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2167. Milly, Lauryn, Julien ont quinze ans.
L’âge où ils doivent subir leur Vitaltest, un lâchage initiatique dans un lieu inconnu. Ils n’ont pour tout bagage et toute arme que leurs vêtements et le cristal représentant l’élément sur lequel ils détiennent un pouvoir tout neuf.
Arriveront-ils à se retrouver et à s’organiser pour survivre ? Le mois que va durer leur test ne risque-t-il pas de se transformer en vrai cauchemar pour ces jeunes citadins peu habitués à vivre en pleine nature ? L’air, l’eau, la terre et le feu, qu’ils maîtrisent à peine, seront-ils pour eux un appui ou, au contraire, des armes au service des pulsions de mort qui pourraient en habiter certains ?
Ce que l’on sait, c’est qu’ils sont loin, très loin, d’être au bout des surprises qui les attendent.
Découvrez sans attendre le premier tome de la saga fantasy passionnante Vitaltest !
EXTRAIT
Elle s’apprêtait à partir. En son for intérieur, son esprit peinait à se rendre compte qu’elle ne reverrait pas de sitôt tous ces éléments de son quotidien. La nuit durant, elle était restée éveillée, les yeux grands ouverts sur le plafond de la chambre, incapable de trouver le sommeil qui persistait à la fuir. Ses paupières refusaient de se fermer. Elle envisageait les innombrables possibilités que cette journée lui offrait. Une journée qu’elle appréhendait depuis maintenant des mois, mais qu’en même temps elle attendait avec une excitation impatiente.
S’éloignant de la vision rassurante que lui offrait la ville immuable, encore assoupie à cette heure matinale, elle reposa le bout de bois sur son bureau parfaitement en ordre. Un sourire ourla ses lèvres. Elle trépignait presque sur place, incapable de se calmer.
C’était aujourd’hui le jour tant attendu. Le Vitaltest.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Un premier tome réussi ! [...] Comme après une longue ballade dans en forêt, on referme Vitaltest en se sentant plus proche de la nature et impatient d’y retourner ! -
Alicia
L'auteure a bien géré son thème et elle a une belle écriture. Je vous le recommande si vous aimez le genre d'Hunger Game, le suspense, les défis et j'en passe. -
Blog Lily and the World of Books
À PROPOS DE L'AUTEUR
Clara Suchère a commencé à écrire
Vitaltest à quatorze ans. Elle en a seize aujourd’hui, et prépare un bac scientifique. Elle est passionnée de montagne, de lecture et, bien sûr, d’écriture.
Vitaltest est une saga fantasy où la magie ne résout pas tous les problèmes.
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Seitenzahl: 333
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Clara Suchère
Tome 1 – Sans repères
Copyright © Yucca éditions, 2015
Depuis plus de cinquante ans, l’année de leurs quinze ans, les adolescents sont soumis au Vitaltest, un examen en deux parties. Un examen qui détermine le reste de leur existence et les marque à jamais…
La découverte des capacités élémentaires a tout bouleversé à notre échelle d’humains. Rien n’a jamais autant ébranlé notre conception de la vie que l’apparition de ces nouvelles facultés. Depuis la nuit des temps, nous les avions considérées comme inaccessibles et elles constituaient même un objet de fantasme dans bon nombre d’œuvres de fictions.
Lorsque nous comprîmes que notre cerveau et notre corps étaient en mesure d’entrer en contact avec l’un des quatre éléments primaires, l’Eau, la Terre, l’Air et le Feu, une palette incroyable de nouvelles possibilités se présenta à nous. Une nouvelle puissance que nous n’osions pas même imaginer, si bien que la découverte resta secrète dans les premiers temps.
Hélas, lorsque ces connaissances furent enfin divulguées, l’humanité plongea dans ce qui s’avéra l’ère la plus sombre de son Histoire. Comment avions-nous pu seulement envisager qu’aucun homme ne chercherait à utiliser ces capacités pour des usages personnels et pernicieux ?
(…)
C’est à la suite de la Guerre Quaternaire que le Vitaltest fut inventé. Organisé comme une épreuve en deux parties, le Vitaltest est un rite d’initiation auquel tout adolescent doit se confronter l’année de ses quinze ans. Tout d’abord le Test, pour déterminer l’élément avec lequel le candidat entrera en communion pour le restant de ses jours. Puis le Lâchage, qui constitue en lui-même une expérience particulièrement différente de tout ce à quoi l’adolescent a été habitué depuis sa naissance.
(…)
Grâce à ce procédé, la population de la Terre vit en harmonie avec la nature, dans une paix entière que jamais auparavant nous n’aurions pu envisager. Avec l’exemple de la Guerre Quaternaire, nous avons compris ce à quoi nous devons absolument échapper. Nous avons compris que notre salut résidait dans notre faculté à vivre en communion avec les éléments, à utiliser nos capacités au mieux pour faire le bien autour de nous et améliorer la qualité de nos vies.
C’est en tout cas ce à quoi nous aspirons aujourd’hui.
(…)
Extrait du préambule
de la Nouvelle Constitution de Tairfeau
Milly
Fébrile, Milly consulta sa montre tout en faisant tourner sans relâche un crayon entre ses doigts pour évacuer le stress qui l’habitait. Les premières lueurs de l’aube venaient d’apparaître. Elles nimbaient sa chambre d’une lumière violette surréaliste, éclairant les peluches sagement alignées sur son lit, derniers résidus de son enfance, alors qu’elle s’apprêtait enfin à prendre son envol. Nerveuse, elle se mordilla la lèvre inférieure et approcha de la fenêtre surplombant la rue. Elle détailla sans y penser toutes ces habitations qui lui étaient à présent si familières, blanches, épurées. Elle en connaissait la moindre façade, les moindres pots bigarrés qu’occupaient les fleurs dont le parfum capiteux embaumait la rue.
