Retour d’outre-monde - Tome 2 - Xavier Aragau - E-Book

Retour d’outre-monde - Tome 2 E-Book

Xavier Aragau

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Beschreibung

Pouvons-nous préserver le souvenir d’un univers qui nous reste invisible, bien que nous pressentions son existence ? Sont-ce nos créations fictives ou un instinct subtil qui nous orientent vers cette réalité fugace qui se dévoile progressivement à nos sens ? Chacun peut-il détenir le don de ressentir ou de façonner ce flux qui nous enveloppe tout au long de notre vie ? Au travers de ces interrogations fondamentales, "Retour d’outre-monde – Tome II" nous emmène encore plus loin en explorant notre connexion à l’univers et notre capacité à façonner notre propre réalité.

À PROPOS DE L'AUTEUR 

L’écriture poétique est l’exercice qui donne un son et un rythme à la parole au cours d’un périple. Pour Xavier Aragau, artiste-musicien, le lyrisme est un élément constitutif du langage et de l’expression humaine.

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Seitenzahl: 128

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Xavier Aragau

Retour d’outre-monde

Tome II

Recueil

© Lys Bleu Éditions – Xavier Aragau

ISBN : 979-10-422-1704-4

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Vieilles descriptions

Le meurtre du temps

Tortillons de bougies,

Pensées obscènes.

Sensation de jaunir.

Le plafond vert

Aux immenses dessins.

Le sol glacé,

L’eau

En jet.

Dans la pièce

Ornée de tristesse

S’épanouissent

Grillages et barbelés,

Prisonniers, fermentés ;

L’oxyde odorant

Et les marches

S’affaissent et pleurent.

Famélique histoire.

Indigo de chansons mortes.

Des suggestions morbides

Travaillent le bois

Rongé de remords.

Le papier ondoie

À la lumière pétrolifère.

***

Visite

I

Dedans la foule

Au-delà du piédestal,

Sous grande dalle,

Se voit une charmille

De couleur matinale,

Dedans la foule.

II

Sur le silence

Roux et ocre d’arbres morts

Un étang d’or

Au dessin symétrique ;

La foule encore

Son cri immense.

III

Dans le soir

Tout en haut

Des masures,

La nuit

On peut voir

les nuages secs

Et le vent,

Les sols faux

Ou durs.

***

Le Gibet

Esclave pends ton maître !

Et que son gibet traître

Se dresse.

Que son corps décharné

Soit un ruban de mort

Sur les eaux sans couleurs,

Et que son triste corps

Hante la nuit de pâleurs…

Esclave voit le sort !

Contemple dans sa mort

Le spectacle offensant

De son œil insolent.

Et vois, qui bouge encore

Son bras ballant

Animé par le vent.

Que son gibet soit noir !

Que son ombre sinistre

Ne t’empêche de voir

La mer bistre.

Esclave, plante dans ta poitrine

La lame fine.

Extirpe de ton cœur

Les restes de bonheur,

Car jamais de ta vie

Tu ne pourras revoir

Un tableau aussi beau.

***

Regarde sur la vague

L’épave dans l’écume

Et l’oiseau qui survole.

Regarde dans le vague

Le gibet dans la brume

Son ombre sur le sol.

Dans le couchant

Alors que le jour qui se meurt

Chauffe encor le pendu,

Le vaisseau se couchant

Fait jaillir de son cœur

Un cadavre perdu.

Dans le calme du soir

Quand les flots pacifiques

Se retirent des plages

Retentit dans la moire

La morbide musique ;

La plainte qui surnage.

***

C’était pour mourir…

La nuit entrait par flots impurs.

Son ombre seule et brune

S’écrasait sur la roche

Que la lumière des monts

Attristait ; sans un cri,

Sa dépouille se hissait

Avec peine, jusqu’au vide,

Vers un bonheur sans ride.

***

Ses membres déjà se raidissaient.

Et son cadavre mou

Plein d’horreur et de tristesse

S’accablait de sursauts.

Son aile repliait.

