Salty Week - Neo Monfort - E-Book

Salty Week E-Book

Neo Monfort

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Beschreibung

Les histoires du village des Grottes donnent parfois au lac Léman a un arrière-goût salé...

Si la chance existe - alors - on en a tous besoin. Quoi qu'il en soit, 2009 fut une année potentiellement chargée pour les personnes superstitieuses.
En effet, cette année ne compta pas moins de trois vendredis 13 : un en février, un en mars et un en novembre.

L'antihéros que vous vous apprêtez à découvrir, lui, était convaincu d'être maudit depuis le jour de sa naissance.
À juste titre d'ailleurs, car abandonné par sa mère alors qu'il n'était qu'un nourrisson ; triste et indéniablement difficile départ dans la vie.

C'est un personnage haut en couleur - que tout le monde appelle depuis " Papa " - qui le trouva, au pied d'une fontaine, un soir de mars 1987. Une année qui compta, elle aussi, trois vendredi 13 : et précisément les mêmes mois que l'année 2009.

Chance, malchance, étrange coïncidence d'un calendrier élaboré par le Pape Grégoire XIII ou destin déjà tout tracé pour nos protagonistes, à vous d'en décider…

Mettez vous à table sans plus tarder pour déguster ce récit savoureux, sur un fond de guitare !

EXTRAIT

De la peau épaisse de ses bras – souvent à l’air libre, car Papa portait toujours des polos à manches courtes, dont il soulevait le col le long du cou – ondulait d’énormes vaisseaux sanguins ; cela conférait une certaine virilité à son corps, somme toute svelte. Nerveux comme une pile électrique – surtout en matière d’argent. Moustache saillante qui frétillait à la moindre contrariété. Cigare disproportionné au coin des lèvres. Taser en poche – mais version made in china, car meilleur marché. Il avait, malgré tout, su garder une part d’humanité dans son cœur. Un cœur certainement assailli, depuis trop longtemps, par le karma particulier des ivrognes des alentours. Célibataire endurci et sans enfants, il avait été étonnamment ému en découvrant ce petit bébé dans un carton. « C’était là-bas, au pied de la Fontaine », racontait-il encore et toujours. C’était au milieu de la Place des Grottes, où jadis coulait le Nant de Pissevache, que Papa l’avait trouvé.
Cet enfant, entouré d’un drap blanc et portant un T-shirt avec une guitare imprimée dessus, ne pleurait pas. Ses yeux, gris foncé, grands ouverts, le nouveau-né semblait simplement attendre que quelqu’un le trouve. Sur ce T-shirt – que sa mère lui avait probablement endossé – se trouvait à l’endroit du cœur un nom écrit au feutre indélébile et de couleur rouge sang : Oliver.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né à Genève dans les années 80, Neo Monfort s'intéresse depuis toujours au récit - sous toutes ses formes. Sa passion pour la culture le conduit à étudier l'Art et la philosophie. Il exerce dans le domaine de l'humain.

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Seitenzahl: 155

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Neo Monfort

Salty Week

« Une Semaine Rock n’ Blues »

Avec la participation de l’artiste et musicien genevois mNm3

© 2020, Neo Monfort.

Reproduction et traduction, même partielles, interdites.Tous droits réservés pour tous les pays.

ISBN 978-2-940444-27-4

MISE EN BOUCHE

Cette histoire salée – que vous allez peut-être consommer jusqu’à la dernière feuille – s’assaisonna durant l’année 2009, au bout du lac Léman, dans la splendide ville de Genève. Plus précisément encore, vers la gare de Cornavin à deux pas du très populaire quartier des Grottes. Si, pour l’anecdote, personne n’a jamais vu de grottes aux Grottes, c’est normal, car il n’y en a jamais eu. Au XVIIIe siècle, alors que champs et bois régnaient en maîtres, un ruisseau nommé Nant de Pissevache par certains et Nant des Crottes par d’autres coulait paisiblement. Inutile de préciser qu’à cette époque la zone était particulièrement fertile ! Par la suite, alors que la ville se développait – bon train – autour de sa gare, des intellectuels bienveillants proposèrent de remplacer le mot crottes par grottes. Dans un but évident de salubrité mentale, est restée l’appellation « les Grottes ». Cependant, que les superstitieux les plus nostalgiques se rassurent, car au XXIe siècle, aux Grottes, il est toujours possible de mettre le pied dans une crotte. Ce sera plutôt celle d’un chien, les vaches ayant disparu, mais elle vous portera sans doute chance ! Car si le Nant de Pissevache n’existe plus, au centre de la Place des Grottes, il coule à présent une Fontaine ; et là, vous pourrez y nettoyer votre chaussure.

