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Rose a toujours su ce qu'elle voulait. Mais n'a jamais osé le rechercher ou y penser comme une possible réalité. C'est l'histoire de toute sa vie.
Malgré elle, son meilleur ami Tim a bien l'intention de l'aider à se dépasser quitte à aller contre la volonté de cette dernière en lui proposant un rendez- vous avec une de ses employées.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Madame Nikita naît dans la campagne de Bityili, en 1996 au Cameroun. Un 18 novembre. Passionnée par l’écriture depuis toujours et grande rêveuse, elle voue un amour surtout aux poèmes et au BDSM. Ça ne sera pas elle qui démentira que les scorpions sont des êtres sexuels si vous lisez son roman Rose. Sans cesse à la recherche de la passion sous toutes ses formes, l’auteure pense des réalités pour faire vivre cette « niche » où quelques-uns pourront peut-être s’identifier.
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Seitenzahl: 332
Veröffentlichungsjahr: 2023
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GINGER
Je quittais mon petit appartement pour me rendre à l'un de mes petits boulots. J'avais trouvé un emploi de barman dans un bar du centre-ville de Nantes. Je n'avais que quelques marches à descendre puisque mon logement ou devrais-je dire mon une pièce se trouvait juste au-dessus du bar. En emménageant ici, j'étais plutôt fière d'avoir fait une bonne affaire, mais après avoir quitté la maison familiale et le lotissement tranquille ou vivaient mes parents, je commençais sérieusement à me demander si ce n'était pas un coup foireux. Mais je ne comptais pas rester éternellement ici, j'avais ouvert un compte épargne où je plaçais l'argent de tous mes petits boulots pour ouvrir un bar, salon BDSM. C'était ma passion et ça faisait longtemps que je mûrissais et travaillais sur ce projet. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu un penchant pour le contrôle. Un penchant très spécial. Ce qui n'était pas évident avec la plupart de mes employeurs, mais c'est difficile de vouloir imposer des règles aux autres quand on n'en respecte pas soi-même. Ça, je l'ai appris à mes dépens, surtout quand j'ai débuté avec ma première soumise, c'est elle qui m'a quasiment tout appris. Je ne cesse de penser que j'ai eu beaucoup de chance de tomber sur elle. Elle était plus âgée que moi, elle m'a enseigné tout ce qu'elle savait. Alors même si mon ego s'énervait de ne pas toujours réussir, de ne pas toujours être à la hauteur, elle, elle savait toujours rester à sa place, elle savait parfaitement comment tirer le meilleur de sa Maîtresse. Lorsque je repense à ses moments une délicieuse nostalgie s'installe et une forte envie de l'appeler me démange, mais je sais qu'en ce moment elle travaille. Avec ce satané décollage horaire c'est difficile de tomber juste.
Arrivée au bar, je salue Tim, le patron. Si je n'aimais pas autant les femmes, je pense que c'est le genre d'hommes avec qui j'aurais pu vivre quelque chose, son côté soumis qui s'ignore est adorable même s'il passe son temps à faire le gros dur pour se faire respecter auprès des têtes de nœuds qui lui servent d'employés. Tim à toujours travailler dur, à toujours pris sur son coté soumis pour arriver là ou il est. Il y a des gens pour qui c'est difficile de se rebeller, de dire non ou encore de se mettre en avant pour avoir ce qu'ils veulent et c'est en cela que je le trouve extraordinaire. Il se donne du mal, il dépasse toutes ses craintes, et à voir ce grand nounours, on ne donnerait pas l'impression qu'il soulève des montagnes à chaque fois qu'il dit non ou élève un peu la voix. Ce qui m'a mis la puce à l'oreille c'est que les premiers soirs où j'ai commencé à travailler ici, après la fermeture , il venait s'asseoir devant le bar pour discuter avec moi et ses épaules avaient un relâchement que je ne connaissais que trop bien. J'avais appris à reconnaître ce genre de signe. Le laissé aller. Comme un ballon d'autruche qui se dégonfle. Et le sentiment d'apaisement qui le suit. Comme si d'un coup, il ne se sentait plus menacé. Cela m'a immédiatement rappelé ma première soumise.
Le jour de son départ, alors que j'étais assise sur une chaise dans ma cuisine Elizabeth, s'est mise à genoux devant moi et à demander la permission de me baiser chaque partie du corps. Quand elle eut fini juste avant de franchir le seuil de la porte, elle m'a dit que j'étais faite pour ça et que maintenant tout ceux qui en aurait besoin, et même ceux qui ne pensaient pas en avoir besoin le sauraient. J'ai longtemps tourné cette phrase dans ma tête sans jamais en comprendre vraiment le sens. Puis un jour, j'ai rencontré Tim et j'ai compris. Depuis, il m'arrive souvent de faire de plus en plus attention sans vraiment le vouloir à ce genre de signes. Comme si sous la couche de vêtements, je savais, je voyais.
Tous les soirs, en arrivant, je refaisais le tour du bar pour être sûre qu'il ne manquait rien. Surtout en alcool, on ne savait jamais vraiment quels employés traînaient ici durant la journée. Que ce soit pour le ménage ou encore pour des réparations quelconques. Un verre de vin pour remercier untel ou encore une petite bière pour se féliciter d'un dur labeur, ça peut aller très vite
- Tout est en ordre Gini ?