Elle s’apprêtait à partir. En son for intérieur, son esprit peinait à se rendre compte qu’elle ne reverrait pas de sitôt tous ces éléments de son quotidien. La nuit durant, elle était restée éveillée, les yeux grands ouverts sur le plafond de la chambre, incapable de trouver le sommeil qui persistait à la fuir. Ses paupières refusaient de se fermer. Elle envisageait les innombrables possibilités que cette journée lui offrait. Une journée qu’elle appréhendait depuis maintenant des mois, mais qu’en même temps elle attendait avec une excitation impatiente.
S’éloignant de la vision rassurante que lui offrait la ville immuable, encore assoupie à cette heure matinale, elle reposa le bout de bois sur son bureau parfaitement en ordre. Un sourire ourla ses lèvres. Elle trépignait presque sur place, incapable de se calmer.
C’était aujourd’hui le jour tant attendu. Le Vitaltest.
Un bruit derrière elle la fit sursauter. Elle pivota brusquement pour faire face à sa mère, vêtue d’une robe de chambre dont les pans lâches révélaient une silhouette gracile. De taille plutôt petite, comme sa fille, elle arborait elle aussi un sourire d’une tendresse infinie.
— Si impatiente de nous quitter !
Le cœur de Milly se serra convulsivement. Elle avait mis l’alarme de son réveil pour lui dire au revoir, malgré le ciel encore mauve. Émue, elle alla l’embrasser en se gardant de croiser son regard, de peur qu’elle aperçoive les larmes qui brouillaient son champ de vision. Fort heureusement, si elle le fit, elle se garda d’en faire la remarque.
— Je voulais te demander… commença-t-elle dans un chuchotement en se détachant de son étreinte, tu as une idée de l’endroit où ils comptent nous envoyer ?
Avant même qu’elle lui ait livré une réponse quelconque, elle sut que sa question était idiote. Comment diable sa mère aurait-elle pu être au courant des décisions du Conseil ?
— Je n’en sais rien, Milly, déclara-t-elle en lui confirmant sa pensée. Ils sont capables de t’envoyer aux deux pôles comme au fin fond du désert !
La jeune fille frissonna en songeant aux inconforts d’une telle situation. Elle priait de tout son cœur pour être lâchée dans une région au climat plus ou moins acceptable, mais n’ayant aucun contrôle sur la situation à l’instar de ses camarades, elle en était réduite à se figurer des dizaines de schémas différents dans sa tête.
— À moins d’être complètement idiote, tu t’en sortiras, lui assura sa mère. Et tu ne l’es pas…
Elle lui releva le menton avant de lui caresser la joue affectueusement. Milly se contraignit à hocher la tête en signe d’assentiment.
Mais malgré ses tentatives pour faire bonne figure, elle ne put s’empêcher de repenser à cette fameuse année où des candidats de son âge, avec les mêmes espérances, les mêmes craintes qu’elle, avaient été largués dans les grands canyons. Depuis l’accident tragique qui s’en était suivi et sur les injonctions de l’Assemblée du pays, le Conseil chargé de l’organisation du Test et du Lâchage, avait renforcé les mesures de sécurité. Elle n’avait théoriquement absolument rien à craindre.
Comme si elle lisait dans ses pensées, la voix de sa mère se chargea d’une douceur inaccoutumée.
— Tout est étudié pour, on vous l’a dit et répété mille fois.
Elle percevait de toute évidence l’agitation de sa fille, mais aujourd’hui nul n’aurait été en mesure de la rassurer. Personne, à part peut-être…
Son portable vibra dans sa poche. Elle sut de qui le message provenait avant même de le vérifier. La charge qui pesait sur ses épaules se délesta quelque peu. Elle jeta un œil à son écran et constata avec une satisfaction évidente qu’elle avait vu juste. Lauryn, sa meilleure amie. Comme si un lien télépathique les unissait.
« On se retrouve devant le Panthéran, OK ? »
Avec une dextérité sans pareille, elle se hâta de tapoter sur son écran ultra-sensible quelques mots en guise de réponse.
« OK… Je suis trop impatiente ! »
Après quoi elle rangea l’appareil dans sa poche et lança un regard en direction de ses affaires consciencieusement pliées dans son armoire ouverte. En vue du Test, une tenue standard leur avait été imposée, soit un t-shirt de la couleur de leur choix assorti d’un sweat et un short ou un pantalon de matière résistante. Pour sa part, elle avait opté pour un haut violet assorti d’un bas kaki, un ensemble qu’elle avait estimé pratique et confortable. Pile ce qu’il lui fallait pour les semaines à venir.
Une fois de plus, la question de la catégorie dans laquelle elle serait placée revint la tarauder. En serait-elle contente ? C’était une question stupide. Elle ne connaissait personne que sa capacité n’avait pas ravi au plus haut point. Elle n’avait strictement aucune raison d’échapper à la règle. Elle devait s’efforcer d’oublier la tension qui habitait la moindre de ses fibres, au point qu’elle se sentait comme une boule d’électricité prête à imploser.
— Emm m’a confié un mot pour toi.
— Elle n’a pas eu le courage de se lever ? railla-t-elle, un peu vexée au fond d’elle.
Emm était sa sœur, de six ans son aînée. Le Test et le Lâchage remontaient donc à longtemps dans son cas. Elle saisit le petit bout de papier que sa mère lui tendait, avant de le parcourir rapidement. Seuls quelques mots y étaient inscrits.
