Renaître de mes cendres - M.T. Labat - E-Book

Renaître de mes cendres E-Book

M.T. Labat

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Beschreibung

En une nuit, la vie entière de Maïra bascule. Pourtant, elle pensait que celle-ci était réglée comme du papier à musique. La valse qu'elle dansait avec David se transformera très vite en véritable chaos. Celui-ci deviendrait son unique partenaire. Touchée, heurtée en plein coeur. Trahie par l'amour de sa vie et par des proches qu'elle pensait fidèles, comment Maïra allait-elle surmonter ce cataclysme ? Elle veut connaître les tenants et les aboutissants de cette liaison qui devenait fatale à son existence. Qui est donc cette femme qui a réussi à faire chavirer le coeur de son mari ? Maïra est-elle prête à entendre et connaître la vérité ? Est-elle sur le point de devenir folle ? Voilà que le doute, la peur et le manque de confiance prennent subrepticement place en elle. Le début d'une vertigineuse descente en enfer. En dépit de ce tsunami extérieur et intérieur, Maïra fera de belles rencontres. Des rencontres improbables qui arrivent très rarement au cours d'une vie. « Ce qui vous arrive de mauvais un jour, vivez-le comme un présent pour votre futur. »

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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RENAÎTRE DE MES CENDRES

M.T. LABAT

À ma grand-mère qui m’a appris que l’intelligence est la capacité à tirer des leçons des épreuves plus ou moins difficiles que la vie nous amène.

Chapitre 1

FAIRE CONFIANCE À SON INSTINCT

On pense souvent à tort que notre vie est réglée comme du papier à musique.

Tout va bien Madame la marquise !

Jusqu’au jour où un ouragan se pointe et dévaste, en une fraction de seconde, toute votre existence. C’est à partir de ce moment que vous dansez avec le chaos.

Je me souviens précisément lorsque celui-ci m’a frappé de plein fouet.

Je m’appelle Maïra, quarante ans, trois merveilleux enfants.

Zacharia quinze ans, Isia douze ans, Jade six ans. En couple depuis vingt ans.

Oui, vingt ans !

Samedi 19 août 2017

08 h 00

Ce matin-là, David se leva à contrecœur. Il avait accepté d’accompagner son père afin d’aider des amis de longue date à déménager.

David redoutait cette journée qui lui semblait déjà infiniment longue.

— Mais qu’est ce qui m’a pris d’accepter. Putain… Ça me fait chier… Encore une journée de merde… Comme si je n’avais que ça à faire…

L’entendre bougonner ainsi avait provoqué en moi un léger frisson indescriptible.

Mais je n’y prêtais pas plus d’attention.

— Je ne comprends pas pourquoi tu râles ! Il te suffisait de dire non à ton père. À ce que je sache, il ne t’a pas mis un couteau sous la gorge. Et qui sont ces gens qui déménagent ?

— … Quoi ?

— Je te demandais, qui sont ces gens que tu vas aider à déménager ?

— … Euh… Personne… Laisse tomber, tu ne les connais pas.

— Mais toi oui ?

— … Euh… oui euh non.

— C’est oui ou c’est non ?

— Bon, tu as fini avec tes questions ? Ça me saoule assez d’y aller alors tu ne vas pas en mettre une couche à ton tour !

— Pas la peine de t’énerver… Je m’intéressais juste un peu.

À quoi bon continuer à discuter avec lui. David était un râleur né !

18 h 30

David est de retour. Jovial, souriant, le début de soirée s’annonce sympathique. Apparemment, il a passé une agréable journée. Il était transformé. Parti ronchon, il revenait détendu. Cela faisait bien longtemps que je ne l’avais pas vu ainsi.

Que s’était-il donc passé lors de ce déménagement ?

Qu’importe, je ne voulais pas savoir. David était agréable. J’adorais ça et je voulais en profiter. Je bénissais son père, ces gens et cette journée. Ils illuminèrent une parcelle de l’être de David.

20 h 00

David m’annonce qu’il mangera un peu plus tard car il doit passer un coup de fil important. Ces derniers temps, il prenait l’habitude de manger après nous. Je comprenais car son rythme de vie était différent du nôtre. Nous devions composer avec ses horaires décalés. Il pouvait passer deux semaines à travailler de nuit puis la suivante le matin et deux autres l’après-midi.

Son emploi du temps impliquait une organisation minutieuse. Très souvent, je me retrouvais seule à devoir gérer le quotidien des enfants ainsi que mes activités.

Rien de dramatique !

Au fil du temps, j’étais devenue un vrai robot. Une working girl, Wonder Woman. Sigourney Weaver, Melanie Griffith et Gal Gadot n’ont qu’à bien se tenir.

Je suis dans la place !

Avec cette cadence effrénée, notre vie de couple prenait un coup mais rien de grave au point de s’en alarmer. En bon robot bien programmé, je trouverai une solution au problème.

Très bien !

Mais mon instinct n’était pas du même avis que moi. Lui, n’avait plus le temps d’attendre que je trouve cette hypothétique solution.

Ce soir-là, il fera retentir en moi un second tilt. Et comme à mon habitude, je n’y prêterai toujours pas attention.

20 h 30

Je n’en pouvais plus. David était toujours au téléphone. Je n’attendais qu’une chose : coucher les filles, m’écrouler enfin sur mon canapé et regarder la télévision.

Robot la journée mais humaine en soirée !

Malheureusement, ce soir-là rien d’intéressant, que des émissions merdiques et voyeuristes.

Fais chier !

J’attendais ce moment avec impatience pour me détendre devant un bon film.

Loupé !

Alors que je zappais désespérément à la recherche d’une série ou d’un film, je tombai par hasard sur Point Break1.

Hasard ou coïncidence !

Mes yeux se figèrent. Je ressentis une immense joie. Une sensation étrange, comme si une petite parcelle de mon être venait de se rallumer.

Adolescente, j’adorais ce film. Patrick Swayze, Keanu Reeves et Lori Petty me faisaient littéralement rêver

Je venais de faire un bond en arrière de vingt-cinq ans. Ce film me replongea en quelques secondes dans mon adolescence, l’époque où mes rêves remplissaient ma tête. L’époque où je me sentais libre et insouciante. L’époque où je voulais conquérir le monde.

Là, la petite voix décida de frapper plus fort. Mon instinct m’envoya un autre signal qu’une fois de plus je décidai d’ignorer.

Tout était pourtant là. Devant mes yeux. Mais je n’en comprenais toujours pas le sens caché.

En réalité, tout était si simple. Même le titre du film était un signe que je ne comprendrais que bien plus tard.

Les minutes passèrent, et pour une raison que j’ignorais, je me dirigeai vers le garage.

Pourquoi ?

David ne s’y trouvait pas et s’était isolé dans le jardin.

Il faisait nuit et il commençait sérieusement à faire froid.

Alors pourquoi aller au fond du jardin ?

Au moment où je décidai de faire demi-tour, ma voix intérieure m’interpella. Elle ne voulait pas me laisser tranquille et semblait vouloir me dire quelque chose. Attirer mon attention.