- C'est parfait Tim
Les premiers clients arrivèrent assez tôt, aucun incident n'était à déclarer ce soir et tout se passa sans heurts. Vers 5 heures du matin, les derniers clients décidèrent enfin de s'en aller, alors que je rangeais les dernières bouteilles, je sentis la lourde carrure de Tim s'installer derrière moi. Il n'était pas rare qu'à cette heure-ci nous soyons les deux derniers encore présents dans l'établissement.
Je l'entendis pousser se soupire si caractéristique lorsque je me retournais vers lui.
- Tu ne devrais pas tarder à avoir économisé toute la somme qu'il te faut pour ton bar.
- Tu as commencé à chercher quelqu'un pour me remplacer ?
- Personne ne peut te remplacer Gini. J'ai eu de la veine quand je suis tombé sur toi.
- De la veine que je sois à la recherche d'un toit ? Oui, c'est certain.
Il pointa son doigt vers une bouteille de whisky. Je lui en servis un verre.
- Blague à part Gini. Ça me rassure que tu sois là, je veux dire, je vois mal quelqu'un d'autre que toi à cette place.
- Tu trouveras quelqu'un d'autres ne t'inquiète pas, je ne fais pas de soucis.
- Pas comme toi, j'ai toujours le sentiment que tu m'apaises tu vois c'est ...
Il but une gorgée avant de reprendre sa phrase.
- C'est bizarre.
Je me servais un verre de Jack's quand je vis la douce teinte rosée que prenait les joues de Tim.
- Est-ce que tu exerces tes pouvoirs de Domina sur moi, ou quelque chose de ce genre ?
- Je suis étonnée, d'habitude tu tiens l'alcool plus longtemps que ça.
- Très amusant, franchement je suis mort de rire.
Il finit son verre, je lui en resservis un autre.
- Mis à part ça, je suis très sérieux, explique-moi comment tu fais.
- Je ne fais rien de spécial Tim, je suis juste comme ça, il y a des gens qui t'apaisent plus que d'autres alors que certains, rien que de les voir ça t'hérisse les cheveux sur la tête.
- Pourtant, je sens qu'il y a autre chose, genre est-ce que tout les Doms sont comme toi ?
- Ne sois pas stupide. Est-ce que tous les gens que tu connais ont du charisme ? Quand tu croises des gens, ils dégagent tous quelque chose de différent, je ne vois pas pourquoi ce serait différent pour moi
Je vidais mon verre, prête à m'asseoir en face de lui. Il secoua la tête et leva les yeux au ciel ce qui eut le don de m'agacer, mais je ne fis aucun commentaire. Il en profita pour se servir un troisième verre l'air de rien.
- Je sais que ça ne me regarde pas, mais je me demandais si tu avais quelqu'un en ce moment ?
Il lui aura fallu tant de courage en bouteille pour me poser cette simple question. Je levais vers lui un regard interrogatif.
- Ce n'est pas pour moi, je sais que je n'ai pas trop ce qu'il faut là où il faut.
- Tu joues les médiateurs maintenant ?
- C'est que c'est un peu compliqué.
- Dis-moi, je peux peut-être faire quelque chose pour toi
Il se racla la gorge pour s'éclaircir la voix.
- Ma meilleure amie, m'a fait part de son penchant pour la soumission, je ne savais pas trop comment aborder le sujet avec toi, ça fait un moment que j'y pense et je lui ai parlé de toi, mais elle m'a interdit de t'embêter avec ça.
Nouveau raclement de gorge.
- Elle n'a jamais rien fait et elle est du genre très timide sans parler de ses parents qui sont assez carrés.
- D'accord, je vois, et quand est ce que j'interviens ?
- Tu serais intéressée ? Parce que j'aimerais vraiment qu'elle sorte de sa coquille, et je me suis dit que si je me sentais à l'aise avec toi, tu serais la personne idéal pour elle, bien sûr, il faut qu'elle te plaise aussi enfin ça dépend de ce que tu cherches quoi, je ne sais pas trop quels sont tes critères pour une soumise ni comment tu fonctionnes, ni même ...
Je le coupais brusquement en levant une main devant lui.
- Respire Tim.
- Désolé, je m'emballe un peu, mais c'est ma meilleure amie, je tiens beaucoup à elle et sa mère est tellement sur son dos, je me suis un peu renseigné sur le BDSM et je pense vraiment que tu es la personne qu'il lui faut pour faire ça, ça va la pousser à ...
- Devenir elle même? Grandir ? Devenir forte ?
Il secoua vivement la tête, comme étonné que je puisse comprendre là où il voulait en venir. Il voulut se resservir un verre, mais j'attrapais la bouteille avant qu'il ne la prenne et la rangeait.
- Je pense que tu as dit ce que tu avais à me dire, tu ne devrais plus avoir besoin de courage maintenant.
