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Madysson Scott ne pensait jamais revoir un jour l'homme qui a brisé son cœur : Duncan Monroe. Pourtant, il est là, face à elle, réapparu dans sa vie paisible au sein du M.C Silver Foxes. Hélas, après onze années de silence, Duncan n'a toujours pas d’explications sur sa disparition, pas d'excuses à présenter.
Alors, Maddie va faire ce qu'elle sait accomplir de mieux : des conneries. Et tant pis si cela la fout en danger, l'embarque dans une course poursuite qui lui fera frôler l’impensable, jusqu’à la faire tomber entre les serres des Blacks Ravens...
Elise Caironel et Ecoffet M.Scarlett vous proposent un nouveau volet de l’univers "Say you're Mine" avec ce tome compagnon qui brûle l’asphalte et enivre les cœurs. Êtes-vous prêt.es à être touché.es ? Enfourchez la bécane et foncez tête baissée avant que le bateau ne coule…
À PROPOS DES AUTRICE S
Élise Caironel, née à Lyon et installée dans la région du Beaujolais, est une passionnée de littérature au parcours riche et inspirant. Ancienne enseignante d'espagnol, elle a choisi de se réinventer pour vivre pleinement de sa passion des mots. Aujourd'hui, elle est à la fois auteure, correctrice, et éditrice
Née en 1986, passionnée d'écriture depuis l'adolescence, rêveuse intempestive, toujours dans son imaginaire, Scarlett M. Ecoffet est une créatrice dans l'âme. Son parcours scolaire est composé de littérature et d'une carrière créative en tant que Designer-Web.
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Seitenzahl: 452
Veröffentlichungsjahr: 2026
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Couverture par Scarlett Ecoffet
Maquette intérieure par Scarlett Ecoffet et Emilie Diaz
Correction par Emilie Diaz
© 2026 Imaginary Edge Éditions
© 2026 Elise Caironel et Ecoffet M.Scarlett.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés.
Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou production intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
ISBN : 9782387181336
Ce livre est dédié à nos fils,
qu’un jour, ils soient aussi protecteurs
envers ceux ou celles qui partageront leur vie.
Ce roman contient des scènes de sexe explicite, des propos grossiers, racistes, du sang, de la misogynie, de la violence et des meurtres. Chaque terme utilisé ne sert que le récit.
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Les auteures vous souhaitent une belle lecture.
♫ L’amour, l’amour, l’amourDont on parle toujoursÀ l'amour, c'est un printemps craintifUne lumière attendrie, ou souvent une ruine ♫
L’amour, l’amour, l’amour – Bon Entendeur VS Mouloudji
Onze ans plus tôt.
C’est malheureux l’amour, il vous donne tant, il vous prend tout. Il insuffle la folie, rappelle les obligations et foudroie de raison. On devient ivres, on devient invincibles et, comme il est cruel, l’amour, il vous marque à vie. Ce pauvre garçon le sait. Il est déjà percé à vif, digne d’un Roméo contraint d’oublier sa Juliette. Pour elle il ferait tout. À cause d’elle, il accomplira l’absolu. Je le comprends. Mon cœur a aimé avec férocité, il a souffert tout autant, il s’est bercé d’espoirs avant de revenir à la fatalité du moment présent.
De l’autre côté de la rue, notre amoureux retire son casque rapidement, l’élue de son cœur accourt à son encontre.
— Ils sont adorables… soupiré-je.
Cela me rappelle jadis, lorsqu’ingénue, je galopais presque nue vers les bras virils, puissants, invincibles d’un Archibald si jeune, si envoûtant. Et moi, oh moi, j’étais déjà l’esquisse de la perfection que je suis aujourd’hui.
— Il ne vous a pas menti, me précise la demoiselle à mon flanc.
Je dodeline de la tête. Effectivement. Il ne m’a pas trompée. Que ne fait-on pas par amour ?
Rajustant la paire de jumelles de théâtre sur le bout de mon nez, je continue de dévisager les tourtereaux en pleine parade nuptiale.
Penchant légèrement mon crâne, mon bras droit allume la fine tige de la cigarette que j’ai coincée entre mes lippes. Déjà le rose chair de mon rouge à lèvres colore le filtre, j’aspire la fumée.
— Pourquoi l’aurait-il fait ? Il a besoin de moi pour sortir sa demoiselle des rues. Un couple d’amoureux en fugue qui n’a ni argent, ni bien, ni toit… c’est désespéré ma chère.
Je ne m’en amuse pas, croyez-moi. Je suis même touchée par ce chagrin futur, effleurée par cette romance déjà meurtrie. Je serais la responsable de cette fin, mais il ne faut pas se leurrer, nos vies sont assujetties à des obligations. On ne peut pas tout avoir.
— Comment s’appelle-t-elle déjà ?
— Il l’appelle Maddie. Il ne parle que d’elle, et ce, depuis que vous l’avez engagé.
Il est arrivé il y a quelques mois et il m’a demandé un travail. Je lui ai donné les plus basses besognes à faire et il s’est exécuté. Prenant l’argent à chaque fin de journée pour revenir le lendemain. Silencieux et ordonné, à un tel point qu’il a fini par me taper dans l’œil.
Non pas parce qu’il est d’un exquis dessin, mais parce qu’il m’a touchée. Derrière son attitude froide, c’est un garçon brisé, que la vie n’a pas épargné. Son salut, il le cherche aux bras de cette douce amoureuse, un peu trop jeune pour lui. Mais qu’est-ce que sont quatre ans de différence ? Une broutille, un petit rien… quelques sanglots dans un océan de larmes.
— Ah, regarde-moi cette fougue.
— Nous devrions peut-être l’appeler avant que…
Je lui interdis de décrocher le téléphone.
— Melly, allons ! Tu veux empêcher des adieux ? Ou plutôt, la dernière ivresse avant les adieux ?
Elle ne comprend pas.
— Observe, il le sait, il a deviné. Il attend mon appel et il entend qu’il va devoir faire le choix le plus dur de sa vie. Il l’aime réellement, il a, après tout, choisi de se salir les mains pour sa belle. Alors, il l’embrasse, avec une passion enfiévrée, plaquant son corps contre ce mur qui les dévoile à peine. Et elle, la délicieuse petite créature, elle ne sait pas. Elle rit, elle semble si légère, si peu pleine de soucis. Il est toute sa vie.
— Vous voyez tout cela ?
— Oh, ma chérie, je vois tant de choses, j’en comprends tellement… et je sais lire sur les lèvres aussi.
Le silence s’abat dans l’habitacle, tandis que Melly et moi dévisageons ce duo.
Il est venu me trouver afin que je l’aide, que je lui donne un travail et il a mérité toute mon attention. Ce soir, c’est le grand soir pour lui. Il va obtenir le fruit de son labeur. Je lui laisse pour l’heure le droit d’avoir un dernier souffle, celui de l’amour. Et il le respire à pleins poumons, ses lèvres scellées sur celles de sa douce, là, dans la rue, au coin de cette bâtisse qui leur sert de refuge.
Ils n’ont rien, ils se suffisent l’un à l’autre. Il tente de la calmer. Je vois ses babines s’agiter, je lis sur ses lippes un « Maddie, sois raisonnable » et elle… elle ne l’est pas. Elle utilise le sexe comme un oubli, comme une compensation à tout. Elle aime vibrer sous le plaisir. Déjà, elle s’abaisse, son appendice qu’elle sort pour le porter à sa bouche est érigé. Un bien beau membre que voilà. Un phallus fort d’envie, nervuré par l’impatience. Elle le fait disparaitre, le coince et dans sa dévotion, elle le dévisage.