Et puis un dernier coup…

Il vit au couchant sa faiblesse

Il mourut en héros.

Son sang déjà pourri restait sur le chemin,

Éclairé par les brumes.

Son pitoyable esprit,

Hantait de ses clameurs posthumes

La colline où mes rêves de nuit

Mouraient un à un et sans bruit.

***

Te laissent là, ente les mers

Toi qu’un voyageur attristé

Versera dans la tombe.

Te laissent là, un soir

Toi qui fais partie de l’arbre

Comme l’oiseau et la mouche.

Mais ce n’est pas un fer

Ni le coupable méfait

Qui a creusé ta tombe.

Ils n’ont pas attendu le noir

Pour t’accrocher à cet arbre ;

Mais le soleil se couche.

***

Tu menaces et tu cries ton horreur,

Tu adresses, aux flammes centrifuges

Du soleil morbide, les anges charognards.

Et ton ombre te fuit comme une feuille morte.

Vois là-bas près de la mer

Qui t’observe dans la vague

Au milieu des oiseaux et leur cadavre mûr,

Un reste consumé d’une feuille de myrte.

***

Une dame au couchant au bord des occidents ;

Repose la lune qui monte dans l’air chaud.

Le rosier du crépuscule s’orne de gouttes baroques.

Et toi le pèlerin nuage,

Tu te souviens des nuits bleutées

Où l’arbre immobile

Pointait sa branche solitaire,

Tu vois les matins embrumés

Où les silhouettes immobiles

Taisaient leurs formes amères.

Tu vois la vague et le son des timbales

Dans les clameurs de ton râle

Tu vois le jour après l’étoile

Tu meurs, ta vie se couvre d’un voile.

***

À la lune

Ô navigueur inerte

Tu laisses ton cadavre d’ombre ;

Tu laisses,

À l’onirique amarre

De ton vaisseau fantôme

Un soin immonde,

Celui de te garder.

Les oiseaux de la mer passent en aveugles,

Laissant une dépouille fausse,

Ombre éblouie par l’astre seul ;

Les voiles salies qui claquent ta figure,

Ajoutent

Au rythme triste des vagues

Un morbide reflet de vie éteinte.

***

C’est toi, oiseau

Noir ange des charognes !

Est-ce ton aile,

Qui remue les cadavres ?

Où est-ce le vent des nuits ?

Salut, phénix des horreurs !

Mais que viens-tu tisser

Avec mes cheveux et mes loques ?

Et quel astre adores-tu,

Venant de jour comme de nuit ?

Du châtiment c’est le héraut,

Hantant de son frisson la nuit borgne.

Son triste havre

C’est le gibet et puis son fruit ;

Son âme est sans lueurs.

« C’est pour te disperser

Avec son bec qui est un soc ;

Avec le vent il te mêle

Toi qui es pendu bien court. »

***

Toi, pendu à ton gibet

N’entends jamais les rumeurs sourdes.

Tu vois de ton sourire,

L’homme qui fuit ;

Tu vois les misères glorieuses

Des grands combats

Où se mêlent au sang les entrailles des vaincus.

Tu promènes sur les champs

Ton regard sale.

Tu penses, sans doute, à quelque mélopée.

Dans l’arbre essuyé par le vent

S’entend le râle.

Dans le lointain brumeux, écoute les ombres rescapées.

Mais tu fermes les yeux

C’est la lune qui console

Son rayon sèche et dissipe les pleurs.

***

Immobile au brouillard

Si l’arbre bien plus triste

N’eut remué sa feuille grise,

Tu pends, par-là dans l’automne,

Narguant de la lune à son halo vengeur

Les reflets bleus et pâles.

Tu te détaches,

À mon regard,

Des profondeurs de brumes.

La grande clameur des vallées ennoyées

S’élève en un prélude,

Que ton visage hagard

Ignore sur la butte.

Le support anguleux et noir de sa besogne

Est plus vivant que toi.

Le vent qui te repousse,

Fait sonner ta carcasse,

Sur le bois froid qui te retient.

