Second voyage (phase 3) - Michel Vanstaen - E-Book

Second voyage (phase 3) E-Book

Michel VANSTAEN

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Beschreibung

Comme un petit sac de voyages, empli d'un désir de poésie, de petites histoires et autres. L'imaginaire n'a t-il d'autre but que de se dire merci à lui-même?

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Seitenzahl: 207

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Phase 3 (second voyage)

Second voyage

Intro

Vibrations dans le 510

Brocante d'un dimanche de février

Chute d'eau en x-ième dimension

A quelle heure le train pour demain ?

Consanguinité temporelle

Mais on vient d'où, bordel ?

Coule la pluie

Délit d'existence

Marie,...juste Marie

Dérapage sur effet mère

Entre

Jeux de passe-passe, option trépasse

Parle plus fort

Tendinite spirituelle

Nous n'accoucherons plus ensemble

S.A.V. Service Après Vie

The last blues

Time after time

Voyance immobile

Au-delà,...et surtout plus loin

A la perpendiculaire de dieu le père

Ce que l'on ose appeler un destin

Versant sur horizon en phase 3

A rebrousse temps

Dans les labours de nos langages

Télé-faune

Blues pour une éternité

33ème horloge après l'horizon

Visite en vase clos

Poser les parenthèses…

Homocarrierus bad blues

Au seuil des marais

Et voilà que ça recommence !

Si je marche…

Bonne année, mon frère

La solitude des larmes

Brouillard en apesanteur

Nos labours sont de plomb

Alibi

25 mars, et autres

Gerbe City Blues

L'ombre n'est-elle que le blues d'un visage ?

Village

Bibs en tête

Répit dans l'infini

L'odeur de nos mémoires

Baccalauréat extraterrestre

Paroles

Sur la branche d'un anniversaire

Désastreux de se coucher avant l'heure

Escapade en bibliothèque

Sinusoïde des profondeurs

Premier virage à droite après apocalypse

Les portes m'ouvrent les yeux

Comme sur un écho

Supplique pour évasion

Entre brume et dérive

Déraison en apesanteur chapitre 12

Paroles scellées

Auto-stop matinal

Porte à porte, ou porte à part

Funambule sur un fil,...mais lequel ?

Si on l'appelait la ville

72000 rêves

Un matin, comme une offrande

Blues de la dérision

Et si une simple chanson suffisait

Courage, je téléphone

Si vieux que le monde est son copain

Chaque couverture, comme la face cachée d'une ouverture

Simplement un peu plus

Les lacs du fond des yeux

Chaque chemin est un rêve sous-évalué

On n'en finit jamais d'écrire la même histoire

On peut jusqu'à oser se l'écrire à soi-même

On peut même y croire...

Encore,...et encore.

Vibrations dans le 510

Je promène mes doigts sur l'ombre des étagères, danse éphémère de la lumière caressant les rideaux. Les projections ne sont que les éclipses de mes pensées.

Je rentre chez moi.

Mes pas se brûlent au contact de bruissements familiers. L'air ambiant est une symphonie de matières en ébullition. La pièce est emplie d'une marée de signes. Je sens les courants contraires renaître à la vie comme autant d'aimants en fusion. Mes silences ornent chaque recoin d'un même mystère.

Je me sens entouré de mille marées solitaires. Mes mains se marient avec le doux parfum des échappées sur fond d'inconnu.

J'avance sur un rythme tant de fois répété. Je vois ce que je connais, je plonge sur ce que j'ignore. La mouvance n'est que l'intérieur d'une si longue attente, d'un chemin sans balise.

Le soleil se brûle les ailes sur un jeu de miroirs vertigineux. Les franges de la connaissance se vrillent dans des temps qui se veulent asservis.

Je me souviens de mes premiers pas, timides sur fond d'ignorance.

Du plus profond, je sens les changements; à la fois si intimes et tellement universels. Rien ne me prépare à ce qui m'attend. Une couverture de confiance me recouvre le cœur.

J'avance. Mes pas se glissent tendrement dans les espaces laissés libres. Chaque couloir est un tentacule amical, vestige impalpable. Je reconnais avec le sentiment d'une découverte perpétuelle.

Je me déplace dans une acceptation mutuelle, naturelle, vibrante.

Même les caresses de l'air sur ma peau me susurrent que tout est bien, que l'on m'attend.

Je laisse mon regard zébrer toute une étendue d'infinitude. J'y ai souligné tant d'instants éternellement précieux, poussières du savoir dispensé aux soleils de nos ombres. Voies limpides amoureuses de trop de brume. Je m'y replonge à n'en plus savoir où et quand.

