Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
A la découverte des spécificité du mode de vie afghan.
L'ancien président de l'association
Amitié franco-afghane témoigne de la tradition d'accueil chez les Afghans. Il décrit les spécificités du mode de vie en Afghanistan et propose des conseils aux visiteurs étrangers pour des rencontres dans le cadre familial ou officiel, en ville ou à la campagne.
Découvrez l'Afghanistan et ses spécificités à travers une description de sa culture et profitez d'une série de conseils pour des rencontres familiales ou officielles.
EXTRAIT
On ne peut pas nier que la société afghane est violente. En haut de l’échelle du pouvoir, ceci est facilement mesurable si l’on considère les successions de monarques ou de chefs d’État. Pour le seul XXe siècle87, le roi Habibollâh a été assassiné (en 1919), son successeur, Amânollâh, a dû s’enfuir (en 1929), renversé par le Batcha-e saqao (« fils du porteur d’eau ») qui, lui, fut exécuté et remplacé par Nâder Châh lui-même assassiné (en 1933). Son fils, Zâher Châh, fut renversé (en 1973) par le prince Dâoud qui mourut les armes à la main (en 1978) sous les balles des communistes. Taraki fut étouffé (en 1979) sur les ordres d’Hafizullâh Amin, lequel fut exécuté la même année par les Soviétiques quand ils envahirent l’Afghanistan. Babrak Karmal eut la chance d’être limogé en douceur et remplacé par Nadjibullâh qui fut tué puis pendu par les tâlebân (en 1996). Quant à Mollah Omar, le chef des tâlebân, il dut s’enfuir (en 2001) sous les bombardements américains. Il serait mort en 2013 dans la clandestinité, tandis que son successeur, Mollah Mansour, a été tué dans un bombardement américain en 2016. Histoire mouvementée donc, au vu de ce résumé sommaire mais parlant.
Cette violence au sommet s’est manifestée aussi dans le comportement du pouvoir à l’égard de toute opposition réelle ou seulement crainte. La répression menée par Abdul Rahmân Khân contre les Hazâras à la fin du XIXe siècle fut terrible. Son souvenir reste vif. Les pratiques du roi Nâder (1931-1933) furent d’une grande cruauté. Hâchem Khân, qui exerça une forme de régence en tant que Premier ministre de 1933 à 1946, mit en prison un grand nombre d’intellectuels. Les communistes écrasèrent en 1978 et 1979 toute forme d’opposition en exécutant, souvent sans procès, des dizaines de milliers de personnes. La guerre civile entre les différents groupes de modjahedin donna lieu à des exactions épouvantables.
À PROPOS DES AUTEURS
Etienne Gille fut professeur de mathématiques au lycée Esteqlal, le lycée franco-afghan de Kaboul. Il est un des fondateurs de l’Association AFRANE (Amitié franco-afghane) dont il fut jusque tout récemment le président. Il a effectué de nombreuses missions en Afghanistan et est directeur de la publication et rédacteur en chef de la revue Les Nouvelles d’Afghanistan.
Olivier Roy (né en 1949) est un politologue français spécialiste de l'Islam. Après avoir appris le persan à l'Inalco, il devient agrégé de philosophie en 1972, mais sa carrière d’enseignant a été entrecoupée par de nombreux voyages en Afghanistan. Il a par ailleurs participé à des combats aux côtés de la résistance pendant la guerre d'Afghanistan contre l'URSS dans les années 1980. Il s'est ensuite installé en Asie centrale pour étudier l'Ouzbékistan et le Tadjikistan. Devenu docteur de l'Institut d'études politiques de Paris en sciences politiques en 1996, il a été promu directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'EHESS dans l'équipe Domaine turc. Il est également chercheur associé au Centre de recherches internationales (CERI). Depuis septembre 2009, il est professeur à l'Institut universitaire européen de Florence (Italie), où il dirige le Programme méditerranéen.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 277
Veröffentlichungsjahr: 2018
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Aux éditions l’Asiathèque
• L’Afghanistan, du provisoire au transitoire,par Kacem Fazelly.
• Manuel de pashto,par Daniel Septfonds et Habib Kabir.
• Dictionnaire pashto-français,par Habib Kabir et Wardag Akbar.
• Dictionnaire général pashto-français,par Wardag Akbar.
• Dictionnaire français-pashto,par Habib Kabir et Wardag Akbar.
• Manuel de persan parlé en Afghanistan,livre accompagné d’un CD mp3, par Mohammad Ali Raonaq.
• Manuel de persan, volume 1 – Le persan au quotidien,livre accompagné d’un CD mp3, par Christophe Balaÿ et Hossein Esmaïli.
• Lectures persanes,par Christophe Balaÿ et Amir Moghani.
• Le persan par les mots et les textes(Livre + enregistrements en téléchargement gratuit) par Monireh Kianvach-Kechavarzi et Brigitte Simon-Hamidi.
