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La vie de Léna se découpe en tranches de vie de dix-huit années chacune. Depuis sa naissance, elle cherche à plaire à son entourage qui l'ignore totalement. Cette attitude effacée la détruit à petit feu. A peine sortie du lycée, elle épouse Robert qui se comporte en pervers narcissique. Et c'est avec son fils Paul qu'elle parviendra à redonner du sens à sa vie. A trente-six ans elle se reconstruit après avoir échappé à un entourage misogyne et barbare. Léna rencontre Tom qui l'aide à prendre conscience que son besoin de séduire reposait sur une blessure d'adolescente.
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Seitenzahl: 114
Veröffentlichungsjahr: 2017
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La Chic fille
L’ennemi intime
La parenthèse inattendue
Le goût de la vie retrouvée
La vie fait ce qu’elle veut
Reconstruction sans séduction
« Plus vous dépendez des autres pour confirmer votre existence, moins votre vie vous appartient. »
Guy FINDLEY
Léna peut enfin respirer, faire entrer dans ses narines l’air frais de cet automne chatoyant qui l’inonde d’une énergie nouvelle, de sa vie enfin retrouvée.
Persuadée que son existence est découpée en tranches de vie, de dix-huit années chacune, elle entre allègrement dans le troisième cycle. Et tente de se réveiller d’un long cauchemar, en se disant : « Ce n’est pas possible, je ne l’ai pas vécu, ce n’est pas moi ! »
Il fait beau, la circulation est fluide, elle sera à l’heure à la gendarmerie.
L’année de ses huit ans, Léna avait fait une découverte majeure. Elle ne trouverait pas de modèle dans son entourage. Pour se construire et explorer la jungle de sa vie, elle devrait adopter ses propres règles.
Sa mère n’avait pas conscience de la réalité, tout était extrêmement compliqué. Elle se fabriquait toutes sortes d’artifices qui ne satisfaisaient pas sa quête du bonheur. Elle appartenait à ces natures pessimistes qui doutent de tout, et surtout d’elles-mêmes, prennent les compliments pour des moqueries et imaginent des complots qui faussent la réalité des choses et des faits. Elle ignorait à quel point sa fille lui était reconnaissante de l’enseignement qu’elle retirait en l’observant chaque jour. La mère de Léna s’occupait de son enfant de manière sporadique, ne s’intéressant à elle que lorsqu’elle la mettait en valeur. Léna ne voulait pas ressembler à cette femme qui regrettait tant de lui avoir donné la vie, et qui ne posait jamais sur elle le regard attendu. Elle ne pouvait pas lutter contre l’hérédité, mais de toutes ses forces elle se forgerait une éducation fondamentalement opposée à celle que sa mère tentait mollement de lui inculquer.
Car le seul référent adulte de cette maison était la mère. L’absence du père, toujours malade, souvent hospitalisé, était peut-être en partie responsable du mal-être de son épouse. Mais lorsque la maladie lui laissait un peu de répit, il redoublait d’attentions pour ses enfants.
Souvent livrée à elle-même, Léna développait un besoin incontrôlable de plaire à tout le monde. Elle avait adopté une attitude décalée, notamment pendant l’adolescence. Alors qu’elle ne parvenait pas à faire confiance à son entourage, elle cherchait néanmoins à le séduire.
Et puis Léna était « rêveuse », elle imaginait sa vie ailleurs. On l’appelait « l’étourdie ». Elle semblait absente, comme détachée d’elle-même. Souvent elle jouait la comédie, improvisant une mise en scène orchestrée par son entourage.
Pour plaire aux autres, elle était prête à accepter des moqueries ou des injustices, adoptant un air détaché. Mais au fond elle accumulait des couches de mal-être, et ses rêves d’évasion ne parvenaient pas toujours à maintenir sa petite flamme intérieure.
Léna avait le profil parfait de la « chic fille », on obtenait d’elle tout ce que l’on voulait. Car sa grande gentillesse lui permettait d’offrir beaucoup. Son erreur était de donner ce que son entourage désirait sans hésiter, presque sans réfléchir, parfois avant même qu’il n’en n’ait eu l’idée. Et elle se retrouvait seule et démunie car jamais aucun miroir ne reflétait sa propre vision des choses. Savait-elle reconnaitre le mensonge ?
Comment expliquer cette étrange attitude qui consistait toujours « à donner le bâton pour se faire battre » ? Comment savoir ce qui, tôt ou tard rendait son entourage méprisable, décevant ? N’était-elle entourée que de personnes mal intentionnées, ou était-elle seule responsable de la tournure que prenaient les situations ? Et pourquoi ce scénario se répétait-il si souvent ? Les expériences douloureuses ne devraient-elles pas servir à ne pas se reproduire ?
Judith, la sœur de Léna était de deux ans son aînée. Elle persécutait « la cadette » depuis toujours. De plus, les parents avaient commis la maladresse de lui confier l’éducation de « la petite », sur qui elle expérimentait toute sorte de pouvoirs de domination.
Léna ne disposait pas des outils pour se rebeller. Elle acceptait tout, en accumulant des résidus de mal-être sans s’en rendre compte.
