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Un matin ensoleillé, une femme ouvre les volets d'une grande maison de village et s'aperçoit que la vie a commencé sans elle au-dehors. Qui est-elle ? D'où vient-elle ? Que fait-elle ici ? Elle va rencontrer contre toute attente son âme-soeur avec qui elle vivra une histoire d'amour intense et passionnée, jusqu'à ce que le secret qu'elle garde en elle et dont elle n'a même plus conscience affecte sa vie devenue si sereine et la fasse basculer dans son passé obscur et mystérieux.
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Seitenzahl: 309
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Du même auteur :
La symphonie du Juif Errant Livre I (Edilivre 2018)
Solitudes – Recueil de nouvelles 1997 – 2017 (Edilivre 2018)
La symphonie du Juif Errant Livre II (Edilivre 2020)
Une vie de compromis – Roman (Le Lys Bleu 2023)
TABLE DES MATIÈRES :
PREMIÈRE PARTIE
SECONDE PARTIE
ÉPILOGUE
A peine l’aube apparue et ses couleurs immensément majestueuses, presque irréelles de beauté, les camions et les fourgonnettes envahissaient déjà la petite place et tentaient de ne pas se télescoper les unes aux autres. Entre certains conducteurs encore somnolents et d’autres plus tendus et impatients, il était habituel d’être témoin de quelques échauffourées, quelques paroles un peu crues lancées sans trop de but, juste pour animer un peu la nouvelle journée de marché qui s’annonçait.
On sortait les caisses de légumes de toute sorte et de toutes les couleurs, les cagettes de fruits aussi colorés et prometteurs de goûts appréciables et juteux. Un peu plus loin les camions frigorifiques se garaient et ouvraient leur auvent, s’offraient ainsi aux yeux ravis des quelques clients potentiels et matinaux les spécialités du fromager, celles du charcutier, les plus odorantes du poissonnier et les jus de fruits maison d’un petit nouveau qui venait de s’installer dans la région, proposant des saveurs de smoothies et de nectars sucrés peu ordinaires, litchis, kumquat, kiwi violette, baie de rose, réglisse fleuri et lait de jument et de chèvre aromatisés.
Le fleuriste prenait soin de placer ses présentations en harmonie les unes avec les autres, suivi de près par tous les artisans sculpteurs sur bois, tailleurs de pierres, joailliers, vanniers, apprentis bijoutiers, et autres vendeurs de produits plus ou moins beaux, plus ou moins raffinés, conçus avec plus ou moins de talent ; bijoux fantaisie, colliers et bracelets de pierres semi-précieuses, objets en résine, mercerie et tissus en tout genre, un mélange de bon et de très mauvais goût.
Le volume sonore de la grande place commençait à s’élever au fil des minutes, pour atteindre un joli brouhaha, étrangement reposant et vivifiant à la fois. Les senteurs de l’été se trouvaient bien présentes et mettaient du baume au cœur dans le corps des hommes et des femmes qui s’attroupaient autour des étals, goûtant et s’extasiant devant un chèvre frais, une tranche de saucisson de taureau goûtu, un pain aux olives sublimé par quelques fibres de romarin, ou encore une tapenade à la crème de pistache, onéreuse mais unique en son genre.
C’est en tout cas ce qu’elle découvrit lorsqu’elle ouvrit les volets ce matin-là, les yeux bombés, endormis et aveuglés par la luminosité soudaine jaillissant dans la pièce, presque agressive, mais la seconde d’après réconfortante. Elle tenta de vite s’habituer à cette lumière et ce bruit de fond, comme si les murs, les pierres et les plantes grimpantes sur les façades conversaient en un maelström magique, hypnotique. La vie se découvrait devant son visage encore en torchon, la vie avait commencé sans elle, un peu égoïste et maladroite, insolente aussi, elle savait très bien que la vie n’attendait en rien son réveil ou son attention pour commencer ses petites habitudes, ses événement quotidiens, incessants, répétitifs et surtout éternels.
Mais c’est ce qu’elle ressentit, la vie était à nouveau là ce matin et avait commencé sans elle, pendant qu’elle finissait sa nuit, pendant son sommeil depuis peu serein et presque assagi, enfin. Sa fenêtre donnait en plein sur la place du village, à une bonne dizaine de mètres du sol, au deuxième étage du logement à la façade historique, transformé il y a quelques années en cinq chambres d’hôtes tranquilles et minimalistes, décorées avec soin, légèreté et simplicité. Elle s’accouda à la petite balustrade en fer forgé, qui seule faisait office de balcon.
Elle respira l’air frais qui s’engouffrait dans la pièce et sa grande liquette blanche frémissait à chaque appel de cette petite brise revigorante. Elle resta un petit moment sans que personne ne la remarque, il aurait fallu scruter les façades en manquant de se casser la nuque pour pouvoir apercevoir sa silhouette derrière la balustrade et quelques pots de soucis et de géraniums violets et orangés. Tout en s’enivrant de la fraîcheur salvatrice, elle tentait de suivre les mouvements et les gestes des clients du marché, des marchands et plus loin des personnes, touristes ou résidents qui venaient prendre un café à la terrasse de la brasserie un peu plus loin.
