Secret de famille à Verdun - Patrick Serge Boutsindi - E-Book

Secret de famille à Verdun E-Book

Patrick Serge Boutsindi

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Beschreibung

Au début du mois de février 2020, un rassemblement a lieu au bois des Caures, dans le village de Flabas, pour remplacer les arbres centenaires ravagés par le scolyte qui ont été abattus. Dans la foule présente à cette occasion, une quadragénaire africaine arrivée en France une semaine auparavant soulève la curiosité de l'assistance.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Patrick-Serge Boutsindi est originaire du Congo-Brazzaville, en Afrique Centrale, et vit à Montigny-les-Metz, en Moselle. Il a déjà publié plusieurs recueils de nouvelles, des romans, des essais et des contes pour enfants.

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Seitenzahl: 273

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Secret de famille à Verdun

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© Feuillage éditions, 2022.

Tous droits réservés.

Patrick Serge Boutsindi

Secret de famille à Verdun

Roman

Personnages principaux du roman

Fulgence Kimbembe (né au Congo-Brazzaville, mort à Verdun)

André Kimbembe (fils de Fulgence et de Marie Kimbembe)

Godefroy Kimbembe (fils de Fulgence et de Marie Kimbembe)

Augustine Kimbembe (fille de Godefroy Kimbembe et de Firmine Matéla)

Célestine Bonazébi (fille d’Augustine Kimbembe et de Bernard Ngola)

Evariste Bonazébi (époux de Célestine Bonazébi)

Augustin Duval (fils d’Alain et de Dominique Duval)

Alain Duval (fils de Victor et d’Odile Duval)

Constance Duval (fille de Victor et d’Odile Duval)

Odile Duval (fille de Pauline Houpert et de Lucien Hazard)

Sœur Émilienne (fille illégitime de Pauline Houpert et de Fulgence Kimbembe)

Pauline Houpert (fille de Jacques et de Brigitte Houpert)

« Entre 1914 et 1918, la France incorpore ou réquisitionne près de deux cent vingt mille ouvriers et plus de six cent mille « indigènes », soldats originaires de son empire colonial. Près de la moitié d’entre eux viennent d’Afrique du Nord et près d’un tiers d’Afrique noire, regroupés en ce qui concerne ces derniers sous le vocable de « Sénégalais ». À ces contingents s’ajoutent des soldats venus d’Indochine, de Madagascar, des Antilles, du Pacifique, des Somalis. La grande majorité gagne l’Europe et se bat sur le front occidental. Soixante-quinze mille d’entre eux ne reverront jamais leur pays. Sur le front oriental, au cours de la bataille des Dardanelles (février-avril 1915), les Sénégalais représentent à eux seuls la moitié des effectifs français engagés. Les « indigènes » obtiennent au total plus de 20 % des plus hautes distinctions militaires décernées, alors que leurs effectifs au combat ne représentent à la fin de la guerre qu’entre 2 et 5 % du total des combattants. »

Jean-Pierre Guéno (LesPoilus)

« Pendant plus d’un siècle, de 1857 aux années 1960, ils ont participé à toutes les guerres de la France. Baptisés « tirailleurs sénégalais », « troupes indigènes », ou « Force noire », caricaturés en « chair à canon », « honte noire » ou « Y’a bon Banania », leur histoire est faite de gloire, de larmes et de sang. Héros de l’aventure coloniale, ils en incarnent toutes les ambiguïtés, les espoirs et les drames. »

Éric Deroo et Antoine Champeaux (La Force Noire. Gloire et infortunes d’une légendecoloniale)

« L’habitude de lever des troupes autochtones remonte au XVIIIe siècle, époque où les maladies et les fièvres décimaient les armées européennes outre-mer. Les Français comme les Britanniques firent naturellement appel à des milliers d’auxiliaires indigènes : goumiers, tabors, spahis, tirailleurs sénégalais et algériens… L’armée française compte aussi, dès le XIXe siècle, de nombreux régiments coloniaux… qui ne sont pas composés uniquement d’autochtones ! Les zouaves sont généralement européens. À partir de 1831, la France de Louis-Philippe se dote de la Légion étrangère. En 1900 sont créées les troupes coloniales, qui descendent pour l’essentiel des troupes de l’infanterie marine, déployées outre-mer. Stationnées en Asie, dans les Caraïbes et en Afrique, elles représentent vers 1913 quelque 101 600 hommes, et sont composées à 86, 7 % d’indigènes. Ainsi, le 19e corps d’armée, basé en Afrique du Nord, comptait dans ses rangs le père d’Albert Camus, un zouave pied-noir. Il sera tué lors des premières semaines de la Première guerre mondiale. »

Magazine Ça m’intéresse-Histoire (Novembre-Décembre 2019)

À Pétra et Daniel Zilliox,

mes amis de Verdun,

sans lesquels ce livre n’aurait peut-être pas été écrit.

