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Huit ans après le meurtre de son frère Raphaël, Mélissa Sinclair, à plusieurs reprises, se réveille après avoir rêvé à des enlèvements. Au même moment les disparitions d’adolescents s’accumulent. S’agit-il de simples coïncidences ou existe-t-il un lien entre ses rêves et les enlèvements? Puis, des appels inconnus se mettent de la partie. Lorsque les premiers corps sont retrouvés, impossible de ne pas faire le lien entre ces meurtres et celui de Raphaël Sinclair, toujours irrésolu. Ces drames viennent raviver la blessure toujours bien présente de la ville de Smalltown. Est-ce le même meurtrier qui reprend du service? Pourquoi maintenant?
C’est le lieutenant Fitzpatrick qui s’occupe personnellement du dossier. Cet homme antipathique, peu à l’aise socialement, aux méthodes d’enquête parfois glaciales, entre rapidement en conflit avec une Mélissa sur la défensive. Impulsive et hantée par ses cauchemars et par les coups de téléphone, Mélissa décide d’entreprendre sa propre enquête. Le meurtre de son frère et ceux des adolescents ne doivent pas demeurer impunis.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Camille LANGLAIS est une auteure québécoise. Passionnée de littérature, elle est détentrice d’un baccalauréat en lettres et création littéraire de l’Université du Québec à Rimouski. Dans ce roman, genre polar, elle introduit une touche de fantastique, deux styles qui ont bercé son enfance et son adolescence. L’enquête, superbement tissée qui en constitue la trame, pourrait avantageusement se comparer aux enquêtes menées par «Miss Scarlet» du feuilleton télévisé Anglo-Américain.
Préface d'un commandant d'opérations à la sureté du Québec
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Seitenzahl: 176
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Préface
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Épilogue
Remerciements
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Titre: Rêves d'outre-tombe / Camille Langlais.
Noms: Langlais, Camille, 1996- auteur.
Identifiants: Canadiana 20240079809 | ISBN 9782898093616
Classification: LCC PS8623.A528287 R48 2024 | CDD C843/.6—dc23
Auteure :Camille LANGLAIS
Titre : Rêves d'outre-tombe
Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire cet ouvrage en totalité ou en partie, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit sans l’autorisation écrite préalable de l’auteure, conformément aux dispositions de la Loi sur le droit d’auteur.
©2024-Éditions du Tullinois
ISBN version papier: 978-2-89809-361-6
ISBN version e-Pub : 978-2-89809-362-3
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives du Canada
Dépôt légal papier : 2e trimestre 2024
Dépôt légal e-Pub : 2e trimestre 2024
Corrections grammaticales: Éditions du Tullinois
Illustration de la couverture : Mario ARSENAULT - Designgo
Imprimé au Canada
Première impression : Avril 2024
Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) ainsi que le Gouvernement du Québec pour son programme de crédit d'impôt et pour tous les soutiens accordés à nos publications.
SODEC - QUÉBEC
J’ai eu un immense plaisir à lire le roman policier de Camille. Tout au long de la lecture, j’ai constaté qu’elle avait fait des recherches et s’était informée sur diverses facettes de mon métier de policier. Elle m’a posé des questions et elle a aussi côtoyé des gens du milieu. Je n’ai donc pas été le seul à lui raconter des expériences vécues. Or, il y en a de toutes sortes, vous pouvez en être certains.
Il s’en passe des choses dans la petite ville de Smalltown. Vous verrez, l’histoire est loin d’être banale, elle est même surprenante. Elle aiguise l’appétit du lecteur, l’incitant à jouer au détective et à se rendre jusqu’à la dernière page pour élucider le mystère.
Félicitations à Camille pour ce premier livre. J’attends le prochain avec impatience.
Steve Ouellet
Sergent aux opérations
Bureau de coordination et de soutien opérationnel de Rimouski
Sûreté du Québec
Dans un crissement de pneus, la voiture s’arrêta au bord de la route. Un homme encapuchonné, vêtu de noir de la tête aux pieds, descendit du véhicule. Laissant la portière ouverte, il se dirigea vers le coffre de la voiture. Alors qu’il s’apprêtait à l’ouvrir, un hurlement vint perturber la nuit et un rayon de lune fit briller la lame du couteau qui dépassait de la manche de l’homme.