• Les murs ont des oreilles – Dictionnaire thématique des proverbes et expressions courantes du persan,par Monireh Kianvach-Kechavarzi et Brigitte Simon-Hamidi.
• Dictionnaire ouzbek-français,par Bayram Balci, Khoudaïkoul Ibraguimov, Ouloughbek S. Mansourov et Johann Uhres.
• Dictionnaire tadjik-français,par Chokir Moukhtor, Khoudaïkoul Ibraguimov, et Ouloughbek S. Mansourov.
(Une liste des publications du Ceredaf figure en fin d’ouvrage.)
Ce livre est publié en coédition avec le Ceredaf (Centre d’études et de recherches documentaires sur l’Afghanistan) qui bénéficie du soutien de l’ambassade de France en Afghanistan pour ses publications.
Composition et mise en pages : Jean-Marc Eldin
Illustrations en couverture : broderies main réalisées à Laghmani, Afghanistan, dans le cadre d’un programme de la Deutsch-Afghanische Initiative (DAI e. V.) à Fribourg-en- Brisgau (Allemagne)www.deutsch-afghanische-initiative.de(en allemand). Site du programme :www.guldusi.com(en trois langues, dont le francais). Les brodeuses sont (de gauche à droite et de haut en bas) : Mâhdjân (1), Mejgân (2, 6 et 8), Nadjiba (3), Chafiqa (4), Frozan (5) et Karima (7).
© L’Asiathèque,II, rue Boussingault, 75013 Paris, 2016.
[email protected]–www.asiatheque.com
Ceredaf, 16, passage de la Main-d’Or, 75011 Paris, 2016.
ISBN : 978-2-36057-112-3
Avec le soutien du
Ce livre est le résultat de cinquante années de compagnonnage avec de nombreux amis et avec tant et tant de collègues, d’élèves, de personnes rencontrées en voyageant. Mes premiers souvenirs d’Afghanistan remontent à 1966 quand je fus invité avec trois amis à partager un repas magnifique à Kandahar. Le lendemain, arrivant à Kaboul et demandant à un passant s’il y avait un camping quelque part, nous reçûmes comme seule réponse : « Mais pourquoi ne logeriez-vous pas chez moi ? »
L’hospitalité afghane n’était pas un vain mot. Cinquante ans plus tard, elle reste d’actualité. Malgré la guerre, les atrocités, les incompréhensions, j’entends toujours les mêmes mots : « mais entre donc… viens prendre le thé… par Dieu, reste avec nous ce soir ».
Comment remercier toutes ces personnes, hommes empressés ou femmes discrètes, tellement soucieuses de bien recevoir, qui m’ont ouvert leur porte, et avec leur porte, leur cœur ? Grâce à elles, l’humanité m’est apparue sous un jour plus chaleureux, plus fraternel.
Pour mener à son terme le long chemin d’écriture de ce livre, j’ai reçu l’aide d’amis très qualifiés. Parmi eux, je ne veux pas oublier Nafissa Sekandari-Tourneux, qui a accepté de pallier mon ignorance sur les usages féminins. Zia Farhang a bien voulu relire une première mouture du manuscrit et la compléter. Bénéficier de son amitié et de son intelligence pleine d’humour m’est une chance. Gilles Rossignol m’a encouragé et a relu avec patience et compétence le manuscrit. Je dois exprimer une gratitude toute particulière à Christiane Thiollier dont la précision de relecture et les suggestions ont permis une amélioration certaine du texte.
Ce livre doit beaucoup aussi à ceux qui ont accepté de me confier leurs photos. Alain et Véra Marigo ont travaillé à l’illustration du livre et Alain en a réalisé une première maquette, rendant ainsi possible et crédible sa parution en coédition. Piliers de l’amitié franco-afghane, Alain et Véra sont en quelque sorte la version française de cette hospitalité afghane et de cette fidélité en amitié qui me sont chères.
Les belles broderies que Pascale Goldenberg et son association DAI collectent au nord de Kaboul sont à l’origine de la couverture colorée de l’ouvrage. Grand merci à Pascale et à son équipe pour leur gracieuse contribution.
ÉTIENNE GILLE
LA VIE est faite de mille petits riens, gestes, expressions, attitudes, mouvements du corps, regards, formules toutes faites que l’on n’a pas à chercher ou à construire. C’est la culture au sens quotidien du terme, qui ne se voit que quand on ne la connaît pas, ou plutôt quand on ne la reconnaît pas. Car on ne connaît pas sa propre culture gestuelle : on ne sait pas pourquoi on dit « non » en tournant la tête plusieurs fois, et on n’a surtout pas besoin de le savoir, parce que cela casserait l’automaticité et le naturel du geste.