« Le 21 octobre 1922, les stigmates des combats sont encore présents au bois des Caures. Les arbres squelettiques se relèvent à peine sur un terrain qui fut l’un des plus bombardés de la bataille de Verdun. Un monolithe de pierre blanche se dresse à la lisière du bois. C’est le monument dédié à la mémoire des chasseurs des 56e et 59e bataillon de chasseurs à pied (BCP) et de leur chef, le lieutenant-colonel Driant. Car le 21 février 1916, ce sont les positions de ces unités BCP qui ont été les premières victimes du matraquage et du pilonnage de l’artillerie allemande. Et, pourtant, malgré le déluge de feu et d’acier, de violents combats, les chasseurs du lieutenant-colonel Driant ont tenu plus de deux jours, écrivant une des pages les plus héroïques de la bataille de Verdun.

Les associations de combattants sont venues nombreuses sous leurs bannières. Une garde de chasseurs escorte leur drapeau jusqu’au monument, au milieu d’une multitude d’anciens combattants et de nombreuses veuves. La fanfare des chasseurs salue les couleurs par la Marseillaise. Puis vient le cortège religieux, le monument est béni, la prière des morts et les chants sont entonnés. De nos jours, le bois des Caures a retrouvé sa quiétude, et seules les croix blanches rappellent la résistance acharnée des chasseurs de Driant. Tous les ans, aux environs du 21 février, une cérémonie d’hommage se tient devant le monument des chasseurs de Driant. »1

Le bois des Caures est situé au nord de Verdun, dans le village de Flabas, sur la rive droite de la Meuse. Il est considéré comme le premier théâtre d’affrontements de la bataille de Verdun. Le bois des Caures a souffert durant la Grande Guerre, labouré par les explosifs durant la bataille de Verdun. On estime qu’il aurait reçu environ quatre-vingt mille obus, auxquels il faut ajouter des grenades. Aujourd’hui, la guerre écologique a remplacé celle des explosifs dans la forêt domaniale de Verdun.

En ce début du mois de février 2020, plusieurs personnes y étaient rassemblées pour remplacer les arbres centenaires détruits par le scolyte2, qu’il avait fallu abattre. Des associations d’anciens combattants étaient conviées à cette cérémonie : la section des membres de la Légion d’honneur de la Meuse, du Mérite national des Médaillés militaires, de l’ordre du Mérite agricole des Palmes Académiques, l’association des Harkis, des anciens combattants de Verdun Belleville Thierville, l’Union Nationale des Parachutistes, l’Union Nationale des Combattants et la promotion de Saint-Cyr “Lieutenant-colonel Driant.”

Parmi la foule, on remarqua la présence d’une femme d’origine africaine, de grande taille, âgée d’une quarantaine d’années. Elle avait une peau éclatante, habituée sans doute aux produits éclaircissants. Des gens dans la foule désiraient savoir qui elle était et qui l’avait invitée à cette cérémonie du reboisement. Tout le monde était habillé chaudement, bien qu’il ne fît pas très froid. Mais le vent soufflait aussi aigrement que durant ces rudes périodes hivernales de la guerre quand les soldats français et allemands se faisaient face et se terraient dans les tranchées, avant de se lancer à l’assaut, de combattre corps à corps, à coups de pelle, de crosse et de baïonnette.

La femme noire que beaucoup observaient discrètement, était arrivée en France une semaine avant cette cérémonie, invitée par un habitant de Verdun, monsieur Alain Duval. Il souhaitait qu’elle plante un arbre en souvenir de son arrière-grand-père. Ce dernier avait vaillamment combattu lors de la bataille de Verdun avec le régiment de tirailleurs sénégalais, et avait participé aux côtés d’autres fantassins, tous des Poilus, à la reprise du fort de Douaumont occupé par les Allemands. Cet arrière-grand-père avait malheureusement trouvé la mort lors de cette opération. Son corps n’avait jamais été retrouvé.

Au moment de planter l’arbre, tout son corps tressaillit d’émotion. Elle pensait à son aïeul enseveli quelque part sous cette terre. Cette terre aujourd’hui encore couverte des ossements des combattants. La femme noire pleurait. Ses mains tremblaient. Les gens qui se tenaient autour d’elle accomplissaient le même geste en silence. Ils communiquaient par le regard, avec le silence dû aux morts et à la nature.