A cause d’un caractère intransigeant et excessif, Judith avait peu d’amis. Et elle pouvait foudroyer Léna du regard ou s’interposer physiquement lorsque quelqu’un l’abordait. Cette attitude relevait plus de la jalousie que d’une intention protectrice.
La mère, désespérée par le caractère acariâtre de Judith demanda à Léna d’inviter quelques amis pour le vingtième anniversaire de sa sœur :
- Tu connais beaucoup de monde, c’est injuste pour ta sœur, il faut qu’elle s’amuse un peu, fasse quelques connaissances…
Léna était très étonnée de cette soudaine confiance, même s’il ne s’agissait que de faire plaisir à sa sœur…
Difficile de savoir ce qui provoqua l’esclandre. Au moment fort de la soirée, les hurlements de Judith mirent fin à « la petite fête » aussi brutalement qu’une coupure d’électricité. Après avoir congédié tous ses amis poliment en se confondant en excuses, Léna retrouva sa sœur habillée sous une douche glacée. Sa mère tenait le pommeau d’une main et une Judith hystérique de l’autre.
Léna venait d’échouer à la mission que sa mère lui avait confiée.
Quelques semaines plus tard, Judith faisait la fierté de ses parents en annonçant une invitation pour la Saint-Sylvestre.
La mère pria Léna de l’accompagner : - Tu comprends, je préfère que tu sois avec elle, on ne sait jamais ce qu’il peut arriver…
Judith semblait contrariée de se « traîner la cadette », partager ses nouveaux amis, qui tomberaient sous son charme… Sans qu’il lui vienne à l’esprit qu’elle avait percé la bulle de Léna depuis sa plus tendre enfance.
Ainsi au cours de cette soirée, Léna fit une rencontre qui devait la transporter vers un nouvel horizon, révélateur de son propre fonctionnement.
Il devrait convenir à son entourage, puisqu’il était issu du nouveau cercle d’amis de sa sœur. Robert n’avait jamais rencontré une personne aussi ravissante, il mit tout en œuvre pour attirer son attention, et s’immiscer habilement lorsque quelqu’un d’autre tentait d’approcher Léna.
Un peu engourdie par l’alcool et la fumée de cigarettes, elle s’était extraite de l’ambiance de la fête pour faire quelques pas dans le jardin. Le clair de lune illuminait la campagne environnante, les arbres dessinaient des ombres sur les allées, et la musique accentuait cette ambiance féérique.
Robert l’avait suivie, et parlait de lui. Elle se laissait guider par la douceur de l’instant. Et lorsque Judith croisa sa sœur à plusieurs reprises avec ce garçon insipide, qui ne la mettait pas du tout en valeur, elle ne lui demanda pas de « rendre des comptes ». Au contraire, elle affichait une curieuse empathie, bien décidée à tout mettre en œuvre pour que cette relation perdure.
Léna vécut sa dernière année de lycéenne sans se préoccuper de son avenir. Et après un échec au baccalauréat, ne trouvant pas de soutien dans son entourage pour l’encourager à persévérer, elle dût se résoudre à renoncer à une carrière d’enseignante.
Elle avait confié ce projet à sa sœur qui s’était esclaffée :
- Tu rêves ma pauv’fille, avec ta tête de linotte, tu n’y arriveras jamais !
Si Léna avait échoué au bac, c’était qu’elle n’était pas douée pour les études. Mais ce qui la surprenait le plus, était l’attitude de ses parents ; persuadés que les gens de leur « condition » ne pouvaient pas avoir accès à l’université. Comme si, dans les années soixante, les études supérieures étaient encore réservées à une certaine classe sociale.
On fit clairement comprendre à Léna qu’elle devrait entrer dans la vie active, ou se marier.
C’est donc plus par résignation que conviction, et sous la pression de sa future belle-mère, que Léna finit par accepter d’épouser son fils.
Robert était vendeur dans un magasin depuis quatre ans déjà. Il ne voyait pas non plus en quoi les études de Léna pourraient lui servir pour tenir un foyer. Et puis il n’entendait pas que les connaissances de sa « future épouse » soient supérieures aux siennes. Il jouissait d’un train de vie confortable, puisqu’il vivait toujours chez « papa - maman ». Et Léna n’avait qu’à se glisser dans le moule que cette nouvelle famille lui avait choisi.
Le mariage fut d’une grande réussite dans la pure tradition. Chacun pouvait parader, et exalter son égo dans son rôle de belle-mère, beau-père, tante, cousin… Et Léna se retrouvait parmi des invités constitués essentiellement de sa belle-famille ; les rares amis qui lui restaient fidèles n’osèrent pas avouer leur dégoût d’un telle gâchis et déclinèrent l’invitation.
Léna commençait à se plier aux exigences de son époux, en mettant tout son talent pour le séduire. Elle paraissait heureuse mais cachait habilement sa détresse intérieure.
Dévouée, elle servirait Robert à la lettre, en suivant les instructions de sa belle-mère. Sa vie entière serait désormais consacrée au bonheur de son mari.