« Je te fais confiance, Milly ! Sois une battante, tu vas tous nous époustoufler, j’en suis sûre.
Emm.
P.-S. Prends le temps de réfléchir avant chaque choix. Et ne mange pas n’importe quoi. »
Elle ne put s’empêcher de sourire, tout agacement envolé en un clin d’œil. Sa sœur lui faisait confiance. Tout le monde lui faisait confiance. Elle devait se montrer digne des attentes qu’ils plaçaient en elle.
Lauryn
Le ciel était d’un azur si profond qu’on se serait cru en plein milieu de l’été. La jeune fille avança au milieu d’une rue bizarrement déserte où des rangées de véhicules immobiles, garés des deux côtés de l’allée de bitume, réverbéraient les rayons du soleil éclatant. Elle avait beau tendre l’oreille, pas un bruit ne venait troubler ce silence étrange et inquiétant, comme si le site urbain était mort, toute trace de vie envolée. Les stores des maisons devant lesquelles elle passait étaient tous tirés ; on aurait dit que les habitants avaient fui leurs demeures, menacés par un danger imminent. Seuls les sons de sa respiration un peu trop rapide et de ses pas contre le sol de béton attestaient qu’elle n’était pas devenue sourde.
— Il y a quelqu’un ? lança-t-elle prudemment, alors que son cœur martelait sa poitrine de façon alarmante.
Nulle voix ne s’éleva pour lui répondre. Inspirant une grande goulée d’air, elle s’apprêtait à retourner sur ses pas quand un bruissement, si furtif qu’elle douta un instant de l’avoir bien entendu, lui fit faire volte-face. Sur ses gardes, elle scruta les trottoirs déserts où s’élevaient à intervalles réguliers des massifs fleuris et des arbres aux branches noueuses, laissés à l’état sauvage.
— Milly ? Julien ? Ce n’est absolument pas drôle.
Elle fit quelques pas dans la direction du léger bruit, attentive au moindre mouvement qui lui paraîtrait suspect. Il ne s’était pas écoulé trois secondes qu’une boule de lumière jaillit de derrière une voiture en l’éblouissant. Elle bondit, effarée, et faillit trébucher contre le rebord de la chaussée avant de se rattraper de justesse à un rétroviseur.
Elle cligna plusieurs fois des paupières, puis ses yeux s’accoutumèrent peu à peu au rayonnement incandescent de la sphère. Une curiosité inexplicable la forçait à rester là au lieu de tourner les talons pour fuir, comme toute personne possédant un brin de bon sens l’aurait fait.
Composée de plusieurs couleurs, majoritairement du bleu, de l’argenté, du vert et de l’orange, qui parcouraient sa surface comme une bulle de savon, elle oscillait imperceptiblement, instable sur son axe. Son aura était magnifique. Elle scintillait de manière fascinante. Quelque chose émanait de l’entité inconnue, comme si elle possédait une vie propre.
Sa main se tendit presque involontairement vers ses parures iridescentes. Pendant que ses doigts en effleuraient la surface, elle se divisa en quatre parties, formées des couleurs qu’elle avait remarquées. Ces quatre sphères, semblables à la première, restèrent un instant immobiles, avant de l’encercler lentement, mais sûrement. Elles entrèrent alors dans une danse organisée, gravitant autour de son corps, la cernant de toutes parts et l’empêchant de sortir de la prison de lumières qu’elles échafaudaient autour d’elle.
Elle était coincée.
Lauryn se réveilla en sursaut, les joues baignées de sueur, sur un cri muet. Un instant lui fut nécessaire pour reprendre ses esprits : elle jeta un coup d’œil alarmé à son réveil, puis se rasséréna en s’apercevant qu’il ne sonnait que dans deux minutes. Elle entreprit alors de calmer le rythme de son cœur, puis se massa les tempes pour évacuer la tension imputable au cauchemar qu’elle venait de faire. L’aura incroyable de la sphère de lumière l’environnait encore, menaçait de l’engloutir. Elle se débattait, mais son influence était trop forte. Maudissant cette angoisse qui ne la quittait pas depuis plusieurs jours, elle se leva de son lit. La pièce tourna une seconde autour d’elle, avant que sa pression artérielle ne s’accommode et qu’elle se stabilise.
Il aurait été inquiétant de ne pas ressentir d’anxiété, un jour comme aujourd’hui. Ce jour qui déterminerait sans doute le reste de son existence. Elle passa les mains dans ses cheveux poissés de sueur, avant de décider qu’une bonne douche s’imposait. Un sourire narquois lui effleura les lèvres quand elle se rendit compte qu’elle n’y aurait plus droit avant longtemps.
Elle était déjà attablée depuis plusieurs minutes devant son petit déjeuner quand son frère surgit dans la cuisine, ses éternels cheveux ébouriffés ayant l’air de sortir d’une bataille particulièrement violente. Alors qu’il se laissait tomber sur une chaise en face d’elle, raflant au passage une boîte de céréales, elle se rendit compte que ce jour n’avait absolument rien d’exceptionnel pour lui. Pour Ryo, c’était une journée de cours normale, une matinée normale et un repas normal. Il parut alors remarquer son attitude et laissa échapper un ricanement encore un peu pâteux.
— Tu stresses à mort, non ?
— Sans blague. Bonjour à toi aussi. Eh oui, je stresse. Ne me dis pas que tu étais complètement détendu le jour de ton Test.
Il haussa les épaules en engloutissant une cuillérée de flocons sucrés, puis prit le temps de déglutir avant de lui consentir une réponse.
