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Après « Quarantaine », la seconde partie du diptyque consacré à l’être dans une relation d’amour rappelle « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen par la pureté folle de la passion que Zoé et Laurent se vouent l’un à l’autre, et l’impact ravageur du trope du « couple modèle » de « Gone Girl » de Gillian Flynn. Une nouvelle ciselée comme une météorite, qui tombe face la première sur nos enjeux humains les plus poignants.
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Seitenzahl: 53
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Nayla Maalouf Guillemin
Sans nom
Éditions des Bords de Seine
Merci à ma fille Allumette dans le rôle fictif de la ballottée Melody et qui s’en amuse.
Merci à ma sœur Rita qui m’écoute patiemment, lui lire et relire Sans nom.
À mon père Clovis Maalouf, cette folle nouvelle est pour toi le pilier de nos vies farfelues.
Merci à la superbe Rim Murr pour son soutien indéfectible et sa luminosité.
Merci à ma magnifique maman, Alma, pour son amour, sa force et ses précieux conseils.
Merci à Lesther que je saoule avec mes textes. Merci, mon chéri, pour tes encouragements et ton aide, jtm.
Merci à Laurent, mon homme magnifique, acteur de mon imaginaire tordu.
Merci à Diala Gemayel, mon amie et conseillère.
Merci à Nouche, ma sœur, qui m’a toujours portée plus loin de moi-même.
« Pose-moi comme un sceau sur ton bras, car l’amour est fort comme la mort. »
Le Cantique des Cantiques
Je m’appelle Laurent Eischer, le nom de mon père.
Avant le divorce de mes géniteurs, j’étais fils unique. Puis mon père recomposa une nouvelle famille avec une jeune femme fade qui engendra un binôme. Nous créchions dans un appartement moderne de 75 m2 dans les Hauts-de-Seine à l’ambiance aseptisée, chaque chose était rangée et chacun à sa place. Sauf moi, aussi loin que je m’en souvienne, je ne savais pas trop où me poser. Même dans ma chambrette je me sentais claustrophobe et mal à l’aise. Les jumeaux, eux, fusionnaient si bien qu’ils évoluaient comme des siamois dans un monde clos rempli de leur connivence ; je n’étais que l’aîné avachi, qui prenait trop de place sur le canapé devant la télévision. Les morveux me toléraient de justesse par obligation filiale. Pour moi, ces deux-là n’étaient que nuisance sonore, une sorte de monstre à deux têtes.
Tous les vendredis soirs, la colonie m’éjectait.
On me demandait gentiment de faire mon sac à roulettes dont le son m’est encore insupportable aujourd’hui.
J’allais au bout de ma propre rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine, chez ma daronne, Maël Edelman.
Chaque fin de semaine, j’exultais d’impatience et je me propulsais chez ma fascinante maman. Chez elle, nous étions les seuls humains dans un spacieux appartement de 250 m2 surchargé d’antiquités, principalement chinées aux puces de Vanves. Les moulures au plafond de 4 mètres de hauteur me transformaient en nain et dominaient une cheminée hors service. J’étais un gnome qui avait froid, mais qui avait de l’espoir. Ici, la méridienne m’était exclusive ; même si je m’y prélassais toujours trop seul, j’étais paradoxalement un être optimiste et toujours ravi de se rendre chez sa mère.
Je ne saurais expliquer cet entrain puisque je désenchantais hebdomadairement et infailliblement, dans les dix premières minutes de nos retrouvailles. Car chez elle m’attendait le vide.
— Bonjour, Laurent.
Un bécot sèchement déposé sur ma joue m’accueillait, puis plus rien.
On aurait pu me troquer avec n’importe quel autre gamin d’un mètre quarante, elle n’aurait pas vu. Car en ce qui me concerne, Maël Edelman était aveugle aux sentiments.
Elle qui n’avait rien de la mère juive qu’elle était pourtant respectait les rites judaïques de son histoire. À chaque shabbat je suppliais Élohim que son regard se mêle au mien, qu’à travers l’éclairage des bougies je visse une étincelle. Et pourtant, jamais elle ne m’accordait ce privilège.
Dans ma tête d’enfant, je ne désespérais pourtant pas de la voir m’aimer.
À l’école, j’excellais dans le seul but d’être félicité.
Mais plus j’en faisais et moins elle me calculait.
Alors j’attendais que le lundi arrive pour recommencer à tenter.
Même si mon père, lui, me trouvait trop boudiné, pas assez fort, extrêmement renfermé, ça ne me dérangeait pas. Toutes les nuits, je rêvais que ma mère m’étreigne, et cela jusqu’à mes quinze ans.
Pendant l’attente de grandir, on ne sait pas trop, nous les mal-aimés, si on existe vraiment. On se demande juste si un jour, notre tissu tout rêche réussira à s’étendre sans se fissurer, car nous désirons malgré tout enjamber la vie.
À dix-huit ans, j’ai plongé dans une boulimie du toucher ; d’accord, avec toutes les femmes qui voulaient bien m’enlacer.
Handicapé du sentiment, je ne savais qu’étreindre, mon cœur, lui, était éteint, aimer n’était plus à ma portée.
À vingt-quatre ans, je rencontrai Zoé, je ne sais pas si c’était le bon moment ou tout simplement un incontournable dans une vie d’homme, mais moi j’ai sauté de ma falaise.
Je suis tombé en amour pour la deuxième fois, et même si la première ne compte pas, parce que c’était il y a longtemps, que c’était ma mère et que ce n’était pas réciproque.
Moi j’y suis allé, bêtement confiant.
À force d’avoir été privé d’affect, à Zoé j’ai donné, tellement et comme un acharné. J’y ai cru, oh, mais si fort. Repêché par elle, je suis monté très haut sur l’échelle de l’élan. Elle m’avait accroché à des fils invisibles ; ainsi suspendu au ciel, je me sentais immense.
Zoé me le rendait, cet amour, au centuple. J’étais un homme enfin comblé durant ces deux années de félicité.
Mais soudain, un maudit sept septembre de mes vingt-six printemps, elle coupa ces attaches, et je m’écroulai tel un pantin hors service.
C’est alors que, par un tour de magie noire, je perdis d’un coup sec mon gigantisme.
Pendant deux autres années pleines, j’errai, les épaules basses, déambulant sur le chemin de ma vie, désemparé face à ma propre platitude.
J’avais déterré le corps trop raide de mes dix ans.
Évidemment qu’en affaires je cartonnais, mais tout comme l’enfant jadis, la peur était bien revenue accompagnée de cet étonnement désabusé d’être là vivant parmi les humains.
Et pourtant, à vingt-huit ans, Nathalie, flamboyante jeune archi de trente ans, raviva mes sens meurtris.
Elle me bouleversa, sa crinière de feu, ses yeux presque jaunes, ses jambes fuselées, ses fesses bombées, tout chez elle me plaisait. Et alors, je repartis pour trois années entières de vie de couple rangée.
Mais pas tout à fait, puisque, fidèle, je ne l’ai plus jamais été.
Tout juste, et peut-être loyal.
Lorsque ce fut fini, je ne ressentis rien de plus que le vide qui ne m’avait en fin de compte plus jamais quitté depuis ma parenthèse bénie.
Et puis j’ai enchaîné les conquêtes.
Aujourd’hui, je suis un beau et riche serial lover. J’ai enfin récupéré Zoé, et je vais la tuer.