Sa fellation est sincère, comme une promesse, et lui caresse sa mâchoire, troublé par cet acte sans compromis. Il la nomme « Ma Maddie ». Il renverse son crâne, ses hanches ondulent, il soupire, il profite. Son frisson ne m’échappe pas.
Il l’arrête au bout de quelques instants, et lui déclare un :
— Touché, Maddie.
Je hausse un sourcil, ne comprenant pas réellement ces propos, et elle se redresse. Ses grands yeux le scrutent, elle répète :
— Touché ?
— Et même coulé.
Il la soulève, délicate dans sa robe courte. Ah ce baiser fiévreux ! Il dévore ses lèvres, il respire à travers elles.
Comme tout garçon trop impatient, il écarte simplement le morceau de tissu sur son jardin secret qu’il pénètre doucement. Cachés contre le mur de briques de la façade, ils se livrent, cloisonnant leurs bouches l’un à l’autre. Elle griffe sa nuque, il mord son décolleté. C’est rapide, vif, comme toujours quand on est trop jeunes et trop amoureux.
Épuisés de ce sprint, ils rient insouciants. Qu’ils profitent, bientôt, ce ne sera plus possible.
— Appelle-le.
Obéissante, Melly compose son numéro.
Se détachant de sa comparse à qui il donne un dernier baiser, il reçoit nos instructions. Tout est joué. Un ultime geste à sa douce, il lui confie la nourriture, lui promet de revenir. De faire attention. Elle opine du chef et rentre, disparaissant dans ce squat improvisé. Notre berline allume ses phares, il s’arrange et traverse la rue. Sans chercher, sans chichis, il monte dans la voiture.
Duncan Monroe.
— Bonsoir, Madame Claude, salut Melly.
Il perd sa désinvolture, se rajuste d’une attitude impeccable, vêtu de son jean et de son blouson. Humble, soumis, il ne veut pas gaspiller ce qu’il a gagné. Je réalise que ma cigarette s’est éteinte, j’en ressors une que ma bras droit s’empresse d’enflammer avec une posture serviable. Je sais qu’il déteste l’odeur de la nicotine…
— Elle est drôlement adorable ta Madysson.
Un remerciement du bout des lèvres, il a cette expression penaude des gars qui ont besoin de nous. J’inspire.
— Le principal que tu souhaites, c’est la mettre à l’abri, n’est-ce pas ?
— Oui M’dame.
Une grimace agite ma bouche, je le retoque pour qu’il dise Madame.
— Pardon, Madame Claude.
— Il va falloir améliorer ton langage.
— Je le ferai.
— Bien. Je vais veiller à ce qu’elle soit en sécurité, elle trouvera une famille qui la défendra bec et ongle, elle ne manquera de rien et je pense, sincèrement, que son adoration de la mécanique y trouvera son compte.
Il ne m’interrompt pas, il sait, un autre excellent point pour lui.
— Je vais faire de toi, une de mes Demoiselles, un Damoiseau du coup. Melly, ma bras droit, va te former, je veux que tu sois un bon pari pour l’avenir et cela va te demander énormément de travail. Ce sera compliqué, dur et tu seras… seul. Parce que je ne vais pas te le cacher, tu as un choix à faire, darling. Et celui-ci incombe que tu n’aies aucune distraction extérieure et donc aucune attache.
Il hésite, déglutit et réalise :
— Je… je vais devoir dire au revoir à Maddie.
— Adieu, même.
Le monde lui tombe sur les épaules, il est abattu, il comprend, il sait, il se voûte. Ah… le pauvre chéri.
— Elle sera en sécurité ?
— Bien entendu, darling, c’est une promesse absolue.
— J’ai du temps pour vous répondre ?
Ses prunelles dorées chutent sur la bâtisse, il déglutit un léger tremblement à sa main.
— Je veux ta réponse à l’aube, sinon ne te présente pas pour travailler demain soir.
— Bien m’d… Madame Claude.
Un silence s’épaissit dans l’habitacle du véhicule, il me salue d’un mouvement, sort et file traverser la rue.
— Vous auriez pu lui donner plus de temps.
— Il souffrira moins longtemps.
Le conducteur démarre d’un geste de ma main. Je viens de sceller deux destinées et cela ne me chagrine qu’un bref instant. Ce n’est pas moi qui aurais le plus dur à faire.
♫I love you
I loved you all along
And I miss you
Been far away for far too long ♫
Nickelback – Far Away
Des effluves de bière, de cuir et de bois brûlé flottent dans l’air, mêlés aux notes éraillées de Far Away qui s’échappent des grosses enceintes de la salle. Une odeur de fumée, de fête, de vécu. C’est pas un mariage propret comme dans les films. C’est du brut, du vrai, du tatoué. Une grande tablée de bikers, de l’huile sous les ongles et des sourires qui collent au visage. Ça gueule, ça trinque, ça vit fort.
Des guirlandes de lierre pendent au plafond, tel un clin d’œil à la nature qu’on respecte ici, même en bottes crottées et gilets patchés. Les chaises en velours sombre contrastent avec les godasses pleines de poussière et les vestes râpées qu’on jette sur les dossiers. Les murs de pierre, eux, renvoient tout : la musique, les rires, les souvenirs.
Je suis encore en nage. Shanna m’a embarquée dans une de ses danses folles, sans me demander mon avis – mais en vrai j’ai kiffé, comme toujours. Cette nana-là, elle est faite pour foutre le feu à n’importe quelle piste, je l’adore. Reese, son môme de mec – ouais, seize piges à tout casser – la regarde, les hormones à fleur de peau. Lui, il dit pas grand-chose, mais ses yeux parlent. Fidèle à lui-même, le gamin trône à la gauche de son oncle Keith. Y’a déjà trop de gravité dans ce gosse. Faut dire que la vie lui a collé très tôt des bottes trop grandes.
Je souffle un coup, rattache ma tignasse rose à la va-vite, quand j’entends Caleb éclater de rire en renversant le fond de sa pinte. Il est assis à la droite de sa meilleure amie, Hope Davis – tout juste Madame Howard, et pas peu fière de l’être. À la gauche de la belle à la peau d’ébène, Keith – sa paume posée avec tendresse sur la dentelle blanche qui recouvre le ventre bien rond de sa femme – semble plus ému qu’il ne veut le laisser paraître.
Moi, je suis à la table de Zayne, bras droit du Président des Silver Foxes, ma meute. Il est le genre de type à te coller une droite dans la tronche si tu fais chier les siens, mais qui te sert une bière sans rien dire si tu pleures au fond du garage. Cole, Président provisoire des Iron Hounds, le géant aux bras couverts d’encre, rit à gorge déployée. Ce soir, il est heureux. Faut dire qu’il s’est fiancé avec Caleb il y a un mois, et ils arrêtent pas de se bouffer du regard comme deux chiots amoureux. Ça claque des smacks en se foutant royalement du jugement des autres. C’est beau. C’est punk. C’est eux.