— Une fois que tu l’as passé…
— Tu oublies le Lâchage ! se récria-t-elle. Un mois, ça ne passe pas en un claquement de doigts !
— C’est juste génial ! Sérieusement, essaie de profiter un peu, après tu regretteras d’avoir gâché les sensations avec ce stress.
Elle ne releva pas, vaincue. Après tout, lui l’avait passé, elle non. Ryo avait été lâché en pleine savane et elle savait que pour lui cette expérience avait été tout simplement extraordinaire. Elle ne comptait plus le nombre d’anecdotes qu’il lui débitait ni la quantité industrielle de fois où une expression d’envie était passée sur le visage de son frère alors qu’elle évoquait son prochain Lâchage.
Néanmoins, elle ne se faisait guère d’illusions. Ryo avait beau avoir littéralement adoré son Vitaltest, il n’en demeurait pas moins qu’il avait vécu des moments durs au cours du mois de l’épreuve. Parfois, alors qu’il lui narrait un épisode de la vie fantastique qu’il avait mené là-bas, son visage se fermait et il se taisait subitement. Dans ces moments-là, elle ne pouvait plus en tirer quoi que ce soit, lui arracher la moindre information de plus. C’était cette expression qu’elle redoutait d’avoir, une fois le Lâchage passé. Cette expression renvoyant à de douloureux souvenirs qu’on aurait préféré ne jamais vivre.
Ceci mis à part, son frère avait eu de la chance. Il n’avait eu aucune difficulté à trouver son élément qui, d’après lui, s’était imposé comme une évidence. Et s’il n’en était pas de même pour elle ? Si elle constituait un cas à part ? Son rêve étrange prit soudain tout son sens.
Machinalement, elle envoya un message à Milly. Ce qu’elle faisait toujours quand elle se sentait mal : le remède était immédiat en général.
« On se retrouve devant le bâtiment, OK ? »
Pas question qu’elle se retrouve seule, noyée au milieu d’une foule d’élèves inconnus. La réponse ne tarda guère à arriver.
« OK… Je suis trop impatiente ! »
Et pour cause ! D’un naturel anxieux et tel qu’elle la connaissait, son amie devait être aussi tendue qu’elle. Aujourd’hui, le Test et le Lâchage seraient effectués. Elle trouverait sa voie.
La gorge nouée, elle repoussa son bol, incapable d‘avaler une bouchée de plus. Au lieu de la réprimander pour son imprudence en une journée aussi capitale, Ryo renifla et se hâta de finir sa ration. En voyant son expression dépitée, il s’arrêta net. Sa figure se fit plus compréhensive.
— Allez, sœurette, tu vas t’en tirer comme une chef. Ne fais pas cette tête d’enterrement, les prochains jours seront les meilleurs de ta vie !
Milly
Immobile devant le Panthéran, la jeune fille attendait depuis près d’un quart d’heure, les bras croisés, son pied tapotant distraitement le sol. Les autres adolescents passaient devant elle comme des fantômes, des mirages dont elle n’était même pas sûre que l’existence soit réelle. Elle pensait à des milliers de choses en même temps, comme si son cerveau était une machine en suractivité, bourdonnante et au bord de la rupture. Une ou deux salutations lui parvinrent, mais elle eut un mal infini à leur répondre, et encore moins avec le sourire. Elle avait laissé son portable chez elle comme le stipulait le règlement, aussi ne pouvait-elle contacter personne. Dire qu’elle avait cru pouvoir aborder cette journée en toute sérénité…
Au bout de la rue, elle aperçut soudain une silhouette familière et lui adressa de grands signes de main soulagés. La pression qui lui broyait la poitrine se relâcha imperceptiblement. Alors qu’il avançait, les traits du nouveau venu se clarifièrent. Elle attendit qu’il se soit suffisamment approché pour lui lancer une remarque moqueuse :
— Alors Julien, tu te balades ?
Julien Neith, son meilleur ami, était un grand garçon aux cheveux blonds coupés en brosse, aux yeux noisette et à la musculature déliée. En entendant sa pique, son sourire se renforça un peu plus. Il avait constamment, même dans les pires moments, l’air aussi détendu que s’il s’apprêtait à acheter son pain à la boulangerie.
— Comment tu fais pour garder cet air détaché en toutes circonstances… marmonna-t-elle en le laissant l’embrasser sur les deux joues.
— Salut, toi ! lança-t-il d’un ton joyeux en ignorant la remarque.
— Tu es au courant que je n’ai pas dormi de la nuit ?
Le jeune homme haussa un sourcil circonspect en la toisant, puis secoua la tête avec un soupir affligé. Sa présence avait beau l’apaiser, elle n’en revenait toujours pas qu’il soit aussi décontracté à quelques minutes de son choix. N’importe qui appréhenderait un minimum cette perspective, non ? Elle l’observa fouiller dans sa poche tout en sifflotant une chanson à la mode. Il en sortit une pomme juteuse qu’il commença à croquer. Elle se fit la réflexion que les règles universelles ne s’appliquaient peut-être pas à cet énergumène.
— Elle est où, Lauryn ? demanda-t-il en déglutissant une bouchée du fruit.
— Tu la connais.
— Non, pas possible. Je préfère ne pas comprendre ce que tu sous-entends. Être en retard le jour du Vitaltest… Son nom serait célébré dans le livre des records.
— Qui a dit que je serais en retard ? fit une voix sèche derrière son dos, teintée d’un brin d’exaspération.