Notre culture nous apparaît donc comme naturelle. On ne s’aperçoit de son existence que lorsqu’on est « ailleurs », en Afghanistan par exemple. Alors nos automatismes disparaissent sous le regard de l’autre, ils deviennent un peu comme des automates dont le ressort ou la pile s’épuisent et qui esquis sent quelques gestes syncopés sans plus de conviction. Le naturel est parti. Il faut alors penser le moindre geste, le mien comme celui de l’autre, sinon on se retrouve non pas tant dans l’inconnu que dans le bizarre. Pourquoi fuit-il mon regard ? Pourquoi parle-t-il pour apparemment ne rien dire ? pourquoi ne dit-il pas merci ? On voit bien qu’il y a un sens à tout, et qu’à moins de tenir l’autre pour un simplet ou un sauvage, on se doit désormais de traduire une ges tuelle ou une parole dans un code explicite qui noussoit compréhensible et qu’à notre tour on essaiera de mettre en scène au lieu de simplement parler. Par exemple cette culture afghane de la politesse, derrière un formalisme au début déroutant, est aussi un moyen de rendre la vie plus agréable. La dureté de la vie, la difficulté des voyages, la fatigue et la soif, expliquent aussi ce permanent souci de vous faire boire et reposer. On parle persan en Afghanistan comme en Iran, mais j’ai toujours été surpris non pas tant par les différences de prononciation et de grammaire que par celles des expressions de la vie quotidienne. Au lieu de « tu es le bienvenu » comme on dit en Iran(« khoch âmadi »)on dit souvent en Afghanistan« mânda nabâchi »,« ne sois pas fatigué », et la moindre petite auberge paraît alors, au-delà de la chaleur et de la poussière, comme un havre de civilisation.
C’est une telle grammaire de la vie quotidienne que nous propose dans ce livre Étienne Gille à propos de l’Afghanistan. Toutes les situations de la vie quotidienne, des plus triviales aux plus complexes, sont séquencées, décrites et expliquées. Elles font désormais sens et permettent à l’étranger non seulement de comprendre mais d’échanger, sans bien sûr singer l’autre, qui lui aussi se pose la question de savoir ce que pense son invité ou son client. Nous avons tous connu des « Européens » qui prétendaient « faire l’Afghan » (et certains y réussissaient fort bien), mais ce n’est pas le but de l’opération. Il s’agit non pas d’imiter mais de comprendre le sens des gestes, des expressions de politesse, des exclamations, des invitations, et de voir où s’incarnent la pudeur et la discrétion, bref il s’agit d’un savoir du premier contact, d’une entrée en matière qui laisse ensuite ouverte la voie à la vraie relation, celle où les conventions ne comptent plus, parce qu’elles redeviennent de simples automatismes ou convenances. Quand on a passé le langage des gestes, des corps et des manières, on peut s’installer dans la « vraie » langue, celle des mots, des idées et des sentiments, sans oublier, comme le dit Étienne Gille, l’humour, si bien partagé avec les Afghans. Et là on est de nouveau dans l’universel, au-delà des cultures qui ont pu sembler exotiques ou bizarres. On peut alors nouer de solides amitiés et parler à cœurs ouverts. Ce livre est donc une entrée en matière, non pas un traité de folklore mais une introduction au bon usage de la rencontre de l’autre.
L’accumulation de petites vignettes, chacune traitant d’une situation donnée, dessine peu à peu le portrait du « bon Afghan », dont les qualités sont résumées à la fin du livre. Il n’y a pourtant guère de nostalgie dans ce portrait empathique. Étienne Gille, comme tous les grands amoureux de l’Afghanistan, a connu ce pays avant le déclenchement des cycles de guerre qui le ravagent depuis 1979. Mais comme il y retourne régulièrement pour mener une action humanitaire, il fréquente les nouvelles générations, celles à qui la nostalgie est interdite, ne serait-ce que parce qu’elles n’ont pas connu ce passé, et qu’on ne saurait leur refuser un futur. Étienne Gille note donc les évolutions dans la langue, les vêtements et les coutumes, et y retrouve bien cette « âme afghane » si attachante, qui perdure et se renouvelle.
Évidemment le risque est de construire un « idéal-type », un éternel Afghan que l’on pourrait être tenté d’opposer aux citoyens du pays qui ne l’incarnent plus, du moins à nos yeux. De même qu’apprendre une langue c’est aussi apprendre la belle langue et le bien parler, de même décrire les codes de politesse, c’est décrire l’homme poli, c’est faire de la civilité le trait culturel dominant de la société afghane. Mais, comme le souligne Étienne Gille, la violence est toujours présente, et la politesse souvent n’est pas juste l’expression d’une bonté ou d’une gentillesse naturelle mais aussi une manière de conjurer la violence, violence des temps et violence des hommes. Si la guerre a permis l’irruption d’une sauvagerie parfois effrayante, la façon dont les Afghans maintiennent un code de bonnes manières, un cérémonial de la rencontre, et un rituel de l’hospitalité, permet aussi de dénier à la violence environnante le droit d’abaisser leur humanité.