Un quart d’heure plus tard, elle descendait les marches en pierres du couloir et sortait sur la place, se mélangeant ainsi aux clients du marché avec l’attention elle aussi d’aviver son appétit et son plaisir visuel et gustatif. Après quelques achats et de beaux sourires échangés, elle s’installa à la terrasse de la brasserie et sortit d’un sachet papier un croissant aux amandes, dans lequel elle croqua à pleines dents. Un serveur s’approcha d’elle en la saluant, ce qui la surprit et lui fit perdre quelques amandes effilées à ses pieds. Ils se sourirent et elle commanda un grand café sans sucre avec cannelle, tout en ramassant les miettes qu’elle avait laissées tomber, dévoilant ainsi toute une jambe jusqu’au haut de sa cuisse, ce qui fit rougir le garçon qui repartit chancelant, des étoiles dans les yeux en ce beau matin.
Elle termina sa petite collation, reçut sa boisson et tout en remuant les particules de cannelle dans le liquide noir et opaque, elle posa les yeux sur ses semblables alentour. En milieu de semaine, peu de personnes étaient attablées, les gens étaient plus intéressés par le marché de la place. Deux couples avec deux enfants chacun lui faisaient face, certainement des vacanciers qui venaient d’arriver sur place, car leur teint ne possédait pas encore ce voile halé qui sied à tout touriste qui passe au moins une semaine à se promener dans ces rues étroites et accidentées, ou qui se délasse chaque jour au bord de la rivière timide et sinueuse non loin de là.
Un vieil homme se tenait un peu en retrait derrière elle, il fumait la pipe et semblait assoupi, une casquette usée descendue sur ses sourcils fournis. Mais par moments, une fumée bleutée sortait de ses différentes bouffées, signe qu’il ne dormait que d’un œil et que chaque jour passé sur cette terrasse, à la même heure, n’avait peut-être plus grand intérêt pour lui, mais il revenait tous les matins, certainement depuis des années, car cela faisait partie de son rituel quotidien, son habitude, n’ayant plus rien à faire d’autre, en tout cas plus rien d’urgent. Elle ressentit une forte tendresse pour cet homme qui était au crépuscule de son existence, qui paraissait tellement seul, qui n’attendait plus rien des jours qu’ils vivaient car il avait dû exécuter tout ce qui devait être réalisé pour lui et son entourage.
Elle détourna le regard qui se posa sur une jeune femme, certainement à la fin de son adolescence, assise à quelques tables d’elle et sirotant elle aussi un grand café. Depuis qu’elle était arrivée dans ce village en début de semaine dernière, c’était la troisième fois qu’elle l’apercevait, et elle trouvait étrange qu’une fille de cet âge restât seule aussi tôt le matin à une terrasse de café. Ayant maintenant du temps pour observer, imaginer et analyser ce qui était et ce qui pourrait être, elle réfléchit à plusieurs scénarios ; ado rebelle ou fugueuse, qui était partie de chez ses parents à cause d’un conflit familial, ou de nature matinale, ou en vacances avec une bande d’amis et qui attendait les lève-tard, ou encore elle s’était levée tôt car elle résidait en ces lieux et elle allait partir travailler, pour un job d’été… Beaucoup de cas de figure auraient pu se présenter mais ses pensées cessèrent net lorsqu’elle réalisa qu’elles se dévisageaient depuis quelques minutes sans détacher leur regard l’une de l’autre. Faisait-elle la même chose de son côté ? Tentait-elle de percer le mystère de cette femme d’une quarantaine d’années, assise depuis seulement quelques jours à cette terrasse, ayant l’air libre, détachée de tout, respirant la moindre molécule d’air pour son plus grand bonheur ? Que faisait-elle elle aussi, seule assise ici ? Venait-elle en vacances, attendait-elle l’heure du réveil de sa famille, prenait-elle juste le frais avant que la chaleur de la Provence ne s’abatte sur les alentours, dispersant ainsi le flot des touristes disséminés un peu partout sur cette place ? Avait-elle pris un congé sabbatique ? Ou y avait-il d’autres raisons que la jeune femme ne pouvait même pas imaginer ? Venait-elle de divorcer, explorant maintenant une vie de célibataire bien méritée, ou se cachait-elle d’un mari violent, jaloux, et prêt à tout pour la retrouver ?