***

Conte impertinent

Sur les toits rosâtres

Pleut le ciel.

La lune crépusculaire

Nuit au regard de la chouette.

Les amas d’herbe

Fuient le sol

En senteurs vaporeuses.

L’enfant qui joue à la marelle

Crie au désespoir

Devant les volets clos.

Les arbres secouent l’échine,

Le chiendent s’endort.

Le mur veille depuis deux mille ans.

Des rêves rustiques

Éclaboussent la route sèche ;

Les allusions humides des marguerites

Troublent le repos des nobles dalles ;

Les chardons veillent,

Les orgies nocturnes fraîchissent

La sauterelle succombe.

Les pédales justicières

Grincent, là-bas, dans l’air léger.

Le satyre s’esquive ;

Dans un bruit vieillard,

Le livre s’époussette,

Le portail s’élance

Dans la rosée.

Le silence méthodique

Enfume les pins

De puissances argentées et froides.

***

Nouveaux poèmes

I

1

Papillon, j’étais un papillon ;

Fou à la merci des vents, je suis tombé dans l’eau…

Mes immenses ailes,

Colorées de poudres d’or

S’étalaient comme un tapis d’iris et de safran.

***

2

Un vendredi que le soleil, nuages et brumes du matin

Composaient au jour levant un tableau clair,

Près d’un arbre qui levait au ciel son branchage,

Je fis un rêve, moi l’idiot dont est sortie la vie,

Passai devant la croix de chair

Pour qu’un serpent de tristesse sans âge

Enroule ses anneaux, étouffant les envies.

***

3

Venue en cette saison fraîche,

Tombée en mon hiver comme un soleil timide

Pour un printemps sans un nuage,

Que toi, sortie du froid

Pour redonner à mon sang mort

Quelque chaleur.

***

4

Histoire d’un dieu qui meurt et qui renaît,

Feuillage nu, jonché d’humus,

Nuage en feu ; Iris, monstrueuse,

Qui vient pour étouffer,

Histoire d’un rêve,

Qui sommeille au réveil,

Jaillissant d’un désir sans dimension et qui fuit,

Et qui fuit sans un bruit dans la nuit.

***

II

1

Je meurs, sans aimer autre que mon île,

Sans avoir vu un vrai printemps ;

Et ne laisse au monde

Qu’un peu d’amertume.

Je meurs en n’ayant vu que mon cœur vil,

Noyé dans les marais de mon étang,

De sentiments haineux et malheureux.

Quand dans les soirs de l’été,

Je laissais mon esprit planer sur la mer d’huile

Plongeant et ressortant mon bec aigu sans majesté,

Je me sentais englouti de néant.

Mais sur l’heure tout est fini ;

À l’horizon de ma vie est un voile

Qui cache la mort à l’affût,

Je ne fais que mourir…

2

Fenêtre ouverte sur la nuit,

Chaleur d’un été, de tes cheveux dénoués

L’étoile moite nous contemple.

Écoute les roseaux sur la mer, qui frémissent,

M’attendant en rêvant, qu’au milieu des ténèbres

Bruissent les lierres, les feuilles, par le vent d’est.

3

Porte fermée, qu’à ta fenêtre je regarde.

Qu’à la lune,

Dont tu refuses un rayon,

J’immole un rien, une larme,

Qu’irise ma torpeur d’hiver.

Porte grise et d’intention déserte ;

Et que je tremble dans mes hardes.

Mon esprit, dans l’univers en sa prison,

Cogne aux quatre coins de l’enfer

Et que je tremble dans la nuit d’hiver.

***

III

1

Et tu voyais dans les nuits claires

La lumière prodigieuse

Des rayons centrifuges

Éclairer l’univers de poussières lointaines,

Et tu imaginais, plus loin encor

Que l’étoile,

Qui tombait à tes pieds,

Un vide pareil au tien.

Et tu disparaissais la lune, derrière un arbre

Afin que les taches moroses,

De sa lueur brodée

Vinssent lécher tes pas, comme un jet immobile et figé.