Le passé se gèle au contact de ce présent sans instant, au son d'une musique faite de couleurs et de neige. Magnificence de tous ces infinis livrés à ma seule présence.

Je n'ai pas de bagage. Mes pas me nomment le chemin.

L'espace est devenu visage.

Les dimensions comme prolongements de toute intimité.

L'eau coule de mes mains en signes corrosifs.

Je me sens happé dans un songe d'odeurs et de néant. Le monde n'est plus de lui-même ce que mes silences l'en représente. Comme un blues perdu au fil du temps sur la trame de milliers de guitares.

Je m'approche. Le bout du voyage. Tout en devinant dans l'échancrure des ombres qu'il n'y a rien de plus tangible que l'illimité. Après la faim des débuts, l'insigne final.

Chacun de mes pas n'est autre qu'un adieu.

Ma vie n'est-elle que l'ombre d'autre chose ?

La fin des espoirs. L'envol du plus loin.

Le jeu des lumières à l'ultime décès du jour. Des arcs en ciel ornent les vitres et s'immiscent dans les creux de mes articulations. Je me sens comme au terme d'un si long périple.

Mon regard se lie à cet espace libre entre plusieurs ouvrages.

Ma respiration se fait dernière.

Mon corps se blottit dans ce refuge.

Je sens les changements, du plus infime au plus silencieux.

Je ne bouge pas. Ce temps est dépassé. De mes pages, je m'ouvre à d'autres histoires, d'autres subtilités, d'autres voix.

Je n'existe plus en ce jour.

Rien qu'un infime pan de l'existence.

Peut-être...

Pour ce que l'éternité nous accordera.

Brocante d'un dimanche de février

Cérémonie refroidie en un cœur dévoilé. Déferlante sur voie d'extinction. Variations obligées. Ciel à l'abandon.

Y a-t-il quelqu'un à la relève des images ?

Polarité de circonstance. Éphémère sans retour impossible. Mâchoires serrées sur le creux des ombres.

Penses-tu à quelqu’autre fantôme ?

La vallée s'enfonce dans une sentence brumeuse. Le soir n'est que l'ombre d'un autre jour. La senteur du bout de mes doigts a-t-elle encore un sens ? Je plonge au plus loin de mes sens. Je ressens le firmament d'une illusion. Suis-je satisfait ?

Voracité de ces rêves éconduits. Dévoiler la moindre parcelle d'elle- même. Pluralité à n'en plus pourvoir. Valse sur un monde peuplé de messages. Ambiguïté de l'outrage.

Y a-t-il un bruit au-delà ?

Masque serré en germes d'obscurité. Ne rien sentir que ce mince fil. Visions de conscience superposées.

Pourquoi les ombres disparaissent-elles la nuit ?

Je suis mes propres pas, je répète mes propres mots. Autour de moi, vivent une infinité d'éclosions. L'odeur a déjà investi l'herbe des chemins.

Les différences ont retiré leur papier d'argent. Les paroles réverbèrent d'infimes sessions.

Quelle est la voie des silences ?

Contagion, perversité. Vers quelles cités ?

Perspectives déversées sur de tristes aléas. Soulagement des songes passés. Persécution de chaque instant. Bloque ton âme.

Dieu aurait-il abandonné ses rêves ?

Chaque naissance est une loterie aléatoire. Chaque destin est à peine l'image de nos questions. Les précipices n'existent plus. Les vents ne se sont pas encore dénudés. Il y a tant devant.

Il y a tant devant mes pas.

Tant à faire…

Tant à défaire

Chute d'eau en x-ième dimension

Tu m’accompagnes depuis si longtemps

Au gré de tous les vents tu me veilles

Il y a des cieux où la solitude est vaine

Il y a des lieux où les cris ne meurent pas

Tu suis l’éphémère de mes pas

Tu es le brouillard au sortir de l’ombre

Il n’y a pas de vague quand la terre a parlé

Il n’y a pas de rêve si près du néant

Je viens d’une terre où le brouillard perce le présent

Où les senteurs de la nuit effacent les regards

Je viens de là où il n’y a pas de pays

Rien que les phares du souvenir

La rencontre de l’envie et de la réalité

Tu es le leurre de tous mes désirs

Tu me berces au sérail de mes terreurs

Il y a de l’agonie à m’entendre rire

Il y a si peu de noirceur à te regarder

Tu penses comme le cristal et le soleil

Tu souffres si près de mes envies

Il n'y a qu'un seuil de terre écrasée

Il n'y a rien à chercher

Je viens d'une terre où le brouillard enracine le présent

Où les senteurs de la nuit offensent les regards

Je viens de là où il n'y a plus de langueur

Rien que les phares du souvenir

La rencontre de l’envie et de la réalité

Mais s'il faut croire que les retours n'existent pas

Je penserai trop fort à ces cycles perdus

Où la poigne d'un instant crache aux yeux du néant

Rien que les phares du souvenir

La rencontre de l’envie... et de la réalité

A quelle heure le train pour demain ?