Elle rit en elle-même de ce qu’elle pensait, en réalisant qu’elle cherchait à savoir ce que d’autres pouvaient penser d’elle en la regardant. Au moment où elle finit la dernière goutte de café, la jeune femme se leva et sembla se diriger tout droit vers elle. Elle fut soudain prise d’une sorte de légère panique, se demandant bêtement si les questions qu’elles se posaient en silence ne s’étaient pas diffusées dans l’atmosphère pour pénétrer la perception des autres. Mais la jeune femme passa juste devant elle, lui faisant part d’un beau sourire, osant un petit bonjour comme si elle avait croisé une voisine de quartier ou une collègue de travail. Elle lui retourna son bonjour et son sourire et la suivit du regard jusqu’à ce qu’elle tourne dans un coin de rue quelques mètres plus bas, une longue chevelure épaisse châtain foncé virevoltant au gré de la fine brise toujours présente pour un bienfait indéniable. Ce sourire l’avait troublée, étrangement, certainement, indubitablement, comme si elle eut voulu engager la conversation mais la timidité lui avait dicté de passer son chemin, ou comme si ce sourire lui signifiât son désir de faire sa connaissance, peut-être un jour prochain, à cette même heure, sur cette même place…
Elle paya sa consommation au jeune serveur qui la remercia en rougissant à nouveau instantanément et elle se dirigea vers le marché. Sa démarche était lente tandis qu’elle posait les yeux sur les victuailles offertes, plus alléchantes les unes que les autres, mais elle ne comptait rien acheter aujourd’hui, elle avait déjà rempli le petit réfrigérateur de sa chambre et ne comptait pas stocker plus de nourriture qu’elle n’en avait besoin. Elle regardait sans voir, elle sentait parfois les effluves d’olives aux herbes, ou le fumet d’un saucisson frais, une note de vernis provenant d’un artisan qui travaillait sur des petites pièces de bois, ou encore le parfum prononcé d’une passante qu’elle venait de croiser. Elle aimait cette adorable nonchalance parfois, comme si elle se laissait bercer par l’instant présent, sans réfléchir, se laissant embarquer par les secondes et les minutes qui défilent en elle, devant elle, derrière elle, sans but, sans destination. Être ici à ce moment même, pas ailleurs, se rendre compte de sa présence en ce lieu, habitant l’espace environnant sans empiéter sur celui des autres, profitant de la moindre chose mais sans agir sur rien, spectatrice d’une liberté enfin acquise et qui ne saurait lui être retirée. Quelques instants pour elle, en elle, à s’abandonner à une rêverie douce, une prière sans divinité, un silence intérieur et une sagesse bienfaitrice qui la rassérénait de tout ce qui se passait ailleurs et surtout de ce qui s’était passé pour elle, et qui ne la perturberait plus jamais.
Elle sortit du marché où la foule commençait à grossir, comme un énorme ventre accueillant toujours plus d’aliments pour se sustenter, et se laissa porter vers la rue principale qui se divisait en d’innombrables petites venelles montantes et descendantes, si étroites que l’on pouvait à peine passer à deux personnes. Toutes pavées depuis la nuit des temps, elles révélaient parfois des façades en pierres anciennes, gorgées de surprises comme ces corniches semblant protéger soit une petite statuette, soit un pot de fleurs, soit des décors en fer noircis par le temps.
Elle se dirigea au sein de ce labyrinthe aux mille promesses et emprunta la plus longue venelle, sans savoir ce qu’elle allait y découvrir. Arpentant les hauteurs de la vieille ville, elle remarqua qu’aucun déchet n’était visible, contrairement à certains autres lieux en contrebas, et sortant du seuil d’une habitation, dotée d’une porte en bois imposante et incrustée d’arabesques étranges témoignant du poids des âges, un gros chat tigré roux et blanc entreprit de frotter son poil rêche sur les chevilles de la promeneuse, qui sursauta à peine lors de ce contact. Elle plia ses jambes et caressa l’animal qui ronronna automatiquement à ce contact gracieux. Elle ne sut combien de temps elle resta avec son admirateur un peu collant, car il voulut à plusieurs reprises grimper sur les cuisses avenantes de sa potentielle nouvelle maîtresse. Puis, comme tous les félins domestiques, il sembla se lasser et partit plus haut en rasant les murs, tortillant du derrière et se retournant à peine lorsqu’elle émit des bruits de lèvres pour le rappeler vers elle.
Elle se redressa, souriant en murmurant : « Quel ingrat tu fais, mon gamin ! ». Le chat continua sa route comme si de rien n’était et disparut sous un amas de glycines, magnifiquement sculptées autour d’une arche en pierre jaune séparant l’entrée d’une habitation de son premier étage. Les dernières tiges couraient le long d’escaliers imposants, semblant désigner un chemin vers des secrets immémoriaux. Dire que des personnes habitaient ces lieux d’un autre âge et vivaient leur vie comme d’autres, à la différence qu’elles semblaient entourées de fantômes du passé, d’êtres qui avaient vécu à leur place, pendant des siècles et des siècles avant eux. Cette pensée lui donna un vertige existentiel et elle resta un bon moment à rêvasser devant ce lieu improbable, où à cet instant, personne n’avait l’air d’être présent.