D’un seul bond, Mélissa se redressa dans son lit. Encore ces rêves qui faisaient trembler tout son corps. C’était la troisième fois ce mois-ci et le calendrier indiquait seulement 6 juin… Trempée de sueur, elle se leva et alla prendre une douche, histoire de se calmer. C’est sûrement le stress, se dit-elle, oui, c’est ça, le stress…
Après avoir profité longuement de l’eau chaude, elle se prépara avec une bonne humeur retrouvée. Elle s’apprêtait à quitter son appartement pour aller rejoindre Celia qui l’attendait au café du coin quand un crissement de pneus la fit se figer. Calme-toi, Mélissa ! Elle respira un bon coup et sortit dans la rue, en restant sur ses gardes.
Dans sa tête, elle voyait défiler les images de ses rêves. Dans le premier, elle se trouvait à ce qui ressemblait à une fête étudiante quand l’homme au capuchon avait traversé son champ de vision, ce qui avait suffi à la réveiller en sursaut. Dans le suivant, elle était plongée dans l’obscurité, incapable de bouger. Elle n’entendait que des murmures. On aurait dit qu’ils venaient de partout en même temps. Une main lui avait empoigné les cheveux et elle s’était retrouvée en nage dans son lit à hurler à pleins poumons.
En levant les yeux, Mélissa réalisa qu’elle était debout devant le café, plantée en plein milieu du trottoir. Elle se secoua et entra. À l’intérieur, elle vit son amie et collègue qui lui faisait de grands signes pour qu’elle aille la rejoindre à la table au fond du restaurant. Son coton ouaté jaune la rendait facilement repérable. La rejoignant, elle remarqua un journal ouvert devant elle.
— Il y a des nouvelles intéressantes ?
— Horribles, tu veux dire ! Trois jeunes filles ont disparu depuis le début du mois…
Le téléphone de Mélissa sonna. Elle ne reconnaissait pas le numéro, mais elle répondit tout de même. Quand elle décrocha, elle entendit uniquement de la musique, puis des paroles qui la firent frissonner : From death / The new Pantheon will rise. / Are you ready to pay the price? C« De la mort / Le nouveau Panthéon s’élèvera. / Êtes-vous prêts à en payer le prix? » The Great Reckoning, Wheel of Destiny (groupe fictif)C’était cette même chanson qui jouait à la radio dans la voiture où l’on avait retrouvé le corps de son frère, huit ans plus tôt.
Mélissa resta figée même après que la ligne fut coupée. Celia lui demanda ce qui se passait. Mélissa balbutia des excuses maladroites puis quitta le restaurant. Elle se mit à courir sans se préoccuper de ce qui l’entourait et ne s’arrêta que lorsqu’elle fut au cimetière, devant la pierre tombale de son frère. Elle ne se retourna même pas lorsque Celia, qui l’avait suivie de peine et de misère, arriva derrière elle, hors d’haleine.
— Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était la première journée depuis longtemps où il faisait beau. Raphaël était parti très tôt ce matin-là parce qu’il devait rencontrer un de ses profs pour reprendre un examen. À l’heure du souper, il n’était toujours pas rentré.
Celia restait en retrait. Ce n’était pas la première fois qu’elle entendait cette histoire.
— Mes parents sont restés debout toute la nuit à l’attendre. Le lendemain, quand ils ont réalisé qu’il ne reviendrait pas, ils ont appelé la police pour déclarer sa disparition. Mon frère n’aurait jamais fugué et il prévenait toujours quand il pensait arriver en retard. Deux jours plus tard, la police retrouvait son corps dans une voiture volée.
Mélissa baissa la tête.
— On n’a jamais su ce qui s’était passé entre son enlèvement et la découverte de son corps, mais il y avait une chanson qui jouait à tue-tête dans la voiture. Elle jouait en boucle ; il n’était donc pas mort depuis longtemps. C’est la même chanson que j’ai entendue en répondant au téléphone.
Celia s’approcha de Mélissa dont les larmes avaient commencé à couler sans qu’elle puisse les retenir. Ne sachant trop quoi faire, elle se contenta de passer un bras autour des épaules de son amie et d’attendre. Elle savait, comme tous les habitants de leur petite ville, que le coupable n’avait jamais été trouvé. Le policier responsable de l’enquête était mort d’une crise cardiaque quelques années plus tôt et le dossier avait été abandonné. Le meurtrier courait toujours.
Un crissement de pneus au loin sortit Mélissa de son recueillement. Elle avait soudain envie de se sentir plus proche de son frère. Elle devait se rendre quelque part où il ne lui semblerait pas irrémédiablement mort. Elle savait très bien ce que lui aurait conseillé sa grand-mère paternelle. Elle essuya ses larmes et proposa à Celia d’aller faire un tour à l’église. Elles avaient encore le temps de s’y rendre avant que la messe ne commence.