- Hum
Il tritura quelque chose dans sa poche avant de me tendre une photo. Sur le cliché, Tim était reconnaissable, la photo devait être récente, il enlaçait une petite brune par les épaules. Elle avait de magnifiques yeux verts et souriait à peine, sûrement la timidité. Ses cheveux mi-long lui arrivaient au niveau de la poitrine, elle semblait figée.
- C'est Rose
Tim me pointe la photo du doigt. Elle est plutôt mignonne.
- Alors ? Qu'est-ce que tu en dis ?
- Fais la venir au bar demain soir et j'aviserais.
- C'est vrai ? Tu veux bien ?
- Je n'ai rien décidé, mais ça ne m'empêche pas de la rencontrer et vu que tu ne lui as rien dit, je pense que ça ne sera pas mal pour un début. Qu'elle qu'il soit.
Il gigota sur son tabouret mal à l'aise.
- Un peu avant la fermeture, comme ça Steeve pourra me remplacer, il y aura moins de monde.
- Excellente idée. Ça marche.
Je finis mon verre de whisky et me remis à nettoyer le bar.
- Je monte, on se voit plus tard.
- Merci Gini, merci beaucoup.
Je retournais vers l'arrière du bar pour prendre les escaliers et monter dans mon appartement. Une fois à l'intérieur, je verrouillais la porte et décidais qu'une douche bien chaude n'était pas de trop.
Quand mon réveil sonna à 11h, j'eus le sentiment de m'extirper d'un cauchemar. La nuit avait été trop courte. Mais heureusement pour moi, aujourd'hui, nous étions samedi, ce qui voulait dire que je n'aurais pas à m'occuper de la petite mamie pour qui je faisais le ménage et les courses deux fois par semaine, le mardi et le dimanche. J'aurai donc tout l'après-midi pour dormir, jusqu'à aller travailler au bar ce soir. J'avais un peu moins d'une heure pour essayer de me mettre le plus en forme possible pour attaquer ma deuxième journée. En buvant mon café, je repensais à la conversation que j'avais eue avec Tim. Ma dernière soumise remontait à il y a quelques mois déjà et je n'avais pas cherché à en avoir une autre, trop concentrée sur mon projet. À vrai dire, mes trois petits boulots me pompaient toute mon énergie et c'est difficile de faire autre chose à côté. Tous les Doms savent qu'avoir une soumise demande beaucoup de temps, d'investissement et de travail. Surtout quand elle est novice. Mais ça à également du bon. C'est comme une feuille blanche. Elle devient à l'image de son Maître, elle est dressée pour lui. Et c'est toujours un plaisir de voir son œuvre prendre forme, quelle qu'elle soit d'ailleurs. J'étais curieuse de rencontrer Rose, Tim la dépeignait tellement comme quelqu'un de fermé qu'il avait attisé ma curiosité. Je voulais savoir ce qu'il y avait sous cette timidité.
Je m'habillais rapidement et me dépêchais de rejoindre le restaurant japonais où je travaillais en tant que serveuse quatre heures et demie par jour du mercredi au dimanche. Quand j'arrivais à midi les premiers clients étaient déjà installés. Mes collègues s'occupaient déjà des boissons. J'enfilais rapidement un tablier avant de récupérer la feuille du jour ou était inscrits les ruptures, et le menu du jour. Une fois fait, je saluais rapidement mes collègues et entrepris de m'occuper d'installer deux personnes qui venaient d'arriver. Le service se déroula comme d'habitude. Le samedi midi nous accueillions beaucoup de monde, le restaurant se trouvait au bord d'une rue très passante du centre-ville au niveau de Bouffay, où sont situés une bonne partie des restaurants africains et asiatiques.
Être débordée m'évite de voir passer les heures. Quand arrive enfin l'heure de la fin du service, je suis étonnée de la rapidité avec laquelle les heures sont passées. Je me traîne jusque chez moi et sans même prendre le temps d'avaler quoi que ce soit je me déshabille, mets mon réveil et me roule en boule dans mes couvertures.
Une paire d'yeux verts avaient hantée mon sommeil. Je me sentais reposée et satisfaite. La soirée risquait d'être intéressante. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, mais je ne pouvais pas nier que j'étais curieuse. Je me préparais un repas bien mérité, je n'étais pas grande cuisinière, mais j'arrivais tout de même à me nourrir. Il était certain que les petits plats de ma mère me manquaient énormément, mais ces derniers temps, j'avais du mal à trouver le temps d'aller les voir.
Je finissais mes pâtes et décidais de me préparer. Il était sûr que je n'avais rien d'extraordinaire à me mettre, mais faire un petit effort ne me ferait de mal. Je savais que, plus que tout ce qui allait sortir de ma bouche, la première impression que l'on faisait à quelqu'un déterminait la plupart du temps la direction qu'allait prendre la conversation. Le fait d'être Dom m'avait appris bien des choses, et le fait de savoir comment fonctionnait les gens était l'une d'entre elle. Nous pouvions dire tout ce que nous voulions, mais nous sommes humains, les premières informations que nous recevons d'une personne nous viennent forcément de ce que l'on voit, qu'on le veuille ou non. Ensuite libre à chacun de s'en tenir à ce qu'il croit avoir vu ou non. Enfaîte, je me suis vite rendu compte que tout n'était qu'une question de croyance : je crois, je pense, je sais, je vois, etc... Tout un tas de croyance que tout le monde croit détenir et parfois, il est bon de faire croire aux autres que nous partageons les leurs. Ce soir, je me contenterai d'affirmer les miennes, rien d'extravagant, j'optais pour un jean noir près du corps et un débardeur blanc. Je n'avais jamais été férue de mode. Pour moi les vêtements ne servaient qu'à nous couvrir, mais histoire de donner le change, je demandais toujours à mes soumises d'être très féminine. Je jetais un dernier coup d'œil au miroir, remettais mes cheveux courts en place d'un coup de main et inspectais l'état de mon mascara, avant de descendre au bar.