Le responsable de l’Office National des Forêts à l’origine du projet, voyant la tristesse de la jeune femme, la réconforta avec gentillesse. Il s’adressa à l’homme qui l’avait invitée. Il se tenait amicalement à ses côtés, et lui passa spontanément la main dans le dos. L’émotion était partagée par tous. Elle n’était pas la seule à pleurer son aïeul. La plupart des personnes présentes à cette cérémonie avaient en tête le souvenir d’un grand-père ou arrière-grand-père ayant combattu à Verdun ou sur un autre champ de bataille durant la première guerre mondiale. Le souvenir des Poilus et des soldats « indigènes » venus de toutes les colonies pour prêter main-forte à l’armée française, traversa l’esprit de chacun au moment de planter les arbres qui allaient régénérer le bois des Caures.

Avant ce grand voyage jusqu’à Verdun, Célestine Bonazébi n’était jamais montée dans un avion. Elle rêvait à l’idée de voyager un jour au pays des Blancs, mais n’avait pas eu l’occasion, ni même les moyens de venir visiter le continent européen où la neige tombe plusieurs semaines dans l’année. Elle connaissait des récits sur leur passé esclavagiste et colonial en Afrique. Elle disait qu’il fallait oublier ces siècles d’horreur durant lesquels les Noirs avaient été mis en enfer. Elle expliquait également qu’il fallait nouer une amitié véritable et sincère avec les Blancs, et regarder ensemble l’avenir. Ces idées de nature optimiste, elle les inculquait également à ses quatre enfants et à ses camarades du quartier populaire de Bacongo. Dans la capitale, Brazzaville, où elle avait vu le jour voilà quarante-cinq ans, elle ne s’était jamais liée d’amitié avec un Blanc. Elle ne croisait d’Européen qu’au centre-ville où les Mudélés3 venus d’Europe et d’Amérique habitent, travaillent, font leurs courses, et se fréquentent uniquement entre eux. La communauté blanche n’aime pas se mélanger avec les autochtones, ni aller dans les quartiers populaires de Brazzaville. Elle ne veut pas voir les taudis dans lesquels vit la grande majorité des habitants de ce pays, et ferme les yeux sur la misère et le désespoir des Congolais.

Ce jour-là, comme à son habitude, Célestine Bonazébi s’était levée très tôt pour préparer le petit-déjeuner de ses enfants et de son époux Évariste qui devait se rendre au travail. Elle mit la marmite qui contenait la citronnelle sur le feu, dressa la table : pain, sucre, beurre et lait en poudre. Elle sortait de la douche et portait uniquement un pagne noué autour de la taille et un tee-shirt avec le logo d’un parti politique de l’opposition. Elle demanda à ses quatre enfants, qui venaient de se réveiller, de prendre leur douche avant le petit-déjeuner, et de se dépêcher car ils allaient à l’école. L’aîné de ses garçons étudiait à l’université, le second fréquentait le lycée, l’autre était au collège, tandis que la dernière, l’unique fille, était encore à l’école primaire. La famille était unie. Célestine Bonazébi aimait son mari, et celui-ci ne trompait pas sa femme.

La maison qu’ils louaient possédait trois chambres. Elle était identique à celle située en face, dans la même cour, où logeait un couple et leurs deux enfants. La cour de la parcelle s’ouvrait sur l’avenue des Trois-Francs, anciennement appelée rue Guynemer. Le quartier de Bacongo ressemblait à une fourmilière aux heures de pointe. Les gens sortaient de partout, marchant dans tous les sens. Les ruelles et avenues goudronnées étaient noires de monde. Mobylettes, voitures, camions et bus klaxonnaient en permanence et envahissaient l’espace.

Évariste Bonazébi était un homme de cinquante ans, sportif et toujours souriant. Il partait travailler chaque jour à l’opposé de la zone où ils habitaient. Il se rendait chaque matin au nord de Brazzaville, dans l’arrondissement cinq, appelé Ouénzé, où il enseignait l’éducation physique et sportive dans un lycée public.

Après le départ de ses enfants et de son mari, Célestine s’occupa du ménage avant de s’apprêter pour le marché Total de Bacongo où elle s’approvisionnait en nourriture. Elle connaissait presque toutes les personnes qui vivaient autour de sa concession. Parfois, une amie, mère au foyer comme elle, l’accompagnait au marché. Son mari avait d’abord refusé l’idée qu’elle reste à la maison pour s’occuper du foyer. Il voulait qu’elle continue à travailler pour contribuer financièrement au ménage. Mais à la naissance de leur troisième enfant, Célestine Bonazébi renonça à écouter les conseils de son époux. Elle démissionna de son poste de réceptionniste d’hôtel pour élever sa progéniture. Depuis lors, Évariste subvenait seul au bien-être de leur foyer, et la famille connaissait parfois des difficultés financières qui entraînaient forcément des querelles ou des conflits familiaux, car les enfants, férus de nouvelles technologies, étaient insatiables. Célestine Bonazébi désirait, et parfois même, exigeait que son mari lui offre un nouveau pagne Wax à la mode, voire une nouvelle paire de chaussures. Elle adorait également se parfumer le corps, et demandait qu’on lui achète un nouveau parfum. Évariste Bonazébi finissait toujours par céder aux caprices de son épouse, mais rarement à ceux des enfants. Il s’endettait auprès des banques ou des organismes de prêt pour satisfaire les exigences de sa femme, et sans doute, éviter le divorce. L’idée d’aller travailler dans une école privée où les professeurs étaient mieux rémunérés revenait régulièrement dans ses pensées, mais les garanties de l’emploi au sein de la fonction publique le retenaient.