Puis, arrivée en haut de cette petite rue, deux nouvelles arches s’offrirent à son regard donnant sur deux cours intérieures d’une beauté enivrante et d’une qualité florale rare, des rhododendrons jaillissants, des agapanthes resplendissantes d’un bleu opale magique, des buissons d’ifs et de pittosporums majestueux, ornés de roses d’un rouge flamboyant, d’hortensias blancs et roses d’une pureté unique et de quelques petites fleurs orangées et jaunes qui semblaient bénéficier de la présence d’une fontaine façonnée à même la pierre, dont la source coulait discrètement sous la terre tout autour, donnant vie et fraîcheur à ces merveilles.
Elle continua sa découverte dans un silence de plomb, comme si l’humanité hors de ces murs avait totalement disparu et n’était plus qu’un lointain et incertain souvenir, comme si ces façades immenses, protectrices, l’enrobaient tendrement dans des bras de torpeur, diffusant une paix méritée et tant espérée. Elle se retourna et crut apercevoir une ombre fuyante au détour d’un coin de mur à quelques mètres derrière elle. N’étant pas du tout sujette à la paranoïa, elle recula un peu et scruta la ruelle à droite qu’elle venait de quitter. Elle n’aperçut personne, elle aurait pourtant juré voir une partie de tête s’évanouir devant ces pierres.
Elle secoua la tête et reprit le trajet qu’elle venait de faire en sens inverse, pour éviter de se perdre dans les dédales excitants de ces micro-univers enchanteurs qui emplissaient son esprit de couleurs et de senteurs imperturbables et bigarrées.
Elle passa une partie de sa journée à somnoler le long de la rivière en contrebas des dernières maisons du village, elle avait emporté quelques figues, du pain de mie, avec fromage de chèvre et noix de la région, tout cela accompagné d’un vin blanc fruité qu’elle avait gardé au frais dans une mini-glacière, placée à l’ombre d’un gros buisson, là où elle resta une grande partie de l’après-midi. Pas vraiment dérangée par les touristes qui ne se bousculaient pas à cause de la chaleur assez crue, elle n’avait pas pensé à se procurer un maillot de bain, non pas qu’elle ne désirait pas se tremper un peu dans l’eau claire et vive devant elle, elle n’en avait tout simplement pas encore trouvé l’occasion. Elle avait donc gardé sa grande robe crème, légère et échancrée sur le haut de la cuisse gauche, dont le tissu la couvrait jusqu’à mi-mollets et parfois s’ouvrait en laissant apparaître un petit tatouage sur le côté, recouvrant le bas de cuisse jusqu’à la base du genou. C’était un dessin très fin et monochrome, une tête de louveteau avec une couronne de marguerites faisant face à un corbeau, légèrement de profil, la gueule ouverte mais pas menaçante, comme si les deux animaux étaient en train de converser tranquillement.
Un autre tatouage plus imposant lui couvrait l’épaule droite jusqu’au coude, une sorte de filigrane très fin, représentant un dessin abstrait composé d’arabesques et de courbures très féminines, espiègles, d’où se dégageait un caractère fantastique, voire féerique. Elle avait retiré ses sandales couleur or et s’était allongée sur un drap de bain bleu pastel, les cheveux attachés derrière son crâne et les lunettes solaires sur le nez. Elle ferma les yeux et continua à rêvasser, à la limite de tomber dans les bras de Morphée.
Elle resta une bonne demi-heure ainsi, paisible, imperturbable, un petit sourire au coin des lèvres, comme une satisfaction permanente, indélébile, éternelle. Elle se redressa enfin, but une gorgée d’eau et, amenant ses talons au plus près d’elle, encercla ses tibias de ses bras et plongea le menton sur ses genoux, en regardant le paysage alentour. Encastrée le long de la base d’un mont, la rivière s’écoulait tranquille sans trop de bruit, sans profondeur, disposant des galets tout le long de ses deux rives, ce qui permettait à quelques enfants téméraires et vifs de les manier pour en faire quelque construction improbable sans grande forme reconnaissable, juste avant d’aller patauger dans l’eau, en criant et riant à gorges déployées. Les parents surveillaient de loin, sous un parasol qui avait déjà vécu beaucoup d’étés, sirotant quelques verres de jus de fruits, presque nus sur leurs draps de bains.
Elle ouvrit son livre et reprit sa lecture là où elle s’était arrêtée hier soir ; un roman d’aventures se déroulant en Italie au début du XVIIIème siècle, muni d’une intrigue assez commune sous fond de conspiration politique, s’immisçant également dans la vie sociale de cette époque. Mais la concentration n’y était pas, elle posa le bouquin et se dirigea vers l’eau, s’assit exactement dans la même position, en prenant soin de relever la robe sous elle pour ne pas la mouiller. Ses pieds étaient caressés par le flot léger de l’eau, le rose de ses ongles vernis brillaient d’une lueur pailletée et parfois, elle trempait ses doigts pour à peine mouiller ses mollets qui frissonnaient à chaque toucher. Elle se sourit à elle-même, comme si elle se remémorait des instants heureux, comme si elle revivait quelque chose ancré en elle et qui lui faisait du bien. Elle continua son petit manège pendant quelques minutes puis plongea à nouveau son menton dans le creux de ses genoux recroquevillés, ses yeux fixèrent un point sur le milieu de la rivière et son esprit partit se perdre au loin des souvenirs pour un long moment solitaire.