Lucke, notre génie de l’informatique, me fait un signe de loin, les yeux rivés sur l’ordi, il change les musiques au gré de ses envies. Dean et Jamie, eux, sont en train de s’envoyer des piques. Ou des promesses, va savoir. Ces deux vieux bikers s’aiment à leur manière : entre deux rides et un sarcasme.
À la table d’honneur, il yba Archibald. Le patriarche. Il dit pas grand-chose non plus, mais son regard posé sur Keith parle pour lui. C’est pas tous les jours qu’un père voit son fils d’adoption fonder une famille sans foutre en l’air le monde autour.
Et puis, il y a Madame1 Claude. Une apparition. Clope au bout d’un fume-cigarette blanc immaculé, robe noire en dentelle, sourire à la Amanda Lear, assise comme une duchesse sur sa banquette. Elle règne sur cette bande de dégénérés avec un charme désarmant.
Les mômes courent partout, entre les jambes des bikers qui gueulent pour qu’on leur ramène une autre tournée. Y’a de la fraternité dans l’air, une paix bizarre entre les Iron Hounds et les Silver Foxes. Ces deux clans ont du sang commun, et ce soir, ils laissent leurs vieilles rancunes au hangar. Terrain neutre. Ce putain de miracle rendu possible par l’amour et les morts qu’on enterre jamais vraiment.
J’observe Reese un instant. Il a la gueule de son oncle. Mêmes traits durs, même tension dans la mâchoire. Un regard qui te transperce. Il paraît qu’il ressemble aussi à son père, Logan. J’ai pas connu ce type, mais à voir le môme, je me dis que ça devait être un sacré bonhomme.
Zayne se lève, tape des mains. Silence brutal. Les discussions s’éteignent, les rires se figent. Il se tourne vers le jeune marié avec son air de « vas-y, frère, c’est ton tour ».
— Un discours, vieux.
Keith lui lance un regard noir dans lequel on lit facilement un « va crever », mais toute la salle se marre. C’est affectueux, un peu bourrin, comme tout ici.
Hope se dresse. Majestueuse et simple, radieuse malgré les nausées et le mal de reins.
Les iris convergent. Keith hausse les yeux au ciel, se fout lentement debout, chopant sa bière.
— Bref !
Et bim. La salle éclate. Sifflements, huées joyeuses, rires gras. Il se rassoit, mi-sérieux, mi-amusé. C’est tout lui. Ce petit mot, devenu une plaisanterie après des années à l’utiliser pour ne pas se livrer. On l’a tellement charrié, qu’il n’attend plus après nous pour le faire.
Alors la belle prend la parole. Sa voix est claire, droite. Elle calme les moqueries. Elle parle vrai, comme toujours.
— Ce soir, on voudrait vous dire merci. Merci à tous ceux qui sont là. Aux Iron Hounds, aux Silver Foxes, à notre éternelle Madonne qui nous offre un terrain neutre en ce jour qui marquera nos vies à jamais, Madame Claude. Merci d’avoir mis vos guerres de côté. Ce moment, Logan et April auraient rêvé d’y assister.
Les noms claquent dans l’air, comme des murmures sacrés. Logan. April. Les absents sont là, dans les regards, dans les silences. On prend doucement conscience qu’une Hounds est devenue une Foxes, et que nos deux clans ne font plus qu’un.
— Je pense à eux. À Jude, à mes parents, à tous ceux qui ont fait ce qu’on est. Ceux qui ont morflé, ceux qu’on pleure encore. Mais ce soir, on choisit de vivre. De rire. D’aimer. Ce soir, on choisit la lumière.
Elle tourne son visage vers son époux, qui lui adresse un hochement de crâne discret. Elle inspire profondément, puis pose ses deux mains sur son ventre qui – entre nous – paraît contenir une portée entière.
— Madysson Scott…
Je relève la tête, interloquée.
— Veux-tu être la marraine de notre renardeau ?
Mon cœur explose. Littéralement. Je me lève d’un bond, titube presque. Mes bras entourent Hope, Keith. Je tremble, j’ai du mal à respirer. Je pleure. De joie. D’amour. De tout ce qu’on a traversé pour en arriver là.
— Oui, bordel, oui !
Keith se marre et me balance :
— Attention, Gruyère. Ça te donne pas le droit de lui apprendre à démonter un carbu avant de savoir faire ses lacets !
La salle explose encore. Je ris à travers mes larmes. Je suis la marraine du bébé de mon pilier. Ketih, celui à qui je dois tant. Il m’a tout donné alors que je n’avais plus rien. Il m’a adoptée depuis longtemps maintenant. Il m’a donné sa confiance, son courage, ses valeurs, son respect, ses épaules pour pleurer quand j’étais au fond. Je n’étais qu’une gamine, et il m’a fait grandir. Il m’appelle « petite sœur ». Et ce soir, il me confie son enfant. C’est certain, je ne veux être nulle part ailleurs que là, au cœur de cette fraternité, de cette famille que la vie m’a offert.
***
♫Whispered something in your earIt was a perverted thing to sayBut I said it anywayMade you smile & look away ♫
Cigarettes After Sex – Nothing’s Gonna Hurt You Baby
Il est 4 heures du mat’, et la salle a viré au champ de bataille. Les derniers survivants résistent encore, les vrais guerriers d’une nuit qui ne veut pas mourir. Les tables sont retournées, les bouteilles vides s’entassent, les cendriers débordent de mégots écrasés. Les enceintes tournent au ralenti, la musique a perdu de sa rage, elle se fait plus sourde, presque gênée de déranger le silence qui s’installe doucement.
Keith et Hope sont partis, claqués. Elle, traînant son gros bidon jusqu’à son plumard, et lui, la soutenant avec tendresse. Archibald a été raccompagné par Reese, qui l’a baladé dans son fauteuil, direction les chambres dans la demeure que Madame Claude nous prête. Ce vieux a tenu bon jusqu’au bout, mais il a fini par rendre les armes.
Moi ? Je suis encore là. Pas question de décrocher.
— Allez, les loosers ! After au Cathouse2 ! gueulé-je, poing en l’air.
Ça fait marrer tout le monde, ou presque. Mais voilà que Madame Claude se lève. Elle a pas une ride cette femme, pas une once de fatigue. Une vraie putain d’immortelle.
— Non, sweetie, dit-elle, ses talons claquant doucement sur le parquet. L’after, c’est chez moi. Messieurs, mes demoiselles seraient ravies de vous accueillir.
Les frères Snoden se jaugent dans un silence lubrique, comme des mômes à qui on aurait tendu un paquet de bonbons interdits. Ils se marrent dans leur barbe, carnassiers.
Et là, c’est reparti. Les survivants des Foxes et des Hounds montent à bord de trois immenses Range Rovers noirs. Vitres teintées, moteurs grondants, tout droit vers la tanière de la Française.
***
♫I see you, You see meHow pleasant, This feelingThe moment, You hold meI missed you, I'm sorry ♫
Mr.Kitty – After Dark
La bâtisse surgit comme une hallucination. Façade ancienne, bois noirci, pierres usées, un genre de manoir sorti d’un vieux polar. À l’intérieur, tout n’est que luxe feutré, velours pourpre et cuir patiné. Un parfum d’ambre, de tabac blond et de secrets plane dans l’air. L’éclairage est tamisé, les murs couverts de portraits d’hommes et de femmes qui semblent nous juger, nous approuver, nous inviter.
