Sara - Emmanuelle Hayer - E-Book

Sara E-Book

Emmanuelle Hayer

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Beschreibung

2018. Zack, un lycéen au caractère bien trempé. 1815. Sara, une jeune aristocrate au destin tout tracé. Tout les sépare. Tout, sauf le livre des sables.

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Seitenzahl: 123

Veröffentlichungsjahr: 2022

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À mes anges gardiens…

Sommaire

Duel au lever du jour

Le dernier jour

Promesse, 1815

Fridzi

Lettres à l’absent

Quelque part

Réminiscence

Rencontres du troisième type

Les âmes éphémères

L’imperceptible

Les Autres

L’échange

Le secret

L’insidieuse

Le tournant

La douleur

S 41

S 41

Le don

Le don

Lelahel

Duel au lever du jour

— Tu ne peux pas faire ça ! rétorqua l’homme en toisant son cadet avec sévérité.

— Tu comptes te mettre en travers de ma route ? argua le jeune rebelle en haussant les épaules.

— Ne sois pas ridicule. Je ne peux pas faire ça, insista le Maître d’une voix tendue.

Puis, soudain, comme si un fil invisible se rompait, son regard s’assombrit pour se teinter d’une tristesse inattendue.

— Lelahel, je t’en prie...

Même si Achaiah le savait secrètement ébranlé, son interlocuteur ne cilla pas.

— Laisse-moi t’expliquer, argumenta le Maître, dans une ultime tentative.

— Inutile de te fatiguer. Je connais les risques et je sais parfaitement ce que je m’apprête à faire. C’est mon choix. Ma cause est juste.

— Mais tu n’as pas le droit ! C’était écrit !

— Oui, c’était écrit. Mais j’ai modifié les lignes, j’ai réécrit l’histoire.

— Je ne veux pas que tu partes, avoua Achaiah, ébranlé.

— Il faudra pourtant t’y résoudre.

— Rien ne t’y oblige, Lelahel. Je t’en supplie...

— Rien ne pourra me faire changer d’avis, Achaiah.

Le visage du jeune homme devint si hermétique que le Maître réalisa soudain qu’il venait de le perdre pour toujours. Il ferma les yeux et son cœur se serra. Dans une ultime réminiscence, il revit la première fois où la nouvelle recrue lui avait été confiée. Il avait tout de suite su que le garçon ne suivrait pas la voie tracée. En lui, il avait senti une fougue peu commune, un refus des conventions, une puissance inégalée...

Et un altruisme qui allait causer sa perte.

Oui, il l’avait su dès le départ : son destin serait exceptionnel.

Et dramatique.

Le dernier jour

Le 14 février, ça vous dit quelque chose ? Une date particulière pour les amoureux, non ?

Pour moi aussi.

Ce jour-là, j’avais prévu d’offrir un joli pendentif à Lucie. Le genre dont les filles raffolent, vous savez, super romantique : un petit cœur à partager entre elle et moi. Un signe du destin. Parce que ce jour-là, je vais le briser, son cœur.

C’est fou la vie, quand on y pense. Ce matin-là, je me suis réveillé comme tous les autres ados, autrement dit gonflé de testostérone, d’acné et de projets. Immortel, quoi.

Le pire, c’est de croire qu’on aurait peut-être pu éviter le drame... Éventuellement. Du style : et si je m’étais levé un quart d’heure plus tard ou si j’avais renversé mon bol de café comme un coup sur trois ?

Le genre de questions que ceux qui m’aiment vont ressasser sans fin.

Le genre de question que je ne me poserai plus jamais.

Je pourrais vous la raconter en boucle cette matinée, mais ça manquerait singulièrement de charme, croyez-moi. À mon avis, une fois vous suffira largement.

Bref, je me présente : Zack Ross.

Ok, pas la peine de ricaner en douce. Zack, c’est tiré d’un roman dont ma mère n’a hélas pas jugé utile de retenir le titre. Un héros super sympa, à ce qu’il paraît. Merci Zack ! Grâce à toi, je me suis forgé un caractère bien trempé.

Je suis en seconde.

Super le lycée. Ce que je préfère, c’est la liberté d’expression. Ça a l’air d’un détail, mais pour moi, c’est hyper important. Parce qu’en plus d’être affublé d’un prénom complètement bouffon, je pousse le vice jusqu’à porter des fringues pour le moins décalées. Je vous explique pas comment j’ai galéré au collège, mais ici on ne me remarque pas... Même avec mon borsalino, mon costard trois-pièces à rayures, ma cravate négligemment desserrée et mon long manteau noir tombant jusqu’aux pieds, style Johnny Deep dans Public Enemies. C’est vous dire !

J’ai pas ma langue dans la poche non plus. Je suis délégué de classe, je fais partie de deux associations et les injustices, c’est mon deal. Oh, je vous vois venir avec votre bouche en cœur ! Non, non, j’ai rien du lycéen modèle. Je bosse juste ce qu’il faut pour obtenir une moyenne potable, surtout pour que mes parents et les profs me fichent la paix. J’ai une super bande de potes, une copine et je fais du basket. Une vie super cool. J’ai une vague idée de ce que j’aimerai faire plus tard : journaliste, ça me paraît sympa. Bon, j’ai bien le temps de voir, non ?