***
Le soir même, alors qu’elle allait sortir pour se restaurer, le gérant du gîte l’interpella gentiment :
- Bonsoir Madame. Dîtes, au sujet de votre requête de la semaine dernière, je pense qu’on peut s’arranger sans problème.
- Pour ma demande d’occupation à long terme, c’est bien cela ?
- Oui, oui, avez-vous une idée de la durée de votre séjour complet ?
- Non, non, aucune idée, pour le moment je me plais ici et j’ai beaucoup de lieux à visiter. Je dirais au minimum deux mois, jusqu’à la fin de l’été en tout cas.
- D’accord, aucun souci pour moi. Le gérant réfléchit et continua sur sa pensée :
- Si vous m’assurez que vous désirez rester jusque dans la période creuse, jusqu’à fin septembre, je peux vous proposer trente-cinq pour cent de remise à partir de maintenant jusqu’au terme de votre séjour. C’est une belle offre, je vous le promets. Cela vous convient-il ?
Elle sembla réfléchir tout en calculant dans sa tête et répondit avec son plus beau sourire :
- Si vous arrondissez à quarante pour cent, cela me convient totalement.
- Ah vous êtes dure, là ! Bon, je veux bien aller jusqu’à quarante mais juste pour vous car c’est la première fois qu’une cliente reste aussi longtemps chez moi, cela est donc à garder entre nous, je peux vous faire confiance ?
- Vous pouvez ! sourit-elle en lui serrant la main. De toute façon, je ne connais personne ici. Et elle sortit sur la place, les yeux emplis d’une lueur nouvelle et d’un espoir non feint.
Elle porta son choix sur un restaurant à l’apparence rustique et sympathique, qu’elle avait déjà testé le jour où elle était arrivée. Elle avait été ravie par le menu, c’est avec plaisir qu’elle s’installa à l’extérieur devant une petite table en fer, le long de la vitrine et croisa ses bras sur sa poitrine. Sous ses yeux, le soleil était encore bien actif et diffusait sa lumière avec un angle assez large, ce qui donnait au village une face totalement différente du matin, lueur moins soutenue dotée d’ombres plus marquées, détails des maisons et des pavés plus affinés, les bouquets de fleurs plantés à foison un peu partout semblaient plus colorés, leurs senteurs émerveillaient les sens avec plus d’intensité et de concentration, comme si les roses, les lavandes et les mimosas avaient emmagasiné toute la chaleur et la lumière de la journée afin d’en faire ressortir tous les bienfaits pour ce début de soirée.
Elle dîna d’une salade composée légère, accompagnée d’un verre de vin blanc muscat et s’offrit une petite coupe de profiteroles pour le dessert, tout en laissant son doux regard couler sur la vie assez trépidante du centre du village. Les boutiques restaient ouvertes assez tard et les touristes ne se privaient pas d’y flâner sans honte, parfois sans acheter, juste pour se promener et dépayser leurs yeux de ce qu’ils voient de façon routinière tout le reste de l’année par chez eux. L’un des ateliers de poterie ne désemplissait pas car étaient proposées des séances pour les débutants et les non-initiés à ce savoir-faire. L’épicerie était blindée également, une file de clients potentiels commençaient d’ailleurs à s’allonger devant la vitrine riche en souvenirs alléchants et la diversité des produits régionaux ainsi exposés avivaient les yeux et les papilles des gens qui patientaient.
Le ciel s’obscurcit à peine et une brise bienfaisante caressa son visage, le même genre de courant d’air que le matin lorsqu’elle commençait sa journée d’éveil en ouvrant sa fenêtre. De tous les instants du quotidien, ces deux moments de la journée étaient ses préférés, où la sérénité semblait confirmer sa présence au plus profond d’elle-même et la promesse d’un renouveau futur pour les jours, semaines ou mois à venir, sans précipitation, sans célérité extrême, juste la certitude que l’avenir, proche ou lointain, lui serait radieux.