Des serveuses glissent silencieusement entre les convives. Des filles, habillées comme dans un rêve douteux – guêpières, talons vertigineux, décolletés ravageurs – rient doucement, frottent leurs culs contre ces hommes qui cherchent juste à oublier le monde extérieur. L’ambiance est aux vices, chic et décadente. Je perçois des notes, une musique, quelque chose entre un murmure lascif et un battement de cœur. Ça colle bien à la sueur et au velours.
Ask et Eldar, les frangins Snoden, ne perdent pas de temps. Deux rousses aux seins tels des mirages leur tombent dessus, et ils s’éclipsent comme s’ils avaient attendu ça toute leur vie.
Lucke, fidèle à lui-même, s’affale dans un vieux Chesterfield 3, claque des doigts.
— Ma jolie, tu me ramènes un café serré, sans sucre, murmure-t-il à une serveuse au passage.
Moi, je file au bar où je commande un Irn-Bru vodka4. La barmaid m’accueille avec un sourire fendu jusqu’au cœur. Elle est sublime. Blonde platine, coupe au carré impeccable, lèvres carmin, yeux vert d’eau avec un liner de pin-up. Sa jupe noire nous dévoile ses jambes infinies, et ses tatouages serpentent sur ses bras comme une invitation.
— T’as pas l’air d’ici, lance-t-elle.
— Très perspicace Mademoiselle, lui répliqué-je en réajustant mon Perfecto arborant fièrement le renard des Silver Foxes.
Elle éclate de rire, verse les liquides dans un shaker. La douce féline ne me lâche pas du regard, jette une rondelle de citron dans mon verre et le glisse devant moi. Accoudée au comptoir, elle se penche dans ma direction, ses lèvres à quelques centimètres de mon visage, je peux sentir son halène parfumée au whisky. De sa voix suave, elle me lance dans un souffle :
— Une nana comme toi, je m’en souviendrais si je l’avais vue. Petite, recouverte d’encre. T’es un arc-en-ciel enragé. Tes bras racontent des histoires.
D’un doigt elle parcourt mon épiderme et m’électrise. Je me perds entre ses prunelles et sa bouche qui m’appelle férocement.
— Des piercings qui brillent partout. Oreilles, nez, lèvres, joues.
Ses phalanges explorent mon visage et elle semble se rapprocher encore, tandis que sa paume poursuit son chemin vers ma poitrine.
— Sternum… Et ton futal en latex me hurle de te l’arracher. Tes seins… mmmh. T’as bien fait d’assumer ce décolleté, ils sont sublimes. T’as pas l’air d’avoir froid aux yeux, et ça me plaît.
Je peine à avaler ma salive. J’ai le palpitant à dix mille. Mes tétons se dressent sous mon soutif alors que mes doigts s’accrochent à ce verre glacé. Pourtant je n’ai pas envie de résister. J’attrape son menton, nos lèvres s’effleurent.
— Et toi t’as l’air du genre à briser les cœurs juste en disant merci, lui chuchoté-je.
— J’dis jamais « merci ». J’dis « encore ».
C’est trop, j’vais la bouffer. Alors que je glisse ma main sur sa nuque, quelque chose m’arrête.
Quelqu’un vient d’entrer.
La porte de la bâtisse s’ouvre en grand. Une silhouette noire fend la pièce comme un rasoir. Manteau long, démarche fluide et rapide, presque féline. Il avance tête baissée, dans un but précis. Il est une ombre, un éclat dans la nuit. Invisible à tous, sauf à moi.
Mon cœur rate un battement. Même deux. Voire trois.
Je lâche la jolie blonde, la remettant à plus tard dans mon planning.
— Excuse-moi, tu peux garder mon verre ? J’en ai pour deux secondes.
La serveuse acquiesce, range mon cocktail derrière le comptoir et m’observe partir.
Je le suis, fendant la foule, les talons cognant contre le parquet ciré, je traque ma proie et la rattrape.
Je lui barre la route. Il s’arrête net.
Un crochet du droit sorti de nulle part. Mon poing s’écrase contre sa mâchoire.
Un craquement sourd. Il recule d’un pas, chancelle à peine. Porte son immense paluche à son menton. Se masse. Puis relève le crâne.
Ses iris accrochent les miens. Dorés. Brûlants.
Il sourit. Lentement. Une commissure qui se lève.
— Touché, me lance-t-il dans un souffle.
♫ I hurt myself todayTo see if I still feelI focus on the painThe only thing that's real ♫
Hurt – Johnny Cash
Le regard de ma patronne me scrute, elle me dévisage comme à l’accoutumée, impartiale, immobile, intransigeante, impériale. Madame Claude ne rigole pas, jamais. Ce soir, je soutiens ses iris, plus durs que d’habitude. Le silence implose autour de nous, raide et sans compromis. Elle sait, je sais, nous savons.
Je masse ma mâchoire.
Maddie…
La douleur est plus cinglante qu’à mon flanc, elle répercute une souffrance qui va plus loin que le coup donné. Elle est plus violente que cette balle qui m’a effleuré. Celle-là, elle se dirige au cœur, direct à l’âme et s’acharne à diffuser dans ma tête des sentiments contraires.
J’inspire.
— Tu me passeras les potentielles questions d’ancien amoureux éperdu darling, rentres dans le vif du sujet.
Même pas le temps d’ouvrir la bouche, qu’elle prévoit ma réponse. Madame Claude me maîtrise trop bien. Onze ans d’un quotidien bien rodé, voilà ce que ça donne. Je ne dirais pas qu’elle est comme une mère pour moi, c’est ma mentore, ma sauveuse.
Concentre-toi.
J’inspire, écarte doucement le pan de mon manteau trop long et laisse apparaitre le sang sur le tissu. Rien de grave, j’ai connu pire, j’ai accompli pire aussi.
— Les Black Ravens continuent d’arranger leur nid. Leur territoire s’est étendu sur tout l’ouest de Glasgow et Abraham O’Brien a ramené une partie de l’Irlande du Nord dans ses bagages désormais.
— Ils n’avaient pas été chassés de ce pays ?
— Oui, mais pas du nord. Abraham occupait une forme de résistance violente face aux Bleating Sons5. Il a formé sa fille pour tenir la suite et sa bru. Elles gèrent. Lui, a décidé de couvrir l’Écosse.
Elle est dans le grand salon.
— Duncan !
Madame Claude s’impatiente, ses ongles tapent sur le bois de son bureau, son dos s’est raidis d’agacement, ses épaules relevées. Ses iris me fusillent, elle devine bien où se hasarde mon regard. Je passe ma langue sur mes lèvres, joue avec le piercing perdu en son centre et reprends :
— Il n’est pas au courant pour votre filleule.
Cela ne lui suffit pas.
— Il ne désire que vous porter quelques coups afin de se rappeler à votre bon souvenir. Il semblerait qu’Abraham en pince toujours pour vous.
— Je m’en doute darling, je sais quel effet je fais aux hommes. Et comme souvent, votre genre ne parvient jamais à passer à autre chose.
Elle s’agace, ses mains s’agitent alors qu’elle rajuste une clope sur son porte-cigarette. Elle s’allume seule le bâton de la mort et aspire la nicotine avec langueur.
Je reconnais son reproche, je l’accepte.
Avec un sourire.
Maddie est si proche.
— Il estime que vous avez pris parti, toutefois, aucun grand nom du milieu ne souhaite le suivre dans son délire, même pas un Français.