Les murs sont d’un blanc de crème. Mes souvenirs sont un amalgame de cette crème et d’un tas d’autres choses particulièrement étrangères à l’heure qu’il est. Le goût amer de cette vomissure qui revient périodiquement. Aucune notion de temps, simplement la marée du vomi qui me persécute à heure fixe. Mes yeux happent le silence sur des ailes d’argent chevillant mes clavicules sur un truc dur. Je suis vraiment mal en point. Le pire, c’est que je n’y comprends rien. Au hasard d’un regard ouvert, une ombre et son corps apparaissent dans la brume et se retirent aussi sec. Tiens, une idée ! C’est quoi une idée ? Réfléchir ! C’est quoi ? Je décide que c’est ça. Un vent froid me parcourt en tous sens. Je mesure une éternité, mais je ressens des limites dans tous les coins. Je suis secoué de l’intérieur, et évidemment je vomis. Curieusement, je ne sens ni le goût, ni les senteurs de la chose. J’ai même la bouche sèche. Mais, bon dieu, où suis-je tombé ? Le mouvement, un corps, une ombre, mais plus proche, plus présent. J’entends,…, j’entends, merde. J’avais oublié quel effet cela faisait. A vrai dire, c’est plutôt bizarre. Une suite de sons essayant de me percer l’oreille jusqu’à l’affolement. Un changement ! L’ombre et le corps ne font plus qu’un. Plusieurs ombres, plusieurs corps. Ce qui réveille en moi un vieux réflexe : les mathématiques. Combien de corps pour combien d’ombres. Faut-il diviser, additionner ? Et merde, je m’en fous, je bouge ! Gerbe City, ton habitant chéri prend le large. Bon sang, que ça fait mal de se réveiller. Mais au moins, cela implique des choses. JE ME RÉVEILLE ! Je m’imagine le susurrer : « il se réveille… ». Non pas il, je. A moins que. L’ombre corps ! Oui, c’est ça ! L’ombre corps a parlé. Je l’ai même entendu. Ah, Dieu bénisse les ombres corps. Pourquoi, je n’en sais rien. Bon, ce n’est pas tout , mais cela remue dur autour de moi. Des gens ombres corps sont là à me regarder. Je pense qu’une simplification ne peut me porter préjudice. Je vais les appeler des corps, non, des gens. Oui, c’est bien, des gens. Je suis entouré par des gens qui me touchent. Eh, faut pas vous gêner. Ma tête se relève. Je crains le pire. C’est encore pire. Tout tourne et s’arrête d’un coup. Là, c’est dur. Le temps, pourquoi le temps ? Parce que comme notion abstraite, il fait fort. Je ne sais ce qu’il recouvre. Et pourtant, un impérieux besoin, comme si tout en dépendait. Mes neurones embrayent la première. J’essaie de débrayer. Non, pas maintenant. L’acidité dans la gorge…

* * *

Je rouvre les yeux. Deuxième essai. J’ai peur ; mais curieusement, les choses, moi y compris, semblent tenir leur place plus tangiblement. Je sens mes doigts, ils ne sont pas seuls. Un gen les a posé dans ses mains et leur fait des trucs étranges. Vas-y que je te les tords, que je les plie, les déplie, les retords, les replie, les pliplis, les totors. Mais, c’est quoi ce bordel ?

— Sachez que ce n’est pas un bordel. Ici, c’est un hôpital, … bordel !

Qui a parlé, qui a dit bordel ? Viens ici que je t’embrasse.

* * *

Je commence à m’habituer aux gens. A force de me mettre des tuyaux partout, d’en retirer, d’en rajouter, je les connais tous. D’ailleurs, c’est marrant, on les croirait de la même famille. Un air de ressemblance sans avoir l’air d’y toucher. Ils me parlent tous, me disent des choses gentilles, mais ne veulent pas que je parle. C’est prématuré, pensent-ils. J’ai aperçu mon reflet dans un miroir. Je ferai plutôt dans le genre dénaturé. Mais je me sens uni, contrairement à mes réveils précédents. Être d’un seul bloc, ça le fait.