— Mais, je suis pas habillée pour ça !
— Pas grave, Dieu t’en voudra pas. On s’assoira à l’arrière. J’ai vraiment besoin d’y aller ce matin.
— Comme tu voudras, mais si quelqu’un chiale, c’est toi qui prends le blâme.
— Deal !
Elles se rendirent à l’église de la ville qui était surtout visitée par des personnes âgées et parfois les petits-enfants de ceux-ci. Le chant de la chorale avait quelque chose de rassurant. Mélissa ne se souvenait pas d’avoir été aussi attentive lors d’une messe depuis les funérailles de son frère. Elle écouta l’homélie du prêtre, les lectures de l’Évangile, ignora les soupirs de Celia et se sentit beaucoup plus calme après la célébration. Alors que les deux amies s’apprêtaient à quitter l’église, une dame que Mélissa croisait parfois dans son quartier, les interpella.
— Ce que c’est merveilleux de voir de magnifiques jeunes femmes comme vous venir à l’église. Vous allez venir manger avec nous, n’est-ce pas ?
— Heu… en fait, on avait… commença Celia.
— Chaque dimanche après la messe, ceux qui y assistent vont dîner ensemble au restaurant. Ça nous ferait énormément plaisir que vous vous joigniez à nous.
— On accepte avec plaisir, s’empressa de répondre Mélissa avant que Celia n’ait le temps de refuser.
— Merveilleux ! Au fait, je m’appelle Marjolaine.
Durant tout le dîner, Mélissa ignora les regards désespérés de son amie qui aurait voulu être ailleurs plutôt que d’entendre les histoires que se faisait une joie de leur raconter Marjolaine. Celia fut soulagée quand les serveurs eurent donné les factures et que les paroissiens commencèrent à quitter le restaurant. Une fois dehors, elle dit à Mélissa :
— La messe, un dîner avec des personnes âgées… Qu’est-ce que je t’ai fait ?
— Arrête, c’était pas si pire que ça. Allez, si t’effaces ta baboune, je te paye le cinéma.
— Tu me le diras pas deux fois.
Elles optèrent pour une comédie américaine, bien qu’elles n’eussent pas vraiment le choix puisque les trois autres films affichaient « complet ». C’est ce qui arrive quand le cinéma est pratiquement la seule activité possible dans une petite ville un dimanche après-midi. Néanmoins, elles passèrent un bon moment. Le film racontait l’histoire d’un jeune homme déterminé à enquêter sur son voisin qu’il croyait être un tueur en série. Avec l’aide de son meilleur ami, un génie de l’informatique, il espionnait les moindres faits et gestes du voisin pour trouver des preuves qui confirmeraient leur hypothèse.
Après le film, les deux jeunes femmes passèrent une partie de la journée à se promener dans les rues et à observer les gens en commentant le film qu’elles venaient de voir. Il était tellement rare qu’elles aient le temps de prendre l’air qu’elles en profitèrent au maximum puisque dès le lendemain, elles retourneraient à leur routine habituelle et elles n’auraient presque plus une minute à elles.
— Finalement, ce n’était pas si mal comme journée, tu ne trouves pas ?
— Ouais, t’as raison. Disons qu’elle n’a pas commencé comme prévu, mais cette Marjolaine était sympathique.
— Alors, on retourne à l’église dimanche prochain ? de-manda Mélissa avec un sourire taquin.
— Exagère pas, quand même.
Les deux amies rirent de bon cœur.
— On fait de quoi la fin de semaine prochaine ?
— Ouep. On se retrouve au café à la même heure et on décide ce qu’on fait à ce moment ?
— Ouais. On se voit demain, au bureau.
— À demain.
Celia s’éloigna pendant que Mélissa reprenait le chemin de son appartement.
Le lendemain, Mélissa se réveilla soulagée, avec l’impression de ne pas avoir rêvé. Elle adorait ces matins-là. Elle se prépara comme chaque jour avant d’aller travailler. Depuis qu’elle avait terminé ses études, elle travaillait pour le plus gros employeur de la ville, une compagnie de télécommunications. Elle passait ses journées au téléphone à essayer de régler les problèmes des gens d’un peu partout dans la province. Ce n’était pas ce qu’il y avait de mieux, mais ça payait suffisamment pour qu’elle puisse régler ses factures et même mettre de l’argent de côté dans le seul but de pouvoir quitter la ville et recommencer sa vie dans un endroit où personne ne connaîtrait l’histoire de son frère.