Olivier Roy*, 1 novembre 2016
Note sur la transcription
Pour la transcription des noms propres et des termes afghans, nous avons suivi les règles habituelles du Ceredaf, à savoir :
– Pour les mots les plus courants, nous avons choisi de respecter la graphie traditionnelle en français : c’est le cas notamment pour Kaboul, Hérat, Amou-Daria, Nouristan, etc.
– Pour les autres mots, nous avons appliqué les conventions suivantes :
sse prononce comme dans salade ;
chse prononce comme dans chambre ;
hest aspiré ;
ghse prononce approximativement comme lerde Paris ;khse prononce comme lechallemand ou lejespagnol ;
qtranscrit un son voisin dekmais prononcé plus loin dans la gorge, au niveau de la glotte ;rest roulé.
La consonne transcrite habituellement en français parchpeut l’être parfois à l’anglaise parsh.C’est le cas des noms de lieux situés au Pakistan, comme Peshawar.
Nous n’avons pas toujours indiqué les redoublements de consonnes, peu sensibles en persan.
Pour noter le sonssifflant en cours de mot, nous le transcrivons généralement par deuxspour éviter toute ambiguïté.
Plusieurs lettres arabes sont prononcéeszen persan. C’est ainsi que le motramadanest prononcéramazân. Les différentssarabes se prononcent de la même manière en persan. Nous ne les avons donc pas distingués.
Les voyelles essaient de respecter d’aussi près que possible la prononciation la plus fréquente en Afghanistan. Nous nous sommes donc parfois écarté des graphies habituelles. Nous espérons ne pas dérouter ainsi le lecteur. Le son françaisouest transcrit par la lettreu(qui se lit toujours « ou ») ou parou,suivant l’usage qui nous a paru le plus fréquent, la lettreese prononce parfoise,mais le plus souventé ; la lettreyest toujours la semi-voyelle de yeux. Chaque voyelle se prononce : par exempleause prononcera « aou ». Lense prononce toujours, mais peut nasaliser la voyelle qui précède (nânse prononce « nan-n »).
Pour les pluriels, nous n’avons pas ajouté en général de marque de pluriel aux mots afghans. Pour les noms de peuples ou de groupes sociaux, nous avons cependant le plus souvent ajouté uns. Nous écrivons ainsi les Pachtouns et les Hazâras ou encore les Mohmands. Nous n’avons utilisé les pluriels arabes que pour de rares mots commemodjahedin.
*Olivier Roy, directeur de recherches au CNRS, enseigne à l’Institut universitaire européen de Florence. Il a notamment publié, au Seuil,l’Islam mondialisé(2002),la Sainte Ignorance – le temps de la religion sans culture(2008),En quête de l’Orient perdu(2014) etle Djihad et la mort(2016).
CE LIVRE concerne les règles et coutumes de politesse entre Afghans et à l’égard des étrangers telles que nous les avons perçues et telles que nous amis afghans ont pu parfois nous aider à les décrypter. Il ne prend pas en compte les comportements spécifiques des hindous et des sikhs bien qu’un certain nombre d’Afghans, de moins en moins nombreux, soient de ces religions. Ceux-ci sont au demeurant imprégnés par la façon de vivre générale.
Quand un Européen se trouve en présence d’Afghans, ou s’il vient à vivre en Afghanistan, il ne peut qu’être frappé par le raffinement de la politesse afghane. Il se trouve placé au centre d’un monde de manières d’être qu’il lui est d’autant plus difficile de pénétrer que cette politesse implique justement de ne jamais dire à l’hôte ce que son attitude peut avoir d’inconvenant. Alors que les relations au sein de la société afghane obéissent, comme dans toute société, à une infinité de règles inscrites au plus profond de la conscience sociale aussi bien qu’individuelle, l’étranger y sera initié avec beaucoup de discrétion, car, par politesse justement, on lui confère quasiment tous les droits, sous la seule réserve qu’il respecte celui qui l’accueille. On lui pardonnera donc d’emblée tout écart. De la part d’un étranger, on est prêt à tout. Et l’étranger se trouve souvent démuni, ne sachant quelle attitude adopter, dépassé par une politesse à la fois raffinée et envahissante, qui lui donne le sentiment d’être incapable de rivaliser, et donc d’être définitivement grossier.
« Les Afghans savent que les Occidentaux ignorent presque tout des usages convenables et en particulier du comportement que la décence impose aux musulmans, heureusement ils ont une capacité d’indulgence pour leurs hôtes, non pas illimitée, mais étendue ; ils leur pardonnent la pauvreté de leurs formules de politesse, leur emploi inapproprié de la main gauche et de la main droite, leur incapacité de manger proprement [avec les mains], leurs questions indiscrètes, pour ne donner que quelques exemples », écrivent les ethnologues Pierre et Micheline Centlivres1.