* * *

Elle m’a dit que si je voulais l’appeler maman, cela ne lui posait aucun problème. Moi, je me suis dit qu’elle était cinglée. Mais au moins, elle me sourit en me nettoyant.

Il m’a dit que si je voulais l’appeler papa, cela ne lui posait aucun problème. Moi, je me suis dit qu’il était cinglé. Mais au moins, il me sourit en me nettoyant.

Ce matin, j’ai pris mon premier repas. Un tube relié directement à l’estomac. C’est bon mais c’est chaud. Je n’ai pas laissé de pourboire.

Petit à petit, je renais. Désolé, mais c’est l’exacte impression que j’en ai. Je suis parvenu à remuer mes doigts de pied tout seul. Bientôt, ils m’ont dit que je me lèverai.

J’aime les voir tourner autour de moi comme des gens qui tournent autour de moi.

* * *

J’ai fait 3 fois le tour de la chambre, je ne suis tombé que 17 fois. En positivant, je dirai que je connais mieux le sol que le plafond. Les gens m’encouragent. Je ne vomis plus que de manière aléatoire, en fonction des aliments nouveaux dont ils me nourrissent. Je pense que c’est le régime hôpital, car j’ai du mal à reconnaître les goûts. Il n’y a presque plus de tuyaux, câbles, seringues, perfusions qui me traversent de part en part. Je peux presque aller aux toilettes tout seul.

* * *

Beaucoup de gens. Avec toujours cet air de famille que je ne m’explique pas et dont, je l’avoue, je n’ai pas grand-chose à faire. Par contre, cet air de sérieux que je ne leur connais pas. Ils me disent qu’aujourd’hui est un grand jour. Pourquoi, je n’en sais rien. Ils sont tous assis en cercle autour de moi. Le gen papa prend la parole :

— Vous voilà de retour parmi nous, vos progrès ont été stupéfiants.

— Merci.

— Je ne sais comment vous demander,…Vous souvenez-vous de quelque chose ? Je veux dire,… d’avant votre réveil.

Leurs regards me scrutent avec avidité. Ils ne vont quand même pas me bouffer.

— A première vue, peut-être que…

J’essaie de plonger dans ce qui doit être le, pardon, mon passé. Mais à ma grande honte et un peu de désarroi, ben…Rien !

La gen maman se rapproche, plonge son regard dans le mien.

— Je vais vous faire un bref résumé de votre présence ici.

Sa voix a quelque chose de plaintif, doublé d’espoir. Néanmoins, je sens poindre un soupçon d’inquiétude.

— Vous venez de sortir d’un coma profond qui a duré…16.

Je décide de la jouer « je m’attends à tout »

— 16 heures ?

Leurs yeux me répondent par la négative.

— 16 jours ?

Même réponse.

— 16 semaines,…16 ans ?

Maman me prend la main et reprend la parole dans la foulée.

— 16…millions d’années.

Aussi sec, je ne la joue plus. Deux faits curieux s’imposent d’eux-mêmes. D’abord, je les crois. Ensuite, je ne peux m’empêcher de penser à la facture d’électricité que ça a dû coûter. Puis la réalité me rattrape.

Des années, cela veut dire quelque chose. Des millions d’années ! C’est quoi, ce bordel.

Et si je gerbais un coup, histoire de mettre l’ambiance. Mais ce qui me descend sur le visage sans que je m’en aperçoive, ce sont des larmes. Je chiale tout ce que je peux. Merde, merde et merde ! 16 millions d’années ! Qu’est-ce que je fous là ?

Ils se sont rapprochés de moi. Je ne veux plus les voir, je ferme les yeux. Ma poitrine contient quelque chose d’énorme, comme des milliers de siècles de frustration.

Dormir, je veux dormir, oublier, retourner dans ce bienheureux coma, ne plus rien sentir.

Et le mot qui hurle dans ma tête trouve enfin le chemin de la sortie, déchire mes lèvres barbelées.

— SEUL.

* * *

L’appartement qu’ils m’ont donné est plutôt sympa. L’effort a été fait pour que je me sente chez moi. On dirait une image d’Epinal devenue réalité. Ou plus exactement des photos d’archives ayant survécu à 12 cataclysmes planétaires. Ils m’ont fait entrer tout sourire. J’ai failli hurler de rire et d’horreur. J’ai simplement dit merci. Leur volonté de me faire plaisir était si visible que je n’ai pas eu le cœur de la briser. Néanmoins, j’ai négocié afin que le lit ne penche plus sur la gauche de 13°72, argumentant sur l’efficacité de l’horizontalité pour se reposer.