En arrivant à son travail, Mélissa remarqua que tous ses collègues étaient rassemblés devant une radio. Lorsqu’elle s’approcha, elle entendit la voix du présentateur de nouvelles régionales : « Les corps de trois jeunes filles ont été découverts ce matin, aux abords de routes isolées. Selon l’officier chargé de l’enquête, le lieutenant Fitzpatrick, les dépouilles auraient été abandonnées à bord de véhicules volés provenant de différentes villes de la région. Il a toutefois refusé de confirmer l’identité des victimes, que plusieurs associent aux récentes disparitions de jeunes adolescentes. Cela n’est pas sans rappeler le meurtre du jeune Raphaël Sinclair survenu il y a huit ans. En effet, le jeune homme avait été découvert dans des circonstances similaires par… »
Après avoir croisé le regard de Mélissa, son patron s’était empressé d’éteindre la radio et de demander à tout le monde de retourner au travail. Mélissa suivit le mouvement et alla s’asseoir face à son ordinateur. En posant les mains sur son bureau, elle réalisa qu’elle tremblait comme une feuille. Elle prit une profonde inspiration. Elle sursauta en voyant apparaître le reflet de son patron dans l’écran éteint de son moniteur. Elle fit pivoter sa chaise en gardant une main posée sur son cœur qui battait à cent milles à l’heure.
— Écoutez, mademoiselle Sinclair, je comprends que ces meurtres puissent vous affecter directement. Leurs ressemblances avec celui de votre frère… Je crois que vous devriez prendre quelques jours de congé ; ce serait mieux pour tout le monde. De toute façon, il y a un surplus d’employés en ce moment.
Mélissa voulut s’opposer, mais il ne lui en laissa pas l’occasion.
— Non, ce n’est pas la peine de protester. Ce n’est pas une suggestion, mais un ordre de votre patron et cela prend effet sur-le-champ.
— Est-ce que je peux au moins savoir pour combien de temps ?
— Tant et aussi longtemps que l’affaire ne sera pas résolue.
— Quoi ? Mais ça peut aussi bien prendre des années !
— Suffit ! Ramassez vos choses. Je vous appellerai quand vous pourrez revenir.
Tant qu’elle n’eut pas ramassé ses affaires, son patron resta planté derrière elle. Mélissa était complètement déstabilisée, elle ne comprenait pas ce qui venait de se passer et en jetant un coup d’œil du côté de son collègue le plus proche, elle vit qu’elle n’était pas la seule. Leur patron, si exigeant d’habitude, la mettait en congé forcé parce que trois parfaites inconnues venaient d’être assassinées. Elle se demanda soudain si elle n’était pas dans un rêve. Depuis le début du mois, rien ne semblait normal autour d’elle.
Elle quitta son travail avec une boîte contenant ses effets personnels. Elle marcha jusqu’à chez elle et la rangea dans le haut de la garde-robe de l’entrée. Comme ça, elle ne risquait pas de l’égarer, mais elle ne l’aurait pas non plus dans les jambes, prête à la mettre en colère à tout moment.
N’ayant rien d’autre à faire et ne désirant pas demeurer chez elle, elle se rendit au café où elle avait rencontré Celia la veille. Une fois bien installée à une table, elle saisit le journal le plus près. En première page, on voyait les photos de trois adolescentes, celles qui étaient disparues récemment. Si la police avait refusé de faire un lien entre elles et les meurtres, les journalistes, eux, ne s’étaient surtout pas gênés. Mélissa s’attarda sur cet article qui l’horrifia. Comme l’avaient dit le présentateur radio et son patron, la ressemblance avec le meurtre de son frère était flagrante. Les corps avaient été retrouvés au bord de routes isolées, dans des voitures volées et la même chanson jouait en boucle. La journaliste, une certaine Anastasia Longpré, allait toutefois beaucoup plus loin, ne lésinant pas sur la description des blessures des victimes ; un article qui attirerait sans doute son lot de contestations. Ainsi, Mélissa apprit qu’une sphère avait été tracée sur le bras de chacune des victimes. Des blessures marquaient leurs pieds et leurs mains, comme si elles avaient marché pieds nus dans les bois. De profondes entailles apparaissaient sur leur ventre et leur nuque était brisée. Mélissa était sous le choc. Le meurtrier de son frère était-il de retour ? Était-ce lui qui l’avait appelée la veille ?