Avant-propos contextuel

Combien de chance y avait-il pour que la vie se développe sur notre planète ? Il semblerait que la probabilité était quasi nulle. Pourtant, nous sommes bien là ; et nous pouvons nous poser la question. Cela dit, est-ce bien une chance pour nous d’être là et – qui plus est – de pouvoir nous poser la question ? Et puis, qu’est-ce que la notion de chance, dans tout cela ? Et à propos, est-ce par hasard que l’on se pose cette question ? Pour progresser dans des recherches, il faut se poser les bonnes questions ; mais, qu’est-ce qu’une bonne question ? Et d’ailleurs, est-ce une bonne question ?

Depuis Isaac Newton, en passant par Albert Einstein, il pourrait sembler logique que les phénomènes qui se produisent soient tous relatifs à une lignée d’évènements dans l’espace-temps. Nous pensons souvent que la chance est à l’origine de telle et telle chose, alors que probablement rien n’arrive par hasard. Imaginer un déterminisme dur est donc relativement logique.Dans ce cas, ne nous hasardons pas sur la question du libre arbitre, car notre Ego pourrait en prendre un coup.

Fondamentalement, lorsque l’on pense à l’origine de la matière, il y a de quoi rester sceptique. D’où viendrait cet Univers expansif ? Qu’y avait-il avant le Big-Bang ? La grande question est alors : comment – et éventuellement pourquoi – tout cela ? Même si un Dieu – voire plusieurs – existe, cela n’enlève en rien le mystère des origines qui constituent notre Univers.

Bref, bien que les progrès de la science nous expliquent toujours plus de choses, la mathématique, elle – et probablement non par hasard –, laisse encore une chance au hasard ; et notamment en matière de jeux. Dans ce monde où le 99 % de la population détient moins de richesse que le 1 % restant, qui n’a jamais voulu tenter sa chance dans un jeu de hasard ? Qui n’a jamais voulu affoler les probabilités ou court-circuiter les algorithmes ? Et cela, dans l’unique but de s’enrichir quelque peu – dans un monde consumériste.

Si la notion de hasard garde sa part de mystère pour la mathématique, elle peut toutefois déterminer une chose – en particulier – d’un point de vue philosophique : il s’agit de notre ignorance. Le fait de ne pas savoir certaines choses peut être déconcertant. À un tel point que cela conduit même certaines personnes à devenir superstitieuses. En tous les cas, pour un esprit rationnel, il est frustrant de ne pas pouvoir tout savoir ; et donc, mourir sans comprendre le pourquoi du comment tout cela est arrivé. En ce qui concerne les moins rationnels et partisans du hasard, une chose est sûre : si avoir de la chance est une conception positive, à l’inverse, la malchance est perçue de façon négative. Heureusement pour eux – et à l’instar des rationnels – diverses solutions sont à disposition afin de conjurer le mauvais sort. Le sel, par exemple, en est une – incontournable.

De tout temps, le sel fait le bonheur de tous. Du sel, sur la planète Terre, il y en a bien assez. Du superstitieux ayant vu un chat noir passer sous une échelle au super-rationnel ayant acheté une bonne salade bio et de région, il y en a pour tous les goûts.

En réalité, le sel est bien plus qu’utile, il est primordial. Au même titre que l’eau et l’oxygène, il semblerait que sans le sel, il n’y aurait pas de vie sur Terre ; pas d’animaux, pas d’arbres, pas de plantes et donc pas d’êtres humains. Saler la formation de notre planète fut sans doute un coup de génie de l’Univers et de son Big-Bang. Ou peut-être encore, s’il existe un Créateur, la recette de l’Univers devait absolument contenir de la Chlorure de Sodium pour que nous jaillissions un jour du néant.