Elle fit une nouvelle fois retentir ce petit tilt qui me poussait à me questionner sur le comportement étrange de David.

Malgré les différents signaux que me lançait mon instinct, je décidais de balayer d’un revers de main toutes ces questions insidieuses qui tentaient de faire le forcing dans ma tête. Je ne voulais rien savoir.

Pourtant, j’entendais David. Sa voix surgissait du jardin. Beaucoup plus douce qu’habituellement. Intriguée, je me mis à l’espionner.

Je tendis mon oreille pour mieux l’entendre mais je discernais mal tous ses mots. Ces satanés avions et leurs couloirs aériens étaient juste au-dessus de mon jardin et m’empêchaient de suivre la conversation. Très vite je compris qu’il discutait avec une femme. Son intonation, son rire étaient détendus. Cette petite voix calme et suave qu’il prenait fit retentir mon quatrième tilt.

Une fois de plus je n’y prêtais pas attention. David devait échanger avec une amie.

Pourquoi dramatiser ?

« Très bien » me dit ma petite voix intérieure. Je persistai à l’ignorer et retournai regarder mon « Point de rupture ».

Quelques minutes plus tard, David entra dans la maison, alla embrasser Jade et Isia. Quant à moi, toujours dans ma bulle, fixée sur film sans faire attention à lui. La sonnerie d’un téléphone perça le halo dans lequel je me trouvais. Le son émis m’était familier.

Mon regard se posa rapidement sur mon portable. Rien, pas de message. Je me détournai de lui et continuai de regarder Point Break. J’exécutai tout cela de façon machinale.

Après tout, ce n’était pas mon téléphone, alors pourquoi devrais-je me déconnecter de mon film ?

Comme je ne comprenais toujours pas les signaux émis par l’univers. Ma voix intérieure, quant à elle, allait réagir à ma place. Sans que j’y prenne garde, elle surgit du plus profond de mon être pour m’ordonner d’aller dans le garage.

Encore !

Ce que je venais de ressentir était si puissant qu’il m’était impossible d’y résister. J’obéis à ses ordres sans même sourciller.

Et me voilà avançant tel un robot vers le garage. Je n’étais plus moi-même. Je planai au-dessus de mon corps. J’entrai, allumai la lumière et restai debout dans ce garage.

Trou noir !

Je ne comprenais pas. Comment étais-je arrivée là ? Pourquoi étais-je là ?

Comment était-ce possible ?

Devenais-je folle !

Sur le point de faire demi-tour, cette voix intérieure me rappela à l’ordre. Elle me susurra de prendre le téléphone de David posé sur le réfrigérateur.

Hasard ou coïncidence !

David ne le quittait jamais. Il le gardait jalousement sur lui comme si celui-ci détenait un terrible secret.

Je me dirigeai donc vers le mobile et y posai délicatement mon index.

Le temps, mon souffle se suspendirent à l’unisson dans l’attente du verdict.

En une fraction de seconde, il me livra son terrible secret.

Le verdict était sans appel. La photo d’une femme. !

Qui était-elle ?

Je rêvais ! Ce n’était pas possible !

Mon cerveau me jouait des tours.

J’optai pour cette raison puisqu’il m’avait conduit dans le garage sans que je sache comment ni pourquoi.

Alors il pouvait encore m’illusionner.

Pour en avoir le cœur net, je décidai d’appuyer à nouveau sur le téléphone. Je désirais me rassurer, me confirmer que je délirais totalement.

La sentence était irrévocable ; c’était bel et bien la photo d’une femme.

Tout à coup et à la vitesse de la lumière, tout s’emmêlait très vite dans ma tête. Je reçus une décharge électrique.

Mais celle-ci n’était rien comparée à celle que je recevrai bien plus tard.

Mon cœur s’emballait, je manquai de tomber à terre. Je respirai un grand coup afin de remettre en place mes idées. Je devais agir et vite.

« Qu’est-ce que je fais, qu’est-ce que je fais ? ».

Il n’y avait que ces mots dans ma tête.

Le mot de passe de David me revint très vite en mémoire. Un mot de passe que je connaissais parfaitement. Isia et Jade m’avaient donné le code de déverrouillage du téléphone de David. Après des minutes d’hésitation, j’entrepris d’ouvrir le message pour le lire et en avoir le cœur net.

« Non ! ». Voilà que ma raison m’ordonna de ne rien faire. Elle s’était encore manifestée. Cette petite voix intérieure décidait de me poursuivre et de ne pas me lâcher. Elle surgissait sans me prévenir et faisait de moi ce qu’elle voulait.

Attendre, était le mot d’ordre. D’abord canaliser mes réactions et observer celles de David.

Le voilà !

Il est joyeux, excessivement euphorique. Était-ce l’effet de l’alcool ou sa conversation téléphonique avec cette femme qui le rendait ainsi ?

Je l’observais en silence comme on guette une proie que l’on est sur le point de capturer. J’épiais ses moindres gestes. Il ne me voyait pas aux aguets.

David prit machinalement son téléphone. Appuya dessus et l’instant d’après émit un bruit comme s’il recevait un coup en pleine poitrine. Surpris par ce qu’il découvrait, il laissa échapper son téléphone. Celui-ci lui glissa entre ses mains, telle une braise ardente.

Sa réaction le trahissait. Je perçus très vite son malaise. Je me tenais à ses côtés et cette femme dansait entre ses mains.

Que se passait-il dans sa tête à ce moment précis ?

Pensait-il que j’avais vu le message ? Le visage de cette femme ?

Je sentais la pression monter en lui. Tout avait l’air de s’emballer dans sa tête. Dans la mienne aussi.

J’étais partagée entre la colère et la curiosité. Devais-je exploser ou rester calme ?

Quelle option choisir ?

Pause !

Je devais tempérer mon excitation.

— Qu’est-ce que tu as ?

— …

— Allo !

— Euh… Excuses-moi. C’est juste que… J’ai appelé quelqu’un par erreur.

Baliverne !

Mais pour qui me prenait-il ?

— Et de qui s’agit-il ?

— Euh… En fait… c’est ton numéro. Je suis con laisse tomber.

— C’est bizarre, mon téléphone n’a pourtant pas sonné.

— C’est normal, j’ai raccroché aussitôt après m’en être aperçu. En quoi c’est bizarre ?

Je ne peux pas t’appeler maintenant !

— Ben non, puisque je suis dans la même pièce que toi. Où est l’intérêt ?

— Je te dis que c’est une erreur. On ne va pas en faire un drame ! T’es pas contente que je t’appelle ?

Ok !

Il pouvait feindre l’agacement autant qu’il voulait. Je venais de le démasquer.

Il voulait jouer à ce jeu-là avec moi ?

David l’ignorait mais j’avais un coup d’avance sur lui.

C’est parti, nous allions alors jouer !

Balle au centre : zéro zéro.