Les établissements d’enseignement privé en République du Congo poussaient comme des champignons, aussi vite que leurs faillites et fermetures s’annonçaient dans les journaux. Il y avait de nombreuses manœuvres douteuses et un manque de professionnalisme au sein de ces écoles privées auxquelles les autorités délivraient facilement les agréments. Plusieurs inspecteurs de l’Éducation nationale étaient sanctionnés ou démis de leur fonction pour avoir accepté des avantages financiers ou escamotés des biens publics. Les bourgmestres des communes de Brazzaville touchaient des pots-de-vin pour délivrer un document administratif. Les juges et les bourres4 congolais n’avaient plus de conscience professionnelle. La corruption endémique des fonctionnaires congolais était un secret de polichinelle. Cette prévarication fait que le pays va à vau-l’eau depuis plusieurs décennies.

Le portable de Célestine se mit à sonner. C’était Geneviève Mokoko, une de ses meilleures amies, qui habitait deux ruelles derrière l’avenue des Trois-Francs. Elle lui proposa de l’accompagner au marché Total. Elle ne travaillait pas, mais ses moyens financiers étaient plus élevés que ceux de la famille Bonazébi. Les deux femmes se connaissaient depuis des années. Elles se donnèrent rendez-vous pour cheminer ensemble. Célestine Bonazébi enfila un jean, attacha ses cheveux avec un foulard et chaussa d’une paire d’escarpins. Elle adoucit son visage d’une crème de beauté. Elle mit ensuite des boucles d’oreilles et une chaînette en plaqué or autour du cou. C’était une belle femme qui attirait les regards. Elle ouvrit les rideaux, éteignit les lumières, prit son sac et son panier. Elle était fin prête.

À l’instant où elle voulut fermer la porte de la maison, elle se retrouva face à face à un homme qu’elle ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam. Le quidam, en rentrant dans la cour de la parcelle, se dirigea droit vers elle.

–Bonjour madame, dit l’inconnu.

–Bonjour monsieur.

–Je cherche madame Célestine Bonazébi.

–C’est moi.

L’homme lui confia qu’il était porteur d’un courrier pour elle. La lettre lui avait été remise à Strasbourg, en France, et contenait une invitation à son intention.

–Vous dites une invitation ? interrogea Célestine.

–Oui, c’est ça, une invitation pour vous rendre en France, à Verdun.

–De France ? De Verdun ? Mais monsieur, je ne connais personne ni en France ni à Verdun. Toute ma famille habite au Congo. Je n’ai pas de parents résidant en France.

–Moi en tout cas, je suis très heureux de vous avoir retrouvée et de vous remettre cette invitation en mains propres. Lisez-la d’abord et vous verrez par vous-même ce dont il s’agit.

–Entrez, entrez monsieur, je ne vais tout de même pas lire ce courrier dehors.

L’homme qui s’était présenté devant elle, et qui était bien habillé, se nommait Aubin Mambou. Il vivait en France depuis longtemps, plus précisément à Strasbourg. Il était connu dans la communauté africaine de cette ville en tant que président de l’association des Congolais de Strasbourg. Son physique était celui d’un sportif régulier d’une salle de musculation. Son visage était carré, couvert d’une barbe bien taillée. Il avait un nez proéminent et des cheveux très courts. Il parlait calmement comme un homme qui a peur de déranger. Célestine l’invita à s’asseoir au salon et lui proposa à boire. Il était dix heures passées, et les courses au marché Total pouvaient attendre le temps qu’elle lise tranquillement cette lettre venue tout droit de France. Elle appela son amie Geneviève Mokoko pour la prévenir qu’elle avait un imprévu de dernière minute. Elle ouvrit l’enveloppe, lut les premières lignes, et s’exclama soudain : « Dieu du ciel ! ». Elle n’en croyait pas ses yeux. Aubin Mambou, voyant la joie sur le visage de Célestine eut un sourire affable. Il savait que cette invitation en France lui ferait grand plaisir. Elle acheva de lire la lettre avant de se tourner vers Aubin Mambou.

–Que désirez-vous boire ? demanda-t-elle.

–Je prendrai bien un jus de fruits, répondit Aubin Mambou.

–J’ai du jus d’orange ou de pamplemousse.