Il faudrait, pour chaque moment de la vie, décrire ce qu’il est d’usage de faire, en indiquant éventuellement les différences régionales. Nous ne croyons pas qu’un tel guide ait été déjà écrit. Il ne pourrait qu’être très volumineux. Dans le cadre de ce petit livre, nous nous limiterons à quelques généralités.
Peut-on d’ailleurs parler de politesse afghane ? La politesse est-elle la même dans toutes les régions de l’Afghanistan ? Pour tous ses peuples ? Ou bien la politesse afghane n’est-elle que la réalisation locale d’une culture correspondant à une aire géographique plus vaste : persane ? orientale ? musulmane ? Vaste question qui nécessiterait une plus grande compétence que la nôtre pour y répondre.
Signalons seulement ici la tradition culturelle spécifique à l’aire pachtoune et caractérisée par ce qu’on a coutume d’appeler le « code d’honneur » pachtoun, oupachtounwali.« Selon ce code, auquel aucun Pachtoun ne veut ni ne peut se soustraire, les règles suivantes doivent être respectées en tout temps et en tout lieu :melmastia(hospitalité),nanawâtei(accepter une demande de pardon),badal(droit à la vengeance-vendetta),toreï(bravoure),sobât(ténacité),imândâri(avoir la foi, être juste),esteqâmat(persistance),ghayrat(défense de son honneur et de sa propriété – refus d’accepter un affront) etnâmus(défense de l’honneur des femmes et de la famille2). »
Il est bon de préciser que si l’Européen se trouve un peu dépaysé dans le cadre de vie afghan, il demeure cependant dans un espace dont il connaît partiellement les référents. L’islam, qui le structure pour l’essentiel, « n’est pas une culture exotique et n’appartient même pas à l’“Orient”, le vrai, celui de l’Inde et de la Chine. Il s’abreuve aux deux mêmes sources que le christianisme médiéval : les Écritures sémitiques et la philosophie grecque. […] Sa théologie s’articule selon la logique d’Aristote. Sa mystique prolonge la spéculation néoplatonicienne de Byzance. Sa philosophie élabore en arabe la terminologie grecque de la cosmologie hellène3 ». Si l’on y ajoute l’origine indo-européenne de ses langues principales, on concevra que l’Européenn’est finalement pas tellement loin de ses racines en Afghanistan. Encore faut-il, pour qu’il en prenne conscience, qu’il accepte de se dépouiller un peu de son européocentrisme.
Dans notre propos, nous ne nous limiterons pas aux règles de la politesse. Nous essaierons aussi d’introduire le lecteur dans ce qu’on pourrait appeler l’afghanité : les us et coutumes, les manières d’être, les goûts, les idéaux, voire les travers des gens, tout en sachant qu’il faut se garder de toute généralisation, car les Afghans sont bien sûr extrêmement divers et toute affirmation comporte ses contre-exemples.
Ce n’est pas seulement dans les Écritures sémitiques et la philosophie grecque qu’il faut chercher les sources de la culture afghane. Un parcours rapide de la liste des langues parlées en Afghanistan permet de percevoir d’autres influences. Les deux langues principales, dites nationales, de l’Afghanistan, le persan (ou dari4) avec sa forme dialectale, le hazâragi, et le pachto sont toutes les deux des langues indo-européennes. Aussi différentes sans doute que le français et l’allemand, elles ont cependant en commun beaucoup d’emprunts à l’arabe (une grande partie du vocabulaire abstrait5) et beaucoup de racines indo-européennes, dont certaines se retrouvent dans les langues latines ou anglo-saxonnes :on dira ainsibrâdar(dari) oubro(pachtou) pour frère,pandjoupinzepour cinq, etc. Les noms de certaines pierres précieuses ont aussi émigré d’Afghanistan vers l’Europe. Nous pensons à l’émeraude(zamarod)ou au lapis-lazuli(ladjaward)qui a donné notre « azur » via l’arabe.
Quelques langues bien particulières se rattachent à ce groupe. Il s’agit principalement de la famille des langues dardes, comme le nouristani, parlé comme de juste dans le Nouristan, avec plusieurs formes dialectales, et le pachaï dont l’aire linguistique se situe un peu plus au sud, dans les montagnes au nord de Djalâlâbâd.
D’autres langues font aussi partie de ce groupe indo-européen comme le baloutchi, les langues du Pamir et des langues en voie de disparition, sinon disparues, comme l’ormuri dans le Logar ou le paratchi du côté de Tchârikâr. Citons encore les langues parlées par les hindous comme le pandjabi.
