochaines vacances, de nos futurs avec nos enfants.

Elle savait pendant tous ces mois que son futur à elle n’existait pas, qu’il n’existait plus. Qu’elle ne fêterait jamais les 18 ans de ses petites filles, qu’elle ne les verrait jamais se marier. C’est terrible d’imaginer que le futur n’existe plus. On peut dire : ’’demain’’, ‘’après-demain’’, ‘’la semaine prochaine’’ et ensuite c’est l’inconnu… Il n’y a sans doute plus le temps pour un : ‘’dans 2 mois’’… C’est terrible de comprendre soudain que c’est la réalité de notre mère.

Nous sommes montés l’embrasser dans sa chambre, elle est un peu surprise de nous voir arriver un vendredi soir tous les deux, mais elle sait. Mon frère est sorti acheter des boissons fraiches et je n’arrive pas à soutenir le regard de notre mère.

« Qu’est-ce que vous faites là mes enfants chéris ? »

J’entends encore sa voix, maman nous appelait toujours ‘’mes enfants chéris’’.

« Nous étions inquiets maman, nous avons voulu rencontrer le docteur B. »

Elle me regarde, elle a l’air si triste…

« Il vous a dit ? »

Je prends sa main.

« Oui maman, il nous a dit… »

Ma voix tremble, je ne trouve pas les mots. Pour la première fois de ma vie, je suis désemparée devant elle. Elle essuie une larme sur ma joue.

« Promets-moi de consoler les hommes. Ton père ne va rien comprendre comme d’habitude et ton frère va s’effondrer. Tu es forte toi ma fille, tu vas t’occuper de tout. »

Je la prends dans mes bras et je promets. Je serre contre moi son corps qui souffre. J’aimerais au moins apaiser son immense cœur. Je promets tout ce qu’elle me demande. C’est à partir de ce jour que notre famille et nos proches m’ont surnommée : ‘’Iron-Girl ‘’.

Maman ne parlait jamais de ‘’l’après’’, elle refusait cette idée, elle pensait que le miracle allait se produire. Maman s’est battue jusqu’au bout, parce que toute sa vie elle s’est battue. Pour être la plus jolie, pour être la meilleure des assistantes de direction, la meilleure épouse et surtout, la meilleure des mamans.

Elle a fermé les yeux pour l’éternité le jeudi 18 novembre…

Nous avons, dans sa petite chambre de la maison de repos, ma fille Léa et moi, consolé les deux hommes de sa vie.

Elle est étendue, sereine et enfin soulagée de ses douleurs. Il nous semble qu’elle sourit… Maman nous a quittés. Nous ne l’entendrons plus jamais rire aux éclats.

Elle riait maman, elle riait tout le temps, pour tout, pour rien.

Elle m’avait fait promettre de la maquiller et de la rendre ‘’jolie’’… C’était important pour elle d’être toujours belle.

Le vendredi après-midi, Sébastien décide de venir avec moi, Léa est là aussi. Maman est pâle… Froide… Je commence par m’occuper de ses ongles. Je les lui lime et je dépose son vernis préféré. Je lui parle. De temps en temps, je m’arrête pour poser un baiser sur son front.

J’ouvre sa boite de couleurs, ‘’ le plus beau cadeau ‘’ qu’elle ait eu de toute sa vie… Une mallette de maquillage que je lui ai offerte pour son dernier anniversaire, son dernier 15 août. Ses 66 ans. Elle était comme une enfant avec toutes ses palettes colorées.

Je fais tout ce qu’elle aurait fait. Mon frère pleure. J’essuie du revers de la main une larme sur sa joue.

« Voilà Maman, ils ne te feront pas un maquillage à la con, tu seras belle pour toujours ».

Je la trouve très belle. Elle dort… Voilà c’est cela, elle dort tranquillement…

Je prends plusieurs photos, Il ne s’agit pas de voyeurisme morbide, je le fais à la demande de mon oncle Gilbert. Il est loin, et a besoin de voir sa petite sœur une dernière fois.

Je reviendrai chaque jour jusqu’à la mise en bière, retoucher son maquillage et lui parler.

Nous organisons son dernier voyage. Nous choisissons les chansons pour l’Eglise. Cesera ‘’Mistral Gagnant’’ et ‘’ Quand on a que l’amour’’.

Notre père est ingérable, son chagrin m’effraie. Je ne sais pas comment apaiser sa peine. Il ne tient pas debout. Il ne parle pas, il pleure sans arrêt. C’est inimaginable, il n’a plus rien du héros de mon enfance.