Il sursauta avant de se tourner vers la nouvelle arrivante, levant les mains, paumes en avant, alors qu’une innocence des plus cocasses se peignait sur ses traits. Milly éclata de rire, grandement soulagée par la présence de son amie. Elles n’étaient complètes que quand elles étaient ensemble, telles les deux moitiés d’une même âme. Et pourtant, elles étaient physiquement aussi différentes qu’on puisse l’être.
Lauryn avait les cheveux d’une belle couleur blond platine, des yeux bleus rieurs et pétillants, un teint de pêche et un nez retroussé qui lui conférait un air mutin. Quant à Milly, elle arborait une longue chevelure ébène, presque noire, des yeux d’un vert intense et une peau diaphane qui lui avait valu bien des fois des coups de soleil douloureux. En revanche, toutes les deux possédaient la même silhouette svelte et athlétique, même si la première dépassait l’autre de cinq centimètres.
Son amie était venue les mains vides, en simple tenue pratique comme l’indiquait le courrier qu’ils avaient reçu peu de temps auparavant.
— Mais qui peut bien avoir dit ça ? répéta Julien en mettant les mains sur sa taille, les sourcils froncés. C’est vrai que tu es tout le temps à l’heure. Je ne t’ai jamais vue manquer à cette ponctualité qui te caractérise.
Amusée, l’intéressée lui décocha un coup de coude dans les côtes qui le fit grimacer, avant d’embrasser Milly. Cette dernière, dents serrées, détailla les centaines d’adolescents qui se pressaient autour d’eux, stationnant devant le Panthéran avec des attitudes plus ou moins agitées. Le signal leur indiquant qu’il était temps de rentrer ne devait pas tarder à se manifester. Sa gorge se comprima douloureusement. Mais maintenant qu’elle était avec ses amis, l’angoisse refluait quelque peu…
« Tous les candidats sont appelés à entrer dans le Panthéran pour la première partie du Vitaltest ! »
… ou pas.
Julien
Il avait beau n’en rien montrer, le jeune homme était terriblement tendu à la perspective de l’épreuve qui allait leur être imposée. Sa mère était Feu, son père Eau : il ne comptait plus le nombre de fois où il avait songé que ces deux éléments étaient bien incompatibles. Il savait que la plupart des adolescents, au seuil de leur choix, étaient envahis par le doute et la peur. Contrairement à ce qu’il voulait laisser paraitre, il ne dérogeait pas à cette règle. Au-delà de son comportement détaché, il avait de sérieux doutes quant à sa capacité à trouver l’élément qu’il pourrait le mieux s’approprier. Tout ce qu’il souhaitait, au fond de lui, était de ne pas avoir de regrets.
Tout en se demandant une énième fois ce qu’il choisirait le moment venu, il jeta son trognon de pomme à peine fini dans la poubelle la plus proche, avant d’emboîter le pas à ses deux amies. C’était ensemble qu’ils allaient vivre cette expérience, il lui fallait se le rappeler toutes les deux minutes pour empêcher la panique de l’envahir. Il n’était pas seul ! Il n’avait jamais été seul, pas avec elles, pas avec ces deux filles qui l’avaient accompagné dans toutes ses périodes, les bonnes comme les mauvaises. Pris d’une soudaine nostalgie mêlée d’un élan d’affection impromptu, il saisit le bras de Lauryn, la plus proche. Elle lui lança un regard surpris avant de plisser les yeux, tandis qu’une lueur moqueuse jouait dans ses prunelles azur.
— Tu te sens bien ? Un coup de barre, Julien ?
Il leva les yeux au ciel, mais son sourire lui réchauffa le cœur et c’est plus calme qu’il pénétra dans le grand édifice à leur suite, gravissant les marches du perron en prenant garde de ne pas trébucher.
Le Panthéran était un bâtiment présent dans toutes les agglomérations du pays. Chaque année, les élèves de quinze ans des trois académies voisines, Mérince, Dariante et Pairigue, se réunissaient ici pour accomplir la première partie du Vitaltest : le choix. Avant cette année cruciale, les enfants n’étaient pas en droit d’y pénétrer, c’était donc la première fois que Julien rentrait dans l’imposante bâtisse qu’il avait souvent admirée du dehors. Sa façade extérieure lui avait toujours semblé incongrue, tant on aurait dit un mélange de style grec et de château irlandais. Les colonnes doriques côtoyaient les créneaux et les tours de pierre. Sur ses hauts remparts s’écrasaient des vents mugissants, les jours de grandes tempêtes. Le jeune homme n’avait jamais su ce que les innombrables mètres carrés de l’édifice renfermaient et il aurait donné cher pour l’apprendre, étant d’un naturel curieux.
Emporté par le flot d’élèves surexcités qui se bousculaient pour essayer d’entrer le plus rapidement possible dans le monument, Julien faillit perdre les deux autres. Une main lui saisit alors la manche, qu’il identifia comme celle de Milly. Dans la marée de têtes agitées, il croisa son regard vert et fut aussitôt rassuré. Elle ne s’éloignait pas. Ce qui n’empêchait pas des dizaines et des dizaines d’adolescents enragés de le compresser de toutes parts. Dans sa tête défilait un diaporama bien précis d’images de troupeaux de moutons bêlants. Fronçant le nez pour réfréner son agacement, il se maintint à la hauteur de Lauryn et Milly en essayant d’apercevoir ce que renfermaient les portes imposantes dont ils venaient de passer le seuil. Mais peine perdue. La masse grouillante des centaines d’élèves qui le précédait l’en empêchait.
Comme la plupart des autres, il poussa une exclamation de surprise en découvrant les proportions gigantesques des lieux : le plafond culminait à une vingtaine de mètres de hauteur, de hautes colonnes en supportaient le poids… Mais avant qu’il ait pu observer davantage cette architecture singulière, les lourdes portes se refermèrent.