— L’horizontalité, mais ça n’existe plus ce truc là.

J’ai quand même eu gain de cause et me suis accommodé des rangements sur coussin d’air, de la cuisine à air compensé, de la salle de bain à eau savonneuse, du hall d’entrée avec wc incorporé, etc, etc…

***

Depuis combien de temps suis-je réveillé ? J’avoue que je n’en ai qu’une idée approximative. A vrai dire, je m’en fous. J’ ai appris à me méfier du temps. Et comme dit le vieux proverbe : « Chat échaudé se méfie du million d’années qui lui passe dans le dos. »

Ma nouvelle vie suit un rythme de convalescence avancée. Tous les jours, j’ai la visite de gen maman et de gen papa. Ils gèrent ma guérison, surveillant ma température, ma tension, ma surtension, et un tas d’autres trucs aux noms bizarres. La médecine n’a pas évolué dans la clarté.

Je leur demande quand je pourrais sortir et respirer l’air du dehors.

Ils échangent un regard, et je n’ai plus envie de poser la question. Ce qui me fait réagir à une chose qui manque à mon appartement. Il n’y a pas de fenêtre.

* * *

Je suis prêt ! Aujourd’hui, je pars en visite. Maman et papa passent me prendre. Je les imagine bien avec une poussette d’enfant pour me garer à l’intérieur. Me souvenant brusquement de mon lit à 13°72, je suis heureux de les voir entrer les mains vides.

Nous suivons de nombreux couloirs et mes yeux dévorent tout ce qui passe à portée. L’éclairage sans source visible, semblant une émanation des parois. Des ouvertures que l’on croise, s’ouvrant sur des myriades de mystères. D’autres gens me saluant avec tendresse. Pourquoi tendresse ? L’absence d’angles vifs ; tout est courbe, agréable aux sens, reposant à l’esprit.

Je commence à fatiguer. L’effet de l’adrénaline s’est estompé et une pause est bienvenue. Maman et papa me fixent de ce regard si identique qu’il finit par troubler.

— Comment te sens-tu ?

Et oui, maintenant, on se tutoie.

— Comme un poisson dans l’eau qui réapprend à nager. A vrai dire, c’est crevant !

— T’inquiète pas, on est bientôt arrivé.

* * *

La baie vitrée est faite d’une substance étrange au toucher. A la fois souple et dure, les yeux semblent y être attirés sans aucun artifice. Je ne peux m’empêcher d’y poser les mains, d’explorer cette entité qui me sépare de l’extérieur. Cela pourrait être poétique, j’ai tout simplement la trouille de regarder.

Maman et papa se tiennent légèrement en retrait, sachant que ce moment m’appartient.

Allez, on se lance, je ne me suis pas payé 16 millions d’années pour rien. J’ouvre les yeux.

Du noir ! Non, pardon, du sombre. Tout est sombre. Une collection de grisés qui tend vers le noir absolu. Sans m’en apercevoir, je me suis reculé. Je sens la main de Papa sur mon épaule, une façon de dire « Courage, regarde encore. ». Je me rapproche. Contrairement à la première fois, je laisse mon regard s’imprégner de l’extérieur. Toujours du sombre, mais différent. Des choses plus foncées dans les coins, brumeuses par-ci, impénétrables par-là. Des choses qui me semblent être des bâtiments, émergeant d’une marée de brouillard. Des choses au loin, mystères ! Et par-dessus tout, ce manque de visibilité. Évidemment ! Les réflexes ne sont plus ce qu’ils étaient. C’est la nuit. Pourquoi ? Je veux dire pourquoi la nuit. On aurait très bien pu attendre le matin.

Je me retourne.

— C’est obligé de voir ça la nuit. Je pense que ce serait plus sympa le jour.

Leurs regards me percutent de plein fouet.

Maman se rapproche.

— C’est le jour.

Je me rappelle subitement les vieux flippers de mon adolescence. Aucun doute, j’ai fait tilt.

Papa s’est rapproché également.

— Autant tout te dire maintenant. Assieds-toi, c'est un peu long.

Nous nous installons sur des sortes de canapés qui ne font qu’un avec nos corps. J’ai soudain l’impression que ce que je vais entendre va être inversement proportionnel d’avec le confort de nos séants.