Enfin, bref, je m’égare. J’étais censé vous raconter le 14 février, mais je recule l’échéance, allez savoir pourquoi…

Ce matin-là, il fait sacrément froid. J’arrive pas à émerger. L’hiver me fait toujours cet effet-là : j’échangerais bien ma vie contre celle d’un ours, mal léché de préférence. Je commence par déraper sur mon portable en me levant. Je ronchonne. Au radar, je croise Ophélie en longeant le couloir et la perfide en profite pour me faire un croche-pied au passage. Quelle peste ! Je me rattrape de justesse à la poignée et elle glousse comme une dinde en filant. Trop tard pour riposter. Du coup, mon humeur vient de passer de franchement maussade à pétard avancé en moins d’une seconde. Je flanque brutalement un coup d’épaule à la porte de la salle de bains, ébranlant le mur par la même occasion.

Inutile de gâcher ma salive à vous parler de ma sœur : nous sommes en guerre perpétuelle. Je ne sais même pas de quelle planète elle débarque, avec ses talons aiguille, son rouge à lèvres hyper voyant et cette manière de tortiller les fesses devant mes copains ! À mon avis, il y a eu échange à la maternité et y’a que moi à m’en être rendu compte.

Cependant, il faut lui reconnaître au moins une chose, à la frangine : elle connaît drôlement bien mes limites et elle a jugé préférable de déserter la cuisine avant que je m’y installe. C’est une bénédiction de ne pas avoir à supporter ses gloussements hystériques à chaque fois qu’elle reçoit un texto, ce qui arrive ostensiblement toutes les trente secondes. Je peux mieux savourer celui que vient de m’envoyer Lucie pour la St Valentin.

Lucie…

Je l’ai rencontrée il y a six mois, lors d’une fête chez un copain. Pas franchement le coup de foudre. En voulant épater une autre nana, je lui ai écrasé les orteils ! Le boulet total. Elle m’a engueulé et je l’ai suivie une partie de la soirée en me confondant en excuses. Elle a fini par accepter un verre et refuser qu’on se revoie. Dans l’ordre. Mais c’était compter sans mon prof de français qui nous a sournoisement mis en binôme pour un exposé. À partir de là, impossible de nier qu’on était exactement sur la même onde : on a succombé, elle et moi…

Je suis amoureux, vraiment. J’aime la soulever jusqu’à mes lèvres pour l’embrasser, j’aime quand elle se tortille dans tous les sens en riant pour m’échapper, j’aime ses yeux noirs malicieux, ses cheveux sombres et soyeux, son corps souple et...

Oh merde, elle va tellement souffrir...

Ah oui, désolé, je me suis à nouveau égaré.

Le dernier texto de Lucie… Mon plus beau secret, mon ultime cadeau.

Voilà.

Je remonte en soufflant sur ma tasse de café et je jette mes bouquins en vrac dans mon sac. Je suis prêt. Même en avance. Alors je sors la petite pochette, je la tourne entre mes doigts en imaginant la réaction de Lucie lorsqu’elle l’ouvrira. Je souris. Je l’emmènerai boire un chocolat chaud, je ferai un peu durer le temps, juste pour la voir s’impatienter, se demander si par hasard, j’aurai pu oublier une telle date… À ce moment-là, je brandirai le cadeau tel un magicien et elle poussera des petits cris de joie. On s’embrassera et on partagera les deux moitiés de cœurs et…

La porte d’entrée claque. J’émerge de mon rêve à regret. Le lycée ! Je bondis dans l’escalier que je dévale comme un fou.

Je sors et le froid me saisit.

Je remonte le col de ma gabardine, enfonce mon feutre jusqu’aux yeux et maudis les températures glaciales. Le vent souffle en violentes rafales et le trottoir brille comme un diamant sous les réverbères. Ophélie marche prudemment devant moi. Ça me plairait bien qu’elle s’étale sur le verglas ! Ceci dit, je ferais bien de faire attention, moi aussi, il ne manquerait plus que je me torde une cheville, avec le match de samedi qui s’annonce serré...

Du coup, je regarde mes pieds, je suis à mille lieues de là.

Je ne sais pas pourquoi ma sœur se met soudain à hurler comme une hystérique.

Je relève la tête. Au ralenti. Comme dans un mauvais film au ciné.

Je distingue ma frangine, les yeux exorbités, une bouche immense ouverte sur l’horreur. Qu’est-ce qui lui prend ?

Et puis l’ombre apparaît et je saisis enfin.

Trop tard.

La vie qui défile devant vous, c’est des foutaises, si vous voulez mon avis. Moi, j’ai à peine le temps d’apercevoir deux yeux aveuglants dans le brouillard. Une gigantesque silhouette rugissante.

J’ai l’impression de me diviser en deux.

Primo, version cerveau intelligent, celui qui analyse froidement la situation : Mon vieux, t’as un sérieux problème. Rapport à l’énorme camion qui est en train de te foncer dessus.