À côté de ce groupe, on trouve un ensemble de langues appartenant à une tout autre famille : les langues turques. Elles témoignent de l’important apport du monde turco-mongol à la culture afghane. L’ouzbek, le turkmène, le kirghiz en font partie. Cette influence se retrouve dans la toponymie (par exempleQara
Bâgh, littéralement « le jardin noir » ouAï Khânoum : « dame Lune ») et, nous le verrons plus loin, dans la cuisine. Des mots commekhân6que l’on accole aux noms d’homme par signe de respect (Hassin Khân,etc.),khânoum(désignation également respectueuse d’une femme),khâna(la maison), font partie de l’héritage mongol. Le hazaragi comporte aussi dans son vocabulaire un certain nombre de termes, y compris deparenté, qui ont une origine turque. Le mongol serait encore parlé dans quelques villages au sud-est d’Hérat.
Nous noterons ici que toutes ces langues sont écrites en Afghanistan en caractères arabo-persans.
L’arabe, langue sémitique, n’est utilisé comme langue véhiculaire que par quelques villages du nord. On parlait naguère de 5 000 locuteurs arabes, mais est-ce toujours vrai au XXIesiècle ?
Il existe enfin une langue ni indo-européenne, ni turque, ni sémitique, c’est le brahui, qui est une langue dravidienne, c’est-à-dire appartenant à un groupe spécifique de langues du sud de l’Inde7.
Ce survol de la diversité des langues afghanes permet d’entrevoir également la richesse ethnique de l’Afghanistan. En gros, en effet, langues et ethnies coïncident. Le persan est parlé cependant par plusieurs ethnies : les Tadjiks, les Hazâras, les Aymaqs, les Qizilbâchs… Et tout Afghan ne peut être systématiquement renvoyé à une appartenance ethnique. Les habitants de vieille souche de Kaboul répondent à la question ethnique en se qualifiant tout simplement de « Kaboulis ». Quant aux Sayyeds, les descendants du Prophète, dont la carte d’identité porte (portait) la mention « Arabes », on en trouve dans toutes les ethnies, mais ils se considèrent eux-mêmes comme à part8.
Beaucoup d’ethnies présentes en Afghanistan se retrouvent aussi dans les pays limitrophes. Il y a les Pachtouns, partagés avec le Pakistan, et dont certains réclament la création d’un Pachtounistan. Il y a les Ouzbeks, les Turkmènes, les Tadjiks, les Kirghiz, et au sud les Baloutches. Ces liens avec les pays voisins pourraient faire douter de la possibilité pour l’Afghanistan de rester uni. Des stratèges étrangers imaginent régulièrement une partition de l’Afghanistan. Cependant, jusqu’à présent, les Afghans eux-mêmes écartent en général cette hypothèse. Les revendications ne vont pas au-delà d’une demande de plus de prérogatives pour les entités provinciales.
Les nomades sont majoritairement des Pachtouns, mais pas uniquement. On les appelle les Koutchis, d’un mot persan(koutch)qui signifie à la fois la maison (au sens de famille) et le déménagement(koutchkachi). Koutch o poutchdésigne familièrement la famille, on pourrait traduire par « la femme et la marmaille ». Les nomades ont un mode de vie tout à fait particulier, par exemple en ce qui concerne la liberté de la femme. Nous n’en parlerons pas dans ce livre.
On trouve aussi en ville des Djats, gitans venus d’Inde, qui inspirent les mêmes réactions de suspicion qu’ailleurs dans le monde. En ville ce sont souvent des mendiants.
Il faut ici dire un mot de l’ambiguïté du terme « Afghan ». À l’origine, un Afghan n’était pas d’abord un habitant de l’Afghanistan. C’était un membre de l’ethnie pachtoune. Les Pachtouns sont souvent appelés « Afghans »(awghân)par leurs voisins, mais il semble que ce ne soit pas un terme qu’ils utilisent pour se désigner eux-mêmes. Toujours est-il que quand le « royaume de Caboul » s’est choisi un nom, il a choisi de s’appeler Afghanistan, c’est-à-dire le pays desAfghans, c’est-à-dire encore, au sens de l’époque, le pays des Pachtouns. Si l’on interroge un enfant hazâra, par exemple en lui demandant s’il est afghan, il répondra « Non, je suis hazâra » quoi qu’en disent le manuel scolaire officiel et les hymnes où l’on chante : « Nous sommes des Afghans ». Il en est de même pour les adultes. Souvent, la question de savoir si quelqu’un est « afghan » ne renvoie donc pas à la nationalité mais à l’ethnie, pachtoune ou non. Certains ont tenté d’introduire un nouveau terme pour exprimer l’appartenance à l’Afghanistan : « Afghâni » ou « Afghânestâni », mais il ne semble pas que cela ait pris, et le mot Afghan conserve son double sens. Au demeurant, tout le monde fait bien la différence entre l’Afghanistan un et multiple, et le Pachtounistan, la terre des Pachtouns, à cheval sur l’Afghanistan et le Pakistan.