Elle me scrute, ses prunelles profondes me poussent au respect le plus entier. Madame Claude m’a tant apporté, tant confié. Je ne serais rien sans elle.
Keith Howard a tenu la promesse qu’il avait jurée, de faire marcher ses relations pour qu’elle puisse retourner en France, et à l’heure d’aujourd’hui, elle est de nouveau la bienvenue à Monaco. Ce ne sera pas un piaf irlandais qui la privera de ce juste retour des choses.
La baraque ne crame pas encore, Maddie ne doit pas tant m’en vouloir que cela.
— Il a réceptionné les jeunes femmes à l’aéroport, car il a su qu’elles venaient pour bosser chez vous. Comme vous l’aviez convenu avec Oxana Belakiov. Il ne s’est absolument pas demandé pourquoi vous faisiez ainsi pour une fois.
Permettre à sa filleule de quitter la Russie n’a pas été une mince affaire, il a fallu la jouer fine pour l’expatrier et la garder en vie. Les emmerdes de son mafieux de père ont tué sa mère, une vieille amie de la Matriarche de cette demeure. Nous n’aurions pas dû avoir d’ennuis et pourtant…
— Et ta blessure ?
L’inquiétude est normale. Si j’ai été touché, c’est que j’ai été repéré. Ma gueule s’ouvre pour offrir la vérité, cependant la porte s’ouvre brutalement, des voix s’élèvent en dehors et j’ai à peine le temps de refermer ma veste qu’elle débarque.
Son cul moulé dans un putain de latex, ses nibards gigotant sous son haut, sa bouche beuglant comme une furie. J’ai de la chance qu’il n’y ait pas de poche pour sa clé dynamométrique, sinon, elle me l’aurait foutue dans la tronche.
Je me prends l’avalanche déchaînée d’une mécano en talons hauts. Je rajuste un masque impassible.
Elle va me faire bander…
Je croise mes bras devant moi, veillant à ce que mon manteau demeure clos, je l’entends réclamer des explications, je devine que ses larmes pourraient éclater. Impulsive, émotive, tornade de sentiments…
Derrière, des membres de sa famille ne savent pas quoi faire, ils maîtrisent qu’ils n’ont aucun intérêt à se la jouer brutaux.
Ils ont de la chance d’être des privilégiés. Madame Claude ne rigole pas. Elle est la maîtresse de son domaine et n’accorde de faveur qu’à peu.
Peut-être s’est-elle radoucie depuis l’échec des Ravens. Ils ont tenté de s’infiltrer dans les M.C des Silver Foxes et des Irons Hounds, presque réussi. Sur leur passage, ils ont foiré largement, manqué de tuer Archibald, son grand amour. Et depuis, elle ravise bon nombre de ses décisions.
Ce que je pige toutefois, c’est que Maddie est inconsciente du danger, comme avant.
Elle agit sous son impulsivité, menée par sa colère. Pourtant, nous sommes au bordel de la maîtresse des informations. La normalement neutre, qui ne l’est plus tant depuis l’attaque des corbeaux. L’autorité de la Française est loi. Heureusement qu’elle n’aime toutefois pas s’emporter, elle préfère rappeler fermement qui est la reine ici.
— Qu’est-ce que tu fous là ? Comment tu peux être encore… encore…
— Silence !
Plus un son. Bien que je fasse front à la belle aux cheveux roses, je tourne mon visage en direction de Madame Claude. En croisant ses prunelles, je pige que cela va être compliqué. Mon air fermé, mon envie de hurler, je cloisonne mes émotions et régule ma respiration. Maddie se tient, c’est inhabituel. Elle fixe la Madone des bikers.
— Je ne suis pas du tout désolée de vouloir mes explications ! réclame la Foxes.
— Oh bon sang darling, mais ton explication, elle est simple. C’était toi ou moi et il a fait le meilleur choix de sa vie, c’est tout.
Putain.
Mes yeux s’écarquillent quand je dévisage ma patronne. Je lui lance cette expression qui lui indique qu’elle n’aurait pas dû dire cela. Pas ainsi. Un instant, je doute de son intention sur le sujet. J’ai l’étrange impression, à son modeste rictus de défi et d’amusement, qu’elle mène parfaitement sa barque.
Moi… je ne réfléchis pas énormément.
J’attrape Maddie.
Ma Maddie.
Je ceinture son corps en imposant le mien.
Elle a toujours cette putain d’odeur de cambouis, de cerise et de cigarette.
Elle s’agite. Elle lâche des injures à celle qui pourrait chasser tout son gang de ces murs. Et pourtant, la patronne hausse les yeux au ciel, éteint sa clope et n’a pas besoin de me préciser que j’ai une furie à gérer.
Pourquoi me fait-elle cela ?
Putain de Madame Claude.
Cette pensée me pousse à la culpabilité. Je n’ai pas à lui manquer de respect après tout ce qu’elle m’a donné. Jamais. Avec force, je continue de garder mon ancienne petite amie, sentant l’étreinte de la nostalgie encercler mon cœur.
La dame sort, chopant le bras d’un asiatique au passage en leur indiquant que la soirée est là-bas. Point final. Personne ne moufte.
— Maddie, s’il te plait, calme-toi.
— Va te faire foutre CONNARD !
— Maddie, putain.
— Enculé !
Inutile.
Sa chaleur m’obsède, ses mouvements enhardissent ma douleur et ma queue. Je n’ai qu’une envie…
Une seule.
Mes lèvres s’abattent sur son lobe, le sel de sa sueur vient me percer les papilles.
Ce que je fais est débile.
Elle crie.
Stupide.
Gémit de rage.
Envoûtant.
Sa férocité se calme, elle lutte dans des frissons, dans des soupirs excitants et moi je continue, capturant son cartilage sous mes crocs. Je m’amuse, je me perds, je titube avec elle. Nos corps se retrouvent contre le mur, je suis forcé de m’appuyer d’une main pour me soutenir, elle ne m’échappe pas.
Je quitte sa taille, remonte mes doigts sur ce haut échancré, désireux d’empoigner son sein, elle frotte son cul contre mon sexe, le souffle lourd, court. Rien n’existe.
J’ai envie de…
— Duncky Chouchou ?
La douche froide.
Je me retire brutalement de la silhouette de mon ex, la sueur sur le front, la douleur à mon abdomen me revient, l’envie de vomir aussi. Celle qui m’appelle apparait à la porte, vraiment pas comme un rêve…
— Duncky !
Ce surnom me vrille.
Britany accourt, me chope par le cou et me serre en criant de joie. Elle me galoche sauvagement, ne me laisse pas le droit de refuser et mes yeux se tirent en direction de Maddie, tandis que la langue intruse de mon actuelle nana est en train de vérifier ce que j’ai pu bouffer à midi.
Les iris de la Foxes irradient.
Dégout, mépris, déception…
Une sentence tombe, pour ma gueule.
Je vais morfler.
♫How do you fall in love?
Harder than a bullet could hit ya?
How do we fall apart?
Faster than a hairpin trigger ♫
River – Bishop Briggs
Accoudée au bar, je mate la jolie blonde. Elle frotte le comptoir avec sa lavette morte, comme si elle essayait de récurer la misère des autres. Mais c’est pas ça qui attire mon regard. C’est lui. À l’autre bout.
Duncan.
Putain.Ce con est là.