La soirée battit son plein jusqu'à 5 heures sans interruption. Je ne vis pas Tim, je me doutais qu'il dût être occupé ailleurs, alors que j'enchaînais les verres. Il réapparut vers 5h30, accompagné.
Rose apparut dans mon champ de vision alors que je servais un client, elle resta en retrait à regarder ailleurs alors que Tim venait vers moi.
- Je suis désolé, nous sommes un peu en retard.
- Laisse-moi deviner tu as eu du mal à la faire venir ?
Je jetais de nouveau un œil vers Rose qui n'avait pas bougée.
- Tu peux lui dire que je ne mange personne.
Je sortais deux verres dans lesquels je mis un alcool léger et sortais de derrière le bar en les emportant avec moi.
- Je vais discuter avec elle.
- Si tu as besoin de quoi que se soit n'hésite pas hein.
- Tout va bien se passer Tim ne t'inquiète pas, rapporte nous juste une bouteille un peu plus tard.
- Très bien, ça marche.
Jusqu'à ce que je m'approche d'elle, Rose ne jeta pas un regard vers moi.
- Rose ?
Elle se tourna et ses magnifiques yeux verts se posèrent sur moi.
- Allons nous asseoir.
Je partis à la recherche d'un coin calme, et me dirigeais vers le fond du bar, sans même vérifier si elle me suivait. Je déposais les verres sur la table et m'assis face à elle. Elle était fermée comme une huître, j'en venais à me demander ce que je faisais là, sans même qu'elle ai ouvert la bouche. Je m'attardais rapidement sur son visage. La photo n'avait pas menti, elle était jolie, même très jolie.
- Est-ce que Tim t'aurait forcé la main ?
Elle sortit enfin de son mutisme.
- Non, pas du tout. Je suis désolée, je suis assez intimidée.
- Il ne faut pas. Tu peux déjà me parler un peu de toi et boire un peu, ça va t'aider à te détendre.
Elle n'hésita pas à porter son verre à sa bouche. Celle-ci me parut d'ailleurs très délicate et fine.
- Ça fait un moment que je travaille pour Tim et je ne t'ai jamais vu dans le coin, pourtant, il m'a dit que vous étiez proche.
- Oui, je ne sors pas beaucoup. Surtout pas dans ce genre d'endroits ça tuerait ma pauvre mère. Littéralement.
- Oui, Tim m'a dit qu'elle était un peu ...
- Autoritaire ? Incorruptible ? Archaïque ?
- Il ne m'en a pas dit autant, mais quelque chose comme ça oui.
Je lui souris en buvant à mon tour.
- Tim a dut t'enlever alors ?
- Franchement ? Vous n'aimeriez pas savoir.
Elle essayait de cacher son sourire, tant elle s'appliquait à ne pas me regarder dans les yeux.
- Je peux vous vouvoyer ?
- La plupart du temps, les gens demandent l'inverse.
- Oh, je suis désolée vous préférez que je demande à vous tutoyer ?
- À vrai dire, pour le moment, je veux juste que tu sois à l'aise. Nous sommes deux personnes polies qui discutons ensemble.
Je vis à sa manière de gigoter sur sa chaise qu'elle semblait étonnée.
- Je ne m'attendais pas à ça.
- Tu pensais que je te ferais passer un test ou un truc dans le genre ?
- Hum, je ne sais pas trop, oui sans doute.
- Alors je devrais sans doute m'excuser parce que je n'ai rien préparé de ce genre.
Elle m'adressa un sourire franc et doux. Je la surpris à me regarder, mais elle se détourna aussi tôt.
- Tu fais des études ?
- Oui, je suis en master 2 de mathématiques appliqué.
- et tu veux faire quoi avec tous ces chiffres ?
- Moi rien de spécial, mais hum, mes parents veulent que je devienne ingénieure pour reprendre l'entreprise de mon père. Après ma licence MPCI, j'étais censée rentrer dans une école d'ingénieur, mais j'ai réussi à reculer l'échéance en enchaînant sur un master.
- Je suppose que tu as une date limite pour tes frivolités ?
Elle vida son verre en hochant la tête.
- Oui la fin de l'année.
- Et c'est ce que tu veux?
- Je ne veux pas être ingénieur, mais je ne sais pas trop ce que je pourrais faire d'autre alors, je suppose que je serais ingénieure.
- Il y a tout un tas d'autre choses que tu pourrais faire, c'est dommage de ne pas penser à toutes les options que tu pourrais avoir.