Et une obscurité de poix les environna alors.
Lauryn
Quand le noir tomba sur la salle, des centaines de cris lui vrillèrent les oreilles. Les adolescents sombrèrent dans une panique totale. On ne les avait jamais préparés à ça, il était interdit aux adultes d’en dévoiler trop sur le déroulement du Test.
Lauryn tenta de calmer sa respiration et les battements de son cœur affolé. Depuis plus de cinquante ans, des dizaines de groupes d’élèves étaient passés entre ces murs. Ils avaient tous vécu la même chose et s’en étaient quasiment tous sortis, à part deux ou trois accidents. Son côté rationnel lui indiqua qu’elle n’avait nulle raison de paniquer. Elle se contenta d’agripper la main de Milly pour ne pas la perdre. Celle-ci serra la sienne en retour dans un geste rassurant, et elle se sentit mieux. Peu à peu, les cris s’amplifièrent de façon alarmante. Tous se bousculaient, espérant peut-être gagner la sortie. Si Lauryn avait été en état de réfléchir, elle les aurait méprisés. Une part d’elle, arrogante, avait envie de les injurier. Pourquoi ne se taisaient-ils pas ? Elle commençait à avoir mal à la tête.
Soudain, les cris cessèrent. D’un coup, brusquement, comme une chandelle qu’on mouche. Ils firent place à des murmures étonnés. Dans les ténèbres environnantes, une lumière était apparue, exactement comme celle de son rêve, lui causant une anxiété sans nom et nouant son ventre. La lumière s’intensifia et bientôt la jeune fille put distinguer les visages de ses voisins, perplexes. Elle vit Julien qui tenait le bras de Milly, les yeux fixés sur la lueur.
Soudain, la boule de lumière se divisa en quatre. Une rouge, une verte, une bleue et une argentée. Elles dansèrent un moment au-dessus des têtes des adolescents qui semblaient hypnotisés par l’étrange spectacle. Un bruit attira l’attention de Lauryn. On aurait dit… un chant. Un long chant, envoûtant, de dizaines de voix féminines. L’adolescente en eut la chair de poule. Les lueurs dansaient toujours dans les airs, mais de plus en plus rapidement, alors que la mélodie s’accélérait. Son cœur se mit à battre plus vite et soudain des tambours résonnèrent dans la salle, d’abord lents, puis s’accordant rapidement avec le débit du chant et le rythme de son cœur. Un rythme à la fois terriblement angoissant et magnifique. L’atmosphère se chargea d’électricité tandis que la tension atteignait son paroxysme.
Soudain, tout s’arrêta. Les tambours se turent, les chants cessèrent et les lumières s’éteignirent.
Dix secondes s’écoulèrent, puis vingt. Aucun des candidats n’avait la moindre idée du comportement à adopter, mais personne n’osait parler. Le silence devint pesant.
Puis la lumière explosa.
Julien
Le plus étrange, dans cette explosion, c’est qu’elle se déroula sans bruit. La lumière parut éclater, éblouissant tout le monde. Ils en reçurent le souffle en pleine figure. Leurs cheveux volèrent, leur cinglant le visage. Mais aucune déflagration ne retentit sous la voûte impressionnante, rien qui indiquât une anomalie. Les adolescents poussèrent quelques cris de surprise, mais la plupart étaient bien trop choqués par ce qui se passait pour émettre le moindre son.
Julien mit un peu de temps à recouvrer l’ensemble de ses capacités visuelles. Quand ce fut le cas, il s’aperçut que les lumières s’étaient rallumées et qu’un homme volait au-dessus de leur tête. Pas une lumière, ni une chose immatérielle, mais bien un homme en chair et en os. Le jeune homme comprit immédiatement que son élément était l’air. Il les regardait gravement, sans esquisser le moindre sourire. Il portait un costume sombre, ses cheveux étaient coiffés en arrière, plaqués par du gel ; il devait avoir trente-cinq ans. Ses pommettes saillaient sur un visage émacié, lui conférant un air spectral. Lorsqu’il s’adressa à eux, sa voix retentit dans l’espace comme mille fois amplifiée.
— Jeunes gens, un peu d’attention.
Il n’avait nul besoin de cette introduction, la majorité des visages étant tournés vers lui, mais Julien supposa qu’il aimait son entrée et la répétait depuis pas mal de temps. Il jeta un coup d’œil à Milly et à Lauryn et s’aperçut que tous trois étaient toujours liés. Un léger sourire flotta sur ses lèvres.
— Je suis Geoffroy Marvin. Aujourd’hui se déroulera la première partie du Vitaltest et vers midi nous procéderons au Lâchage. Lorsque les portes s’ouvriront, avancez-vous en ordre et en silence jusqu’au lieu où je vous guiderai.
Quelques chuchotements se firent entendre. L’excitation, jusqu’alors légèrement atténuée, était repartie de plus belle. Julien sentit lui aussi son cœur s’emballer. Enfin, après plus de quinze ans, il allait savoir. Savoir ce que leur réservait cette épreuve dont nul n’était en droit de parler.
— Là, nous procéderons au Test, poursuivit Marvin. Vous savez tous de quoi il retourne. Air, Eau, Feu, Terre. Les quatre éléments… Il y a plus de cinquante ans maintenant, vers les années 2110, un peu avant la Guerre Quaternaire, nos ancêtres ont découvert cette parcelle de notre personnalité, jusqu’alors bien enfouie au fond de notre être. Nous étions et sommes destinés à dominer cette planète durant notre ère, pas toujours pour le meilleur, j’en conviens. Après la Guerre Quaternaire, pendant laquelle des pays ont testé leurs nouveaux atouts, les hommes se sont rendu compte de la fragilité de la vie. Tous ont pu constater à quel point la maîtrise des éléments a apporté à cette terre. Loin de l’idéologie opposée à cette nouveauté, et contrairement à toutes les attentes, les hommes ont compris le bien que pouvait apporter cette capacité. Depuis ce temps, nous vivons dans la paix, aussi bien entre nous qu’avec la nature.