Alors qu’elle allait quitter sa place, elle remarqua la jeune femme qui l’avait saluée ce matin même assise à la terrasse du restaurant voisin, elle discutait avec un couple de jeunes de son âge et les trois amis riaient par petites secousses tout en dégustant une planchette de charcuterie et de fromage, arrosée d’un vin rouge, qu’elle discerna comme un nectar bien tannique quant à sa robe rouge sang et son aspect brut. Elle resta quelques minutes à les observer et réalisa qu’elle avait dû se tromper sur son âge. La jeune femme était plus qu’une adolescente, son attitude un peu désinvolte et sa petite taille l’avaient légèrement mise en déroute, et elle pensa à présent qu’elle devait avoir un peu plus de vingt ans. Elle ne sut pas pourquoi cette petite brunette l’intéressait autant, toutefois sa beauté naturelle et son rire facile et bruyant lui donnaient ce côté un peu sauvage qu’ont la plupart des filles du Sud, même si cette région ne se situât qu’au Nord de la Provence. Ses longs et épais cheveux bruns remuaient gracieusement à mesure qu’elle parlait et ses mains conversaient aussi rapidement que les mots filaient de sa bouche. Elle portait un long short en jean muni de bretelles croisées dans son dos et un petit débardeur blanc dessinait joliment sa silhouette, que certains garçons tout proches assis sur un muret en contrebas ne se lassaient pas de contempler.
Elle détourna le regard, sortit un cahier de son sac et y écrivit quelques lignes. Lorsqu’elle leva à nouveau les yeux, elle s’aperçut que la jeune femme la fixait avec un grand sourire. Elle le lui rendit instinctivement et continua à écrire un peu, jusqu’à ce qu’elle sente une présence debout juste devant elle. Elle se tenait là, bien droite, les cheveux courant sur son épaule et descendant le long de son sein, pour stopper leur course en une natte épaisse contre le haut de sa hanche. Ses yeux brillaient étrangement et sa bouche exprimait un léger rictus pincé, comme si elle désirait parler et en même temps se taire. Son short en jean délavé avait l’air trois fois trop épais pour ses cuisses toutefois assez rondes, s’arrêtant au haut du genou, et de petites baskets blanches finissaient d’embellir cette charmante jeunette.
Elle semblait tout droit sortir d’un conte un peu désuet et paraissait à nouveau plus jeune et ingénue que ce qu’elle devait être en réalité. Elle sentait qu’elle devait l’aider à ouvrir la bouche, alors elle prit les devants :
- Bonsoir chère demoiselle.
- Oh, bonsoir Madame. Je suis si confuse, je ne veux pas vous importuner, je… je… je ne sais plus quoi dire.
Elle rit bêtement et tenta d’enchaîner :
- Excusez-moi encore, ça fait plusieurs fois que je vous croise depuis quelques jours et je… enfin, je vous vois toujours seule, je ne sais pas si vous attendez quelqu’un ce soir et…
- Non, non, je suis toute seule ce soir.
- Oh, d’accord… euh… je suis avec des amies et je me demandais si vous vouliez nous rejoindre pour euh… je sais pas… boire un verre, faire connaissance, s’amuser…
Elles se dévisagèrent et l’invitée surprise crut que la jeune femme allait se trouver mal, tant elle voyait sa poitrine essoufflée, sa gorge remuer en reprenant son souffle et ses joues devenir couleur tomate bien mûre.
- Je vous embête, désolée, fit-elle dans un dernier souffle.
- Non, non, pas du tout, c’est très gentil de votre part, je suis toujours partante pour un verre !
La jeune femme sourit toutes dents dehors et l’invita prestement à rejoindre ses deux amies à l’autre table. Elle fit les présentations en balbutiant un peu moins :
- Alors voici Karine, Isa et moi c’est Emma.
L’invitée fit la bise à toutes les trois et répondit en s’asseyant à côté d’Emma :
- Enchantée, je suis Maryline.
Elles se consultèrent pour savoir qui voulait boire quoi et commandèrent une autre bouteille de rouge du Sud-Ouest, un Minervois conseillé par Maryline, qui semblait bien connaître le sujet. Les trois amies habitaient dans la région depuis quelques années déjà, Emma était même native d’un village un peu plus haut dans le Vercors, c’était donc la plus locale des quatre femmes. Il s’avéra que cette jeune pimpante au minois d’adolescente avait en fait trente-deux ans et travaillait depuis trois ans comme conseillère et animatrice à l’office du tourisme de Die, pas très loin d’ici.
- Et toi, Maryline, tu es en vacances ici ? questionna Emma, apparemment très intéressée d’en savoir plus sur son invitée.
- Oui, oui, je visite un peu votre région magnifique, peuplée de personnes magnifiques, fit-elle, en les désignant toutes les trois, ce qui les fit réagir en riant et en la remerciant.
- Tu es toute seule ? fit Isa.
- Oui, j’ai pris un congé on va dire sabbatique pour déconnecter un peu, besoin de me ressourcer…
- Ah ok, tu travailles dans quoi ?
- J’étais dans l’événementiel, dans le management d’artistes…
- Ah ouais ? Sur Paris ? Et avec des gens connus ?
Ses deux autres amies la toisèrent étrangement et Isa rétorqua :
- C’est vrai, en m’écoutant parler, je me dis que mes questions sont très connes, non ?