Je lui arrachai le téléphone des mains, lui suggérai de regarder le dernier numéro. Mon geste le déstabilisa et il se mit à bégayer comme un enfant que l’on prend en flagrant délit. Avant même que j’eusse le temps de faire quoi que ce soit, il me demanda d’appuyer sur la touche téléphone.

Logique, si je voulais savoir quel était le dernier numéro composé !

Sa peur transpirait de son être, elle envahissait toute la pièce. Son malaise, de plus en plus palpable au point de défaillir. J’avais l’impression qu’il espérait, voire qu’il priait très fort au fond de son cœur que je ne regarde pas ses messages. Le dernier numéro qui apparaissait était bien le mien mais comment se faisait-il que celui-ci soit le premier dans la liste des appels ?

Il avait passé sa soirée au téléphone persuadée qu’il discutait avec une femme. Et ce n’était certainement pas avec moi.

— Tu vois bien que c’est ton numéro ! Faut toujours que tu dramatises tout.

Il était gonflé !

À cet instant, j’eus la certitude qu’il me cachait quelque chose. Les questions se bousculaient tout à coup dans ma tête.

Mes pressentiments fondés. David avait donc pris soin d’effacer le dernier numéro de la liste des appels pour ne garder aucune trace de sa tromperie.

Donc il me cachait bien quelque chose. Et puis sa réaction n’était pas neutre. Il agissait comme quelqu’un de coupable.

Non. Il ne s’en tirerait pas à si bon compte. Tout ceci n’était pas logique !

— Ce n’est pas moi que tu as appelée. Tu as sans doute appelé la personne qui vient de t’envoyer le message.

Au moment où je prononçais ces derniers mots, je me rendis compte de ma gaffe. Je venais de me trahir. Comment savais-je qu’il avait reçu un message ?

— Tu dis n’importe quoi. Rends-moi mon téléphone maintenant.

Ouf ! David ne s’était pas rendu compte de ma gaffe.

— Ça ne coûte rien de vérifier.

— Je te dis que c’est bon.

— Pourquoi tu t’énerves ?

— Je ne m’énerve pas.

— Donc, on peut regarder ensemble ? Cette histoire m’intrigue.

Je jouai alors ma dernière carte en appuyant sur la touche message. En une fraction de seconde, le visage de cette femme s’afficha sur l’écran.

Échec et mat ! Il était blême.

Tel est pris qui croyait prendre !

En désespoir de cause, David tenta de rattraper la situation. Mais en vain car il s’enfonçait dans les explications qu’il me donnait. Pendant que je l’écoutais, je gardais précieusement le téléphone dans les mains.

Ok ! Tu persistes et signes dans tes mensonges ?

Déterminée à le confondre. Je décidai alors, en une fraction de seconde, de faire défiler les messages. Ce simple geste finit par le rendre nerveux. Il tenta alors de retirer de mes mains son téléphone. Il savait que je risquais de voir ce qu’il avait toujours bien caché jusqu’ici. Mais malheureusement pour lui je tombai sur la photo d’une femme de dos cette fois-ci qui ne portait qu’un simple string et pour couronner le tout dans la position du lotus.

Elle était souple la pétasse !

J’étais folle mais je gardais mon calme. Je balayais rapidement des yeux les messages assez tendancieux. Impossible de faire mieux car David m’en empêchait. Il devenait de plus en plus fou, de plus en plus instable. Et comme un félin, il me bondit dessus pour tenter de récupérer son téléphone.

Sa tentative échoua. Il changea alors de tactique en essayant de m’encercler de ses longs bras.

Cela ressemblait à une danse. Celle du chaos. Et je peux dire qu’à cet instant, ce ballet n’avait rien d’une valse. C’était plutôt un tourbillon, un ouragan dans lequel j’étais happée.

Je finis par m’extirper de cette farandole endiablée grâce à ma flexibilité et mon agilité. Mes onze années de volleyeuse n’y étaient pas pour rien.

Au volley-ball, l’agilité permet à un joueur de réagir très vite quelle que soit la situation à laquelle il est confronté. Pour les exercices, le joueur doit enchaîner des mouvements très rapides sur un circuit, avec bien sûr une limite dans le temps, pour que le travail soit effectué de façon optimale.

Je réussis alors à m’enfuir avec ce fichu téléphone pour me réfugier dans les toilettes.

Je venais de mettre en pratique ce que j’avais appris tout au long de ma carrière de volleyeuse en accomplissant un geste de façon optimale et dans la limite du temps qui m’était imparti.

La deuxième manche pouvait alors commencer. J’étais enfin seule et entre mes mains, l’objet tant convoité. Je le tenais si fort contre moi. Comme si je venais de m’accaparer le Graal. J’entendais David tambouriner sur la porte. Il hurlait pour que je lui rende son maudit téléphone. Mon cœur battait au rythme des coups qu’il donnait dans la porte.

Tout s’emmêlait dans ma tête. Tout allait trop vite. Tout un tas de questions m’envahissaient.

« Qu’est-ce que je fais ? ». Il n’y avait que celle-ci qui revenait sans cesse dans ma tête.

Mon souffle, entrecoupé par les questions qui surgissaient. Je devais reprendre mon courage à deux mains, faire le vide dans ma tête et vite. J’avais peur d’entendre la vérité, mais malgré tout, je décidai de composer le numéro de cette femme. Mes mains tremblaient tandis que j’écoutais la sonnerie. Une fois… deux fois… à la troisième sonnerie, elle décrocha et j’entendis une voix suave à l’autre bout de l’appareil.

— Allô !

Prise de panique je raccrochai.

C’était elle ! Elle avait cru que c’était lui. Elle avait cette voix d’aguicheuse sortie tout droit du téléphone rose ou du « 3615 ULLA ».

Pétasse !

Je me repris. Il était hors de question de paniquer. Je devais l’affronter. Mes jambes tremblaient. J’avais le souffle court. Je recomposai le numéro avec la ferme intention de la questionner. Le téléphone sonna à nouveau, elle décrocha directement.

C’était reparti. Elle persistait encore avec son « allô aguicheur ». J’attaquai d’entrée de jeu.

— Vous êtes qui ?

Et là, prise de panique, sa voix suave laissa place à une voix plus grave et hésitante. Surprise, elle ne s’attendait pas à m’entendre. Elle me répondit aussitôt avec tout de même une incertitude dans la voix.

— Je suis Élise… Je suis lesbienne.

J’enchaînai l’interrogatoire.

— Je ne vois pas le rapport. Pourquoi vous me dites que vous êtes lesbienne ? C’est quoi cette photo que vous avez envoyée à David ?

— C’est la photo de ma copine. Je voulais la lui montrer.

— Mais bien sûr ! Ce n’est pas très sympa pour votre copine. Et pourquoi ne pas avoir envoyé la photo de son visage ? David ne vous a pas dit qu’il était en couple et avait des enfants qui auraient pu tomber dessus ?

— Je suis désolée, il ne faut pas te prendre la tête, je ne suis qu’une amie.

Cette femme était gonflée. D’entrée de jeu elle me tutoyait. Pour qui se prenait-elle pour me parler ainsi ?