Avec un peu de chance et une pincée de sel, cela rejoint – vraisemblablement – le principe anthropique fort et cette phrase de l’anglo-américain Freeman Dyson disant que « l’Univers savait quelque part que l’homme allait venir ». Quoi qu’il en soit – le nombre de facteurs étant trop nombreux et dispersés dans l’espace-temps pour pouvoir les calculer – l’apparition des êtres humains peut sembler aussi relativologique que hasardeuse. Peut-être aussi que – pour l’Homme – tout n’est finalement qu’une question de vocabulaire, pour dire que l’on ne sait (presque) rien.

Néanmoins, une chose est certaine, c’est que sur notre planète le sel fut nécessaire à l’apparition de la vie. Le sel serait même si important pour les organismes – tous azimuts confondus – que pour les spécimens dotés d’un cerveau, des spécialistes parlent même d’addiction première. Dans notre instinct de survie, il se créa donc avant toute autre chose le besoin en sel. Être ou ne pas être ? Sans sel, il n’y aurait donc pas eu la question. Malgré tout, ne vous précipitez pas sur vos salières, car le dosage biologique est précis. Si sans sel, on ne Serait pas, avec trop de sel, on pourrait ne plus Être.

Au fil de l’évolution humaine, cette addiction première – inscrite dans le patrimoine génétique – aurait conduit l’être humain à d’autres addictions ; mais qui ne sont pas toutes aussi indispensables à sa survie biologique. Quoique, qui est-ce qui peut affirmer quoi que ce soit ? L’une des plus dangereuses et des plus absurdes des addictions est sûrement la fumée de tabac. Que dire au sujet de l’alcoolisme ? Si, parce que la fermentation alcoolique tue certaines bactéries, l’alcoolisme peut être un moyen de survie – comme dans l’Antiquité –, la bonne excuse pour se saouler est un peu périmée. Surtout pour les Occidentaux et les riches de ce monde qui ont les moyens de se procurer de l’eau potable. Parmi les addictions douteuses, il y aurait aussi l’usage de psychotropes comme les drogues et autres médicaments. Le sucre est redoutablement addictif ; et bien qu’il soit, lui aussi, indispensable à notre organisme, il ne faudrait pas en abuser. La maladie du jeu ne tue pas nécessairement ; en fait, elle pourrait même être une addiction intéressante, mais à la seule condition qu’elle nous fasse gagner de l’argent. L’acte sexuel peut être lui aussi addictif, tout comme la caféine et bien d’autres choses encore.

Si le sel est indissociable à notre existence et qu’il est à l’origine de notre addiction première, on peut alors se demander s’il n’est pas, tout simplement, à l’origine du plaisir. Car en fait, en y pensant bien, la sensation d’assouvir un désir – plaisant – ne se trouve-t-elle pas derrière chaque addiction ? Quoi qu’il en soit, il y a un paradoxe certain, car l’addiction – qui, à l’origine, serait un moyen de survie – peut provoquer, parfois, des conséquences difficiles à gérer pour les organismes moléculaires que nous sommes ; et peut même, dans un court ou long terme, nous coûter la vie.

Finalement, le sel – qui met son grain de sel dans toutes les vies et depuis toujours – doit être un bien aussi sacré que dosé.

Au lecteur et à la lectrice,

Si certains noms de lieux ont existé, ou existent encore, les personnages de ce récit sont absolument fictifs.