Elles rirent les quatre ensemble et Maryline répondit :
- J’ai été sur Paris, en effet, mais j’ai bossé à Londres, à Amsterdam et à Hanovre. Et en effet, bien sûr, j’ai travaillé avec des artistes réputés.
Devant le silence intenable attendant un développement, Maryline éclata de rire :
- Ha ha, vous voulez des noms, c’est ça ?
Les trois en même temps crièrent : BEN OUI !!!
Fou rire général à nouveau mais Maryline les fit un peu déchanter :
- Secret professionnel, les filles, on verra quand on se connaîtra un peu mieux, si vous le méritez !
Isa entreprit de faire une moue de fillette pendant que Karine répétait :
- Non, mais non, tu vas pas nous faire ça ? Elles rirent encore un peu alors que, pendant tout ce temps, Emma semblait admirer Maryline de la tête aux pieds.
Elles passèrent encore une bonne heure à se découvrir et rire de bon cœur ensemble, et ce jusqu’à la nuit tombée. Elles se quittèrent en promettant de remettre ça et d’aller danser la prochaine fois dans une des discothèques du coin. Maryline rentra dans sa chambre et huma la bonne odeur de lavande qui émanait du bouquet qu’elle avait cueilli la veille au détour d’un chemin isolé près de la rivière. Elle ouvrit la fenêtre et jeta un coup d’œil sur la place qu’elle venait de quitter, remarquant la foule qui se raréfiait au fil des minutes, chacun regagnant son logis petit à petit, les gérants de cafés et des restaurants amenant les dernières notes aux tardifs et nettoyant les tables vides avec des gestes automatiques et maîtrisés.
Laissant entrer le frais de la nuit, elle retira ses sandales et s’allongea sur le lit frais, son cahier et un crayon à la main. Elle se remit à écrire, un sourire aux lèvres. Elle n’avait pas prévu de lier amitié avec quiconque pendant son séjour mais elle se disait que c’était peut-être une bonne chose. Elle avait passé une très bonne soirée, ses nouvelles connaissances semblaient sympathiques et solaires, et elle déroula la soirée en pensée et réfléchit à Isa et Karine, qui avaient l’air d’être un couple d’amoureuse. Elle repensa à Emma qui lui provoquait une sensation étrange, comme si la jeune femme lui cachait une envie ardente, ou ressentait le besoin de lui dévoiler quelque chose et qu’elle n’osait pas, ou qu’elle attendait de la connaître un peu plus pour se lâcher.
Jolie Emma, qu’elle avait cru adolescente au départ. Elle s’était d’ailleurs imaginé qu’elle aurait pu avoir une fille comme elle mais à présent, l’âge ne pouvait plus correspondre. Alors elle la voyait autrement, et se sentait gênée de ce qu’elle pensait éprouver, cette attirance incongrue que d’ailleurs Emma semblait partager, par les regards et les sourires qu’elle lui avait lancés durant toute la soirée.
Elle prit une douche rapide, laissa la fenêtre à peine entrouverte, éteignit sa lampe d’appoint et se glissa sous les draps, dont la fraîcheur et la légèreté provoquèrent un frisson soudain sur son corps nu et détendu. Elle s’endormit aussitôt, un sourire permanent sur les lèvres, sans savoir ce qu’elle allait faire demain.
***
Le samedi suivant, les trois amies embarquèrent Maryline dans une de leurs soirées habituelles, qu’elles nommaient soirées « lâcher-prise », là où elles déconnectaient complètement de leur semaine et se lâchaient totalement, à manger, boire, fumer pour certaines et surtout chanter, danser, rire, partir loin dans l’inconscience, comme si le lendemain ne venait jamais. Elle les avait prévenues qu’elle n’atteindrait peut-être pas ce même point de rupture, et qu’elle les laisserait dans leur univers un moment donné, d’une part parce qu’elle était plus âgée qu’elles et qu’elle avait déjà exploré ces moments d’insouciance extrême, d’autre part elle préférait à présent rester maîtresse de son corps et son esprit, par sagesse et pour un minimum de contrôle sur ses actes.
Un peu avant ce rendez-vous, elle prit un chemin tout au-dessus du village, bien après la dernière ferme en vue, qu’elle n’avait jamais emprunté, alors elle prit quelques repères tout autour d’elle, un buisson à la forme étrange, un amas de caillou dans le fossé, deux arbres enchevêtrés un peu plus loin, ce qui la mena à un grand pré luxuriant, à l’herbe un peu sèche et où des dizaines d’arbres épars semblaient s’être plantés ainsi pour laisser un espace vital à chacun, sans pour autant être trop éloignés les uns des autres. Cette vue la prit tellement par le cœur qu’elle s’installa au pied de ce qui semblait être un prunier, sortit son grand carnet et se mit à rendre le paysage en croquis, au départ grossier avec seulement quelques lignes non soutenues, puis agrémentées de petits détails qui, accrochés les uns aux autres, commencèrent à former un beau brouillon de l’ensemble. Le verger s’étendait sur plusieurs centaines de mètres pour arriver à un creux avant l’horizon, d’où semblait sortir le flanc de la montagne toute d’arbres vêtue, dense et insondable, malgré quelques lignes parallèles d’érosion sortant de cette végétation et qui prouvaient l’âge immémorial des éléments, de l’atmosphère et des animaux, comme ces deux lièvres à peine cachés par une butte de terre, ou même cet écureuil presque invisible, dont la couleur fusionnait parfaitement avec la branche sur laquelle il reposait.