Avec son verre d’eau glacée collé à la mâchoire comme si ça pouvait geler tout ce qu’il a dégueulé par le passé.
Je le fixe, il ne me voit pas.
Ou peut-être que si.
Il joue à quoi, là ? À l’homme perdu dans ses pensées ? Genre il souffre ?
Mon cul ouais.
Je tamponne mon oreille gauche avec une vieille serviette en papier. Ou un mouchoir, j’sais même pas. Ce truc est tout sauf propre. Mais j’m’en fous. Le sang, je le sens pulser, chauffer, faire trembler ma peau sous mes doigts.
Je tente de faire tourner l’anneau dans l’hélix, mais bordel… j’en chie. Ça vibre jusqu’à mon crâne.
Putain, ce mec a toujours su faire ça.
Te bouffer la peau comme on refait un plein. Mordre pour te faire taire. Te faire mal pour t’apprivoiser. Comme si une douleur pouvait en noyer une autre. Sauf qu’à l’époque… J’avais seize piges. Seize. J’étais une merdeuse qui croyait tout savoir de la vie. Et surtout, j’avais juste des petites boucles en toc et une naïveté qui m’a niquée jusqu’à l’os.
Depuis ? J’ai creusé ma peau comme on creuse des tombes. Un trou pour chaque souvenir, une aiguille pour chaque nuit où j’ai hurlé son nom en silence.
Mon addiction à moi ? C’était nos douleurs. C’était lui. Lui et moi contre le reste du monde.
J’ai transformé ça en métal. En art. En moi.
Nos regards s’accrochent, là, au-dessus des bouteilles et des regrets. Mais j’suis plus cette gamine paumée. J’ai refermé le chapitre. Claqué la couverture, brûlé les marges.
Il ne m’intéresse plus. Finito.
Et pourtant, je fulmine. Pas à cause de lui. À cause de moi. À cause de la moi d’avant.
Celle qui a pleuré un mec qui l’a laissée en chien. Celle qui s’est retrouvée à la rue, avec pour seul bagage un prénom tatoué au creux du poignet qu’elle s’est juré d’oublier.
Celle qui a choisi l’amour, quand lui a choisi… quoi ? Une vieille ?
Non, mais il se fout de ma gueule ?
Elle avait quoi ? Quarante-cinq ? Cinquante balais peut-être ? Il n’avait que dix-neuf ans, putain ! C’est quoi le délire ? Le fric ? L’expérience ? Ou juste la lâcheté ?
T’es sérieux, Duncan ? Tu me laisses pour une cougar en Chanel ? Et moi comme une conne j’ai chialé ton abandon pendant des années ?
Putain… Mais quel connard.
J’écrase ma clope dans le cendrier et me tourne vers celle qui va me faire décompresser, j’ai besoin d’un shot de dopamine. Le sexe est salvateur. Je n’ai qu’une envie, là tout de suite, c’est de l’entendre haleter comme une chienne quand ma langue parcourra sa chatte et que mes mains presseront ses petites poires dociles.
— Au fait, comment tu t’appelles ?
Elle relève la tête, pose sa lavette.
— Cali.
Parfait.
Je lui fais signe de me rejoindre. Qu’elle contourne le bar. Elle n’hésite pas une seconde et c’est le sourire en coin qu’elle s’approche de moi. Quand elle arrive à ma hauteur, je me redresse sur le tabouret haut, écarte les cuisses et attrape ses hanches. Son bassin vient s’échouer contre le mien, je jurerai presque sentir la chaleur de son entre-jambes sous le tissu.
Je penche la tête, ses cheveux me chatouillent la joue.
— J’ai d’autres piercings que t’as pas encore vu…
Je souffle ça, direct dans son cou, entre deux baisers assumés déposés contre sa jugulaire. Ma main glisse sous sa jupe. Lente. Déterminée.
— Mais je peux te les montrer…
Elle se redresse, un éclat dans le regard.
— Britany ! Tu peux prendre le bar un moment ?
La gourdasse à la crinière gris clair arrive, toute sautillante.
— O.K pas d’souci ! Ça va mon Duncky Chouchou ?
Elle penche la tête.
Il la repousse.
Presque violemment.
Je souris. Le genre de rictus qui pue la victoire.
Cali m’attrape la main et m’emmène vers l’escalier. Mais juste avant de disparaître, je fais exprès de foutre en l’air la pile de verres posée à côté de moi.
Crash.
Éclats sur le bois.
Liquide et morceaux.
— Britanus !
Je lance ça avec un clin d’œil narquois, en désignant les dégâts du doigt.
— Va falloir nettoyer, là !
Et je disparais à l’étage, en n’ayant qu’en ligne de mire, le joli cul galbé de celle qui va oublier son nom dans le quart d’heure à venir.
On n’atteint jamais vraiment la chambre. Pas comme on devrait. On se bouffe les lèvres, nos langues se trouvent tandis qu’on parcourt tant bien que mal ce long couloir à la recherche d’une piaule libre. Cali est bonne, au goût, au parfum, au toucher. Je le sens. Une vraie salope comme je les aime, comme j’en ai besoin en l’instant. Elle est parfaite. Mon crâne percute violemment le mur derrière moi tandis qu’elle tente de trouver la putain de poignée. Ma main s’égare, s’agrippe à un sein, puis glisse jusqu’à sa fesse, et elle me rend la pareille, affamée, tout aussi dévorante. Ça déborde de partout. Le désir, la rage, l’envie de faire mal et de se faire du bien. Un cocktail d’interdits que j’inhale à pleine bouche.
Un râle s’échappe d’elle quand je pince son téton entre mes doigts. Mon genou contre son intimité, sa tête qui bascule en arrière. Elle est belle, et elle est pour moi ce soir.
Un grognement, presque étranglé, me fait tourner la tête. L’armoire à glace, là, planté comme un piquet. Trente piges à tout casser, les bras croisés comme si ça allait cacher la bosse qui déforme son futal. Il bredouille, une connerie indistincte, les yeux qui fuient, avec le regard qui revient toujours se coller à nous telle une mouche à la confiture.
— J’ai… J’ai la clef, enfin, faut que je… je crois…
Il palpe ses poches comme s’il avait perdu sa dignité là-dedans.
Je ris. Un son cru, presque cruel. Je m’arrête et le fixe. Il sait plus où se mettre. Surtout que, moi, je sais exactement où je veux le mettre, le petit soldat.
Je m’approche. Languide. Provocante. Un brin salope, c’est voulu.
Je pose une main sur sa ceinture. Il recule pas. Il ose pas. Il bande comme un ado.
Mes doigts descendent, effleurent le renflement sans gêne, sans détour.
— Oh, je vois que t’es plutôt content de ce que tu regardes… soufflé-je, vicieuse.
Il déglutit. Fort. Son torse se soulève sous sa chemise noire. Pas un mot.
— Tu veux participer ?
Cali a ouvert la porte. D’un geste sec, avec son pass. Elle est déjà à moitié dedans. Moi, je le chope par le t-shirt, le tire à l’intérieur, une proie docile.
Une fois dans la pièce, je le plaque contre le mur, pas pour lui. Pour moi. Pour le contrôle. Je veux qu’il sache que c’est moi qui décide.
— Pas bouger. Je m’occupe d’elle. Je te ferai signe quand tu pourras sortir ta queue.
