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La rupture arrive au bon moment pour l'un.e, au mauvais pour l'autre. La rupture révèle les profonds malaises qui occupent notre existence. Comment conjuguer cet événement avec son identité personnelle ? La rupture dévoile, à la fois, les facettes de la personnalité aussi bien qu'elle rappelle les psycatrices de l'enfance. La séparation bonifie-t-elle ou démolit-elle ?
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Seitenzahl: 72
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Chapitre 1 : La naissance
Chapitre 2 : La version médicale
Chapitre 3 : la prématurité
Chapitre 4 : Le couple
Chapitre 5 : l’infidélité
Chapitre 6 : la relation toxique
Chapitre 7 : La rupture
Chapitre 8 : la dépendance affective
Chapitre 9 : le deuil
Chapitre 10 : l’amour passé
Leur deuxième fille est née, au bord de la mort. Au bout de sept mois de grossesse, la lumière l’a touchée prématurément. On dit que la naissance est une petite mort pour évoquer ce que vit l’enfant quand il sort du ventre de sa mère. Cette naissance inattendue a failli être fatale.
La voiture roule sur les pavés rebondissants de la rue qui mènent aux urgences. Le jour où Myriam dépose Mathilde à l’hôpital. Au milieu de l’été.
La douleur ricoche dans le ventre de la femme enceinte à chaque pavé dépassé.
Sans inquiétude, Myriam se présente à l'entrée des urgences après avoir garé la voiture. Il y a trois jours, le couple a eu le bonheur d’entendre le coeur de la petite créature battre avec vitalité. Le gynécologue qui suivait la grossesse de Mathilde a affirmé que tout allait parfaitement.
Pourtant, ce matin, Mathilde se réveille avec des douleurs abdominales insistantes. S’agit-il de contractions ?
Normalement, les contractions annoncent le début du travail d’accouchement. Cela ne peut pas être le cas, il s’agit du septième mois de grossesse. Et puis, Myriam se rappelle que lors de sa grossesse, elle calculait la fréquence à laquelle revenait les contractions pour savoir s’il s’agissait du travail. Or, Mathilde sent son ventre dur en permanence. Une épine continue, persistante. Depuis quatre heures du matin jusqu’à neuf heures. Mathilde tait sa douleur et son inquiétude. Jusqu’à ce que ce soit intenable. Le SAMU répond à leur appel. Selon eux, pas de souci à se faire. Le plus probable serait qu’il s’agit de simples problèmes intestinaux. Une indigestion passagère !
Le temps passe. La douleur reste.
Mathilde immobile sur le lit. Elle demande de l’aide pour aller aux urgences. A onze heures, Myriam la laisse aux urgences obstétriques.
Le ventre de la jeune maman reste tendu en permanence. La sage-femme qui l’accueille n’hésite pas une seconde en lui tâtant le ventre. Le temps est compté.
« Tout va se passer très vite maintenant ! » déclare la sage-femme.
Après avoir garé la voiture sur le parking, Myriam monte aux urgences retrouver sa compagne, de qui elle n’a pas eu de nouvelle. Elle ne répond pas au téléphone. Impossible même de savoir où la rejoindre. Aucun message.
Au fur et mesure que les marches la rapprochent de la maternité, l’anxiété augmente.
A la vue de la première blouse blanche croisée, Myriam demande où trouver son amie. Sans trop de précipitation, cette personne se tourne vers son bureau pour chercher. Puis, après un coup de fil nonchalant, elle prend conscience de l’urgence et décide de l’accompagner jusqu’au chemin du secrétariat des salles d’accouchement.
Myriam ne reconnait pas cet endroit où elle-même avait accouché deux ans auparavant. Ce méandre de couloirs ne lui inspire que désordre et désarroi. En entrant dans une étroite chambre, elle retrouve Mathilde, allongée sur le côté sur un brancard, les larmes aux yeux.
« On va m’emmener tout de suite pour une césarienne pour sortir le bébé… » annonce Mathilde, en s'étouffant dans un sanglot.
Juste avant d’entrer dans la pièce, Myriam a entendu une infirmière dire au téléphone :
« Bloc opératoire en urgences pour une césarienne ».
Cela est-il réel ? L’équipe médicale doit se tromper de personne. Tout va bien.
Enfin, tout allait au mieux juste avant d’aller mal.
Et tout le personnel autour est en alerte.
Est-elle arrivée trop tard ? Comme si son arrivée avait une influence sur la réalité. Elle ne comprend rien. Elle débarque comme un intrus encombrant.
Ses pieds, cloués au sol, font un pas en arrière. Le brancard sorti subitement la pousse contre le mur. Elle est abasourdie. Aucun mot sensé ne sort de sa bouche. Elle n’arrive même pas à formuler :
« Que se passe-t-il ? Je ne comprends pas ! ».
Un regard s’échange entre elle et Mathilde tandis que le brancard s’éloigne à toute allure vers le bloc. Un regard inoubliable. Le même regard qui a noué leurs existences, fondé leur amour. Ce regard silencieux qui ponctue les vies.