Elle se dit qu’elle eut pu amener ses couleurs, cependant elle aurait tout le temps de peaufiner les tracés et les formes qu’elle apercevait en ce monde incroyablement silencieux, à part quelques pépiements de merles, de mésanges ou même d’un ou deux chardonnerets, plaqués sous les feuilles des maîtres des lieux. Tellement concentrée sur son œuvre, elle en oublia le temps, se sentit presque décoller du sol et son esprit semblait à deux doigts d’aller explorer cette moitié d’horizon, là-bas, plus loin, vers l’ailleurs, encore plus calme, serein et inconnu.
Et comme souvent, ses yeux laissèrent couler quelques larmes, comme un soupçon de condensation lors d’une différente amplitude de température, puis ils s’embuèrent totalement, à mesure qu’elle tentait de réfréner le flot léger qui s’accentuait. La tristesse n’était pas de mise à cet instant, loin de là, c’était comme un excès de joie, pas de bonheur, mais d’une allégresse irrépressible qui lui provoquait ces fortes sensations, parfois à la limite de l’évanouissement. La beauté de ce qui l’entourait et l’absence de toute présence humaine la rassuraient et la consolaient, même si la solitude ne faisait pas partie de son caractère profond, l’instant était si unique qu’elle laissa tomber son carnet et patienta jusqu’au dernier soubresaut, la délivrant de cette vague de bien-être extrême et vivifiant.
Elle resta encore quelques minutes immobile, stoïque, proche de la méditation, son esprit et son corps inspirant la moindre particule d’éther, afin de rester dans cette attitude le plus longtemps possible. Puis, rassasiée de molécules de nature, elle reprit son sac avec son carnet, but un peu d’eau et redescendit le chemin tout en envoyant un baiser furtif au loin, murmurant aux choses alentour : « A bientôt et merci… »
Lorsqu’elle atteignit la place, Emma vint à elle, lui claqua une bise sur la joue et lui dit, un peu inquiète :
- Ça va, tu t’es perdue ?
- Pourquoi ? Je suis en retard ?
- Oh juste d’une bonne demi-heure !
- Mince, je suis désolée, je suis partie me balader et je me suis abandonnée à la contemplation… C’est si beau par ici…
Isa et Karine arrivèrent, main dans la main, ce qui renforça l’intuition première de Maryline pour ce couple, et Isa s’esclaffa :
- Dis donc, tu as fumé un p’tit joint toi, non ?
Les deux autres scrutèrent les yeux de leur nouvelle copine et attendirent qu’elle leur réponde :
- Non, non, pas besoin, la nature m’a juste illuminée en entier. Je reviens juste à la réalité avec peine.
- Avec ces yeux rouges ? rempila Isa. Pas à moi, ma belle.
- Je t’assure, rétorqua Maryline, le sourire ayant quitté son visage, je n’ai rien pris d’autre qu’un bol de nature. Mes yeux sont rouges à cause du vent des hauteurs et peut-être du pollen.
Emma, ayant senti qu’il fallait clore la petite boutade, regarda Isa pour la faire taire et les quatre femmes embarquèrent dans la voiture de Karine, qui les porta jusqu’à une boîte de nuit à la sortie du village voisin, en pleine nature, sans maison d’habitation ni aucune autre structure qui aurait pu s’indigner du bruit et de la musique ambiante.
Elles retrouvèrent d’autres connaissances, ça riait, ça papotait, ça se refaisait reluquer par les quelques mecs déjà présents au bar, ça se payait des verres, une ambiance de fête qui semblait bien partie pour être telle qu’Isa et Karine l’avaient désirée. Emma tentait de présenter Maryline à tout ce nouveau monde et les conversations se mêlaient tellement qu’il était difficile de suivre tout ce qui se disait, et surtout de se rappeler qui était qui.
La soirée battant son plein et les deux amoureuses ayant fait corps avec l’ambiance globale, Emma voulut rester avec Maryline, lui disant qu’elle ne voulait pas qu’elle fusse esseulée devant tous ces nouveaux visages. Mais c’était Emma qui désirait parler avec sa nouvelle amie et faire plus ample connaissance. Voyant Maryline assez discrète sur elle-même, car elle ne répondait jamais plus que le minimum aux questions qu’on lui adressait, Emma parla un peu d’elle.