Je me retourne vers ma muse qui a déjà le haut retroussé. Ses seins m’appellent. Mes mains les trouvent. Sa bouche s’écrase à nouveau contre la mienne, et l’autre, le colosse, il regarde. Il respire fort. Il sait plus s’il doit s’asseoir ou prier.
Mais il reste. Parce que maintenant, c’est moi qui mène le bal.
Dans cette chambre conforme à tout ce qu’on peut s’imaginer appartenir à une maison close, je la pousse sur le lit où elle échoue sur le dos. Je retire avec lenteur sa jupe alors qu’elle me regarde avec envie tout en glissant un doigt dans sa fente poisseuse qu’elle porte à sa bouche.
Putain, j’adore ce que je vois.
Les jambes écartées, je tire ses fesses à moi et m’agenouille au pied du lit pour plonger mes lèvres au creux des siennes. Sans hésitation. Cali se cambre, ses jambes se tendent alors que je goûte à ce jus amer que j’aime tant. Je la lape au rythme de ses respirations. Une de ses mains se perd dans mes cheveux tandis que de l’autre elle agrippe son mamelon avec ivresse.
Elle jure, beaucoup.
Et je ralentis.
Elle reprend ses esprits.
Et j’accélère.
Mes doigts, plaqués à la naissance de ses cuisses pour les maintenir écartées trouvent peu à peu le chemin de l’entrée de son vagin qui se contracte et m’appelle, le suppliant de le soulager.
Un doigt. Puis deux.
J’opère des va-et-vient calculés, précis. La regardant succomber, tête en arrière. Des cercles, des pressions. Je m’amuse. Elle se délecte de cette torture. Ses iris croisent les miens et entre deux souffles, elle parvient à murmurer :
Ma main s’agite. De mon pouce, je caresse son clitoris puis gifle ses lèvres parfaitement imberbes. Cali est au bord du précipice. Malgré elle, son bassin ondule, ses cuisses commencent à battre des ailes. J’engouffre mes doigts, plus nombreux, plus loin, cette fois. Je la pourfends, rapidement. Elle coule, putain. Et moi je suis trempée dans mon futal trop serré.
Cali se contorsionne, attend la délivrance. Elle se caresse la poitrine, met un doigt dans sa bouche. Le visage à moitié enfoncé dans les coussins. Elle souffre et j’adore ça. Si elle pouvait se finir elle-même, elle le ferait. Enfin, si elle le voulait. Mais c’est moi qu’elle veut.
Je l’admire tout en retirant mes fringues. Un signe de tête au colosse en sueur qui se tient sur la ligne de départ.
Sa queue dans sa paume, dure d’envie, suinte. Il la caresse avec langueur, l’œil lubrique. Et alors que j’ouvre grand la gueule pour que la belle blonde à bout de souffle perçoive les quatre piercings qui décorent ma langue, je plonge entre ses cuisses. Certaines de mes phalanges contorsionnent son sein, d’autre dans sa fente dégoulinante la secouent avec hardiesse, je ne ménage pas son bouton de chair qui gonfle entre mes dents. Mon sexe trempé est à la merci du gentil soldat encapuchonné de latex qui agrippe mes hanches et m’empale.
Notre trio est animal. C’est exactement ce dont j’avais besoin.
Cali vient la première et exulte son plaisir dans ma gorge, son bassin déchaîné de va-et-vient, les poings serrés dans les draps, les cuisses tétanisées de plaisir. Le jouet masculin – qui est en notre présence dans le seul but de satisfaire tous les penchants de ma perversion – ralenti son mouvement, me permettant ainsi de me redresser. La belle blonde vient se placer devant mon entre-jambe et de deux doigts tels des ciseaux, écarte mes lèvres suintantes. Elle exécute une danse de sa langue sur mon intimité tandis que le chibre se lance dans une course effrénée à l’orgasme. Mes mains crispées sur ses épaules, je gémis. Je respire fort. Je fais du bruit.
J’aime m’entendre, j’ai toujours aimé ça.
Je soupire.
J’entends un gémissement à côté, étouffé par le mur, il me percute un souvenir.
— Duncan, j’aime trop ta queue !
Pardon ?
Jusqu’au bout il veut se foutre de ma gueule…
Les râles arrivent, bruts, forts, pires et je le reconnais, lui.
Indirectement, j’enrage, je transforme cette hargne en affrontement charnel.
— Vas-y… continue, ordonné-je à l’inconnu.
Des « oh putain… », des « continue », des tonnes de mots tombent et me galvanisent. Alors que mon sexe est maltraité à souhait par cette bite qui me prend sans respect, Cali coince mon mamelon entre ses dents et le malmène. D’un doigt elle fait vibrer mon bouton de chair, et dans un cri je me libère.
Tout le monde a dû m’entendre, surtout lui, et c’est tant mieux.
Mes deux comparses me laissent de l’air.
Est-ce qu’il a giclé ?
J’en sais rien et j’en ai rien à foutre.
Ce n’est que le début, puisque Britanus exulte encore, qu’elle s’étonne, qu’elle rit, je vais le faire chialer en me livrant à un marathon.
Si c’est ce qu’il veut, après tout.
Et alors que le soleil se lève, j’espère bien que c’est lui qui couchera son jeu le premier.
♫ I try to make it through my lifeIn my way, there's youI try to make it through these liesAnd that's all I do ♫
I don’t Care – Apocalyptica
Ferme-la.
Britany glousse, une putain de pintade qui se pavane et se dandine. Elle ne m’aime pas, je ne l’aime pas, je suis son artefact. Elle est mon vide couille.
Mauvaise foi.
Je me contente bien d’elle depuis ces deux dernières années. Comme d’autres nanas avant elle et même quelques mecs. Histoire de me convaincre que je n’avais plus Maddie dans la tête. Histoire de me persuader que j’étais capable de passer à autre chose. Histoire de m’assurer que j’assumais tous mes choix.
Arrête de réfléchir.
— Duncky, insiste-t-elle tandis que je descends le haut de sa robe bustier d’un geste simple.
Je n’ai pas le droit de sentir cette envie de tout détruire, je n’ai pas non plus la liberté d’être en colère, pourtant ça me colle, ça me cloue, ça me garde entre ses griffes. Cette impression de m’étouffer.
Je nous ai sacrifiés.
Mais elle a un toit sur la tête, une famille.
Je l’ai mise en sécurité.
La culpabilité n’était pas arrivée chez moi depuis des années. Je ne sais pas pourquoi Madame Claude m’a fait ce coup, or je l’accepte. Elle n’a jamais été cruelle, ni mauvaise. Chaque chose est réfléchie avec minutie. Je suppose que je comprendrai plus tard.
Pour l’instant, il est vital que je fasse taire ce qui bouillonne.
Je mens encore.
Bien sûr.
Je veux la provoquer.
Oui.
Alors que je n’en ai pas le droit.
Ma main glisse sur la nuque de Britany. Je la rapproche, lui sourit. Elle est heureuse que je la désire, et moi… j’aime ce que je vois. Ses nibards refaits, sa bouche surmaquillée, ses tétons durcis.
Suis-je un enfoiré de ne vouloir que la sauter ?
Elle est une hôtesse chez Madame Claude, une pute de luxe, une des plus chères et elle est loin d’être conne. Malgré ses tifs décolorés, ses tatouages à outrance, elle pige complètement la réalité.