C’est maman qui reprend la parole.

— Depuis ton époque, il s’est passé des tas de choses. Des biens et des moins biens…et puis des pas biens du tout. Tous les rêves que vous avez échafaudés, jusqu’aux plus fous, se sont vus réalisés. Le voyage dans le temps, vers d’autres galaxies, la guérison de pratiquement toutes les maladies, l’infiniment petit, l’infiniment grand, les dimensions parallèles et même les obliques (elles existent), jusqu’à la visite touristique d’un trou noir aller-retour.

— Et évidemment, j’ai tout raté.

— T’inquiètes pas

Le son et la cadence de sa voix ayant chuté sur ces derniers mots, je ressens une pression indéfinissable et pas nécessairement agréable. Je me contente de fixer leur regard.

Ce coup-ci, c’est papa qui s’y colle.

— Tu dois te dire qu’en 16 millions d’années, on a pu en faire des trucs. A vrai dire, à part les balivernes que tu connais, guerres, génocides et j’en passe, on a passé quelques millions d’années assez tranquilles. Cependant, doués comme l’on est pour foutre le bordel...Enfin, je ne vais pas énumérer. La situation actuelle te suffira. Nous avons détruit toutes les planètes du système solaire et réussi a bousillé le soleil. Depuis, il fait noir et on se les gèle.

A voir leurs regards, j’ai l’impression d’être le professeur chargé de réprimander deux étudiants venant de faire sauter le labo de chimie.

— J’ai du mal à y voir clair…

Je me reprends aussitôt, pas mécontent de ne pas avoir trop perdu la main.

— Excusez le jeu de mots involontaire. Mais je pense qu’il est grand temps de poser la question.

Maman sourit.

— Qu’est-ce que tu viens faire là-dedans ?

— Exactement.

— Approche-toi.

Nous nous retrouvons de nouveau face à la vitre. Je regarde mieux. Il y a du mouvement. Comment dire ? Un déplacement d’ombres, furtif, éphémère. Des masses qui se traînent, s’allongent et se replient.

— Il n’y a pas moyen de mieux voir ?

— Nous attendions que tu le demandes.

Soudainement, la scène semble jaillir, se percute, se retrouve, et finit par s'immobiliser. Comme je ne suis pas irrémédiablement stupide, et encore moins irrémédiable, je soupçonne fort le truc planqué sous roche. D'autant plus que leur mise en scène est un peu caricaturale. Je me concentre sur la scène maintenant éclairée. Et je ne peux m’empêcher de reculer. Aucune main ne se pose sur mon épaule. Et je comprends que la soi-disant mise en scène n'en est pas une. Devant mes yeux, je les vois, drapés dans leur monstruosité d'existence. Masses informes se traînant, comme voulant s'enfoncer sous terre. Inévitablement, je cherche leurs yeux, les trouve et ne peux retenir plus longtemps cette envie de vomir. Je devais arriver seul, avec mes tripes, avec mon corps. Mon corps qui n'a plus rien à voir avec ce qui rampe dans ce purin que l'humanité a légué. Car, en moi, au fin fond de l'horreur, ce que nous, et j'insiste sur NOUS, sommes devenus. Vers immondes issus de la mascarade des siècles. Leurs mouvements sont lents, comme effacés. Mais, cela ne suffit pas. Doucement, je me sens devenir le vecteur de leurs regards. Une accroche sur mon esprit, un pas vers mon âme. Je suis à genoux, presque à demander pardon. Je pleure, je gerbe, je suis leur enfer. Mourir, par pitié !

Et toutes les lumières n'en font qu'une.

Noire !

* * *

Si j'ignorais le nombre de liquides se baladant dans mon corps, aujourd'hui, je suis fixé. Le nombre d'éprouvettes perchées sur toutes les étagères l'atteste. Et voilà pas que je te perce, que je te pompe, que j'extraie, que je vampirise, que je te troue, t'éponge, te vide pour mieux me remplir de trucs sensés dévoiler le moindre de mes secrets. Maman et papa m'ont fait venir jusque dans leur labo. Parait qu'ils ont trouvé. Je suis bon à être dupliqué.

C'est maman qui m'annonce la bonne nouvelle.

— Je pense que tu te doutes de ce qui se passe. Nous devons te remercier je ne sais comment. Grâce à toi, une nouvelle piste se dessine. Nous ne faisons qu'espérer, mais cela fait tellement longtemps que l'espoir nous manquait.