Première partie

Les Grottes : c’était un petit village, rescapé du temps, au beau milieu d’une Genève internationale. La plupart des bâtiments du quartier faisaient deux ou trois étages tout au plus. Chaque façade avait sa propre personnalité, soit par son vécu, soit par sa couleur ; mais presque toutes se ressemblaient par leur style ancien. Si certains immeubles – plus récents – en avaient remplacé d’autres, mal menés par le temps, leurs architectures ne détonnaient pas trop avec l’ensemble des lieux. Tous ces petits bâtiments, parallèles à chaque rue, semblaient se relier comme des ribambelles ; et les murs, souvent de pierre, faisaient jaillir des arcades voûtées au rez-de-chaussée. Sur les charpentes de bois, au milieu des tuiles de terre cuite, des cheminées soufflaient encore une fumée de bûches – identique à celle que l’on aurait pu voir au début du XXe siècle. Si, souvent, la chaussée avait été refaite – Genève étant une ville qui aime investir dans l’entretien de ses rues –, plusieurs endroits avaient, cependant, conservé leurs pavés d’antan. Tel un patchwork urbain, entre délabrement et rénovation, le Village des Grottes semblait avoir, à maintes reprises, fleuri et fané, dans l’incessant circuit du Temps.

Plus d’une fois, on voulut raser les lieux pour céder la place au modernisme, mais à chaque fois, les projets futuristes se heurtèrent aux habitants du quartier ; décidés à conserver ce patrimoine unique – le leur. « C’est ça la démocratie ! » disait souvent Papa, « ils veulent nous foutre dehors… on leur balance un référendum ! »

Bien qu’il ne fût pas né à Genève, Papa adorait son quartier des Grottes, cette ville cosmopolite – dans un canton au nom identique – et même ce pays dans son entier, dont il ne tarissait pas d’éloges. « On pourrait comparer la Suisse aux États-Unis d’Amérique », racontait-il à quelques touristes égarés, « au lieu de Confédération helvétique, ce pays pourrait s’appeler les Cantons-Unis d’Helvétie ! Beaucoup de gens pensent que New York est la capitale des States,alors qu’en réalité c’est Washington, n’est-ce pas ?Et bien, au même titre, la plupart des gens affirment que Genève est la capitale de la Suisse. En deuxième, ils vous diront que c’est Zurich… en tout cas, personne ne sait jamais que c’est Berne, notre foutue capitale fédérale. Certaines villes, dans le monde, sont si connues qu’elles volent la vedette aux vrais chefs-lieux. Mais, si dans l’immensité des États-Unis d’Amérique on ne parle qu’une seule langue : l’anglais, la petite Suisse, elle, en compte officiellement quatre : l’allemand, l’italien et le français – comme à Genève. Plus le romanche, mais bon, pour moi c’est du patois. »

Une fois lancé, Papa pouvait parler de tout et de rien pendant des heures ; et si un client osait le couper dans son flot de paroles – dans le but de commander quelque chose à consommer ou même de régler son addition –, celui-ci risquait de se faire fustiger sans ménagement.

En 2009, cela faisait déjà dix-huit ans que Papa était le tenancier du Mérou ; un bistrot à la réputation sulfureuse – dans le quartier des Grottes, bien sûr ! L’arcade n’était pas très grande, mais elle était chaleureuse. Elle faisait angle entre la rue des Grottes et la rue de la Faucille ; et, à la jointure de celles-ci, naissait la charmante Place des Grottes.

