Rubis sur l'ongle - Fortuné du Boisgobey - E-Book

Rubis sur l'ongle E-Book

Fortuné du Boisgobey

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Beschreibung

Au coeur d'une société mondaine hypocrite et vénale, le jeune Robert, en proie au Démon du Jeu, tombe rapidement dans le piège tendu par un usurier dénommé «Rubis sur l’ongle». Dans une atmosphère sombre et inquiétante, l’auteur nous livre une intrigue haletante au sein de laquelle se mêlent usurpation d’identité, escroquerie et séduction.

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Veröffentlichungsjahr: 2016

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Contenu

copyright

Rubis sur l’Ongle

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

ÉPILOGUE

Également disponible

copyright

Copyright © 2016 par FV Éditions

Photographie utilisée pour la couverture : Pixabay.com

ISBN 979-10-299-0307-6

Tous droits réservés

Rubis sur l’Ongle

par

Fortuné du Boisgobey

1821-1891

I

C’est l’hiver, l’affreux hiver de Paris, la saison maudite où le ciel fond en eau sur les pauvres diables qui pataugent dans la boue, faute d’argent pour prendre un fiacre.

Il fait nuit et la pluie, chassée par des rafales de l’ouest, fouette au visage les passants qui cheminent à contre-vent sur les larges trottoirs su boulevard Montmartre.

Ceux-là se font des boucliers avec leurs parapluies ; ceux qui viennent en sens inverse se servent des leurs pour se garantir par derrière, et, comme les uns et les autres avancent en courbant la tête sous l’averse, il se produit des abordages.

— Faites donc attention ! vous avez failli m’éborgner.

— Que le diable vous emporte ! vous avez écrasé mon chapeau… un chapeau tout neuf !

Après avoir échangé des aménités, les deux heurtés relevèrent leurs parapluies et se reconnurent à la clarté d’un bec de gaz.

— Comment !… c’est toi !… s’écrièrent-ils en même temps.

Ils étaient jeunes tous les deux, mais ils ne se ressemblaient pas du tout.

Celui qui arrivait du côté de la Madeleine était grand, mince, brun et remarquablement joli garçon. L’autre, qui venait du côté de la Bastille, avait les épaules larges, un commencement d’embonpoint, des cheveux d’un blond ardent, une barbe rousse en éventail et une figure, non pas laide, mais insignifiante, ce qui est bien pis.

Le plus âgé des deux n’avait certainement pas vingt-cinq ans.

— En voilà un hasard ! s’écria le brun. Sais-tu, mon chez Gustave, que nous ne nous sommes pas revus depuis le temps où nous faisions notre volontariat au 24e dragons, à Dinan ?

— En 79, mon vieux Robert. Six ans, ça compte dans la vie et je suis ravi de te retrouver. Mais si nous restons sur l’asphalte, nous serons trempés jusqu’aux os. Entrons dans le passage pour causer un brin.

— Je ne demande pas mieux.

Ils eurent quelque peine à se glisser dans la galerie des Panoramas ; tout encombrée de gens qui s’y étaient réfugiés pour s’abriter ; mais, en s’éloignant de l’entrée, ils purent marcher côte à côte et reprendre l’entretien ébauché sur le boulevard.

— Qu’est-ce que tu fais, toi ? demanda le gros Gustave en regardant à la dérobée son ancien camarade, comme s’il eût voulu s’assurer que la tenue de ce garçon ne sentait pas la misère. Es-tu content de l’existence ?

— Très content, cher ami. Je suis le secrétaire particulier de Lafitte.

— Le banquier de la rue d’Enghien ? Bonne maison.

— Excellente. Et j’y suis comme chez moi. Mon père était très lié avec le patron qui me traite en enfant gâté.

— Trois cent francs par mois, hein ?

— Cinq cents et j’espère avoir bientôt une part d’intérêt dans les affaires. Et toi, Gustave ?… où en es-tu ?

— Oh ! moi, je travaille à la Bourse et je ne m’en plains pas.

— Tu es chez un agent de change ?

— Pas si bête. J’opère pour mon compte.

— Tu as donc des capitaux ?

— Oui, mon cher. Tu me demandes ça parce que, là-bas, au régiment, je ne roulais pas sur l’or. La vérité est que je ne suis pas né millionnaire. Ma mère s’était saignée aux quatre veines pour verser dans la caisse du gouvernement quinze cents balles, à la seule fin de m’éviter les trois ans de service obligatoire. La pauvre femme est morte en ne me laissant que des dettes à payer. Elle était veuve et je n’ai jamais connu mon père. Ma situation n’était donc pas brillante, mais je me suis tiré d’affaire tout de même.

— Je t’en félicite. Moi, à ta place, j’aurais été bien embarrassé. Comment donc as-tu fait ?

— J’avais naturellement l’esprit tourné à la spéculation. À Paris, il ne faut qu’une bonne idée pour trouver le chemin de la fortune, et j’en ai à revendre des idées. Je ne suis pas encore riche, mais je le serai tôt ou tard… et, en attendant, je vis très largement. Il est vrai que j’ai eu de la chance. Un gros capitaliste m’a pris en amitié et m’a intéressé dans ses affaires. Et comme j’ai la main heureuse, je gagne déjà beaucoup d’argent. Si tu as des fonds à placer, tu n’as qu’à t’adresser à moi. Je me chargerai volontiers de les faire valoir et tu t’en trouveras bien.

— Malheureusement, je n’en ai pas.

— Je croyais que tes parents étaient très riches.

— Quatre à cinq cent mille francs en terres, dans le département d’Ille-et-Vilaine, c’est tout ce que mon père a laissé en mourant. Ma mère, qui habite Rennes, touche la moitié du revenu. Moi, j’ai bien assez avec l’autre moitié du revenu. Moi, j’ai bien assez avec l’autre moitié et avec mes appointements chez Lafitte.

Lesen Sie weiter in der vollständigen Ausgabe!

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