Brusquement, Myriam prend son destin en main en saisissant celle de sa compagne. Elle veut lui donner du courage et la rassurer en affirmant :
« Tout ira bien ! ».
La main de Mathilde s’échappe déjà, emportée vers le bloc. Un corps abasourdi reste âprement repoussé derrière une double porte battante, à l’abandon de l’autre côté du fameux bloc.
Des minutes éternelles s’écoulent avant qu’une infirmière vienne chercher Myriam.
“ Elle vous réclame auprès d’elle ” annonce-t-elle, en la prenant par la main.
Le lien entre ces deux personnes n’avait pas semblé évident aux yeux de l’équipe médicale. L’infirmière montre du doigt un vestiaire pour se changer. Blouse, sur-chaussures, masque et bonnet dans le but de passer l’autre côté.
Deux autres femmes sont dans le vestiaire. Elles s’habillent à la hâte avant d’entrer dans la salle d’opération.
Comme dans les films, la panique se fait sentir plus que tout. Une question de vie ou de mort amène la précipitation et la précision dans chaque geste.
L’autre côté, l’inconnu terrifiant. L’une de ces deux femmes demande :
« Vous êtes sûre que ça va aller si vous entrez ? »
Question supposant le pire. Myriam se questionne elle-même. Est-ce supportable de voir le ventre béant de la personne qu'on aime ? Faire éventuellement face à la mort d'un bébé attendu depuis bien plus que 7 mois ?
Méticuleusement, Myriam s’habille de courage. Cet accoutrement d’urgentiste lui sert d’armure contre les émotions.
Elle entre dans la salle d'opération. Elle voit, d’abord, le ventre à nu, strié d’une longue incision en largeur, de laquelle coule abondamment du sang.
Une voix lui parvient de l’autre bout de la pièce. Un homme assis sur un tabouret en hauteur l’appelle. Il lui ordonne de venir jusqu’à lui, en longeant le mur sur le côté, le plus loin possible du corps sur le brancard. Le fond de la pièce est bardé d’appareils qui clignotent et bipent en même temps.
Ce monsieur est l’infirmier-anesthésiste.
Il se trouve juste au-dessus de la tête de Mathilde. Il indique un autre tabouret sur lequel s’asseoir. Myriam obéit. Elle se place à droite du visage de Mathilde.
L’infirmier, au-dessus des cheveux, se penche vers Mathilde. Puis, il se tourne vers son équipe. Il effectue successivement ces mouvements de regard, entrant en contact avec l’un et l’autre. Un rideau fixé avec des pinces se lève du thorax de la personne opérée jusqu’à 50 cm plus haut, de telle sorte que depuis leur position, rien ne puisse se voir de l’opération en cours un peu plus bas.
Mathilde demande à sa conjointe de lui prendre la main. Malgré le bruit environnant, un silence sourd résonne.
La tragédie est mise en scène théatrâlement.
La main est gelée. Les bras en croix.
Mathilde sent un fort désagrément remontant par l’oesophage. La nausée comme une vague de marée montante.
Où s’arrêtera le fil blanc de son écume ?
Malgré ce malaise constant, son visage semble placide. Pratiquement normal.
Sa tête pivote de gauche à droite comme un élément indépendant du reste du corps. Sa bouche s’entrouvre pour parler calmement. Ses mots ne parviennent pas à être compris.
Un mouvement subit la tire vers le bas.
Elle dit juste :
« Aïe »
« Vous ne l’avez pas entendu ? »
Silence.
« Elle a poussé un petit cri. »
« Mais qui ? »
« Votre bébé est parti en réanimation. »
« Quand pourrons-nous savoir si elle vit ? »
Cette secousse a-t-elle donné lieu à une naissance ? Les médecins avaient tiré le bébé de leurs mains hors du ventre.
L’anesthésiste sort et revient pour annoncer que l'enfant respire.
Soupir de soulagement. Les deux jeunes mamans aussi respirent et se sentent vivantes. Enveloppées dans une bulle.
Un rayon de lumière égaye leurs yeux.
Myriam se met en tête d'être rassurante en faisant des blagues. Mathilde sourit, avec un regard innocent.
En arrière-plan, une pompe envoie dans un bocal des litres de sang épais, par vagues continues. Les médecins répètent d’injecter plus de médicaments.
L’infirmier s’exécute. Il entre, par intervalle, dans le champ de vision de Mathilde, à l’envers. Il susurre, à travers son masque, quels effets qu’elle allait ressentir. Blême, Mathilde déclare voir des lumières blanches.
« Vous faites des chutes de tension, c’est normal » répond-il calmement.
Le personnel médical s’affaire toujours autour de son corps inerte. Ils ont l’air de plus en plus affolés. Son corps se secoue, bousculé par un massage qu'ils lui font.
2 infirmiers
2 chirurgiens
2 gynécologues
2 anesthésistes
2 sages-femmes