–Jus d’orange, s’il vous plaît.

–Je suis très émue quand je vous parle. Les larmes me montent aux yeux. Je vous remercie beaucoup d’être venu jusque chez moi pour me remettre la lettre. Elle évoque le souvenir de mon arrière-grand-père maternel, Fulgence Kimbembe, que je n’ai pas connu. Il est mort pendant la première guerre mondiale, en France, à Verdun. Son corps, dit-on, a disparu sous les bombes, dit Célestine.

–C’est ça, il est mort au front en combattant les Allemands pendant la sanglante bataille de Verdun, dit Aubin Mambou.

–Mais comment ce monsieur qui s’appelle Alain Duval a-t-il fait pour retrouver la trace de mon arrière-grand-père ? C’est complètement incroyable cette invitation ! Dans ma famille, plus personne n’évoque cette histoire. On l’a presque oubliée. Nous en parlons parfois lorsqu’on voit à la télévision un film ou un reportage sur la première ou la seconde guerre mondiale. C’est inimaginable ce que je viens de lire dans cette lettre. Et ce monsieur veut que je me rende en France, à Verdun, pour participer à une cérémonie. Il s’agirait de planter un arbre afin de rendre hommage à mon arrière-grand-père mort pour la France. J’ai l’impression de rêver, dit Célestine.

–Il vous invite, allez-y, n’hésitez pas, c’est lui qui vous offre le billet aller-retour, dit Aubin Mambou.

–J’accepte son invitation. C’est une occasion à ne pas manquer. J’irai là-bas pour voir où mon arrière-grand-père a été tué. Je vais lui rendre un hommage au nom de toute notre famille, et lui dire que nous continuons à penser à lui de temps en temps. J’ai envie de pleurer. Comment avez-vous rencontré ce monsieur Alain Duval ? Vous vivez aussi à Verdun ? demanda Célestine Bonazébi.

–Non, j’habite dans une ville qui s’appelle Strasbourg. Elle est située dans l’Est de la France, tout comme Verdun, dans la région qu’on appelle désormais Grand Est. Je suis arrivé à Strasbourg il y a plus de vingt-cinq ans pour suivre une formation, et depuis j’y réside, et j’y travaille. J’ai fondé une famille en épousant une Congolaise qui vivait sur place. Nous avons trois enfants. Monsieur Duval est entré en contact avec moi par le biais de notre association, dont je suis le président depuis dix ans. Je ne crois pas qu’il y ait une association de ressortissants congolais à Verdun. Et je ne suis pas sûr non plus qu’on y trouve des Congolais, car c’est une ville moyenne comparée à Strasbourg. En revanche, Verdun est connue mondialement pour les combats acharnés de la première guerre mondiale, et surtout pour sa terrible bataille qui a opposé l’armée française à l’armée allemande. Ces combats ont coûté la vie à plusieurs centaines de milliers de soldats des deux côtés. On parle même d’un “carnage”, d’une “boucherie”, expliqua Aubin Mambou.

–Il vous a donc appelé parce que vous êtes Congolais, afin que vous recherchiez les descendants de la famille Fulgence Kimbembe au Congo ? demanda Célestine.

–Non, il a mené ses propres recherches pendant plusieurs années, auprès du Mémorial de Verdun, de différentes associations d’anciens combattants à Verdun et à Paris, des archives militaires à Vincennes, en région parisienne, du ministère des Armées françaises, des archives départementales ainsi qu’à d’autres musées qui conservent des documents concernant la première guerre mondiale.

–Mais vous vous êtes vus avec Alain Duval ?

–Nous nous sommes rencontrés à deux reprises à Strasbourg, après ses recherches. Je lui avais fait part de mon désir de passer mes vacances au Congo, et il est donc venu me voir pour me remettre la lettre et l’invitation qu’il vous destinait. Mais nous avons beaucoup échangé au téléphone et communiqué par mail.

–Comment est-il ? Est-ce qu’il est jeune ou bien âgé ?

–Je peux vous dire son âge, il a soixante-cinq ans, l’âge de la retraite, mais il continue à travailler parce qu’il aime cela, et qu’il est aussi son propre patron. Il tient un magasin de meubles à Verdun.

–J’ai pensé qu’il pouvait avoir l’âge de mon mari : cinquante ans. Nous avons cinq ans de différence. Est-il marié, et a-t-il des enfants ?

–Monsieur Duval est veuf, il n’a eu qu’un enfant, âgé aujourd’hui d’une trentaine d’années, et qui vit et travaille à Grenoble, autre grande ville de l’Est de la France, dit Aubin Mambou.

–Dans sa lettre il ne dit pas où j’habiterai pendant ce séjour à Verdun ? dit Célestine.