Nous n’avions pas élevé les cochons ensemble que je sache !

Elle avait une haute estime d’elle-même. Cette première conversation avait déjà marqué nos différences. Jamais je ne me serais permis de tutoyer un ou une inconnue. Ce n’était pas dans mon éducation. Enfant, j’avais appris à toujours respecter l’autre, quels que soient son âge et/ou nos différends. Le respect était une part importante de celle-ci. Et je garde en mémoire ce que mes parents m’ont toujours inculqué. « Respecte-toi si tu veux que les autres te respectent. Ensuite, respecte les autres et en retour, ils te respecteront ». C’est ce que j’ai toujours fait jusqu’alors. Mais concernant Élise, j’allais vite finir par revoir mes principes. Elle ne méritait mon respect que jusqu’à un certain niveau. Là, elle dépassait les bornes.

De l’autre côté de la porte, j’entendais David qui hurlait, qui me demandait de raccrocher. Je sentais que la porte allait voler en éclat. Face à tant de bruit, la fameuse Élise s’excusa et raccrocha.

Pour éviter que David ne casse la porte des toilettes, je pris la décision de lui ouvrir.

Il était là, posté devant moi comme un garde armé. Son visage fermé. Il dégageait un mélange de colère et de peur.

David insistait et tentait de récupérer son téléphone par tous les moyens. Face à ce féroce colosse aux pieds d’argile, j’essayais de gagner du temps.

Pendant que je parlais à David, mon cerveau fonctionnait seul. Il avait compris que le temps jouait maintenant contre moi. Lui était occupé à trouver une solution et moi je devais faire diversion. Si je lui rendais le téléphone, je ne pourrais plus contacter cette femme. Alors, comme un robot programmé à exécuter une tâche, je décidai de m’envoyer tous leurs échanges. J’eus même le temps de me transférer le numéro de téléphone de cette fameuse Élise.

Une fois les informations envoyées sur mon téléphone, je consentis à lui rendre le sien.

Pour apaiser sa furie, je tentai de mettre en place une nouvelle stratégie. L’adoucir pour lui soutirer d’autres informations plus tard. Pour cela, je devais absolument éviter de m’énerver pour pouvoir gagner sa confiance. J’entrepris alors de lui résumer ma conversation avec Élise.

Sa première réaction fut de me reprocher de l’avoir appelée.

Le type était gonflé !

Voilà qu’il se positionnait en victime. L’espace d’une demi-seconde je croyais être tombée chez les fous. J’eus envie de lui cracher ma colère à la face. Plus je l’écoutais et plus ma rage montait. Me canaliser était le mot d’ordre. Le moment d’exploser n’était pas encore venu.

Et toujours en bonne humanoïde j’exécutais la seconde phase de ma programmation ; entendre ses éclaircissements afin de discerner le vrai du faux.

On passa la nuit à s’expliquer. J’avais besoin d’entendre de sa bouche ses explications. Je ne tarissais pas de questions. Je savais qu’il était en mauvaise posture. Je l’observai toute la soirée, pour détecter le moindre signe de mensonges et trahison.

J’avais ce besoin irrésistible de connaître la vérité.

Était-il prêt à me livrer son terrible secret ?

Je ne lâchai rien et persistai avec les mêmes questions.

— Avec qui étais-tu en ligne ce soir-là pendant que nous étions à table ?

David ne changea pas de stratégie. Il persistait et signait dans ses mensonges.

— J’étais en ligne avec un collègue.

Menteur !

Je savais qu’il mentait, son discours était abscons car ce soir-là, de temps à autre je m’étais rendue dans le garage et je l’avais entendu. Je savais qu’il ne parlait certainement pas à un collègue mais à une femme. Il ne se rendit même pas compte qu’il s’embrouillait dans des explications qui ne tenaient pas la route.

Le temps défilait mais je ne m’en rendais pas compte.

04 h 00 du matin, j’en eus assez de ses mensonges. Je finis par aller me coucher mais ce soir-là, ça ne serait pas à ses côtés. Je ne pouvais pas dormir dans le même lit que ce traître, ce menteur.

Je finis par élire domicile dans le lit d’Isia. Pour ne pas la réveiller et éviter qu’elle ne me pose des questions, je me glissai très délicatement à ses côtés. Je me fis toute petite pour ne pas perturber son sommeil.

Contrairement à Isia qui dormait du sommeil du juste, je voyais les heures défiler, minute après minute. Je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Les messages de David et d’Élise me revenaient en tête. Ils hantaient ma nuit.

Après avoir ruminé pendant de longues et interminables minutes, je décidai d’envoyer un message à Élise.

Élise

·····························Message texte······························

Il m’a avoué que votre histoire dure depuis un an. Je n’ai aucune colère contre toi. Je souhaiterais simplement discuter de femme à femme. Je veux juste comprendre. Merci. Maïra.

En écrivant le message, je me rendis compte que je venais de passer du vouvoiement au tutoiement. Je venais de perdre tout respect pour cette femme. Je venais de la faire descendre du piédestal où elle s’était placée

Toujours figée sur le temps, j’attendais une réponse qui n’arrivait pas.

En même temps, il était 05 h 00 du matin et cette pétasse devait dormir.

06 h 00.

Je ne trouvais toujours pas le sommeil. Je tournais et me retournais dans le lit. Les photos de cette femme et leurs échanges de SMS tourbillonnaient encore dans ma tête.

J’avais soif, extrêmement soif. Je devais boire, boire, boire.

Je ne comprenais pas cette soudaine soif. J’avais l’impression d’être déshydratée, desséchée de l’intérieur.

Pourquoi ?

Comment ma conscience avait-elle pu oublier que dans certaines cultures, l’eau avait une symbolique très importante. Elle était l’alpha et l’oméga de la vie. Et dans ma culture, elle était l’expression de Dieu. À ce moment-là, j’évoluais entre la vie et la mort.

Alors, prise d’une envie pressante, je descendis les escaliers deux à deux, je manquai même de tomber et de finir ma course sur les fesses.

J’avais l’impression que le temps m’était compté. J’avais la bouche sèche et la gorge nouée.

Dans un fracas, qui aurait dû réveiller toute la maisonnée, je claquais fort les portes des placards à la recherche du contenant le plus grand pour étancher cette frénésie d’eau.

Mais qu’importe !

Je devais boire comme pour nettoyer, voire combattre l’infection qui m’atteignait. Toute cette histoire entre Élise et David était impure. Ils m’avaient inoculé ce poison qui maintenant se répandait dans tout mon être. Mon corps, à travers ma bouche, exprimait le désir de se débarrasser de cette histoire toxique qui mettait à mal mon couple, mon équilibre et ma vie.

Soudain, ce besoin de savoir surgit à nouveau. David était-il dans le même état que moi ? Était-il rongé par les remords de sa trahison ? Cela devait l’empêcher de dormir tout comme moi.

Stupéfaction ! Il dormait. Il dormait comme un loir. Comme si de rien n’était.

L’entendre ronfler, le voir aussi paisible me fit sortir de mes gonds. Comment pouvait-il dormir ?

