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Dingnesh, Huguette, Martine, Sulhufat, Ubuntu, Delphine et Gabriel, sont sept personnages romancés. Vous en reconnaîtrez certains; pour d'autres, le mystère restera entier. Pourtant ces Nouvelles vous apporteront un regard différent sur le monde et son interprétation : le regard de Sylvia.
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Seitenzahl: 62
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Pour Nina, Tiago et Agostinho. Merci à ma famille et mes amis…
DINGNESH
HUGUETTE
MARTINE
SULHUFAT
UBUNTU
DELPHINE
GABRIEL
Pfeu... Après trois heures d’échanges cordiaux, cela faisait déjà un quart d’heure, que ces fameux experts se disputaient diverses théories sur la mort de cette petite femme.
Certains avançaient une noyade, d’autres réfutaient sans toutefois faire de propositions. D’autres encore la disaient tombée d’une chute mortelle, l’équivalent d’un 4ème étage d’immeuble.
- Vous plaisantez enfin, regardez. Regardez la porosité des os...
- Après autant de temps sous l’eau, on aurait la même chose post-mortem.
- Elle est tombée je vous dis. Ses pieds ont dû toucher le sol les premiers, la projetant vers l'avant. Sa blessure à l'humérus montre aussi qu'elle devait être consciente durant sa chute, et a tenté de se protéger en mettant ses bras vers l'avant.
- N’importe quoi, et pourquoi elle grimperait aux arbres ? Ce n’est pas un singe que je sache.
- Parce qu’elle ne pouvait pas tomber d’un gratte-ciel à Hadar en Ethiopie ! On l’a retrouvée dans une forêt tropicale, la théorie des arbres est plus plausible.
- C’est évident pour moi aussi, disait John. Ces fractures de compression, là ! Elle a étendu son bras pour se réceptionner dans sa chute. Je sais de quoi je parle quand même.
- Pour moi, les os ont été brisés post-mortem, ce n’est pas recevable.
- L’extrémité de l'humérus droit (os du haut du bras lié à l’épaule) est cassée, non pas de manière franche et droite, mais avec une série de petites fractures très nettes, accompagnées de fragments et d'échardes d’os, tentait d’expliquer l’expert Stephen Pearce, chirurgien orthopédiste à Austin aux sceptiques mais en vain.
Cela faisait déjà trois heures qu’ils débattaient sans aboutir à un consensus et trois heures de plus n’auraient rien changé. Chacun restait sur ses positions.
Quelle jolie bande de pantins, s’ils savaient ! Si elle pouvait leur raconter l’histoire, son histoire.
C’était un beau jour d’été et elle venait de finir de cueillir des mûres et les avait toutes mangées. Elle décida de courir dans le terrain proche de chez elle, pieds nus. Elle savourait la douceur du soleil sur sa peau. Le bonheur intégral. Elle avait à peine vingt-cinq ans et pourtant elle mourait demain au petit matin. Bien sûr, elle ne le savait pas.
Pour le moment courir était son seul but. Sentir ses membres inférieurs se déployer en alternant les enjambées jusqu’au point de contact avec le sol dégagé de végétation et craquelé par le soleil. Elle courait juste pour courir et avoir l’illusion d’un petit vent chaud dans ses cheveux bruns.
Soudain ses pieds entrèrent en collision avec de l’eau vive, et la fraîcheur du ruisseau grimpant dans ses cuisses musclées l’a fit sourire. Elle aimait sa vie autant qu’on peut l’aimer avec ce qu’elle avait déjà subi.
- Dingnesh !
Bien sûr qu’elle l’avait entendu son fils qui l’appelait, et malgré cela elle continuait de courir. Il avait la fâcheuse tendance à lui gâcher ses petits moments de joie, alors bien souvent maintenant, elle ne l’écoutait pas. Il devait encore avoir attrapé des poux en restant auprès de sa grand-mère et de ses cousins. Elle verrait cela ce soir un peu avant le coucher.
Une soirée peu sympa en perspective, et ce serait sa dernière soirée; si elle avait su ! Elle aurait peut-être envisagée de faire autre chose. Mais elle ferait comme d’habitude quand son petit avait besoin d’elle, elle le dépouillerait et il s’endormirait dans ses bras; ensuite elle le déposerait dans sa couche et irait se coucher aussi.