On l’installa dans un appartement qu’elle n’avait pas choisi, dans l’immeuble de ses beaux-parents. Des recettes de cuisine, au placard à balai, tout fut transféré.
La belle-famille ne perdait pas une miette du quotidien de la « charmante épouse ».
Léna troqua ses tenues féminines en vêtements adaptées aux travaux domestiques. Sa vie était organisée entre les courses et le ménage, jusqu’aux pantoufles qu’elle portait précipitamment à son époux qui s’affalait chaque soir devant la télévision.
Robert se trainait pitoyablement du canapé à la cuisine, puis de la table au lit, où Léna se pliait à son devoir conjugal… Aucune fausse note n’était admise de sa part, et curieusement elle exécutait la partition en virtuose !
Sa vie se résumait à plaire à son mari. Enfant docile, elle était devenue une « femme comblée » qui ne manquait de rien. Car avec l’ancienneté, Robert obtint rapidement une promotion, et comme Léna faisait quelques ménages, y compris dans la cage d’escalier, ils pouvaient grossir les rangs des biens heureuses victimes de la société de consommation. Léna recevait l’aspirateur « dernier cri » à Noël, et tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes !
Si d’aventure, au cours d’un repas familial, Léna osait prendre la parole pour exprimer son point de vue, elle recevait sous la table, un coup de pied de son mari, agacé. Les paroles de Léna ne faisaient pas plus d’effet qu’un léger courant d’air. On oubliait de la servir à table. Elle ne recevait que des consignes pour bien faire la lessive ou le ménage… Tout autre sujet était « tabou ».
Comme beaucoup de femmes dans son entourage, sa belle-sœur était excessivement jalouse. Et plus Léna tentait de la séduire, par d’innombrables marques d’attention, plus la sœur de Robert cherchait à l’humilier. Car il était insupportable qu’une autre femme, aussi parfaite soit-elle, puisse avoir le privilège de partager la vie de son frère chéri. Elle entendait bien garder son rang de princesse, dans une famille où Léna n’était qu’une domestique.
Et lorsque Robert avait une divergence de point de vue, aussi infime soit-elle, avec sa sœur chérie, la belle-mère se penchait vers Léna pour lui murmurer :
- Mes enfants se sont toujours bien entendus, dire qu’il a fallût qu’une étrangère arrive pour qu’il y ait discorde. Mais tu ne peux pas comprendre…
Ce que Léna avait du mal à comprendre, en effet, c’est que quoi qu’il se passe dans cette famille, elle servait de bouc émissaire.
Elle s’était simplement habituée à « encaisser » le mal-être des autres. Elle croyait bien faire en restant polie et discrète, et s’obstinait à séduire un entourage qui n’avait que faire de ses attentions.
Léna pensait que l’image positive qu’elle projetait contribuerait à son bien-être. Mais c’est l’inverse qui se produisait. Dans ce besoin de vouloir plaire, elle attendait une sorte d’approbation. Comme si cette famille pouvait l’autoriser à exister. En réalité, plus elle dépendait des autres pour confirmer son existence, plus sa vie lui échappait.
Un matin de printemps, la belle-famille décida d’organiser un pique-nique à la campagne. Cette sortie champêtre fut plus imposée que proposée à Léna, puisqu’il ne venait jamais à l’esprit de qui que ce soit de lui demander son avis.
Léna s’était préparée avec entrain. Le beau-père chargeait la table pliante, les chaises et les cannes à pêche, et tout le monde prit la route dans le break familial. Le père de Robert adoptait une attitude de chauffard totalement dépourvu de civisme. Sa conduite était nerveuse et saccadée, Léna eut la nausée tout au long du trajet.
Au bout d’une heure-et-demi de supplice, ils arrivèrent dans un charmant sous-bois près d’une rivière, agrémentée de tables et bancs en bois. Le beau-père de Léna s’en prenait aux responsables de l’aménagement de cette aire de pique-nique qui lui avaient infligé la corvée inutile de sortir le mobilier de la cave… Léna l’observait, il lui renvoyait sa propre image de belle-fille au foyer. Elle réalisait ce qui l’attendait, sa soumission actuelle n’était rien comparée à celle qu’elle devrait adopter lorsque son mari ressemblerait à ce bougon hors-pair. Sa belle-mère acquiesçait sans protester, elle avait faite siennes les idées et attitudes de son mari. Voilà ce que l’on attendait de la bru.
Après un repas pantagruélique bien arrosé, scandé de rots et de pets indélicats, les parents de Robert étalèrent une couverture sur le fin gazon pour une sieste « bien méritée ».
Pendant que leur chère progéniture s’équipait pour taquiner l’ablette, Léna s’esquiva adroitement afin d’éviter sa contribution pour enfiler les asticots sur les hameçons, et surtout son indispensable présence silencieuse aux côtés du grand maître.
Après avoir été superbement ignorée, totalement mise à l’écart, se retirer discrètement de cette aimable société ne fut qu’un jeu d’enfant.
Assise au pied d’un arbre, Léna retroussa son pantalon pour profiter des rayons du soleil, et se réfugia dans un roman emprunté à la bibliothèque.