Par colère, je serrais très fortement entre mes mains tremblantes ce contenant destiné à me soulager de cet état de dessèchement. Puis délibérément, je relâchai la pression que j’exerçais sur lui pour le laisser finir sa course non pas dans ma bouche mais sur le visage de David. C’était lui qui avait besoin d’être purifié.

Je devais considérer qu’il était sale. David avait souillé notre couple en entretenant une relation extraconjugale avec cette femme.

Il se réveilla brusquement dans une colère noire.

Quoi !

Je l’avais sorti d’un doux rêve avec sa pouffiasse ?

Il hurlait, me traitait de folle. En réponse à mon geste, il fit de même. Il attrapa la bouteille qui se trouvait sur son chevet et me la balança en pleine figure. Nous étions comme des gamins jouant à la bataille d’eau. Sauf que nous n’étions pas des enfants mais des adultes qui s’écharpaient.

Des parents oubliant l’heure matinale et leurs enfants réveillés par le vacarme. Alors que nous nous insultions comme des chiffonniers, nous ne prêtions pas attention aux quatre yeux qui nous observaient dans un silence assourdissant.

— Ça suffit ! Isia finit par rompre ce silence par un cri strident et perçant qui nous figea David et moi.

Mes enfants, mes filles !

Maintenant elles étaient spectatrices de notre violente dispute.

Je venais de traumatiser mes filles !

Elles savaient maintenant que leur père m’avait trompée, que celui-ci avait une autre femme dans sa vie.

Isia, du haut de ses douze ans, avait attrapé sa sœur pour la recouvrir de son manteau à l’effigie de la Reine des Neiges pour la conduire hors de ce chaos.

Hors de cette maison où le climat général s’était transformé en un gigantesque glacier. Avant de partir, elle s’empara du téléphone pour prévenir sa grand-mère de leur arrivée sans lui donner plus d’explications. Elle raccrocha et me somma de les accompagner chez elle.

Isia refusait de rester une minute de plus dans notre maison. Elle voulait fuir, pour ne plus être témoin de notre déchirement.

C’est ainsi qu’à 06 h 00 du matin, je me retrouvai à les accompagner chez eux.

Il m’avait suffi de passer le pas de la porte pour m’apercevoir que le jour était levé et que le silence régnait sur le quartier. Je pouvais entendre le chant des oiseaux. Je sentais en moi ce baiser rempli d’humidité de la fraîcheur de l’aurore que la nature posait sur mon visage. Malgré le havre de paix que la nature offrait, il m’était impossible d’y trouver un quelconque apaisement.

Aucune de nous trois ne parlait. Il n’y avait rien à dire et je pouvais lire la colère mêlée à la tristesse sur le visage de mes filles.

Étaient-elles en colère contre leur père ou contre moi ?

Peut-être contre nous deux. Après tout, c’est ensemble que nous avions créé cette situation.

— C’est bon, tu peux nous laisser ici ! s’exclama Isia sur un ton si sec qu’il me glaça les veines.

Je stoppai net ma marche à quelques mètres de la maison de mes beaux-parents et les laissai terminer leur chemin. Je les vis entrer sans même me jeter un regard.

Les quelques mètres qui me séparaient de chez moi m’obligeaient à réfléchir sur ce qui venait de se passer. Par amour pour mes enfants, ou peut-être aussi par résignation, je décidai de me sacrifier et de m’excuser auprès de David.

Lorsque je franchis le pas de la porte d’entrée, je fis volte-face. Ce que j’entendais me mit de nouveau en colère. Je ne le voyais pas mais je l’entendais hurler.

Mais à qui parlait-il ?

Ces hurlements m’entraînèrent vers le jardin. David faisait les cent pas et ne se rendait pas compte qu’il était pieds nus dans l’herbe mouillée par la rosée du matin. Une fumée se dégageait de son corps comme s’il se consumait de l’intérieur.

Était-ce la colère ou l’alcool qui lui provoquait cette réaction ?

Il était dans un tel état de rage qu’il ne prit pas conscience de l’heure. De si bon matin, il offrait un spectacle pitoyable de notre vie privée à tout le voisinage.

Pitié !

Très vite, je compris qu’il parlait à mes parents. Il leur expliquait ce qui venait de se passer. J’étais furieuse. Il avait eu le culot de les déranger à cette heure plus que matinale.

J’imaginais leur réaction lorsque le téléphone sonna et qu’ils entendirent la voix remplie de détresse de David. Telle que je connaissais ma mère, elle avait dû penser qu’il m’était arrivé quelque chose. Elle aurait pu succomber à une crise cardiaque. J’en voulais à David d’avoir agi ainsi.

Quelles étaient ses intentions ? Me faire passer pour folle ?

Les hostilités étaient lancées !

Pour toute réponse à son attaque, je pris mon téléphone pour lui rendre la pareille.

Je ne lui laisserai pas le temps de me salir auprès de sa famille. L’heure était venue pour eux de découvrir le véritable visage de leurs fils.

En un, deux, trois clics, j’envoyais un message groupé à ses parents et ses sœurs de la fameuse photo qu’il avait reçue d’Élise accompagnée d’un message :

La Famille

·····························Message texte······························

Voici le genre de photos que David reçoit d’une certaine Élise. Par contre, je vous ferai grâce des messages échangés entre eux.

Je venais de lancer une bombe et je n’imaginais même pas les conséquences que ce geste allait engendrer…

1Point de rupture

Chapitre 2

DE LA TRAHISON…

Je sentais en moi un besoin irrésistible et incontrôlable de connaître la vérité.

Pourquoi m’avait-il trompée ?

C’est à partir de cette nuit-là que la valse que nous dansions depuis vingt ans s’était transformée en véritable chaos.

Je dansais à présent seule mais à la fois avec le chaos. Je venais d’être touchée, heurtée en plein cœur. Ma fierté, mon honneur venaient d’être atteints et mis à mal.

J’étais anéantie, à terre !

Je devais connaître les tenants et les aboutissants de cette histoire. Il était hors de question que je reste sur la touche. Je faisais partie du jeu malgré moi. Dorénavant, Élise et David composeraient avec moi.

08 h 00.

J’appelai Élise. Le téléphone sonna mais elle ne répondit pas.

08 h 29 je reçus un message de Élise.

Élise

·····························Message texte······························

Bonjour, je dormais. J’ai déménagé hier. J’ai plein de trucs à ranger. Je t’appelle plus tard.

Mais pour qui se prenait-elle ?

Oui je sais que tu as déménagé hier. C’est mon mari qui t’a aidée à déménager.

Pouffiasse !

Je percevais bien qu’elle se sentait forte. Elle se permettait d’imposer les règles du jeu. Qu’est-ce qu’il y avait eu entre eux pour qu’elle s’autorise à me parler sur ce ton ?

Je décidai de la rappeler. Elle ne répondit toujours pas. Il était hors de question qu’elle mène la partie.

Je devais me ressaisir. C’était moi qui menais la danse, pas elle.