–Il faut voir cela avec lui. Il vous a donné son numéro de téléphone et son adresse électronique. Vous l’appellerez pour prendre contact. Il vous donnera alors toutes les indications concernant votre billet d’avion et le certificat d’hébergement nécessaire pour obtenir un visa. Vous pourrez décider ensemble de votre séjour et de sa durée.

–Peut-être va-t-il me proposer d’habiter chez lui s’il a de la place pour me loger quelques jours ?

–Il a sûrement de la place chez lui, vu que c’est un patron, et qu’il doit forcément avoir une maison suffisamment spacieuse.

–Ça, il faudrait d’abord que j’en parle à mon mari, et je ne suis pas sûre qu’il accepte que j’aille dormir chez quelqu’un qu’on ne connaît pas, qui plus est un homme blanc, en France.

–Vous avez d’ici-là largement le temps de faire connaissance avec monsieur Duval. La cérémonie pour planter les arbres dans la forêt de Verdun n’aura lieu que l’année prochaine, et vous ne voyageriez en France qu’en 2020. Il faudrait d’abord commencer à le contacter par téléphone ou courriel, et par la même occasion lui présenter votre mari afin qu’ils fassent connaissance, suggéra Aubin Mambou.

–Je vais aussi lui présenter mes enfants et ma petite sœur.

–Vous avez combien d’enfants ?

–J’ai quatre enfants, trois garçons et une fille. J’ai quitté mon emploi de réceptionniste dans un hôtel pour m’occuper d’eux, répondit Célestine.

–Quand je suivais ma formation à Strasbourg, je travaillais le week-end comme vigile dans un hôtel pour arrondir mes fins de mois, dit Aubin Mambou.

–Vous m’avez dit que vous avez fondé une famille en France, en épousant une Congolaise rencontrée sur place. Êtes-vous venu avec votre femme et vos enfants ?

–Non, mon épouse est restée en France avec les enfants. Je suis arrivé seul à Brazzaville pour y passer trois semaines de vacances. Je suis logé à Poto-Poto, chez mes parents. Je vais en profiter pour voir les membres de ma famille, ainsi que mes amis d’enfance. Je rentre en France dès le mois prochain.

–Au mois de septembre ? interrogea Célestine Bonazébi.

–Oui, je reprends l’avion au début du mois.

–Monsieur Mambou, est-ce que monsieur Duval vous a expliqué les raisons qui l’ont amené à s’intéresser en particulier à mon arrière-grand-père Fulgence Kimbembe, et à rechercher ses descendants au Congo ? Il pouvait très bien se préoccuper d’un autre ancien combattant congolais de la première guerre mondiale, tombé à Verdun. Pourquoi d’après vous s’est-il attaché au cas de mon arrière-grand-père ?

–Madame Bonazébi, je lui ai posé la question lorsqu’il est venu me voir pour la première fois à Strasbourg. Ses recherches lui ont permis de retrouver l’adresse exacte où habitait votre arrière-grand-père avant de s’enrôler malgré lui dans l’armée coloniale. Il avait embarqué à Pointe-Noire, était passé par Dakar au Sénégal, avant de débarquer dans le sud de la France, dans le camp d’entraînement de Fréjus-Saint-Raphaël. Avant son départ, il habitait dans la rue Nkouka-Batéké, anciennement rue Capitaine-Gaullard. Je m’y suis rendu hier en fin d’après-midi, et un vieux monsieur m’a fait comprendre que vos grands-parents avaient vendu la parcelle. Heureusement un des fils de ce vieillard qui assistait à notre conversation connaissait un peu l’histoire de votre famille. C’est lui qui m’a donné votre adresse, voilà comment je vous ai retrouvée, expliqua Aubin Mambou.

–Oui, je connais bien cette parcelle que mon arrière-grand-père avait laissée à ses enfants. Il l’avait achetée lorsqu’il travaillait comme blanchisseur chez un colon français. On les appelait à cette époque des « travailleurs indigènes ». Mon arrière-grand-père avait une vingtaine d’années lorsqu’il est parti. On n’a jamais su son âge exact, car à son époque, l’époque coloniale, il n’existait pas d’actes de naissance dans notre pays, surtout dans les villages. Les naissances n’étaient ni déclarées ni enregistrées. Mon arrière-grand-père avait laissé une femme et deux garçons en bas âge, André et Godefroy. Godefroy était mon grand-père, le père de ma mère. Il avait juste un an quand son père s’est engagé dans l’armée coloniale. Il est mort en 1980, à l’âge de soixante-cinq ans. Ma maman m’a raconté un jour toute l’histoire de son grand-père, et celle de la parcelle qu’il avait laissée à ses descendants. Ses deux enfants ne s’entendaient plus bien et avaient décidé d’un commun accord de la vendre. Ils avaient partagé l’argent à parts égales. Ma mère s’appelait Augustine. Quant à sa maman, elle se prénommait Firmine Matéla. Ma mère s’était mariée avec mon père cinq ans avant ma naissance, mais ils ont divorcé assez rapidement. Elle est malheureusement décédée en 2014, à la suite d’une grave maladie. Elle avait soixante-dix ans. Mon père est mort deux ans après ma mère. Il avait trois ans de plus qu’elle. Il s’appelait Bernard Ngola. Mon arrière-grand-père Fulgence Kimbembe est né au village. Il avait trois frères et trois sœurs. Il est venu vivre à Brazzaville lorsqu’il était tout jeune. Mais vous ne m’avez toujours pas expliqué le but des recherches de monsieur Duval pour retrouver les membres de notre famille. Pourquoi s’est-il intéressé à la mémoire de mon arrière-grand-père, au point de vous confier la mission de nous rechercher ? Il y a quelque chose que je ne comprends pas.