Entre les colonnes de pierres, de larges baies vitrées – nues de tout artifice – laissaient clairement voir l’extérieur : un incessant va-et-vient d’un melting-pot qui n’avait rien à envier à celui des rues de New York. À l’intérieur, un parquet assombri par l’usure faisait contraste avec le bois plus clair des chaises – dont les dossiers craquelaient sous la pression des clients. Sur de vieilles tables aux pieds de fonte, l’histoire du lieu avait gravé tout un tas d’inscriptions sur les plateaux de bois massif. Certaines de ces tables étaient de forme carrée, tandis que d’autres étaient rectangulaires ; mais celle du patron, la plus grande de toutes, était ronde. C’est autour de cette table que Papa s’asseyait fièrement en terminant son service du soir. Tel un roi triomphant, après la bataille – et ralliant ses sujets –, Papa trinquait avec qui voulait bien être là, à cet instant précis. Un comptoir en acier brossé était entouré de hauts tabourets rembourrés ; et, sur ces assises confortables, des clients s’endormaient parfois dans de « légers » comas éthyliques, comme minimisait souvent Papa – surtout lorsque la Police et les ambulanciers devaient intervenir pour sauver un client de son propre vomi. Face à la gravité de certaines scènes, le patron ironisait volontiers : « J’veux bien qu’on m’appelle Papa », affirmait-il, « mais j’suis pas leur père… que je sache ! » Une expression verbale lui permettait aussi de tout relativiser : « Bon, on boit un coup ou bien ? » En général, une fois cette phrase prononcée, les choses reprenaient leur cours normal – avec l’approbation des deux ou trois clients dont la faculté de discernement n’était pas encore trop altérée. Derrière le bar aux mille et une bouteilles et aux mille et un verres de toutes sortes, on pouvait deviner, entre la machine à café et la caisse enregistreuse, une petite cuisine – semi-ouverte sur la salle principale. De cet endroit sortaient divers mets de Brasserie, souvent confectionnés par le Chef, un Italien à la grosse barbe noire, nommé Luca. Sans trop de fioritures, ce bistrot était aussi fonctionnel qu’authentique. Contrairement à d’autres lieux – au design plus moderne et aseptisé –, cet endroit possédait une âme ; incontestablement liée à son tenancier qui semblait y vivre jour et nuit.

Les soirs d’été, lorsque la lumière du soleil disparaissait harmonieusement pour laisser place à la nuit, on pouvait voir – aussi depuis la terrasse du Mérou – que les bassins de la Fontaine des Grottes s’illuminaient. Leur lumière se projetait alors vers le ciel et ses reflets – jaillissant des réservoirs remplis d’eau – ondulaient infatigablement sur les ornements sobres de la structure. C’était une charmante Fontaine en pierre blanche. Ses deux bassins, symétriques et longs de deux bons mètres, étaient séparés par une sorte de muret d’environ un mètre quatre-vingt de haut. Au centre de cette structure s’élevait – à trois mètres – un monolithe vertical, coiffé d’une sphère. De ce monolithe central, deux becs – probablement en bronze – faisaient couler un filet d’eau jusque dans l’eau des bassins. Toutefois, ce n’était qu’une fois la Place des Grottes vide que le son incessant de ses jets – pénétrant l’étendue d’eau compacte – se faisait entendre. L’éclairage nocturne du quartier était romantique, un peu comme si les lampes à huile de jadis n’avaient jamais été remplacées. Cette ambiance conférait aux nuits du quartier une douceur de vivre, un calme harmonieux après les rires, les cris et la vivacité des riverains.

Le Mérou, un nom curieux pour un bistrot se situant au milieu de l’Europe – et donc, à des centaines de kilomètres de toute mer ou tout océan. Car pour ceux qui l’ignorent, si le lac de Genève – ou le Léman pour les puristes – contient un infime pourcentage de sel, il n’y a pas de mérous dedans pour autant. Néanmoins, il y a tout de même un lien – relativement – étroit entre ce lac et l’eau bien plus salée de la mer Méditerranée ; et ce lien est un fleuve qui se nomme le Rhône. Il est bon de préciser ici que la Ville de Genève se divise en deux rives – par l’intermédiaire du bout du lac qui redonne naissance au Rhône. Il y a la rive droite, où se trouve entre autres la gare de Cornavin et le quartier des Grottes, et la rive gauche, où se trouvent plutôt les quartiers riches. S’il renaît, à Genève, cet important cours d’eau, c’est que quelque part, à 2 209 mètres d’altitude, dans les Alpes uranaises gît son glacier. La Confédération helvétique se constitue de 26 Cantons ; et c’est dans un de ses cantons – celui du Valais – que naît ce fleuve qui parcourt 812 kilomètres avant de se déverser en mer, aux alentours de Marseille. Dans son cheminement, le Rhône se déverse donc dans le Léman, pour en ressortir non loin du quartier de la fontaine des Grottes. Peut-être que le fondateur du Mérou était un ancien marin ou un pêcheur ? Et qu’il avait voulu, à travers ce nom insolite, faire un clin d’œil à la mer Méditerranée – et à l’un de ses hôtes en particulier.