Mais au fond, c’était peut-être elle le maître dans cette partie de l’histoire. Et je n’étais que l’élève.

Quand l’élève est prêt le maître apparaît !

Mais je n’étais pas encore disposée à me laisser faire sans sourciller.

Donc je devais être le maître !

Élise ne répondait toujours pas à mes appels. Son indifférence face à mon désespoir faisait grandir en moi la rage, la colère. Mais je compris que si je l’attaquais, je romprais le lien. Je devais être plus intelligente et plus stratège qu’elle.

C’est à ce moment-là que l’idée de prendre le téléphone de David surgit en moi comme un éclair. Lui confisquer son portable l’espace de quelques minutes était un jeu d’enfant. Il dormait comme un bébé repu. Ce n’était pas le goût sucré du lait maternel qui l’avait envoyé dans les bras de Morphée mais celui de l’alcool qu’il avait ingurgité juste après notre dispute. L’alcool pour lui était comme de l’eau. Et c’était donc sans aucune hésitation ni scrupule que je saisis le téléphone et me mis à taper un message pour Élise.

Élise

·····························Message texte······························

J’en ai marre. Elle me soûle. Appelle-la et tu peux tout lui raconter. Je suis fatigué, je vais me coucher. Pas la peine de me rappeler.

D’un clic le message était envoyé. Je pris tout de suite soin de l’effacer pour ne pas laisser de trace de mon intrusion. Je n’avais pas eu à attendre bien longtemps. Avant de commettre mon délit, je m’étais assurée de mettre mon portable sur le mode vibreur au cas où il se mettrait à sonner.

On ne sait jamais !

Trente secondes, c’était le temps qu’Élise mit pour réagir. Trente secondes après l’envoi du SMS mon téléphone sonna.

Le piège avait fonctionné. Elle pensait que le message venait de David. Elle avait mordu à l’hameçon.

Je le savais !

Je commençais à comprendre son fonctionnement.

Je te tiens !

J’exultais intérieurement, je me sentais forte. Je venais de remporter une épreuve, ce qui me galvaniserait davantage.

Et à partir de cet instant, je ne la lâcherais plus. Elle avait tenté de chasser sur mon territoire. Avant de s’aventurer sur un terrain qu’elle pensait défraîchi, elle aurait dû s’assurer que les lieux n’étaient plus occupés.

Élise se trouvait sur mon aire de jeu maintenant. Elle serait la proie et je serai le chasseur. Dans leur équation, David et Élise avaient sous-estimé l’inconnue : Moi.

Et l’inconnue était de taille !

— Allô ! Bonjour c’est Élise. En fait, je ne sais pas par où commencer.

Elle était mal à l’aise. Sa voix n’avait aucune assurance contrairement à ses messages secs et directifs. Était-ce parce qu’elle pensait que David m’avait tout avoué ?

Il fallait donc que j’en profite. Il était hors de question qu’elle soupçonne ma crainte. Celle de perdre David. Ma crainte de la voir gagner. Je devais rester digne et fière malgré la trahison dont j’étais victime.

Je devais diriger l’interrogatoire pour l’amener à me donner le plus d’informations possibles. Je devais lui faire croire que je savais pourtant je doutais, j’avais peur et j’étais pleine d’incertitudes.

— Et si tu commençais par le début ? avais-je lancé dans un calme olympien.

Il y eut un blanc, et pendant ce laps de temps, je faillis raccrocher car j’avais peur d’entendre ses révélations. Peur de me rendre compte que cette histoire était une réelle histoire d’amour. Peur qu’elle me dise qu’ils avaient prévu de vivre ensemble. Pendant ce court moment, j’eus le temps de me faire tout un film de leur relation. Elle stoppa mon imagination lorsqu’enfin elle se mit à parler.

— David et moi, nous nous sommes rapprochés lors d’une soirée il y a un an. C’est vrai que ce soir-là, il était particulièrement mal. Je savais qu’entre vous il y avait des problèmes. De mon côté, je rencontrais aussi des difficultés dans mon couple. Nous avons énormément échangé. Je le conseillais et il me conseillait. C’est vrai que cela nous a beaucoup rapprochés. Quand j’avais le cafard il était là et idem pour lui. Mais je sais que David t’aime. On parlait essentiellement de toi. Il n’y avait pas une conversation qui ne tournait pas autour de toi. C’est pour ça qu’il ne faut pas dramatiser tout cela. Je te le répète, c’est toi que David aime.

À aucun moment, je ne la stoppai. J’écoutais, interdite. Je buvais ses paroles sans en perdre une goutte. Je notais dans ma tête tout ce qui me paraissait étrange. Je notais des incohérences dans son discours.

— Tu m’as dit que vous vous étiez rapprochés lors d’une soirée, laquelle ? Mais vous vous connaissiez déjà alors ? Donc vous ne vous êtes pas rencontrés lors de ton déménagement ?

— Euh oui… On se voyait lors de différentes manifestations. Et puis on s’est revu hier et franchement, je ne pensais pas qu’il viendrait.

— Ok ! Avez-vous couché ensemble ?

Ma question était directe, cela ne servait plus à rien de tourner autour du pot.

— Non.

Sa réponse était aussi directe et catégorique que ma question.

— Pourquoi ?

— C’est vrai que nous en avions envie mais par respect pour toi et pour mon mari il était hors de question que cela arrive.

— Par respect pour nous ? Excuse-moi d’en douter.

— Je te jure Maïra, il ne s’est rien passé entre David et moi à part des petits bisous.

Putain !

Elle avait fini par me lâcher quelque chose. Cette roulure m’avait appelée par mon prénom pour mieux me glisser qu’elle avait tout de même mis sa langue dans la bouche de mon mari. J’avais envie de hurler mais je me contenais. Je bouillais de l’intérieur.

Un an que cette histoire d’amour dure !

— Ce n’était pas une histoire. Je voyais David comme un simple ami, avait-elle repris.

— Un simple ami ? Depuis quand on embrasse un ami ?

— Ça ne s’est produit que trois fois.

Trois fois de trop !

J’eus envie de crier toute ma rage. Mais encore une fois, je devais me calmer. Elle avait tant à me dire.

— Et tu peux me dire quand est-ce que c’est arrivé ?

— Je ne sais plus moi. Ce n’est pas quelque chose qui m’a marquée.

Genre ses baisers ne l’ont pas marquée !

Espèce de menteuse !

Je sentais qu’elle faisait appel à sa mémoire, ou même à son imagination, pour me servir une fin heureuse dans laquelle elle serait l’héroïne, où elle se dédouanait.

Connasse !

— Il y a eu la fois où il est venu sur mon lieu de travail… Nous avons partagé un sandwich… Puis lorsqu’il a apporté des chaises de jardin chez moi… Et la dernière fois je ne m’en souviens plus.

Oh putain !

Il est allé la voir à son travail et chez elle !

Et pour mieux me torturer, elle feignait de ne plus se souvenir de la dernière fois. Sans même m’y attendre, la colère m’envahit. C’était plus fort que moi, je n’arrivais plus à me contenir.