- Dingnesh !
Pour l’heure elle courait jusqu’à arriver à son arbre de vie. Un immense Baobab bicentenaire, aux racines saillantes, aux branches épaisses, larges et rassurantes.
Hormis son arbre fétiche, elle aimait les fruitiers pour leurs offrandes généreuses. Sa mère l’avait mise en garde. Il était dangereux de grimper dans les arbres ! Mais il y avait tant de choses dangereuses et elle était très prudente.
Son fils même lui avait recommandé d’arrêter mais vraiment, lui, n’avait pas le droit au chapitre. Elle ne l’écouterait pas.
Elle avait commencé bien avant sa venue à grimper à la cime des arbres; au départ par gourmandise. Elle aimait grimper dans les arbres pour y humer l’air plus frais le matin; à midi, pour y cueillir les premiers fruits mûris par l’ardent soleil et, le soir, pour observer l’horizon changeant au calme. Elle aimait se sentir au centre des végétaux pour percevoir leurs protections invisibles. Cachée du monde extérieur et apaisée de l’intérieur, elle leur murmurait des prières de grâce.
Elle ne montait pas dans n’importe quel arbre. Elle les connaissait tous. Elle avait ses habitudes et aurait pu grimper certains les yeux fermés, chaque nœud, chaque ramage lui étant familier.
Cela faisait des années qu’elle grimpait partout où elle pouvait, parfois pour se cacher de ce fils, et s’isoler; parfois pour réfléchir et se poser et regarder à l’horizon la mer qu’elle aimait tant, juste devant elle. Elle préférait voir cette capricieuse d’en haut car ses fluctuations l’impressionnaient trop. Elle, elle ne savait pas nager et elle avait failli se noyer une fois.
Elle se sentait si seule au milieu de sa famille pourtant nombreuse et omniprésente. Et ce fils était là, à vouloir sans cesse qu’elle s’intéressa à lui.
- Dingnesh !
- Ecoutes petit, finalement, on verra ça demain, lui criait-elle du haut du baobab. Là je dois réfléchir.
Ce petit, elle l’avait conçu un soir de pleine lune, derrière cet arbre. Elle ne connaissait pas son père. Il l’avait séduite par son assurance et son charme. Elle l’avait trouvé terriblement beau et virile. La résistance avait été impossible. La passion hormonale, les instincts primaires, appelaient ces deux êtres à s’unir. Malheureusement, quelques lunes plus tard, la famille avait retrouvé ce dominant sans vie dans des circonstances inexpliquées, au pied de son arbre de vie à elle.
Et, c’est ce même jour, qu’elle avait compris qu’elle attendait son enfant. Son fils ! Elle lui en voulait tellement de l’avoir abandonnée en mourant, qu’elle avait choisi de rejeter cette excroissance de passion. Un temps elle avait soupçonné son frère aîné de s’être occupé de son Amour secret. Et puis, elle avait nié sa réalité même.
Dans ce déni, sa famille avait reconnu la volonté de ne plus souffrir. Si elle s’était prise à l’aimer, lui aussi aurait pu mourir et l’abandonner encore. Elle préféra laisser cette chose à sa famille et à leurs bons soins. Elle avait assuré le strict minimum. L'allaitement au début n’avait pas été facile, mais c’était un mal nécessaire à sa survie, alors elle l’avait allaité. Par chance, il s’était vite acclimaté.
Il était devenu autonome rapidement et débrouillard de surcroît, mais il n’était pas d’un caractère indépendant comme sa mère. La famille couvrait tous ses autres besoins sociologiques, physiologiques. Psychologiquement, jamais un geste tendre n’avait effleuré ses petits pieds remuants, jamais un regard bienveillant n’avait encouragé ses premiers pas; alors comment aurait-il pu reconnaître la passion qui l’avait créé. Elle n’en parlait jamais. Aujourd’hui elle se limitait à le dépouiller. Elle glissait ses longs doigts dans sa crinière laissée à l’abandon, tel un champ en jachère. Et comme un fait exprès, il avait une tête à poux. L’autre fois, en dernier recours, elle lui avait fait un cataplasme de boue d’argile. Impatient, il n’avait pas attendu que cela sèche et asphyxie les bestioles.