***

2

… Et tu partis… après un bref séjour dans mon royaume.

Tu partis vers nulle part, c’était la seule île qui existait.

J’y avais mon arbre muet et par toi mon empire.

J’aurais dû t’asservir et tu aurais rendu ma vie plus douce et la tienne infernale.

Je t’aurais dit des poèmes, les nuits de clair de lune, j’aurais veillé sur ton sommeil…

Mais tu partis, me laissant sur un tas de cailloux, rêvant d’un Krichna cuivré au regard d’irréel et fixant comme un terrible chemin, le sillage plat bordé d’écumes,

Que ton départ avait laissé.

***

3

Ôte-toi de ma douleur

Je ne suis pas celui qu’on aime.

Ôte-toi de mon chemin

Je ne suis pas celui qu’on suit.

Longtemps j’ai marché sur les plages

Jouant de voir ramper la vague,

Laissant brûler mes yeux aux reflets océans ;

Je ne suis pas celui qu’on suit.

Longtemps j’ai parcouru ma cage,

Laissant, indolent crier les suppliciés,

Jouissant de ma courte existence ;

Je ne suis pas celui qu’on aime.

Ôte-toi de ma douleur,

J’ai enjambé la vie

Pour satisfaire ma tristesse,

J’ai empoché la mort

Je ne suis pas celui qu’on suit.

***

IV

1

Vague,

La vague emporte,

Ne crois à rien,

Tu n’ignores que la vie.

Sable,

Sables mouvants

Laissent monter l’angoisse,

Tu n’ignores que la mort.

Seul,

Vois la foule,

Reste hostile à toi-même

Tu n’ignores que l’amour.

Larme,

Larme de bourreau,

Creuse ici ton tombeau,

Tu ne sais que la pitié.

***

2

Ton heure, attends, que le matin arrive,

C’est ton cri en ma cellule,

Mon heure,

Qui vient, voici mon rêve,

Et tu dissones,

En ton râle.

Mais que je meure, et que ma corde effraie !

Percez mon flanc et que la masse pleure !

Giflez ma vie, assommez mes idées !

Je meurs, par le chemin des erreurs.

Et la nuit, ma pourriture

Rêvera cracher sur vos figures ;

Et la nuit, vous entendrez mon chant,

Il ira en remords vous tacher de mon sang.

***

Cinq épitaphes

Au commencement, il y avait les ténèbres,

Puis la lune monta, éclairant de ses nuages

Le continent, la mer et ses écumes.

Le huitième jour, on dressa un gibet

Et comme il était seul

On y pendit un homme.

***

Comme il aimait la lune, et les oiseaux de nuit,

Comme il aimait les brumes,

Et les grands arbres noirs,

Sa vie était un rêve, voilé de gris et de bleuté.

On a sonné le glas ; quand il est mort

On a vu son gibet et sa mère à ses pieds.

***

C’est parce qu’il vola qu’on accrocha à la branche effeuillée

Son corps sans vie.

C’est parce qu’il aimait les nuits aux jardins luneux

Qu’on laissa sa dépouille aux brises exotiques.

C’est son ombre maigre

Qui longtemps reçut de l’aurore les rosées lymphatiques.

***

Toi qui regardes la lune,

Tu n’es pas un second Christ ;

Personne sur la croix ne te supplie.

Seul, attends l’oiseau qui te convoite.

***

Toi qu’évite un voyageur,

Tu n’es plus un prophète,

Personne ne respecte ta barbe,

Ni tes cheveux.

Seul, tu attends en vain ta mère…

***

Trois tableaux

Au bord d’un rêve,

Contemplant l’écume de la nuit,

J’ai entendu la plainte lugubre d’un soldat qu’on pendait.

L’ombre en feu d’un crime inassouvi passa sous la lune complice.

Dans la mer, la mer qui calme les terreurs, j’ai entendu la lutte sanglante, pour une idée, de deux corps dont les membres épars servirent, au terme du combat, d’exemple aux astres fétides.

***

Quand la nuit laissa glisser les derniers plis de sa robe lubrique, j’