— Et bien tu sais quoi, je te le laisse. Mais qu’est-ce qu’il croit ? Ça fait un an qu’il se fout de ma gueule. Un an qu’il me traite comme de la merde. Un an que je le supporte lui, ses mensonges et son alcoolisme de merde. Et pendant ce temps, ce connard allait baiser avec toi ! Écoute-moi bien Élise, je n’en veux plus ! Je te le laisse volontiers. Merci, merci et encore merci. En fait, tu viens de me débarrasser d’un boulet parce que David en est bien un ! Tu le voulais ? Et bien maintenant il est bien à toi. Vous pourrez vous envoyer en l’air sans problème. La voie est libre. Il pense sans doute être le seul à pouvoir tromper ? Ce n’est pas les mecs qui manquaient. J’ai eu des tas d’occasions… Enfin bref…

— Je sais David m’a dit que tu étais une très belle femme. Mais je te promets, Maïra, David ce n’est pas moi qu’il aime c’est toi. Franchement je regrette ces baisers. C’étaient des moments d’égarement. Je n’en veux pas de David. Je te le répète encore une fois, c’est toi que David aime. Je suis vraiment désolée pour tout ça.

Elle connaissait tout de ma vie car David avait pris grand soin de lui parler de moi et étonnamment, de manière élogieuse. Il m’avait idéalisée, portée aux nues. Il me célébrait contrairement au portrait qu’il m’avait dressé d’elle.

Mais à quoi David jouait-il ?

La voix d’Élise était si posée qu’elle paraissait sincère. Ce qui suffit à me calmer. Je baissai la garde. Pourquoi me mentirait-elle ? Après tout elle avait concédé à me révéler des détails sur leur histoire.

Élise avait joué le jeu et répondu à chacune de mes questions.

En dépit des égards qu’elle avait pour moi, je perçus la noirceur tapie derrière la lumière. Pire encore, elle était comme la sorcière dans Blanche Neige et les sept nains. Élise m’avait tendu la pomme empoisonnée dans laquelle j’avais croqué. Elle avait eu ce qu’elle voulait depuis le début, à savoir David. Et je venais de le lui donner.

Sorcière !

13 h 00.

David émergea de son sommeil. Son visage était colérique. Il ne m’adressa pas un mot, se dirigea vers la cafetière pour se servir un énorme bol de café comme s’il devait garder le contrôle. Avait-il senti que sa journée serait dure ?

Je ne lui laissai pas le temps de reprendre ses esprits et j’attaquai. J’avais les cartes entre les mains. Je devais être imprévisible et le surprendre. J’avais un coup d’avance sur lui.

— J’ai eu Élise au téléphone.

Je parlais d’elle comme s’il s’agissait d’une copine.

D’un ton dédaigneux et sûr de lui, il répliqua aussitôt.

— N’importe quoi ! Jamais, elle ne te répondrait.

— Tu en es sûr ? Tu es vraiment sûr de toi ?

À l’écouter, il pensait que je bluffais.

— Pff ! Tu racontes que de la merde.

— Bernard, ce n’est pas son mari ? Si c’est vraiment de la merde ce que je raconte comment je peux connaître son prénom ? Elle m’a tout raconté.

Je venais de sortir mon joker. Lui qui était blanc comme un linge, vira au rouge écarlate en une seconde.

— N’importe quoi !

Malgré son assurance, je perçus une pointe de stupéfaction dans le ton de sa voix. Il conserva tout de même son calme, contrairement à moi. Plus il persistait dans ses mensonges et plus il me mettait hors de moi. Mais comment faisait-il pour mentir aussi effrontément ?

— Mais putain ! Même devant la vérité tu persistes à nier. Elle m’a tout dit. Votre rencontre, les fois où vous vous êtes vus, vos embrassades. Je sais tout. Tout !

— Elle raconte que de la merde. Elle ment.

Le ton de sa voix était toujours calme mais une chose avait fini par le trahir ; le langage de son corps.

En l’espace d’une demi-seconde, il venait de changer de comportement. Lui qui avait l’air assuré et calme venait de se dévoiler. Et puis il avait le regard fuyant. Il lui était impossible de me regarder dans les yeux. Sa nervosité s’accentuait, il était incapable de rester immobile. Il n’arrivait pas à se tenir debout face à moi. Il faisait les cent pas dans toute la maison. Pour se calmer et ne pas montrer qu’il perdait le contrôle, il alla s’asseoir sur une chaise qui était au fond du jardin. Et pour se protéger et me signifier qu’il ne voulait plus parler ni m’entendre, il croisa ses bras. C’était un signe évident qu’il ne se contrôlait plus. Il avait décidé de se fermer à la discussion.

Le jardin était devenu son lieu de fuite. En dépit de l’espace que lui offrait ce havre de paix, il était coincé dedans. L’étau se resserrait petit à petit sur lui. Je remarquai la pression sur ses épaules qui se diffusait à travers tout son corps. Je voyais bien qu’il s’était mis à transpirer et ce n’était pas l’effet du soleil car ce jour-là le ciel était couvert. C’était simplement les effets du mensonge. Il ne s’attendait pas à toutes ces révélations.

David fuyait, et j’allais me mettre à ses trousses. Il ne pensait tout de même pas que j’allais le lâcher aussi facilement. Il devait encore entendre ce que j’avais à dire. Il était hors de question que je me terre dans le silence.

— À t’écouter, tout le monde raconte que de la merde sauf toi. Mais en attendant, tu ne dis rien. Donc c’est elle que je vais croire.

— Vas-y, fous-moi la paix. Tu mens !

— Je mens ? Ok, je vais l’appeler pour que tu entendes les explications d’Élise.

— Elle ne te répondra pas !

Il était sûr de lui. Trop sûr. Pourquoi autant de certitude ? Avaient-ils passé un pacte ? Ne rien dire et nier coûte que coûte ?

— Et bien c’est ce que nous allons voir.

Déterminée à le confondre, je composai le numéro d’Élise. Ça sonnait, elle ne répondait pas. Je voyais bien qu’il commençait à jubiler. Il me lança un regard comme pour me signifier qu’il avait raison et que j’avais tout inventé. La pression se relâchait sur lui. J’insistai encore une fois. Après trois appels, elle finit par décrocher.

— Allô, Élise ! Je vis le visage de David se décomposer. Son sourire conquérant luttait contre les commissures de ses lèvres qui plongeaient obstinément vers le bas.

— C’est Maïra. Excuse-moi de te déranger. J’avais juste besoin que tu me reconfirmes quelque chose. Je suis avec David et apparemment tu ne serais qu’une sale petite menteuse. Tu aurais tout inventé de votre rencontre, de vos embrassades. Enfin tout quoi. Je vais mettre le haut-parleur pour qu’il puisse t’entendre.

David se liquéfiait sur sa chaise. Il n’avait pas l’air de vouloir assumer. Plus il se décomposait et plus je prenais plaisir à le voir s’enfoncer au fond de sa chaise.