–Monsieur Duval est passionné d’histoire, et en particulier celle de la première guerre mondiale. Il a voulu tout simplement retrouver la famille d’un de ces vaillants combattants « indigènes » venus d’Afrique noire, et plus particulièrement du Congo-Brazzaville, qui a fait la bataille de Verdun. Il tient à ce qu’un de ses descendants puisse se rendre en France, sur les lieux, pour participer à une cérémonie de reboisement, tout en rendant hommage aux anciens combattants de la première guerre mondiale, dont Fulgence Kimbembe faisait partie, voilà, répondit Aubin Mambou.

–Monsieur Mambou, vous êtes sûr et certain que c’est la raison principale de toutes ses recherches ? s’inquiéta Célestine Bonazébi.

–Non, je pense qu’il y a sans doute une autre raison que j’ignore. Je veux qu’il vous la dise lui-même au téléphone, si secret il y a, ou bien qu’il vous le raconte quand vous vous rencontrerez.

Il termina son jus de fruit avant de s’en aller, laissant Célestine avec toutes ses émotions et interrogations. Elle relut la lettre une seconde fois, et promit de téléphoner à Alain Duval dès son retour du marché.

Le soir, en rentrant du travail, Évariste Bonazébi trouva sa femme devant l’ordinateur. Célestine faisait des recherches sur l’histoire des tirailleurs sénégalais et la première guerre mondiale. Elle apprit que tous les soldats noirs venant d’Afrique, étaient appelés “tirailleurs sénégalais”, quel que soit leur pays d’origine.

Les tirailleurs sénégalais étaient un corps de militaires provenant des colonies françaises. Il fut créé à Dakar, au Sénégal, en 1857, par le Général Louis Faidherbe, qui était Gouverneur général de l’AOF (Afrique Occidentale Française). Le 1ᵉ régiment de tirailleurs sénégalais (RTS) fut constitué en 1884 ; et suivi de nombreux autres (gabonais, haoussas, soudanais, congolais, tchadiens) qui, par souci d’uniformité, gardèrent l’appellation de “sénégalais”. Ils furent de toutes les guerres de colonies menées par la France depuis leur création à Dakar.

En 1917, il existait 59 bataillons de tirailleurs sénegalais dont 26 engagés sur le front français et 15 avec l’Armée d’Orient. En 1918, le nombre de bataillons se montait à 97.

Finalement, comme l’écrit LemagazinedelaGrandeGuerre14-18, ce sont 137 bataillons de tirailleurs sénégalais qui combattront en France et sur le front d’Orient. Déracinés de leurs us et coutumes, il leur a fallu se battre contre les Allemands mais aussi contre les rigueurs du climat, confrontés au gel, à la pluie parfois à la neige… Au terme de la guerre, ils occuperont l’Allemagne en 1919 et aideront aux travaux de déminage.

1939-1945 : deuxième guerre mondiale. On estime à 179 000 le nombre de tirailleurs mobilisés le 1er juin 1940 dont 40 000 engagés dans les combats en métropole. Ils participent à la campagne de France, à la Libération, débarquant en Provence et se battant jusqu’aux Vosges avec la 1ᵉ Armée (1944).

Durant dix mois, les obus avaient retourné la terre de Verdun, et changé à jamais le paysage de l’agglomération. Pour la première fois, comme l’a écrit Pierre Miquel5 : “Les hommes étaient confrontés à une puissance de destruction due aux progrès des industries sidérurgiques et chimiques, et des industries d’armement. Ils faisaient la découverte que la guerre ne pouvait avoir d’autre issue que le suicide des peuples.” (…) “Les aveugles de guerre, les handicapés physiques et mentaux, les morts à retardement sous l’effet des gaz, les disparus, les ensevelis, ceux que l’on ne retrouverait jamais plus, ce massacre transformait la terre de Verdun en un gigantesque cimetière.”