Elle sembla se tasser sur elle-même comme prise en faute. Je comprenais un peu plus, en discutant avec elle, ce qu'avait voulu dire Tim.
- Et vous ?
- Je travaille et mets de l'argent de côté pour réaliser un projet.
- Ah oui ? Et quel est votre projet ?
- Je voudrais ouvrir un bar, salon BDSM.
- Oh, c'est super comme projet.
Malgré son enthousiasme, je ne loupais rien de ses joues qui rougissaient à vue d'œil.
- Oui, j'espère pouvoir le réaliser bientôt.
- C'est pour ce projet que vous allez cesser de travailler avec Tim ?
- Je vois qu'il est venu se plaindre auprès de toi.
Rose baissa immédiatement la tête, encore plus bas qu'elle ne l'était déjà, comme si elle avait été prise en faute.
- Ne t'inquiète pas, je sais qu'il a du mal à trouver quelqu'un pour me remplacer, mais je ne doute pas qu'il va finir par trouver la personne qu'il lui faut.
- J'en suis certaine aussi.
Elle vida le reste de son verre d'une traite, comme pour s'empêcher de raconter à nouveaux des bêtises.
- Parlons de choses plus agréables. Y a-t-il des choses que tu aimes faire ?
- Vous voulez dire des hobbies ? Oui, j'aime beaucoup l'astrologie. Vous êtes Scorpion ?
- Oui, c'est exact. Pas mal du tout, tu as deviné ça rien qu'au cours de la conversation que l'on vient d'avoir ?
- Oui et non, j'ai analysé votre posture et la manière dont je me sentais en votre présence.
- Je vois. Et comment te sens tu en ma présence ?
Je lui forçais à lever la tête en plaçant mon doigt sous son menton. Ses yeux d'émeraude, plus brillants par l'alcool et rehaussés par la rougeur de ses joues me bouleversèrent. Elle se racla la gorge et n'osa pas bouger, à peine respirer.
- Avec les Scorpion je me sens toujours un peu, petite, c'est difficile de savoir ce qu'ils pensent
- Ce n'est pas quelque chose de négatif, j'espère ?
- Non, bien sûr que non, c'est simplement assez hum renversant.
Sa voix n'était plus qu'un souffle. Je la relâchais et nous resservais. J'aimais son honnêteté avec ce qu'elle ressentait même si je savais que je le devais en partie à l'alcool.
- Et toi quel est ton signe ?
- Je suis Cancer, je vous laisse le soin de faire des recherches.
Elle se montrait espiègle. J'en fus surprise tant je ne m'y attendais pas. Je lui souris franchement avant de lui répondre.
- Je m'y engage. Ça risque d'être très intéressant.
Elle me sourit à son tour.
- Le BDSM fait partie de vos passions ?
- Tu doutes bien. Comment une jeune fille de si bonne famille a telle découvert ce milieu ?
- Je l'ai découvert un peu par hasard. Je me suis rendu compte que je n'avais pas envie des mêmes choses que tout le monde. Une nuit, j'ai fait un rêve, qui m'a beaucoup donné envie.
- Excitée. C'est ça le mot Rose.
Elle reprit son air gêné et mal à l'aise.
- Oui, excusez-moi.
- De quoi as-tu rêvé ce soir-là ?
Il y avait toujours ce moment, de prise en compte de la situation, et cela, même si un peu alcoolisé, elle semblait plus à l'aise. Il y avait ce retour à la réalité. Qui les remettaient à leur place. La bataille même mineure qui se jouait en ce moment dans sa tête. Qui signifiait le premier pas de quelque chose d'autre.
Elle commença son récit maladroitement.
- Je rentrais chez moi, lorsque je remarquais qu'un camion me suivait, je me suis retrouvée pliée en deux, les poignets attachés dans le dos. J'avais la tête coincée dans une sorte de guillotine en bois, sans la lame bien sûr, nue, les chevilles attachées à une boucle de chaque côté. Il y avait plusieurs femmes, je me souviens de deux en particulier, elles portaient toutes un gode ceinture. L'une d'entre elle me forçait à la prendre entièrement dans ma bouche, jusqu'à ce que je m'étouffe et la deuxième, me prenait par derrière et j'étais complètement à leur merci, je ne faisais que subir tout ce qui se passait.
Rose regarda ailleurs, honteuse. Je me délectais de cette vision. J'adorais rendre mes soumises mal à l'aise, les humilier, les sentir se liquéfier et bouillir de l'intérieur, sans qu'elles puissent échapper à mon regard.
- As-tu aimé Rose ? Est-ce que ça t'a excité ?
Elle était intelligente, elle savait ce que je voulais.
- Oui, ça m'a excité.
- On prendra le temps de reparler de tout ça plus tard.
- Ça veut dire que vous voulez bien de moi ?
On va commencer par prendre rendez-vous pour parler de ce que l'on attend toutes les deux de cette relation, et de nos envies, je viendrais avec un premier contrat qui t'expliquera qu'elles sont les choses sur lesquelles j'aimerais travailler avec toi durant la première semaine. On le regardera ensemble et si tu as des questions, ce sera le moment de les poser. Et ensuite, si on est en accord, on pourra commencer. Est-ce que ça te semble clair Rose ?