— Tu peux parler, il t’entend. Alors, qui de vous deux est le menteur ?

— David, pourquoi tu n’assumes pas. Nous nous sommes vus à plusieurs reprises. Tu es même venu quelques fois manger avec moi à mon boulot. On s’est embrassés à chaque fois que nous nous sommes vus.

À chaque parole qu’Élise prononçait, David secouait la tête pour signifier qu’il n’était pas d’accord avec elle.

— Apparemment David réfute énergiquement tout ce que tu dis.

— Putain David, assume ce que tu as fait, merde ! Tu ne t’en souviens peut-être pas parce que tu avais trop bu.

Élise commençait aussi à s’agacer des mensonges de David. Je jubilais de la situation. Je les opposais tous les deux.

À chaque fois que je lui tendais le téléphone pour qu’il s’exprime, il tournait la tête. Il était mal à l’aise, blême. « Franchement, tu n’es qu’un menteur. Je te jure, parle, sinon je vais dire à Élise ce que tu m’as dit sur elle. Dépêche-toi, parle » !

— Qu’est-ce qu’il t’a dit sur moi ? Je suis bien curieuse.

— Il n’en avait rien à foutre de ta gueule. Pour lui tu n’étais qu’une amie. Tu n’arrêtais pas de lui courir après. Tu étais trop insistante, voire lourde. Ta maigreur le repoussait. Il n’aimait pas ta manière de t’habiller. En gros, tu ressembles à un porte-manteau. J’oubliais, tu n’es qu’une alcoolique capable de siffler une bouteille de rosé à toi seule tous les soirs.

David se décomposait à chaque vérité que je débitais. Je pense que mes révélations vexèrent Élise. Je ne l’entendais plus. Je pouvais percevoir sa respiration qui s’accélérait. Elle était sur le point d’exploser mais préféra raccrocher. S’énerver c’était admettre sa défaite mais elle n’avait pas dit son dernier mot.

Je n’avais plus d’interlocuteur. Je venais de les mettre à terre tous les deux. L’étau s’était refermé sur David. Il n’avait rien dit durant mon échange avec Élise.

C’est seulement après avoir raccroché qu’il recouvra l’usage de la parole.

— Elle raconte que de la merde.

Il finit par m’agacer au plus haut point provoquant dans mon cœur une telle rage, que chaque mot que je lui envoyais ressemblait à des rafales de mitraillettes. Ce n’était plus une bouche que j’avais mais une kalachnikov AK 47.

— Élise est une menteuse ? Mais toi tu n’es qu’un lâche. Pourtant à aucun moment tu ne l’as stoppée. À aucun moment tu ne l’as contredite. Et tu oses te tenir devant moi et me dire que c’est une menteuse ?

David n’avait pas bougé de sa chaise comme s’il en était prisonnier. Profitant de cette situation, je vins me poster devant lui et d’un doigt accusateur que j’appuyai fortement sur sa poitrine je lui assénai le coup de grâce.

— C’est toi le menteur. Tu viens de te faire pincer comme un bleu. Tu es pitoyable. Tu n’as vraiment aucune fierté. Tu n’es qu’une petite merde. Tu viens de perdre sur tous les tableaux.

Sans même attendre une quelconque réplique de sa part, je tournai les talons et le laissai là, planté sur sa chaise au fond de son putain de jardin.

Je pensais en avoir terminé avec Élise, mais mon instinct n’était pas du même avis que moi. Cette nuit-là, je décidai d’aller dormir chez ma sœur. Ma sœur qui avait eu vent de ce qui s’était joué chez moi la veille.

Elle était plus efficace qu’un paparazzi. Elle était au courant de tout et on ne savait jamais comment les informations lui arrivaient. Ce côté fouille-merde qu’elle avait m’a toujours rendue folle. Elle se mêlait de tout et à la longue ça devenait épuisant. Sur ce point elle et moi étions différentes voire totalement opposées. Elle incarnait l’exubérance à outrance, tandis que moi j’étais plus réservée et posée.

Mais ça c’était avant !

Pour la première fois de ma vie, j’acceptai son côté fouille-merde avec plaisir, même si au fond de moi, je savais qu’elle se servirait de mes faiblesses pour me planter un couteau dans le dos un jour.

Qu’importe !

J’avais besoin de prendre le large, quitter ma maison car il était hors de question que je passe une nuit de plus en compagnie de ce menteur. Dans cette maison j’étouffais. Il fallait que je prenne du recul sur cette histoire.

J’avais passé une mauvaise nuit. Mon instinct s’était une fois de plus réveillé. Je sentais qu’Élise ne m’avait pas tout dit. J’en parlai à ma sœur dans l’espoir de trouver une oreille compatissante, mais au lieu de ça elle finit par me dire que tout ça n’était qu’un fantasme et qu’il fallait que j’arrête. Je devais passer à autre chose et laisser cette femme tranquille. Pour elle, Élise n’était pas fautive dans cette relation, le seul responsable était David. Plus elle parlait et plus je sentais que ma colère grandissait.

À l’entendre, j’eus l’impression qu’elle trouvait des excuses à cette Élise.

Elle était sérieuse !

Je n’étais pas d’accord avec elle. Élise comme David étaient tous deux responsables. Je ne pouvais pas tirer un trait sur ce qui s’était passé et surtout pas sur ce qu’Élise m’avait avoué.

J’étais à la recherche de quelque chose, à la recherche de réponses. Je pensais les trouver ailleurs mais je me trompais. Je croyais que m’extraire de chez moi m’aurait permis de prendre du recul et calmer mes nerfs. Je me rendais compte qu’au final je me retrouvais tout de même prisonnière de cette situation. Il m’était impossible de fuir, je devais affronter cette dure réalité.

Mon instinct, m’avait pourtant mis en garde contre la soudaine gentillesse de ma sœur, mais au lieu de l’écouter, j’avais préféré me bercer d’illusions concernant ses bonnes intentions.

Mais une fois de plus, le doute s’était immiscé en moi. Je ne savais plus quoi penser, qui croire.

Qui devais-je écouter ?

Ma sœur ou mon instinct ?

Ma raison ou mon cœur ?

Toute ma vie j’avais gentiment écouté les uns et les autres, mais là ce n’était plus possible.

Il était question de ma vie !

Il était question de moi !

Il n’était plus raisonnable d’écouter ma raison.

Mon cœur, mon instinct me dictaient d’envoyer à Élise un message :

Élise

·····························Message texte······························

Tu ne m’as pas tout dit.

Mais que m’arrivait-il ? Perdais-je la tête ? Je me basais sur un simple pressentiment.

Ça devenait du grand n’importe quoi !

Ma sœur avait raison, je perdais les pédales.

Pourquoi ne pas simplement tout laisser tomber ?

Je savais ce qu’il y avait à savoir. Élise m’avait gentiment tout raconté.

Alors pourquoi m’obstinais-je ?

Peut-être parce qu’Élise avait été trop mielleuse et finalement cela me semblait trop lisse.

David était un menteur né et Élise… Une belle garce !