Aujourd’hui, la nature a repris ses droits, laissant repousser les arbres, mais le sol garde encore les cicatrices du conflit. Les trous d’obus se distinguent encore tout autour de Verdun. Collines et plaines furent couvertes de munitions tout au long de la Grande Guerre.

Alain Duval continuait à consoler Célestine. Il ne planta pas d’arbre. Il préféra laisser cet honneur à son invitée venue exceptionnellement du Congo-Brazzaville pour honorer à travers ce geste la mémoire de son arrière-grand-père disparu au combat. Les caméras de télévision de la chaîne régionale filmèrent la cérémonie et interrogèrent les membres des associations. Le reboisement du bois des Caures touchait à sa fin. Le vent qui soufflait aigrement avait baissé en température. Alain Duval salua plusieurs personnes. Célestine fit de même, avec un sourire séduisant. Elle n’avait plus les larmes aux yeux. Ils se dirigèrent tous deux vers la voiture, une Peugeot 308. Monsieur Duval n’était pas très grand, et avait un visage rondelet et des cheveux drus. Il portait des lunettes, et n’avait ni barbe ni moustache. C’était un homme d’apparence simple qui pouvait passer inaperçu dans tous les milieux. Il connaissait beaucoup de monde à Verdun, tels ses anciens camarades avec qui il avait grandi et fréquenté les mêmes établissements scolaires, ainsi que les nombreux clients qu’il continuait à fournir en meubles. Il était vêtu d’un pantalon de velours, d’une parka et d’un pull à col roulé. Célestine portait un jean et un manteau, avec des chaussures fourrées que son hôte venait de lui acheter, pour ne pas transir de froid. Une paire de gants et une écharpe bien chaude complétaient sa tenue. Ses cheveux longs, coiffés en nappy et entretenus avec de l’huile de coco étaient à l’air libre. Elle tutoyait monsieur Duval depuis leur première conversation téléphonique, suivant en cela la proposition d’Alain.

La voiture arriva au carrefour des Maréchaux, où se dressaient plusieurs statues des années cinquante en hommage aux maréchaux français de l’Empire. Dans ce quartier excentré de la ville, sur l’avenue du Général-Boichut, face à la Citadelle, se trouvait la maison de monsieur Duval. C’était une grande bâtisse avec quatre chambres à coucher. Un balcon donnait sur l’arrière-cour et le petit jardin. La demeure cachait un véritable luxe, avec des meubles anciens, de style Louis XV. Des tableaux de grands peintres contemporains étaient accrochés aux murs ; le commun des mortels ignorant en peinture aurait été incapable d’en estimer la valeur. On ne trouvait aucune antiquaille. Son épouse était décédée quatre ans plus tôt, et monsieur Duval ne souhaitait pas se remarier. Il vivait seul désormais, continuant à se dévouer corps et âme aux clients de son magasin de meubles. Chaque matin, il partait tôt afin d’arriver avant ses salariés : trois personnes dont une secrétaire. Son magasin, auparavant implanté dans le centre-ville de Verdun, avait été déplacé dans la zone commerciale du Dragon, pour y tripler sa surface.

–Célestine, nous sommes arrivés, lança-t-il.

–Il faudrait qu’on aille un jour à pied jusqu’au centre-ville de Verdun afin que je puisse me repérer par rapport à ton domicile, car depuis une semaine que je suis arrivée en France, on ne se déplace qu’en voiture.

–C’est pourtant très simple de se rendre en ville, je pense te l’avoir déjà expliqué. Tu suis tranquillement le chemin qui longe la Citadelle, avenue du Soldat-Inconnu, et en dix ou quinze minutes de marche tu es en plein centre-ville.

–Oui Alain, mais il faut que je marche d’abord avec toi pour mieux me repérer, après je pourrai y aller toute seule sans problème. Je dois d’abord me familiariser en ta compagnie.

–Mais je suis là pour te conduire en voiture. J’ai pris deux semaines de congé pour t’emmener où tu veux. Moi, ça ne me gêne pas de te conduire en voiture.

–Tu es très gentil, Alain, mais je peux aller toute seule au centre-ville, en plus ce n’est pas très loin de ta maison. Tu sais en Afrique, les gens aiment bien marcher.

–Ton mari ne gagne pas assez pour acheter une voiture ? interrogea-t-il en ouvrant le garage.

–Non, il n’a pas de voiture. Il prend chaque jour le bus. Les fonctionnaires au Congo ne sont pas assez bien payés pour posséder une voiture. Nous sommes un pays pauvre. Les personnes qui ont un véhicule au Congo, sont en général celles qui travaillent dans des ministères et qui occupent de hautes fonctions, ou celles qui sont dans le secteur privé, et qui gagnent bien leur vie.