En ce qui concerne la religion, les Afghans sont à 99 % musulmans. La majeure partie d’entre eux sont sunnites, de rite hanéfite. Un nombre significatif d’Afghans sont cependant chiites, notamment la grande majorité des Hazâras et les Qizilbâchs. Mais il y a aussi des Hazâras sunnites. Quant aux Ismaéliens, liés à l’Agha Khan et formant un sous-groupe du chiisme, on en rencontre chez les Hazâras, mais aussi au Badakhchân. Nous parlerons plus loin des hindous, des sikhs, des juifs et des chrétiens.
Quoi qu’il en soit de leur diversité et de leurs conflits, les Afghans n’ont jamais remis en cause l’unité de leur pays. C’est peut-être d’ailleurs cette diversité qui est constitutive de cette afghanité définissant les habitants du pays, réunis par de nombreuses coutumes communes et aussi, à présent, par une longue histoire construite souvent en opposition à des appétits extérieurs.
1. Pierre Centlivres et Micheline Centlivres-Demont, Revoir Kaboul, éd. Zoé, 2007, p. 107.
2. Zia Farhang, « L’islam des Tâlebân est étranger à la culture afghane », les Nouvelles d’Afghanistan, n° 85. On peut noter que beaucoup de ces termes viennent de l’arabe, y compris nâmus, relié au grec nomos.
3. Mike Barry, le Royaume de l’insolence, Flammarion, 1971, p. 61.
4. Le dari est la forme du persan parlé à Kaboul. Il diffère du persan parlé en Iran par la pro nonciation de certaines lettres et par des spécificités dans le vocabulaire. Le dari comporte davantage de mots d’origine anglaise.
5. Non pas que le persan n’ait pas un vocabulaire riche, mais l’usage en Afghanistan conduit à l’utilisation de l’arabe pour exprimer quantité de notions abstraites.
6. À noter que Gengis Khan, que l’on prononce « gengis kan » en français, se prononce « djendjis khân » en Afghanistan.
7. Au sujet des langues parlées en Afghanistan, voir Bernard Dupaigne et Gilles Rossignol, le Carrefour afghan, Gallimard, 2002, p. 111-145, et Sylvie Heslot, « Les langues parlées en Afghanistan », les Nouvelles d’Afghanistan, n° 53.
8. La réelle ascendance des Sayyeds est difficile à démontrer. Certains ancêtres ont pu acheter des documents pour attester de leur noblesse. D’un autre côté, un émir afghan, Abdul Rahmân Khân, a confisqué et brûlé les arbres généalogiques détenus par certaines familles de Sayyeds.
TOUT commence par les salutations, qui constituent à elles seules déjà un monde. On pourrait se moquer de la manière un peu mécanique dont se fait l’échange des formules de politesse, chacun récitant sa séquence sans répondre vraiment aux questions qui lui sont posées. Alors que les Français sont parvenus à une simplification extrême des formules de salutation en les réduisant à un simple : “Ça va ? ”, les Afghans cherchent visiblement à prolonger le plaisir au maximum :As-salâm alekom(« La paix soit sur vous »),khoub asted ?(« Vous allez bien ? »),tchetor asted ?(« Comment allez-vous ? »),tchi hâl dâred ?(idem),djour asted ?(« Vous portez-vous bien ? »),mâdar-e aoulâdâ khoub ast ?(« La mère des enfants va-t-elle bien9 ? »), etc. Il en va de même en pachto(tsenga ye, khe ye, pa kheyr ye, djore10…).Il y a peut-être une raison religieuse dans cette accumulation de salutations, car le musulman doit rendre le salut qui lui est adressé11, et cela crée en quelque sorte un engrenage qu’il ne convient pas d’interrompre trop rapidement.
La gestuelle est aussi très expressive. Suivant la proximité de la relation, on peut se saluer de loin, en portant la main droite sur le cœur, ou bien se donner une accolade relativement distante, ou encore se presser avec effusion poitrine contre poitrine, en se tapant amicalement dans le dos. Entre hommes et entre femmes, on s’embrasse aussi volontiers.
La relation est ainsi d’emblée intense et personnelle. La prise de contact est prolongée, et l’interrompre trop vite pour entrer dans le vif du sujet à aborder n’est pas courtois. Tout au long de ce premier échange, le regard est très présent. On ne se quitte pas des yeux, comme pour signifier que la rencontre est bien personnelle et s’inscrit dans un rapport de vérité12. « Il est préférable de se regarder dans les yeux lors des saluts. Si l’on ne fait pas l’accolade (signe de fraternisation), et si l’on ne met pas la main gauche par-dessus la main que l’on serre (signe de cordialité), on peut toujours replier sa main sur son cœur, en gage de sincérité, lequel geste, plus que fréquent, est toujours au moins ébauché lorsque, après les saluts, on s’écarte l’un de l’autre13. » Cependant, à l’égard d’une personne à qui l’on doit le respect, il convient pour un Afghan de baisser le regard. Il avance ainsi plutôt courbé, et peut aller jusqu’à baiser les mains de la personne qu’il salue. C’est par exemplele cas pour un élève à l’égard de son professeur. Ou d’un enfant à l’égard d’un adulte dont il baisera les mains. Dans ce dernier cas, celui-ci baisera en retour le sommet de la tête de l’enfant.