Julien écoutait d’une oreille distraite. Pour l’avoir entendue, serinée des dizaines de fois par ses professeurs, il connaissait cette histoire par cœur. La Guerre Quaternaire, qui s’était déroulée de 2113 à 2115, constituait pour eux ce que la Seconde Guerre Mondiale était pour leurs ancêtres. Ce conflit avait été le plus dévastateur de toute l’Histoire, notamment à cause des éléments à peine contrôlés et de la technologie militaire avancée.
À l’époque, la population était d’environ dix milliards d’habitants et quelques milliers de personnes participaient à une expérience lunaire dans le but de diminuer le nombre croissant d’Hommes sur la planète. Une grande famine avait fait son apparition. Jusqu’à ce que les scientifiques découvrent par hasard la maîtrise des éléments. Les raz-de-marée, les tornades, les tremblements de terre, les incendies… Les pouvoirs les plus puissants avaient ravagé la planète. Bombes nucléaires, missiles et toutes les armes les plus modernes et les plus destructrices qui aient été inventées à l’époque avaient aussi été larguées sur des villes.
La guerre s’était déroulée et achevée dans l’horreur. La moitié de la population avait été éliminée. Le monde avait mis trente ans à se reconstruire. À présent, la paix était plus forte que jamais.
Tandis qu’il se remémorait son cours d’Histoire, il s’aperçut que Milly le tirait par la manche. Il la suivit docilement en constatant que de grandes portes s’ouvraient, du côté opposé à celles par lesquelles ils étaient entrés. Jamais personne ne lui avait expliqué en quoi consistait cette première partie dont parlait Marvin, mais une chose était sûre, il ne serait plus jamais le même après l’avoir effectuée.
Milly
Geoffroy Marvin les conduisit jusqu’à une salle encore plus immense que la première, si étrange dans sa disposition que Milly dut s’arrêter quelques secondes pour la contempler. Comment un tel miracle avait-il pu se produire, elle n’en savait trop rien, mais le sol était recouvert d’une pelouse verte et fournie, qui semblait tout sauf synthétique. De tous côtés, des plantes grimpantes s’accrochaient aux murs en formant des entrelacs compliqués, chargées de fleurs discrètes qui conféraient à l’endroit un aspect presque féérique. Une odeur forte et omniprésente d’humus et de végétation lui monta à la tête, le bruit d’un cours d’eau qu’elle ne repéra pas se fit entendre. Mais le plus étonnant de tout était l’imposant cristal violet, irradiant une lumière pure et surnaturelle qui trônait au milieu de la salle. Gigantesque, il était tout sauf régulier : ses facettes formaient des creux et des aspérités qui étincelaient dans la lumière que dispensait le soleil par le grand dôme de verre tenant lieu de plafond.
Elle joua nerveusement avec une mèche sombre de sa longue chevelure ébène. À ses côtés, Julien regardait partout autour de lui, de son regard curieux qu’elle affectionnait tant. Elle se serra contre ses deux amis.
— Qu’est-ce que c’est que tout ça ? s’enquit une fille à sa gauche, visiblement peu rassurée par la bizarrerie du lieu.
Lorsque tout le monde fut rentré, Marvin – qui ne s’était toujours pas posé à terre – s’adressa de nouveau à eux. À ses côtés, une femme près de la soixantaine les toisait derrière ses lunettes rectangulaires. Elle avait l’air douce et chaleureuse, et Milly se sentit immédiatement mieux en la voyant. Cette dame ne leur voulait de toute évidence que du bien.
— Ceci, déclara-t-il pompeusement, est l’endroit où vous allez découvrir quel élément est le vôtre. Nous l’appelons la salle du Grand Cristal, je suppose que vous pourrez aisément deviner pourquoi.
À ces mots, la jeune fille sentit un long frisson lui parcourir l’échine. Il avait bien dit que c’était en ces lieux irréels et magiques qu’ils allaient enfin prendre connaissance de leur élément. Le moment était donc proche, imminent.
— Ce cristal est le même dans ce Panthéran depuis son instauration. Il contient une quantité d’énergie telle qu’à notre échelle, elle est quasiment inépuisable, mais surtout, renouvelable.
— D’énergie ?
Le mot avait échappé à Lauryn, qui rougit aussitôt. Marvin ne s’en formalisa pas.
— Je parle bien entendu de l’énergie élémentaire.
Des murmures coururent dans leurs rangs.
— L’énergie élémentaire, comme vous avez dû l’apprendre, est essentielle. Elle est la source des capacités élémentaires. Pour faire simple, vous n’en possédez pas encore, mais une fois que le cristal vous en aura insufflé, votre corps sera en mesure d’en produire tout le temps que vous vivrez.
Leur insuffler de l’énergie ? Par quel procédé cela se pourrait-il ?
— J’aimerais que vous soyez attentifs. À l’appel de votre nom, vous irez vous placer devant le Grand Cristal, puis vous attendrez la suite des instructions. Là, ma collègue provoquera une sorte de… stimulation, qui déclenchera un flux d’énergie en sa provenance.