La sonnerie de son téléphone retentit dans le café. Mélissa sursauta et saisit son appareil, mais hésita avant de décrocher parce que son écran affichait « Numéro privé ». Était-ce encore comme hier ? Était-ce la même personne ? Après une profonde inspiration pour se donner un peu de contenance, elle répondit. C’était le lieutenant Fitzpatrick. Il demandait à la voir le plus rapidement possible au poste de police ; il avait des questions à lui poser. Entre-temps, elle ne devrait parler à aucun journaliste qui désirerait la questionner, peu importe la raison. Il s’attendait à son entière collaboration et à ce qu’elle reste en dehors de son enquête même si les meurtres ressemblaient à celui de son frère. La courte conversation —ou plutôt le monologue— du policier lui laissa l’impression d’avoir affaire à un homme fort antipathique.
En arrivant devant le poste de police, Mélissa fut accueillie par une horde de journalistes qui lui criaient des questions dans l’espoir de recueillir ses impressions. Elle dut jouer du coude afin de parvenir à l’intérieur de l’établissement. Dire qu’elle avait déjà rêvé de faire ce métier ! C’était bien avant la perte de Raphaël.
Elle se rendit au bureau d’accueil et s’adressa à une jeune agente de secrétariat.
— Bonjour, le lieutenant Fitzpatrick a demandé à me voir.
— Et vous êtes ?
— Mélissa, Mélissa Sinclair.
La jeune femme regarda une feuille devant elle.
— Ah oui! Veuillez vous asseoir, je vous prie. Un agent viendra vous chercher sous peu.
Mélissa acquiesça et prit place sur l’une des quatre chai-ses présentes dans la petite entrée. Petite. Presque tout était petit dans cette ville. Smalltown portait bien son nom. La secrétaire disparut de la fenêtre d’accueil.
À peine une minute plus tard, la porte menant à l’intérieur du poste s’ouvrit sur un séduisant jeune agent de police, probablement fraichement sorti de Nicolet.
— Madame Sinclair ? Veuillez me suivre, je vous prie.
Mélissa se leva et obtempéra. Ils firent quelques pas, puis prirent le corridor à droite. Arrivés en face de la dernière porte à gauche :
— Nous sommes arrivés. Vous patienterez dans cette salle jusqu’à ce que quelqu’un vienne vous chercher. Un agent est déjà sur place, si vous avez des questions ou avez besoin de quelque chose durant votre attente.
— Merci, dit-elle avant d’entrer.
Quand elle entra dans la salle, qu’elle supposait être une salle d’attente, elle réalisa que ses parents y étaient eux aussi.
— Mais qu’est-ce que vous faites-là ?
— Le lieutenant Fitzpatrick nous a demandé de venir. Apparemment, il aurait des questions à nous poser, lui répondit sa mère.
— Vous aussi ! s’étonna un monsieur assis près d’eux qui tenait une femme en pleurs dans ses bras.
— Attendez! Il nous a tous convoqués ? demanda un homme qui devait avoir quelques années de plus que Mélissa.
Dans cette salle se trouvaient les familles des trois victimes et celle de Mélissa. La police en était donc venue à la même conclusion que les journalistes, ces affaires étaient liées l’une à l’autre. Mélissa apprit que celle qui était disparue en premier, Mélodie Champagne, était l’aînée d’une famille de trois enfants; la deuxième, Olivia Archambault, était enfant unique; et la dernière, Béatrice Surprenant, était la sœur cadette du jeune homme qui avait pris la parole un peu plus tôt.
— Vous attendez depuis longtemps ? demanda Mélissa.
— Une vingtaine de minutes, répondit monsieur Champagne.
— Vous savez pourquoi ils veulent vous interroger ? demanda sa femme à Mélissa et à ses parents.
— On n'en a aucune idée. Ils ne nous ont rien dit, répondit monsieur Sinclair.
— Vous en savez quelque chose, vous ? demanda la mère de Mélodie au policier qui n’avait pipé mot depuis le début.
— Je ne fais pas partie de l’équipe d’enquête. Je n’ai donc aucune réponse à vous donner. On m’a seulement dit qu’on vous a fait venir pour prendre vos dépositions. Il ne s’agit pas d’un interrogatoire comme on le ferait avec des suspects.
— Si vous le dites, se contenta de répliquer monsieur Archambault.