Secundo, version cerveau primitif, celui qui pense qu’à sauver sa peau, celui qui hurle plus fort que tout le reste : Oh meeeerde !

Le crissement des freins se mêle aux hurlements de ma sœur. C’est la dernière chose que je perçois.

Puis l’impact. Très violent.

Du genre qui ne laisse pas une chance. Même pas celle de faire un bref séjour à l’hosto.

Le néant.

Et voilà. Connerie de destin, hein ?

Moi, Zack Ross, seize ans à peine.

Je suis mort.

Promesse, 1815

La première fois qu’elle le vit, elle avait onze ans.

Elle était assise sur sa chaise, les mains élégamment croisées sur son ample robe de soie pourpre, le menton levé en une parfaite imitation de la pose aristocratique de tous les adultes présents dans la salle de réception de ses parents. Il ne lui serait même pas venu à l’idée de bouger un orteil ou d’entortiller une anglaise blonde autour de ses longs doigts fuselés. D’abord parce qu’elle avait été élevée pour leur ressembler, ensuite parce qu’elle était bien trop intriguée pour y songer.

L’auditoire était nombreux, ce qui était déjà un évènement en soi. De plus, celui qui suscitait un tel engouement avait l’audace d’être de basse condition et sans aucune recommandation.

Lorsqu’il était entré, Sara avait cessé de respirer quelques secondes. Il paraissait presque aussi jeune qu’elle. Instinctivement, elle avait jeté des coups d’œil inquiets à l’assemblée, croisé des dizaines de regards aiguisés comme des lames et avait été convaincue d’assister à une mise à mort implacable. Les mains glacées, elle avait préféré reporter son attention sur l’inconnu. Sans doute avait-il fait un effort dans sa tenue vestimentaire, mais il semblait si mal à l’aise dans sa veste bien trop grande pour ses frêles épaules qu’elle en eut presque honte pour lui. Les yeux noisette du garçon s’affolaient, ne savaient où se poser jusqu’à ce qu’il aperçoive le piano, à l’autre bout de la pièce. Galvanisé par cette vision, il traversa la salle sans tenir compte des murmures de protestation qui l’accompagnaient.

Sara ne pouvait qu’être consternée par l’inconscience du jeune homme et sa méconnaissance des règles. Et elle était loin d’être la seule : son père, Erick Von Brunner, qui s’était tenu debout pour l’accueillir, commençait à s’empourprer d’indignation de n’avoir pas été salué, lorsque les mains du mélomane effleurèrent les touches du clavier.

Brusquement, les murmures s’éteignirent et le garçon capta toute la lumière sur ses cheveux aussi blonds que la lune. Plus rien n’existait dans cette salle que ses doigts et la musique qui s’envolait, limpide comme l’eau d’une source. De légère comme une bruine d’automne, elle enfla en crescendo jusqu’au roulement de tonnerre, retenant prisonnier chaque souffle de l’auditoire, pour en libérer brutalement la tension.

Durant le concerto, le temps sembla suspendu au-dessus de son dos légèrement voûté. Le jeune virtuose fermait les paupières et ne s’inspirait d’aucune partition. Même la note finale, d’une fraîcheur incomparable, ne parvint pas à sortir l’assistance de son envoûtement. Un silence profond accueillit le prodige qui finit par se redresser lentement, le regard tourmenté et anxieux.

Sara était elle-même si subjuguée qu’elle ne le quittait pas des yeux.

La première ovation rompit le charme suspendu : son père semblait être le premier à avoir repris ses esprits. La fillette relâcha doucement le tissu de sa robe qu’elle avait froissée sans s’en rendre compte, sous l’effet de l’intense émotion qui l’avait gagnée. Ce fut le signal que tout le monde attendait. Le tonnerre d’applaudissements qui suivit fit presque chanceler le jeune prodige devenu subitement blême en apercevant son hôte fendre la foule à grands pas pour le congratuler. Et c’était quelque chose de voir son père, véritable force de la nature, soulever de terre le pauvre gamin tremblant.

Sara relâcha la tension de ses épaules et tapota discrètement le coin de ses grands yeux bleu marine avec son mouchoir brodé. Tout autour d’elle, les commentaires fusaient, enthousiastes. On comparait le jeune garçon à un génie, un nouveau Mozart… Elle se sentait si fière d’assister à un tel évènement ! Lorsqu’un vaste mouvement poussa la foule à entourer le frêle héros pour le féliciter, il disparut aux yeux de la fillette, avalé par les robes longues et les queues de pie.

Sara se releva, continuant de défroisser sa tenue machinalement. Elle n’avait pas applaudi, elle n’avait plus de main, plus de corps, plus d’essence. Juste un cœur affolé. Cette musique…

Elle avait besoin d’air ! Elle se fraya un passage parmi les invités, se plaça devant la porte, attendant qu’on daigne lui ouvrir les battants. Elle descendit gracieusement les marches de l’immense perron et se dirigea vers la fontaine où elle trouverait la sérénité. Elle ferma les yeux quelques minutes pour offrir son visage au soleil éblouissant. Elle se souvenait de chaque sensation. C’était merveilleux. Son père avait découvert un génie et elle venait d’assister à sa naissance…