- Oui, c'est très clair.
- Très bien quand es-tu disponible ? Je me doute que se sera compliqué avec tes parents ?
- Je peux peut-être m'arranger, je vais essayer, enfin, je vais le faire.
- Je ne veux pas que ça crée des problèmes avec tes parents.
- Cela n'en créera pas, je ferais en sorte.
Alors que je finissais mon verre, je vis Tim venir vers nous avec une bouteille dans les mains, comme je le lui avais demandé une heure avant.
- Je suis venu vous apporter ça. Cadeau de la maison.
Il déposa la bouteille sur le centre de la table, avant de regarder en direction de Rose, qui lui sourit, les joues rouges. Je remerciais Tim d'un mouvement de tête. Il disparut quelques minutes plus tard au fond du bar.
Je sortais mon téléphone de ma poche et le glissais vers Rose.
- Je veux que tu notes ton numéro dans mes contacts.
- Oh oui bien sûr. Je me demandais si, demain, vous étiez disponible ?
- Non, je ne serai pas disponible, par contre lundi, je peux me libérer.
Elle me rendit mon téléphone.
- Je finis à 14 h 45 le lundi si vous voulez ?
- Très bien, je t'enverrais des instructions par SMS.
- Je les attendrais.
Rose voulu jeter un coup d'œil discret à sa montre pour regarder l'heure, mais c'était sans compter sur mon sens de l'observation.
- Tu as la permission de minuit ?
Elle se tortilla sur sa chaise.
- Je ne veux pas vous manquer de respect, mais je vais devoir rentrer.
- Pas de soucis ne t'inquiète pas, je comprends. Je te l'ai dit la dernière chose que je veux, c'est que ça devienne compliqué avec tes parents.
- Je vous remercie.
- Comment est-ce que tu rentres ?
- Tim va me ramener.
Je l'invitais à se lever, pour l'accompagner jusqu'à Tim. J'avais aimé discuter avec elle. Tim m'avait parlé d'une jeune femme très réservée, mais l'alcool m'avait aidé à l'a délié un peu et ce que j'en avais appris m'avait plu. Il était sûr et certain qu'il faudrait obligatoirement travailler sa confiance en elle, mais avec un peu d'assurance et d'engagement, j'étais certaine qu'elle deviendrais une novice qui me conviendrait parfaitement.
Nous retrouvons Tim en train de fermer la caisse. Je ne m'étais pas rendu compte que le bar, s'était complètement vidé.
- Tim ? Il est l'heure pour Cendrillon d'y aller.
Il arrêta ce qu'il était en train de faire, pour ramasser ses affaires et se rapprocher de Rose.
- Très bien. Tu as tout ce qu'il te faut Rosi ?
Elle hocha la tête et pivota vers moi comme attendant une autorisation.
- Je suis ravie de t'avoir rencontrée Rose. N'oublie pas ce dont on a parlé.
Elle baissa les yeux, rendue mal à l'aise par la présence de Tim. Elle noua ses mains, et commença à triturer ses doigts. Je me délectais de cette vision. Il y eut un silence que Tim voulu réduire en voyant le malaise de sa meilleure amie. Il lui indiqua la porte du bar, comme pour la sortir d'une mauvaise passe, mais j'en décidais autrement.
- Rose ?
- Oui ?
- Tu n'allais pas partir sans me répondre ?
- Je...
Je la coupais avant qu'elle ne finisse sa phrase.
Bien-sûr que non tu ne l'aurais pas fait.
Je n'avais jamais ressenti cette sensation. Ce malaise. Ce feu qui me dévorait de l'intérieur. Et j'étais certaine qu'il devait déjà être en train de brûler mon visage.
- Je suis ravie de vous avoir rencontrée aussi. Je n'oublierais pas ce dont on a parlé.
J'aurais aimé disparaître. Mais apparemment ce n'était pas possible et vue la manière dont Elle aimait me rendre mal à l'aise je n'étais pas prête d'y échapper.
- Bonne soirée à vous.
- Bonne nuit Rose.
Elle disparut derrière un couloir et ce fut comme si l'air revenait dans mes poumons. Je sentis le bras de Tim m'entourer les épaules, je me collais à lui.
- Tout va bien, Rosie ?
- Oui oui, juste un peu fatiguée.
- Très bien, allez viens, je te ramène.
Jusqu'à ce que Tim me dépose, je me sentis sonnée. Comme ailleurs. Mon meilleur ami dut le remarquer parce qu'il ne chercha pas à savoir ce qu'il s'était passé. C'était un trait de personnalité que j'adorais chez Tim. Il ne s'imposait jamais.
- Merci beaucoup d'avoir fait taxi ce soir.
- Tu n'as pas besoin de me remercier Rosie. Je sais que tu as sûrement besoin de digérer tout ça, mais tu sais que je suis là.
- Je n'arrive pas à mettre de mots sur ce que je ressens ni sur ce qui s’est passé.
C'est très difficile pour moi de mettre des mots sur ce que je ressens. C'est compliqué d'apprendre à s'exprimer avec une mère qui dirige constamment votre vie.