Ce commentaire mit fin aux discussions. Les minutes suivantes s’écoulèrent en silence. Puis un policier vint les chercher un à un, afin que Fitzpatrick puisse les interroger individuellement. Même les enfants y passèrent, mais accompagnés d’un parent. Mélissa fut la dernière à passer. En voyant sa mère revenir en pleurant, elle eut le goût de partir avant qu’on ne vienne la chercher.
— Est-ce que tu veux qu’on t’attende ? lui demanda son père.
— Pas la peine. Fais sortir maman d’ici, je crois qu’elle a besoin d’air.
— Appelle-nous si tu as besoin, d’accord ?
— Merci papa.
Ils la laissèrent seule avec le policier chargé de surveiller la salle. Profitant du fait qu’ils étaient maintenant seuls, il s’approcha de Mélissa.
— Vous ne vous souvenez pas de moi, n’est-ce pas ?
— Pardon ? On s’est déjà rencontré ?
— Je suis le sergent-enquêteur Maurice Laberge. C’est moi qui ai pris votre déposition après la découverte de votre frère. Vous aviez refusé d’être accompagnée d’un de vos parents.
— Si, si, je m’en souviens. Comment est-ce que j’aurais pu oublier ? Je ne vous avais simplement pas reconnu. Mais, vous, comment ça se fait que vous vous souveniez de moi ? Vous devez en avoir vu passer du monde dans votre carrière.
Il rit.
— Après 35 ans, on en a vu des gens. Vous me faisiez penser à ma fille. Non seulement vous avez le même âge, mais, à l’époque, vous aviez aussi le même caractère.
Mélissa ne put s’empêcher de sourire. Elle ne pouvait le contredire. Elle avait son petit caractère.
— Pourquoi vous n’êtes pas sur l’enquête, si vous faisiez partie de la première ?
— Parce que je pars à la retraite aujourd’hui. Une fois que vous serez avec Fitzpatrick, je sors faire ma dernière patrouille, puis je remettrai mon arme, mon insigne et tout le tralala. Je quitte dès demain pour retrouver ma fille en Gaspésie.
— Vous ne restez pas pour donner un coup de main ?
— Je resterai disponible, mais je n’étais pas enquêteur principal sur le dossier, alors je n’en sais pas beaucoup plus que ce qu’il y a dans le dossier.
Le policier qui servait d’escorte se présenta dans la salle.
— Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter bonne chance pour la suite, lui dit le sergent Laberge.
— Bonne chance à vous aussi.
Elle suivit ensuite l’autre policier dans le corridor. Quand elle arriva dans le bureau du lieutenant, il était assis à son bureau et lisait son dossier. L’agent, qui l’avait reconduite, ferma la porte derrière elle.
— Assoyez-vous, lui dit Fitzpatrick, sans daigner la regarder.
Mélissa obtempéra et conserva le silence. Elle, qui s’était calmée un peu en discutant avec le sergent Laberge, commença rapidement à se sentir mal à l’aise.
— Vous semblez nerveuse, dit finalement le lieutenant après ce qui parut une éternité à Mélissa.
— Ma mère est sortie de votre bureau en pleurant et vous me faites poireauter en silence devant vous. Qui ne serait pas nerveuse dans cette situation ?
— Vous seriez étonnée.
Il leva finalement la tête et la regarda quelques instants. Ses yeux gris la glacèrent. Elle ressentit soudain sa patience partir en fumée.
— Pourquoi êtes-vous ici ?
— J’en sais rien, c’est vous qui m’avez convoquée.
— Vous étiez plus polie la dernière fois que vous vous êtes assise sur cette chaise.
— La dernière fois que je suis venue ici, on m’a promis qu’on retrouverait l’assassin de mon frère et qu’il serait puni pour son crime. J’attends toujours.
— De la colère maintenant !
— Qu’est-ce que vous me voulez ?
— Vous souvenez-vous des jours qui ont précédé la disparition de votre frère ?
— C’est écrit dans le rapport que vous avez entre les mains.
— Je veux vous l’entendre dire.
— Pourquoi ? Parce que vous pensez que mes souvenirs seront plus exacts qu’il y a huit ans ?
— Peut-être certaines choses vous seront-elles revenues en mémoire.
— Les jours avant que Raphaël disparaisse, il est allé à l’école, il s’est entraîné avec son équipe et il a étudié pour un examen. C’est tout.
— Et vous, qu’avez-vous fait ?
— Je suis allée à l’école et je suis allée magasiner avec mes amies entre deux devoirs, comme plusieurs adolescentes de quinze ans. À quoi ça mène tout ça ? Je me souviens de rien de nouveau. Au contraire, j’essaie d’oublier le plus possible.
—