Tous hochèrent la tête pour marquer leur assentiment.. Milly songea que sa grande sœur, Emm, était là six ans plus tôt. Elle était revenue de son Vitaltest en pleine forme, maîtrisant le feu à la perfection, et enchantée de son Lâchage. La jeune fille espéra qu’elle en garderait de bons souvenirs, elle aussi.
— Maud Aran, commença soudain la vieille femme.
Derrière elle, elle sentit que la foule remuait. Elle se retourna et laissa passer une fille de petite taille aux cheveux bruns et qui semblait un peu anxieuse. Milly la comprenait. Mais de toute façon, ils allaient tous y passer… La femme prononça encore quelques noms. L’adolescente en connaissait deux ou trois de vue. Même les plus vantards habituellement paraissaient appréhender. Ici, être le plus populaire ne servait à rien.
— Lauryn Gueniant.
Lauryn se détacha des deux autres et fit un signe de tête en direction de Milly, l’air déterminée. Celle-ci sentit sa gorge se nouer en laissant partir son amie. La blonde s’avança et alla rejoindre les autres, disposés autour du cristal. Celui-ci était tellement énorme qu’ils pourraient sans problème tenir à plusieurs centaines autour.
Lorsqu’elles se reverraient, elles auraient changé, mais elle savait que leur amitié ne ternirait jamais. Tandis qu’elle pensait cela, Lauryn passa derrière une aspérité, Milly ne la vit plus.
— Julien Neith.
Julien s’en alla à son tour après un sourire encourageant qui réchauffa le cœur de Milly. Il n’avait pas peur et ça se voyait. Elle devait se montrer aussi brave que lui. La vérité était qu’aucun adolescent ici présent ne savait ce qui allait se passer, elle, y compris.
— Miliana Ryuma.
Milly inspira à fond et avança à son tour.
Lauryn
Lorsqu’elle s’éloigna de ses amis, elle sentit le nœud qui obstruait sa gorge se resserrer un peu plus. Ce serait l’une des premières fois où ils vivraient séparés une expérience aussi importante. À cette idée, elle ne put empêcher ses lèvres d’esquisser un sourire ironique. Séparés, mais à quelques mètres de distance seulement… Après avoir adressé un regard rassurant à Milly et Julien, elle s’avança vers le Grand Cristal et se plaça au côté d’autres adolescents, guère plus rassurés qu’elle.
Elle entendait comme dans un rêve la même voix débiter des centaines de prénoms. Mais son esprit était ailleurs, bien loin de cette immense salle à la configuration si particulière. Comment ne pas songer à la suite de ce test, à quelques heures de la deuxième partie ? Le Test, le choix des éléments, n’était que la première étape, la base d’un processus qui durerait un mois. Et, suivant les cas, le Lâchage se révélait une autre paire de manches.
Elle se trémoussa, mal à l’aise à cause de l’appréhension qui l’environnait, puis fixa son regard sur une fleur blanche éclose sur le mur d’en face. Cette vision l’absorba totalement pendant quelques minutes, si bien qu’elle n’avait pas encore entendu le nom de ses amis que la voix de Marvin retentissait de nouveau dans la salle. La jeune fille ne savait pas s’il avait un micro, mais, si ce n’était pas le cas, sa voix portait vraiment loin…
— Posez tous une main sur la paroi en face de vous, je vous prie.
Les adolescents s’empressèrent de lui obéir. Alors que sa paume effleurait la surface brillante et froide de la pierre, elle perçut une sorte de vibration qui en émanait. Un long frisson courut sur tout son corps, malgré la tiédeur de la température ambiante.
— Conservez toujours le contact avec l’entité. Je vous conseille de garder cet évènement en mémoire, dit-il. Car vous ne le vivrez qu’une fois. Bon Vitaltest à vous tous !
L’angoisse se leva tout à coup, comme si elle l’avait longtemps refoulée. Son élément, son élément… Elle avait toujours désiré être Feu. Mais maintenant, au dernier moment, elle doutait. Elle entendit Marvin, à l’autre bout de la salle, prononcer quelques mots dont elle ne saisit pas le sens, puis plus rien. Les respirations des autres, accélérées, renforçaient encore plus son inquiétude. Elle n’osa pas en regarder un seul, concentrée qu’elle était.
Tout à coup, la vibration augmenta considérablement au creux de sa main. Une sensation jusqu’alors inconnue la gagna, comme une décharge qui parcourut tout son corps si brusquement qu’elle en eut le souffle coupé. Ses yeux se fermèrent d’eux-mêmes, elle eut l’impression vertigineuse de chuter, sans prises auxquelles se raccrocher. Sans pouvoir rien faire, elle sombra au plus profond de son esprit, là où elle n’avait encore jamais plongé, à la recherche d’elle-même…
À la recherche de son élément.
Milly
Lorsque Milly ouvrit les yeux, elle sut immédiatement que ce qu’elle voyait n’était pas la réalité. Il faisait sombre, mais des centaines de lueurs gravitaient autour d’elle. Elle avait l’impression de flotter, loin, très loin de ce qu’elle avait toujours connu. Son esprit était légèrement embrumé, comme si elle rêvait. Elle tenta de se rappeler pourquoi elle était là, mais eut l’impression de nager à contre-courant. En voulant fermer les paupières, elle s’aperçut que l’opération était impossible et lorsqu’elle tenta de se regarder, ses yeux ne rencontrèrent que du vide. Elle n’était qu’un esprit sans substance flottant dans son propre corps.
Je dois trouver qui je suis… Ce que je suis… Cette pensée lui parvint et des bribes de souvenirs se frayèrent un chemin dans sa mémoire. Elle se souvint de la grande salle, du Cristal, de Julien et de Lauryn. De Geoffroy Marvin.