- Prends le temps qu'il te faut. Mais j'espère au moins que c'était positif ?
- Elle a, hum, beaucoup de charisme.
Tim se mit à rire aux éclats. Son rire était communicatif.
- Je te reconnais bien là ma Rosi.
- Je devrais sûrement rentrer.
- Oui, va te reposer.
Je descendis de la voiture de Tim pour me rendre dans la maison qui m'était réservée. Étant l'aînée de la famille, je disposais d'une sorte de petit appartement dans une aile de maison qui me permettait de disposer de l'indépendance dont j'avais besoin, mais qui faisait en sorte que ma mère puisse quand même garder un œil sur moi. Je me fis couler un bain en me repassant la soirée en boucle dans ma tête. Il était 7 heures lorsque je rentrais dans l'eau fumante, nous étions dimanche, je savais que je ne serais pas dérangée. J'avais la journée pour être en paix et me reposer. À vrai dire, j'étais terrorisée. J'avais peur de réfléchir à ce que tout cela pouvait engendrer. À ce qui se passerait si un jour ma famille le découvrait. Je ne voulais prendre aucune décision, mais en même temps, je savais que personne ne la prendrait pour moi. Est-ce que j'étais prête à réellement le faire ? Ou était-ce juste une simple lubie qui me travaillait ? Comme ce genre d'idée qui vous donne très envie et qui vous trotte dans la tête jusqu'à ce qu'une meilleure idée en prenne la place. Je n'avais que mes fantasmes et mes envies de petite bourge trop coincée. Il était fort possible aussi que les informations que j'ai trouvées par-ci par-là sur Internet n'aient rien avoir avec la réalité du milieu. J'ai 23 ans et je ne sais pas ce que je veux, ce que je veux devenir, qui je suis et qui je veux devenir. Tout ce que je sais, c'est que voir d'autres femmes se faire dominer m'excite et que je m'imagine à leur place. Mais j'ai peur et je me demande si briser le cocon que mes parents ont créé pour moi est une bonne idée. Si mes fantasmes pervers en valent la peine. Parfois, je me dis aussi que c'est une question de liberté. Libre de choisir le genre de vie que je veux mener. Mais parfois aussi, je me dis que c'est un choix égoïste, surtout lorsque je pense à mes parents. Encore faudrait-il que je sache quel genre de vie je veux mener. L'eau commençait à se refroidir lorsque je sortis de mon bain pour aller me coucher. Je jetais un œil à mes messages, mais ne voyant rien s'afficher je décidais de mettre mon téléphone sur silencieux, angoissée à l'idée de recevoir un message d'Elle.
J'ouvris les yeux sur la lumière éclatante qui passait à travers les rideaux de ma chambre. Jusqu'à ce qu'un mal de crâne me rappelle mes péripéties de la veille. Une boule d'angoisse se format dans mon estomac. Je me roulais en boule dans mes couvertures, bien décidée à rester planqué là toute la journée, mais ma maudite vessie en décida autrement.
En revenant des toilettes, j'ouvris en grand mes rideaux pour tomber nez à nez avec le magnifique soleil qui brillait très haut dans le ciel. C'était une belle journée, mais je n'avais rien de spécial de prévu aujourd'hui. Je me jetais sur mon lit et attrapais mon ordinateur. Je ne voulais pas arriver comme une petite inconsciente devant Elle. Je ne voulais pas donner l'impression d'une idiote qui n'est là que pour asservir des désirs utopiques. Et qui rêve éveillée.
Au début de mes recherches je ne connaissais que l'existence des soumises, et le perpétuel débat de la différence entre, elles et les esclaves était devenu une vraie source de réflexion pour moi. Sans même n'avoir jamais été la soumise de qui que ce soit, être esclave m'excitait davantage et me donnait le sentiment de m'y sentir plus à ma place. Mais qu'est-ce que j'en savais ? Je prenais une feuille pour y noter les informations qui étaient susceptibles de m'aider pour le rendez-vous avec Elle. De ce que j'avais retenu de mes recherches, une soumise avait le choix-là où une esclave n'en avait aucun, il était alors possible pour une soumise de discuter de certaines décisions et de ses envies avec son Dom alors que l'esclave n'était là que pour servir le Maître et prenait son plaisir à travers sa servitude. Je me surpris à jeter des coups d'œil vers mon téléphone. Je savais que j'allais finir par craquer. Quand je sus que malgré tout mes efforts pour l'ignorer, ma tête continuerait à me faire souffrir, je décidais d'avaler un comprimé avant de continuer mes recherches. Je tombais sur un contrat type ou y étais indiquée les clauses communes, les droits et obligations de la Maîtresse, les droits et obligations de la soumise, ce qu'impose ce contrat, les mots de sécurités et les punitions. Puisque ce genre de contrat dépendait beaucoup de la relation qu'entretenait les deux parties, il était rare qu'un contrat puisse en ressembler à un autre. Mais ils avaient tout de même quelques similitudes. Je décidais de me concentrer sur les différentes catégories de pratiques, pour lister celles qui me semblaient inenvisageables. N'ayant jamais rien fait je ne pouvais qu'imaginer les choses, mais je ne pouvais pas arriver devant Elle les mains vides. Tout ce qui était en rapport avec le sang me paraissait impossible, mais je savais très bien que si jamais je devenais une esclave il était possible qu'Elle m'y soumette à un moment qui lui paraîtra opportun, si jamais il s'agissait d'une des choses qu'Elle aimait faire. Je ne voulais pas non plus être partagée, ou donnée mais si c'était ce qu'Elle décidait, je n'y pourrais rien non plus. Mes recherches étaient vaines. Je refermais l'ordinateur, que je bazardais au pied de mon lit.