Les années de guerre ont eu une influence sur la manière de se saluer. nous avons constaté d’année en année des innovations. Il nous semble que l’accolade était jadis, du moins à Kaboul, moins fréquente. À présent elle revêt des formes variées : on peut se contenter d’une accolade distante, avec la possibilité pour certains (région de Djalâlâbâd) de mettre la main en avant sans que l’on sache s’il s’agit d’empêcher le contact des poitrines ou bien au contraire de mettre la main sur la poitrine de l’autre. Cette façon de faire viendrait de Peshawar et aurait été importée par les réfugiés lors de leur retour en Afghanistan. On peut tapoter le dos de son ami plus ou moins longtemps, en fonction de l’amitié qu’on a pour lui, on peut s’étreindre à en étouffer. On nous a suggéré que la guerre avait favorisé la diffusion des différents usages en la matière que l’on pouvait trouver ici ou là en Afghanistan ou au Pakistan, et leur avait ainsi donné droit de cité à Kaboul.
Évidemment des voyageurs qui se rencontrent sans se connaître échangent des salutations plus sobres et qui évoquent la fatigue du voyageur ; on dit alors :« Mânda na bâched »(« Ne soyez pas fatigué ») avec pour réponse :« Zenda bâched »(« Soyez vivant ») ou en pachto :« Stera machi »(même signification « Ne soyez pas fatigué »), avec pour réponse :« Pa khayr osse »(« Allez bien »).
Il est touchant quand on voyage en Hazâradjat, et sans doute ailleurs, de voir les enfants, parfois les très jeunes enfants, saluer le passant en levant la main. Cela traduit bien le fait que la salutation de paix fait partie de l’éducation dès le plus jeune âge.
Nous n’avons décrit que les salutations entre hommes. Évidemment celles entre un homme et une femme sont plus discrètes. Serrer la main d’une femme ne se fait pas, bien que les femmes habituées à la fréquentation d’étrangers puissent ne pas refuser. Mais ce sera toujours après une brève hésitation et du bout des doigts14. Il vaut donc mieux garder ses distances etse contenter de saluer respectueusement de loin. Il ne convient pas de regarder une femme inconnue, même de loin. Plus exactement, comme on nous l’a précisé avec humour, on peut la regarder une fois, mais pas deux, car la deuxième fois révélerait une intention particulière.
Entre femmes, généralement, on s’embrasse. Àla campagne, les femmes qui travaillent dans les champs ou qui se croisent sur le chemin se disent bonjour de loin, elles demandent des nouvelles et échangent des salutations mais elles ne s’embrassent pas, sauf si elles rencontrent une femme d’un autre village qu’elles n’ont pas vu depuis longtemps.À Kaboul, quand des femmes ne se connaissent pas, elles se serrent la main, mais les femmes proches par les relations familiales ou amicales se font la bise. S’il y a beaucoup de distance sociale, un simple bonjour suffit.
Une fois achevée la première phase de salutations, en quelque sorte automatique, une deuxième phase, cette fois beaucoup plus personnelle, peut débuter. Elle commence par exemple par une expression passe-partout :Dega, tchetor asti ?(« Eh bien, comment vas-tu ? »), après laquelle on va vraiment se demander et se donner des nouvelles.
Les salutations au téléphone sont aussi développées. Attaquer le vif du sujet sans avoir demandé des nouvelles de toute la famille, si possible nommément, traduit un manque de délicatesse.
Le nom que l’on donne à quelqu’un, ou plus exactement le titre que l’on va lui donner, répond lui aussi à des considérations très précises. « Le nom, écritainsi Nadjib Manalaï15, doit être considéré avec le même respect que la personne qui le porte est ou serait en droit d’attendre de son entourage. Ce respect s’exprime soit par l’adjonction des termesKhân(pour les hommes) ouBibi(pour les femmes), soit par des termes d’affection commeGol, Djân,etc. Il arrive d’ailleurs souvent que ces termes soient incorporés au nom dès l’origine.
« La bienséance veut qu’on n’appelle pas par son nom une personne plus âgée que soi, d’où la très grande multiplication des termes d’adresse (bâbâ, dâdâ, kâkâ, mâmâ, lâlâ, ade, abay, anay, tror, babay, babo,