Je la presse contre le mur de la piaule…
Et Maddie gémit.
Je remonte le bas de sa robe courte, défais mon pantalon, la laisse tomber à genoux.
Mon sexe est libéré trop vite. Elle se délecte de le trouver. Celui-là, elle y a droit par plaisir, par envie, parce qu’elle peut lui dire non. Comme toujours, revoir ma queue la comble. J’ignore si elle le pense réellement, si elle ne me ment pas par habitude.
Les filles ici ne sont pas maltraitées, elles sont des pièces maîtresses d’un système complexe de corps et de sueurs. Britany en a compris tous les détails depuis le début, sortir avec moi, c’est obtenir un trophée. Être ensemble, c’est se compléter dans nos solitudes.
Incarner une récompense, ça me suffit, je ne mérite pas mieux.
— Ouvre, ordonné-je.
Je tiens mon chibre à sa base, le dirige vers sa bouche écarlate, bander est mécanique. Le sexe apaise, libère, je veux croire que je baise…
Maddie.
Des années de sevrage foutues en l’air avec un coup de poing. Une fureur.
Britany titille du bout de sa langue mon gland, joue avec le piercing Prince Albert qui s’y trouve. Elle m’encourage à durcir, cherche à simuler mes plaisirs. Autrefois, je n’éprouvais plus rien pour les corps que je touchais, pour les femmes que je sautais. Ce décor sur mon extrémité masculine a permis de raviver l’idée de la jouissance. Avant lui, je giclais sans vivre les choses, mécanique, maintenant je profite au moins d’une extase libératrice.
— Arrête de jouer putain, grondé-je.
Enfin.
Avalé par sa gueule, elle m’arrache un soupir, un gémissement. Mes paumes appuyées sur le mur, je tends l’oreille pour entendre Maddie. L’envie de buter Ben est forte, pourquoi a-t-elle choisi ce benêt en plus de Cali ?
Pourquoi ?
Ma « copine » s’active, nappant de salive mon sexe, gobant goulument le tout. Mes yeux la dévisagent, je me rends compte combien elles lui ont toutes plus ou moins ressemblées : tatouages, piercing, cheveux décolorés…
Si loin de la réalité.
Une version Shein de l’originale.
— Viens là.
Je la redresse, la retourne, chope une capote dans la table de nuit proche et me protège. Y’a zéro risque de maladie ici, c’est standing chez Madame Claude, mais je ne peux pas perforer sans sécurité. Je ne veux pas de gosses, je ne veux pas de « oups », je ne veux pas d’un marmot qui se retrouve comme lien de gens qui ne s’aiment pas.
J’ai chaud.
Mon abdomen me lance, la plaie soignée aura tout le temps de se reposer quand j’aurai fini de me faire du mal pour ressentir du bien.
Sur sa peau laiteuse, je glisse mes mains. Je la force à se cambrer, et me dirige.
— Duncky…
— Arrête avec ce surnom de merde Bri’ !
Elle se marre, je claque son cul, fort, avec la volonté d’être plus brutal que complice. J’ai besoin d’expier ma douleur, de lâcher la bride.
Je ne peux pas dire qu’elle ne me fait pas du bien, qu’elle est seulement un trou pour que je me vide. Britany m’offre de l’affection, du repos, c’est tout ce que nous nous donnons avec l’idée que nous ne finirons jamais ensemble dans un cottage entourés de gosses. Nos vies ne se terminent pas ainsi.
— Duncan, j’aime trop ta queue !
Elle gueule.
Je suis en elle, le souffle suspendu. D’une main je tire sa tignasse en arrière, de l’autre je m’accroche à sa hanche. Mon esprit est comprimé par la chaleur. Les râles de Maddie m’extirpent de mon étau. Je redresse le visage, fixe le mur et assène un coup de bassin.
Qu’est-ce que je fous ?
Mes actes cherchent à se coordonner aux gémissements que j’entends. À la voix de Maddie que je devine.
Elle a toujours été expressive, toujours vibrante. J’ai passé onze ans à essayer d’oublier, de me convaincre d’avoir agi pour le mieux. Il me suffit d’une apparition et je me reproche ce que j’ai fait.
Je replonge.
Pas d’attaches, pas de faiblesse, seulement le boulot.
Ma silhouette martèle le corps de Britany, elle exulte.
— Putain, plus fort !
Je crois qu’elle comme moi nous avons besoin de violence, pour supporter les choix, pour imaginer encore que nous sommes indestructibles.
J’obéis à ses attentes. Stupidement conscient de ce que je fais. Je balance mon t-shirt, me moque de la blessure. Tout à l’heure, juste avant de passer trois plombes à « ignorer » Maddie au bar, je l’ai soignée.
Je n’arrive pas à alléger mes pensées.
Nous étions jeunes, en fuite, perdus et paumés. J’ai trouvé un travail pour qu’elle puisse manger, cela ne suffisait pas. Alors j’ai épousé une carrière, j’ai sacrifié mon âme à une diablesse qui l’a bichonnée. Maddie a été mise en sécurité, elle a obtenu une vraie famille, elle n’a plus jamais manqué de rien.
Je n’avais pas d’autre choix.
Les chairs moites résonnent, le suintement des sexes claironne autour de nous, je m’emporte encore, plus brut, plus fort, les muscles bandés sous l’effort. Heureusement que son cuir est pâle, je parviens à savoir où ma carcasse hâlée se termine, ou son derme blanc commence. L’encre sur nos peaux se rencontre, je maltraite aussi son cul, lâche ses cheveux, chope ses seins…
Le souffle raccourci, elle s’écrase contre le mur, me réclamant d’autant plus d’y aller avec férocité et j’obéis. Au son des plaisirs d’une autre femme.
Et elle jouit.
Je tiens à peine, je largue la sauce sans un mot, continue pour ne pas priver Britany et elle prend son pied.
Je me retire, balance la capote, essuie mon front du revers de la main. M’écroulant sur le matelas, j’observe le plafond en silence. Ma nana s’allonge, elle me sourit, dépose un baiser sur ma pommette et me souffle :
— Tu dois filer ?
Je hoche le crâne.
— Dis à Chester de te remplacer…
Un refus de la tête, j’attrape sa main et l’embrasse. Elle me comprend un peu, elle pige que j’ai un truc dans la cervelle. C’est une pute, elle est aussi psy pour les mecs à ses heures perdues.
Ma caboche tourne vers le mur quand les amusements fusent, que le nouveau round continue, je me crispe.
— Tu souhaites que je lui fasse croire qu’on fait un marathon ?
— T’as pas bossé toute la nuit ?
— Simuler encore une heure ou deux, ça va pas me tuer.
Elle me fait rire. Je secoue la tête, le cœur pincé et l’embrasse tendrement.
— Désolé…
M’excuser ne sert à rien, comment pourrait-elle m’en vouloir ? Nous n’avons pas ce genre de reproches à nous faire, nous sommes conscients de la réalité. Elle s’installe dans le lit. Moi, je me rhabille et elle balance :
— Oh oui Duncky prend moi comme une salope !
Accompagnant le tout d’un glapissement salace. Je m’éloigne, silencieux, Britany m’interpelle discrètement et me demande de faire venir Nate, je hoche la tête. Sors.
Maddie…
****
♫Woah come with me nowI'm gonna take you downWoah come with me nowI'm gonna show you how ♫
Come with me now – Kongos