Je craquais seulement une heure après. Un numéro inconnu apparaissait dans mes discussions, j'ouvris la conversation pour découvrir un message d'Elle :
« Bonjour Rose. J'espère que tu es bien rentrée. Je veux que pour demain, tu prépares une liste de questions et une autre liste de pratiques que tu aimerais essayer. Retrouvons-nous au bar à 15 h 30. J'espère te voir demain. »
Pas de signature, c'était concis et direct, comme si Elle s'attendait à être obéie sans discussion.
Je vis également que Tim avait déjà essayé de me joindre deux fois, je le rappelais sans attendre.
- Huy ma Rosi, comment tu vas ?
- Je suis désolée d'avoir loupé tes appels.
- Rosi...
Je l'entendis soupirer de l'autre côté du téléphone.
- Tu sais que tu peux me parler, qu'est ce qui se passe ?
- Je ...
Les mots étaient comme coincés dans ma gorge. Je me sentais ridicule. Je n'étais pas très douée pour prendre des décisions déjà dans ma vie de tous les jours. Je me considérais plus comme une empotée.
- Je ne sais pas quoi faire Tom.
- Tu flippes ?
- Oui. J'angoisse. Je ne vais pas y arriver. Je suis déjà en train de chercher une solution pour tout annuler.
- Tu ne vas pas faire ça Rosi. Tu vas prendre ton courage à deux mains et y aller.
- Et si je n'y arrive pas ?
- Il n'y a pas de raison. Je veux dire, elle sait ce qu'elle fait, elle te guidera, ne te laisse pas bouffer par tes angoisses.
- Et si ça devient sérieux, tu sais comment est ma mère, ça va devenir l'enfer.
- Tu ne seras pas toute seule. Il faut que tu vives ta vie, laisse-toi une chance. Allez ma Rosi, essaye, tu n'as rien à perdre à aller à ce rendez-vous, au pire si ça ne te convient pas, tu pourras toujours le lui dire et tout arrêter.
- Tu as raison, je ne risque rien à aller au rendez-vous de demain.
- Exactement, et si jamais quelque chose ne va pas, tu sais que tu peux me joindre à n'importe quel moment.
- Oui, je sais Timi merci d'être là.
Après qu'il eût raccroché, je restais encore quelques secondes avec le téléphone collé à l'oreille en train de réfléchir à la conversation. Si Tim lui faisait confiance, je le pouvais également. Je savais qu'il était grand temps que je prenne ma vie en main. La boule au ventre, j'entreprenais de faire les deux listes qu'Elle m'avait demandées. La liste de questions fut plus simple à réaliser que la seconde et je mis un certain temps avant d'être tout à fait convaincue.
Je passais le reste de la journée à me reposer et à manger, essayant tant bien que mal de ne pas penser à Elle. Jetant un rapide coup d'œil à mes dossiers pour le lendemain.
Mon dernier cours de la journée me parut durer une éternité, j'avais les mains moites et la gorge sèche. Mes amis me trouvaient bizarre et je ne pouvais pas leur en vouloir, j'écoutais à peine ce qui se disait et prenais mes notes machinalement, sans faire attention à ce qui se passait autour de moi. Après avoir rendu mon dossier et quitté l'université, je ne me voyais pas rentrer chez moi et il était encore beaucoup trop tôt pour que je me rende au lieu de rendez-vous. Je décidais donc de me rendre à la bibliothèque, c'était un lieu qui me permettait de me détendre et je savais que, plongée dans mes bouquins, je ne risquais pas de me mettre à ruminer et à changer d'avis à la dernière minute.
À 15 h 20, j'étais à la porte du bar, ou Timi m'attendait pour m'ouvrir. Il me prit dans ses bras et me serra à m'en étouffer.
- Pas si fort s'pèce d'ours.
Il rit à ma boutade.
- Je suis tellement fière de toi.
- Ne parle pas trop vite, tu sais à quel point je suis gaffeuse quand je suis angoissée.
- Ne t'inquiète pas tout ira bien. Tu fais un petit verre pour te détendre ?
- Non. Surtout pas. Je ne voudrais pas déjà avoir fait une bêtise avant même d'avoir commencé.
- D'accord, je comprends. Allez, viens-je vous ai trouvé une table discrète.
Je suivais Tim au fond du bar. Une seule table était installée au milieu de la pièce, un rideau noir épais la séparait du reste du bar et des lumières tamisées donnaient à l'espace une ambiance très intimiste. Au moins, je n'avais pas le risque de m'humilier devant d'autres personnes.
- Je viens souvent ici quand j'ai des rendez-vous importants.
- Merci. J'ai l'air bien ?
